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Full text of "La planete Mars et ses conditions d'habitabilité"

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LA  PLANÈTE  MARS 


ET   SES 


CONDITIONS  D'IIABIT.ABILITÉ. 


ŒllYRES  DE  CAMILLE  FLAMMARION 


Astronomie  populaire.    Exposition  des   i^ratides  décovivcrtes  de  r.Vstronoinie 

moderne.  In  vol.  in-8°,  ilhislrv  de  40(1  figures,  cartes  célestes,  etc.  Ouvrage 

coufonné  par  l'Académie  française.  Nouvelle  édition,  l'.)OS.   12.V'  nulle 12''  •• 

Les  Étoiles  et  les  Curiosités  du  Ciel.  Supplénn'nl  de  VAstninorine  populaire. 

Desr.riptioii  noniplète  du  Ciel,  ('toilo  par  étoile.  Instruments,  Catalogues,  etc. 

Un  vol.  in-<S',  illustré  de  400  gravures,  caries  et  chromulitliographies.  ô.i*  mille.  12     >> 

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vie.  Origines  de  l'hunianité.  Un  vol.  in-S°.  illustré  de  «lOO  ligures,  .j  ai[narellc;s. 

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siologie et  de  la  Philosophie  naturelle.  30"  éditioili.  Un  vol.  in-12  avec  figures.  3  50 
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sur  les  haliitants  des  Astres.  23'  édition.  Un  vol.  in-12 3  .')0 

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Les  Derniers  Jours   d'un  Philosophe.    Entretiens  sur   la  Nature  et   sur  les 

Sciences  de  sir  Hunipliry  Davy.  Traduit  de  l'anglais  et  annoté.  Un  vol.  in-12.  3  50 

La  Fin  du  Monde.  Un  vol.  in-12,  illustr('' ^ 3  50 

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Contemplations  scientifiques.  Un  vul.  in-12 3  50 

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Initiation  astronomique     ])our  les  enfants).   Un  vol.  in-12,  illustré 2     <> 

L'Inconnu  et  les  Problèmes  psychiques.  Un  vol.  in-12.  20"  mille 3  50 

Les  Forces  naturelles  inconnues.  Un  fort  vol.  in-12,  avec  photogr.  10°  mille.  4     » 

Les  Phénomènes  de  la  Foudre.  Un  vol.  in-S°,  illustré 4  50 

Éruptions  volcaniques  et  Tremhlements  de  terre.  Un  vol.  in-12 3-50 

Lumen.  (lollecliMn  des  auteurs  i-élèb'res.  Petit  in-18.  04"  mille u  (iO 

Rêves  étoiles.   .Même  coliection.  Petit  in-18.  33"  mille »  GO 

Copernic  et  la  découverte  du  système  du  Monde.  Petit  in- 18 »  00 

Qu'est-ce  que  le  Ciel?  Précis  d'Astronomie,  avec  figures.  20"  mille »  110 

Clairs  de  Lune.   Petit  in-18.  14'  mille »  liO 

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l'année  à  une  lieure  'inelciini|ue.  .Monti';  sur  fort  carton 8    » 

Carte  géographique  de  la  Lune,  (iiand  formai  :  diamètre  0"',l>4 S     » 

Globes  géographiques  de  la  Lune  et  de  la  planète  Mars 7     u 

Annuaire  astronomique,  |)Our  chai|ue  année 1  50 


LA 


PLANÈTE  MAUS 


rONDlTlONS  D'IIARITABILITÉ. 


ENCYCLOPÉDIE  GÉNÉRALE  DES  OBSERVATIONS  MARTIENNES, 


PAR 


CAMILLK   FLAMMAUIOX. 


TOME     II 

ILLKSTRÉ    DE   4','6    DESSINS   TÉLESCOriQUES    ET    1 G    ' 

CARTES. 
l'JOI. 

OBSICIIVATIÔXS    FA1TI■:^^    1)K    1800    A 

1 

^P'^J,     yl 

PARIS, 

GAUTHIER-VILLARS,   HIPRIMI' Ull-LIBRAIRE 

DE      L     0  B  S  E  R  V  A  T  f)  1  P.  E      D  E      I'  A  \\  I  S, 
Quai   des   Grands-Augustins.    55 

1909 


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Published ,  .Jnnuary  30,  ninotpen  Iiundred  nnd  n'ine. 

Pr'wUeije  of  Copyrujht  in  tlie  United  States  reserved  under 
tlbe.  Act  approved  march  3td  nineteen  hundred  and  five, 
bij   A.    GaLdJiier-]'iUars. 


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QUATRIEME    PEUIODE. 

OBSERVATIONS    ET    ÉTUDES    DEPUIS    1892. 


OUATRIEME  PERIODE. 

OBSERVATIONS    ET    ETUDES    DEPUIS    18!J2. 


Les  travaux  discutés  dans  uotru  [ireniii/r  Aiiluiiic  sur  la  iiluivlc  Mars. 
publié  en  1892,  s'arrêtent  à  cette  annei'-là,  et  plusieurs  même  anierieurs  à 
celte  date  n'ont  pas  été  examinés  ijnrre  ijuils  n'avaient  pas  encore  i-li-  pu- 
bliés ou  communiqués.  Suivant  l'ordre  cliruuolo,t;ii[ue  que  nous  avons  adopte 
dès  les  premières  pages  de  cet  Ouvrage,  nous  continuerons  noire  l'Iude  eu 
exposant,  comparant  et  discutant  successivement  toutes  les  i.ibservations. 

Nous  devons  même,  pour  counnencer,  n'uionter  jusiju'à  l'année  1883.  à 
propos  d'un  important  Mi'moire  de  M.  Scbiaparelli.  qui  n'a  ete  rédigé  et 
publié  qu'en  189G. 

L'illustre  Directeur  de  l'Observatoire  de  Milan  a  présenté  cetle  annce-la 
aux  astronomes  son  quatrième  Mémoire  sui'  la  planète  Mars  ('),  coniprenaiit 
ses  observations  faites  pendant  l'opposition  de  1883-1884,  du  ô  novembre 
au  9  mai.  En  voici  le  rèsumi''  : 


CXLIV.  —  Observations  de  M.  Schiapauei.li  ex  1883-18^4. 

L'opposition  avec  le  Soleil  a  eu  lieu  le  :il  janvier. 

L'hémisphère  boréal  ou  inférieur,  incliné  vers  nous,  était  au  printemps  dans 
les  conditions  suivantes  : 

.Saisons  martiennes 

Équino.^e  de  printemps.  Éqiiino.\e  d'automne.  20  octûlire  188:'. 

Solstice  d'été.  Solstice  d'hiver.  13  mai  l^Si. 

Il  n'y  a  guère  eu  que  seize  bonnes  nuits  (lourles  uljservations,  'pii  unt  surtout 
porté  sur  les  régions  comprises  entre  lU"  et  GU"  de  longitude. 

On  était,  disons-nous,  au  printemps  de  l'hi^misphère  boréal,  précisément  incliné 
vers  nous,  do  sorte  que  les  investigations  ont  pu  être  poussées  assez  loin  du  coté 
du  pi'jle  nord. 

(')  Voir  les  trois  premiers,  t.  I,  pages  288,  32G  et  oil. 


4  LA  rLÂNKTE  MARS. 

Des  trente  et  une  géininations  de  canaux  observées  eu  1881-1S.S2,  dix-huit  seu- 
lement ont  été  revues,  celles  des  canaux  Achéron,  Ceraunius,  Cerbère,  Cyclops, 
Heplirestus,   Érobc.    Euplirato,    Eunostos,    Gigas,    Ilyblœus,    Hydraotos,   Nilus, 


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Fig.   1-4.  —  ObservaUiiiis  île   Mars  faites  a  l'Observatoire  de  IMilan  en  l.SS:i-IS8i. 

Orontes,  Plii^iun,  TlmtJi,  Tyiilioiiius,  ainsi  que  des  lacs  Ismenius  et  de  la  Lune. 
Sept  gémiiiatiiius  noiuolles  ont  été  constatées:  Chrysorrlioas,  Isis,  La'stryt;on, 
Styx,  Uranius,  le  lac  l'ropoutis  et  Triviuai  Cliarontis. 

Les  lignes  ou  canaux,  simples  ou  doubles,  se  sont  montrés  parfois  en  si  grand 
nombre  qu'ils  présentaient  une  sorte  d'inextricable  réseau,  et  que  ridentification 
d'un  canal  "U  iTunc  lu-anche  parallèle  était  extrêmement  difficile.  Les  change- 
ments do  positions  obserV('s  peuvent  être  dus  à  ce  que  tantnt  une  branche  et 
tantôt  une  autre  a  été  visible. 


SC.HIAPARKI  I.I.    Ul'l'OSlTlt).\    DE    1883-I.S8'i.  5 

Nous  sommes  heureux  de  iiietlre  sous  les  yeux  de  nos  lecteurs  les 
huit  figures  sucressives  ainsi  que  ];i  nouvelle  ("arte  d'enseuihle  qui  aiconi- 
pagnent  le  Mémoire  de  M.  Schiaparelli.  Un  y  remanjue  au  premier  coup 


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Fis;.  h-S.  —  Suite  des  oliservatinn*  de  Mars  faites  à  Milan  en  lssn-ISS5. 


d'œil  l;i  vaste  ('alolte  polaire  inférieure,  ainsi  que  l'aspect  ttéométrique 
régulier  d'un  certain  nombre  de  canaux  doubles  parallèles  entre  eux.  Mais, 
avant  de  donner  une  description  sommaire  de  chacun  de  ces  dessins, 
arrêtons-nous  un  instant  sur  les  observations  qui  concernent  la  direction 
de  Taxe  de  rotation. 

Peudaot  les  mois  de  novembre,  décembre  et  janvier,  la  taclie  polaire  boréale 
F.,  II. 


6  LA  PLANÈTE  M.VKS. 

(la  seule  visible)  s'est  toujours  nioutrét'  plus  ou  moins  inclinée,  avec  son  côté 
précédent  dans  la  corne  boréale  de  riiéniisphèi'c  obscur,  ce  qui  a  empêché  de 
faire  d^s  observations  précises  sur  l'annb'  dr  |M>sition.  l^e  28  janvier,  elle  était 
entièrement  dégagée,  et  elle  resta  ainsi  jusiju'a  la  (in  d'avril,  époque  :'i  ]iartir 
do  laquelle  la  phase  obscure  apparut  de  Tauti-o  ciité.  Pendant  cet  intervalle., 
tjl  mesures  de  position  ont  été  prises.  Elles,  sont  toutes  réunies  dans  un  tableau, 
et  les  fil  équations  qui  on  résultent  ont  donné  pour  résultat  : 

A  =  -l-jm  ±  0",235,  0  ^  3î3% 5-2  ±  5«,;i0. 

Les  observations  de  1877  restent  les  plus  précises,  à  eause  de  la  grande 
dimension  de  la  planète  (2ô')  et  de  la  petitesse  bien  limitée  de  la  calotte  polaire. 
Mais  celles-ci  sont  très  bonnes  également.  Le  diamètre  de  la  neige  polaire  a 
varié  de  'lO"  à  20"  pendant  les  observations.  Cette  tache  polaire  boréale  n'était 
pas  centrée  sur  le  pôle,  en  février  et  mars  IS8'i,  mais  en  déviait  de  2°, G;',  dans 
la  direction  de  la  corne  d'Ammon.  (Il  y  a  II", 07  à  retrancher  du  nombre  ).  donné 
plus  haut,  parce  que  le  pôle  boréal  se  trouvait  à  une  distance  d'environ  13",  en 
moyenne,  du  terminateur  de  riiémisphère  visible.)  Un  écart  analogue  avait  é'té 
observé  en  1882,  du  milieu  de  février  à  la  fin  d'avril.  D'avril  1882  k  février  1884, 
il  y  a  22  mois,  c'est-à-dire  luie  révolution  entière  des  saisons  martiennes.  Le 
centre  de  la  neige,  relativement  au  pôle,  est  à  peu  près  le  même,  avec  une 
dill'éreucc  de  :!7",  car  en  I8S2  ce  centre  était  vers  b»  nu''ridien  II".  Ce  caractère 
d(ï  périodicité  uK'ritc  attention  :  il  sera  inté'ressaut  de  voir  dans  les  oppositions 
futures  si  cette  (b'^viation  est,  sinon  permanente,  du  moins  périodique  et  en 
ra,pi)ort  avec  les  saisons. 

L'angle  de  position  de  l'axe  du  globe  de  Mars  demanderait  une  correction 
de+0",  70. 

Dans  ce  Mémoire,  coaiine  dans  les  précôdenLs,  le  siivaiil  observateur 
s'est  ix'ciipé  et  préoeciipé,  avec  la  plus  grande  attention,  des  aspects  de  la 
planète  et  des  caractères  de  sa  conslilulion  physique,  encore  si  mysté- 
rieuse et  d'aiipareuces  si  conlradicloii'es.  Kvidemment,  le  plus  important 
]iiiur  iH>ti'i'  iiisiruclion,  ce  sont  îles  observations,  des  dessins,  i>l  encore  et 
toujours,  d(.'s  ol)s(!rvations  et  des  dessins.  Voici  une  descri[)Li()n  succincte 
<le  chacune  des  liuil,  nq)r(''Seut,alions  (|ui  viennent  de  passeï'  sous  les  yen.^ 
de  nos  lecletirs,  et  tle  la  belle  el  liiie  Carte  dt'tallléc  ([iii  en  donne  la 
synthèse  jus(]u'a  70"  d(^  |)arl  cl  d'autre  de  l'équateur  : 

Fig.  \-  -  Longitude  ilu  centre  =  22"  (14  mars  1884).  On  voit,  en  h:uU,  trois 
golfes  sombres  ;  à  gaui'he,  la  baie  du  Méridien,  prolongée  par  l'IIiddekel  et  le 
Géhon;  au  centre,  le  golfe  des  Perles,  prolongé  par  l'Oxus;  à  droite,  le  golfe  de 
l'Aurore,  d'où  descendent  la  .lannma  et  le  Gange.  Dans  la  région  inféiàeure,  le 
lac  Niliacns,  conpi-  par  le  pont  d'.Vchille.  Trois  points  sombres  le  long  de  l'Oxus. 
C.rande  tache  polaire  boréale. 


Flammakion.  —  La  Planète  Mars. 


n.  G. 


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SCllIAPARF.LLI.   OrPOSITION  DE   1S8:MS84.  7 

Fir/.  B.  —  Lougitude  du  centre  =  24»  (4  février).  \'ue  peu  dilToroiite  de  la  pre- 
cddento.  Elles  se  confirment  mutuellement. 

Fig.  C.  —  Longitude  du  centre  =  71»  (9  marsi.  En  haut,  le  lac  du  ^^oleil.  Vers 
le  centre,  le  lac  de  la  Lune,  séparé  en  deux,  et  en  forme  de  paralléloL^raunne. 
Le  Chrysorrhoas  se  montre  gémin('. 

Fig.  D.  —  Lougitude  du  centre  =  130°  (2ô  janvier).  Le  lac  du  Soleil,  en  haui, 
à  gauche.  Le  Gigas,  double,  traverse  la  planète  comme  une  ceinture.  Quels  sin- 
guliers aspects!  Quelles  largeurs  de  canaux!  Pas  de  détails. 

Fig.  E.  —  Longitude  du  centre  =  139"  |2Î  décembre  1S83|.  Position  peu  diffé- 
rente de  la  précédente.  De  la  mer  des  Sirènes,  d'où  descend,  sur  la  figure 
précédente,  un  seul  canal,  le  Titan,  en  partent  deux  :  le  Titan  et  le  Tartare,  qui 
vont  aboutir  au  Trivium  Charontis,  dédoublé,  nù  aboutit  aus.-^i  l'Erèbe. 

/•'(■;;.  F.  —  Lougitude  du  centre  =  lOU"  |27  février  1884).  De  la  merdes  Sirènes 
descend  le  Titan,  comme  une  ligne  droite  verticale.  l'Erèbe,  double.  Triviura 
Charontis,  double.  Propontis,  double.  Entre  le  Trivium  Charontis  et  la  mer 
Cimmérienne,  Lc-estrygon,  double. 

Fig.  G.  —  Longitude  du  centre  =  220°  (18  janvier).  Le  dessin  n'a  pu  être  ter- 
miné. Vers  le  centre,  l'Elysée,  entouré  d'un  anneau  double,  formé  par  les  canaux 
géminés,  Cerbère,  Styx,  Hybla3us  et  Eunostos,  et  paraissant  suspendus  à  la  mer 
Cimmérienne  par  le  Cyclops,  également  dédoublé.  Mystères  sur  mystères! 

Fig. H.  —  Longitude  du  centre  =  295"  (  19  février).  La  mer  du  Sablier  ou  Grande 
Syrte,  singulièrement  étroite,  est  à  gauche  du  méridien  central.  Libye  maréca- 
geuse ou  couverte  de  végétaux.  Népenthès.  Petite  Syrte,  prolongée  par  le  Thoth 
et  le  Boreosyrtis,  très  foncée.  Phison.  Euphrate.  Lac  Ismenius.  Pas  de  lac  Mœris. 

.4  ces  huit  dessins,  qui  font  le  tour  de  la  idanéie,  nous  avons  ajoiUé  la  Carte 
d'ensemlile  tracée  par  l'haliile  astronûiiie  de  Milan  sur  toutes  ces  observations . 
Que  le  lecteur  en  examine  avec  soin  les  détails  :  nulle  description  ne  pourrait 
remplacer  cet  examen.  Le  ton  relatif  des  diverses  contiguratious  arcogra- 
phiques  en  a  été  exactement  conservé  dans  cette  reproduction  en  fac-similé.  On 
voit  ijue  certaines  lignes  à  peine  estompées  sont  vraiment  à  la  limite  de  la 
visiliilité. 

Ce  planisphère  martien  s'arrête  au  70'=  degré  de  latitude,  au  nord  comme  au 
sud.  Mais  nous  venons  de  voir  par  les  huit  sphères  précédentes  que  le  pôle  boréal 
ou  inférieur  a  été  parfaitement  observé  pendant  cette  opposition.  L'inclinaison 
de  l'axe  était  de  -r-13°  à  —  17°.  Du  IS  décembre  au  9  mai,  c'est-à-dire  de  147  h 
4  jours  avant  le  solstice  d'été  de  l'hémisphère  boréal,  la  neige  polaire  a  diminué 
de  iQ"  environ  de  diamètre  à  lô",  c'est-à-dire  de  2400  à  900  kilomètres.  Elle  était 
à  peu  près  centrée  sur  le  pôle  nord. 

Le  5  février,  une  observation  fort  curieuse  a  été  faite  sur  cette  neige  polaire. 
La  mer  foncée  qui  entourait  la  calotte  neigeuse  pénétrait  comme  un  sillon  obscur 


8  LA   PLANETE   MARS.  : 

ayant  La  forme  d'une  trombe,  semblant  séparer  la  neige  en  deux  parties  inégales 
sans  pourtant  que  la  S('paration  fiit  complète.  Le  croquis  ci-dessous  i  ftg .  III) 
montre  l'aspect  observé. 

Les  observations  établissent  qu'une  cinquantaine  de  jours  après  l'équinoxe  de 
printemps,  environ  cent  cinquante  jours  avant  le  solstice  d'été,  la  neige  polaire 
atteint  un  maximum  d'éclat  et  d'étendue,  et  qu'elle  s'entoure  d'une  zone  foncée 
qui  la  liniilo  nettement  pendant  toute  la  suite  des  observations.  Cette  zone  est 
certainement  due  au  liquide  provenant  de  la  fonte  des  neiges  polaires  à  mesure 
que  le  Soleil  les  échauffe. 

Ces  neiges  polaires  sont  d'autant  plus  éclatantes  qu'elles  se  présentent  à  nous 
moins  obliquement.  C'est  pour  cette  raison  qu'elles  ont  été  mieux  vues  en  1S84 


Kig.  \'K  —  La  nt-igu  ih^iI.'ui'l'  borL^;ile  de  .M.ir.--,  le  5  lévrier  1.SS4. 
Cr'Kniis  'le  M.  .Siiii.ip;iiL'llî. 

qu'en  1S8;'.  C'est  le  contraire  pour  certaines  régions  blanch.itres,  telles  que 
Hellas,  Argyrc,  Thulé,  Tenipé,  et  d'autres,  qui  perdent  leur  blancheur  à  mesure 
qu'elles  s'éloignent  du  liord,  absolument  comme  si  le  Soleil,  en  s'élcvant  au- 
dessus  d'elles,  faisait  diminuer  et  disparaître  le  voile  blanc.  Ces  blancheurs 
indiquent-elles  des  gelées  blanches?  Soraient-ce  des  brumes  légères'? 


E.\tr;iil  d'une  Ictlre  du  l'J  féviier  1S07  à  M.  Flnrnmario)!. 

u  ...  Comment  pouvons-ncju-;  nous  expliquer  les  changements  de  position  des 
canaux,  rhangenients  qui  ont  lieu  entre  des  limites  assez  étroites,  mais  qui  ce]ien- 
dant  Sont  encore  sensibles  à  nos  moyens  d'observation?  L)ans  uu  article  dcmt 
vous  recevrez  un  exemplaire  avec  cette  lettre,  j'ai  essayé  d'en  rendre  compte 
d'une  manière  iilnusible  en  posant  jiour  base  l'hypothèse  que  ces  bandes  colorées 
soient  |]i'iiduiles  jiar  des  phénomènes  de  végétation.  Mais  c'est  1;\  un  simple 
/(/.sxx  iiiiji-iiii.  11  y  a  d'autres  phénomènes  qui  ne  s'accommodent  pas  de  cette 
théorie,  surtout  les  géminations  courtes  et  larges  qui  se  forment  dans  les  espaces 
appek'S /;ir,s  ;  ces  géminations  peuvent  prendre  des  directions  très  dilVérenfes, 
ainsi  que  je  l'ai  expliqué  à  la  fin  du  paragrapliu  (j'.i."i  de  mon  Mémoire.  Vuyez  aussi 
votre  propre  (  luvrage  sur  Mars,  ;\  la  page  45:1. 

»  Ces  cliauLiements  ont  été  observi's,  non  seulement  sur  le  Lnru.-i  I.'iineiiius 
et  sur  le  I.urnu  Lwiw,  mais  aussi  sur  le  Tririiim  ('li.iroiiti!^  et  sur  le  L;ii'us 
SolU. 

Il  La  iluplii-ité  ilii  Ti  iriitm  ('hnruiil i.'^  dans  la  direction  tl<!  VOrcii^,  observée 
à  votre  ()bsi,'i'val(]iro  par  M.  Ant(jniadi,  se  maintient  toujours:  liier,  j'ai  pu  encore 
la  constater  avec  le  gnjssissement  de  (i."j(i.    .l'ai   vu  aussi  qurliiue  trace  de  la 


SCIIIAPAREI.I.I.    OPPOSITION    OIÏ    I88I;.  8 

queue  que  vous  avez  remarque'o  sur  la  pointe  de  la  Grande  Syrte  :  je  or<iis  c|ne 
c'est  ÏAstnpuf:  ou  uu  double  do  VAslapus.  Mais  je  n'ai  jamais  pu  la  liicii  vuir. 

»    J.-V.    SCHIAPARELLI. 

»  !'■  S.  —  Pour  bien  constater  le  changement  de  direction  des  canaux,  j'ai  recueilli  un 
certain  nombre  de  mesures  sur  leur  direction.  Mais  ces  mesures  exigent  la  plus  grande 
perfection  des  images,  et  je  n'ai  pas  encore  pu  en  comparer  un  nombre  assez  grand  pour 
en  tirer  des  résultats  décisifs.  » 


C.\L\'.   —   (  tllsEnV.ATIONS    liK    M.    >CHr.\P.\RELLI    EN    1880. 

M.  Sciiiaparelli  ;i  [)uldie  en  KS'JT  snu  oinrjuiiuiie  Mémoire  sur  Mars,  rom- 
preuaiit  ses  observations  pendant  Tannée  188(j.  L'opposition  a  en  liiMi  le 
(j  mars,  avec  uu  diamètre  niaxinuim  Je  14".  U.  I.a  planète  s'olfrait  dans  la 
situation  suivante  : 

Saisons  mautie.nnes 

nrlnispbèrt.  horij.il.  nrniispbL'n-  austral. 

Equinoxe  de  printem|is.       Équinoxe  d'automne.  1SS5,  12  septembre. 

.Solstice  d'été.  Solstice  d'hiver.  18S0,  30  mars. 

Equinoxe  d'automne.  Équiii'jxe  de  printemps.  ISSO,  iS  septemijre. 

Pôle  boréal  incliné  vers  la  Terre. 
Mars  est  passé  à  l'aphélie  le  8  février  ISSG,  soit  ÎG  jours  avant  l'opposition  avec  le  ."Soleil. 

Les  observations  ont  été  réparties  sur  Oi  nuits,  du  3  janvier  au  'i  juin.  Le 
nombre  de  bonnes  nuits  n'a  été  que  de  ','0.  Les  instruments  ([ui  ont  servi  :\  ces 
travaux  ont  été  le  S  pouces,  du  3  janvier  au  i8  avril,  et  le  IS  pouces  du  P''  mai 
au  ."i  juin. 

L'anteur  n'a  p;is  donné  de  planisphère  général  de  la  planète  cette  aiim'e; 
mais  scsoliscrvations  de  188(J  ont  heuretisement  complété  nos  connaissances 
aréii,L;rapliiqnes  par  un  examen  rigoureux  des  ré.iîions  boréales  ;  nous 
publions  l/if/.  11)  la  belle  carte  iju'il  ou  a  donnée. 

Voici  un  résumé  succinct  du  nouveau  .Mémoire  de  l'aslronome  de  .Milan  : 

1.  De  la  Grande  Syrte  à  l'Indus. 

La  vaste  région  qui  s'étend  au  nord  do  l'équateur,  entre  -^'.JU"  et  '-U'  de  longi- 
tude, était  tout  entière  traversée  par  la  grande  ligne  Euplirates-Arnoii-lvison, 
suivant  le  méridien  pres((ue  exactement,  pour  dévier  légèrement  à  l'Est  ilans  le 
voisinage  du  pôle.  \'ers  les  latitudes  de  -iO"  et  0.3°,  cette  ligne  l'oriiiait  les  lacs 
Lsmenius  et  Arethusa,  sorte  d'étoiles,  ou  encore  de  rend(.'/,-v(ius  de  |diisienrs  ca- 
naux. L'Euplirate  était  large,  mais  non  double,  ainsi  que  l'asait  idj'^ei\é  M.  Per- 
rotin;  et  on  ne  voyait  que  le  bras  droit  de  la  gémination  do  Iss,'.  Les  mêmes 
remarques  s'appliquent  au  Phison;  mais  ici  c'est  le  bras  gamdie  de  i>!-<î  qui  était 
visible.  Typhonius  a  été  observe  une  seule  fois  seuleiiient,  le  3  avril;  l'Uronte 
était  plus  évident. 


10 


LA   PLANÈTE   MARS. 


Les  deux  cornes  du  golfe  Sabaîus  (baie  du  Méridien)  ont  été  particulièrement 
difficiles  à  dédoubler  en  ISSG,  Fastigium  Aryn  se  montrant  parfois  estompé.  Le 
Gehon  était  indistinct;  l'IIiddekel  plus  visible;  Astaboras  très  pâle;  l'Anubis  de 
1882  n'a  pas  été  revu. 


KlL'.     11. 


L'iiémisphci-e  borc-al  de  Mars  en  I8S6.  Du  pôle  Nonl  au  41)"  degré  de  latitud 


Le  lai;  Ismenius  était  une  grosse  tache  noire  circulaire  confuse,  mesurant- 
10"  dans  le  sens  du  méridien.  Le  lac  Aréthuse,  aussi  très  sombre,  offrait  de 
moindres  dimensions.  Ces  deux  lacs  étaient  très  évidents  sur  le  disijue.  L'Arnoii 
n'avait  guère  l'aspect  de  1884,  ressemblant  plutôt  à  un  détroit  unissant  les  deux 
lacs.  Ije  Kison,  découvert  le  l^''  avril,  était  noir,  large  et  irrégulier,  formant,  là 
uii  il  aboutissait  à  la  calotte  polaire,  un  no'ud  sombre,  sorte  de  troisième  lac 
analogue  à  Ismenius  et  Aréthuse,  et  do  proportions  non  négligeables. 

Protonilus  et  Deuteronilus  ont  été  invisibles  en  avril  et  en  mai.  Deuteronilus 
proIong(.!ait  l'Oxus,  recourbé  di,  Ismenius  Lacus  h  l'Indus.  Le  nœud  ilc  rencontre 
(Dirci.',  l'ousi,  \'u  en  18Si  sur  l'intersection  avec  Joi'danis,  était  invisible.  Xenius 


SC.lllAI'Alîi: I.l.l.    OPPOSITION    DE    ISSU.  Il 

était  d'une  grande  ilifficultc.  P;ir  contre,  Callirrlioc  s'est  moutrée  avec  une  ('vi- 
denoo  extraonihiairc,  mettant,  avec  le  paie  Cedron,  le  lac  Arcthuse  en  conunu- 
nieatii>n  avec  Marc  Aeidaliuiu.  Plcrius.  entrevu  en  ISSl  et  IS.^'i.  a  été  liien  observé 
en  1880.  Enlin  le  continent  vers  Aéria  était  parfois  particulièrement  lilanr. 

2.  De  rindus  au  Gaflge. 

L'indus  n'a  rien  offert  .l'anormal  en  issu.  Il  en  a  été  di!  ukuho  de  l'IIydaspes. 
Jamuna  était  large  et  formait  un  arc  de  grand  cercle;  elle  a  paru  sini|de  à 
M.  Schiaparelli,  double  à  jM.  Perrotin  avec  la  grande  lunette  de  0'",:i8  de  l'Obser- 
vatoire de  Nice.  Sa  direction  ne  .semble  pas  avoir  été  toujours  la  même. 

Le  lac  de  la  Lune  n'était  plus  dédoublé  comme  en  1881.  Nilokeras  semblait 
rectiligue.  Des  31  géminations  de  1881-1882,  et  des  18  de  lss3-188'i,  il  n'en  subsis- 
tait qu'une  seule  en  1886,  celle  de  l'IIydraotes-Xilus,  mais  grandiose  et  occupant 
un  sixième  du  rayon  en  largeur,  soit  envirnn  U)". 

Ceraunius  a  été  vu  sous  la  forme  de  deux  liandes  confuses.  Aucune  trace  de 
Dardanus  ou  de  l'Issedon. 

La  traînée  blanche  traversant  le  canal  Fortuna  et  le  Nil  dédoublé  en  1870  I'). 
a  été  revue  en  1886.  Les  -7  et  ?8  mars  de  cotte  année,  la  traînée  lumineuse  s'é- 
tendait du  Taua'is  à  l'Agathodaîmon,  et  semblait  parallèle  à  la  ligne  Nilokeras- 
Chrysorrhoas.  La  gémiuation  de  l'Hydraotes-Nilus  la  divisait  en  trois  parties,  dont 
la  boréale  des  extrêmes  traversait  Tenipé,  l'australe  Tliarsis.  Le  2  avril,  elle  a  (•té 
vue  seulement  sur  Tempe,  sans  prolongement  vers  la  calotte  polaire  boréale. 

Chrysé  s'est  montrée  très  blanche  parfois  vers  le  limbe. 

3.  Lacus  Niliacus,  Mare  Acidaliura,  Lacus  Hyperboreus. 

Le  lac  Niliacus  n'a  pas  offert  de  changement  en  1886;  bien  limité  vers  le 
pont  d'Achille,  il  devenait  enfumé  vers  ses  limites  méridionales,  ce  qui  rendait 
parfois  ses  dimensions  variables,  suggérant  des  variations  périodiques.  Le  pont 
d'Achille,  très  visible,  avait  une  largeur  de  3°  environ. 

La  mer  Acidalienne  s'est  montrée  pour  la  [iremière  fois  dans  toute  son  étendue, 
avec  ses  afiluents,  jusqu'au  pi'>le  boréal.  (Jn  peut  comparer  la  partie  septeutriimale 
de  cette  «  mer  »  soit  à  un  continent  coupé  de  vastes  canaux,  soit  à  une  mer  rem- 
plie d'iles  nombreuses  et  très  vastes. 

La  partie  supérieure  de  cette  mer  était  très  foncée,  comme  d'habitude  (c'est  la 
partie  la  plus  noire  de  toute  la  planète  )  ;  elle  formait  un  pentagone,  ayant  une  base 
droite  vers  le  Pons  Achillis,  deux  autres,  recourbées  vers  Cydonia  et  Teuqié,  et 
encore  deux  vers  Ortygia  et  Baltia-NeriLros,  vues  comme  une  seule  ile  en  1886. 
La  petite  ile  Scheria,  remarquée  dans  cette  mer  en  1882,  n'a  pas  été  revue  depuis. 

Le  Taua'is  ressemblait  moins  à  un  canal  qu'à  un  bras  de  mer;  il  s'étendait  du 

'■')  Voit-  tome  I,  p.  335,  flg.  190.  Cette  nouvelle  observation  nous  conduit  à  conclure 
quec'est  vraiment  là  une  sorte  de  neige  et  nonunebande  denuagesoumêmede  In-ouillard. 


lî 


LA   PI.ANÈTK   MAIiS. 


50''  au  \'20'-'  degré  de  longitude,  et  était  très  somljre.  A  l'endroit  où  il  se  rencon- 
trait avec  le  Sirenius.'on  remarquait  une  tache  foncée,  à  laquelle  M.  Schiaparelli 
a  donné  le  nom  de  Palus  Mapotis. 

L'exploration    des   régions  hyperboréennes  a   décelé   le  véritaljle    cours   de 
riaxarie.  qui  est  un  canal  parallèle  au  Fretum  Tanaïs,  mettant  en  communication 


/ 


l'J  Mars. 


28  Jlars. 


"^. 


-%. 


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■-^.  , 


-M|8P* 


>,-^^:-     . 


^ 


% 


I"  Avril.  5  Avril. 

Fi;-'.  1M.1.  —  Observations  tic  Mars,  faites  a  l'Observatuire  .le  Milau  eu  ISSR. 

le  pentagone  austral  de  Mare  Acidaliuni  ;tvec  le  Lacus  iIy]ierboreus.  La  |iarli<'  la 
pltis  occidentale  i  suivante)  de  l'ancien  laxarte,  entre  le  Lacus  Ilyperboreus  et 
le  Palus  Ma-otis  séq.'arant  Nerigos  de  la  nouvelle  ile  d'Ierne,  a  été  baptisée  du  nom 
dili]il>.-ilus. 

Le  Lacus  Ilyperboreus  était  absolument  noir  en  ISSO  et  contrastait  d'une  ma- 
nière l'ra])pante  avec  les  régions  brillantes  d't_)rtygia  et  d'Ierne.  Cependant  il  est 
moins  (■■vident  parfois,  soit  à  cause  des  neiges  polaires  qui  le  recouvrent,  soit 
encore  probablement  par  des  condensations  l)rtimeuses  de  l'atmosphère  martienne 
en  ces  régions.  11  l'tait  invisible  en  JsiS'i,  lorsqtie  les  neiges  polaires  s'étendaient 


SC.HIAI'ARELLI.    OPPOSITldN   DI-    1880  i:i 

sur  un  rayon  de  l.">",  et,  en  elTet,  il  devait  se  coufondrc  avec  la  bande  sombre  qui 
environnait  la  calotte  boréale;  mais  M.  Schiaparelli  soupçonne,  avec  beaucoup 
de  raison,  croyons-nous,  que  la  grande  brèche  observée  dans  les  neiges  infé- 
rieures le  5  février  l8Si  tvoir  plus  haut,  fig.  10)  pourrait  bien  avoir  été  produite 
par  le  Lticus  Ilyperboreus.  La  conclusion  est  importante,  comme  prouvant  que 


i;  Mars.  17  Mars, 


■J6  Mars. 


"^.-. 

27  Mars. 

,..>' 

\  ...         y 


:iO  Mars.  1"  Avril. 

.   Fig.  16-21.  —  Aspects  du  pôle  boréal  Je  Mars,  en  188G. 

les  taches  soml.ires  de  la  iplanète  sont  moins  favorables  à  la  conservation  des 
neiges  que  les  continents  jaunes. 

M.  Schiaparelli  a  eu,  de  plus,  le  bonheur  d'assister  à  la  f<:irmatiou  du  Lacus 
Hyperboreus.  Il  n'y  avait  aucune  tache  sombre  en  cet  endroit  le  -(i  mars  1886. 
Le  27,  riaxarte  présentait  un  gonflement  vers  la  calotte  polaire  (  roù-  la  ligure  ci- 
dessus).  Le  28,  le  lac  Hyperboreus  était  complètement  formé.  Mêmes  aspects  les 
30  (figure  ci-dessus)  et  31  mars,  l<"',  3  et."j  avril.  Nous  avons  ain^i  un  exemple  bien 
documenté  et  incontestable  de  l'apparition,  eu  deuxjoui's,  dune  tache  noire  de 
600  kilomètres  de  diamètre,  à  l'endroit  où,  auparavant,  on  ne  di.-tinguait  qu'une 
surface  continentale  jaune.  11  est  bien  difticile  d'offrir  une  explication  satisfaisante 


14  LA  PLANETK  MAKS. 

de  ces  phénomènes,  —  ;\  moins  que  ce  ne  soit  tout  simplement  de  l'eau  prove- 
nant do  la  fusion  des  neiges  polaires. 

Ce  Lacus  Hyperboreus  communique  avec  le  Kison  jiar  un  bras  de  mer,  avec  le 
LacLis  Arseuius  par  l'Arionis  Pretum. 

4.  Du  Gange  au  Phase. 

Thaumasia,  Solis  Lacus,  etc.,  étaient  très  défavorablement  placés  pour  l'obser- 
vatiim  en  1S8G.  Rien  de  remarquable  dans  AurcaCherso;  la  Fontaine  de  Jeunesse 
est  restée  invisible.  Les  canaux  de  Fortun;e,  Iris  et  Urauius  étaient  pâles.  Le 
Gange  et  le  Cbrysorrhoas  étaient  plus  distincts. 

Tbarsis  a  iiaru  très  blanche  dans  la  seconde  moitié  du  mois  de  mars. 

5    Mer  Erythrée. 

Malgré  sa  grande  uldi^iuité,  cette  mer  était  très  foncée  eu  1S86.  Deucalionis  et 
Pyrrhre  llegioues  ont  été  assez  bien  vues,  mais  l'rotei  Hegio  a  été  manquée. 
Argyre  brillait  d'un  éclat  fidgurant  au  limbe  supérieur.  Noachis  aussi  paraissait 
l)lauclie  près  du  bord,  ainsi  qu'en  iss'i.  H  est  à  remarquer  ipie  cette  île  n'a  pas 
été  vue  Idanche  aux  oppositions  de  1877,  1879  et  1881-1882.  M.  ydiiaparelli  invoque 
ici,  a\cr  raison,  la  plus  grande  obliquité  des  rayons  solaires  en  !88i  et  1886. 

6.  Du  Phase  au  Titan. 

La  merdes  Sirènes  était  assez  sombre  en  iSxd.  Icaria  et  Pha'tontis  très  claires; 
Memnonia  très  blanche.  Le  canal  l'yriplilégéthon  était  très  lin;  l'hlégéthon  très 
visible  et  noir,  le  18  mars;  Achéron,  difficile,  formait  une  petite  tache  sombre  à 
son  intersection  avec  Sirenius;  Gigas,  large,  et  niuntrant  quelques  traces  de 
gémination,  le  20  mars;  Eumenides,  difficile;  Sirenius  était  large  au  centre,  fin 
vers  les  bords. 

Le  Nodus  OorJii,  formé  de  l'intersection  de  rflumenides  avec  le  Sirenius,  le 
Gigas  l't  11'  l'yriplilégéthon,  a  été  vu  comme  une  tache  enfuméu  et  indécise. 

Il  a  l'ti'  difficile  de  bien  voir  le  Titan  en  I.SSC;  il  formait  le  bord  gauche  des 
deux  l'i'dpontis,  se  prolongeant  au  del;\  jusqu'au  lac  Arsenius  et  l'Arionis 
I''ri'liiiii.  1,'lladès  avait  aussi  un  proloiigeinent  semblable.  L'IUissus,  séparant 
r.Vrcadia  de  la  Scaudia,  était  visible.  Ces  deux  lies  étaient  assez  blancdies. 

Une  pi.'tili^  tache  blanche  remarquable  a  été  vue  sur  Icaria  par  117"  de  luiigi- 
lude  et  'M'i"  de  latitude  australe,  du  19  mars  au  ■>  juin.  Un  était  alors  là  en  plein 
hiver.  L'explication  ]iai'  la  neige  est  donc  touf  indi([uée. 

7.  Elysmm  et  régions  comprises  entre  le  Titan  et  la  Petite  Syrie. 

Le  peni.-igone  d'l';iysium  a  ét(;  vu  unifcirinéinent  clair  sur  toute  son  étendue. 
Aucune  trace  du  Cialaxias.  Les  canaux  diHerminant  h^  périmètre  d'Llysimn  étaient 
faibles,  surtout  Luuostos  et  Cerberus;  Styx  et  liyblaïus  étaient  plus  marqués. 


?;C1II.U'A[iKI.LT.    0?PO>ITION    DE    ISSr,.  If, 

iEthiops  et  Lctho  étaicut  assez  visibles.  Cyelops  droit,  noir  et  simple;  il  a\ait 
uuo  inclinaison  de  12"  sur  le  méridien. 

Le  Trivium  Charontis  olïrait  l'aspect  d'une  tache  rectangulaire  confuse  11  on  a 
été  de  mcnie  d'IIephœstus,  dont  la  connexité  avec  le  Trivium  a  r[r  souprounée 
par  M.  Schiaparelli  en  18Si. 

A  l'exception  d'Avernus,  tous  les  canaux  compris  entre  le  Titan  et  Elysium  ont 
été  revus.  I.'Orcus  était  tellement  difticile,  qu'on  pouvait  à  peine  en  affirmer 
l'existence;  Tartarus  très  évident;  il  en  a  été  de  même  de  Lwstrygon.  L'Erebus 
offrait  l'aspect  d'une  ligne  légère,  faisant  suite  à  l'Achéron;  l'IIadès  s'est  montré 
toujours  très  large  et  très  sombre,  se  dirigeant  à  droite  du  pôle,  dans  le  voisinage 
duquel  il  rencontrait  le  Titan  vers  Arionis  Fretum. 

Toute  la  région  comprise  entre  le  40"  parallèle  et  le  pùle  et  les  longitudes  de 
l.")0''  et  Î50°  présenta  de  grandes  difficultés  à  l'examen  télescopique.  On  remar- 
quait, entre  autres,  deux  ombres  très  allongées,  diffuses  et  compli(iuées,  repré- 
sentées sur  les  dessins;  l'une  de  celles-ci  comprenait  plusieurs  nceuds  sombres 
sur  les  prolongements  du  Titau  et  de  l'Hadès,  jusqu'à  la  l'asse  d'Arion;  l'autre 
suivait  le  cours  de  l'Anian,  ja-olongé  jusqu'au  Kison.  Il  semblait  y  avoir  d'autres 
lignes  en  grand  nombre,  suivant  des  directions  peu  différentes  des  parallèles. 
Les  contours  de  l'ombre  de  gauclie  diminuant  lentement  d'étendue,  l'ondjre  se 
concentra  autour  de  trois  noyaux  qui  formèrent  plus  tard  les  deux  l'ropontides 
et  le  lac  Arsenius.  La  métamorphose  était  rléjà  complète  le  IG  mars,  et  le 
îl  mars  toutes  ces  nodosités  étaient  entièrement  noires.  Les  deux  Propontides 
étaient  séparées  par  un  petit  intervalle  clair,  formant  une  géminatiou  imparfaite, 
et  d'une  largeur  sans  précédent  jusqu'ici,  car  du  bord  supérieur  de  l'ropontis  I 
(australe)  au  bord  inférieur  de  Propontis  II  (boréale)  ou  ne  comiitait  pas  moins 
de  12°  à  l.D».  Propontis  I  était  incomplète  d'abord,  se  montrait  plus  étroite  et 
plus  courte  que  l'autre,  ne  s'étendaut  pas  jusqu'à  l'Hadès,  qu'elle  a  fini  par  re- 
joindre. Pro]iontis  II  s'étendait,  dès  le  début,  du  Titan  à  l'Hadès,  se  montrant  en 
outre  plus  sombre  que  sa  voisine  australe  Elle  était  large  vers  l'iJuest,  ou  elle 
formait  le  Gynde.  L'auteur  considère  les  deux  Propontides  comme  constituant 
une  gémination  colossale. 

8.  Mers  intérieures  et  terres  australes  de  130    à  310'  de  longitude. 

La  mer  des  Sirènes  était  trop  mal  placée  pour  l'observation  en  issij.  Cependant, 
malgré  la  forte  diffusion  atmosphérique,  elle  était  très  sombre,  parfois  ttoirc  dans 
la  région  supérieure  du  disque.  De  même,  les  observations  de  la  partie  de  la  mer 
Cimmérienne  conqirise  entre  ITÙ"  et  210»  étaient  gênées  par  la  forte  oldiquité. 
Pour  la  même  raison,  Atlautis  n'a  pas  été  vue.  La  partie  inférieure  de  la  mer 
Cimmérienne  était  beaucoup  plus  facile,  et  assez  sombre;  aucune  trace  de  l'ile 
Cimmeria,  vue  en  1882.  Ilesperia  n'a  rien  offert  d'anormal  ;  elle  était  toujours 
très  évidente,  et  coupée,  à  angle  droit,  par  un  prolongement  de  l'Euripe. 

M.  Schiaparelli  a  en  outre  suivi  pendant  deux  mois  une  tache  blanche  située 


16  LA    PLANÈTE   MAUS.  '    , 

vers  ;.!i3"  de  longitude  et  —  55",  :i  de  latituile,  dans  le  golfe  de  Prométhée,  à  un 
endroit  ùéi)ourvu  de  «  terre  ».  C'est  pour  la  première  fois  que  l'on  observe  une 
taclie  aussi  persistante  dans  des  régions  grises,  ce  genre  de  phénomène  montrant 
une  tendance  à  se  former  presque  exclusivement  sur  les  régions  continentales. 

9.  La  Grande  Syrte  et  son  entourage, 

La  mer  du  Sablier  s'est  montrée  très  sombre  pendant  cette  opposition.  Cepen- 
dant lilê  d'Œnotria.  prolongeant  l'extrémité  nord-ouest  d'Ausonia,  était  évidente 
en  ISSCi,  tandis  qu'on  n'avait  pu  en  voir  la  moindre  trace  en  1S83-I884.  Nilosyrtis 
était  moins  marquée  que  d'habitude;  le  5  avril  elle  semblait  interrompue  vers  le 
■yi"^  j)arallèlo,  sous  une  longitude  de  35'i'>  ;  effet  de  perspective.  De  pareilles  inter- 
ruptions de  la  Nilosyrtis  ont  été  notées  par  Mailler  et  Kaiser.  Parfois  la  Nilosyrtis 
parait  interrompue  par  un  olïet  d'irradiation  des  régions  avoisiuantes.  Astusapes 
a  été  vu  dans  toutes  les  circonstances  favorables,  du  7  mars  au  v!3  mai.  il  était 
courbe,  comme  en  1S83,  et  l'ilo  de  Meroë  paraissait  elliptique. 

Népenthès  était  assez  visible  sous  furiae  ilc  ligne  largo  et  obscure,  légèrement 
recourbée,  comme  aux  oppositions  précédentes.  Le  lac  Mœris,  examiné  les  îi  et 
■23  mai  avec  un  grossissement  de  1050,  au  18  pouces,  s'est  montré  noir  et  très 
voisin  de  la  mer  du  Sablier.  La  distance  qui  le  séparait  de  la  Grande  Syrte  était 
plus  petite  que  son  diamètre.  En  conqjarant  ses  observations,  M.  Schiaparelli 
constate  {remarqw  importantes  que  l'envahissement  progressif  de  la  Grande 
Syrte  n'avait  pas  fait  beaucoup  de  progrès  en  1886.  L'Athyr  de  1882  était  invisible. 

Rien  de  nouveau  vers  la  Petite  Syrte.  La  Libye  était  toujours  rouge  et  sombre  ; 
son  contour  semblait  moins  arrondi  que  d'habitude,  formant  un  angle  assez  mar- 
qué vers  le  Sud-Ouest;  mais  il  n'y  avait  pas  de  «  jiont  »  dirigé  vers  Hellas. 

Les  journées  des  11  et  12  mars  ont  montré  que  la  teinte  rouge  de  la  Libye  s'é- 
tendait jusqu'à  l'Ainentlies  et  Isidis  Regio.  Plus  tard  (22  mail,  la  région  d'isis 
parut  très  blanche.  Le  22  mai,  M.  Schiaparelli  crut  assister  ù  une  résurrection  de 
la  Xix  Atlantica,  vue  en  IS77,  187'J  et  1881-1882;  mais  cette  constatation  n'a  pas 
été  coulirmée  le  lendemain.  11  serait  extrêmement  intéressant  pour  nos  connais- 
sauces  sur  la  constitution  physique  de  Mars  de  voir  reparaître  cette  curieuse 
formai  in  11. 

M.  Sc!ua]iarelli  a  constaté,  comme  eu  IS8i,  que  la  tache  pnlaire  infé'rieure 
(bnr.'alei  était  légèrement  excentrique  au  pôle  en  1886.  Voici  ses  résultats  (|ui 
conrnrdeut  avec  ceux  obtenus  indépendamment  par  M.  O.  Lohse,  à  Potsdam  : 

ISSJ  Scliiaparelli Distance  au  polo  =  2", ti'J  =  0% 23     Longitude  -    .Tio-jô  i   ô\3 

ISSG  Lohse »  l,3i  — 0,43  »  -28.)  ,0  =  10  ,7 

ISsi  Schiaparelli »  1,27  —  0,10  »  1\)j  ,\  =--    5,7 

Les  neiges  se  sont  montrées  éloignées  du  pôle  d'une  centaine  do  kilomètres, 
dans  la  direction  de  la  Grande  Syrte.  Ou  sait  que  pour  le  pôle  austral  cette  excen- 
t.-icité  des  neiges  polaires  est  considérable.  Le  minimum  du  diamètre  des  neiges 


si;iiiai'aui:lli.  ium'Osition  di-  I88S.  17 

(3»,5)  est  arrivé  dans  la  seconde  moitié  de  mai,  soit  plus  d'un  mois  et  deini 
après  le  solstice  d'été. 

Le  Irait  caracléristique  de  l'apposition  de  1886  paraît  avoir  iMé  l'absence 
de  géniinations.  Laissant  de  eôlé  le  dédoublement  de  Gerauniiis,  ainsi  que 
celui  de  la  Propontis,  on  peut  dire  (ju'il  n'y  a  eu  (jue  la  grande  gémination 
de  Hydruotes-Nilus.  Cependant,  M.  Perrotin  croit  avoir  dédoublé  l'Euphrale, 
le  Pliison,  l'Orontc  et  la  Jamuna. 

La  calotte  polaire  boréale,  du  Gii^  degré  au  pôle,  montre  des  régions  dasiiccts 
différents  : 

1°  Surfaces  jaunes  continentales,  s'étendant  du  îiiiK  degré  de  longitude  au  lH'', 
sur  une  longueur  de  liO»; 

•>  Taches  grises  comparables  aux  mers  do  l'autre  hémisphère,  telles  que  la 
mer  Boréale  et  le  lac  Ilyperboreus  ; 

3"  Demi-teintes  analogues  aux  terres  de  Mare  Erythrreum,  telles  que  Baltia- 
Nerigos,  Lemuria,  Panchaia,  Uchronia  et  entourées  d'estompages  plus  ou  moins 
larges  i  Lacus  Arsenius,  Cephissus,  Gyudesi.  Toutes  ces  régions  sont  assujetties 
à  de  très  grandes  variations  de  tons. 

Ces  nouvelles  études  ont  apporté  un  nouveau  progrès  à  notre  connaissance 
de  l'hémisphère  boréal  de  la  planète.  Elles  continuent  de  mettre  en  évidence 
les  variations  extraordinaires  qui  s'accomplissent  perpétuellement  à  la  sur- 
face de  ce  monde  voisin  et  confirment  absolument  les  déductions  des  obser- 
vations comparées  que  nous  avons  affirmées  depuis  longtemps. 


CXLVI.  —  OnpERVATiONS  DE  M.  Si'-inAPAREi.r.i  en  Iî^SS. 

I,e  sixième  Mémoire  des  observations  de  M.  Srhiaparelli  sur  la  planète 
Mars  a  été  publié  en  1899  et  contient  les  observations  faites  pendant  l'oppo- 
sition de  1888  par  l'habile  Directeur  de  l'Observatoire  de  Milan,  à  l'aide  de 
l'équatorial  de  Merz-Repsold  dont  le  diamètre  est  de  18  pouces  (485  milli- 
mètres) et  la  distance  focale  de  7  mètres,  installé  à  Milan  en  18SG.  L'objectif 
est  considéré  comme  tout  à  fait  excellent.  Les  grossissements  vont  jusqu'à 
1000  et  davantage  pour  les  étoiles.  Pour  les  aspects  de  Mars,  les  plus  employés 
ont  été  ceu.\  de  "216,  S.'iO,  513  et  twi. 

Voici  les  données  essentielles  de  ce  Mi}nioire  et  leur  discussion  comparée  : 

La  variation  de  la  mise  au  point,  suivant  la  fatigue  de  l'ieil,  le  grossissement 
de  l'oculaire  et  la  lumière  du  disque  ont  été  l'objet  d'une  élude  constante  de  la 
part  de  l'observateur. 

F.,  IL  -2 


18  LA    l'I.ANKTH    M  Ali  S. 

Le  ilianiètrc  apiiarent  de  la  planète  a  varie  dans  la  proportion  suivante  : 

2  avril ii,<JG  \ 

2  mai U/Ji  | 

1"  juin 1,',25  *  Opposition  le  11  avril. 

1"  juillet 9,84  i 

31  juillet 8,20  / 

L'inclinaison  de  l'axe  a  été  de  -+-  20"  à  -4-  24°,  nous  présentant  les  régions 
polaires  boréales  en  des  conditions  exceptionnelles. 

SAISONS  Dli    LA  PLANÈTE 
HL'mispIiiTe  Ijorciil.  Héiïii>iilit;re  .lustr.-ïl. 

Solstice  d'été.  Solstice  d'hiver.  Ki  février  1888. 

Équinoxe  d'automne.  Équinoxe  de  printemps.  15  aoiil  1888. 

Ce  Mémoire  renferme  quatorze  dessins  de  détails  obtenus  avec  les  grossisse- 
ments de  ."il3  et  674  et  deux  projections  polaires  stéréographiques.  l'une  représen- 
tant riiémisphèro  boréal  entier,  l'autre,  sur  une  plus  grande  éelielle,  les  régions 
voisines  du  pôle  qui  n'ont  pu  être  reproduites  avec  un  détail  suffisant  sur  la  pre- 
mière. 

1/une  des  grandes  difficultés,  écrit  l'auteur,  a  été  de  représenter  fidèlement  les 
nombreuses  lignes  doubles.  Comme  elles  sont  parallèles  entre  elles,  elles  devraient 
rester  équidistantes  sur  la  représentation  graphique.  Si  on  les  conserve  ainsi,  on 
désobéit  aux  règles  de  la  projection,  ("est  le  parti  que  l'auteur  avait  préféré  eu 
1882  et  1884.  Cette  fois-ci,  il  a  préféré  l'exactitude  de  la  projection,  de  sorte  que 
ces  lignes  doubles  cessent  de  paraître  parallèles  tout  en  l'étant  eu  réalité. 

Cette  carte  de  l'hémisphère  boréal  {fuj.  2i]  est  plus  complète  et  plus  exacte 
que  celle  que  nous  avons  reproduite  dans  le  premier  volume  de  cet  Ouvrage,  p.  44i), 
parce  que,  écrit  M.  Schiaparelli,  la  i)remièro  a  été  construite  en  188')  avant  la 
discussion  complète  des  observations  de  1888,  terminée  seulement  aujourd'hui, 
et  n'avait  qu'un  caractère  provisoire.  Il  y  a  ici  plus  de  détails  et  un  grand  nombre 
d'objets  et  de  noms  n(juvcaux. 

De  toutes  les  observations  faites  pendant  cette  opposition  de  1888,  la  plus  éton- 
nante, la  plus  extraordinaire,  la  plus  incroyable  est  certainement  celle  que  nous 
allons  décrire. 

Reportons-nous  d'abord  à  l'aspect  de  la  planète  en  1886,  ou  au  globe  que  nous 
avons  publié  il  y  a  quelques  années  (' ).  La  fig.  23  représente  l'hémisphère  boréal 
dressé  par  M.  Schiaparelli  d'après  ses  observations  de  cette  époque.  Voyez,  entre  les 
330°  et  310"  de  l'équateur,  vers  336",  une  longue  traiuée  droite  qui  part  de  là  et 
vient  aboutira  la  gauche  du  pôle.  Cette  traînée  s'appelle  l'Eifp/ira/e  tiepuis  l'équa- 
teur jusqu'à  la  première  tache,  nommée  le  lac  Isménius,  ensuite  ÏArnon  jusqu'à 

(M  Librairie  Bertaux,  à  Paris. 


SCllIAPARI'IJ.I.    OPPOSITION    L)K    188^. 


19 


la  seconde  tache,  appelée  le  lac  Aréthuse,  et  en  troisième  lieu  le  Kison  jusqu'iui 
canal  voisin  du  pôle.  Cotte  longue  traîne'e  se  voit  également  sur  un  beau  dessin  du 
5  avril  188G  ilhj.  ii). 

Eh  bien,  en  1888  1/13.  2î),  ce  long  canal  rectilignc  à  triple  désignation,  Eui;liralc- 
Arnon-Kison,  avec  ses  deux  lacs  Isuiénius  et  Aréthuse,a  c/ta?igé  de  p/ncc' Tout  en 
partant  du  même  point,  tournant  comme  une  règle  autnur  d'un  clou,  il  s'est  écarté 


Fig.  22.  —  Carie  générale  des  observations  failes  |iar  31.  Sehiaparelli  en  1S5S 
sur  rhémisphère  boréal  de  Mars. 

vers  la  droite,  et  au  lieu  d'aboutir  à  la  gauche  de  la  neige  polaire,  vers  la  lon- 
gitude 245°,  aboutit  à  droite,  vers  la  longitude  r,.j\  juste  à  l'opposé'  La  /?;/.  •?."', 
prise  le  ?  juin  1888,  montre  ce  changement,  absolument  incompréhensible,  et 
toutes  les  observations  de  mai  et  juin  1.-^88  .le  confirment.  Comparer  aussi  les 
deux  cartes  de  1888  {fuj.  îî  et  26 1. 

Remarquons  que  du  point  d'aboutissement  de  1886  à  celui  de  188>*,  la  distance 
est  de  10",  c'est-à-dire  de  fiOO  kilomètres. 


20 


LA   PLANETE  MARS. 


Cette  même  direction  se  voit  sur  un  dessin  fait  à  Nice  par  >L  Perrotiii  (La pla- 
nète Mars,  l.  p.  410). 

Ce  changement  ressemble  à  ce  qui  se  passerait  sur  la  Terre  si  le  "olle  et  le 
canal  de  Suez,  au  lieu  d'aller  aboutir  à  Alexandrie,  tournaient  vers  l'est  et  allaient 
se  diriger  vers  la  Palestine  ! 


2.3.  —  L'hémisphère  boréal  de  Mai-s  en  1886. 


C'est  comme  un  tapis  de  marche  qu'on  aurait  déplacé. 

On  peut  se  demander  si  tout  le  tapis  a  été  déplacé  d'un  seul  morceau,  si 
toute  la  bande  a  tourné  d'une  pièce.  Il  pourrait  se  faire  que  du  point  de  départ 
resté  fixe  (le  port  Sigée)  jusqu'au  lac  Isménius,  il  n'y  ait  pas  eu  de  change- 
ment et  que  l'Arnon  et  le  Kison  aient  seuls  tourné,  ou  bien  que  la  dernière  sec- 
tion (leKiSon)  seule  se  soit  déplacée.  Mais,  dans  ces  deux  suppositions,  l'Arnon 
et  le  Kison  auraient  fait  un  angle  assez  grand  avec  la  direction  de  l'Euphrate, 
tandis  que  l'ensemble  est  resté  droit.  C'est  donc  l'ensemble  tout  entier  qui  s'est 
déplacé. 


Sr.llIAPAUEI.I.I    iiPrOSITKtX   DE   1888.  21 

Le  tout  s"est  montré  parfaitement  doulile  pendant  tonte  la  diin'c  des  observa- 
tions. 

Ce  n'est  pas  la  calotte  polaire  i(ui  a  ijuitté  le  pôle,  très  certainement. 

(_'e  mouvement  incompréhensible  et  certain  du  système  Euphrate-Arnou-Kisnn 
s'est  elïectué  entre  le  mois  d'avril  1886  et  le  mois  de  juin  1888,  pendant  l'absence 
des  observations  de  Mars. 

La  gémination  du  sj'Stème  n'a  pas  montré  suii  parallélisme  hatùtnel  :  les  deux 
composantes  allaient  en  s'écartant  du  pôle  à  l'équateur,  comme  si  la  force  centri- 
fuge due  à  la  rotation  de  la  planète  avait  une  action  sur  cette  gémination!  Ninis 
restons  eu  plein  mystère. 


Fig.  21.  —  Di'ssiii  'lu  6  avril  l.ssG. 

Si.  au  lien  de  considérer  le  sinus  Sabœus  et  le  port  Sigée  comme  le  point  de 
départ  de  ce  système  hydraulique  ou  végétal  Euphrate-Arnon-KIson,  nous  regar- 
dions les  neiges  polaires  et  leur  fusion  comme  l'origine,  peut-être  le  changement 
observé  serait-il  moins  difficile  à  concevoir.  En  admettant  que  ces  neiges  polaires 
soient  pins  élevées,  qu'une  plaine  basse  s'étende  du  pôle  à  l'équateur,  l'eau  pro- 
venant de  ces  neiges  ne  pourrait-elle  s'écouler  en  des  directions  différentes  selon 
les  saisons  et  les  années  et  donner  naissance  à  des  canaux,  h  des  lacs,  à  des 
marécages,  à  des  prairies.'  Touto:>  les  conjectures  sont  ouvertes. 

D'autres  variations  presque  aussi  stupéfiantes  ont  été  l'objet  d'observations 
précises.  L'une  des  plus  remarquables  est  celle  du  canal  Pierius  qui  va  dn  lac 
Aréthuse  au  canal  Casius  (voir  lig.  iO).  Tandis  que  celui-ci  s'est  montré  composé 
de  deux  lignes  écartées  de  près  de  10',  le  Pierius  était  près  de  moitié  moins  large 
dans  sa  gémination  et  le  Callirhoe  est  resté  simple.  De  plus,  comparé  au  Proto- 
nilus,  le  Pierius  s'est  montré  tantôt  plus  foncé,  tantôt  plus  clair.  C'est  une  nou- 
velle vérification  du  fait  que  les  variations  rapides  d'un  jour  à,  l'autre  dans  la 
visibilité  de  certains  canaux  sont  réelles  et  non  pas  dues  aux  conditions  atmo- 
sphériques changeantes  de  l'observateur  terrestre. 


22  LA   PLANETE   ^fARS. 

La  vaste  région  qui  s'étend  à  la  droite  de  la  mer  du  Sablier  et  qui  a  reçu  le 
nom  d'Aeria  a  paru  souvent  très  blanche,  sous  des  inclinaisons  de  vues  fort 
diverses.  Il  eu  a  été  de  même  pour  la  Cidonia,  l'Arabie  et  d'autres  contrées. 

Nous  ne  pouvons  présenter  ici  toutes  les  observations  exposées  dans  ce  volu- 
mineux Mémoire  de  1 14  pages  in-4°,  en  petit  texte.  Ce  qui  nous  frappe  le  plus,  ce 
sont  les  variations  constatées.  Outre  la  grande  ligne  Euplirate-Arnoii-Kisou  dont 
nous  avons  [larlé,  remarquons  encore,  à  sa  droite,  sur  les  figures  de  1886  et  1888,  le 
canal  qui  descend  di;  la  baie  fourchue  du  méridien,  celui  de  droite,  le  Gehon.  En 


X 


/       ^- 


^/-e 


Fig.  35.  —  De.ssin  du  2  juiu  1S88. 

1886  (l'ig.  -J'i)  il  tourne  à  droite,  va  couper  l'Oxus  en  décrivant  une  courbe,  et 
aboutit  à  la  mer  Acidaliennc.  En  1888  {jlg.  25)  au  lieu  d'être  courbe,  il  est  recti- 
ligue,  et  l'on  retrouve,  au  puint  uù  il  coupe  l'Cxus,  la  fontaine  de  Siloi',  vue  en 
1884,  disparue  en  1880.  Si  l'on  veut,  du  reste,  se  donner  le  plaisir  de  comparer 
avec  attention  les  détails  de  ces  deux  dessins,  on  sera  stupéfait  des  diiïérences. 
Toutes  ces  variations  de  cours  d'eau  ou  de  tapis  végétaux  qui  paraissent  et 
disparaissent  tour  à  tour  me  rappellent  ce  qui  se  passe  dans  un  pays  de  la  Terre  que 
j'ai  visité  plus  d'une  fois  dans  mon  enfance  :  la  Meuse,  entre  Bourmont  et  Neu- 
rhàteau,  disparait  aussi  et  réparait  tour  à  tour,  selon  la  quantité  d'eau  des  pluies. 
Pendant  les  sécheresses,  elle  liltre  entièrement  à  travers  un  sol  poreux,  et  au 
lieu  tl'un  cours  d'eau  on  a  h\  un  terrain  sec  et  de  fertiles  [u-airies  sur  lesquelles 
paissent  les  troupeaux.  .Sun  cours  est  souterrain  du  moulin  de  Bazoilles  à  Non- 
court,  sur  une  longueur  d'environ  6  kilomètres.  Dans  les  saisons  pluvieuses,  au 
contraire,  la  rivière  no  disparait  pas.  Il  y  a,  en  France  seulement,  plusieurs 
exemples  analogues  de  rivières  souterraines.  Les  variations  martiennes  sont  peut- 


SCHI.VPAHKLI.I.   OPPOSITION   DR    I88S. 


23 


être  de  cette  nature,  mais  dans  des  proportions  plus  vastes  et  plus  générales,  et 
pour  des  causes  diflërentes  puisqu'il  n'y  a  pas  de  pluies  :  fusion  des  neiges  et 
infiltrations  ? 

La  haie  du  Méridien  a  offert  dos  aspects  vraiment  curieux.  M.  Schiaparelli 
écrit  sur  son  registre,  à  la  date  du  :!0  mai  :  «  Stupoiido  il  goll'o  Sabeo  ;  corni  larglii, 
belli  veramente  e  benissimo  separati  ».  Le  lendemain  :  ■•  Goll'o  Sabeo  doppio  bello, 


Fig.  ÎG.  —  DL-lt>ils  .le  riL-misphèro  boréal  d.'  Mars  iu~  in' m  .".O"  ■lri:r.-  île  .listaûro  a.;  jinle  |  ISSS). 

largo,  biforcato  c  ucro  ».  Le  S  juin  :  «  I  duc  corni  nerissiini  c  grossissimi  ".  Le  0, 
l'observation  montre  non  seulement  ces  pointes  noires  et  fortes,  mais  s'ccartant 
l'une  de  l'autre,  au  lieu  de  suivre  le  mi'ridien,  et  prolongées  par  riliddekel  et  le 
Gelion.  La  pointe  de  droite  est  noire  et  allongée,  et  le  Gehou  est  très  marqué 
(uoy.  aussi  la  fig.  25,  du  2  juin).  Il  y  a  là  une  région  soumise  à  de  per- 
pétuels changements,  comme  je  l'ai  montré  tlésla  première  édition  des  Tcrresdu 
Ciel  (1877). 
L'Arcadie  a  paru  couverte  de  neige,  et  la  neige  olympique  de  1879  a  été  revue. 


24  LA  PLANÈTE   MARS. 

Dans  presque  toutes  les  régions  environnant  le  pôle  boréal  jusque  vers  le 
30"  parallèle  s'est  manifestée  une  tendance  notable  à  la  formation  de  taches  noires 
ou  de  lacs,  notamment  dans  les  points  où  aboutissent  les  canaux.  Cette  tendance 
a  étendu  ses  effets  jusqu'aux  limites  de  l'Elysée.  Le  lac  d'Hécate  a  été  l'un  des 
résultats  de  cette  actiou  climatologique. 

Le  fameux  Trivium  Charontis  (Carrefour  de  Charou)  qui  en  IS.s'i  .s'éiait  montré 


'>  è 


Fig.  37.  —  Dessin  Ju  .'■  juin  ISSS. 

géminé  dan.s  la  direction  de  l'Orcu?,  et  qui  suivait  encore  cette  direction  en  188G, 
a  vu  eu  18SS  sa  forme  déterminée  par  le  cours  du  Cerbère  et  de  lÉrèbe  (voy. 
jig.  v'î,  sur  le  î!00«  méridien!.  En  I8Si.  sagémiuation  avait  la  direction  de  l'Orcus, 
en  1888  celle  de  lÉrèbe.  L'influence  de  la  direction  de  cours  d'eau  ne  parait-elle 
pas  évidente  ici?  Des  variations  analogues  ont  été  observées  pour  le  lac  Isménius 
et  pour  le  lac  ds  la  Lune.  Le  Trivium  Charontis  s'est  parfois  présenté  avec  des 
contours  si  vagues  qu'il  était  impossible  de  le  dessiner.  C'est  l'une  des  régions  de 
la  planète  les  plus  variables. 

La  mer  des  Sirènes  et  le  lac  du  Soleil  ont  paru  très  noirs,  malgré  leur  obliquité. 

La  mer  du  Sablier  i  Grande  Syrte  ),  qui  reste  toujours  pour  nous  la  conûguration 
la  plus  caractéristique  de  la  planète,  a  été  l'olijet  d'observatious  importantes. 
Examinons  un  instant  ensemble  la  fi(j.  '27,  faite  le  5  juin  1888.  La  mer  <lu  Sa- 
blier nous  offre  dans  sou  aspect  trois  tracés  noirs  bien  marqués  :  son  bord 
gauche,  son  bord  droit,  et  vers  son  centre  une  zone  sombre  qui  la  traverse  de 
haut  en  ijas  jx/ur  aller  se  confondre  avec  la  partie  inférieure  très  foncée,  appelée 
Nilo  Sj//-/i.s  i//';y.  '.ij.  Cette  zone  médiane,  qui  semble  constituer  la  Nilo  Syrtis  à 
travers  la  mer  du  Sablier,  a  été  appelée  Dosaron  par  M.  Lowell.  Que  cette  mer 


SCllIAPARELLI.    OPPOSITION   DE   1888.  îi 

du  Sablier  soit  de  l'eau,  des  marécages  ou  des  prairies,  elle  n'est  pas  homogène 
et  se  montre  parsemée  d'iles.  Je  disais  autrefois  que  cette  ligne  foncée  centrale 
iudiquait  sans  doute  une  plus  grande  profondeur  d'eau.  Pourquoi  pas? 

Son  prolongement  boréal  parlaNilo  Syrtis  s'est  montré  parfaitement  net  et  très 
foncé,  d'une  largeur  de  3"  à  4»  1 180  à  iiO  kilomètresi  i[ui  paraît  être  son  l'tatnormal. 

A  l'extrémité  de  la  Nilo  S\-rtis,  le  l'rotonilus  a  d'abord  montré,  le  -2  mai,  une 
tache  foncée,  signe  précurseur  des  géniinations  qui  allaient  bientôt  se  produire. 
En  elî'et,  du  2  au  1 3  juin  on  a  constamment  vu  le  l'rotonilus  et  le  Pierus  nettement 
et  admirablement  dédoublés.  L'Arnon  y  amenait  sans  doute  la  fusion  des  neiges 
boréales  (voy.  fig.  ii  et  fig-  i'y]- 

Des  blancheurs  éclatantes,  de  la  dimension  du  lac  Mœris  (environ  4"  ou  ^40  ki- 
lomètres) ont  été  vues  plusieurs  fois  sur  la  Népentès. 

La  neige  polaire  boréale  s'est  montrée  traversée  par  une  large  ligne  funcée  du 
7  au  l.'i  mai,  jjuis  ilu  4  au  l:i  juin.  Le  '.t  mai  et  le  4  juin,  ou  la  voit  même  parta- 
gée en  trois  parties.  Son  diamètre  angulaire  a  augmenté  de  8°  à  l.'j",  du  '2  mai  au 
6  juin,  puis  a  diminué  dans  la  même  proportion.  Sa  position,  d'après  les  mesures 
de  ^L  Lohse  à  l'Observatoire  de  Potsdam,  était  à  2", 73  du  pôle  aréographique, 
sur  la  longitude  22  i",  9.  La  séparation  de  la  neige  polaire  en  deux  parties  inégales 
a  été  également  ol)servéo  par  M.  Perrotin  à  Nice  et  M.  Torby  à  Louvain. 

Le  plus  gros  morceau  de  cette  neige  polaire  boréale  a  entièrement  disparu  le 
14  juillet.  Cette  disparition  n'aduré  qu'un  jour'  C'était  14'.i  jours  après  le  solstice 
d'été.  Elle  s'est  immédiatement  reformée. 

En  terminant  l'exposé  de  ces  observations,  l'illustre  Directeur  de  l'Observatoire 
de  Milan  fait  remarquer  que  «  l'un  des  caractères  les  plus  importants  de  l'oppo- 
sition de  1888  a  été  la  réapparition  des  gémiuations.  restées  absentes  en  1886. 
Elles  ont  été  au  nombre  de  28,  dont  2  parfaitement  nettes,  14  bien  définies,  9  mal 
définies  et  3  imparfaitement  formées,  (-ette  réapparition  a  ou  lieu  vers  le  milieu 
de  mai,  c'est-à-dire  environ  trois  mois  après  le  solstice  d'été  boréal,  arrivé  le 
16  février,  ou  trois  mois  avant  léquinoxe  d'automne,  arrivé  le  15  août.  Elles  pa- 
raissent durer  de  quatre  à  cinq  mois.  » 

Les  observations  de  ls88  ont  précisément  continué  celles  de  iss6  au  jujint  de 
vue  des  saisons  martiennes  : 

(  commencement...     28  février,  ou    32  jours  avant  le  solstice 
(  fin 1"  juin,       ou    IJ3     —     après         — 

1  commencement...      2  mai,       ou    7.^     —     après         — 
Miu 21  juillet,   on  lOG     —     après         — 

Il  s'agit  ici  des  observations  utiles,  des  bonnes  images.  Or,  elles  s'accordent 
pour  établir  que  les  aspects  aréographiques  sont  d'abord  nébuleux  et  mal  délînis, 
vagues  et  comme  incertains.  Ils  se  précisent  ensuite  graduellement  à  mesure 
que  la  saison  avance,  les  lignes  et  les  taches  deviennent  nettes,  et  «  c'est  alors 
l'époque  des  belles  gémiuations,  des  petits  lacs,  des  plus  minuscules  détails  ». 


■26  LA   PLANÈTE   MARS. 

Telles  sont  les  principales  observations  faites  par  M.  Schiaparelli  pemlant 
l'opposition  de  1888.  Nous  avons  attendu  douze  ans  cet  important  Mémoire, 
mais  la  Science  n'y  a  rien  perdu.  Nous  souhaitons  cependant  voir  des 
descriptions  aussi  précises  des  oppositions  de  1890,  1892,  1894,  1896  et  1898 
ne  pas  tarder  aussi  longtemps  à  cnlrrr  dans  le  cycle  général  de  l'étude  de 
cette  planète  voisine,  encore  si  énigmatique  pour  ceu.^  qui  la  connaissent 
le  mieux,  et  nous  espérons  que  le  savant  astronome,  malgré  le  repos  qu'il 
semble  désirer  après  tant  d'années  de  travaux  aussi  considérables,  voudra 
Iden  en  donner  au  moins  la  substance,  la  synthèse  et  les  conclusions  ('). 


CXLVII.  —  orPOSlTlnX  DE  1S92. 

OliSER^'.-iTIOXS   F.AITES   A    L'OIÎSEII VATOIRE    DE   .lUVISY. 

Oppositiuii 4  août. 

Périhélie 7  septeraljre. 

Équinoxe  de  printemps  aiisiral  ..  20  uiai. 

Solstice  d'ùté  austral 13  octobre. 

Pôle  austral  incliné  vers  la  Terre. 

Celle  période  de  189-2  était  la  plus  favoralilc  ilei)uis  1877,  la  planète 
passant  en  opposition  dans  le  voisinage  île  son  périhélie,  et  son  diamètre 
devant  atteindre  24"  8. 

A  l'Observatoire  de  .luvisy.  mnis  avons  commencé  les  observations  dès  le 
mois  de  mai.  La  planète  était  encore  éloignée,  et  sa  grande  déclinaison 
australe  l'empêchait  de  s'élever  un  peu  haut  au-dessus  des  brumes  de  notre 
horizon,  ce  ijui  a  été  le  cas,  lualheureusiMuent,  pour  toute  cette  année  si 
favui'ahle  à  d'autres  titres,  car  cette  déclinaison  oscilla  entre  20"  et  24"  pen- 
d<uil  la  période  de  plus  grande  proximité,  de  sorte  que  son  élévation 
au-dessus  de  l'hurizun  n'a  pas  depassi!'  17''  à  21".  C'est  peu. 

Parmi  les  dessins  faits  à  l'Observatoire  de  Juvisy  (equatorial  de  0"',24), 
nous  signalerons  d'abord  les  suivants  (//,'/■  28-33),  commencés  dès  l'origine 
de  l'apparition,  ilus  à  M.  Quénissel;  ri  ijui  nionlrent  déjà  des  aspects  recon- 
naissahles  de  la  planète.  Ils  sont  tracés  à  l'éclielle  de  2"""  pour  1".  ^'oici  un 
extrait  des  observalions  qui  les  accoin[iagnent  : 

1'  7  mai,  -^''-iOn»  matin.  —  Atmosphère  calme,  assez  bonne  image.  Oc.  140  et  2Î0. 
Les  mers  Maraldi,  llooke  et  l-'lammarioii  sont  tjien  visibles.  La  dernière  est 

(')  M.  Schiaparelli  a  pris  sa  retrait(!  de  Directeur  de  l'Observatoire  de  Milan  au  mois 
d'octobre  1900,  et  ^L  Celoria  lui  a  succcdé.  Nous  espérons  que  les  précieuses  observa- 
tions martiennes  faites  eu  ce  sanctuaire  d'Uranie  seront  bientôt  intégralement 
.publiées. 


OBSEIîVATOIUK  DE  JUVISV,    189-2.  il 

très  foncée  (').  Le  limbe  oriental  est  très  blanc.  La  calotte  polaire  australe  est 
bien  visible.  Elle  est  trè.s  étendue.  Au  pôle  nord,  on  ne  distingue  rien  de  parti- 
culier. La  région  comprise  entre  les  mers  Hoolie  et  Maraldi  est  un  peu  moins 
sombre.  C'est  peut-être  la  terre  de  lUirckhardt. 

2"  Même  jour,   4i"30"'  matin.  —  Ciel  très  pur,  excellente  image.   Très  bonne 
définition.  Oc.  -220  et  :300. 


7  mai,  -i''-iO'"  m.itiii. 
L  =  250».  >.  —  13»,5. 


MC-ine  jour,  i'^^O"'  matin. 
L  =  2S0».  '/.  —  la»,  5. 


«mai,  3''lll"'  malin. 
L  =  2o0°.  ■/.  —  lô",5. 


Fig.  28-S3.  —  .Aspect  île  Mai-s  en  mai  1S93.  Ol'servatoire  de  Juvisy. 
Equatorial  de  0"'.245.  Grossissement  :  liO  ù.  :iûO. 

La  mer  du  .Sablier  est  plus  foncée  dans  sa  région  centrale.  A  ['(Juest,  la  mer 
Flammarion  est  bien  visible.  Un  y  remarque  aussi,  nettement,  la  mer  Main,  à 
l'ouest  de  la  mer  du  Sablier. 

Au  Sud-Est,  près  de  l'océan  Dawes,  existe  un  cap  certain.  Au  nord  de  ce  cap, 
la  mer  du  Sablier  s'avance  un  peu  plus  vers  l'Est,  en  forme  de  golfe.  La  pointe  de 
la  mer  du  Sablier  oblique  vers  l'Est  et  descend  jusqu'au  limbe  boréal.  La  calotte 
polaire  australe  est  très  étendue  et  bien  visible. 


(';  Les  dénominations  se  rapportent  à  la  '21"  cane  aréographique  {La  planète  Mars, 
t.  L  p.  69).  qui  était  encore,  avec  celle  de  Green  (?•  carte,  p.  275;,  généralement  eu 
usage  en  1892.  Les  trois  Mémoires  de  M.  Schiaparelli  qui  précèdent  ont  été  puliliés  en 
1S9G,  1897  et  1899. 


28 


LA   PLANÈTE   MAlîS. 


-    Toute  la  côte  orientale  (droite)  de  la  mer  du  Sablier  est  très  blanche.  Le  limbe 
oriental  <le  la  planète  est  aussi  excessivement  blanc. 

Diairii'ti-i>  =  13"J').  Passage  au  méridien  à  h^l"'  matin.  Lever  du  soleil  à  4''31"'. 

3°  8  mai,  3''40'"  matin.  —  Trc.s  bonne  délinition.  Oc  140,  -^iO  et  300. 

Les  mers  JLaraldi,  Ilooke  et  Flammarion  se  voient  admirablement.  On  voit  aussi, 
nettement,  la  terre  de  Burckhardt  comprise  entre  les  mers  Llooke  etMaraldi.  La 
mer  ilii  Saljlier  apparaît  sur  le  bord  oriental.  Le  limbe  oriental  est  ^rè.s  blanc. 

Diamètre  =  1H",8.  Passage  au  méridien  à  ji'S'"  matin.  Lever  du  soleil  à  4'' 30"'. 

4»  10  mai,  4"  matin.  —  Bonne  image.  Oc.  140  et  -210. 

La  calotte  polaire  australe  est  bien  visible.  Elle  est  très  étendue.  La  calotte 
pcilairo  boréale  est  un  peu  visible  aujourd'hui.  Elle  est  très  petite,  mais  bien 
blanche.  On  remarque  une  tache  très  foncée  en  forme  de  bande  large  entrecoupée 
ici  et  là  par  des  régions  moins  sombres.  Ce  sont  probablement  les  mers  Schia- 
par.jUi,  Maraldi  et  lldoke;  mer  Australe  ('). 

On  ne  voit  i)as  plus  de  détails. 

Diamètre  =  14", 0.  Passage  au  méridien  ;\  5''  P»  matin.  Lever  du  soleil  à  i^-2~'". 

h"  18  mai  3i'20"',  matin.  —  Très  bonne  délinition.  Oc.  '220. 

A  l'est  de  la  mer  Schiaparelli,  on  remarque  un  golfe  certain.  Au  nord  de  la 
mer  .Vnstrale,  existe  une  assez  longue  bande  sombre,  verticale,  qui  va  rejoindre 
une  tache  située  dans  l'hémisphère  boréal. 

La  calotte  polaire  australe  est  très  blanche  et  très  étendue. 

Diamètre  =  l-j", 3.  Passage  au  méridien  à  4''4."i"'.  Lever  du  soleil  à  4''llj"'. 

G"  Même  jour,  4''4.j"'  matin.  —  Atmosphère  très  pure.  Très  bonne  délinition. 
Pliage  admiraljlement  nette  et  calme.  <).-■.  V-O  et  :iOO. 

La  calutte  polaire  australe  est  très  blanche  et  très  étendue.  Au  pôle  nord,  on 
ne  distingue  rien  de  particulier. 

Les  mers  Schiaparelli  et  .Vustrale  sont  très  sombres.  Une  mer  longue  et  verti- 
cale va  rejoindre  une  autre  mer  au  Nord,  KUe  passe  an  méridien  central,  A  l'est 
de  cette  mer,  on  remarque  une  ligne  grise,  très  mince,  mais  certaine,  et  inclinée 
vers  l'Est.  Serait-ce  un  canal?  La  ligne  est  plus  sombre  et,  par  conséquent,  mieux 
visildc  an  Sud  qu'au  Nord.  Pour  ne  pas  éti'o  chipe  d'une  illusion,  l'oliservateur 
reste  ;'i  l'oculaire  pondant  plus  d'une  heure.  (La  mtr  verticale  correspondrait  au 
canal  des  Titans,  et  le  canal  oblique  de  droite  au  Tartare,  mais  on  ne  voit  pas  ce 
qui  correspond  à  la  mer  inlV'rieure.)    ■  • 

Le  continent  Iluygens,  à  droite,  est  très  l'ouge.  Du  reste,  aujourd'hui,  la  teinte 
générale  de  Mars  est  plus  rouge  que  d'habitude. 

La  planète  était  encore  très  éloignée  de  la  Terre,  et  son  disque,  de  1;'"  ou  13', 
ne  montrait  pas  encore  beaucoup  de  détails  appréciables.  Il  semble  même  que 
les  neiges  supérieui-es,  australes,  qui  occupent  une  vaste  étendue,  n'avaient  pas 
de  limites  précises,  comme  on  le  voit,  au  contraire,  si  souvent  :  les  tons  se  fon- 


OliSl-UVATDllU-:   DE   JUVISV,    IS'Ji. 


iO 


daiPiit  inseasiblement  du  blanc  au  gris.  Le  solstice  d'été  do  cet  hémisphèi-c  ne 
devait  arriver  que  le  I.'i  octobre.  On  n'était  donc  qu'au  milieu  du  [irintemps,  et 
peut-être  une  brume  vague  s'étendait-elle  sur  ces  régions  et  les  neiges  polaires 
se  confondaient- elles  avec  des  neiges  saisonnières  plus  étendues.   La  mer  du 


'24  mai,  '.'<'•  ilu  malin. 


:ï  i  mai.  l'';;ô'"  ilu  matm. 


Même  jour,  J''DJ™.  31  mai,  !'•  du  malin. 

Fig.  .tl-37.  —  Suite  de?;  observations  faites  ,à  Juvisy  en  ISM. 

■Sablier  était  néanmoins  très  foncée;  mais  on  remarquait  une  traînée  blanche  le 
'long  de  son  rivage  de  droite. 

Mars  continua  de  s'approcher  de  la  Terre  et  brilla  de  tout  son  éclat  dans 
notre  ciel  du  soir.  Il  passa  en  opposition  le  4  août.  Voici  la  suite  des  obser- 
Tations  précédentes   /?;/.  35-37),  dues  au  même  observateur  : 

21  mai,  3i>  du  matin.  —  Mer  Terby  visible  non  loin  du  bord  occidental,  la  terre 
■qui  l'entoure  est  grise.  Le  limbe  oriental  est  très  blanc.  Grand  continent  rou- 
geàtre.  Calotte  polaire  blanche  éclatante,  mais  sans  limite  nette  et  précise.  En 
tas,  blancheurs  vers  les  régions  polaires  boréales.  Passage  au  méridien  à  Ai-ji'". 
Lever  du  soleil  à  4''9"'. 


30  LA   PLANÈTE   MARS. 

30  mai,  l''30™  du  matin.  —  Image  très  nette  et  très  calme.  La  baie  du  Méridien 
vient  de  passer  au  méridien  central;  elle  est  très  foncée.  Au-dessus,  région 
blanche  :  Deucalion?  Calotte  polaire  supérieure  sans  limite  pr('cise.  Limbe  orien- 
tal très  blanc. 

Même  jour,  3''5"j™.  —  Bonne  image.  Longitude  du  centre  4j».  On  voit  très  sûre- 
ment et  très  nettement  un  prolongement  gris  de  l'océan  de  la  Rue,  qui  doit  être 
la  Manche  (Gange  de  Schiaparelli).  A  l'Ouest,  on  aperçoit  la  baie  Burton  et  sans 
doute  l'embouchure  de  l'Indus.  Le  limbe  oriental  est  toujours  très  blanc.  La  ca- 
lotte polaire  est  perpendiculaire  à  la  verticale. 

ol  mai,  î*"  du  matin,  —  Excellente  image.  La  baie  du  Méridien  est  au  centre  du 
disque.  Par  moments,  on  croit  voir  une  petite  ligne  grise  partant  tie  lextrémité 
de  la  l)aie  et  se  dirigeant  vers  le  Nord.  La  région  de  Deucalion  est  bien  blanche. 
Le  continent  au-dessous  de  la  baie  du  Méridien  est  très  rougedtre. 

Les  (iliservalions  suivantes  ont  clé  faites  au  môme  ÛLservaloire  par 
iM.  SchmoU  (voir  //;/.  38-43). 

lu  juin,  -,"'50'"  du  matin.  — Assez,  lionne  image,  «  La  calotte  polaire  se  détache 
éclatante  do  Idanclieur.  Après  avoir  fait  le  dessin,  je  cherche  à  identifier  avec  la 
Carte.  On  reconnaît  la  mer  du  Sablier,  puis,  à  sa  droite,  un  prolongement  vers  le 
détroit  d'IIerscbel  II  et,  à  sa  gauche,  une  pointe  qui  occupe  l'emplacement  de 
la  baie  Gruithuisen.  Ile  Dreyer  et  terre  de  Lockyer.  »  Longitude  du  méridien 
central  :  -^.SO".  Passage  au  méridien  ;\  3''5'2"'.  Lever  du  soleil  ;\  3i'."i'.l'". 

13  juin,  4''  du  matin.  —  Assez  bonne  image.  Calotte  polaire  très  blanche.  Longi- 
tude du  méridien  central  :  271  ".  (J'est  la  mer  du  Sablier  que  l'on  voit,  sans  doute: 
sur  son  rivage  gauche,  la  mer  Main  (lac  Mœris).  Mer  Flammarion,  puis  baie  de 
Gruithuisen.  Région  pâle  au-dessus  de  la  mer  du  Sablier. 

1  II  juin,  3''  10'"  du  matin.  ^  Image  encore  indécise.  La  calotte  blanclie  du  juMe  sud 
a  toujours  la  même  extension.  Longitude  du  méridien  central:  231°.  C'est  donc  la 
mer  Maraldi,  la  mer  Ilooke  et  la  mer  du  Sablier  que  l'on  croit  apercevoir. 

24  juin,  :i''  l.'j"'  du  matin.  —  Bonne  définition.  Calotte  australe  très  blanche,  net- 
tement limitée  par  une  mer  très  foncée,  au  delà  de  laquelle  on  voit  une  région 
blanclie,  puis  une  autre  mer  foncée.  Long,  du  méridien  central  :  l.'iS".  Sans  doute, 
mer  Cottiguez,  terre  de  Gill,  mer  Maunder,  mer  Maraldi  et  mer  Oudemans. 

27  juin,  2''Ci"'  du  matin.  —  Très  bonne  image.  Calotte  polaire  bordée  jtar  deux 
mers  sombres  que  sépare  un  continent.  Longitude  du  méridien  central:  1  11".  Mer 
Terby  à  l'Ouest,  non  noire. 

fi  juillet,  2"Ô0'"  du  matin.  —  Excellente  image,  définition  parfaite.  Calotte  jiolaire 
netlemcnt  terminée.   Longitude  du  nKh'idien  central  :  51".  A  droite,  mer  Tcriiy; 


()u>i:uv  \Tiiiiii-:  ni'  .luvisv,  isd,!.  3i 

à  gaucho,  sans  doute  la  baie  ilii  Méridien.  'J'rois  sinus  certains  près  du  centre. 
Océan  de  la  Uue  assez  foncé.  Deux  régions  claires.  Au  Nord,  c[uelqucs  taches 
moins  certaines.  Passage  au  méridien  ;\  î'';!!»'.  Lever  du  soleil  ;\  '{''b"'. 

En  même  lcmp.s,  M.  Mabire  faisait  au  m("'mc  01)servaloire  les  observations 
suivantes  ivoiv  fig.  i4-4i}): 

1)  juin,  :ii':iU'"  du  matin.  —  Assez  bonne  définition,  du  remarque  surtout  deux 
allongements  on  pointe,  dmit  l'une,  très  foncc-e,  s'avance  vers  le  Nord  et  l'autre 
vers  le  Nord-Est.  Longitude  du  méridien  central  :  300'.  Donc  mer  du  Sablier  et 
détroit  d'IIerschel.  Calotie  polaire  très  blanche. 

10  juin.  Si'îO™  du  matin.  —  Atmosphère  calme.  La  mer  du  Sablier  est  évidente. 
Détroit  d'IIerschel,  d.'troit  .\rago,  régions  blanchâtres.  Calotte  polaire  très 
blanche.  Mer  Flaunnarion  très  sombre.  Aucune  trace  de  la  mer  ^Lain. 

13  juin,  0''.")0"'du  matin. —  Atmosphère  agitée.  Néanmoins,  uue  observation  atten- 
tive permet  de  constater  que  la  forme  générale  de  la  tache  sombre  a  une  grande 
analogie  avec  celle  des  jours  précédents.  Mer  du  Sablier.  Dillerences  dues  ;\  la 
rotation.  Calotte  polan-e  australe  toujours  très  étendue  et  très  blanche. 

2T  juin,  ^li'iô'»  du  malin.  —  Calme,  bonne  définition.  Calotte  polaire  australe  très 
blanche,  bordée  nettement  par  uue  mer  noire,  au  delà  de  laquelle  se  voit  une 
région  claire  suivie  d'une  mer  sombre.  Longitude  centrale  :  138".  Mer  Cottignez, 
terre  do  Gill.  mer  Maunder  et  au-dessous  traces  de  la  mer  Schiaparelli.  Mer 
Terby  à  l'CJccident,  peu  foncée.  Autres  taches  grises  au  Nord. 

5  juillet,  •'i''  du  matin.  —  v  ers  le  lever  du  soleil.  Atmosphère  très  calme.  Excellente 
image.  Calotte  polaire  australe  d'une  [larfaite  netteté  et  d'une  éclatante  blan- 
cheur, surtout  dans  sa  partie  supérieure.  Longitude  centrale:  GS'.  Océan  de  la 
Rue  très  foncé;  rivages  très  nets.  Mer  Terby  très  pâle.  Baie  Christie  double.  Baie 
Burtoii  évidente  aussi. 

11  juillet,  3''3(l"' du  iniiiu.  —  lionne  définition.  Calotte  polaire  toujours  très 
blanche.  Long,  ceniraje  :  .")".  Baie  du  Mériilien.  Détroit  d'IIerschel.  Régions  blan- 
châtres au-dessus.  Eu  bas,  vers  la  région  boréale,  légère  blancheur. 

Nous  |iublioiis  ces  cr  rjiiis  tels  qu'ils  ont  été  obtenus;  ils  ont  été  ensuite 
l'objet  d'une  disciissioc.  ei  d'une  identification  avec  l'aréGgraphic. 

Le  faille  plus  caiaciéristique  signalé  par  ces  observations  de  1S9'2  a  été  la 
fusion  i-apidc'  des  n  ig.'s  polaires  supérieures  australes  sous  la  clialeur  du 
soleil  d'été. 

L'bemispbére  a  ..-Ir-l  de  Mars  a  eu  son  équinoxe  de  printemps  le  v'O  mai 
et  son  solstice  ii'i-i.  e  1:5  octobre.  Néanmoins,  la  neige  polaire  australe  avait 
dé;  I  perdu  en  aoùi  les  trois  quarts  do  son  étendue.  On  en  jugera  en  compa- 
rant les  dessins.  ■■  i  vuii  au  premier  coup  d'œil  comlnen  grande  a  été  la 
diminution  du  ca     o  ilaire  supérieur. 


.3? 


LA    rLAiNÈTE   M  AU  S.  .  ) 


|ii  juin,  '2*'4h"  ilu  inaliii. 


1:;  juin    ;'■  iln  rn   lin  , 


IC  juin.  3I'  lO"  du  nialin- 


■.'i  juin,  3''  lô™  (lu  ni.-.liii. 


,'7  juin,  ."■G™  du  matin.  J  juillet,  '."'50™  du  malin. 

Fig.   38-i:).  —  Dessi.ns  iiE  M.iris  f.mis  ,\  LOiisi;nv.A.TuinE  niî  Juvisv  en  181).! 


OUSKin  ATOlliK   OH   .lUVISV.    IS'.t:. 


3:î 


y  jum,  :;'0U  <la  laaliu. 


li.i  juin,  .'.''JU'"  du  manu. 


13  juin,  2'' iO"  du  niatiu. 


J7  juin,  3''4j"  du  matin. 


F.,  II. 


ijuilKt,  ;'■  du  lualin.  H  juilkl,:.'  JU™  du  nialui. 

Fis.  44-49.  —  Dessins  de  M.\R3  faits  a  l'Observatûike  de  Juvisy  e.n  IS'Ji. 


34 


LA   PLANÈTE   MARS. 


16  juillet,  11' ■30'"  du  malin. 


Mémo  jour,  2''  lô"  du  matin. 


juillet,  "''  15"'  du  matin. 


;  jiiillft,   li':îii'»  'lu  matin. 


■24  juillet.  11»  du  matin.  31  juillet,  i''M"-  du  matin. 

FiK.  50-JJ.  —  Suite  hes  oii.iervatiûns  ue  Maus  faite.s  en  IRO.'  A  L'OnsEHVAToiiiE  de  Juvisy. 


OBSERVATOIRE    DE  JUVISV,    ISOJ.  ^r, 

Les  observations  ont  éU;  continuées  à  l'observatoire  de  .luvisy  prnuianl 
tout  l'été.  En  voici  la  suite. 

1(3  juillet,  l'>-,'0"'  (lu  matin.  Observateur  :  M.  Léon  Guiot.  —  La  mer  tlu  Sablier 
arrive  au  méridien  central.  Au-dessu.s  de  cette  mer  on  remarque  la  terre  de  Loc- 
kyer  ou  Hellas,  coupée  par  une  bande  grise.  A  srauche,  le  commencement  de  la 
mer  Maraldi,  la  terre  de  Burckhardt,  la  mer  Ilooke  et  la  terre  de  Cassini  {fig.  .jIM. 

En  haut,  neige  polaire  australe. 

Même  jour,  î'"].")™  du  matin.  Ob^iervateur  :  .1/.  Flam)narion.  —  Calotte  polaire 
très  blanche.  Mer  du  Sablier  très  foncée  en  son  centre  ;  on  distingue  avec  certitude 
son  prolongement  boréal  ou  passe  de  Nasmyth.  Continent  Becr  jaune  orangé. 
Continent  Herschel  jaune  clair.  Au-dessus  de  la  mer  du  Sablier,  région  blan- 
châtre :  terre  de  Lockyer  ou  Ilellas  ifig.  .51  ). 

Ces  deux  dessins  ont  été  faits  séparément,  sans  correspondance  entre  les  ob- 
servateurs. 

22  juillet,  2''  1  j™  du  matin.  Obserratcur :  M.  L.  Guiot.  —  On  remarque  au  centre 
la  pointe  de  la  mer  Maraldi  et  celle  de  la  baie  Gruithuisen.  La  mer  Maraldi  est 
séparée  de  la  mer  Ilooke  par  la  terre  de  Burckhardt  iHespériei.  La  mer  du 
Sablier  arrive  par  le  bord  oriental.  Au-dessus  d'elle  la  terre  de  Lockyer  ou  Hellas 
traversée  par  une  bande  grise.  On  reconnaît  aussi  la  terre  de  Cassini,  beaucoup 
plus  blanche  {fig.  û2). 

23  juillet,  l''30'"  du  matin.  Même  obsei-vateur.  —  On  voit  la  mer  Cimniérienne, 
au-dessus  une  i>lage  blanche,  l'IIespérie,  et  au-dessus  la  mer  Tyrrhénienne.  De 
celle-ci  descend  un  canal,  un  peu  plus  large  à  son  embouchure  que  dans  son 
cours  :  c'est  le  Léthé.  Il  paraît  aboutir  à  un  marais  i  fig.  53). 

24  juillet,  11"  du  matin.  Même  observateur.  —  Mer  Maraldi,  terre  de  Burckhardt, 
mer  Ilooke,  terre  de  Cassini.  On  remarque  à  la  pointe  de  la  baie  de  Gruithuisen 
un  canal,  celui  que  nous  venons  do  voir  dans  la  figure  précédente,  le  Léthé  {pg.  54). 

31  juillet,  I''30'"  du  matin.  .l/é)»e  observateur.  —  On  voit  la  mer  Sirenum  et 
l'Atlantis.  Quatre  canaux  étaient  visibles  :  le  premier  à  droite  est  le  Tartare,  le 
second  est  le  Gigas,  le  troisième  le  Gorgon;  le  quatrième  est  le  canal  des  Eumé- 
nîdes  {ftg.  55). 

l"'  août,  1''  du  matin.  Même  observateur.  —  On  voit  à  gauche  le  lac  circulaire 
du  Soleil,  assez  pâle  (  il  est  souvent  très  foncé,  mais  cette  année  nous  l'avons  tou- 
jours vu  très  pâle).  Cinq  canaux  ont  été  dessinés.  Le  premier  à  droite  est  le  Gigas, 
le  second  est  le  Gorgon,  le  troisième  est  le  canal  des  Euménides,  le  quatrième, 
qui  descend  perpendiculairement  sur  le  cinquième,  est  l'Iris,  et  le  cinquième 
paraît  être  le  Pyriphlégéton,  qui  aurait  changé  de  cours  {fig.  5(>|. 

f)  août.  11'"  du  soir.  Observateur  :  M.  Flammarion.  —  On  remarque  la  mer 
Terby  ou  lac  du  Soleil  à  droite,  assez  pâle,  entourée  par  l'océan  de  la  Rue. 


3G 


LA   PLANÈTE  MARS. 


1"  aoiit.  1*'  liu  riiatiû. 


I)  aoiit,  11''  du  sou-. 


7  aoQI,  U''UU"  du  matin. 


7  août,  I  P'  du  soii'. 


Il  août,  '.''•'M"'  ilu  soir.  H  août.  10''  du  soir. 

Fig.  5G-GI.  —  Suite  fies  ouserv.vtions  jji;  Mars  faites  e.n  ISM  a  L'OnsEnvAioinE  ue  Juvisy. 


OlîSERV ATOIKE    ni-    .ll'VISV,    ISOe.  ;Î7 

A  gauche,  la  baie  Christie  et  la  Manche  (Gange  de  Schiaparelli).  Knsuite  la  haio 
Burton,  ou  Margaritifer  Sinus,  avec  l'embouchure  de  l'Indus.  En  haut,  à  gauche. 
l'Argyre  très  ckiirc,  et  à  droite  Ogygis  Regio,  moins  claire  ifnj.  ."i7). 

(Le  meilleur  oculaire  pour  l'observation  est  le  2^0.  Avec  le  GUO  ou  distingue  la 
calotte  polaire  et  rien  de  plus.  Avec  le  'lOO,  on  distinguait  en  plus  IWrgyre.  ) 

7  août,  0^30"^  du  matin.  Observalcur  :  M.  L.  Guiot.  —  La  mer  Torby  au  méridien 
central,  très  pâle.  Au-dessus,  Ogygis  et,  h  gauche,  l'Argyre.  A  gauche  de  la  mer 
Terby,  probablement  l'ile  neigeuse  de  Hall  ou  la  région  de  Protée.  Deux  canaux 
sont  visibles,  à  droite  l'h-is,  à  gauche  le  Jamuiia. 

Le  pôle  sud  est  très  diminué  de  grandeur  et  d'éclat  {fig.  j^!). 

7  août,  11''  du  soir.  Même  obserrateur.  —  La  double  pointe  à  gauche  est  la  baie 
du  Méridien.  Le  premier  canal  X  gauche  est  l'Indus  et  le  second  à  droite  est  le 
.lamuna.  Ils  se  rejoignent  en  un  point  nommé  le  lac  Niliacus.  Il  n'y  a  là,  pour  le 
moment,  que  la  iiointe  d'intersection  (/7g.  ôll;. 

11  août,  9113O"'  du  soir.  Observateur  :  M.  Quènissct.  —  La  mer  du  Saldier  dis- 
paraît vers  la  gauche.  Le  détroit  d'IIerschel  traverse  la  planète  vers  sa  région 
centrale.  La  première  baie  vers  le  centre  est  la  baie  de  Schniidt  ;  celle  ([ui  est 
vers  le  bord,  à  droite,  est  la  baie  du  Méridien.  Au-dessus  du  détroit  d'IIerschel 
on  reconnaît  la  région  de  Deuealiûu  et  celle  de  Pyrrha  ;  à  gauche,  la  terre  de 
Lockyer  ou  Hellas.  Lin  canal  a  été  dessiné:  C»xus  (/?;;.  GO). 

Même  jour,  10''  du  soir.  Observateur  :  M.  L.  Guiot.  —  Position  sensiblement 
analogue  à  la  précédente.  Les  trois  iles  qui  traversent  le  disque  dans  le  sens  d'un 
parallèle  paraissent  être  la  Japj'gie,  une  partie  de  Deucalion  et  de  Pyrrha;  les 
deux  supérieures,  llellas  et  Argyre.  Quatre  canaux  ont  été  dessinés  ;  ce  sont,  de 
droite  à  gauche,  le  Gehon,  l'IIiddekel,  l'Oronte  et  le  Phison.  L'Oroute  traverse 
une  partie  du  disque  de  l'Est  à  l'Ouest  ifig.  Gl). 

Le  12  août,  à  GiiSO",  le  disque  de  Mars  était  identiquement  pareil,  canaux 
compris.  A  ces  deux  dates,  les  images  ont  été  excellentes. 

13  août,  11''  du  soir.  Observateur  :  M.  Quénisset.  —  La  liaie  du  Méridien  passe 
au  méridien  central.  La  mer  du  Sablier  disparaît  à  gauche.  La  baie  Burton  arri\e 
vers  la  droite  du  disque.  On  distingue  trois  canaux  qui  sont,  de  gauche  à  droite  : 
l'Hiddekel,  le  Gehon  et  l'Oxus.  La  région  de  Deucalion  est  bien  visible,  elle  est 
plus  blanche  à  l'E-St  qu'à  l'Ouest.  La  région  Pyrrha  est  reconnaissable.  A  gauche, 
terre  de  Lockyer  ou  Hellas  (fig.  62). 

Même  jour,  M'-'iô'"  du  soir.  Observateur  :  M.  L.  Guiot.  —  La  baie  du  Méridien 
vient  de  passer  par  le  centre.  On  distingue  au-dessus  de  cette  baie  trois  iles 
allongées  dans  le  sens  d'un  parallèle  et  qui  paraissent  correspondre  à  la  région  de 
Deucalion  surmontée  par  celle  de  Pyrrha.  Tout  à  fait  au  bord  du  disque,  la  terre 
de  Lockyer  ou  Hellas  se  couche.  Quatre  canaux  ont  été  dessinés,  ils  s'identifient 
de  droite  à  gauche  avec  le  Gehon,  llliddekel,  l'uroute  et  le  Phison  {fig-  G3). 


3S 


LA    PLANÈTE   MARS. 


IG  août,  lU''  du  suir.  <Jbsi'rv;iteitr  :  M.  L.  duiot.  —  On  reconnaît  à  gauche  la 
mer  du  Sablier,  avec  vestige  de  la  petite  mer  Main  sur  son  rivage  occidental,  la 
terre  de  Lockyer  avec  sa  croisée  si  extraordinaire.  La  passe  de  Nasmyth  était  bien 
visible.  Le  Phison  oITre  l'aspect  d'un  trait  noir  parfaitement  rectiligne,  très  éloi- 
gné de  la  mer  du  Sablier  ipeut-être  à  cause  de  sa  position  centrale)  (/i;/.  ij'i  ). 


l:î  août,  1 1''  du  sciir. 


i:)anut,  11'' 


(lu  soir. 


16  août,  10i>  du  soir.  J.T  août,  O'' li- du  soir. 

Fig.  (i2-65.  —  Suite  riKs  omsehvations  de  M.\rs  faites  e.\  IS'.W  a  l'Ouseuvatouie  de  Juvisy. 


"l.)  août,  '.)''LV"  du  soir.  OhxerDalenr  :  M.  L.  Gitiot.  —  La  mer  Maraldi  occupe  la 
]Misiticjii  i-('iitrale;  elle  est  si'^paréo  de  la  mer  llonk(î  ]iar  l'istlimo  de  Niestcn.  Les 
canau.\  sont,  do  la  droite  vers  la  gauche  :  le  Li'tho,  r.l'Uliicijjs,  le  Cerbôre,  et  le 
canal  à  droite  du  celui  des  Liestrygons.  Les  deux  canaux  supérieurs  paraissent 
être  le  Xantliuset  le  Scamandrc  (//y.  115). 


(iHsr:R\  AKUiti;  de  .irvisv.  189-2.  wj 

{  Le  meilleur  moyeu  de  savoir  si  les  observateurs  sout  dupes  de  quelque  illusion, 
dans  l'observation  comme  dans  la  représentation  de  détails  aussi  délicats,  c'est 
évidemment  pour  chacun  d'eux  de  faire  son  dessin  d'une  manière  absolument 
indépendante  et  sans  connaître  en  aucune  façon  leurs  observations  respectives. 
C'est  le  soin  qu'ils  ont  toujours  pris  à  Juvisy,  et  je  recevais  ces  dessins  avant 
toute  communicatiou.  Comparer,  par  exemple,  ceux  du  II  août,  ceux  du 
10  juillet,  etc.) 

25  août,  10'' 30"  du  soir.  —  Passage  au  méridien  à  lOii-J'-i'".  Diamètre  =  î.!",:^. 
Image  très  nette,  splendide,  comme  on  en  voit  rarement.  Calotte  polaire  bien 
diminuée.  La  mer  Maraldi  va  en  se  dégradant  vers  le  Sud;  elle  est  séparée  de  la 
mer  Hooke  par  un  isthme  étroit  qui  se  termine  en  pointe  vers  la  gauche.  Un 
distinguo  avec  certitude  et  précision  les  canaux.  Les  deux  d'en  haut  sout  :  le 
mince,  à.  droite,  le  Xanthus,  et  le  large,  à  gauche,  le  Scamandre.  Au-dessous  d^'S 


2:  août,  lUi-Si""  du  soir.  .'7  .-mut. 'J''. 

Fig.  6CJet  67.  —  SriTE  des  observation.-^  de  JtjvisY. 

mers,  ce  sont,  de  la  droite  vers  la  gauche  :  le  Létlié  ou  l'.Ethiops,  le  Cerbère, 
le  Galaxia,  le  Cyclops,  l'Auta^us  et  l'Oroute,  le  La'Strygon.  A  la  jonction  du 
Cerbère  et  du  Cyclops,  on  voit  un  lac  qui  se  réduit  à  un  simple  point  d'inter- 
section quand  la  vision  est  parfaitement  nette.  Plus  la  vision  est  nette,  plus  les 
mers  et  les  lacs  se  rétrécissent.  Observateur  :  M.  Guiot  (/(;/.  Oti). 

27  août,  fj"".  —  Passage  au  méridien  à  lOi'SO".  Diamètre  =  -23", 0.  Ciel  nuageux, 
mais  images  parfaitement  nettes. 

On  reconnaît  la  mer  Sehiaparelli  à  gauche,  puis,  après  im  isthme,  la  mer 
Maraldi  dans  toute  sou  étendue.  On  compte  dix  canaux.  Les  trois  du  haut  sont, 
de  la  droite  vers  la  gauche,  le  Xanthus,  le  Scamandre  et  le  Simoïs.  Ceux  du  grand 
continent  sont  :  l'Antseus,  le  Cerbère,  le  Cyclops,  le  La^strygon,  le  Tartare,  le 
Titan  et  le  Gigas.  En  bas,  le  lac  Trivium  Charoutis  {ftçi.  67). 


40  LA    PLANETE   MARS. 

Nous  coiiiplélerons  ces  ol^servalions  par  deux  pat;es  de  dessins  dues,  les 
six  figures  de  la  première  (22-30  août)  à  M.  Quénisset,  et  les  six  du  la 
seconde  (30  aoûl-18  septembre)  à  M.  L.  Guiot. 

22  août,  Oii^S™  du  soir.  —  Passage  au  méiàdien  à  10''42"'.  Diamètre  =  23",". 

Image  excellente;  très  bonne  défluitiou.  La  calotte  polaire  australe  diminue 
d'étendue  de  jour  en  jour.  La  mer  australe  est  très  foncée.  On  voit  bien  les  terres 
de  Weblj  et  de  Cassini,  séparées  par  une  traînée  grisâtre  qui  peut  être  le  Xan- 
tlius.  La  terre  de  Lockyer  ou  Ilellas  apparaît  sur  le  limbe  oriental,  ainsi  que  la 
mer  du  Sablier.  Au  méridien  central,  la  baie  Gruithuisen  ou  Syrtis  Parva,  d'où 
partent  deux  canaux;  le  premier  est  large  et  estompé,  on  le  suit  jusqu'à  une 
sorte  de  lac  :  rilephrcstus. 

Au  nord  de  la  mer  Cimméricnne,  on  distingue,  de  plus,  trois  canaux  :  iEtliiops, 
Galaxia  etCyclops;  le  premier  va  rejoindre  le  Léthé;  le  Cyclops  semble  aussi 
finir  dans  une  traînée  grise. 

25  août,  11''20™.  —  Passage  au  méridien  à  lu''29"'.  Diamètre  =  23", 3. 

Image  assez  bonne.  Calotte  polaire  australe  légèrement  penchée  vers  l'Ouest. 
Terres  de  Webb  et  de  Cassini  séparées  par  le  Xanthus.  la  région  australe  de  la 
dernière,  indiquée  par  un  ponctué,  est  très  blanche.  Au  méridien  central.  Syrtis 
Parva,  avec  deux  canaux,  le  Léthé  et  l'Oronte,  se  rendant  à  une  tache  grise, 
l'Hephasstus.  On  devine  à  l'Ouest  le  Cyclops.  La  mer  du  Sablier  arrive  par  le 
bord  est. 

20  août,  1''  du  matin.  —  Image  parfaitement  nette.  La  mer  du  Sablier,  aperçue 
il  y  a  deux  heures,  arrive  au  centre;  elle  est  très  foncée  dans  sa  région  centrale; 
la  mer  Main  ou  lac  Mœris  se  voit  sûrement.  La  terre  de  Lockyer  ou  Ilellas  montre 
sa  croix.  Les  deux  grands  continents  sont  d'un  beau  jaune  orange. 

27  août,  9'' 38'"  du  soir.  —  Passage  au  méridien  à  10''20"'.  Diamètre  23", 0. 

Image  onduleuso,  bonne  par  moments.  Calotte  polaire  australe  très  petite  et 
très  blanche,  mer  Australe  somljre.  Terres  de  Webb  et  de  Cassini  ;  Scamandrect 
Xanthus.  i  »n  voit  nettement  quatre  canaux,  qui  sont  :  de  gauche  à  droite,  le 
Tartare,  le  Cyclops,  le  Cerbère  et  l'.Ethiops.  On  reconnaît  Trivium  Charoulis  à 
la  rencontre  des  canaux  Tartare,  Cyclops  et  Cerbère. 

2S  août,  10''  du  soir.  —  Passage  au  méridien  à  10'' 15"'.  Diamètre  =  22°, 8. 

Image  admirablement  nette  et  calme,  excellente  délinition.  Oc.  300.  Calotte 
polaire  austrahi  plus  iietite  qu'hier  et  éclatante  de  blancheur;  mer  .\u>trale 
sombre.  Scamamlre  et  .Xantlrus.  Mer  Cimmérienne  en  plein  disque,  foncée. 
Atlanlis,  pâle.  Cinq  canaux  sont  bien  visibles  dans  l'hénnsphèrc  boréal;  ce  sont, 
de  gauclie  à  droite  :  le  Titan,  courbé  probablement  par  la  perspective  et  visible 
jusqu'au  limbe  Ijoréal;  le  Tartare,  ipii  va  rejoindre  Trivium  Charontis  au  Nord; 
le  Cycl(]|)S  et  le  Cerbère  qui  se  rendent  à  une  sorte  de  mer  boréale,  et  r.l:;thi<qis. 
Continents  rougefUres. 


nHSi:HVAT(tll!R    \)K   .lUVISV.    I8'.l-'. 


22  ai.nit,  'j''  ,'j  ^i.ir 


it,  l|i';'i)' 


2ii  août.  I'  inalin- 


27  août,  'Ji'IJS'»  soir. 


2S  aoiit,  10''  soir.  3u  auut.  lûi'49». 

Fig.  6S-73.  —  Suite  le»  observations  de  M.\rs  f.iites  e.\  ls'j'2  -i  E'OiisERv.iTuiRE  de  Jlvisy. 


42  LA   PLANETE    MARS. 

;iO  août,  IM'iO"'.  —  Passage  au  méridiou  à  10''"™.  Diamètre  =  22","). 

Grand  vent,  mais  par  moment  bonnes  images.  La  calotte  polaire  australe  de-, 
vient  de  plus  en  plus  petite.  On  la  voit  entièrement.  Blancheurs  vagues  aux  ré- 
gions polaires  boréales.  Au-dessous  du  pôle  sud  deux  taches  blanchâtres,  à  peine 
perceptibles,  sont  sans  doute  Thylo  I  et  Thylc  IL  Au-dessous,  terre  de  Webb  et 
Scamandrc.  Grandes  mers  centrales  :  Ciminerium  et  Sirenum,  séparées  par 
Atlantis.  Quatre  canaux  se  détachent  sur  le  continent  :  le  Titan,  le  Tartare,  le 
Ltrstrygon  et  le  Cyclops;  le  plus  apparent  est  le  Tartare,  large  et  foncé.  Un 
reconnaît  aussi  Trivium  Charontis. 

bO  août,  O'-ao™.  —  Passage  au  méridien  à  lO'"?"'.  Diamètre  =  22",5.  Vent. 
Images  de  moyenne  netteté. 

Sept  canaux  sont  visibles,  mais  faiblement,  lignes  fines  et  diffuses.  Les  deux 
du  haut  sont,  do  la  droite  vers  la  gauche,  le  Scamandreet  le  Simoïs.  Les  cinq  du 
bas  sont  le  Ln^strygon,  le  Tartare,  le  Titan,  le  Gigas  et  le  (^lorgon.  Le  cap  polaire 
continue  de  diuduuer. 

lef  septembre,  9''0"'.  —  Passage  au  méridien  à  OiiSO™.  Diamètre  =  22",  2. 

Assez  bonne  atmosphère.  Même  image  que  le  31  juillet,  avec  quelques  diffé- 
rences. Mers  Schiaparelli  et  Maraldi  séparées  par  un  isthme  étroit  et  allongé. 
Les  canaux  du  grand  continent  sont  le  Tartare,  le  Titan,  lo  Gigas  et  le  Gorgon. 
Pôle  incliné  vers  la  gaucho. 

6  septembre,  7''45"'.  —  Passage  au  méridien  à  9"' 39™.  Diamètre  =  21", 2. 

Très  bonne  image.  On  reconnaît  une  phase  à  droite  du  disque.  Pôle  sud  petit  et 
brillant.  Mer  Terby  très  pâle.  On  distingue  le  canal  du  Nectar.  On  ne  voit  pas 
l'ile  neigeuse.  Le  lac  Tithonius  est  visible.  Un  point  gris  indique  sans  doute  la 
Fontaine  du  .leiinesse.  On  peut  dessiner  ijnatre  canaux  qui  sont,  de  droite  à 
gauche,  l'Iris,  le  Gange,  le  .Tamuna  et  l'Indus.  Cette  observation  rap|)elle  colle 
des  4  et  7  août  derniers.  Au  bas  du  disque,  deux  petits  lacs  :  ce  sont  le  lac  de  la 
Lune,  au  bout  du  Gange,  et  le  Lacus  Niliacus,  à  la  jonction  de  la  Jauiuna  et  de 
l'Indus,  qui  paraissent  assez  larges,  et  courbes.  La  terre  de  Jacob,  ou  Argyre,  en 
haut  et  à  gauche,  est  très  blanche. 

9  septembre,  9'' 30™.  —  Passage  au  méridien  à  9''27"'.  —  Diamètre  =  20", 8. 

Temps  clair,  mais  images  médiocres.  Détails  difficiles  à  voir  quoique  la  planète 
soit  en  plein  méridien.  Ou  distingue  pourtant  la  mer  Terby,  pâle,  ainsi  que  le 
Gange,  ITndus,  le  .lamuna  et  le  lac  Niliacus.  Pas  de  Fontaine  do  Jeunesse.  Con- 
tinents très  jaunes. 

Même  jour,  ;\  1  P'30"'.  —  Ciel  clair,  mais  vision  vague.  •  »n  revoit  le  Gange,  qui 
a  tourné  vers  l'Occident. 

12  septembre,  7''20"'.  —  Passage  au  méridien  h  9i>17"».  Diamètre  =  20",2. 

lionne  atmosphère,  image  très  nette.  La  baie  du  Méridien  vient  de  passer  au 
centre  du  discjue;  l'IIiddekcl  et  le  Gehon  on  descendent.  A  droite,  on  voit  un 
troisième  canal,  l'Oxus.  L'ile  d<;  droite,  eu  haut,  est  éblouissante  de  blancheur; 


OBSi: lîv ATiiiii  !•:  ni-  .irv;>v,  iso:. 


43 


::)  août.  ',i''3'i"'. 


1^'  >eptemliro,  '," 


6  septembre,  ""AJ 


9  septembre,  9'' 30" 


12  septembre,  T^iû-.  I'*  septembre.  6"  soir. 

Fig.  74-79.  -  Fis  des  observations  de  Mars  faites  en  1892  .^  l'Observatoire  de  JtrfisY. 


44  LA   PLANETE  .MARS. 

c'est  l'Argyre.  Le  pôle  est  encore  plus  brillant.  Grand  continent  jaune  clair. 
Phase  sensible. 

18  septembre,  G''  soir. —  Passage  au  méridien  à  SiiST'".  Diamètre  =  10",  1. 

Atmosphère  très  claire,  image  splemlide.  Phase  marquée.  Mer  du  Sablier, 
océan  Dawes,  détroit  d'Herschel.  Le  canal  vertical  est  le  Phison;  l'horizontal, 
courbé,  est  l'Oronte.  Mais  le  plus  curieux  de  tout  est  la  croix  de  l'IIellas  ou  terre 
de  Lockyer,  qui  se  voit  nettement.  Cette  terre  devient  très  blanche  quand  elle 
arrive  au  bord  du  disque. 

Si  l'on  compare  entre  eux  les  dessins  des  deu.x  observateurs  précédents  — 
qui  n'ont  jamais  communiqué  entre  eux  pendant  les  observations,  —  on 
remarque  certaines  divergences  qui  s'expliquent  par  la  difficulté  même  des 
observations  à  la  limite  de  la  visibilité.  N'oublions  pas  que  Mars  est  tou- 
jours resté  très  bas  au-dessus  de  notre  horizon. 

Les  faits  suivants  ressortent  de  ces  observations.  Variations  au  nord  du 
lac  du  Soleil  (comparez  les  fig.  48,  57,  58,  7G,  77);  Hellas  vaste  et  claire 
[fig.  64,  70,  79);  baie  du  Méridien  bien  marquée,  prolongée  par  l'Hiddekcl 
et  le  Gehon  [ftg.  61,  62,  63,  65);  mer  Cimmérienne  et  mer  Tyrrhénienne 
bien  séparées  par  la  blanche  Hespérie  [fig.  52,  53,  54,  C5,  66,  67,  68,  69,  71. 
74,  75)  ;  un  certain  nombre  de  canaux  parfaitement  visibles. 

V.miATIOX    DES    NEIGES    POI  URES. 

J'ai  principalement  dirigé  les  observations  précédentes  (en  dehors  de  la 
représentation  des  configurations  aréographiques)  dans  le  but  de  nous 
rendre  compte  aussi  exactement  que  possible  de  la  variation  des  neiges 
polaires  australes,  ce  pùle  étant  incliné  vers  nous  de  15°,  16°,  15°,  14°,  13° 
et  12°,  de  mai  à  septembre,  c'est-à-dire  en  d'assez  bonnes  conditions  d'obser- 
vation. L'équinoxe  de  printemps  austral  arrivait  le  20  mai  et  le  solstice  d'été 
le  13  octobre.  La  planète  n'a  pu  être  suivie  jusqu'à  cette  dernière  date.  En 
mai,  le  contour  du  cap  polaire  est  resté  vague.  A  partir  de  juin,  il  a  été 
nettement  déâni.  Si  l'on  compare  l'ensemble  des  dessins,  on  constate  que 
ces  neiges  polaires  ont  diminué  dans  la  proportion  suivante  : 

15juin 46'  2700^"" 

15  juillet Sî"  \'m 

15aoùt l'J-  IMU 

15  septembre 1'-°  ~-'0 

ce  qui  représente,  connue  on  le  voit,  une  diminution  du  diamètre  de  ces 
neiges  de  2760'""  à  720''"',  fusion  considérable  et  rapide  qui  a  précédé  de 
beaucoup  le  solstice. 


OBSEKVATOIIU'    DK   .11  VISV.    ISO"?.  45 

C'est  l;ï  une  ollVoyable  quaiilile  d'eau  qui  doit,  évidemment,  se  placer 
quelque  part,  rar  il  est  cxtrL'memcnt  probable  que  ces  taches  l)lanclies 
polaires  sont  coiistilui/es  par  uni-  neige  analogue  à  la  nôtre  et  non  par  des 
nuages,  par  de  l'acide  carbonique,  ou  par  autre  chose.  Tout  se  passe,  en 
ell'et,  comme  si  c'était  de  la  neige  fondant  au  soleil. 

MESUIIE    DU    DIA.MÈTnE. 

Il  y  a  une  divergence  telle  entre  les  valeurs  adoptées,  qu'elle  m'a  paru 
insoutenable,  dans  l'état  actuel  de  précision  de  nos  connaissances  aréogra- 
phiques.  J"ai  pris,  à  1  (observatoire  de  .luvisy,  de  nouvelles  mesures  qui 
m"ont  donné  pour  le  diamètre  équatorial,  à  la  distance  I,  le  nondjre  9'' 39 
[voir  1. 1,  p.  486). 

LES    CAN.\UX. 

Les  astronomes  ne  seront  sans  doute  pas  de  sitôt  d'accord  sur  la  nature 
de  ces  étranges  formations,  et  il  est,  en  effet,  très  difficile  de  se  former  une 
idée  précise  de  choses  qui  n'existent  pas  sur  la  Terre  et  que  l'on  ne  peut 
observer  que  de  si  loin  et  d'une  manière  si  vague.  Que  les  continents  de 
Mars  soient  traversés  par  un  réseau  de  lignes  souvent  parfaitement  droites 
et  d'un  aspect  géométrique,  c'est  ce  dont  ne  peuvent  douter  tous  ceux  qui  ont 
étudié  la  question  et  qui  sont  au  courant  des  observations  astronomiques. 
Mais  quelle  est  l'origine  de  ces  tracés,  c'est  ce  qu'il  est  plus  difficile  de  déci- 
der. Les  embouchures  des  principaux  paraissent  être  celles  d'anciens  fleuves. 
Il  y  a  déjà  là  une  indication.  Toutefois  ce  ne  sont  pas  là  de  véritables  fleuves  : 
1"  parce  qu'ils  ne  commencent  pas  en  terre  ferme,  2°  parce  qu'ils  vont  d'une 
mer  ;\  une  autre,  3"  parce  qu'ils  sont  rectilignes,  et  4"  parce  qu'ils  s'entre- 
croisent. On  est  conduit  à  penser  à  des  cours  d'eau  de  niveau  sur  des  ter- 
rains plats.  Or,  il  se  trouve  que  l'effet  des  siècles  sur  le  relief  orographique 
des  continents  (Mars  est  plus  ancien  que  la  Terre)  est  précisément  de  les 
aplanir  :  il  est  presque  certain  que,  dans  quatre  ou  cinq  millions  d'années, 
tout  sera  nivelé  également  sur  la  Terre.  D'autre  part,  que  ce  soit  là  de  l'eau, 
c'est  assez  probable,  attendu  qu'ils  ont  la  couleur  des  mers  martiennes,  plus 
ou  moins  modifiée,  qu'ils  communiquent  avec  elles,  et  qu'ils  changent  de  lar- 
geur et  même  de  place.  Sont-ils  pleins  d'eau  pour  cela"?  Rien  ne  le  prouve 
assurément.  De  la  végétation  s'y  ajoute-t-elle"?  Probablement.  Mais  revenons 
encore  à  leur  explication,  et  avouons  qu'il  n'est  pas  scientifiquement  interdit 
de  penser  que  les  habitants  de  Mars  aient  pu  rectifier  les  anciens  fleuves,  dans 


46  LA   PLANÈTE   \I  A  li  S. 

le  ]:iut  lie  faire  une  répai'litioii  i;énérale  des  eaux  devenues  rares  et  cepen- 
dant pai-fois  nienaeanles  à  la  surface  des  continents  aplanis  par  l'usure  des 
siècles.  Sans  doute,  c'est  là  une  hypothèse;  mais  elle  n'est  pas  antiscienti- 
fique, et  Ydspccl  géométrique  intentionnel  de  ce  réseau  de  lignes  droites 
l'autorise.  Il  est  à  craindre  que  l'on  n'arrive  jamais  à  expliquer  les  canaux 
de  ^lars  en  éliminant  de  pai-ti  pris  la  possiliiliti'  d'une  rectification  indu- 
strielli'  des  cours  d'eau,  pas  plus  que  des  oliservateurs  places  sur  la  Lune 
u'arriveraii'Hl  à  expliquer  nos  réseaux  de  chemins  de  fer  en  s'obstinant  à 
ne  pas  voulnir  admettre  à  la  surface  de  la  Terre  autre  chose  que  les  forces 
aveugles  de  la,  nature.  Nous  ne  disons  pas:  cela  est;  nous  disons:  cela 
VourraU  rtrc,  et  si  l'on  trouve  une  explication  complète  et  meilleure  de  tout 
ce  que  l'on  observe  sur  Mai'S,  nous  sommes  prêta  raccepter.  celle-ci  n'i'lanl 
que  provisoire,  en  attemlant  mieux  (septembre  1893). 

Il  n'est  pas  douteux  non  plus  qu'en  certaines  saisons  les  canaux  sont  vus 
doubles,  formés  d(_'  deux  lignes  parallèles.  Ce  phénomène  extraordinaire, 
constaté  depuis  1881,  est  d'une  explication  encore  plus  difficile  que  celle  des 
canaux.  N'y  aurait-il  pas  là  quelque  réfraction  atmosphérique  produite  par 
des  nuages  de  glace,  comme  il  ai-rive  chez  nous  pour  les  halos  et  les  parhé- 
lies,  et  rappelant  de  plus  ou  moins  loin  la  double  réfraction  du  spath  d'Is- 
lande ? 

(Juoi  (ju'il  en  soit  des  problèmes  actuellement  posés  par  ce  monde  voisin, 
nous  pouvons  dire  (jue,  de  toutes  les  planètes  de  notre  système,  Mars  est  la 
plus  intéressante,  par  les  ressemblances  —  et  aussi  par  les  diiférences  — 
qu'elle  offre  avec  notre  patrie  terrestre,  et  nous  pouvons  répeter  ce  que 
A\'illi;uii  HiTscbel  disait  il  y  a  plus  d'un  siècle  :  «  Ils  inluibilanls  probablij 
nijoij  II  siinalion  in  manu  l'fspects  similar  to  ours.  » 

Connue  Descaries  et  Pascal,  Herschel  était  plus  cju'un  savant  :  c'était  un 
penseur. 

(;XL\'III.  —  ÛliSERVATUJNS  FAITES  A  L'OIISEH VATÛIRE    LiCK    EN   1892. 

Voici  les  observations  qui  ont  été  faites  à  la  plus  puissante  lunette  du 
monde,  au  mont  llamilton,  pendant  la  même  opposition. 

M.  Huilier,  Din'cteiir  de  l'Observatoire  LicU,  nous  écrivait  à  la  date  du  il)  oc- 
tobre, que  les  ipiatro  observateurs  du  mont  llainiltoii  (MM.  Ilolden,  RariKini, 
Camplicll  et  llusscy)  n'ont  jias  fait  moins  de  cent  (bassins.  Nou.s  reproduisons 
d'abord  ici  dcMix  de  ces  vues  télescopiques.  La  première  i  //';/.  80)  o.st  du  17  août  et 
a  été  prise  an  grand  équatorial  par  M.  Hussey;  grossissement  350.  Longitude  du 
méritlien  (-entrai    -  8'i".  On  rccounait  en  haut  la  tache  polaire,  puis,  vers  le  méri- 


OBSEia  ATOIUK    LK.K.     18!)e.  "  'i? 

dien  central,  li^  lac  liii  Solril.  le  Gaiifre  iJédouLlr,  laptHite  «  Fontaine  do  .leunossc  » 
et  une  série  de  petits  adluents  du  lac  du  Soleil  et  de  petits  laes. 

Peut-être  u"est-ce  pas  «  Gange  dédoublé  »  nu'il  faudrait  dire.  Voyez,  en  eiïet, 
la  Carte  générale  de  Scliiaparelli  (Tome  I,  p.  440).  A  droite  du  Gange,  un  filet 
parallèle  rattache  la  Fontaine  de  Jeunesse  au  golfe  de  l'Aurore.  C'est  ce  iîlct  qui 


Fig.  80.  —  Vue  tèlescopique  de  Mars,  au  grand  rquatorial  de  l'Observatoire  Lick. 
(Dessin  de  "M.  Hussey,  le  17  août.  ) 

est  prolongé.  Mais  comparez  d'autre  part  avec  la  Carte  de  1877  (p.  ?9o).  Quelles 
métamorphoses  ! 

La  seconde  figure  (/?(/.  81),  du  li  aoiit,  suit  la  prédédeute  comme  position: 
longitude  du  méridien  central,  111".  Elle  est  de  M.  Campbell,  au  même  instru- 
ment. Le  lac  du  Soleil  est  plus  avancé  par  la  rotation  vers  la  gauche.  Son  entou- 
rage diffère  sensiblement  du  premier.  Sont-ce  là  des  difTérences  réelles  arrivées 
en  trois  jours  ou  des  différences  de  vues  et  d'appréciation  chez  les  observateurs? 

Examinons  à  ce  propos  uih'  autre  observation,  non  moins  intéressante, 
faite  au  même  instrument  par  M.  Ilussey,  le  20  août  {fig.  S-J).  Au-dessous 
du  lac  du  Soleil  nous  voyons  quatre  lacs,  et  même  celui  de  droite  parais- 
sant double.  Déjà   nous  avons  appelé  l'attention    sur  celte  région  comme 


48 


LX   PI.ANETF   .MA  lis. 


fiTlili'  on  surprises  (Tome  I.  p.  àTO-oTi).  En  l'ais;int  la.  plus  large  pari 
])Ossilile  an.\  diverpenees  personnelles,  on-  ne  peut  vraimrni  se  ri'fiisrr  à 
vdir  là  lies  variations  rérlles.  On  songe  incvilablement  à  ce  qui  se  passe 
lous  les  jours  dans  la  liaie  du  mont  Saint-Michel,  où  l'eau  et  le  sable 
alternent  sans  cesse. 

Les  observations  faites  au  mont  llaniillon  ont  été  publiées  eu  partie  dans 
Publications  0/  ihc  Astronomical  Society  of  l/ic  Pacific,  fondées  en  1889  à  San 


Fig.  81.  —  A'ue  telescopiqiie  de  M;ir.s,  au  grand  équatorial  de  l'Observatoire  Lick. 
(Dessin  de  M.  Campbell,  le  14  aoiit.  ) 

Francisco,  en  jiartie  dans  la  revue  Astroiioinij  and  .Utro-Plujsirs  fouibJe 
en  1892  à  Chicago  et  devenue  The  Astrophyxical  Journal  en  1800.  Détachons-en 
ce  ijui  concerne  notre  étude. 

MM.  Holden,  Barnard,  Schaeberle,  Campliell  et  Hussey  ont  observé  la 
planète  au  grand  ôquatorial  et  à  la  lunelli'  i\r  \-2  pouces  (').  M.M.  llolden  et 
Campbell  ont  pris  des  photographies,  mais  clL^s  sont  inférieures  aux  dessins 
imiir  tous  les  détails.  Elles  peuvent  toutefois  servir  à  li.\i'r  b's  lon.gitudes  et 
latitudes. 


(')  A»troni))ii!/  and  Aslro-Pliiisicf:,  t.  I,  p.  GG.'i;  IS',1^ 


OBSEIîV ATOIKi:    1  ICK,    ISOÎ. 


40 


•  Les  grossissemenis  employés  pourl'oliscrvation  au  grand  éfjualorial  on 
été  en  général  de  350  diainèlres.  On  n'a  i)U  les  porter  à  1000  à  cause  de  la 
faible  altitude  de  la_  planète.. 

L'éclat  des  satellites  a  été  compare.  PIkiIhx  est  notahlemenl  [dus  hrillaul 
que  Deimos. 

Le  cap  polaire  a  diminué  considcralilemcnt  pendant  l'été  martien.  On 
peut  se  demaniler  si  un  cap  formé,  non  de  neiue,  mais  de  nuages  denses, J[iie 
présenterait  pas  di's  variations  analogues  à  cllrs  (jur  l'on  observe. 


Fig'.  S2.  —  Les  environs  du  lac;  du  Soleil. 
Dessin  de  M.  Hussey  au  grand  équatorial  Liek,  le  '0  août. 


Des  jjoints  lirillants  se  projelant  sur  le  ti/rminateur  de  la  [ilaneti'  ont  été 
observés  en  juin  et  juillet  par  MM.  Ilolden  et  Schaeberle.  On  a  déterminé  leurs 
positions.  En  1890,  des  observations  analogues  paraissaient  établir  que  ces 
projections  étaient  la  prolongation  de  traîni'es  lirillantessurla  planéti',sans 
doute  de  nuages:  celles  de  1892  sont  plutùl  indécises. 

Un  a  revu  un  graml  nombre  de  can:iux  :  le  Gange  s'est  inoniré 
double. 

Des  changements  remarquables  ont  été  constatés,  notainiuent  au  nord  et 
à  l'est  du  lac  du  Soleil. 

Ces  changements  observrs  paraissent  inexplicables  jiar  les  analogies 
terrestres.  Que  penser,  par  exemple,  de  la  fontaine  de  Jeunesse,  simple  en 
1877,  invisible  en  1879,  simple  et  double  en  1892,  et  simple  juste  au  moment 
où  le  canal  qui  la  traversait  paraissait  double 'i* 

F..  II.  4 


50  l.A   PLANÈTE   MARS.        i 

Les  dessins  présentés  par  le  Dirccleur  de  l'Observa loire  Lick  (';  sont  sin- 
gulièrement dissemblables;  ceux  de  M.  Scliaeberle  sont  minuscules,  faibles, 
d'un  gris  pâle,  presque  impossibles  à  reproduire.  M.  Ilolden  annonce  que 
l'on  publiera  tous  les  dessins  daii^  un  volume  spécial  in-8°;  mais  jusqu'à 
présent  (1901),  cette  publication  spéciale  n"a  pas  encore  été  faite.  L'un  des 
points  les  plus  remarquables  de  ces  esquisses  martiennes  est  l'étroitesse  de 
la  mer  du  Sablier  et  réloignement  du  lac  Moeris  ([ui  en  est  complètement 
(lélacbr,  relie  seulement  par  un  mince  lilet. 

l'endanl  ijue  nous  parlons  de  ces  dessins  derObservali.iircLick,  signalons 
ceux  ijui  ont  clé  présentes  dans  les  volumes  suivants  de  la  même  jiubli- 
calion. 

M.  Campbell  a  pris  plusieurs  dessins  au  mois  d'août  ^-).  Ils  représentent 
principalement  le  lac  du  Soleil  et  son  voisinage  et  conflrment  le  dessin 
reproduit  à  la  fig.  81. 

L'habile  astronome  Barnard  [')  a  observé  la  planète  à  l'aide  tb's  equato- 
riau.N  de  12  pouces  et  de  3C  pouces,  principalement  avec  le  premier,  le 
second  n'étant  pas  si  souvent  disponible. 

Ce  sont  les  grossissements  les  plus  faibles  qui  ont  jiaru  les  meilleurs  : 
260,  320  et  parfois  520  pour  le  36  pouces  ;  IT.'J  pour  le  12  pouces,  et  davantage 
lorsqu'il  s'agissait  de  mesures. 

Le  cap  polaire  a  été  spécialement  suivi  pour  les  phénomènes  singuliers 
(ju'il  a  présentés.  De  la  fin  île  juin  au  commencement  de  septembre,  il  a 
diminué  de  10"  à  3",  ce  qui  rejjrésente,  pour  le  disque  de  l'opposition,  12",  i 
à  3", 5.  L'étendue  de  ce  cap  a  donc  diminué  des  9  di.xièmes.  «  Si  c'est  là  delà 
i;lace  ou  de  la  neige  (et  tout  nous  porte  à  croire  qu'il  en  est  ainsi),  l'eau  est 
ilislriluiée  dans  les  régions  équatoriales,  et  ce  déplacement  peut  amener  une 
oscillation  de  l'axe  de  rotation.  » 

Un  a  dit  i[ue  de  larges  diffusions  foncées  allant  apparemment  du  cap 
polaire  à  l'eiiuateur  représentaient  l'ejui  produite  par  la  fonte  des  neiges 
polaires.  C'est  là  de  la  pure  fantaisie.  11  y  a,  à  vrai  dire,  de  longues  aires 
foncées  émanant  du  cap  et  tendant  vers  l'equaleur.  ijui  peuvent  suggérer 
celte  idée.  Mais  les  variations  observées  là  sont  si  inunenses  et  si  rapides 
([u'elles  ne  pourraient  être  produites  par  l'action  du  Soleil  sur  le  cap  de  glace, 
à  moins  que  la  glace  et  la  neige  ne  soient  sur  Mars  d'une  autre  nature  que 
cln/z  nous. 

I)ans  la  dernière  i|uinzaine  de  juin,  une  aire  foncée  irréguliere  a[qiarut 

(')  Astronomical  SocicOi  of  llic  Pacific,  1803;  p.  117,  131,  133,  134,  135. 
(')  Tome  VI,  ISUi;  p.  IG'J. 
')  Astroitomy  and  Ai!lro-Pliijx;c3,  181)2;  p.  GSO. 


oHsi: UVATOIHI-:  i.ick,  i.'^Oî.  m 

vers  lo  milieu  du  rap  iiolairc  Elli;  semlila,  uiir  fuis  au  nidiiis.  ilu  (on  roii- 
geàtre  dos  espaces  appelés  conlinnilan.r. 

A  lafin  de  juillel,  le  cap  polaire  l'utier,  préseulc  à  la  Terre,  parni  obscurci 
et  assunihri.  tandis  que  deux  taches  Li-i  lia  ni  es  se  voyaient  sur  lui.  ('c[]eiidant, 
il  reprit  son  érlat.  lialiiluel  la  ]ireniière  semaine  d'août.  Kn  plusieurs  circon- 


Fig.  Sû.—  Vue  ]irise  à  rériuatoiial  Je  ]2  pouces.  (Dessin  Je  M,  Barii/nJ,  le  21  aoiil  (SOÎ.  ) 

stances  on  a  vu  des  parties  détachées  voisines  du  i-ap  d'oii  elh's  pro- 
venaient. 

Vers  le  19  août,  une  portion  irrétrulière,  sorte  de  haie  dans  le  cap,  a  rié 
amenée  en  vue  par  la  rotation  de  la  pjlanète.  Le  "21,  elle  se  moutrail  ahrup- 
lement  terminée  à  son  hord  pri'Cedent  par  une  échaucrurc  aipue  et  une 
ju-ojection.  Peu  à  peu  cette  pointe  fut  séparée  du  cap  par  un  espace  foncé. 
C'était  le  signe  avant-coureur  de  dislocations  plus  rapides,  car  à  la  tin 
d'août,  toute  cette  partie  du  cap  polaire  l'tait  ilissipée. 

En  plusieurs  circonstances,  la  netteté  du  contour  et  l'éclat  du  cap 
polaire  ont  été  vraiment  remarquables.  En  même  temps,  la  coloration  de 
Mars  était  très  vive  et  d'un  liche  orange. 

Il  V  a.  d'ailleurs,  une  très  erande  diversité  dans  le  ton  des  taches  foncées 


52  LA   PLAN  ET  1-:   .MARS. 

Plusieurs  sont  particulièrement  sombres,  tandis  queilautres  sont  si  claires 
qu'elles  sont  à  peine  marquées,  par  exemple  dans  les  régions  polaires 
australes.  Elles  varirui,  d  des  çhan,iiements  réels  paraissent  incontestables. 
«  A  une  courte  distance  suivant  le  Lac  du  Soleil  ou  mer  Terby  on  voit  une 
petite  tache  somlire  qui  n'existe  pas  sur  les  cartes  de  Scliiaparelli.  Elle 


Fij,'-  S4.  —  Dessin  île  M.  Barnard  au  giaml  èritialorial  Ijick,  le  10  août  ISII'J. 

liarait  varier  beaucoup  comme  ton,  et  elle  s'est  moutn/e  tour  à  tour  très 
foncée  et  très  pâle.  Un  trait  mince  la  rallaclie  à  la  mer  australe.  11  y  a  un 
]ielit  canal  courant  au  nord  du  lac  du  Soleil  vers  une  tache  sombre  dilfuse 
(jue  l'on  ne  \()it  ]ias  non  plus  sur  la  carte  de  Scliiaparelli.  Toute  celle 
rét;ion  diffère  beaucoup  de  ses  cartes. 

»  Ces  changements  si  bizarres  nous  conduisent  à  nous  demander  si  ce  que 
nous  avons  là  devant  nous  dans  le  ciel  est  réellement  un  autre  monde  dans 
le  genre  du  nôtre,  avrc  des  continents  et  des  mers  ndalivement  fixes,  ou  si 
ce  ne  serait  jias  plulôl  un  monde  analogue  à  ce  qu'ilait  la  Terre  en  sou 
ji'unc  àui'.  aux  h'mps  où  les  continents  claient  llotlanis  «  shiftinij  »  et  les 
océans  \aiiabl('s  «  clian(jing  »,  avant  qui'  la  surface  de    noire  [danèle  fùl 


POINTS   l.fMINKUX   SIU    I  K   Ti:  UM  l\  ATI:LH    I)1:  m  AliS.  53 

(leveniio  stable  et  ferme  par  le  refroidish^cmcnt.  Si  Mars  était  en  rct  état, 
il  ne  pourrait  être  habité  par  un  ordre  Je  vie  bien  élevi'. 

»  Les  soi-disant  continents  ne  sont  pas  uniformes.  On  voit  des  espaces 
clairs  et  de  lon.uues  traînées  lumineuses  qui  sont  aussi  caractéristiijues 
pour  la  nature  de  la  planète  que  les  mers.  «  L'observateur  est  d'avis  cjuc  les 
nuages  sont  rares  el  fait  remarijuer  ipi'il  n'a  obsin-vc  iiu'uii  seul  as[iert  dr; 
ce  genre,  le  3  août,  tache  blanche  nouvelle,  petite  et  allongée,  de  '2"  à  ;i' 
de  diamètre,  parla  longitude  "219°  et  30°  h  40=  de  latitude  Nord.  Un  ne  l'a 
pas  revue  depuis,  malgré  les  plus  attentives  recherches. 

Des  deux  satellites,  Pliobos  est  décidi'nient  le  plus  l.iriUant. 

Le  8  juillet.  Mars  a  occulte  une  étoile  qui  est  passée  derrière  le  cap 
polaire. 

L'auteur  n'a  pu  vérifier  le  di'douldemeni  d'aumin  canal. 

Les  deux  dessins  présentés  par  l'auteur  sont  du  l'J  anùl  (bmgituile  cen- 
trale 79", 5)  et  du  "21  août  (longitude  centrale  1C",3).  Le  premier  a  été  pris 
au  36  pouces,  le  second  au  12  pouces.  Ils  sont  jdacés  ici  dans  l'oi'dre  de 
leurs  longitudes.  On  remarque  sur  celui  du  "21  août  la  Baie^  du  Méridien, 
très  noire  et  très  grande,  et  cà  sa  droite  le  golfe  des  Perles  pi-cdongi;  par 
rOxus,  et  sur  celui  du  19  août,  le  lac  du  Soleil  avec  les  canaux  et  les  taches 
diffuses  dont  il  vient  d'être  question. 

Telles  sont  les  principales  observations  faites  au  mont  Hamilton  en  1892; 
mais  on  y  a  fait  d'autres  études,  et  nous  ne  quittons  pas  cet  Observatoire. 


CXLIX.   —    l'OINTS   I.TMINErX    sril    LF.   TEIlMINArErli    DE    MaHS, 

par  M>L  IIoluen  et  Keelei!  (')• 

Le  j  juillet  1890.  à  10''  du  soir.  InMire  du  l'acilîijue,  un  visiteur  à  une 
séance  publique  de  l'Ûbservatoirr^  Lick  remarqua  une  tache  blanche  ellip- 
tique se  projetant  en  dehors  du  terminatenr,  connue  il  arrive  pour  la  Lune. 
M.  Keeler  l'examina  et  la  dessina.  Elle  mesurait  de  1 '5  à  2"0  de  longueur. 
A  10''30"'  elle  était  dans  l'intérieur  du  disque,  ressortant  sur  un  fond  sombre. 

Le  lendemain  G,  le  même  aspect  a  été  observé  par  MM.  llolden,  Keeler 
et  Schaeberle,  de  8'>3"' à  S""  45'".  Une  autre  proji.'Ction  voisine  se  montra 
pendant  plus  d'une  heure.  C'était  au  nord  de  Dculeronilus.  A  10''2."j"',  l'as- 
pect, qui  avait  changé,  était  à  peu  prés  le  même  que  celui  de  la  veille. 

Les  principaux  canaux  étaient  visibles,  surtout  le  (lehon.  très  marqué. 

Le    dessin    relatif    à    cette    importante    observation    n'a    été    publié 

(')  Asir.  Soc.  of  the  Pacific,  t.  II,  1800;  p.  2-i8. 


54 


I.A    PL  AN"  ET  F   MA  US. 


Ftg.  85.  —  Desïia  de  Mars,  du  li  juillet  ISn.l,  par  M.  Keelei-,  aii  iirauil  ciuatorial 
de  l'Observatoire    Liek.  i  Projections.  ) 

qu'en  18'.i.")  ('i.  II  est  de  M.  Keeler.  Nous  le  reproduisons  ici  (//;/.  85).  Les 


I'"ig.  80.  —  Dessin  de  Mars,  «lu  .M  mai  IS'Ji),  par  M.  Iloldeu,  au  grand  tM]ualori.il 
de  rOljservatuire  Liek. 


('  )  Aslr.  Soc.  oflhc  Pacific,  t.  \'II,  p.  'il.  Nous  avons  àfyA  signale  ces  projections 
(t.  I,  p.  .'iGi;;. 


MERS  F.T  TFUUHS  SUl!   M  VUS.  5') 

deux  projections  brillanles  sur  le  torniinalmn-  frap[M'nl  l'alliMilion,  c[  leur 
position  précise  peut  être  facilcmenl  idcntifir'O  pour  l'i'lndiî  de  an  [loints 
luminctix,  montagnes  ou  nuages.  La  Baie  du  Mi'ridimi  rst  hien  nette, 
prolongée  par  le  Gehon  et  riliddekel.  Au  lias  de  la  uhm-  du  Sablier,  le 
Nilosyrtis  et  le  Prolunilus  se  pn'sentent  dans  leur  l'Iat  nnmial.  \[.  Ilnldiui 
a  publié  en  même  temps  l'un  de  ses  dessins,  ilu  -21  mai.  ([ui  représente  le 
lac  (lu  Soleil  et  toute  la  région  qui  s'étend  au  nord  et  à  l'ouest  {/Ig.  8G1. 
Il  eût  été  regrettable  de  ne  pas  posséder  ces  deux  belles  représentations 
dans  la  collection  de  ducuments  sur  hujuelle  nnus  l'iuidons  nnde  connais- 
sance de  la  planète. 

Nous  reviendrons  jdus  loin  sur  les  points  lumineux  du  tcrminateur 
observés  en  1892,  1894,  et  pendant  les  diverses  oppusitions,  par  plusieurs 
astronomes.  [Il  en  a  déjà  été  question  tout  à  l'iieure  f  p.  49;  et  nous  les  retrou- 
verons même  à  la  page  suivante.  §  G.]  Pour  b'  moment,  restons  aux  Etals- 
Unis,  et  suivons  autant  ijue  possible  l'orilre  cbron(dogique. 

Ci..  —  MEns  ET  Teiuies  sur  M.\ns,  p.\r;  M-  .'Schaeheiu.e  (M. 

L'Auteur  propose  tout  simplement  ici  un  renverseiuent  complet  de  nos 
idées  sur  les  configurations  géographiques  de  Mars.  D'après  lui,  les  taches 
sombres  représenteraient  des  continents  et  les  taclies  claires  des  mers. 

«  L'opposition  de  1892  devrait  servir  à  décider  la  question  des  terres  et 
des  eaux  à  la  surface  de  la  planète. 

»  Des  changements  remarquables  ont  certainement  lieu  dans  les  régions 
polaires  australes.  Nous  sommes  forcés  de  convenir  que  de  vastes  surfaces 
sont  couvertes  d'une  matière  gelée  analogue  à  la  neige  ou  à  la  glace.  Mais  il 
semble  qu'il  y  a  des  contradictions. 

»  Schiaparelli  et  Flammarion  s'accordent  pour  considérer  les  taches 
sombres  comme  des  étendues  d'eau  et  les  régions  claires  comme  continen- 
tales. Le  contraire  parait  plus  probable.  Voici  les  raisons  : 

1°  Si  les  taches  sombres  représeutent  de  l'eau,  cùmment  expli(]uer  les  grada- 
tions irrégiilières  de  tons  que  l'on  y  observe  '? 

2"  Si  les  taches  sombres  sont  de  la  terre  ferme,  ces  différences  s'expliquent 
tout  naturellement. 

3"  La  lumière  réllécliie  d'une  surface  sp'iérique  d'eau  dans  un  léger  état  d'agi- 
tation devrait  varier  uniformément  d'intensité.  A  l'époque  de  l'opposition,  le 
centre  de  la  planète  devrait,  pour  une  surface  d'eau,  paraître  le  plus  brillant. 
Précisément,  les  observations  montrent  qu'en  dedans  d'une  certaine  distance  du 

(')  Asti:  Soc.  of  Ihe  Pacific,  1S'J2,  p.  1%. 


56  LA   PLANÈTE  MARS. 

bord  de  Mars  il  y  a  un  accroissement  graduel  dans  l'éclat  régulier  des  régions 
claires  vers  le  centre  de  la  planète. 

■i"  Si  les  régions  foncées  étaient  de  l'eau,  elles  devraient  être,  d'après  ce  qui 
vient  d'être  dit,  moins  sombres  près  du  centre.  Au  contraire,  les  observations 
montrent  que  ces  taches  y  sont  plus  sombres,  plus  marquées,  en  contraste  plus 
fort  avec  les  claires. 

5°  A  certaines  époques  qui  ne  peuvent  pas  être  prédites,  certaines  régions 
limitées,  correspondant  h  des  jiarties  de  vastes  surfaces  claires  et  ordinairement 
bordées  sur  deux  ou  jilusieurs  cotés  par  des  taches  foncées,  se  montrent  plus 
brillamment  illuminées  que  d'autres  régions  du  disque,  comme  si  la  surface 
réfléchissante  était  dans  un  état  d'agitation  capable  de  produire  l'effet  observé, 
lequel  ressemble  à  celui  qui  est  produit  par  le  contraste  d'une  eau  calme  et 
d'une  eau  agitée.  .l'ai  invariablement  observé  ces  aspects  sur  les  régions  claires, 
ajoute  l'auteur,  à  l'exception  des  caps  polaires. 

Cj'^  Croisant  les  taches  sombres,  des  raies  ou  bandes  plus  foncées  encore  les 
traversent  en  lignes  droites  le  long  de  centaines  de  kilomètres.  L'une  des  extré- 
mités de  ces  lignes  se  termine  ordinairement  dans  la  région  équatoriale  au 
point  où  les  taches  sombres  s'avancent  dans  les  contrées  brillantes,  et  ce  qu'on 
appelle  des  ca)iau.\  parait  être  la  continuation  de  ces  raies  foncées.  Lorsque 
ces  raies  intersectent  le  limbe  de  Mars,  on  voit  souvent  ^notamment  en  juin  et 
juillet  derniers)  des  projections  brillantes  en  dehors  du  terminateur,  indiquant 
que  les  raies  foncées  sont  des  chaînes  de  montagnes  élevées  au-dessus  du  niveau 
moyen  et  devenant  brillantes  en  se  projetant  sur  un  fond  noir. 

7°  Dans  cette  manière  de  voir,  les  canaux  représenteraient  des  crêtes  de 
chaînes  de  montagnes  presque  entièrement  immergées  dans  la  mer.  Les  dédou- 
blements de  ces  lignes  représenteraient  des  crêtes  parallèles,  comme  on  en  voit 
bien  des  exemples  sur  notre  globe. 

8"  Comme  argument  de  conclusion  en  faveur  de  la  théorie  que  les  régions 
sombres  représentent  la  terre  ferme  et  que  les  régions  claires  représentent  la 
mer,  l'autour  cite  l'observation  suivante  : 

i<  A  iû  milles  ^40  kilomètres)  au  nord-ouest  du  mont  Ilatnilton  se  trouve  l'ex- 
trémité inférieure  de  la  baie  de  8au-Francisco.  Par  le  beau  temps,  la  contrée 
entière  du  mont  llamilton  à  San-Franeisco,  à  une  distance  de  50  milles  (80  kilo- 
mètres), est  parfaitement  visible.  Or,  à,  toutes  les  heures  du  jour,  la  surface  de 
la  baie  de  San-Francisco  vue  du  sommet  du  mont  Hamilton  est  beaucoup  plus 
claire  que  les  montagnes  et  les  vallées  à  la  même  distance,  quoique  la  ligne  de 
vue  fasse  un  angle  de  plus  de  87»  avec  la  normale  à  la  surface  de  la  baie  et  que 
la  position  de  l'observateur  varie  de  toutes  façons,  depuis  l'heure  à  laquelle  il  se 
trouve  en  ligne  droite  entre  la  baie  et  le  Soleil,  jusqu'à  colle  à  laquelle  le  Soleil 
est  presque  dans  la  direction  de  la  baie. 

»  Les  réflexions  internes  dans  une  atmosiiiière  non  parfaitement  transparente 
doivent  tendre  à  rendre  une  surface  d'eau  située  au-dessous  plus  claire  qu'une 
surface  de  terre  dans  la  même  position.  » 


MERS   KT   Tl-IUIKS  SUli    MAKS.  57 

Cette  nouvelle  manière  île  voii-  niérilc  assuréinonl  toule  l'alteulidn  des 
astronomes.  Nous  rappellerons  d'alionl  (|ne  lidéc  de  considérer  les  mers 
romme  plus  foncées  que  les  terres  remonte  à  l'nrigine  même  des  observa- 
tions télescopiques  de  la  Lune  :  à  GAi.u.i-K.  ^■oiei  notamment  ce  que  le  grand 
astronome  fait  dire  à  l'un  de  ses  interlocuteurs,  Salviati,  dans  ses  fameux 
Dialogues  sur  les  systèmes  du  monde,  premii-re  journée  : 

«  Siccome  la  superficie  del  nostro  globo  o  distinta  in  duo  nia.s.siuie  parti  e  cioé 
uella  terrestre  c  nell'  aquatica,  cosi  nel  disco  lunare  veggiamo  uiia  distinzion 
magna  di  alcuni  grau  canipi  più  risplendenti,  e  di  altri  uieno;  et  sur  la  Terre 
vue  de  loin,  ajoute-t-il  :  apparirebbe  la  superficie  del  Mare  piit  oscur.i,  e  più 
chiara  quella  délia  terra  (  '  i.  » 

Et  plus  loin,  s'étendaut  davantage  .sur  le  sujet  (-)  : 

«  Possiamo  intender  beuissirno  che  la  reflession  del  lume,  rlie  vien  dal  Jtare, 
sia  inferiore  assai  a  quella  che  vien  délia  Terra  intendendo  pero  délia  rellessione 
universale  :  perché  quanto  alla  particolare,  che  la  superficie  deli'  acqua  quieta 
manda  in  un  luogo  determinato,  non  ha  dubbio,  che  chi  si  costituirà  ia  tal  hiogo, 
vedra  nell'  acqua  un  reflesso  potentissimo,  ma  da  tutti  gli  alfri  luoglii  si  vedrà 
la  superficie  del'  acqua  più  oscura  di  quella  délia  Terra  :  e  per  mostrarlo  al  scnso, 
audiamo  qiia  in  sala,  e  versiamo  un  poco  di  acqua  sul  pa\  iuiento.  Ditenii  ora,  non 
si  mostri,  egli  questo  mattone  bagnato  piii  oscuro  assai  degli  altri  asciutti?  ccrto 
si,  e  taie  si  mostrerà  egli  rimirato  da  qualsivoglia  luogo,  ecceltuatone  un  solo,  e 
questo  è  quello  dove  arriva  il  reflesso  del  hinie,  che  entra  per  quella  finestra  : 
tiratevi  adunque  iudietro  pian  piano. 

I)  SimpUcio.  Di  qui  veggo  io  la  parte  bagnata  più  hicida  de  la  retta  del  resto 
del  pavimeuto  e  veggo  che  cio  avvieue,  perché  il  reflesso  de'  lume,  che  entra 
per  la  finestra,  viene  versu  di  me. 

»  Salviati.  Quel  bagnare  non  ha  fatta  altro,  che  riempier  quelle  piccole  cavità, 
che  sono  nel  mattone,  e  ridur  la  sua  superficie  a  un  piano  esquisito,  onde  poi  i 
raggi  reflessi  vanno  iniiti  verso  un  medesimo  luogo  :  ma  il  resto  del  pavimento 
asciutto  ha  la  sua  asprezza,  cioé  una  iunuraerabil  varictà  di  iuelinazioni  nelle 
sue  minime  particelle;  onde  le  refiessioni  del  lume  vanno  verso  tutte  le  parti, 
ma  più  debili  che  andasser  tutte  unité  insième  ;  e  pero  jioco  o  nieute  si  varia 
il  suo  aspetto  per  riguardarlo  da  diverse  bande;  ma  da  tutti  i  ludghi  si  mostra 
l'istesso,  ma  ben  men  chiaro  assai  che  quella  reflession  dalla  parte  bagnata. 

»  Concludo  per  tanto,  che  la  superficie  del  mare  veduta  dalla  Luna,  siccome 
apparirebbe  egualissima  (trattone  le  isole,  e  gli  scogli),  cosi  aiiparireLbe  men 
chiara  che  quella  délia  terra,  montuosa  e  ineguala.  Vi  dirci  d'aver  osservato 
nella  Luna,  quel  lume  secondario,  ch'  io  dico  venirle  dalla  reflession  del  globe 


(')  Le  opère  di  Galiteo  Galitei,  t.  I,  p.  12.  Firenze,  tS4î. 
(')  Ici.,  p.  HO. 


58  M   PLANÈTE    MAR?. 

terrestre,  esser  notabilmeate  più  cliiaro  due  o  tre  giorni  avanti  la  congiiinziore 
clic  dopo,  cloé  qiiando  noi  la  veggiamo  avanti  l'alba  in  oriente,  che  qiiando  si 
vede  la  sera  dopo  il  tramontar  del  Sole  in  occidente;  délia  quai  differenza  ne  r 
causa,  che  l'emisferio  terrestre,  che  si  opponc  alla  Luna  orientale,  ha  poeo  niaïc 
c  assaisissima  terra,  avondo  tutta  l'Asia  ;  dovecchè  quando  ella  è  in  occidente, 
r'igiiarda  grandissimi  mari,  cioè  tutto  l'Oceano  Atlantico  sino  aile  Amoriche. 
Argomeuto  assai  jn-obaliile  del  mostrarsi  meno  splendida  la  superficie  del  l'acqua 
elle  ([uella  della  terra.  » 

Comme  on  le  voit,  pniir  t^ialilée,  l'eau  est  plus  l'onci'i>  (jue  le  sol;  il  l'ait 
rexpérienco  à  son  inlerlocuteur  eu  versant  de  l'eau  sur  le  pavé,  qui  s'as- 
souibiit  à  l'endroit  mouillé  parce  que  la  surface  liquide  est  plus  plane  et 
]ilns  unie  que  la  surface  sèche,  pleine  de  petites  aspérités,  et  il  ajoute  que 
1.1  himiére  cendrée  de  la  Lune,  due  à  la  ri'flexion  de  la  lumière  terrestre, 
est  plus  intense  le  malin  que  le  soir,  au  dernii'r  quartier  qu'au  premier, 
parce  qu'alors  c'est  le  vaste  continent  d'Asie  qui  est  tourné  vers  la  I^une 
orientale,  tandis  que  le  soir,  aux  premiers  jours  de  la  Lune  occidentale,  c'est 
l'Atlantiijue  oliscur.  Sans  décider  si  les  taches  sombres  de  la  Lune  repré- 
sentent des  mers,  l'inunoi'tel  astronome  ajoute  plus  loin  que,  dans  tous  les 
cas,  elles  représentent  des  plaines  unies,  landis  que  les  régions  claires 
sont  montagneuses  et  hérissées  d'aspérités. 

L'opinion  de  Galilée  a  été  généralement  admise  par  les  astronomes,  non 
|i(diit  en  verlu  de  l'adage  Magisicr  di.rit.  mais  parce  qu'elle  est  rationnelle  et 
justifii^e.  L'eau,  vue  d'un  point  per]ieiidiculaire  au-dessus  d'idle,  est  plus 
foncée  que  le  sol,  même  couverl  di.'  verdure,  ;'i  part  ([uebjnes  exceptions. 
Dans  mes  voyages  en  liallon,je  l'ai  1res  souvent  conslalr.  Il  y  a,  ilis-je,  des 
exceptions.  Ainsi,  passant  un  jour  en  liallon  au-dessus  de  la  Loire,  je  l'ai 
trouvée  plus  claire  que  les  prairies  a\-oisinanles  et  d'un  Ion  jaun.àlre 
accenlui'.  (''est  parce  qu'il  y  avait  fort  peu  d'eau  et  que  les  bancs  de  sable 
jaune  illuminés  par  le  Soleil  rayonnaient  vers  nous  une  vive  lumière.  Les 
expériences  de  Secclii  sur  les  bords  de  la  Méditerranée  nul  établi,  si  j'ai 
bonne  méuKuri',  qu'à  i)lusde  JO  mètres  d'('paisseur,  le  l'ond  est  invisiide  et 
l'absorption  dc'  himiére  presque  lot.alc. 

Le  casde  la  baie  de  San-Francisco  cité  par  M.  Scb.ieberle  n'est  pas  une 
|U-euve,  car  l'eau,  à  cette  incidence,  réHéchit  la  lumière  du  ciel.  La  Idau- 
<dii/nr  de  la  baie  de  San-Francisco,  comparée  au  p.iysage  environnant,  est 
duc  à  la  réflexion,  jiar  les  arêtes  des  vagues,  de  la  lumière  s(daii'e,  aussi 
Jii(,'u  que  di'  la  lumière  bleur  du  ciel.  Sur  Mars,  cette  seconde  cause 
n'existe  pas,  étant  donne  ipir  la  diirnsion  lumineuse  atmosphérique  est  à 
prii  près  nulle,  même  au  bord  du  disque,  oii  la  couche  gazeuse  offre,  nalu- 


\ii-;i(S  i-.T  Ti:iii!i:s  si  k  ma  h  s.  ôo 

rellemeiit.  une  ,i,'ran(le  ("paisseur.  Reste  donc  la  retlexioii  do  l'iina.uc  solaire 
sur  une  nier  agilée.  Or,  eu  égard  au  caluie  do  raliuospluTe  inardoiine, 
il  est  peu  probable  que  riutogratioa  de  ces  petites  rofloxions  donne  aux 
mi-rs  un  albedo  supérieur  à  celui  des  régions  continentales  constituant, 
selon  toute  probabilité,  les  étendues  orangées  de  la  planète.  11  ne  faut  pas 
oublier  ijue  nous  voyons  les  principales  lâches  grises  au  centri.'  sous  um- 
incidence  normale,  et  (jue  dans  ces  conditions  l'eau  ne  réiléchit  que  ^  de 
la  lumière  incidente,  et  que  son  pouvoir  dillusiC  est  In-s  faible,  comparé  à 
celui  des  régions  conlinenlales. 

D'autre  part,  les  dégradations  irroguliores  de  tons  des  taches  grises  ne 
sont  pas  inexplicables,  ainsi  que  l'objecte  l'astronome  américain.  Nos  mers 
offrent,  en  effet,  les  mêmes  phénomènes.  Témoin  le  noir  d'encre  de  l'Alian- 
tique  dans  ses  régions  centrales,  et  le  vert  vif  du  banc  de  Terre-Neuve.  La 
coloration  d'une  mer  d'i'U  haut  dépend,  en  grande  partie,  de  la  nature  ih-s 
fonds  voisins  de  la  surface  s'assomln-issant  là  où  il  y  a  de  la  végétation 
sous-marine,  pour  s'éclaircir  dans  les  régions  sablonneuses. 

L'hypothèse  que  les  canaux  re])résentent  des  chaînes  de  montagnes 
presque  submergées  paraît  improbaidi'.  Il  serait  singulier  que  ces  chaînes 
conservassent  partout  la  mémo  hauteur  apparente  et  qu'il  n'existât  ])as 
d'exemple  oii  la  chaîne  s'abaissât  pour  disparaître  dans  l'eau.  Et  les  ibqjla- 
cements  ? 

Voici,  d'autre  part,  l'opinion  de  .M.  Schiaparelli  {')  : 

«  L'ensemble  de  mes  études  sur  la  planète  me  conduit  à  rejeter  l'opinion  de 
M.  Schaebcrle.  Lorsque  nous  regardons  de  l'eau  profonde,  soit  la  mer,  soit  un  lac, 
d'une  hauteur  presque  verticale,  nous  la  trouvons  invariablement  très  foncée.  C'est 
làun  fait  bien  connu  de  tous  les  touristes  aliiins.  Lorsqu'on  observe  d'en  haut  l'un  de 
ces  lacs  profonds  qui  abondent  dans  ces  montagnes,  il  parait  aussi  noirque  de  l'encre, 
tandis  que  les  terrains  environnants  éclairés  par  le  Soleil  sont  beaucoup  moins 
sombres.  L'explication  en  est  simple,  puisque  la  surface  de  l'eau  pure  réfléchit  à 
peine  J^  des  rayons  lumineux  verticaux  :  les  y  autres  pénètrent  dans  l'eau  où 
ils  sont  complètement  absorbés  si  la  profondeur  est  de  100  ou  l.jO  mètres,  .le 
conclus  de  là  que,  si  des  rners  existent  sur  Mars  et  si  elles  sont  composées  il'un 
liquide  transparent,  il  est  hors  de  doute  ipi'elles  se  comportent  de  la  mémo  façon 
et  absorbent  presque  complètement  la  lumière....  Mais,  si  ces  mers  étaient 
composées  de  lait  ou  de  soufre  fondu,  ce  serait  évidenunent  tout  autre  cliose. 

»  Le  cap  polaire  boréal  de  .Mars  nous  fournit  un  autre  argument.  Ce  cap  est 
situé  dans  les  régions  jaunes  de  la  planète.  Lorsqu'il  fond,  il  se  montre  bordé 
d'une  zone  foncée  qui  se  rétrécit  à  mesure  que  le  cap  diminue  et  qui  disparait 

(')  Aslronomical  Society  <,f  the  P-ici/îc,  t.  V,  1893;  p.  169. 


,60  LA    TLANÈTE    MARS. 

lorsque  la  neige  polaire  a  disparu.  Il  me  semble  que  cette  bordure  sombre,  qui 
envoie  tout  autour  des  ramifications  en  diversrs  directions,  est  le  résultat  de  la 
fusion  de  ces  neiges.  Dans  cette  manière  de  voir,  les  divers  aspects  qu'elle  pré- 
sente s'expliquent  fort  bien,  tandis  que  l'iiypothôse  de  M.  Schaeberle  soulève 
bien  des  difficultés.   » 

Acetto  réponse,  M.  Sc]ii;i[iarclliajoule,  à  propos  des  dessins  pris  en  189-2  h 
l'Observatoire  Lick,  que  les  canaux  doubles  qui  ont  été  observés  sont  le 
(lange,  l'Eupbrale  et  l'IIydaspe.  C'est  la  première  fois  que  ce  dernier  canal 
est  vu  double. 

M.  Schaeberle  a  répondu  à  son  tour  que  les  arguments  qui  précèdent  ne  le 
convainquiMit  jias,  que  l'eau  est  plus  sombre  que  la  terre,  et  (]ue  la  bordure 
des  caps  polaires  ne  paraît  foncée  que  par  contraste  entre  l'excessive  Idan- 
cheur  des  neiges  et  la  surface  de  la  planète. 

Nous  n'admettons  pas.  jus(ju'à  nouvel  ordre  du  moins,  le  renversement 
d'opinion  ari>ograpliii]ue  proposé  par  le  savant  astronome  de  l'Ofiservatoire 
I^ick,  i/l  niiiis  alti'ndriius  des  preuve^  jilus  convaincanti's  (')• 

CLI.  —  Les  Couleurs  de  la  I'L.anicte  M.\iis,  par  M.  NN'h.llvm  IL  I'ickerimg  (-)■ 

Alors  à  Aréquipa,  au  Pérou,  cet  astronome  écrit  à  la  date  du  7  mars  1892, 
que,  pendant  l'opposition  précédente  de  la  planète,  GO  peintures  et 
G6  dessins  ont  été  pris  à  l'aide  du  i-éfractour  de  1"2  pouces  de  Harvard 
Collège,  à  Cambridge,  sur  des  disques  de  34"""  de  diamètre,  à  l'échelle  de 
.^i,(,(iô,,(,(,„.  Les  peiidures  sont  tantôt  carmin  et  tantôt  jaunes,  et  satisfai- 
santes dans  les  deux  cas.  La  planète  est  fréquemment  appelée  le  rouge 
Mars,  el  pourtant  sa  couleur  n'est  pas  aussi  rouge  (jue  celle  d'une  bougie 
ordinaire.  Pour  vérifier  ce  fait,  il  suffit  de  mettre  en  comparaison  la  planète 
Mars,  une  lumière  électrique  et  une  bougie  ou  un  bec  de  gaz,  de  telle  sorte 
qu'ils  aient  sensildement  la  même  intensité.  On  constate  alors  que,  tandis 
que  la  planète  est  plus  rouge  (jue  la  lumière  électrique,  elle  est  plus  bleue 
i|ue  la  bougie  et  se  trouve  à  peu  près  entre  les  deux  comme  couleur  {'}. 

Lorsqu'on  veut  repni-senter  un  disque  de  Mars  avec  sa  couleur  nornuile. 
il  faut  faire  la  peinture  à  la  lumière  du  jour,  car  aux  lumières  artificielles 

(')  Tout  récemment  (septembre  1901  >,  nous  examinions  de  nouveau  la  couleur  du 
lac  Léman  vu  d'un  point  rapproché  et  élevé  (le  Sisiial,  au-des.sus  de  Lausanne)  :  le 
lac  était  d'an  Meu  plus  funcé  ipie  le  vert  des  rivages,  et  les  ■-.•gions  où  d  paraissait 
jilus  clair  étaient  iullucncées  par  la  huaiére  du  ciel. 

(')  Astronomy  ;uul  Astro-l'hysics,  t.  1,  18'J'2;  p.  iVJ. 

{')  J'ai  fait  en  IS7J  des  observations  couiparaiives  oondinsant  :'i  la  même  conclusion; 
voir  t.  I,  p.  2.38. 


I.ES  C.OUIJ-UHS   I)K    I.A    I' (.AN  ET  H   M  VUS.  Gl 

les  tons  changent  et  ne  sont  plus  conipnrablcs.  La  couleur  i[ni  se  rapprorhe 
le  plus  de  celle  de  la  planète  est  celle  (jue  l'on  obtient  ou  mélangeant  par 
moitié  la  terre  de  .'^ieiuie  et  li'  sang-de-dragon. 

Mais  le  rouge  n'est  pas  la  seule  couleur  visilde  sur  la  planète.  Près  du 
limbe,  les  rouges  paraissent  jaunâtres,  indiquant  probablement  une 
absorption  atmosphérique  de  la  partie  rouge  du  spectre,  ellVt  bien  dillë- 
rent  de  l'action  de  notre  propre  atmosphère,  qui  tend  à  absorber  les 
rayons  bleus. 

Le  vert  existe  réellement  sur  la  planète  et  n'est  pas  du  à  un  contraste. 
Des  expériences  comparatives  l'ont  établi.  On  en  remarque  d'ailleurs  entre 
les  neiges  blanches  du  pôle  et  les  régions  rougeâtres  dites  conlincniales. 
Les  diverses  couleurs  du  disque,  notanunent  le  vert,  s'apprécient  mieux  la 
nuit  que  le  jour.  Il  importe  aussi  de  tenir  compta,  pour  juger  des  tons, 
de  l'étendue  des  surfaces;  plus  la  surface  est  petite,  plus  le  contraste  avec 
les  régions  voisines  est  grand,  et  moins  le  jugement  est  sur. 

M.  Pickering  est  revenu  sur  le  menu,'  sujet,  dans  une  lettre  du  l:i  mai, 
publiée  à  la  page  ^A'}  du  même  Recueil.  11  raïqtelle  d'abord  l'action  de  n(Jtre 
propre  atmosphère  pour  modifier  la  véritable  couleur  des  corps  cidestes. 
Elevons-nous  sur  une  montagne  par  im  ciel  nuageux.  Les  verts  éloignés, 
moins  intenses  que  les  proches,  deviennent  giis  soit  lorsque  l'ombre  d'un 
nuage  les  couvre,  soit  lorsijue  quelcjue  brume  s'interpose  entre  le  paysage 
et  l'œil  de  l'observateur.  Les  variations  rapides  de  couleur  manifestées  par 
certaines  régions  de  Mars  sont  parfois  aussi  frappantes.  Récemment, 
pendant  une  observation  de  la  planète  avant  le  lever  du  soleil,  la  calotte 
polaire  australe  neigeuse  paraissait  d'un  vert  brillant,  é.nalant  en  couleur 
la  bande  verte  étroite  qui  lui  est  contiguc  liés  que  b.'  .Soleil  eut  paru,  la 
couleur  de  la  neige  devint  d'un  jaune  brillant,  le  reste  du  disque  devenant 
orange.  Ensuite  plusieurs  canaux  devinrent  visibles,  et  la  neige  du  pôle 
de  Mars  parut  aussi  incolore  que  celle  des  montagnes  voisines.  Les  deux 
premiers  effets  étaient  probablement  dus  à  une  mauvaise  image,  les  tluc- 
tuations  de  notre  atmosphère  superposant  sur  la  neige  les  couleurs  di.'s 
régions  environnantes.  On  en  a  déduit  la  règle  de  ne  jamais  ajouter  pleine 
confiance  aux  colorations  des  diverses  régions  martiennes  que  bu-sque  b- 
cap  polaire  paraît  parfaitement  blanc  et  que  le  système  des  canaux  est  bien 
défini.  Ces  conditions  concordent  toujours  avec  les  meilleures  images. 

En  étudiant  les  plus  petites  régions  somlires,  telles  qu'à  la  partie  nord- 
ouest  de  la  mer  du  Sablier,  l'observateur  a  noté  de  grandes  différences  di' 
couleurs  d'une  nuit  à  l'.iutre,  et  sur  certaines  aquarelles  il  y  a  du  gris,  sur 
d'autres  du  vert,  du  bleu,  du  brun  et  même  du  violet.  Cette  dernière  colo- 


C'2  l.A    l'LAXETK    \IAIiS. 

ralion  a  paru  si  extraordinaire  cju'om  a  essayé  de  lui  en  subslituer  d'autres, 
mais  sans  y  réussir. 

On  peut  partager  la  surface  de  la  planète  en  six  sections  ou  six  fuseaux,  de 
fiO  degrés  de  longitude  chacun.  Le  plus  caractéristique  de  ces  fuseaux  est  celui 
qui  contient  la  mer  du  Sablier,  Grande  Syrte,  tache  en  Y.  Lorsque  cette  configu- 
ration est  centrale,  avant  l'équiuoxe  d'automne  de  l'hémisphère  noril,  la  région 
à  l'est  se  montre  distinctement  plus  verte  que  la  région  à  l'ouest.  A  mesure  que 
la  saison  avance,  la  différence  de  couleur  est  moins  prononcée  et  la  teinte  verte 
est  confinée  à  la  contrée  qui  borde  la  mer  du  Sablier  à  l'est.  Eu  1890,  les  deux 
bras  de  l'Y  étaient  à  peu  jirès  d'égale  largeur,  comme  sur  les  dessins  de  (jreen. 
lOu  1892,  le  bras  oriental  e.st  le  plus  large,  deux  fois  plus  que  l'autre,  peut-être. 
\',n  1890,  la  région  entre  les  deux  bras  était  d'un  vert  clair;  le  27  juin,  toutefois, 
ou  onze  jours  avant  l'équiuoxe  de  printemps  de  cet  hémisphère,  une  tache  jaune 
brillante  apparut  au  point  nord  extrême  de  ce  triangle.  Cette  tache  se  dévelojipa 
ensuite  jusqu'à  couvrir  tout  cet  espace.  En  189-2,  cette  région  se  montra  d'abord 
également  verte,  mais  le  9  mai,  c'est-à-dire  dix-sept  jours  avant  l'équinoxe  de 
lirintemps,  ce  vert  lit  également  place  à  du  jaune.  Des  changements  à  l'est  de  la 
Grande  Syrte  ont  été  observés  de  même  par  Schiaparelli,  qui  les  attribue  à  des 
inondations  (  '  ). 

Les  variations  de  couleurs  .sont  certaines,  mais  encore  trop  peu  nliservées 
pour  pouvoir  i-ien  conclure  quant  à  leurs  causes. 

i'LII.  —  t'H.WdE.MENTS  SUR  I.A  PLANÈTE  MaUS,  PAU  .M.  \\'|I.I,IAM  II.  l'ICKElIlNG  ('). 

D'.Vréquipa,  au  Péi'Ou,  le  même  astronome  écril.  ;i  la  date  du  1"  aoùl,  que 
les  changements  sur  Mars  sont  si  nomlireux  et  si  évidents  que  des  lunettes 
de  G  pouces  suflisent  pour  les  constater.  Les  canaux  nul  pu  èlre  observés 
régulièi'emeul  tous  li's  soirs.  Plusieurs  concordent  avec  ceux  de  Schiapa- 
relli, d'autres  non.  On  en  voit  qui  traversent  les  «  Océans  »,  ce  (jui  est  uu 
problème.  Lorsque  les  neiges  fondent,  il  semble  qu'il  i.loit  ri'ellemenl  exister 
là  des  mers,  et  l'un  a  étudié  spécialement  la  lâche  sombre  à  l'extrémité 
nord  de  la  (jrande  Syrte.  Elle  parail  ]iarfois  d'une  leinle  bleu  sombre. 
Une  ,'uitre  tache  de  même  couleur  occupe  une  partie  du  Si?nis  Subacuf. 

Les  deux  taches  se  sont  montrées,  près  du  limbe,  d'une  Ijelb'  c(uileur 
bleue.  Si  ce  sont  réellement  des  uKirs,  elles  doivent  dans  ces  couditious 
rrllri-hir  à  nos  yeux  l'alinosphi-re  niarlienue,  comme  le  ferait  l'eau  siu'  la 
Terre. 

(  ')  Voir  t.  ],  li[h  171. 

(' )  Asli-onom}/  nnd  Astro-Pluinics,  t.  L  189'î. 


t.llAMlEMENTS  SUR   \.\   l'I.ANÈTK  MAHS.  r,:{ 

Exaininocs  avec  un  prisme  à  double  image,  ces  lâches,  lorsqu'elles  sont 
voisines  du  limbe,  pai-aissent  présenter  de  faibles  traces  de  pnbirisalicui. 
Klles  soûl  1res  foncées  cl  peuvent  sans  douli'  être  cousidérées  comme  de 
véritables  mers,  ce  qui  n'est  pas  le  cas  pour  toutes  les  taches  sombras. 

M.  Pickering  accompagne  son  article  des  six  crocjuis  ci-apivs,  (jii'il 
présente  avec  le  nord  en  haut.  Ainsi  placés,  ils  sont  d'une  lecture  difficile. 
Nous  les  reproduisons  néanmoins  tels  (ju'ils  oui  l'té  publii.'S  jiar  la  Socii'tr 
Astronomique  du  PaciPupie  et  par  la  revui'  Aslro-Phijsics.  Le  meilleur  nniven 
de  s'y  reconnaître  sera  donc  de  retourner  cette  pa.ui',  le  haut  en  bas. 

Les  limites  de  la  mer  équatorialu  {fty.  i\,  écrit  l'observateur,  sont  nettement 
définies.  Elle  mesure  1300  milles  de  longueur,  de  l'est  à  l'ouest,  et  200  milles  do  lar- 
geur ('i,  eu  moyenne,  avec  deux  baies  iirofundes  légôremout  courbées,  dirigées 
vers  le  sud,  à  sou  extriûiiité  occidentale.  La  surface  totale  est  de  \!7."i(iOO  milles 
carrés.  La  forme  de  la  mer  du  Xord  (/(';/.  3),  est  celle  d'un  quadrilatère  irré- 
gulier de  7â0  milles  de  long  sur  dOO  de  large.  Au  nord,  ses  contours  sont  aussi 
nettement  définis  que  ceux  de  l'autre  mer,  mais  au  sud  elle  est  bordée  d'une 
zone  grise  sombre  qui  ne  parait  jamais  bleue  et  qui  doit  être  plutôt  continen- 
tale. Son  aire  est  presque  égale  à  celle  de  la  mer  équatoriale,  et  d'environ 
"2'25000  milles  carrés.  Ainsi  les  mers  martiennes  ne  surpassent  pas  en  étendue 
un  demi-million  de  milles  carrés.  C'est  exactement  la  inoiii<>dc  la  surface  de  ta 
Méditerranée.  C'est  extrêmement  peu,  comparé  au  globe  terrestre.  Le  climat  de 
la  petite  planète  doit  être  de  ce  fait  le  plus  sec  des  deux  et  il  doit  y  avoir  là  plus 
de  déserts  qu'ici. 

Les  régions  vertes  situées  près  des  pôles  disparaissent  prcsifue  entièrement 
après  l'équinoxe  de  printemps,  d'après  les  oliservatious  de  1S90.  Celles  de  18'J- 
confirment  le  fait. 

L'observation  du  pôle  sud  a  été  fructueuse.  Le  23  juin,  la  lindte  nord  des 
neiges  était  à  la  latitude  G5",  ce  qui  Correspondrait  pour  notre  bénùspbère  boréal 
aux  latitudes  de  la  Sibérie,  de  l'Islande  et  de  rAméri([ue  britannique  boréale. 
Comme  cette  date  ne  représentait  que  trente  jours  après  l'équinoxe  de  prin- 
temps, la  ligne  de  fusion  des  neiges  était  plus  voisine  du  pôle  qu'elle  ne  l'est 
sur  la  Terre.  La  surl'ace  de  ce  cap  neigeux  couvrait  2400000  milles  carrés.  On 
apercevait  un  point  noir  vers  le  centre.  Cette  tache  noire  s'est  agrandie  rapi- 
dement et  a  formé  une  ligne  coupant  le  cap  en  deux.  Ce  cap  neigeux  a  Inndu 
rapidement,  si  raiiidement  même  que  nous  sommes  forcés  de  penser  que  ce 
dépôt  de  neige  ou  de  glace  est  beaucoup  moins  épais  que  les  glaces  de  nos 
pôles.  Mais  cela  n'implique  pas  pour  cela  un  climat  plus  chaud,  simidemout  plus 
sec.  Si  la  neige  tombe  sur  une  moindre  épaisseur,  une  plus  grande  proportion 
de  la  chaleur  absorbée  dans  les  hautes  latitudes  peut  être  eniplovf'e  à  élever  la 

( ')  Nos  lecteurs  savent  que  le  )/ii7e  anglais  =  1609  mètres. 


64 


LA   PLAXi:TI'    MARS. 


température,  et  une  moindre  est  absorbée  sous  forme  latente.  La  température 

des  étés  serait  un  peu  plus  élevée  qu'ici,  et  les  hivers  plus  longs  et  plus  froids. 

A  la  date  du  16  juillet,  l'étendue  de  la  neige  avait  diminué  de  800000  milles 

carrés.  Donc  ICOOOOO  milles  carrés  de  neige  avaient  été  convertis  en  eau  dans 


FlG.  1. 


Fie   2. 


Pic.  3. 


Fie.  4. 


FiG.  0. 

Fii;.  87-'J3.  —  Crcriuis  'le  Mars  |ii'is  en  Ixii.',  par  AI.  William   l'iekei'ius,  à  Aréiiiii|ia  (Poroiil. 
I  :  Ornai.—  i:  Ujuillcl.  —'ù:  10  juillet.  —  4:  17  juillet.  —  û  :  :;!  juillet.  —  U  :  îôjuillut. 

l'espace  do  trente-trois  juurs.  Avec  nos  immenses  océans,  ce  fait  n'amènerait 
aucun  changemcat  matériel  sur  la  Terre,  mais  quel  ne  doit  pas  être  l'oiret  sur 
Mars  où  l'étendue  totale  des  mers  ne  s'élève  qu'au  tiers  de  cette  quantitc'  !  Cette 
eau  est  transportée  sur  la  surface  continentale.  Que  se  passe-t-il? 

A  l'est  de  la  mer  en  Y,  c'est-à-dire  au  .vud  de  la  Libye,  M.  Douglas  a  observé 
le  8  mai,  et  ^L  l'ickering,  indépendamment,  le  lendemain  0,  une  région  trian- 
gulaire,  avec   un    triangle  clair  au   centre   (/i;;.   I),   dont  les  angles  étaient  si 


OBSERVATOlllK   IIALSTED,    1892.  (;r) 

précis  qu'ils  ont  servi  de  points  niiorométriques  de  mesures.  \'n  mois  i)lus  tard, 
quand  la  planète  présenta  de  nouveau  la  même  région  aux  observateurs,  le 
triangle  central  clair  avait  entièrement  disparu,  offrant  la  même  teinte  que  le 
triangle  extérieur,  de  sorte  qu'il  no  put  plus  servir  pour  les  pointés  micromé- 
triques. La  contrée  entière  était  pourtant  encore  moins  foncée  que  l'Y.  Le 
17  juillet,  cette  partie  de  la  région  au  sud-est  de  la  mer  du  Nord  était  devenue 
très  sombre  (/ï;;.  4),  presque  aussi  foncée  que  la  mer  elle-même,  mais  grise, 
tandis  que  la  mer  était  bleue. 

Le  cap  polaire  austral  s'est  montré,  le  12  mai,  bordé  d'une  fine  ligne  noire.  Le 
23  juin,  cette  ligne  était  plus  épaisse.  Le  IG  juillet,  une  large  ligne  noire 
bordait  le  côté  occidental  de  la  branche  de  l'Y  tfig-  3i.  A  partir  de  cette  époque, 
il  j'  a  eu  là  des  changements  incessants.  Le  17  juillet,  les  deux  branches  de  l'Y 
étaient  égales  on  largeur,  comme  on  les  avait  vues  en  1S90.  Le  25  juillet,  le 
bras  oriental  était  réduit  à  un  simple  filet. 

Ces  observations  s'expli(iuent  en  pai-tie  en  remarquant  que  ces  grandes  varia- 
tions sont  arrivées  à  l'époque  de  la  fonte  si  rapide  des  nei(jes  jMlaircs,  qu'un 
canal  foncé  est  apparu  soudain  le  12  juillet,  qu'il  disparut  ensuite  et  que, 
quelques  jours  après  cet  événement,  la  mer  du  Nord  prit  une  extension  consi- 
dérable. 

De  ces  observations  de  M.  W.-IL  Pickering  nous  tirerons  de  nouveau  la 
conclusion  que  des  variations  certaines  se  produisent  à  la  surface  de  Mars, 
ces  variations  ne  ^'expliquant  pas  par  des  effets  de  nuages. 

CLIII.  —  Odseiivations  faites  a  i.'OnsERVAXomE  IIalsted,  Princeton, 

PAR    M.  C.-.A.  YOUNG  l'I. 

A  l'aide  de  l'èquatorial  do  2.3  pouces  (-),  armé  de  grossissements  de  .500 
à  700,  M.  Young  a  étudie  la  planète  du  G  au  3<S  juillet;  les  nuits  du  23  et 
du  25  ont  été  particulièrement  fines. 

L'observation  du  cap  polaire  est  fort  instructive.  Le  6  juillet,  il  mesurait 
environ  10"  de  large,  c'est-à-dire  190(1  milles;  mais  il  se  mit  à  fondre  ra[ii- 
dement,  et  le  25  juillet  il  ne  mesurait  plus  ijue  1200  milles.  Sa  surface 
blancbe  paraissait  bomogène,  mais  le  23  une  ligne  noire  se  montra,  comme 
si  la  fusion  avait  ou  lieu  au  centre  également.  Cette  fusion  centrab;  s'ac- 
corde avec  l'aspect  indiqu(.'  sur  la  carte  de  Scbiaparelli  de  1877,  (jui  montre 
un  morceau  de  neige  allongé,  coupé  droit,  restant  d'un  cùté  du  pôle  ('). 

Le  bord  du  cap  neigeux  était  sepan/  do  la  surface  gcnorale  do  la  planète 

(')  Astronomij  and  Astro-Phijs'cs,  t.  I.  lS9i.  p.  075. 

(■)  Rappelons  que  le  pouce  ani,'Iais  =  0",0-2ji.    Cet   objeclif  mesure  donc   C'.ôS  de 
diamètre. 
(')  Voir  Tome  I,  p.  30.">. 

F.,  IL  5 


f,r, 


LA   PLANETR   .MARS. 


par  une  liorJure  somltrc  irréiiuliéro.  Le  25,  deu.x  taches  lilanches  se 
voyaient  on  ilehor.'^,  l'une  vers  la  longilude  300"  (prohalilement  Novissima 
Thnlc),  l'autre  v(M's  210"  (pro])a]ilemcnt  Tluile  II). 

(Tost  la  carte  île  Greon,  faite  à  Mailcre  en  1877,  qui,  selon  l'oliservateur, 
repi-i'scnti'  b'  mieux  les  aspects  de  la  planète. 

L'auteur  n'a  pn  ilécouvrii'  aucun  canal.  II  a  Lien  aperçu  di'  faibles  tracés 
paraissant  correspondre  avec  la  position  des  canau.x.  mais  des  grossis- 
sements élèves  faisaient  évanouir  ridenlincalion'ei,  au  lieu  de  lignes  fines, 


Fig.  3:1.  —  Mar.';  à  l'Obscrv.nli.iro  lie  Priiicolon  (  Elats-Cnis  ).  le  ;6  juillrl  IS'.iJ. 
Dessin  ilo  M.  Yminii:. 


OU  ne  distinguait  que  îles  ombres  vagues,  irn\i;ulirres.  indéfinies  et  souvent 
disciintinties. 

A  rexiri'niité  nord  dr  la  mer  du  Sablier,  la  Nilo  Syriis  et  le  Nil  se  mon- 
li'aii.Mit  elairrmcnl,  rt  l'on  apercevait  aussi  quelques  traits  dausleconti- 
in.'nl  austral,  pouvant  corres]iondi-o  aux  canaux  Xanlhus,  Scamaiulrr  et 
Sii'no'is.  L'OKniilria  idail  liini  in'llr. 

LeH  juillrl,  àmiiiuil.  la  région  du  lac  du  Sidril  était  presqui'  centrale; 
les  inia.Lies  u'étaienl  pas  parfaiti's,  limtefiiis  le  dessin  ciu'respond  bien  à 
celui  de  (Ireen.  Le  lî,  la  baie  i'ourcliue  du  miu-idien  a  éli'>  paiTailemenl  vue, 
mais  sans  aucune  trace  de  canaux,  i|uiiii[uc  le  disque  ail  paru  couvert 
d'uni'  masse  de  détails  maguiliqiu's.  l'n  dessin  pris  le  26  {fir/.  93)  luonire 
bien  raspi'cl  d'ensemble,  surtout  en  ce  qui  concerne  le  cap  polail'e.  I.elimbe 
precédcnl  elail  un  jieu  luiibri',  tandis  que  le  sui\aiit  (Folhvriih/.  celui  de 
droite)  elait  lies  (  lair,  surtout  [ires  du  cap  pidaiie. 


OBSERVATOIRK    WASIllirUX.    1802.  67 

Les  satellites  ont  éti"  hien  visibles,  même  avec  In  planète  dans  le  ciiamp. 
Deimos  cessait  d'r[vz  visible  vers  10"  de  distance  du  liord  du  ilisqiie,  Phohos 
vers  5". 

Une  observation  rare  a  été  faite  par  M.  Yoiuil;,  .lans  la  nuit  du  23  an 
-M  juillet  :  Mars  a  occulté  une  petite  étoile  de  10"  grandeur,  presque  centra- 
lemenl.  L"étoile  a  disparu  environ  15  secondes  avant  d'arriver  en  conlacl. 
La  vue  était  médiocre,  de  sorte  qu'il  n'a  pas  été  possible  de  constater  aucuno 
variation  de  forme  ou  de  couleur  due  à  l'atmosplière  de  la  planète. 

C'LI\'.  —  OBSERVATIONS  Di:  M.  Lewis  Swift  a  r/OnsERVATOiUE  AN'arneh. 

ROCHESTER   ('). 

Le  brillant  découvreur  de  comètes  dcclare  que  ses  observations  de  Mars 
cette  année  ont  été  une  série  de  (b'sappointements,  à  cause  de  l'agitation 
de  l'atmosphère  et  de  la  basse  altitude  de  la  planète.  Le  16  pouces  ne  mon- 
trait pas  plus  que  le  4  pouces. 

.\  consigner  pourtant  l'existence  d'une  petite  tache  noire  ronde,  dunt  la 
moitié  était  posée  sur  le  bord  suivant  de  la  calotte  polaire  et  la  moitié  en 
dehors.  Elle  était  égale  à  l'ombre  du  plus  petit  satellite  de.lupiter.  L'ubser- 
vateur  l'a  vue  trois  fois,  et  un  visiteur  l'a  aperçue  également.  Il  se  demande 
si  ce  n'était  pas  là  une  dénudation  du  sol  causée  par  la  chaleur  de  l'été 
antarctique. 

On  n'a  rien  aperçu  qui  ressemblât  à  des  canaux,  simples  ou  doublr^. 

CLV.   —  OnSERVATIONS    DE    M.    CO.MSTOeK.   A    I.'OiiSERVATOUiE    WaSUHUIIN. 

MADrsox  (',1. 

Deux  séries  d'oljservations  de  notre  planète  ont  été  faites  à  Madisim 
pendant  l'opposition  de  189-2.  l'une  pour  h'  détermination  de  sa  position 
relativement  aux  étoiles  voisines,  l'autre  pour  l'examen  du  po!e.  C'est  de 
celle-ci  que  nous  nous  occuperons. 

L'équatorial  de  15  pouces  1,2  a  servi  à  mesurer  la  position  du  cap  polaire 
sud.  Cinquante-quatre  observations  ont  été  faites  en  vingt-neuf  nuits; 
elles  indiquent  une  correction  assez  forte  [—~°]  à  apporter  à  l'angle  de 
position  adopté  dans  les  éphémérides  de  M.  Marth. 

La  petite  distance  polaire  du  centre  du  cap,  comparée  aux  anciennes 
déterminations,  est  particulièrement  digne  d'attention.  A'oiri  les  prin- 
cipales : 

(')  Aslronomy  anci  Asti-o-Pluj<ics,  I.  I.  1890,  p.  GTiJ. 
(=)  Astronomij  and  Astro-Physics,  1802,  p.  679. 


68  LA   PLANÈTE  MARS. 


limite. 

(H)Servateur. 

Distance  polaire. 

Longitude. 

17S3.... 

W.  Herschel. 

8M 

1830.... 

Bessel. 

8-,I 

1837.... 

Heer  et  ALidler. 

8°,0 

- 

1SJ8.... 

iSeochi. 

17°,7 

186Î.... 

Kaiser. 

4°,3 

192°, 3 

1877.... 

Hall. 

5°,2 

20°,  7 

1S77.... 

Schiaparclli. 

OM 

2!)°,.î 

1892.... 

Comstoïk. 

l',G 

8°, 2 

La  longitude  aréographique  du  centre  de  la  taciie  en  1892  difTère  assez 
peu  (pour  cette  latitude)  de  celle  de  1877.  Mais  cette  position  est  fort 
l'ioignée  do  celle  de  1862  :  elle  est  même  à  l'opposé.  11  y  aurait  donc  eu  un 
cliangement  considérable  dans  la  position  du  cap  d'année  en  année.  Mais  il 
l'Mut  avouer  que  cette  détermination  précise  est  assez  difficile. 


CLVI.  —  UBSEUV.\TIONSF.\IÏKSEN  IS'Ji  .\  L'ObSERVATOIUE  GOODSELL  (XOItTHFIELD); 

r.ui  M.  II.-C.  WiLSON  (ij. 

Ouoi(]ue  la  planète  ne  se  soit  pas  élevée  k  plus  de  22°  au-dessus  de 
l'horizon  de  Northfleld,  on  a  pu  faire  quelques  bonnes  observations  et 
reconnaître  non  seulement  les  configurations  principales  mais  aussi 
plusieurs  des  canau.x,  bien  perceplildes  par  niomenls. 

Jusqu'au  11  aoùl,  les  seuls  canaux  reconnus  furent  le  Titan,  le  Tarlare, 
r.yclope  et  Cerbère  comme  un  seul,  lleph;estus  et  Propontide.  X  cette  date, 
à  11'',  la  région  du  lac  du  Soleil  passait  au  méridien  central.  Elle  diffère 
énormément  de  celle  que  nous  avons  l'habitude  de  voir  :  l'espace  au-dessus 
<H  à  gauche  (lu  lac,  où  sont  dessines  les  canaux  Nectar  et  .ambroisie,  est 
presque  aussi  foncé  que  les  taches  appelées  mers;  le  lac  du  Phénix  est  si 
;4rand  que,  à  première  vue,  l'observateur  l'avait  pris  pour  le  lac  du  Soleil; 
b'S  canaux  Eosphoros,  Phasis,  Sirenius  et  Euménides,  et  un  autre  qui  réunit 
le  lac  du  Soleil  et  le  lac  Tiibnniiis  simt  visibles.  Les  mêmes  aspects  se 
voient,  avec  d'autres,  sur  le  dessin  du  13  août  reproduit  ci-après.  Ces  trois 
taches  doubles  fort  étonnantes  ont  été  vues  par  le  professeur  Crusinberry 
comme  par  l'auteui'.  La  première  à  droite  est  le  lac  du  Soleil  (^).  Mais  pourquoi 

• 
(')  Aslronomij  and  Asti ro-Phijsics,  1802,    p.  CS4. 

(=)  Oïl  comparera  aveciiitérôL  avec  ce.s  trois  taches  foncées  celles  de  la  carte  Schia- 
parclli de  1882  (t.  J,  p.  Zbh).  Ici,  ces  trois  taches  sont  beaucoup  plus  marquées  que  la 
baie  du  Méridien.  C'était  le  contraire  en  1830,  puisque  Mâdler  a  signalé  alors  cette  baie 
conune  le  point  le  plus  noir  de  la  planète  (t.  1,  p.  103).  Les  variations  sont  cerlaiiies. 


Fig.  94.  —  Dessm  de  Mars,  le  13  août  1S'J2,  a  l'Obserwitoire  Goodsell,  par  M.  Wilsoii. 
Long,  du  cenlre  ==  10'2°. 


Fig.  9J.  —  Dessia  de  Mars,  leJi  août  ISW,  à  l'Obscrvaloire  Goodscll,  par  M.  Wilson. 
Long,  du  centre  =  328°. 


70  LA   PLANETE   MARS. 

double,  cl  pourquoi  doubles  toutes  les  trois?  Ne  serait-ce  pas  une  illusion 
optique?  L'auteur  remarque  que  ces  dédoublements  ne  se  sont  mani- 
festes qae  par  instants  et  qu'en  général  ces  trois  taches  rondes  paraissaient 
simples. 

Le  24  et  le  "2G,  on  a  vu  la  planète  telle  qu'elle  est  représentée  sur  la 
seconde  figure.  Les  canaux  sont  Typhon,  Hiddekel,  Gehon,  Deuteronilus 
et  0.\us.  L'ensemble  de  la  mer  du  Sablier  et  de  la  Libye  est  foncé.  L'auteur 
remarque  que  Hellas  est  plus  vaste  que  sur  la  carte  générale  de  Scliiapa- 
l'elli  [La  Planclc  Mars,  t.  I,  p.  4'iÛ)  et  qu'une  tache  blanche  se  montre  à  sa 
région  infeiieure.  Une  autre  tache  Idanche  se  voit  aussi  sur  Deucalionis 
Regio.  En  certains  moments,  la  planète  a  paru  parsemée  de  petits  nuages 
Jdancs.  Noachis  Hegio  se  voyait  comme  une  traînée  claire,  entre  Hellas  et 
Deucalion. 

Le  cap  polaii-e  sud  a  toujours  paru  parfaitement  blanc  et  rond  (elliptique 
par  perspective),  excepté  le  26  août,  où  une  petite  échancrure  l'entaillait, 
comme  on  le  voit  sur  la  ligure.  Le  bord  nord  du  disque  a  toujours  paru 
Jilauchàtre. 

L'cchancrure  dont  il  vient  d'être  question  nous  parait  coïncider  avec  la 
petite  tache  noire  signalée  plus  haut  par  .M.  Lewis  Swift.  Celui-ci  ne  donne 
pas  la  date,  mais  son  article  est  du  1"'  septemljre.  Huant  aux  ti-ois  dédou- 
Jjlements,  ce  iloit  être  une  illusion,  due  peut-être  à  la  variation  de  la  mise 
au  point. 

<'L\'1L  —James  Keeler.  —  Ubseiivatihns  EAcrES  aux  monts  Allegheny 

PENDANT    L'OlTOSrnuN    DE    1892  (  '  ). 

Ces  observations  ont  été  faites  à  l'aide  d'un  réfracteur  de  tj-eize  pouces. 
Le  grossissement  généralement  employé  a  été  380,  quelquefois  poussé  jus- 
qu'à 800.  L'auteur  construisit  un  globe  de  Mars  de  0"',15  de  diamètre 
avec  la  carte  de  Schiaparelli  publiée  1. 1,  p.  440,  et  photographia  ce  globe  placé 
et  incline  li/l  que  la  planète  se  présentait  réellement  au  ciel  d'après  les 
éphémérides.  Il  savait  donc  d'avance  ce  qu'il  devait  voir,  et  a  cherché  sur- 
tout à  constater  si  des  différences  se  présenteraient. 

La  première  différence  remarquée  fut  une  didercnce  constante  de  longi- 
tude entre  les  dessins  et  les  photographies,  la  longitude  du  méridien  central 
de  celles-ci  surpassant  celle  des  dessins  de  7".  L'équati(.in  personnelle  de 
l'observateur  ne  donne  pas  l'explication  de  cette  différence. 

(')  Pliysical  observulions  of  Murs  [Mcmoirs  of  Ihe  roijal  astrononiical  Socictij, 
t.  LI;  1893). 


OBSEKV.MIO.NS   I  AlTIiS   AL".\   .MONTS   A  I.l.liC  IIKN  V.  7| 

l"u  graud  nombre  de  vues  ont  éle  piiilailes  de  di'tiniliou  et  identi(iues 
d'une  nuit  à  une  autre.  La  carte  de  Grccii  (t.  J,  p.  275)  parait  à  l'auteur  la 
meilleure  représciUalion  de  la  planète. 

Douze  dessins  sont  publiés  dans  ce  Mémoire.  Nous  en  chuisissons  cinq 
des  plus  intéressants. 


'Jtj.   —  ;'.!  août. 


I.  —  '^v'  août,  9'' iC'"  (  eastern  standard  time,  de  5  heures  eu  retard  sur  GrLCu- 
%vich  ).  Mer  du  Sablier,  baie  du  Méridieu;  Ilellas,  grande  et  claire.  Les  canaux 
l-'hisoa  et  Euphrate  se  montrent  faiblement.  Au  bord  de  la  neige  polaire  un  cap 
.se  détache  nettement  sur  la  mer  foncée  environnante. 

IL  — ■  i^  août,  11''  iV".  La  mer  du  Sablier  passe  au  méridien  central.  C'est,  de 
beaucoup,  la  tache  la  plus  foncée  du  disque.  Au-dessus,  régions  intermédiaires. 
Plus  haut,  Hellas,  très  brillante.  L'observateur  n'a  jamais  |hi  distinguer  la  pointe 
inférieure  de  la  mer  du  Sablier  et  son  retour  coudé  vers  la  droite. 

III.  —  3  septembre,  o''  40'".  Mer  cimmérieune.  «  On  aperçoit  un  système  de 
canaux  qui  rappelle  la  passe  de  lluggius  des  anciennes  cartes  et  qui  ne  se  l'otrouve 
pas  sur  les  cartes  de  Green  et  Schiaparelli.  Cependant  dans  uu  petit  dessin  de 
la  Planète  Mars  de  Flammarion,  p.  i'8,  dix  à  >L  Giovann(.>zzi,  un  voit  un  canal 
qui  concorde  presque  exactement  avec  cette  vue.  » 

IV.  —  1 1  septembre.  S''  .'il'".  Curiosité  inattendue.  A  droite  du  lac  du  Soleil,  un 
autre  lac,  presque  pareil.  Vu  le  '■),  le  11,  le  17  et  le  18  septembre.  C'est  tout  h 
fait  incompréhensible. 


LA  PLANETE   M  A  US. 


Fig.  'J7.  —  JO  août. 


\-.  _  18  septembre,  10''  S'".  Ce  dessin  est,  comme  le  précédeut,  de  ceux  qui  sont 
le  plus  laits  pour  nous  intriguer  et  pour  témoigner  des  métamorphoses  les  plus 


Fis.  'JS.  —  3  septeiiil)i-c. 

fantastiques.  L'anneau  de  tcire  qui  entoure  lo  lac  du  Soleil  (Thaumasia)  est  plus 
étroit,  quoique  les  dimen-ious  de  la  tache  centrale  n'aient  pas  changé.  La  mer 


01iSi;UVATI()NS   lAlTKS   AUX    MONTS    A  I  l.i:i.  Il  |;n  V. 


T.) 


Fig.  n9.  —  Il  soptiMiibrc 

extérieure  s'est  rapprochée.  Le  golfe  de  l'Aurore  est  également  changé.  Ou  a 
quelquefois  cru  deviner,  mais  sans  pouvoir  l'affirmer,  une  ouverture  de  l'anneau 


Fig.   100.  —  18  Sfptenilirr. 

vers  la  gauche.  Ce  qu'il  y  a  eu  de  plus  inattendu,  c'est  l'existence  de  la  seconde 
tache  ronde,  ressemblant  au  lac  du  Soleil,  mais  moins  grande,  vue  à  sa  droite. 


74  LA    PLANÈTE   -\L\US. 

Elle  est  trop  éloignée  iiour  représeuter  le  lac  du  Phénix,  quoiqu'elle  soit  dans  sa 
direction,  l'endant  plusieurs  soirs,  aux  eus'irons  du  18  septembre,  ou  nota  que, 
lorsque  cette  tache  passait  au  méridien  central,  elle  occupait  juste  le  centre  du 
disque  de  Mars  et  qu'alors  la  distance  entre  les  centres  des  deux  taches  était 
égale  à  la  moitié  du  rayon.  Sa  position  serait  donc  :  longitude  =  113",  lati- 
tude —  I.'!'.  Encore  ]ilus  loin  à  droite,  à  environ  moitié  de  la  distance  du  lac  du 
Soleil,  ou  a]ierccvait  une  tache  plus  petite,  de  l'orme  irrégulière,  située 
comme  un  nœud  sur  une  bande  étroite  s'étendant  vers  le  uord-ouest.  Au-dessus 
du  lac  du  iSoleil  était  une  grande  tache,  mais  non  pas  grise,  rougeàtre,  traversée 
par  une  traiuée  plus  claire.  Les  régions  continentales  qui  la  bordaient  t'taient 
brillantes  et  rouges. 

On  remarque  aussi  sur  celte  vue  une  projection  des  neiges  polaires,  vers  lOU" 
do  longiUule. 

Remarquons  enfin  que  l'auteur  n'a  pu  observer  aucune  gémination,  si  ce  n'est 
peut-être  celle  du  Gange,  extrêmement  large. 

lionnes  observations  et  dessins  excellents.  Mais  quelle  fantasmagorie. 
Des  lacs  qui  TOyagenl!  Jusqu'alors  personne  n'avait  vu  de  lac  à  cette  place. 
11  n'est  ijourtanl  jias  probable  que  le  lac  du  l'iiénix  se  soit  déplacé  de  trois 
ou  i|uatre  cents  kilonièlres  en  s'agrandissant  du  triple!  Oljservations  à  rap- 
procber  do  celles  de  .M.  A\'ilson,  qui  nous  ont  déjà  slujiéliés  tout  à  l'iieure. 

('L\'III.    —   OnSEIiVATIO.VS    FAITES    A   L'ObSERVATOIRE    FLAMMARION 

m:  ISocoTA,  Etats-Unis  de  Colombie. 
(Coniniunicatiou  de  M.  .L-JL  Gonzalez,  Du-ecteur.) 

Le  vaste  (■ditice  qui  constitue  aujourd'hui  l'ubservatoire  Flammarion  n'étant 
pas  terminé  à  l'époque  la  plus  favorable  pour  l'observation  de  Mars  (août-sep- 
tembre IS'J;'),  et  les  nouveaux  instruments  n'étant  pas  encore  installés,  nous 
dûmes  nous  borner  à  employer  les  appareils  montés  dans  l'installation  provisoire, 
savoir  -.  une  excellente  lunette  équatoriale  Sécretan,  de  0'",  108,  et  une  lunette 
Liardou  de  II"',0'.I5;  nonobstant,  nous  pûmes  employer  avec  succès  les  plus  forts 
grossissements  (|u'elles  sujiportent,  tant  à  cause  de  l'altitude  considérable  de 
nutre  Observatoire  au-dessus  du  niveau  de  la  mer  ('26'i0"')  que  de  la  grande  hau- 
teur de  l'astre  sur  l'horizon,  de  la  limpidité  du  ciel  et  du  calme  de  l'alnuisphère 
pendant  plusieurs  nuits. 

Convaincu  de  la  grande  difficulté  qu'ofl're  l'observation  de  Mars,  et  ne  dispo- 
sant point  pour  le  moment  d'appareils  assez  puissants  jiour  prétendre  étudier 
les  canaux  si  discutés  et  si  intéressants,  nous  nous  sommes  borné  à  étuilier  les 
configurations  et  les  caractères  les  plus  saillants  :  nous  présentons  honnêtement 
ce  (iLio  nous  avons  réellement  du. 

Dans  ces  dessins,  nous  avons  adopté  l'échelle  de  ".!"""  jiour  1". 


OBSKUVATOllifc:    F1.\.M.MA1U(IN    Dl-    liO(iOTA.  75 

Le  I"  août,  à  H»''  du  soir,  par  un  ciel  iiiagiiifiqiie,  l'aspect  était  réellcivieiit 
admirable;  la  calotte  polaire  australe  était  d'une  blauchour  éblouissante  et  encore 
très  étendue,  bordée  par  une  ligue  sombre  assez  accentuée  poussant  une  échancruro 
fortement  marquée  vers  le  méridien  de  :100'.  La  réiriou  boréale  était  très  blanche, 
ainsi  que  le  contour  de  l'astre  :  les  parties  claires  centrales  accusaient  un  blanc 


1'^  août,  HJi". 


?5  août,  g'^ÔD".  1^  seplemlire.  7>'  lu". 

Fig.   I01-1U4.  —   Dessins   de   Mars,   faits  a  rOb.-ervaloiiu   Flainmariou  de  lii.uota, 
par  M.  J.-M.  Gouzàlez. 

mat  très  pur,  et  les  régions  sombres  montraient  un  ton  gris  verdàtre  très  doux 
et  légèrement  foncé  au  centre. 

Du  7  au  8  août  la  calotte  australe  montrait  d'une  manière  assez  nette  l'échan- 
crure  sombre  du  30U"  méridien  avec  tendance  à  s'accroiire,  et  qui  atteignit  sou 
maximum  du  14  au  17  août. 


76  LA   PLANETE   MARS. 

Le  ?5  août,  l'aspect  était  magnifique  :  on  voyait  clairenieut  la  mer  du  Sablier 
et  la  mer  Maiu,  la  mer  Flammarion,  locéau  Dawcs,  ainsi  que  la  mer  polaire 
australe  et  celle  de  Zœlluer  :  la  terre  de  Lockyer  se  uiontrait  d'un  Ijlanc  mat;  les 
continents  Béer  et  Ilerschel  I,  ainsi  que  la  terre  de  Burchardt,  se  montraient 
clairement.  Le  cap  polaire  était  éblouissant  et  les  bords  de  la  planète  possé- 
daient une  teinte  plus  blanche  que  les  régions  centrales. 

17  septembre.  —  Neige  éblouissante,  contour  de  la  planète  [dus  blanc  que  les 
régions  du  centre;  terminateur  se  fondant  graduellement,  montrant  l'effet  de 
l'atmosphère. 

Un  fait  qui  nous  a  frappé  singulièrement,  c'est  de  voir  toujours  la  planète 
dépourvue  de  teinte  rougeàtre  au  voisinage  du  zénith.  Ce  pliénomène  s'est 
reproduit  invariablement  pendant  nos  observations  dans  cet  ordre  :  l'astre  possé- 
dait une  teinte  rouge  bien  accentuée  au  voisinage  de  l'horizon  ;  cette  teinte  prenait 
ensuite  une  nuance  ro.se  qui  se  perdait  au  fur  et  à  mesure  qu'elle  montait,  et 
prenait  nne  blanclieur  très  marquée  au  voisinage  du  zénith.  Ce  fait  nous  a  montré 
que  les  régions  sombres,  d'un  gris  verdàtre,  possèdent  réellement  cette  couleur. 
L'effet  de  contraste  n'existe  pas  dans  ce  cas,  puisque  le  jaune  orange  des  régions 
claires  faisait  place  au  blanc  pur. 

Un  autre  fait  digne  d'attention  est  l'échaucrure  qui  se  montra  si  nettement  à 
partir  du  1"  aoijt  dans  le  cap  austral,  laquelle  arriva  du  14  au  17  à  son  plus  grand 
développement,  pour  diminuer  ensuite  et  disparaître  bientôt  avec  le  dégel. 

Nous  pouvons  résumer  ainsi  le  résultat  de  nos  observations  : 

1"  La  couleur  de  la  planète,  rouge  au  voisinage  de  l'horizon,  devient  rose  à 
mesure  qu'elle  s'élève,  et  au  voisinage  du  zénith  elle  est  complètement  blanche. 

î"  Le  contour  de  l'astre  est  ordinairement  plus  Idanc  que  le  centre. 

o"  La  diminution  de  la  calotte  australe  a  été  plus  accentuée  après  l'apparitioa 
de  l'échaucrure  observée  le  1=''  aoiit. 

4'  La  coloration  gris  verdâlre  des  taches  sombres  est  réellement  gris  vert  et 
non  i>as  un  clïet  de  contraste. 

0°  La  couleur  de  la  calotte  polaire,  d'une  blancheur  argentine,  est  bien  plus 
brillante  que  les  régions  claires  du  reste  de  la  planète. 

•>  Le  terminateur  se  montre  d'une  teinte  indécise,  témoignant  ainsi  de  l'exis- 
tence de  l'atmosphère. 

Nous  ne  devons  point  passer  sous  silence  une  remarque  qui  nous  a  laissé  une 
impression  profonde,  c'est  d'avoir  vu  d'une  manière  assez  nette  des  points  et 
des  traits  nous  rappelant  les  principaux  canaux  :  ce  phénomène  se  répéta  à 
plusieurs  reprises,  pendant  les  courts  moments  oit  la  pureté  et  l'immobilité  de 
l'atmosphère  semblaient  être  parfaites;  mais  ils  étaient  si  fugitifs  que,  bien 
qu'ils  laissassent  une  impression  indélébile  dans  l'esprit,  il  était  absolument 
impossible  de  les  reproduire  sur  les  dessins. 

Tels  sont  les  faits  les  plus  saillants  que  nous  pouvons  tirer  de  la  série  de  nos 
observations. 


LETTRE   DE   M.    SCIIIAPAnELl.I.  77 

Ces  observations  sont  particulièrement  intéressantes,  étant  donnée  l'alti- 
tude de  cet  observatoire  établi  sur  l'équaleur  (4''35'48"X).  A  cette  bauteur 
(le  2640  mètres,  l'atmosphère  est  d'une  beureuse  limpidité.  M.  Gonzalez  est 
un  observateur  consciencieux  et  sincère.  Sur  les  24  dessins  que  le  savant 
fondateur  de  cet  établissement  équatorial  a  bien  voulu  nous  adresser,  nous 
en  avons  choisi  quatre  pour  être  annexes  ici  à  notre  documentation  générale. 
Il  est  remarquable  que  l'échancrure  polaire  et  la  mer  Main  (lac  Mœris)  aient 
pu  être  suivies  à  l'aide  d'un  108'"".  Quant  à  la  diminution  de  la  coloration 
rouge  de  la  planète  avec  son  élévation  dans  le  ciel,  il  est  possible  qu'elle 
soit  due  en  partie  à  un  effet  de  notre  atmosphère  —  le  même  que  celui  (jui 
agit  sur  les  colorations  de  la  lune  et  du  soleil  —  et  en  partie  à  l'objectif, 
moins  achromatisé  peut-être  pour  les  rayons  bleus  et  violets  ('). 

(LIX.  —  Lettre  de  M.  !-^chiaparelli. 

M.  Schiaparelli  n"a  pas  publié  ses  observations  de  1892,  si  ce  n'est  en 
quelques  fragments.  Voici  ce  qu'il  nous  écrivait  de  Milan,  à  la  date  du 
29  octobre  : 

<.  J'ai  revu  à  peu  près  la  planète  comme  en  1877,  mais  en  de  bien  plus  mau- 
vaises coniiitions  atmosphériques.  11  y  a  cependant  des  différences  locales  coiisi- 


A.  1XT7  ]i.   1S02 

Fig.  Iu5.  —  La  mer  îles  Sirènes  en  18T7  et  en  IS92.  (Fac-simi/i-  d'un  croquis  de  M.  Sclii.iparelli.) 

dérables.  Par  exemple,  la  mer  des  Sirènes  s'est  montrée  divisée  en  deux  parties 
fort  inégales,  chacune  des  deux  aj^ant  son  propre  débouché  dans  le  Sinus  Aonius, 
comme  je  vous  l'indique  dans  les  esquisses  ci-dessus.  Le  croquis  A  représente 
ce  que  j'ai  observé  en  1877,  et  le  croquis  B  ce  que  j'ai  observé  cette  année.  Le 
détroit  des  Colonnes  d'Hercule  paraissait  remplacé  par  deux  autres  semblables. 

(')  M.  José  Landerer  nous  écrivait  de  Tortose  (Espagne),  à  la  date  du  S  août,  qu'en 
1892  la  lumière  de  Mars  lui  a  paru  moins  rouge  que  lors  des  dornières  oppositions. 

Il  nous  écrivait  de  nouveau  à  la  date  du  14  septembre: 

0  Les  observations  que  j'ai  continuées  depuis  ma  lettre  ne  font  que  confirmer  le  fait 
que  je  vous  signalais  :  décidément  la  coloration  de  la  planète  est  maintenant  moins 
rouge  que  lors  des  dernières  oppositions.  C'est  même  un  clTet  facile  à  saisir,  pourvu 
que  l'astre  soit  suflisamment  élevé  sur  l'horizon.  » 


7§ 


LA    PLANETK   MARS. 


•    »  I^a  mer  Ailriatique  se  prolongeait  aussi  tout  droit  en  haut,  par  un  canal  très 
visiljlc.  Jusqu'au  golfe  de  PrométlK'O,  en  coupant  la  Chorsonèsc  à  sa  base. 

»  La  grande  île  Argyre-Noachis  se  rattachait  à  la  région  de  Deucalion  par  un 
espace  clair  intermédiaire  [x,  sur  le  croquis  ci-dessous  (/?;/.  lOfi)].  eu  produisant 
ainsi  l'elTct  d'une  presqu'île  inimease  enveloppant  toute  la  mer  Erythrée  dans  sa 
concavité  (M.  H  est  certain  qu'en  1877  la  région  marquée  x  était  bien  plus  sombre 


Fisr.  l'iil    —  l'iKingements  observés  sur  Mars.  La  région  de  Deucalion  en  IS'J,' 
{ Fac-simitr  d'un  croquis  de  M.  Scliiaparelli.) 


((ue  Noachis  et  Deucalionis  Regio.  Il  en  a  écé  do  même  pendant  les  oppositions 
suivantes  jusqu'en  1890. 

»  Ne  croyez  pas  que  je  renonce  :\  toute  spéculation  sur  la  cause  do  tant 
d'étranges  phénomènes.  Mais  jni  vu  qu'il  est  bon  de  séparer  nettement,  les 
observations  des  raisonnements  techniques.  Ala  manière  de  voir  sur  la  consti- 
tution physique  de  Mars  a  peu  changé  depuis  1877;  seulement,  il  y  a  des  points 
sur  lesquels  la  lumière  tarde  à  se  faire  dans  mon  esprit.  Il  faut  encore  des 
olisorvations,  beaucoup  d'observations. 

1)  11  serait  important  de  savoir,  par  exemple,  si  les  émissaires  du  lac  du 
Soleil  donnent  lieu  à  un  nombre  déterminé  de  variantes,  ou  bien  si  les  change- 
ments possibles  peuvent  varier  irrégulièrement  et  à  l'inlini.  Et  il  faut  aussi  être 
bien  sur  do  la  périodicité  de  toutes  ces  variations.  >> 

(jOS  oliservalioiiP  iiionlronl  que  do^  chungivneKls  prrpcliu'ls  se  pi'Oiliiisriit 
à  l;i  surface  de  la  [danète,  coinmo  il  n'snlle  d'ailli'ur.s  îles  faits  puliliés  au 
iircmier  volume  de  cet  iiuvragc.  Ivui  ou  végétation'?  tjue  ce  soit  l'une  ou 
l'aiilre,  ces  variations  sont  rêrllrs.  au  moins  en  partie,  et  ne  sont  pas  des 
illusions  subjectives  de  la  part  îles  observateurs. 

CiCla  n'ompèclic  pas,  sans  contredit,  qu'il  >'  ait  des  observations  incer- 

(')  Cet  éclaircissement  se  voit  aussi  sur  l'iiii  dos  dessins  de  M.  Keoler.  du  17  août,  non 
renrodiulici.  On  remarque  un  elVet  analogue  sur  le  dessin  de  M.  Fiai-uard.  dii'21  août  (p.  51), 


OBSERVATIONS   \)i:    M.    PF.RHOTIX.  7;) 

taines,  insuffisantes,  mauvaises  mènii>  et  sans  valeur.  Ne  soyons  exclusifs 
en  rien.  Discutons  tout  sans  parti  pris. 

Une  autre  -impression  commence  à  se  [U'ésenter  à  noli'e  esprit,  en  ce  qui 
concerne  les  canaux,  (-'(^st  qu'ils  pourraient  se  composer  de  ti-aci''s  interrompus 
(p.  66,  YouNT.:'  p.  76,  Cioszu.v.y.).  .Niais  nr  anus  pressons  pas  de  conclure. 


CI.X.   —   (jBSKIiV.VTIONS   DE    M.    Pi:iU!OTI\,    A    NlCK.    r'nO.IKl'.riOSS. 

M.  Perrotin  a  i"onlinui\  à  Nice,  ses  lielles  oliservalions  aux  "'([ualoriaiix 
de  0'",76  et  0",38.  Voici  son  intéressante  relation  (M.  Elle  concerne  surlmil 
les  projcclinns  lu  mineuses  apparues  sur  li'  terminateur. 

Il  s'agit  de  renliernents  brillaats,  de  coLdeur  et  d'éclat  comparables  à  reiix  ilc 
la  calotte  polaire  australe,  observés  à  trois  reprises  dilTé['eutes,  le  10  jidii  et  b>s 
2  et  3  juillet,  sur  le  bord  ouest  du  disque  de  la  planète. 

La  dernière  fois,  le  3  juillet,  il  m'a  été  possible  de  noter  les  diverse.-;  phases 
de  cette  singulière  apparition.  Ce  jour-là,  le  point  brillant  a  commencé  à  émerger 
sur  le  bord  du  disque  à  14''  1 1™  (temps  astronomique  du  lieul,  d'abord  très  faible; 
puis  je  l'ai  vu  croître  graduellement,  passer  par  un  maximum,  dimimier  ensuite 
pour  disparaître  cndn  à  l."i''i>  environ.  Les  faits  ti'auraient  pas  été  dilTérents  s'il 
s'était  agi  d'une  élévation  de  la  surface  de  Mars  traversant  le  bord  éclairé  du 
disque  par  le  seul  effet  de  la  rotation  de  la  planète.  La  phase  qui  a(Tectait  à  ce 
moment  le  bord  ouest  de  la  planète,  où  le  phénomène  si^  produisait,  n'a  pu  fpie 
le  modifier  dans  sa  grandeur  et  sa  durée.  I..a  veille,  2  jnillei,  j'é'tais  arrivé  à  la 
lunette  dans  la  période  voisine  du  maximum,  à  lihld'".  et  j'avais  pu  suivre  le 
point  brillant  jusqu'à  sa  complète  disparition,  jusqu'à  I  '1''  10'". 

Les  2  et  :i  juillet,  les  choses  se  passaient  dans  la  môme  partie  du  disque,  vers  le 
TiO"  degré  de  latitude  su<l  et  avec  un  retard,  d'un  jour  à  l'antre,  d'une  demi-heure, 
comme  il  convient  à  un  fait  se  produisant  lians  une  même  région  de  la  planète. 

La  première  observation  de  ce  genre  remoute  au  lu  juin  et  dura  de  1.-)''I2"'  à 
lf)''17'"  environ.  Cette  fuis,  le  point  brillant  se  trouvait  dans  le  voisinage  du 
30=  degré  de  latitude  su<l,  probablement  dans  la  partie  australe  de  l'isthme  IIespcri;i. 

J'ajoute  que,  pendant  ces  observations,  la  portion  du  disque  qui  avoisinnit  la 
petite  protubéraiici'  m'a  toujours  paru  légèrement  déformée  et  i-ornme  soulevée. 

Tels  sont  les  faits.  Je  ne  me  iiermettrai  pas  do  les  interpréter.  Ils  se  sont 
présentés  avec  une  netteté  si  grande,  qu'il  n'est  guère  possible  de  les  considérer 
comme  le  résultat  d'une  illusion  quelconqui'. 

D'autre  part,  comme  il  s'agit  ici  de  projections  en  deliors  du  ilis'pie  d'au 
moins  un  ou  deux  ilixiènies  de  seconde  d'arc,  c'est-à-dire  do  phénouiènes  s'éle- 
vantàplus  de  30  ou  même  60  kilomètres  de  hauteur,  l'esprit  se  trouve  confondu 

(')  Comptes  rendus  de  l'Académie  des  Scienc's.  1892,  t.  C.W,  \i.  379. 


80  LA   PLANÈTE   AfAItS. 

par  do  pareils  jioiiibres,  auxquels  nous  ne  sommes  pas  habituas  sur  notre  globe, 
et  il  n'y  a  sans  doute  que  des  phénomènes  exclusivement  lumineux  qui  puissent 
expliquer  de  semblables  hauteurs. 

La  calotte  neiireuse  australe  a  été  l'objet  de  quelques  mesures.  Cette  calotte  a 
notablement  diminué  depuis  deux  mois;  actuellement  (30  août),  elle  est  en  train 
de  se  disloquer;  elle  est  coupée  par  deux  lli,Mies  noires  au  moins,  sortes  de  cre- 
vasses analogues  à  celle  que  j'ai  signalée  en  1888  dans  la  calotte  boréale.  La  pre- 
mière de  ces  lignes  a  été  vue  dès  la  fin  de  juin;  la  seconde,  le  8  du  mois  d'aoijt. 

Le  pourtour  est  maintenant  plus  irrégulier  que  dans  le  passé;  on  aperçoit 
notamment,  entre  le  méridien  de  300°  et  de  0",  une  échancrure  noire  prof(jndc  qui 
va  sans  cesse  grandissant. 

Bien  que  les  conditions  actuelles  ne  leur  soient  pas  précisément  très  favo- 
rables (au  moins  en  ce  qui  concerne  une  partie  d'entre  eux),  plusieurs  canaux  se 
voient  assez  bien  ;  certains  sont  assez  apparents  jiour  convaincre  même  les  obser- 
vateurs les  plus  prévenus. 

Deux  de  nos  dessins  de  la  Grande  Syrte,  faits  à  des  dates  éloignées,  indiquent 
quelques  h'gcrs  changements  dans  la  portion  la  plus  boréale  de  cette  mer.  Ils 
sont  sans  doute  le  fait  des  brouillards  ou  des  nuages  qui,  à  plusieurs  reprises, 
m'ont  paru  envahir  les  régions  boréales  placées  à  l'est  de  cette  grande  Syrte,  au 
point  de  cacher  les  canaux  qui  les  sillonnent,  et  de  ne  les  laisser  voir  que  dans 
une  partie  seulement  de  leur  étendue,  celle  qui  est  le  plus  au  sud. 

Nos  dessins  du  lac  du  Soleil,  comparés  :1  ceux  de  M.  Schiaparelli,  accusent 
aussi  quelques  changements  de  détail  dans  l'aspect  du  lac  lui-même  et  dans  celui 
des  mers  et  des  canaux  qui  l'entourent. 

L'observation  la  plus  intéressante  de  ce  mois-ci  est  celle  que  j'ai  faite,  le 
Cl  août,  d'un  point  très  brillant  placé  précisément  au  bord  de  ce  lac  du  Soleil.  Ce 
point,  qui  m'avait  frappé  par  son  éclat  extraordinaire,  n'a  pu  être  revu  le  lende- 
main; s'il  existait  encore  (les  images  étaient  moins  bonnes  que  la  veille),  il  était 
certainement  bien  moins  lumineux. 

Ce  phénomène  et  les  phi'uomènes  analogues  que  l'on  note  quelquefois  sur  la 
surface  de  la  planète  ne  sont  peut-être  pas  sans  avoir  quelque  rapport  avec  les 
ap])arences  du  bord  du  disque  que  je  viens  de  signaler.  Les  observations  de 
l'avenir  nous  renseigneront  sans  doute  à  cet  égard. 

Ces  observations  de  ]U'nicrlions  lirillantes  sur  le  lerminateiir  de  Mars 
sont  aussi  iniiiorlanles  ([iio  curieuses.  Mais  elles  n'iniidiquent  pas  des 
élévations  si  prodigieuses  (GOOOO'"  de  iiauteur!  )  Trois  ou  quatre  uiille 
iiièires  sufTiseiU. 

Nous  anticiperons  sur  l'ordre  cl)riin(iluj:i(]ue  eu  faisant,  rcnianjurr  (jui; 
nous  en  avons  ohsorvi'  une  de  mènn'  ordre,  ;'i  noire  (  lliservaloiro  de  Jiivisy, 
le  2.'j  aoùl  ISD'i  à  )''  du  in;ilin.  Le  disque  ni.'  nionlrail  pas  lieaucoiqi  di' 
del;iils  :  ou  V  rcciJiinaissail  le  lac  du  Soleil,  Ir  goll'e  de  l'.Aurûrr  à  sa  gauche, 


OBSEIiVATIONS   DE   M.    PHIÎ  ROTIN'.    1802.  81 

et  le  Gange  qui  en  descend.  Le  bord  du  limbe,  à  droite,  élail  tics  lumi- 
neux; le  lerminaleur,  à  gauche,  était,  au  contraire,  estompé,  à  re.\ccplion 
de  la  région  de  la  protubérance. 

Nous  avons  déjà  vu  plus  haut  (p.  .53)  qu'eu  1890,  l'opposition  ayant  eu 
lieu  le  27  mai,  on  observa  le  5  jiiiUet  suivant,  au  grand  équatorial  du  niout 
Ilamilton,  une  tache  hlauche  en  dehors  du  lerminaleur,  alors  à  droite  on  à 
l'Est.  On  la  suivit  pendant  une  demi-heure  et  ou  la  vil  arriver  sur  le  disque, 
par  la  rotation  de  la  planète.  Elle  y  resta  quchiuc  temps  visible.  Même 
observation  le  lendemain  par  MM.  Ilcdden,  Srb.i'lM.'rb;  et  Krcb'r.  Celait 
vers  40°  de  latitude  boréale  et  Î.V'  de  longitude,  sur  la  blanche  iv,-iiin  du 
Tempe  (voir  plus  haut,  p.  .54 ). 

En  1892,  l'opposition  ayant  eu  lieu  le  4  août,  des  observations  analogues 
ont  été  faites  au  même  observatoire,  par  les  mêmes  astronomes,  plus 
MM.  Ilussey  et  Campbell,  du  2  au  17  juillet,  sur  le  terminateur,  alors  à 
gauche  ou  à  l'Ouest.  Les  projections  se  trouvaient  entre  les  latitudes  aus- 
trales 30"  et  ."îO",  à  l'exception  d'une  ou  deux  petites  vers  2.j".  C'était  la 
brillante  région  Xoachis  qui  passait  alors  au  terminateur. 

Les  projections  observées  à  l'Observatoire  de  Nice  se  trouvaient,  l'une 
vers  50°  également  de  latitude  australe  et  333"  de  longitude,  ce  qui  n'est 
pas  très  éloigné  de  la  Xoachis,  l'autre  vers  30°  et  230",  au  sud  de 
l'Hespérie. 

Celles  observées  à  .Tuvisy  se  sont  montrées,  dans  truis  observations  des 
21,  23  et  24  août  1894,  vers  350°  de  longitude  et  40°  à  45°  de  latitude  sud, 
ce  qui  tombe  sur  la  Xoachis.  Le  24  août,  une  seconde,  moins  sûre,  se 
montrait  vers  50°  à  55°  de  latitude,  au  sud  de  la  Xoachis. 

Ces  apparences  peuvent  être  expliquées  par  des  nuages  élevés  illuminés 
par  le  Soleil,  soit  à  l'aurore,  soil  au  crépuscule,  et  aussi  par  des  neiges  sur 
des  cimes  alpestres.  Mais  elles  n'impliquent  que  des  hauteurs  de  3000  mè- 
tres, ce  qui  n'a  rien  d'extraordinaire.  Xous  y  reviendrons  à  propos  des 
observations  de  1894. 

Déjà,  en  1883,  j'avais  écrit  dans  la  onzième  édition  des  Terres  du.  Ciel: 

"  On  a  de  temps  eu  temps  remarqué  à  la  surface  de  Mars  quelques  jiuiuts  d'une 
éclatante  blancheur  que  l'on  a  à  juste  titre  considérés  comme  rejirésentaut  des 
montagnes  couvertes  de  neige.  Les  observations  sont  assez  couoordautes  pour 
montrer  que  ces  points  blancs  ont  certainement  existé.  Quelquefois,  cependant, 
c'est  en  vain  qu'on  les  a  cherchés,  sans  doute  précisénieul  parce  qu'alors  les 
neiges  étaient  fondues.  Signalons  entre  autres,  dans  l'océan  Kepler,  vers  le  48'' 
de  longitude  et  le  25=  de  latitude  sud,  le  district  auquel  ou  a  donné  le  uoui  d'île 
Xei'jeuse,  qui  se  trouve  loin  des  régions  polaires.  Tous  les  faits  observés  s'ac- 
I'.,  li.  6 


82  l>A    PLANËTH   MAKS. 

cordeui  pour  montrer  qu'il  y  a  là  une  lie  couvei'te  de  hautes  montagnes  de  temps 
en  temps  blanchies  par  1rs  neiges  ou  par  les  nuages.  L'astronome  anglais  Dawes 
a  notifié  là  de  curieux  changements;  il  a  notamment  dessiné  une  tache  blanche 
parfaitement  visible  les  21,  22  et  23  janvier  ISGJ  et,  au  contraire,  complètement 
invisible  les  10  et  12  novembre  précédents. 

11  Celte  ile  (  '  )  paraît  s'élever  au  milieu  des  eaux,  cime  solitaire,  souvent  blanchie 
par  les  neiges,  et  peut-être  environnée  de  nuages  qui  se  condensent  là  comme 
ceux  que  l'on  voit  suspendus  aux  sommets  des  Alpes,  toutes  les  fois  que  l'air  hu- 
mide est  un  peu  rafraîchi.  C'est  l'ile  de  Ténériffe  de  Mars,  plus  élevée  sans  doute, 
mais  ne  plongeant  point,  comme  nos  Alpes  et  nos  Pyrénées,  jusque  dans  la 
région  des  neiges  éternelles. 

"  Quoique  le  globe  de  Mars  paraisse  [jIus  aplani  que  la  Terre,  peut-être  pos- 
sède-t-il  encore  quelques  montagnes.  Mais  ces  blancheurs  intermittentes  pour- 
raient aussi  être  produites  par  des  nuages  qui  se  formeraient  au-dessus  des 
régions  humides  et  froides,  et  subsisteraient  pendant  quelque  temps.  » 

Cette  île  ueiyeuse  correspond  à  la  régidu  de  Protée,  des  Cartes  de  Schia- 
parelli.  L'ile  d'Argyre  paraît  dans  le  inèuie  cas.  Nous  parlions  de  l'exis- 
Icnce  prohabic  de  uiontagries  sur  Mars,  en  diverses  régions  de  la  planète, 
indi'pendaiiiniriU  des  points  hunineux  observés  le  long  du  terminateur, 
mais  pouvant  les  explii|uer.  Im/ouIous  sur  ce  sujet  un  Irrs  habile  obscrva- 
leiu-,  M.  Campbell,  de  l'Ubservatoire  Lick. 


CLXl.  —  C.UU'UELL.    —  PUO.IECTIONS  OBSERVÉES   SUR  LE  TERMINATEUR  DE 

Maks  [-). 

Nous  traduirons  textuellement  cette  étude. 

M.  Schiaparelli  a  souvent  signalé  certaines  taches  brillantes  observées  sur  la 
planète,  et  leur  a  attribué  une  très  grande  importance  pour  l'étude  de  la  consti- 
tution physique  de  Mars.  Cet  habile  observateur  n'a  jamais  vu  ces  régions  bril- 
lantes projetées  au  delà  du  toruiinateur,  mais  il  a  dénmntré  (■')  qu'elles  sont 
beaucoup  plus  brillantes  vers  les  bords  que  vers  le  centre  de  la  planète.  Leur 
caractère  permanent  montre  que  ce  sont  là  des  phénomènes  inhérents  à  fc.  sur- 
face même  de  l'astre. 

M.  Terby  a  observé  en  huit  ou  dix  nuits,  en  1888,  trois  taches  blanches  qui, 
uivisibles  tant  qu'elles  n'approchaient  pas  du  bord  du  disque,  devenaient  très 
brillantes,  se  montrant  projetées  hors  du  limbe  par  irradiation,  comme  les  neiges 

(')  Déjà  signalée  dans  la  première  édition  du  même  Ouvrage  (1877),  p.  ■'lîS. 

(')  Puhlirnlions  of  Ihe  Aslronomical  Socwty  of  the  l'aci/ic,  vol.  Yl,  lS9i,  p.  103. 

(')  Voyez  Tome  1,  (i.  440-441. 


PK0.1KC,T1()NS   (MiSERVfil-S   SUR    LE    li:  l{  M  I  N  \T  IT  li    hi:   \l  \  ii  S.      8:i 

polaires,  .le  ue  sais  .si  loutes  les  observations  ilc  M,  'l'erhy  se  rapiiortoiit  aux 
mêmes  région.?;  c'est  probable,  et,  dans  tous  les  cas,  ces  iioints  senihient  ullVir 
un  caractère  permanent. 

Des  régions  blanches  analogues  .\  celles  observées  par  MM.  Scliiaparclli  et 
Terby  ont  été  frcquoinment  observéesà  l'observaloire  l.ick,  en  ISSS,  is'.iil  et  IS'.I,'; 
mais  les  projections  brillantes  sur  le  terniiiiateur,  observées  ici  pour  la  première 
fois  en  18110,  sont  d'une  nature  plus  partii-ulière,  et  sont  peut-être,  à  part  les 
calottes  polaires,  les  phénomènes  les  plus  intéressants  ([ue  l'dii  ait  jamais  observés 
sur  Mars.  Nos  observations  pour  1890  sont  décrites  dans  les  Publications  de 
la  Société  astronomique  du  Pacifique,  vol.  H,  p.  î'iS-yiO.  Nous  disions  : 

«  Le  phénomène  remarqual)lo  de  points  lumineux  se  projetant  au  delà  du 
terminateur  de  Mars  et  présentant  à  peu  près  l'aspect  des  montagnes  et  cirques 
lunaires  vus  de  profil  au  bord  de  la  Lune,  a  été  bien  constaté  à  l'aide  du  grand 
équatorial,  les  5  et  6  juillet.  Un  dessin  fait  par  M.  Keeler  montre  une  tache  blanche, 
étroite  et  elliptique,  longue  de  l",5  à  2", 0,  et  paraissant  projetée  en  bas  (vers  le 
Nord),  en  formant  un  petit  angle  avec  la  ligne  du  terminateur.  La  définition  était 
alors  excellente,  et  à  10'' 30™  la  tache  était  encore  sur  le  disque,  visible  comme 
une  ellipse  blanche  ressortant  sur  un  fond  plus  sombre. 

»  Le  (i  juillet,  le  même  aspect  a  été  observé  avec  plus  de  soin  par  M.M.  llolden, 
Schseberle  et  Keeler.  M.  Holden  a  vu  à  8''3'"  une  tache  protubérante  qui  se 
recourba  vers  le  haut  à  8''45'"  pour  en  rencontrer  une  plus  petite,  i"  (mviron 
plus  au  Sud.  M.  Schscberle  crut  saisir  une  liaison  très  faible  entre  ces  deux 
taches. 

»  La  tache  inférieure,  bien  qu'elle  eût  changé  considérablement  de  forme, 
resta  néanmoins  visible  pendant  [dus  d'une  heure,  et  parut  toujours  située  à 
l'extrémité  d'un  long  isthme  de  la  surface  de  la  planète,  an  nord  de  Deu- 
teronilus.  L'explication  la  plus  simple  du  phénomène  est  ainsi  que  ces  taches 
étaient  considérablement  plus  élevées  que  la  surface  générale  de  la  planète. 
■Vers  lOi'îô"  du  IG  juillet,  l'aspect  était  à  peu  près  le  même  que  celui  de  la 
tache  vue  la  veille,  et  se  montrait,  à  n'en  pas  douter,  au  même  endroit  de  la 
planète.  » 

On  a  pu  prendre  des  dessins  très  soignés  de  ces  aspects  bizarres. 

Il  faut  dire  que  la  planète  n'avait  pas  été  observée  les  jours  précédant  et  sui- 
vant les  h  et  G  juillet,  de  sorte  qu'on  ne  saurait  dire  pendant  combien  de  nuits  ces 
projections  ont  persisté. 

Ces  phénomènes  étaient  réels  :  ils  n'étaient  pas  causés  par  l'irradiation.  Non 
seulement  les  points  étaient  élevés  au-dessus  du  terminateur  théorique,  mais  les 
plus  brillants  d'entre  eux  se  recourbaient  vers  le  Nord  dans  une  position  paral- 
lèle au  terminateur,  et  l'extrémité  boréale  de  cette  courbe  était  séparée  de  la 
partie  non  illuminée  du  disque  par  une  ligne  noire  de  largeur  appréciable. 

La  latitude  de   la   tache   principale  était  à  peu   près  de  —  40\   Nous  avcms 


84  LA   PLANETE   MARS. 

calculé   les    longitudes   du   terminateur,    :\  -+-  40°,  et  nous  les   avons  trouvées 

égales  à  : 

5  juillet,  11)''  O"' longitude  U'.S 

»       10  30    »          52  .1 

(;  juillet,    8    4    ».        G  ,3 

»        H  V)    »           IS  ,!) 

»       10  Câ    »           40  ,7 

Ces  projections  se  soûl  proiluites  vers  la  région  appelée  Temyié. 

l»es  projections  analogues  outété  observées  sur  le  terminateur  par  MM.  Ilolden, 
Schaîberle,  llussey  et  Campbell,  à  l'opposition  de  1892. 

Quant  à  moi,  j'ai  observé  ces  projections  les  10,  1 1 ,  12,  13  et  17  juillet  189-2.  Per- 
sonne n'a  vu  ici  ces  jirojections  apri's  le  17  juillet.  Elles  se  sont  distribuées  de 
^2."!»  ù  — ."lO"  de  latitude  australe.  (  'elles  observées  par  M.  Ilusse}-  et  par  moi  étaient 
toutes  comprises  entre  les  longitudes  310''  et  9."i<'.  Les  plus  remarquables  ont  été 
celles  observées  les  11  et  13  juillet.  Le  11  juillet  on  voyaitdeux  proéminences,  dont 
la  plus  imporlaute  a  été  remarquée  des  le  déliut  des  obsL^rvatious,  à  12''15"',  et  est 
restée  constamment  en  vue  pendant  deux  heures.  8a  forme  changea  considéra- 
blement. A  13'' 25'"  elle  était  extrêmement  proéminente,  et  son  extrémité  extérieure 
était  distinctement  recourbée  vers  la  calotte  polaire  sud.  D'après  les  mesures  de 
sa  position,  sa  latitude  serait  de  — 47";  mais  cette  latitude  augmenta  continuel- 
lement. Mes  notes  à  ce  sujet  disent  :  "  13''25"',  la  distance  entre  la  proéminence 
et  la  calotte  polaire  est  moindre  qu'à  12''5.V"  »,  et  «  13''5d"i,  proéminence  plus 
petite  et  encore  ]dus  rapprochée  du  pôle  ».  La  longitude  de  cet  objet  varia 
entre  340''  et  7».  Ji;  n'avais  pas  réduit  ces  observations  jusqu'en  janvier  1894, 
lorsqu'une  comparaison  des  résultats  avec  les  Cartes  de  Schiaparelli  montra  d'une 
manière  concluante  que  les  projections  étaient  ou  centrales  sur  la  région  claire 
Noachis  ou  bien  vers  son  bord  supérieur  ou  méridional.  L'extrémité  suivante  de 
Xoachis  approche  de  la  calotte  polaire,  comme  les  projections.  Une  projection 
secondaire  et  moins  importante  (latitude  — 33'')  a  été  visible  de  12''4.j'"  à  13''5â"' 
du  11  juillet. 

Le  13,  les  observations  du  11  ont  été  confirmées.  La  plus  australe  des  deux 
projections  présentait  l'aspect  recouriié  d'une  manière  frappante  à  I4''3.'!i'",  offrant 
exactement  le  même  aspect  que  celle  du  11  à  !3''25"'.  Ainsi,  en  tenant  compte  de 
la  dur('e  de  rotation  de  Mars,  le  niéirie  point  de  la  jilanète  a  été  observé  pendant 
les  deux  nuits.  La  position  de  la  base  de  la  proéminence  était  en  — iO"  de  lati- 
tude et  par  3."i7°  de  longitude.  La  même  partie  de  la  planète  était  au  terminateur 
les  10  et  12  Juillet,  et  les  ijrojections  ont  été  vues  aussi  à  ces  deux  dates. 

M.  Perrotin,  à  Nice,  a  observé  ces  projections  le  10  juin. 

Je  pense  qu'elles  peuvent  être  attribuées  à  des  chaînes  do  montagnes  situées 
sur  le  terminateur,  et  probablement  couvertes  de  neiges  dans  certains  cas. 

Ou  peut  admettre  (pi'il  existe.'  des  montagnes  sur  .Mars,  et  ([u'elli-'S  peuvent  être 
visibles  dans  les  grands  instruments.  La  distance  de  la  planète  à  la  Terre,  le 
U  juillet  1892,  était  d'environ  63  000000  de  kilomètres.  Nous  pouvions  nous  servir 


PROJECTION?   OBSERVEES   SUR    I.E   TE  I!  M  IN  ATKL'R    DI".    MARS.     Sr> 

de  grossissements  variant  de  350  à  520  diamètres.  Les  distances  correspondant  à. 
ces  rapprochements  sont  respectivement  de  ISOOOOet  121000  kilomètres.  I,a  Lune 
est  éloignée  de  pins  de  deux  fois  ISOOOO  et  de  plus  do  trois  fois  1 21  UOO  kilo- 
mètres. Et  cependant  nous  pouvons  observer  à  l'œil  nu  des  projections  brillantes 
sur  le  terminateur  lunaire,  projections  causées  par  les  chaînes  de  montagnes 
ou  les  cirques  de  notre  satellite.  Lorsque  les  montagnes  entourant  le  golfe  des 
Iris  sont  sur  ce  terminateur,  on  se  demande  ce  que  peut  'Hre  cette  surélévation 
brillante  que  l'on  distingue  à  l'œil  nn.  On  n'a  du  reste  qu'à  examiner  des  photo- 
graphies de  la  Lune,  à  tous  les  âges  de  la  lunaison,  pour  voir  à  quel  point  les 
montagnes  en  relief  le  long  du  bord  éclairé  peuvent  devenir  évidenti's.  Ces  pro- 
jections ne  peuvent  jamais  se  voir  à  l'oîil  nu  sur  la  circonférence  du  disque 
lunaire.  Si  donc  nous  pouvons  observer  des  proéminences  sur  le  terminateur  lu- 
naire, à  une  distance  de  3S4 000 kilomètres,  sans  la  vision  tèlcscopique,  on  ne  peut 
nier  que  nous  puissions  apercevoir  des  phénomènes  semblables  sur  h;  terminateur 
de  Mars,  lorsque  sa  distance  équivalente  au  grossissement  télescopique  est  infé- 
rieure à  la  moitié  delà  distance  de  notre  satellite. 

Comme  exemple,  considérons  l'observation  de  iL  Perrotin  du  lu  juin  et  donnons 
à  la  proéminence  sa  hauteur  maximum,  0",  2.  La  distance  à  la  Terre  de  la  planète 
était  alors  à  peu  près  égale  à  84  700000  kilomètres.  La  longueur  apparente  de  la 
projection  serait  donc  84700000  tang  0',2  ou  82  kilomètres.  Eu  supposant  la  projec- 
tion due  à  une  chaîne  de  montagnes  s'étendant  jusqu'à  la  surface  non  illuminée 
de  Mars,  et  à  une  hauteur  au-dessus  de  la  surface  assez  grande  pour  saisir  les 
ra}"ons  du  Soleil,  tandis  que  les  plaines  voisines  no  sont  pas  illuminées,  la  dis- 
tance de  l'extrémité  extérieure  de  la  chaîne  de  montagnes,  illuminée  au  termi- 
nateur, serait  égale  à  la  longueur  apparente  de  la  projection  divisée  par  le  sinus 
de  l'angle  à  Mars  entre  la  Terre  et  le  Soleil;  c'est-à-dire  à 

82  kilom.       ,  ..^ ,  .,       <, 

— ^ ^  1 13  kilomètres. 

SI  n3r)» 

La  hauteur  approchée  d'une  montagne  à  une  ilistauce  de  li:i  kilomètres  du 
terminateur,  pour  être  juste  illuminée,  serait  ('i 


\'  (  2, 1  OU  )  -^  ^  (  1 13  r-  —  2,  lOii  ^:  3'-»,U  1 

ou  un  peu  plus  de  3000  mètres  seulement. 

Toutes  choses  égales  d'ailleurs,  si  les  projections  sont  dues  à  des  mijutagnes, 
celles  vues  en  juillet  devaient  avoir  une  hauteur  d'environ  3000  mètres. 

Il  paraît  ainsi  que,  pour  que  les  montagnes  sur  Mars  soient  visibles  dans  <les 
conditions  favorables,  il  suffirait  qu'elles  fussent  seulement  d'une  hauteur  ordi- 
naire, et  absolument  comparables  à  celles  de  la  Terre  ou  de  la  Lune;  et  récipro- 

(')  n  The  approximate  height  of  a  moutain  at  a  distance  cf  89,0  miles  (IW")  from 
the  terminator,  to  be  just  illumiiiated,  would  hâve  to  be 

V  :..;  100)-  -^  t&'J.Ui-  —  2 1(10  =  l.sa  mile?.  » 


8(1  I,A   IM.ANKTl-    MARS. 

queineut,  s'il  existe  îles  inoiit;it:ne.s  sur  Mars  d'une  hauteur  analogue  à  celles  de 
)a  Terre  et  do  la  Lune,  nous  devrions  pouvoir  les  voir,  par  un  air  calme,  quand 
elles  sont  dans  le  voisinage  du  ternûnateur. 

Cette  hypolhèso  des  chaînes  de  montagnes  explique  bien  le  caractère  plus  ou 
moins  permanent  de  ces  projections  :  elles  ont  été  vues  jour  par  jour,  aux  mêmes 
endroits.  .\  l'opi/osition  de  I.S'.lC,  elles  ont  été  comprises  dans  la  zone  qui  s'étend 
de  HO"  à  nO"  de  latitude  australe,  et  il  est  probable  qu'elles  étaient  alors  sous  une 
illumination  favorable  dans  cette  région  particulière,  et  défavorable  ailleurs. 

Objectera-t-on  que  les  montagnes  dans  cette  région  devaient  être  couvertes  de 
neige'?  Pourquoi  pas'?  Si  les  calottes  polaires  sont  composées  de  neige,  les  cimes 
élevées  de  toutes  latitudes  peuvent  l'être  aussi  à  une  certaine  époque  de  l'année 
martienne.  Il  pourrait  se  faire  que  celles  situées  dans  les  latitudes  australes  de 
'M"  à  .bli"  fussent  couvertes  do  neige,  se  mmitrant,  par  suite,  excessivement  bril- 
lantes en  juin  et  eu  juillet  IS'.I'^  Celles  des  projections  de  juillet  qui  étaient  les 
plus  rapprochées  île  la  calotte  ])fdaire  australe  étaient  plus  brillantes  que  les  ))lus 
éloignées  du  pôle.  Il  faut  rappeler  ici  que  plusieurs  observateurs  ont  dessiné 
Mars  avec  des  traînées  étroites  et  brillantes,  prenant  naissance  dans  les  neiges 
polaires.  Il  est  bien  ])robable  que  ce  sont  là  des  chaînes  de  montagnes  aux  som- 
mets desquelles  les  neiges  fondent  plus  lentement  qu'aux  plaines  avoisinantes.  Il 
est  aussi  iiossible  que  les  montagnes  de  Mars  ne  soient  pas  assez  élevées,  même 
pour  devenir  visibles  sur  le  terminateur,  sauf  dans  le  cas  où  elles  deviennent 
incomparablement  plus  brillantes  que  le.«  régions  voisines  par  la  présence  de  la 
neige  sur  leurs  sommets.  Le  fait  que  les  pi'ojections  n'(jnt  pas  été  également 
bien  visibles  avant  et  après  les  oppositions  de  la  planète  nous  fait  soupçonner 
là  une  relation  avec  les  saisons  martiennes,  telles  que  la  fonte  de  la  neige  sur  le 
sommet  des  montagnes  à  l'approche  de  l'été. 

I  )n  a  dit  que  ces  projections  pouvaient  représenter  des  nuages.  Cette  liyp(.)lhèse 
a  ([uelqui's  arguments  en  sa  faveur;  mais,  en  général,  elle  ne  parait  pas  satis- 
faisante. lOn  elïet,  nous  ne  sommes  pas  habitués  à  attacher  aux  nuages  terrestres 
une  piMMuauence  comparable  à  celle  dont  ces  projections  ont  fait  pnnive;  elles 
ont  été  observées  nuit  par  nuit  aux  mêmes  positions.  Celle  des  II  et  U  juillet, 
par  exemple,  ont  été  visibles  pendant  deux  heures  et  probablement  plus  encore, 
taudis  que  pendant  ce  tem])s  13011  :\  1  i.'iil  kihjmètres  de  la  surface  de  la  jilanète 
avau'nt  jiassé  iiar-dessus  le  terminateur.  Ces  ])r(jjecliijns  ont  été  |)roduites  par  des 
objets  étroits  et  allongés,  et  correspondaient  eu  position  à  des  diHails  permanents 
et  i;onnus  de  la  surface.  M.  ycliiaparelli  a  observé  des  taches  brillantes  sur  la  sur- 
faire, dont  queliiues-uncs  av.iient  un  caractère  de  permanence  remar(|uable,  res- 
tant visibles  pendant  des  mois  entiers  sans  changements  appréciables.  Si  les 
taches  brillantes  de  Schiaparelli  et  les  projections  (jue  nous  avons  décrites  ont 
été  produites  par  des  nuages,  ce  pourrait  être  des  nuages  formés  sur  des  cimes 
très  froides,  conuiie  on  le  voit  très  souvent  pendant  des  jours  ou  des  semaines 
entières,  au-dessus  des  montagnes  terrestres.  Mais  l'cci  ne  ferait  que  l'onfinnor  la 
théorie  des  montagnes. 


.VESIRES    ni"    niAMKTRK   EN    189:. 


87 


Dans  tous  les  cas,  ces  points  ne  sont  pa*  plus  élevés  au-dessus  de  la  surface 
du  globe  de  Mars  que  les  montagnes  de  la  Terre  et  de  la  I^uno  au-dessus  du 
niveau  niovcn  de  leurs  sols. 


CLXII.  —  Cami'hki.i.  et  CoMSTor.K 


Mesures  du  diamètrf. 


A  l'aide  du  grand  équatorial  do  0"',;)1  de  rObservatoiro  du  Mont  Ilarnilton, 
M.  Campbell  a  mesuré  le  diamètre  pendant  la  même  opposition.  Voici  les  résul- 
tats de  ces  mesures  : 


D.llc. 

20  juillet  1892. 

24 

27       » 

30       » 

31 

7  aoMt 

7        i>        ... 
15 
IG 
17 


Ilourt.'. 

15'' 2" 

12  S 

12  :, 

13  3 

13  '. 

10  i 

Il  8 

13  8 

12  4 

12  2 

ni.-imôtre  pol.iin-. 

24",  3C 

24  ,79 
25,10 

25  ,37 
25  ,22 
25  ,  52 
25  ,  59 

9 

25  ,  18 
24  ,97 


Itiam.-trp  (' 

■(|uat<>ri:i1 

2i" 

,  r,2 

2'i 

.  95 

25 

,36 

25 

,21 

25 

,34 

25 

.  52 

25 

.7n 

24  ,98 


On  voit,  d'une  part,  que  l'aplatissement  polaire  est  insignifiant,  puisque,  parfois 
même,  les  mesures  ont  donné  un  nombre  plus  petit  pour  le  diamètre  équatorial 
que  pour  le  diamètre  polaire. 

On  voit,  d'autre  part,  que  les  diamètres  mesure's  sont  tous  plus  petits  que  ceux 
donnés  dans  la  Connaissance  des  Temps  ainsi  que  dans  les  Xautiral  AImnnaes 
d'Angleterre  et  des  Etats-Unis. 

Ces  mesures  confirment  la  déclaration  faite  plus  haut  (p.  45). 

Autres  mesures.  —  A  l'équatorial  de  0^,40  de  l'Observatoire  Wa^^hlmni, 
M.  George  Comstock  a  obtenu  de  son  côté  les  mesures  suivantes  : 


5  août. 

6  » 

7  u 


Diamètre  pol.iîre. 

2.5",  19 
25  ,30 
25  ,67 


Di.aniL'tre  t'(iQ.itori.il . 

26",  or, 

25  ,80 

26  ,25 


L'auteur  pense  que  l'excès  du  diamètre  équatorial  sur  le  diamètre  polaire  peut 
être  dû  à  une  erreur  systématique  d<'pendant  de  l'angle  de  position  de  la  distance 
mesurée. 

Ces  mesures,    comme    les    précédentes,    confirment   donc    absolument   nos 


=  1709  milles 

=  Î750  kilomètres. 

94S   .. 

1ô?5     » 

708  « 

1Î3G     » 

88  LA  PLANÈTE  MARS. 

propres    mesures    et   notre   conclusion    que   :   «    Le    diamètre   des    Tables    de 
Le  N'errier  est  certainement  beaucoup  trop  grand  (').  » 


CLXIIl.   —  AsAPH  Hall.   —  Pôle  austral  et  neiges  polaires. 

A  l'équatorial  de  0"',CG  de  l'Observatoire  de  Washington,  I\L  Asaph  Hall  a 
[iris  une  série  de  mesures  de  la  largeur  de  la  tache  polaire  australe  de  Mars.  Eu 
voici  les  résultats  : 

Angle  :ir«'ocentrùiUv-'. 

li  juillet  1892 40°,  5 

12  août 25  ,8 

IG  septemlM-p 20  ,0 

L'auteur  remarque  que  pendant  la  dernière  partie  des  observations,  lorsque  la 
tache  fut  très  réduite,  son  centre  offrait  l'aspect  d'une  dépression  ou  cavité  à  la 
surface  de  la  planète.  Pareille  apparence  avait  déjà  frappé  l'observateur  en  1877. 

M.  Comstock,  dont  nous  avons  cité  tout  à  l'heure  les  mesures  du  diamètre,  a 
trouvé  de  son  côté,  jiour  cette  même  étendue  des  neiges  polaires  : 

Distance  Au 
t'entre  au  pôle.  Longitude. 

20  juillet 4i-  0%47  341- 

18  août 3:.  2  ,9.5  11 

19  septembre 22  2  ,9J  36 

M.  Asaph  Hall  a  trouvé  pour  la  distance  du  centre  du  cap  polaire  au  pôle  géo- 
graphique :  î°,45. 
En  comparant  ces  valeurs  aux  principales  pi-écédentes,  nous  avons  : 

Herschel .  1783 

Bessel 1830 

Béer  et  Mad  1er 1837 

Secchi 1858 

Linsser 18G2 

Kaiser 1802 

A.  Hall 1877 

Schiaparelli 1877 

A.  Hall 1892 

Comstock 1892 

La  tarhe  |iolaire  est  restée  très  proche  du  pôle.  A  l'Observatoire  de  Juvisy, 
nous  ne  sommes  pas  parvenus  à  la  voir  lourner  autour  du  pôle,  comme  plusieurs 
astronomes  l'avaient  constaté  dans  les  oppositions  antérieures. 

(■  j  La  Plnnele  Mars,  I.  p.  480. 


8° 

18 

G 

30 

8 

0 

17 

42 

20 

0 

4 

IG 

5 

11 

G 

15 

0 

45 

2 

95 

OBSERVATOIRK    ROVU.    X)]-.   RELGIQUE,    1S92. 


89 


CLXIN'.  —  Observations  faitks  a  l'Ouskuvatoire  kovvl  di;  Hklc.ique, 

PAR    MM.    NiRSTl'.N    liT    riTUVVAERT    (M. 

Les  observateurs  so  seul  bornés  ;ui\  aniiolations  suivantes  : 

La  faible  hauteur  de  Mars  sur  notre  horizon  pendant  cette  apparition  et  son 
éclat  excessivement  vif,  dû  h  sa  grande  proximité  de  la  Terre,  ont  rendu  les 
observations  do  l'aspect  physique  de  cette  planète  très  difficiles. 

Les  taches  grises  étaient  très  pâles,  et  les  détails  faiblement  teintés  ne  s'aper- 
cevaient qu'après  une  attention  soutenue. 

La  teinte  ocreuse  des  continents  était  très  prononcée  ;  plusieurs  taches  blanches 
se  montraient  dans  l'hémisphère  austral  :  elles  étaient  très  brillantes  quand  elles 


16  septembre,  TtSO".  11  août,  9'' 30". 

Fig.  107-l(iS.  —  Dessins  faits  a  l'(3bservatoirc  royal  de  Belgique  par  MM.  Niesten  et  Stuyvarrl. 

se  trouvaient  près  des  bords  de  ht  planète  ;  elles  correspondaient  à  Ilellas, 
Arg3"re,  Noachis,  Yaonis  Regio,  L)eucaIionis  Rogio. 

Des  taches  blanches  ovales  se  sont  encore  montrées  très  nettement  :  1°  aux 
bords  nord  de  Mare  Sireniuni  et  de  Mare  Cimmerium;  i"  entre  Fastigium  Aryn 
et  Sabaeus  Sinus  ;  3°  à  l'est  et  à  l'ouest  de  l'extrémité  boréale  de  Syrtis  Major. 

Les  canaux  (nous  leur  donnons  ce  nom  sans  conclure  à  leur  nature)  qui  ont 
pu  être  observés  jusqu'à  présent  présentent  l'aspect  de  bandes  grises  très  faibles, 
larges,  diffuses;  ceux  qui  ont  pu  être  identifiés  correspondent  à  Géhon,  Indus, 
Gange,  Titan,  Gorgon,  Protunilus. 

La  blancheur  de  la  calotte  polaire  australe  était  très  vive.  L'ne  déformation 
limitant  cette  calotte  s'est  montrée  très  apparente  lorsque  le  méridien  central 
était  48". 


(•)  Bulletins  de  l'Acadihnie  roijalo  de  Delr/ique.  1.S'J2. 


90  LA   PLANETE   MAHS. 

Celle  Note  est  accompagnée  de  quatre  esquisses  un  peu  incertaines,  à 
cause  des  conditions  défavorables  qui  viennent  d'être  rapportées.  L'une  des 
plus  complètes  de  ces  esquisses,  du  11  août,  par  M.  Sluyvaert,  s'accorde 
avec  les  deux  ligures  GO  et  (il  de  .luvisy  puliliées  plus  haut,  en  en  suppri- 
mant les  canaux.  Les  îles  supérieures  sont  bien  marquées.  Nous  reprodui- 
sons deux  de  ces  esiiuisses,  représenlant  toutes  deux  la  baie  du  Méridien. 
Dans  la  première  on  rrmanjuera  une  traînée  diiïuse  parlant  de  cette  baie 
et  peiuvanl  indiquer  l'espace  compris  entre  les  canaux  lliddekel  et  Gehon, 
el  uneauli'e  correspondant  sensiblement  à  l'indus. 

C'1>X\'.  —   AltETTI.    —  OliSEUVATIONS  DE  ^^■ir,S  PENDANT  L'OPPOSmON  DE  1892  (')■ 

Ces  observations  n'ont  pas  eu  pour  olijet  les  taches,  les  aspects,  la  con- 

slitutiiin  physique  de  la  planète,  mais  la  mesure  de  l'angle  de  position  du 

centri'  di-  la  calotte  polaire  australe,  la  phase  et  le  diamètre.  Les  résultats 

sont  : 

0  ^  G0"3G8  =  4'':!87 
/.  ^-    4°  009  =  (1°  300 

(Miase       II;  juillet (l'.'iO 

24       ..      0",  iO 

»  5  aoùl 0',05 

17     ->     0",':9 

21 0",'(4 

»  '25     »      U'.liO 

Diamètre  au  cln-onographe  Jô-18  août) 24",!'.) 

»         au  niicroiiiétre î7",'-8 

Ri^duits  à  l'unilO  de  distance  :  9",  30  et  10",  4S 

CI,X\'I.  —   E.  W.  Malndec.  —  P>Ai'i'iii!r   de   la   Section  ARÉdi^RAPHiQrE 
DE   i.A  Llurnsn   .Xstroncimd.m.  .Assuciation,   pour  IS9-^. 

M.  Mauniler.  directeur  de  colle  .S^clinn,  discute  les  résultais  ublenus  par 
lui  el  ses  coUaboralem-s.  MM.  E.  ..\nloniadi,  G.-L.  Brown.  Uev.  C.raig,  G. -T. 
Davis,  L.-.V.  Eddie,  11.  Ellis,  Rev.  Ereeman,  W.-E.  Gale,  l'.-H.  Moleswortb. 
Capitaine  Noble,  D'  Smart,  Uev.  Waugh,  .\.  Stanley  Williams,  .1.  Wykes  et 
MM"'-  A.  Everell  et  A.-S.-D.  RusseU.  En  voici  les  conclusiiuis  : 

Eu  IS9.\  Deiicalionis  Regio  a  été  un  peu  plus  foucëe  que  le  contiuent  au  nord. 
Elle  peut  varier  de  couleur  et  d'intensité  aux  diverses  oppositions;  peut-être 
niéiiie  eu  quelques  jours.  La  Carte  de  Scliiaiiarelli  jiarait  exacte  dans  ses  repré- 

(')  Osservn:ioni  astronomiche  su  Marte,  fatU'  a  Padova.  lir.  gr.  iu-S.  Koma;  1893. 


lîAri'ORT  ni:  i.\  huitisii  .\>S()ciati()n.  isse.  9i 

sentations  de  Mare  Erythrœum.  On  semble  avoir  éprouve  une  certaine  difficulté 
à  bien  définir  les  fourches  du  Sinus  Sab.Tus.  Rien  de  particulier  dans  le  frolfe 
des  Ferles  ;  mais  celui  de  l'Aurore  a  présentt!  une  sorte  de  ligament  clair  à  l'em- 
placement de  Protei  Uegio.  Le  lac  du  Soleil  se  montre  assez  pâle  sur  plusieurs 
dessins,  bien  que  le  contour  de  Thaumisia  reste  très  distinct.  Cependant,  comme 


A.  4  août.  Long.   =  a:».  Lat.  =  !>  (H.  EllU). 

B.  4  septembre.  Long.  =  151".   Lat.  =  l>  |.Stanley  Williams). 

C.  I.S  août.  Long.  =  190°.  Lat.  =  l-'»  (W.  (ialel. 

D.  18  août.  Long.  =  3o4*.  Lat.  =  l!»  (E.  Aiitoniaili). 

Fig.  109-112.  —  Dessiu.s  de  Mars  fuis  en  IS'J2  par  li?s  Membre.^  de  la /Jciti.s/i  Aflrunomicnl 

AssorLilion . 

discordances  entre  observateurs,  rappelons  que  M.  Keeler,  aux  monts  Allegheny, 
a  trouvé  le  lac  du  Soleil  toujours  très  marqué  en  1892  {voir  p.  73l.  Un  curieux 
phénomène  a  été  observé  dans  la  mer  des  Sirènes;  ses  parties  centrales  se  sont 
montrées  beaucoup  plus  pâles  que  les  bords,  aspect  analogue  à  celui  qu'a 
observé  M.  Scbiaparelli  dans  la  mer  (Jimmérienne  en  1882.  Elysitim  n'était  pas 


9?  LA    PLANÈTE    MARS. 

plus  cLair  ([ue  les  régions  avoisinantes.  M.  Stanley  Williams  a  soupçonné  des 
traces  de  gémination  du  Triviiim  Charontis  dans  le  sens  de  l'Orcus. 

Les  phénomènes  observés  sur  la  Grande  Syrte  étaient  encore  plus  remar- 
quables. M'"  Everett  a  constaté,  le  23  septembre,  la  présence  d'un  «  pont  » 
coupant  la  mer  du  Sablier,  vers  10°  de  latitude  boréale,  observation  que 
M.  Maundcr  considère  comme  constituant  une  <i  des  rares  preuves  de  forma- 
tions nuageuses  sur  la  planète  ». 

La  Libye  s'est  présentée  dépourvue  d'estompagcs;  tandis  que  le  lac  Mœris 
était  une  tache  très  faible.  Enfin  Hellas  a  été  très  rouge  en  1892;  la  croix  n'y  a 
pas  été  vue,  bien  qu'une  taclie  sombre  centrale  ait  pu  constituer  le  lieu  de  ren- 
contre des  deux  canau.x  de  File. 

Les  membres  de  la  Commission  ont  observé  les  38  canaux  suivants  :  Proto- 
nilus,  Tiphon,  Oronte,  Phison,  Euphrate,  Iliddekel,  Gehon,  Ûxiis,  Indus,  Jarnuna, 
Nilokeras,,  Gange  (double),  Chrysorrhoas,  Agathodasmon,  Nectar,  Phasis,  Iris, 
Serenius,  Pyriphlegethon,  Herculis  Columnfe,  Gorgon,  Gigas,  Titan,  Eumenides- 
Orcus  (parsemé  de  lacs  d'après  M.  Gale),  Tartarus,  Erebus,  Hades,  Styx,  Lœs- 
trygon,  Autc'ous,  Eunostos,  Cerbcrus  (double),  Cyclops  (double).  Triton,  Létbé, 
Amenthos,  Népentlies  et  Nilosyrtis. 

La  découverte  d'une  série  de  lacs  sur  le  canal  Eumenides-Orcus  est  des 
plus  importantes,  et  fait  honneur  à  M.  Gale.  C'est,  en  effet,  pour  la  première 
fois  que  l'on  aperçoit  tout  un  chapelet  de  hics  formant  le  tracé  d'un  canal 
martien.  Un  verra,  par  les  observations  de  1894,  combien  cette  représen- 
tation de  la  région  à  l'ouest  (gauche)  du  Trivium  Charontis  est  justifiée. 

On  n'a  pas  pu  suivre  la  disparition  de  la  calotte  polaire  neigeuse  de  l'hé- 
misphère sud.  Cette  calotte  a  paru  fendue  par  des  canaux  au  début.  Une 
projection  analogue  aux  monts  Mitcheli  de  Green,  en  1877  [voyez  Tome  I, 
p.  280)  a,  été  observée  par  M.  Cale,  vers  S'iO"  di:  longitude  et  75°  de  latitude 
australe. 

Nous  reproduisons  ici  (/if/.  ]09-il2)  quatre  vues  de  la  planète,  choisies 
parmi  les  meilleures  du  Rapport. 

M.  Maunder  pense  qu'il  y  a.  uni'  grande  .inalogie  entre  l'aspect  des  mers 
étroites  à  îles  (Mar(î  Cimmerium,  Mare  Sirenum,  Sinus  Sabœns)  et  la  génii- 
nalion  des  canaux  ('). 

«  l'ourrait-on  raisonnablement  douter,  ilit-il.  que  les  deux  |)hôniinu''nes  no  soient 
réellement  du  même  ordre'^  Probablement,  l'explication  en  est  qu'il  y  a  une 
rapide  évaporation  dos  grandes  étendues  d'eau  sur  Mars,  ;\  cause  de  la  faible 
pression  atmosphérique.  Un  vent  h'ger  se  lève  des  terres  environnantes,  l'air 
saturé  reinonl(!,  se   condense  en  partie,  et   un   banc   de  nuages  est  formé   au- 

(')  Cette  analogie  a  été  déjà  signalée  plus  liant  {uoijez  Tome  I,  p.  3G3). 


OBSKRVATinxs   DIVHUSKS   Dl-    180?. 


03 


dessus  du  centre  de  l'eau  en  question.  Aussi  les  canaux,  ([ue  l'on  voit  simples 
quand  ils  sont  étroits,  paraissent  divisés  le  long  du  centre  par  une  traînée 
blanche  aussitôt  qu'ils  se  sont  élargis. 

»  Un  autre  fait  remarqué  pondant  l'opposition,  qui  nous  intéresse  au  point  de 
vue  physique,  est  que  Ilellas,  l'île  la  plus  rouge  de  la  planète,  est  vue  comme 
une  tache  d'un  blanc  intense  près  du  limbe,  et  que  d'autres  régions  rougcàlres 
comme  Eden  et  IJridania  montrent  la  iiiémo  particularité,  quoique  dans  une 
mesure  moindre.  L'explication  est  diflicile.  Il  est  possible  que  ce  soient  là  des 
plateaux  où  les  nuages  se  rassemblent,  où  la  gelée  blanche  se  déi)Ose,  tous  les 
matins  et  les  soirs,  plus  vite  que  sur  les  terrains  plats.  » 


.1/     /    n    K 


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1  y  s  1  u  j 
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;Teri!pe 

I 


Arsaj  li^ 


-^60 


Fig.  lU.  —  Planisplière  de  ^Uwi  dressé  eu  1SÛ2,  par  M.  E.  Autouiadi, 
à  l'aide  d'une  lunette  de  108"". 

Dans  les  quatre  dessins  qui  précèdent,  le  dernier  a  été  obtenu  par 
M.  E.  Antoniadi,  alors  à  Prinkipo  (mer  de  Marmara),  à  l'aide  d'une  petite 
lunette  de  U1S""",  construite  par  Mailhat.  En  combinant  l'ensemble  de  ses 
dessins,  l'observateur  a  dressé  la  petite  carte  ci-dessus,  représentant  ces 
observations.  C'est  là,  croyons-nous,  ce  que  l'on  peut  obtenir  de  mieu.\ 
avec  un  instrument  de  cet  ordz-e. 

CLXVII.  —  Observ.\tiOx\s  diverses. 


Aux  observations  si  nombreuses  qui  précédent  nous  ajouterons  encore 
les  suivantes,  succinctement  résumées. 


9/i  LA    l' LA  m:  TE   MARS. 

}.].  lliTnian  Frit/,,  à  C'haltanooL'-a,  Teniiesse  (Etats-Unis),  à  l'aide  d'un  téles- 
cope de  8  iiovices  i  muMtê  ëquatorialeinent,  a  remarqué  surtout  que  le  cap 
polaire  sud  était  nettement  limité  pendant  les  mois  de  juin  et  juillet  et  que 
l'atmosphère  martienne  paraissait  plus  dense  sur  le  limbe  occidental  que  par- 
tout ailleurs.  Le  18  juillet,  une  tache  blanche  très  brillante  se  détachait  du  bord 
boréal  du  cap  polaire  sud.  Le  i'ii,  une  longue  ligne  blanche  fort  étroite  s'imi 
séparait,  donnant  l'impression  d'une  bande  île  glaces  flottantes.  La  baie  du 
Méridien  a  paru  assez  foncée. 

M.  de  Moraes  Pereira,  à  Saint-Michel  (iles  Açores),  a  fait,  à  l'aide  d'une  Ui- 
notte  de  lOS"""  de  Bardou,  une  série  de  dessins,  dans  lesquels  on  reconnait  les 
prini-ipales  configurations  de  la  planète.  Cette  lunette  est  excellente,  dédouble 
.Vntarès  pendant  la  nuit,  montre  cinq  satellites  de  Saturne,  etc. 

Nous  devons  signaler  aussi  di.\  dessins  dus  à  M.  Lucien  Rudaux,  observateur 
à  Donville  (Manche),  et  obtenus  à  l'aide  d'une  lunette  de  05™'"  de  Secretan.  Ré- 
sultats remarquables  jiour  un  objectif  de  cette  dimension. 

M.  Norguet,  à  Tours,  à  l'aide  d  une  lunette  de  81"""',  a  surtout  constaté  la  dimi- 
nution rapide  des  neiges  polaires,  à  partir  du  10  juillet. 

M.  Marcel  Moye,  observateur  à  Bordeaux,  nous  a  adressé  la  Note  suivante  : 

Lu))iière  du  Mar».  —  Mars  vient  de  passer  à  l'une  de  ses  plus  grandes  proxi- 
mités de  la  Terre,  malheureusement  avec  une  forte  déclinaison  australe  qui  a 
été  fort  nuisible  aux  observations.  Possesseur  d'instruments  trop  faibles  pour 
étudier  avantageusement  la  configuration  géographique  de  la  planète,  j'ai  porté 
mon  alteutidu  sur  les  caractères  physiques  de  sa  lumière. 

La  lumière  de  Mars  est,  comme  chacun  sait,  d'un  rouge  orangé  intense,  supé- 
rieure comme  teinte  à  celle  de  son  rival  Antarès,  et  rappelant  un  l'eu  observé  de 
jour.  <.,)uand  Mars  est  à  l'horizon,  il  se  confond  absolument  avec  la  lumière 
terrestre. 

Cette  année.  Mars  m'a  paru  inférieur  en  lumière  à  Vénus  ou  ;\  .Jupiter,  mais 
supérieur  aux  étoiles  de  première  grandeur,  y  compris  Sirius.  Cette  intensité 
m'a  dunné  l'idée  de  rechercher  si  l'on  pouvait  obtenir  des  ombres  sensibles,  ce 
dont,  à  ma  connaissance,  nul  observateur  n'a  encore  parlé. 

J'ai  obtenu  les  résultats  suivants. 

La  planète  a  été  observée  par  environ  C(l»  de  hauteur,  un  peu  avant  le  passage 
au  niiTidien.  11  n'y  avait  pas  de  clarté  lunaire,  mais  les  lumières  de  la  ville 
illuminaient  assez  l'atmosphère  pour  reconnaître  les  principaux  objets. 

En  laissant  la  fenêtre  de  la  pièce  grande  ouverte  et  en  s'approchant  i\[i  mur 
opposé,  on  distinguait  un  espace  faiblement  lumineux  olTranl  le  conlcmr  de  la 
fenêtre  et  sur  lequel  se  détachaient  assez,  bien  les  ombres  de  la  main  et  de  divers 
objets.  On  i»onvait  même  deviner  la  silhouette  des  boiseries  de  la  fenêtre,  bien 
que  celle-ci  lût  à  plusieurs  mètres  du  mur. 


LK    l)f:  nul' H  LE  MENT    DES   CANAUX.  95 

En  laissant  les  volets  entre-bàillés,  on  obtenait  sur  le  mur  une  fente  lumineuse 
visible  de  toute  la  pièce  et  due  à  la  lumière  de  Mars.  Une  feuille  de  papier  blanc, 
invisible  dans  l'obscurité  do  la  chambre,  se  distinguait  très  bien  dans  le  trajet 
de  cette  fente.  En  approchant  la  main,  on  reconnaissait  iiarfaitemcnt  les 
ombres  séparées  des  cinq  doigts  et  la  silhouette  des  objets,  l-lnfln,  en  présen- 
tant un  journal  à  la  lumière  de  Mars,  on  reconnaissait  aisément  la  place  du 
titre  et  même  le  nombre  de  mots,  mais  sans  pnuvoir  lire  ceux-ci,  comme  la 
lumière  de  Jupiter  m'avait  permis  do  le  faire. 

Je  crois  donc  pouvoir  dire  qu'au  moins  dans  ses  périodes  de  plus  grand  éclat, 
Mars  donne  des  ombres  sensibles,  assurément  moins  fortes  que  celles  de  Vénus 
ou  Jupiter,  mais  encore  parfaitement  appréciables. 

Lumii^re  de  Vénus.  —  M.  Lécm  Guiot  a  fait,  d'autre  part,  à  Juvisy,  la  curieuse 
observation  suivante  sur  l'intensité  de  la  lumière  de  'Vénus  : 

«  Le  29  août,  à  2'' 47'"  du  matin,  étant  sur  le  point  de  me  lever  pour  conuiicnccr 
l'observation  de  Jupiter,  je  fus  étonné  de  la  vivacité  de  la  lumière  qui  arrivait 
par  la  fenêtre  de  ma  chambre,  et,  voulant  ui'assurer  du  jour  qui  semblait  venir  de 
l'extérieur,  je  constatai  avec  surprise  que  cette  lumière  était  celle  de  V^énus,  située 
juste  en  face  de  ma  fenêtre.  Voyant  mon  ombre  se  mouvoir  sur  le  mur,  l'idée 
me  vint  de  regarder  les  aiguilles  de  ma  montre.  Tout  était  visible  comme  au 
clair  de  lune.  On  pouvait  lire  le  journal  Prenant  alors  ma  montre  suspendue  ver- 
ticalement à  la  main,  il  m'a  paru  intéressant  d'en  dessiner  l'ombre  projetée  par 
les  rayons  de  la  planète  sur  la  tapisserie  de  la  chambre,  et  j'en  ai  fait  le  croquis 
au  clair  de  N'éaus. 

»  Le  jour  suivant,  j'ai  constaté  que  Vénus  est  restée  visible  à  l'odl  nu  jusqu'à 
2''  du  soir.  Elle  était,  du  reste,  alors  constamment  visible  en  plein  jour.  » 

CLXVIII.  —  Sï.iNiSL.is  Meu.mer.  —  Le  Dédolble.ment  des  Canau.k  ('). 

M.  Stanislas  Meunier,  professeur  au  Musi'uni  d'Histoire  naturelle  de  Paris, 
a  proposé,  en  189"2,  re.^plicalion  suivante  poiu-  le  dédoublement  des  canaux. 

«  Je  dessine  à  l'aide  d'un  vernis  noir,  sur  une  surface  métallique  polie,  une 
série  de  lignes  et  de  taches  représentant  plus  ou  moins  exactement  la  Carte 
géographique  de  Mars,  puis  je  fais  tomber  sur  elle  un  rayon  de  soleil  ou  de  toute 
autre  source  lumineuse.  Je  place  alors,  à  ([uelques  millimètres  devant  la  surface 
métallique  et  parallèlement  à  elle,  une  hue  mousseline  bien  transparente,  tendue 
sur  un  cadre,  et  je  vois  aussitôt  toutes  les  lignes  et  toutes  les  taches  se  dédou- 
bler, se  géminer  par  suite  de  l'apparition,  h  côté  de  chacune  d'elles,  de  son 
ombre,  dessinée  sur  la  mousseline  par  la  lumière  que  le  métal  a  relléchie. 

(')  Comptes  vendu-<  de  l'Acudeiiiie  des  ■'iciencea,  IS'J;',  (.  CX\  ;  [j.  67S. 


96  LA   PLANÈTE   M  A  US. 

»  La  ressemblance  de  l'effet  produit  avec  la  Carte  où  M.  Schiaparelli  a  synthé- 
tisé toutes  les  géininations  observées  est  des  plus  saisissantes. 

»  Or  il  est  facile  de  reconnaître  que  les  conditions  essentielles  de  notre  expé- 
rience sont  réalisées  à  la  surface  de  Mars  et  dans  son  atmosphère.  La  lumière 
solaire  frappant  le  disque  planétaire  est  réfléchie  très  inégalement  suivant  les 
points  :  beaucoup  par  les  continents;  bien  moins  par  les  surfaces  sombres,  mers 
et  canaux.  Quand  l'atmosphère  martienne  est  limjiide,  l'inégalité  dont  il  s'agit  ne 
nous  est  pas  sensible;  mais  si  l'océan  aérien  renferme  quelque  nappe  de  brunie 
transparente  ù.  une  hauteur  et  avec  une  opalescence  convenables,  le  contraste  y 
apparaît,  comme  sur  la  mousseline,  par  la  production  d'ombres  qui,  pour  uu  œil 
placé  ailleurs  que  sur  le  prolongement  des  rayons  réfléchis,  reproduisent,  à  côté 
de  chacune  des  surfaces  peu  réfléchissantes,  une  image  pareille  ;\  elle.  Or 
M.  Schiaparelli  a  noté  uu  aspect  de  nébulosité  dans  les  régions  qui  vont  se  géminer. 

"  Tous  les  observateurs  ont  insisté  sur  le  rôle  évident  des  brumes  et  des 
brouillards  dans  les  apparences,  très  changeantes  d'un  jour  à  l'autre,  du  disque 
de  Mars. 

>)  L'extraordinaire  simplicité  de  l'explication  que  je  propose  me  mettrait  en 
garde  contre  elle,  après  les  innombrables  efforts  qu'on  a  faits  pour  la  trouver,  si 
le  contrôle  expérimental  auquel  je  l'ai  soumise  ne  me  paraissait  décisif  en  sa 
faveui'.  » 

A  la  si'ance  de  la  Société  astronomii^iie  de  France  du  luoLs  du  mai  1898, 
une  discussion  s'est  élevée  à  propos  de  cette  explication  {géométriquement 
très  contestable,  puisque  l'écartenient  des  géminations  devrait  s'accroître 
avec  la  distance  au  centre  du  disque,  eu  qui  n'est  pas);  M.  Uuénisset  a 
donné  lecture  de  la  lettre  suivanli.'  du  ^1.  ,'^c^liaparelli. 

La  théorie  de  M.  Meunier,  sur  la  gémination   îles  lignes  de  Mars,  est  belle, 
séduisante  et  ingénieuse,  mais  elle  ne  satisfait  pas  aux  phénomènes.  Pour  s'en 
convaincre,  il  suffit  d'en  faire  l'examen  à  l'aide  de  la  théorie  des  miroirs  sjihé- 
riques.  On  verra  tout  de  suite  qu'il  existe  un  point  sur  la  surface  de  Mars  pour 
lequel  le  rayon,  venant  du  Soleil,  est  réfléchi  directement  sur 
la  Terre.  Dans  ce  point,  une  tache  de  la  surface  et  son  fantôme 
atmosphérique  doivent  se  superposer  pour  l'observateur  ter- 
restre :  de  sorte  que  toute  gémination  est  impossible.  Toute 
ligne  qid    passe  par  ce  point  ne  jioiu-ra  subir  de  gémination, 
à  moins  qu'elle  ne  soit  très  longue.   Si  elle  est  trop  longue, 
Fig.  114.  il  y  jjj^ij.jj  yjjg  divergence  des  deux  côtés  du  point  en  question; 

kl  ciuu'lie  réelle  et  non  son  image  se  toucheronfà  ce  i)oint,  comme  le  montre 
la  figure  II 4.  Lorsque  la  ligne  aura  avancé  à  droite  ou  à  gauche  de  A,  il  y  aura 
gémination  :  mais  cette  gémination  changera  la  largeur  de  son  intervalle,  et  sa 
disposition.  Tout  cela  est  contraire  à  l'observation.  Les  gc'Uiinations  passent  par 
le  i)oint  A  et  dans  les  environs  de  A,  sans  subir  le  moindre  changement  :  elles 


1.1-:    DKDiUlil.I-Mf-NT   Di:S   C  VXAIX.  97 

existent  en  A  aussi  bien  (lue  irirtoiit  ailleurs.  Il  n'est  pas  besoin  d'expérience 
pour  sentir  la  vérité  de  ces  conclusioas.  Mais  elles  seront  confirmées  par  l'ex- 
périeuce  pourvu  qu'on  l'exécute  dans  dos  conditions  semblables  à  celles  qu'on 
suppose  sur  la  planète  lorsqu'elle  est  voisine  de  l'oiiposition. 

Quant  à  l'ijypothèsc  de  la  diplopic  monoculaire  f 'i,  c'est  la  première  que  j'ai 
examinée  en  janvier  et  février  IS8.',  lorsque  j'ai  dû  constater  les  géminations 
malgré  moi,  au  joromier  coup  d'coil,  et  sans  les  a\oir  cliorchécs.  Comme  alors 
Mars  s'élevait  assez  près  du  zénith  (déclin.  -i-î7")  et  la  lunette  étant  presque 
verticale,  j'ai  essayé  de  déplacer  la  ligne  des  yeux  par  rapport  au  zi'ro  du  cercle 
de  position.  Rien  ne  changeait  :  les  lignes  simples  restaient  simples,  les  doubles 
restaient  doubles,  leur  intervalle  était  toujours  le  même.  Cet  iiitei-vallc  ne  chan- 
geait que  lentement  avec  la  rotation  de  la  planète  par  l'elïet  de  la  persi)0ctive.  J'ai 
fait  des  expériences  sur  des  lîgnes  très  fines  de  certaines  gravures,  et  j'ai  cherché 
si  des  doublements  semblables  avaient  lieu  par  lespi.-tites  étoiles  et  autres  objets 
célestes.  Enfin,  je  me  suis  efforcé  de  ne  pas  voir  double  ce  qui  l'était  bien.  Ces 
preuves,  la  parfaite  régularité  des  images  géminées,  la  facilité  et  la  netteté  avec 
laquelle  je  les  voyais  sans  effort,  m'ont  convaincu  qu'il  ne  s'agit  pas  h\  d'un 
phénomène  subjectif.  Au  reste,  il  suffit  d'examiner  un  ([uelcouque  de  mes  des- 
sins pour  reconnaître  avec  la  plus  grande  évidence  l'imijossibilité  de  leur  appliquer 
la  théorie  de  la  diplopie  monoculaire. 

La  bande  qui  est  entre  les  deux  ligues  m'a  paru  ordinairement  de  la  même 
couleur  que  le  champ  environnant  ;  quelquefois  j'ai  cru  voir  du  blanc,  mais  très 
rarement.  Dans  les  géminations  parfaites,  les  deux  traits  se  montrent  tout  à  fait 
(■'gaux,  tracés  l'un  et  l'autre  avec  la  plus  grande  netteté  :  les  bords  de  chaque 
trait  bien  définis.  Le  cas  de  deux  traits  inégaux  s'est  présenté  aussi  iiuelquefois, 
mais  comme  exception. 

Eu  ce  qui  concerne  mes  i)ropres  observations,  je  dois  donc  rejeter  l'hypothèse 
de  la  diplopie.  ^Lais  il  est  bien  possible  qu'elle  soit  applicable  à  d'autres  obser- 
vateurs, surtout  lorsque  l'instrument  n'est  pas  assez  puissant,  l'atmosphère  mau- 
vaise, l'œil  fatigué,  et  lorsqu'on  ne  soigne  pas  bien  la  mise  au  foyer  (-). 

Sur  la  nature  de  ces  dédoublements  et  sur  la  cause  de  leurs  changements,  je 
ne  puis  rien  dire.  Leurs  variations  énigmatiques  rendent  i)lus  difficile  encore 
l'étude  des  changements  qui  ont  lieu  dans  les  configurations  iiermanentes  de  la 
planète.  ^ 

Après  cette  lecture,  M.  Antoniadi,  astronome  adjoint  à  rt'ibscrvatoirc  de 
Juvisy,  a  fait  la  communication  suivante  ; 

Ou  sait  eu  quoi  consistent  les  expériences  de  M.  Stanislas  Meunier.  Le  savant 
professeur  dessine,  à  l'aide  d'un  vernis  noir,  sur  une  face  métallique  polie,  une 

(')  Proposée  parA.de  Boë,  astronome  à  Anvers.  Voir  t.  I;  p.  3bS. 
(-)  Hypothèse  i-eprise  par  M.  Antoniadi,  et  ;iLandunnée  ensuite. 

F.,  II.  7 


98  LA   PLANÈTE  MARS.  1892 

série  de  lipnes  et,  de  taches  reprrseiitant  plus  ou  moius  exactement  la  carte 
géographique  de  Mars,  puis  il  fait  tomber  sur  elle  un  rayon  de  soleil,  ou  de 
toute  autre  source  lumineuse.  Il  place  alors,  à  quelques  millimètres  devant  la 
surface  métallique  et  iiarallèlemeut  à  elle,  une  fine  mousseline  bien  transpa- 
rente, tendue  sur  un  cadre,  et  il  voit  aussitôt  toutes  les  lignes  et  toutes  les 
taches  se  dédoubler,  se  géminer,  par  suite  <le  l'apparition,  à  côté  de  chacune 
d'elles,  de  son  ombre,  dessinée  sur  la  mousseline  par  la  lumière  que  le  métal  a 
réfléchie. 

Mais,  d'aliord,  nous  ne  nous  faisons  pas  une  idée  bien  nette  du  point  de  départ 
même  de  la  théorie.  Si  Mars  était  en  quelque  sorte  un  globe  périscopique  en 
cuivre  poli,  nous  comprendrions  parfaitement  que  l'ombre  d'un  canal  se  peignît 
par  réflexion  sur  une  couche  de  brume.  Or  les  continents  des  planètes  sont 
loin  d'être  (loué.s  de  semblables  propriétés  réfléch'issantes.  En  général,  ce  sont 
des  surfaces  rugueuses,  mates,  réfléchissant  fort  peu  la  lumière,  mais  la  diffu- 
sant incomparablement  davantage.  Les  mesures  photométriques  de  ZOllner  ont 
donné  à  Mars  ^in  .-jUiedo,  ou  pouvoir  dilTusif,  comparable  à  celui  de  notre  grès 
blanc.  Or,  en  traçant  des  lignes  noires  sur  un  bloc  de  grès  illuminé  par  les 
rayons  solaires,  et  en  le  recouvrant  de  mousseline,  on  n'obtient  aucune  gémina- 
tion.  l'ouripiiii  ?  Tarée  que  la  lumière  difl'iisée  de  tous  les  points  de  la  surface, 
voisins  de  la  ligne,  efface  entièrement  son  ombre  réfléchie  sur  la  mousseline. 

LTne  autre  difficulté  réside  dans  l'égale  intensité  des  deux  branches  descanau-K 
doubles.  j\"est-il  pas  étrange  que  l'action  diffusive  exercée  par  la  brume  sur  le 
canal  jiriniitif  s'arrange  neuf  fois  sur  dix  ]:iour  réduire  sou  intensité  très  exacte- 
ment au  point  de  la  rendre  égale  à  celle  de  sou  ombre'.'' 

Mais  laissons  ces  objections  pour  d'autres  plus  directes  et  plus  graves. 

Dans  sa  note  publiée  en  18'.)2,  M.  Stanislas  Meunier  disait  :  «  Si  la  gémiuation 
»  résulte,  comme  je  le  pense,  du  phénomène  de  réflexion  qui  nous  occupe,  on 
»  peut  prévoir,  tlans  chaque  cas,  de  quel  côté  il'un  canal  donné  se  produira  son 
1)  ombre.  «  Mais  comme  la  ligne  sur  le  métal  restera  fixe,  la  théorie  se  trouve 
ici  en  opposition  directe  avec  les  faits  :  «  En  1888,  dit  ^L  Schiaparelli,  j'ai  pu 
me  convaincre  qu'il  «  peut  arriver  que  ni  l'une  ni  l'autre  des  nouvelles  forma- 
)>  tions  ne  coïncident  avec  l'ancien  canal...  Toute  trace  de  l'ancien  canal  dispa- 
1)  rait  pour  faire  placi^  aux  deux  lignes  nouvelles.  »  iLaPlani'ti2Mars,t.  I,  p.  448). 

Nous  voudrions  ensuite  savoir  si  le  parallélisme  du  canal  et  de  sou  ombre 
subsiste  dans  toutes  les  positions  de  la  sphère,  car  (7  pourrait  se  faire  que  la 
forme  sphérique  de  Mars  se  prêtât  bien  moins  qu'un  disque  plat  au  parallé- 
lisme ! 

Dans  ses  derniers  essais,  M.  Stanislas  Meunier  s'est  servi  d'une  sphère  de 
90"""  de  diamètre,  recouverte  d'une  calotte  de  verre  de  0'""',67  d'c-paisscur  en 
contact  innnédiat,  on  }iiieux,  séparée  jiar  un  intervalle  de  1""»  ;\  3">™,  et  sup- 
portant une  fine  mousseline.  Le  premier  de  ces  chifl'res  donne,  pour  la  hauteur 
de  la  brume  au-dessus  de  la  surface,  la  valeur  de  -!r  du  rayon  ;  la  seconde  -i  ; 
la  troisième  ,^-  Et  comme  nos  cirri  les  plus  élevés  ne  paraissent  pas  se  former 


\.K    DKDnURf.EMENT   DES   CANAUX.  99 

au  delà  do  12300  môtres,  soit  ^  do  rayon  turrostrc,  on  voit  qiio  lo  dernier 
chiffre  de  M.  Meuuicr  donnerait,  pour  la  liautcur  de  la  coiiclio  brumeuse  au- 
dessus  de  la  surface  de  Mars,  une  hauteur  '/3  fois  plus  cousidérablo  que  celle 
do  nos  cirri,  toutes  choses  égales  d'ailleurs. 

Mais  si  la  pesanteur  sur  Mars  n'est  guère  qu'un  peu  plus  du  tiers  do  ce  qu'elle 
est  ici,  la  densité  de  son  atmosphère  est  aussi  incomparablement  plus  faible  que 
celle  de  la  Terre,  et  nous  nous  llgunuis  très  mal  des  aiguilles  de  glace  en 
suspension  mécanique  à  563  kilomètres  de  hauteur  dans  un  milieu  si  rarélié. 

Le  mystère  de  la  géniinalinu  des  canaux  n'est  donc  pas  encore  résolu 
par  cette  liypothcse. 


CLXIX.   —   Sun   LE    DÉDOUBLEMEXr    DKS   CAXALX    DE   Mahs. 

Un  correspondant  anonyme,  qui  s'intitule  «  Un  Lecteup.  de  La  planéle 
Mars  »,  nous  a  adressé  la  communication  suivante  : 

Dans  YInjpothèse  d'une  construction  intentionnelle  des  canaux  de  Mars,  ne 
pourrait-i>n  admettre  l'existence  d'un  vaste  réseau  de  canaux  creusés  :  1'  pour 
mettre  en  communication  entre  elles  les  grandes  mers,  et  les  canaux  entre  eux; 
2°  pour  assainir  les  plaines  et  favoriser  l'agriculture  :  3»  pour  combattre  les  effets 
des  grandes  inondations,  périodiques  ou  non,  qui  paraissent  se  proiluire  sur  ce 
monde  de  Jlars'? 

Les  variations  constatées  dans  l'aspect  des  canaux  simples  pourraient  être 
attribuées  à  des  modifications  résultant  soit  des  forces  naturelles,  soit  des  tra- 
vaux artificiels  dont  la  rapidité  peut  nous  surprendre  mais  qui  pourtant  sont 
concevables,  étant  données  les  circonstances  spéciales  à  la  planète. 

La  fonte  des  neiges  polaires  en  été  peut  occasionner,  comme  sur  la  Terre,  des 
débâcles,  une  accumulation  subite  d'eau  dans  les  mers  circumpolaires,  h'ur  di'djor- 
dement  et  des  crues  subites  dans  les  fleuves  et  canaux  communiquant  avec  ces 
mers.  J'emploie  avec  intention  le  mot  communiquant  et  non  se  jetant  dans  ces 
mers,  parce  que  les  fleuves  semblent  plutôt  produits  par  le  déversement  des  mers 
polaires  vers  l'équateur  que  par  le  mouvement  inverse. 

Ceci  posé,  sur  une  planète  où  ce  vaste  réseau  de  canaux  simples  a  pu  être 
creusé  artinciellement,  il  est  facile  d'admettre  que  l'on  ait  songé  aussi  à  s'opposer 
aux  effets  de  ces  inondations,  peut  être  même  à  en  tirer  parti  pour  l'agriculture, 
en  utilisant  l'excès  d'eau  des  crues. 

Je  suppose  donc  que,  les  canaux  simples  étant  sujets  à  des  débordements  rapides 
et  périodiques,  on  a  eu  l'idée  d'en  modérer  les  effets,  en  creusant  parallèlement 
à  ces  canaux  simples  des  lits  préparés  d'avance,  prêts  à  recevoir  les  eaux  des  crues 
et  à  les  empêcher  de  se  propager  trop  loin. 


IdO 


1,.\   n.ANETE   MARS. 


■)893 


1.0  iiivoau  ordinaire  d'un  canal  simple  étant  par  exemple  eu  AB  (fig.  115)  mon- 
terait au  moment  d'une  crue  jusqu'en  CD,  l'eau  se  déverserait  alors  par  une  berge 
eu  iionte  douce  DE  dans  le  canal  latéral,  et  remplirait  penilant  quelques  heures 
(lu  (luclqucs  jours  l'espace  cjmplet  entre  C,D,E,  F.  Les  eaux  baissant,  la  partie  DE 


Canal  simpl-j 

primitif 

MC  D 


Canal  later&j 


Fig.  ii:.. 

serait  asséchi'c  de  nouveau,  et  il  resterait  deux  canaux  simultanément  pleins 
d'eau,  ensuite  le  canal  latéral  à  son  tour  se  viilerait  et  le  canal  primitif  seul  res- 
terait plein  d'eau. 

Cette  hypothèse  rendrait  compte  des  diverses  circonstances  constatées  au  mo- 
ment du  dédoublement  des  canaux  : 

1°  Rapidité  du  dédoublement; 

i"  Aspectincertaiusuccédant  à  la  visibilité  nette  du  canal  simple  (eaux  boueuses 
au  moment  des  crues,  couleur  analogue  à  celle  des  terres  voisines)  ; 

3"  Lignes  foncées  se  dessinant  après  ce  phénomène,  avec  teinte  moins  foncée 
entre  ces  lignes  (cette  dernière  due  à  la  faible  épaisseur  de  l'eau  dans  la  région 
intermédiaire  DE,  et  ;\  sa  couleur  boueuse); 

'i    r)cux  lignes  foncées  seules  visibles  (les  deux  canaux  seuls  pleins  d'eau); 

'i"  Retour  à  un  canal  unique  (assèchement  du  canal  latéral). 

On  conçoit  que,  vu  la  rapidité  des  crues,  ce  phénomène  se  présente  tout  le  long 
d'un  canal  et  môme  dans  un  certain  nombre  de  canaux  à  la  fois. 

D'autre  part,  la  grande  largeur  de  la  région  intermédiaire  DE  peut  se  concevoir. 
soit  à  cause  de  la  nature  meuble  des  terres,  soit  encore  par  l'idée  d'utiliser  pour 
l'agriculture  les  limons  dépiosés  sur  DE  pendant  les  débordements. 

Un  a  constaté  une  particularité  remarquable  aux  jioints  de  croisement  de  deux 


Fig.  HO. 

canaux  sinii)les:  «  Au  moment  du  dédoublement,  les  largeurs  des  canaux  dédou- 
l)lés  paraissent  plus  grandes  aux  points  de  croisement.  » 

L'elVet  des  crues  étant  plus  sensible  ;\  ces  jioints,  on  a  pu  pré\oir,  au-dessus  du 
lit  nonual,  un  élargissement  dos  berges  (//;/.  li(i)  s'étendant  à  une  certaine 
longueur  de  chaque  côté  du  point  de  croisement,  de  manière  à  constituer,  dès 
le    premier   moment,   une    réserve  disponible   pour   l'accunuilation    des  eaux. 

La  largeur  uniforme  du  canal,  pour  le  niveau  normal,  augmenterait  alors  aux 


LOCKVl'K.    —    I   \    VIE   Slll   M.MiS.  101 

crues,  près  des  croisements,  et  ces  (■largissenients  se  prcsenteraieut  aussi  loiri- 
quement  pour  le  canal  latéral  correspondant. 

La  môme  explication  s'applique,  me  semblc-t-il,  au  dédoublement  d'un  lac 
traversé  par  un  canal;  il  y  a  lieu  évidemment  de  prévoir  il  l'endroit  correspondant 
du  canal  de  décbarue  un  lac  destiné  à  recevoir  l'excès  d'eau  do  cette  partie. 

Si  ces  Iiypothèses  paraissent  hardies,  on  les  excusera  en  pensant  que  ce  singu- 
lier réseau  de  lignes  droites  n'est  pas  encore  expliqué  et  que  tout  le  monde  peut 
chercher  —  sans  avoir  la  prétention  do  trouver. 

Un  Lecteir  m:  La  jilanùlc  Mars,  à  Clierboiirg  (IS93). 

Xous  reviendrons  sur  ce  sujet,  à  propos  d'un  article  «le  .M.  Scliiaparclli 
lui-même. 

CLXX.  —  Loi;kvei'.  :  Mauxder.  —  La  \'iE  sur  Mars. 

M.  Lockyer,  l'habile  observateur  de  Mars  auquel  la  Science  doit  l'une  des 
plus  belles  séries  d'observations  qui  aient  été  faites,  dès  1862  ('),  a  puljlir-, 
dans  le  journal  anglais  Nature,  une  excellente  étude  sur  notre  planète. 

Rappelant  ses  observations  anciennes,  il  les  résume  en  montrant  que  Mars  est 
entouré  d'une  atmosphère  analogue  à  la  uùtre,  que  sa  température  n'est  pas  très 
différente  de  la  température  terrestre,  qu'il  y  a  là  des  continents  et  des  mers, 
ainsi  que  des  nuages,  et  que  les  neiges  polaires  fondent  avec  une  merveilleuse 
rapidité  lorsque  le  Soleil  du  périhélie  darde  en  plein  sur  elles.  M.  Lockyer  ajoute 
que  les  changements  observés  spécialement  dans  le  ton  des  taches  dépendent  des 
nuages  et  de  la  surface,  plus  ou  moins  agitée,  des  eaux. 

Cette  dernière  conclusion  est  tirée  du  fait  que  les  taches  sombres  considérées 
comme  représentant  des  eaux  sont  plus  ou  moins  enfermées  dans  les  terres,  et 
que  les  changements  observés  sont  plus  évidents  dans  le  voisinage  des  rivages. 
D'autre  part,  la  fonte  si  rai)ide  des  neiges  polaires  doit  être  accompagnée  d'inon- 
dations considérables. 

L'astronome  anglais  ajoute  que,  selon  lui,  les  «  canaux  »  sont  de  véritables 
canaux  d'eau,  qui  varient  d'aspect  selon  la  quantité  d'eau  qui  les  remplit,  depuis 
l'apparence  d'un  maigre  fleuve,  comme  l'une  des  branches  des  bouches  du  Nil 
par  exemple,  et  s'élevant  parfois  jusqu'à  l'aspect  de  la  vallée  du  Nil  remplie  par 
une  inondation. 

Les  dédoublements  observés  sur  certaines  mers,  comme  par  exemi>!e  la  mer 
Cimmérienne,  le  lac  du  Soleil,  le  Sinus  Saba-us,  sont  causés,  d'après  l'auteur, 
par  une  bande  de  nuages  étendue  au-dessus  de  ces  eaux. 

M.  Lockyer  discute  aussi  l'hypothèse  d'une  communication  possible  entre  Mars 
et  la  Terre.  Les  journaux  anglais  viennent,  parait-il,  de  mettre  eu  présence  deux 
propositions.  La  première,  due  à  M.  Gallon,  propose  de  disposer  de  grands  mi- 

(')  Voir  t.  1,  p.  150-163. 


103  LA    PLANÈTE  MAlîS.  1893 

roirs,  de  telle  sorte  qu'ils  puissent  renvoyer  la  lumière  solaire,  par  éclairs  et 
éclipses,  dans  la  direetiou  de  Mars.  L'absorption  de  lumière  produite  par  notre 
atmosphère  sur  la  marche  de  ses  rayons  entre  la  Terre  et  Mars  au  méridien  ne 
serait  pas  supérieure  à  celle  qui  est  ju-oduite  par  une  distance  horizontale  de 
ICOO  mètres.  Ces  signaux  seraient,  par  conséquent,  faits  de  jour,  quoique  Mars 
ne  soit  pas  visible  à  l'œil  nu  pendant  le  jour. 

La  seconde  proposition,  due  à  M.  Ilavveis,  préfère,  à  la  précédente,  le  coté  de 
la  nuit  et  les  signaux  électriques.  C'est,  en  elïet,  sou  hémisphère  non  éclairé  que 
la  Terre  tourne  vers  Mars,  aux  périodes  d'opposition.  Chaque  nuit,  la  ville  de 
Londres  montre  au  ciel  une  surface  d'au  moins  douze  milles  carrés  brillamment 
illuminée.  Cette  lumièi-o  pnurrait  être  considérablement  accrue  par  quelques 
phares  électriques.  Si  l'on  pouvait  produire  des  éclipses  alternatives  dans  ce 
grand  foyer  de  lumière,  cela  suffirait  peut-être  pour  essayer  des  signaux  nocturnes 
avec  Mars. 

M.  Lockyer  l'cproduit  ces  deux  proijositions,  et  penche  du  côlé  de  la  der- 
nière (').  L'observation  des  satellites  de  Mars  iirouve  qu'un  foyer  de  lumière,  qui 
mesurerait  \i  à  \b  kilomètres  de  diamètre,  et  qui  serait  aussi  lumineux  qu'un 
objet  éclairé  par  la  lumière  solaire,  et  projeté  sur  l'iiémisphère  oljscur  de  la 
Terre,  serait  visilde  de  Mars,  à  l'aide  d'instruments  équivalents  aux  nôtres. 
Remarquons  toutefois  qu'une  surface  de  plusieurs  kilomètres  composée  de  points 
lumineux  très  séparés  les  uns  des  autres  serait  loin  d'égaler  en  éclat  celle  d'un 
corps  illuminé  par  la  lumière  solaire. 

La  Revue  scicntilique  ;uiglaise  Knowledge  a  publié  à  la  même  époque 
(1893),  un  fort  iiitéTess;int  article  de  M.  Maunder,  aslronoine  à  l'Obser- 
vatoin;  ili;  tlreeinvich,  sur  !c  climat  de  Murs. 

Cotte  planète  ne  recevant  du  Soleil,  à  surface  égale,  que  les  trois  septièmes  de 
la  chaleur  (juo  nous  en  recevons,  et  la  température  de  l'espace  étant  de  273" 
au-dessous  de  zéro,  l'auteur  fait  remarquer  que  la  température  de  Mars  devrait 
être  de  130°  à  LUI"  au-dessous  de  zéro.  Si  aucune  cause  ne  la  relevait,  telle  serait 
la  température  moyenne  de  l'ensemble  de  la  planète! 

Toutefois,  les  zones  climatologiques  différeraient  entre  elles,  et  l'équatoriale 
serait  naturellement  la  plus  chaude.  Eu  quelle  zone  du  globe  terrestre  la  lumière 
et  la  chaleur  reçues  du  Soleil  sont-elles  les  trois  septièmes  de  ce  qu'elles  sont 
à  sou  éi|uateur':'  C'est  à  la  latitude  do  G2"  que  les  rayons  solaires  arrivent  assez 
oljliquemcnt  pour  ne  pas  en  donner  davantage.  M.  Maunder  en   conclut  que 

(')  Kans  cet  Ouvrage  classique,  il  n'a  pa»;  été  question  des  projets  de  coiiimunica- 
tion  enli'o  Murs  et  la  Terre,  malgré  les  G(l(l  jiages  du  jjreniier  Volume.  Je  rappellerai 
pourtant  ici  à  ce  propos  riiig'''nieux  projet  d'éclairs  alternatifs  imaginé  en  1S69,  par 
mon  ami  Charles  Cros,  et  que  j'ai  publie  deimis.  dans  mon  petit  livre  Excursions 
dans  le  Ciel- 


MAlXOEli.    -    I.A    CLIM ATOi.Odir.    MAinil'.NM:.  103 

la  différence  entre  le  climat  dArkhaugel  et  celui  de  Cayennc  doniio  liiulication 
de  celle  qui  doit  exister  entre  les  tonipératuros  équatoriales  des  deux  planètes. 

Mais  ce  n'est  pas  tout.  L'atmosphère  de  .Mars  est  beaucoup  moins  dense  que 
la  nôtre.  La  masse  de  Mars  n'étant  que  le  neuvième  do  celle  do  notre  irlobe,  et 
sou  diamètre  étant  plus  petit,  la  pesanteur  à  la  surface  n'est  que  les  deux  cin- 
quièmes de  la  pesanteur  à  la  surface  de  la  Terre.  Si  la  force  de  l'attraction  ter- 
restre était  diminuée  jusqu'à  la  valeur  do  ce  qu'elle  est  sur  Mars,  notre  atmo- 
sphère s'étendrait  deux  fois  et  demie  plus  haut  qu'elle  ne  l'est  actuellement,  et 
la  pression  à  la  surface  du  sol  serait  réduite  dans  la  proportion  de  Ï8  ;\  IL  Si 
nous  admettons  qu'il  y  ait  la  même  quantité  d'air  au-dessus  de  chaque  mètre 
carré  de  la  surface  de  Mars  et  de  la  Terre,  cette  atmosphère  s'élèverait  à  une 
plus  grande  hauteur  et  exercerait  une  moindre  pression.  L'auteur  eu  conclut  que 
le  froid  y  est  par  conséquent  beaucoup  plus  vif,  analogue,  à  l'équateur  même,  fi 
celui  que  l'on  éprouverait  au  sommet  d'une  montagne  de  tlOOO  ou  7000  mètres  de 
hauteur  située  au  Spitzberg. 

On  pourrait  imaginer,  ajoute-t-il,  que  l'atmosphère  de  Mars  est  assez  considé- 
rable pour  exercer  à  la  surface  une  pression  aussi  grande  que  celle  qui  existe  sur 
la  Terre  ;  il  faudrait  pour  cela,  pour  chaque  unité  de  surface,  cinq  fuis  plus  d'air 
qu'ici;  mais  tel  n'est  pas  le  cas  martien,  car  alors  une  telle  atmosphère  nous  voi- 
lerait les  détails  de  la  surface,  que  l'on  distingue  si  clairement. 

D'ailleurs,  si  nous  comparons  Mars,  la  Terre,  Vénus  et  Jupiter,  uous  voyons 
que  plus  la  planète  est  grande,  plus  dense  et  moins  transparente  est  son  atmo- 
sphère. Pour  la  Terre,  MM.  Laugley  et  Pickering  ont  montré  que  la  perte  de 
lumière  d'un  rayon  qui  arrive  du  zénith  est  de  la  moitié,  le  reste  étant  partielle- 
ment absorbé  par  notre  atmosphère,  réiléchi  et  dilîusé  par  les  fines  particules 
qui  la  remplissent.  Un  observateur  placé  sur  Vénus  aurait  par  conséquent  lapins 
grande  difficulté  à  apercevoir,  même  par  le  plus  beau  temps,  les  configurations 
géographiques  de  la  surface  terrestre. 

Toutes  ces  considérations  réunies  conduisent  à  penser  que  Mars  est  glacé.  Si 
l'atmosphère  de  Mars  est  relativement  à  la  masse  de  la  [ilanète  dans  la  même 
proportion  que  l'atmosphère  terrestre  relativement  à  la  masse  de  la  Terre,  sa 
densité  à  la  surface  n'est  que  le  4-  de  celle  que  nous  respirons.  C'est  la  raréfaetiou 
que  l'on  éprouve  en  ballon  à  une  hauteur  de  lôOOO  mètres! 

.\insi  pense  scientifiquement  b*  savant  astronome  de  l'iHiservatoire  de 
Greenwicli.  Seulement...  l'observalion  de  Mars  ne  s'accorde  pas  avec  ces 
conjectui'es,  puisque  les  neiges  de  cette  planète  fondent  même  plus  com- 
lilètemenl  autour  de  ses  pôles  que  les  nei.ues  terrestres,  et  que  tous  les 
changements  observés  indiquent  un  état  climatologique  général  an  moins 
aussi  élevé  que  le  nôtre.  —  à  moins  d'admetlre  que  ces  neiges  polaires  ne 
sont  pas  de  même  nature  que  les  noires,  ce  qui  d'ailleurs  est  possible,  mais 
n'est  pas  probable  a  priori. 


dOi  l.A   l'I.ANÉTK  MARS.  18'.I3 

M.  Mauiiilrr  l'ccoimail  d'ailleurs  lui-nième,  de  très  Lonnc  grâce,  la 
'difiiciillé. 

L'i'lal  acliiel  de  Mars  est,  sciiililc- l-il,  au  moins  aussi  cliaud  que  le  nôtre. 

Sans  doute  la  vapeur  d'eau  JdUi.'-l-elle  là  un  rôle  eunsidéralilc  dans 
l'absorption  calorifique  ! 

Coninienl  concilier  des  données  si  contradictoires':' 

Le  premier  i)oiiit  à  ne  pas  perdre  de  vue  est  que  la  chaleur  et  la  lumière  qui 
arrivent  sur  une  planète  ne  iJoiuieiit  pas  la  mesure  de  celles  qu'elle  possède  effec- 
tivemeiU.  Des  quantités  qui  arrivent  sur  la  Terre,  la  meitié  environ  est  roiroyée 
dans  l'espace  par  notre  atmosphère  ello-mème,  et  une  autre  quantité  est  rôdé- 
chic  par  les  nuages.  Toute  cette  partie  est  perdue  pour  l'cchautTement  de  l'air  ou 
du  sol.  Si  nous  admettions  que  tnug  les  rayons  calorifiques  solaires  qui  arrivent 
sur  Mars  soient  utilisés  ,i  récli.iiiffrr,  ei'tte  seule  condition  assinulerait  ses 
climats  aux  climats  terrestres.  Or,  c'est  la  surface  de  Mars  qui  rèlléidut  la 
lumière  solaire,  plutôt  que  son  atnujsphèrc  ou  ses  nuages,  comme  dans  le  cas  do 
la  Terre,  de  Vénus  et  de  .liqiiter.  l.a  température  de  cette  planète  lient  donc 
être  très  supérieure  à  celle  qui  résulterait  uniquement  de  sa  distance  au  Soleil. 

Mais,  d'autre  part,  comme  nous  n'oliservons  du  globe  de  Mars  ([ue  le  côti>  éclairé 
et  chauITé  par  le  Soleil,  il  est  possible  (pic  ce  ([ue  nous  ne  voyons  jias,  c'est-à-dire 
le  côt('  de  la  nuit,  suit  très  froid,  et  qu'il  y  ait  là  toutes  les  nuits  de  la  neige  ou 
de  la  gelée  blanche,  qui  fondrait  au  soleil  levant.  Le  ciel  peut  aussi  facilement 
s'y  couvrir  pendant  la  nuit,  par  suite  de  la  condensation  de  la  vapeur  d'eau. 

L'évaporation  doit  y  être  facile  et  rapide;  le  point  d'ébulliti(Mi  y  est  sans 
doute  vers  iljoaa  lieu  de  100°.  La  condensation  nocturne  peutser\ir  à  conserver 
\i  (dialeur. 

M.  Maunder  examine  ces  considérations  et  conclut  qu'en  didiiiiii\  e  Mars 
n'est  xn'oljablement  pas  aussi  froid  que  l'indiijuerail  sa  dislaiici/. 

CL.WI.  --  ^^\ns,  l'Ai;  Siu  Uoheiit  B.^li.  (M- 

L'auteur  exauiiiie  d'alKjrd  la  planète  au  pnini  de  vue  lU'  ra!iii(/splièi-e  et  de 
la  vie.  Les  êtres  vivants,  fait- il  iiuii arquer,  »  ulilize  llie  aluiosi)lierc  liy  olilain- 
iiig  a  priixiiiialc  sourci.'  (d'iuierny  in  tiie  uniiui  of  ox;i.;eii  willi  o.xidi/.ahk! 
uialerials  williin  llieir  liodies  ».  l'arlaiil  de  là,  M.  Bail  pose  d'abord,  eu  prin- 
cipe, iiue  les  atinospbères  sont  en  pnipoiiiuii  du  volume  des  corps  célestes 
cl  cite  ciuiiuie  exemples  exlréum.'s  dans  noire  sysième  le  .Soleil  cl  la  Lune, 
le  pi  en  lier  eii\  eloppi;  d'une  aliiiospliere  iiiiuiense,  le  second  dé[ionr\  ii  d'uin^ 
atniiis|ili('re  ludable.  Kpoiisant  luisiiile  les  vues  de  M.  .loliiisloiu' Sloiic),  dont 

Ci  l'uhliculwus  nf  thr  Asti:  Suc.  cf  llir  l'ai:i/ic,  l.  V,  I8;.)3,   p.  'l^. 


LES  SATi:i.i.ri  i:s  vus  ni'  i,.v  im.am'-.ti-.  ioô 

il  sera  iiucslion  plus  loin,  il  admet  la  théorie  cinétique  des  gaz.  d'après 
laquelle  chaque  molécule  de  gaz  est  animée  d'un  mouvement  l'apide  qui 
cause  des  rencontres  et  des  chocs  perpétuels  entre  elles.  L'hydrogène  repré- 
senterait la  plus  grande  rapidité  :  ses  molécules  circuleraient  avec  la  vitesse 
moyenne  de  1(500  mètres  par  seconde,  à  la  température  de  t;i°  au-dessous 
de  zéro,  qui  paraît  èlre  celle  des  régions  limitrophes  de  noire  almosiihère, 
et  atteindrait  en  certaines  circonstances  une  rapidité  sejjl  fois  plus  grande, 
supérieure  à  celle  qui  serait  nécessaire  pour  lancer  un  projectile  hors  de 
Tattraction  de  la  Terre.  L'absence  d'hydrogène  dans  l'air  terrestre  serait  due 
à  celle  vitesse  qui,  aux  limites  de  notre  almosphrre,  lancerait  constanuneut 
dans  l'espace  les  molécules  d'hydrogène  (jui  y  arriveraient. 

L'absence,  ou  à  peu  près,  d'atmosphère  sur  la  Lune  serait  due  à  ce  (jue  !a 
gravité  étant  très  faible  à  la  surface  de  notre  satellite,  les  vitesses  des  molé- 
cules d'oxygène  et  d'azole  sont  suffisantes  i)our  les  envoyer  dans  l'espace. 

A  la  surface  de  Mars,  la  vitesse  qui  sei-ait  nécessaire  pour  envoyer  un 
projectile  hors  de  la  planète  est  d'environ  5800  mètr('s.  Comme  la  vitesse  des 
molécules  d'hydrogène  dépasse  souvent  cette  limite,  l'hydrogène  liln-e  ne 
peut  pas  subsister  dans  l'atmosphère  de  cette  planète.  L'oxygène  ayant  une 
vitesse  moléculaire  du  (jaart  de  celle  de  l'hydrogène  peut  exister  sur  Mars. 
La  vapeur  d'eau  est  animée  de  vitesses  égales  au  tiers  de  celles  des  molé- 
cules de  l'hydrogène  et  peut  probablement  être  retenue  par  la  gravité  mar- 
tienne; mais  c'est  juste  à  la  limite. 

Les])lus  forts  grossissements  pratiques  appliqués  à  l'étude  de  Mars,  ceux 
du  grand  équatorial  de  l'Observatoire  Lick,  étant  d'environ  1000,  d  la  dis- 
tance moyenne  de  Mars  étant  de  56000000  de  kilomètres,  il  n'est  pres(jue 
jamais  rapproché  à  moins  de  5G000  kilomètres,  soit  à  douze  fois  la  dis- 
tance (jui  sépare  les  rivages  de  l'Europe  de  ceux  de  rAmériijue.  Des  aspects 
de  la  dimension  des  Alpes  peuvent  y  èlre  reconnus;  la  dernière  limite  serait 
une  tache  de  la  dimension  de  Londres.  Un  n'y  distinguerait  ni  Liverp(jol 
ni  Manchester.  Les  détails  des  variations  des  neiges  polaires  y  sont  bien 
visibles  etlden  suivis.  Il  n'est  pas  douteux  iju'il  y  ait  là  un  élément  solidifié 
par  le  froid  et  fondu  par  le  Soleil,  1res  probablement  de  la  neige. 

Les  canaux  de  Mars  plaident  aussi  en  faveur  de  l'eau.  Ils  paraissent  être 
des  prolongements  des  mers  à  travers  les  continents. 

L'astronome  anglais  termine  son  étude  en  concluant  que  Mars  est  plus 
ancien  que  la  Terre  et  que  la  vie  qui  a  pu  se  produire  là  est  ]iroliablement 
beaucoup  plus  avancée  que  la  notre,  peut-être  à  son  déclin,  peut-être  n;ème 
disparue.  Il  n'y  a  pas  de  raisons  pour  qu'elle  soit  contemporaine  de  la  notre, 
qui  n'occupe  qu'une  phase  temporaire  rapide  de  l'histoire  de  notre  globe. 


lOG  LA  rLÂXÈTE  MARS.  1893 


C'LXXH.  —  lIussEY.  --  Les  satellites  de  Maiïs.  vcs  de  la  planète  C). 

La  parallaxe  joue  un  très  grand  rôle  dans  les  aspects  des  lunes  martiennes 
vues  de  la  planète.  La  réfraction  de  l'atmosphère  de  Mars  peut  être  négligée. 
Le  savant  astronome  américain  admet,  pour  celte  étude,  que  la  planète  est 
spliéri(jiK'  ut  mesure  (J80H  kilomrires  de  diamètre,  et  que  les  satellites 
se  meuvent  en  orliiles  circulaires  dans  le  plan  de  l'équateur,  l'hobos  à 
'.1100  kilomètres  du  centre,  Deimos  à  23570  kilomètres. 

La  position  apparente  des  satellites  dans  le  ciel  de  Mars  n'est  pas  la 
même,  vus  du  centre  de  la  planète  ou  de  dilTércnts  points  de  sa  surface.  La 
ililTérence  de  position  est  ce  qu'un  appelle  lu  parallaxe  du  salellile:  sa  valeur 
est  la  plus  grande  lorsque  le  satellite  est  à  riiorizon,  vu  de  la  surface.  La 
parallaxe  liorizontale  est  de  21", 2  pour  Pliobos  et  de  8°, 3  pour  Deimos.  On 
sait  que  celle  de  la  Lune  est  de  moins  do  1"  :  de  57'. 

Aucun  des  satellites  ne  peut  éire  vu  des  régions  polaires  de  la  planète,  à 
partir  de  68", 8  de  latitude  pour  l'Iiobos  et  de  81",  7  pour  Deimos. 

Mars  tourne  en  2i''37'"23%  et  ses  deux  satellites  en  7'- 39'"  14*  et  30''17"'54% 
le  tdut  dans  le  même  sens,  de  l'Ouest  à  l'Est.  Le  mouvement  est  de  14", 88 
[larlieui'e  pdur  Mars,  de  47°,  04  pour  Phojjos,  de  11°, 78  pour  Deimos.  Comme 
Pholios  tourne  plus  vite  (jue  la  [ilanète,  il  parait,  à  un  observateur  martien, 
se  lever  à  l'Ouest,  courir  dans  le  ciel  de  l'Ouest  à  l'Est,  et  se  coucher  à  l'Est. 
Deimos,  comme  tous  les  autres  corps  célestes,  se  lève  à  l'Orient  et  se  couche 
à  l'Occident.  L'intervalle  d'un  lever  au  lever  suivant,  ou  d'un  coucher  au 
rducher  suivant,  se  calcule  eu  divisant  360  par  la  différence  de  la  marche 
horaire  de  la  iilanète  et  de  ses  satellites.  Ce  calcul  donne  environ  H  heures 
])Our  Phobos  et  environ  66  pour  Deimos.  Les  intervalles  entre  les  levers 
et  les  coucliers  sont  foi't  inférieurs  à  la  moitié  de  ces  nombres,  .lu  lieu 
de  rester  au-dessus  de  l'horizon  pendant  une  demi-révolution  autour  du 
centre  de  la  planète,  ou  180°,  cette  (hirceest  raccourcie  de  deux  fois  la  paral- 
laxi:  horizontale,  ce  qui  donne  pour  Phobos  137°, G  et  pour  Deimos  163°, 4  : 
les  temps  euq)loyés  i)Our  décrii-e  ces  arcs  sont  respectivement  4  heures 
18  minutes  et  59  heui-es  36  minutes.  Tel  l'sl  le  tenii)S  pendant  leijuel  Phobos 
{.'t  Di'iuKis  ri'stent  au-dessus  de  i'bniaziin. 

Le  dianieii'c  de  l'ondjre  dr  W^ws  à  l,i  distance  de  Phobos  est  d'environ 
67.'')0  kilonieln.'s  et  à  la  distance  de  Deinins  de  6660:  ce  diamètre  varie  avec 
la  dislance  iK  la  ijlanèLe  an  Soleil,  mais  fort  peu,  de  8  à  16  kilumetres  res- 
]iecli\  eiuent. 

(')  Publwalion.-i  of  Ihe  Astr.  Soc.  of  llie  Pacific,  1S!J3. 


(ii'i'osiTitix  1)1-;  is'j'i.  IU7 

Ces  sali'llites  sont  souvent  éclipsés,  mais  non  pas  à  flia(ini'  révolution,  à 
cause  lie  l'inclinaison  du  plan  de  leurs  orbites  sur  celui  de  la  planète.  Phobos 
n'est  pas  éclipsé  lorsque  la  pleine  lune  arrive  à  plus  de  ôS"  des  nœuds,  ni 
Deimos  lorsqu'elle  arrive  à  plus  de  19^  Eu  moyenne,  Phobos  est  éclipsé 
environ  deux  fois  sur  trois  pleines  lunes  et  Deimos  deux  fois  sur  neuf. 

Le  maximum  de  durée  d'une  éclipse  est  de  53  minutes  pour  Phobos  et  de 
8-i  pour  Deimos. 

Pendant  une  nuit  sur  Mars,  un  observateur  pont  parfois  observer  deux 
éclipses  totales  de  Phobos,  l'une  le  soir  et  l'autre  le  matin  suivant,  à  l'époque 
des  équinoxes,  et  le  satellite  se  levant  vers  l'heure  du  coucher  du  soleil.  A'ers 
6''  du  soii-,  par  exemple,  sur  Mars,  on  voit,  dans  ce  cas,  le  satellite,  se  lever 
à  l'Ouest.  Prés  de  3  heures  et  demie  plus  tard,  ou  un  peu  avant  'J''30'",  le 
soleil  se  trouve  vers  50"  au-dessous  de  l'horizon,  cl  Pholios  à  50"  à  l'est 
du  méridien.  L'éclipsé  est  alors  en  son  milieu,  la  totalité  ayant  com- 
mencé 26  ou  '21  minutes  auparavant.  L'ne  demi-hevu-e  après  la  tin  de 
l'éclipsé,  Phobos  se  couche  à  l'Est.  Le  matin  suivant,  il  se  lève  vers  5'',  mais 
totalement  éclipsé.  Cette  éclipse  finit  un  peu  plus  d'une  demi-heure  avant 
le  lever  du  soleil,  et  alors  Phobos  plane  à  15»  ou  davantage  au-dessus  de 
l'horizon  occidental. 


OPPOSITION-  DE  isrr,. 

Celle  opposition  a  ete  un  peu  moins  favorable  que  celle  de  18'J"2,  la  pla- 
nète étant  un  peu  plus  éloignée  de  la  Terre.  Mais,  d'autre  part,  elle  s'élevait 
plus  haut  au-dessus  de  l'horizon  et  rohser\alion  eu  était  meillevu-e.  Les 
résultats  obtenus  sont  supérieurs  enc(>re  aux  précédents.  A'oici  dans  quelles 
conditions  elle  se  présentait  : 

Oljpositiuii 20  octobre. 

Diamètre  à  l'opposition 'ît",  7 

Distance  =  0,43tO  ou  (ii  219000  kilomètres. 

(En  1892,  ces  mêmes  valeurs  avaient  été  0,  :i774  et  .56000000.) 

Pôle  austral  incliné  vers  la  Terre. 

Latitude  du  centre  du  disque — 10' à  —  2i'. 

Equinoxe  de  printemps  austral 7  avril  181)4. 

Solstice  d'été  austral ;il  août  ISDi. 

Equinoxe  d'automne  austral 7  février  IS'Jô. 

La  lilanète  était,  pendant  la  période  des  observations,  au  printemps  et  eu  été 
de  son  hémisphère  austral. 
Elle  est  passée  à  son  périhélie  le  î-'i  juillet  1891. 


108  r.\  rr.ANKTE  mars.  1894 

(In  voit  que  c'esl  euron'  l'iiomisiiliri-i.'  aiisli'al  qui  (Mail  le  mieux  placi' 
pour  les  oliservalions,  (jui  oui  eu  lieu  de  mai  189i  à  avril  1895.  Nous  allons 
rxauiiinT  l(^s  principales  études  laites  pendant  cette  importante  opposition. 


CLXXIll.  — OllSKIlVATlKNS   FAriKS    A    I.'UliSKUVATOUlE    LdWELL, 

A  Fla(;staff  (Arizona). 

Un  savant  enthousiasie,  esprit  indépendant.  (dii'r(li('ur  persévérant,  et 
auquid  une  très  agréable  situation  de  fortune  jieriuel  les  plus  nobles  créa- 
lions  scieiUifiques,  a  clé  insjiiré  par  l'idée  fort  heureuse  de  consacrer  un 
observaldire  à  r(Mnde  spéciale  de  la  planète  ^lars.  Sacbant  déjà  par  expé- 
rience que  la  principab'  (juallir'  d'un  observatoire  est  sa  condition  atuio- 
splii'riqu(.',  M.  l'ercival  Lowell  se  préoccupa,  avant  tout,  de  trouver  sur  notre 
planète  une  position  c.ù  l'air  fût  aussi  calme  que  possible.  .Vpres  un  grand 
nombre  d'essais,  il  fixa  son  choix  sur  une  montagne  de  l'Arizona,  à  Flag- 
stalf,  aux  Ktats-l'nis,  à  2'2l()  nujlres  d'altitude  (dominant  un  petit  village  de 
800  baljilauts),  et  y  (•(inslruisit  un  observatoire  muni  d'un  é(iuatoria.l  de 
18  (louces  (0"',45'|  de  Lrashear;  dislance  b)cale  :  8  mètres;  grossissements 
i  iO  el  ()!7,  et  pour  le  micronn>tre  8li"2  et  1305. 

M.  Lowidl  avait  pour  collaborateurs,  ilans  celle  élude  spéciale  de  .Mars, 
deux  astronomes  américains,  MM.  '\^^-ll.  l'ickering  el  A.-E.  Douglass. 

Les  observations  ont  commencé  le  2-4  mai  18'JÎ  el  ont  été  continuées 
jusqu'au  3  avril  1895.  On  a  pu  l'aire  917  dessins,  sans  compter  les  mesures. 

Ces  observations  ont  été  publiées,  d'abord  en  résumé,  dans  ïui  Livre 
populaire  sur  Mars  ('),  ensuite  au  complet  dans  un  \ulunie  d'.Vnnales  ;'-). 
Nous  les  exposerons  ici.  avec  C(u1aines  remanjues  l'ailes  [>ar  l'auleur  lui- 
même  en  diverses  circonstances. 

M.  l^owi'll  est  veiui  eu  France  on  18'JC,  et  d;ins  la  séance  du  8  janvier  de  la 
Société  As(,rouoiui((ue  a  présenté  lui-même  sus  vues  sur  la  planète  ('). 

Ilappelaut  d'alioi'd  uotre  Ouvrage  sur  Mars,  il  déclare  (|uc,  [lour  lui,  il  s'est 
surtout  ]>réoccupé  de  dégager  ses  observations  dos  troubles  produits  sur  les 
images  par  les  mouvomeuts  de  l'atuujsidière.  Les  lunettes  actuelles  sont  assez, 
fortes.  Ce  qui  est  plus  important  désormais  que  leur  puissance  c'est  ce  '/(('// 
;/  .■(  .-(((A'  deux  bouts  :  l'observateur  cl  l'atmosphère.  L'observateur  doit  avoir 
une  \ALi;ri;  PiiiisoNNKi.i.K,  un  cerveau;  l'atniosidière  doit  i''tre,  au  cuiUraire, 
aussi  Nui.LK  que  possible. 

(')  .i/ar.s,  hy  l'ECiavAi,  Liiwei.i..  l  vol.  in-8",  lioston  and  Xiw-Yurk.  1895. 
(  =  )  Aiiinds  of  thu  Lowell  Obsin-calory,  vul.  1.  lin&ton  and  Xfw-V.Tl;,  189S. 
(  ')  Llullftin  de  la  Sucidlù  Aslronoinique  de  France,  IS'JG,  p.  iS. 


otiSKiiVAToiiii:  i,o\vi:i,i„  is'.n.  loo 

Il  nst  facile  de  remarquer,  sur  l:i  mer  en  oté,  sur  une  plage  chaufTée  par  le  so- 
leil, la  vibration  des  vapeurs,  vibration  beaucoup  moindre  en  hiver.  Qu'on  se 
représente  ces  ondulations  grossies  trois  et  quatre  cents  fois.  C'est  comme  un 
livre  que  l'on  remue  et  sur  lequel  on  ne  [teut  rien  lire,  bien  qu'il  soit  à  Ijonne 
portée,  et  si  nets  que  soient  ses  caractères. 

L'orateur  a  donc  pris  soin  de  rechercher  l'air  le  plus  pur  qui  fut  aux  IJtats-Unis 
et  l'a  trouv('  dans  la  rcgiou  Sud-Ouest,  dans  l'Ari.'.ona,  sur  le  mont  .Vréquipa. 

11  est  difficile  de  donner  une  idée  complète  de  la  limpidité  et  de  l'immobilité  de 
l'air  dans  ces  régions.  Les  fumées  s'j-  élèvent  droites  comme  des  colonnes.  Cette 
heureuse  condition  a  permis  ;\  l'observateur  de  découvrir  sur  la  planète  nombre 
de  détails  qui  n'y  avaient  pas  encore  été  vus.  Dans  une  série  de  belles  projec- 
tions, faites  d'après  ses  dessins,  il  montre  d'abord  les  neiges  polaires  de  la 
planète,  sur  lesquelles  il  signale  de  longues  et  larges  crevasses,  et  dont  il  fait 
remarquer  le  décroissement.  Il  appelle  l'attention  sur  une  bordure  foncée  autour 
de  ces  glaces,  bordure  d'un  azur  profond,  qui  a  toutes  les  apparences  d'une 
étendue  liquide.  Quant  aux  autres  taches  sombres,  considérées  généralement 
comme  des  mers,  l'observateur  fait  remarquer  qu'elles  sont  plutôt  verdàtro^  que 
bleues,  et  s' appuyant  sur  leurs  changements  de  couleur  ou  de  forme,  suivant  les 
saisons,  il  croit  pouvoir  les  attribuer  à  de  la  vigélation.  Arrivant  à  la  question 
des  canaux,  M.  Lowell,  en  raison  de  leur  couleur  également  verte,  croit  qu'ils 
sont  accentués  par  des  bandes  de  végétation.  Il  en  a  découvert  un  grand  nombre 
de  nouveaux,  remarquant  leurs  directions  toujours  rectilignes,  leurs  croise- 
ments géométriques  et.  à  leurs  points  de  jonction,  des  taches  rondes,  qu'il 
nomme  oasis,  et  cette  régularité  parfaite,  évidemment  voulue,  dénote,  selon 
lui.  l'intervention  d'êtres  animés,  sans  doute  différents  de  nous,  mais  d'un  degré 
intellectuel  avancé. 

La  très  grande  inclinaison  du  pôle  austral  a  permis  d'observer  les  neiges  excep- 
tionnellement bien.  On  a  pu  non  seulement  constater  des  détails  topographiques 
sur  ces  neiges,  mais  encore  en  étudier  les  diverses  élévations.  La  calotte  polaire 
s'est  montrée  constamment  bordée  dune  bande  sombre.  Cette  bande  a  fidèlement 
suivi  la  calotte  dans  sa  retraite  vers  le  pôle,  ce  qui  conduit  à  penser  que  celle 
tache  enveloppante  doit  être  liquide  et  produite  par  la  fonle  des  neiges.  Entre 
3Î0"  et  iîO'  de  longitude,  elle  mesurait  500  kilomètres  de  largeur;  plus  à 
l'Est  I'),  elle  n'en  avait  que  la  moitié,  mais  vers  290°  de  longitude,  cette  mer 
polaire  forma  un  immense  golfe  qui,  sous  les  meilleures  conditions  atmosphé- 
riques, s'est  montré  d'un  bleu  exquis. 

Celte  calotte  a  été  presque  coupée  en  deux  par  une  grande  lirè.dif  qui  s'est 
ouverte  insensiblement  à  travers  la  neige  (-).  Le  15  juin,  la  brèche  avait  3.5il  kilo- 
mètres de  largeur.  L'apparition  de  cette  brèche  montre  que  la  calotte  nei- 
geuse repose  sur  des  terrains  d'élévations  inégales,   puisque  des  parties  rela- 

(')  On  suppose  l'observateur  placé  sur  Mars. 
(  =  )  Voir  plus  loin  fuj.  122,  p.  119. 


110  I.A   PLANETE  MARS.  18'J4 

tivement  proches  du  pôle  se  sout  fondues  plus  rapidement  que  les  parties  exté- 
rieures. 

Mais  il  y  a,  sur  ce  sujet,  des  preuves  encore  plus  frappantes.  Le  8  juin,  à  IfaîG"" 
du  matin  (temps  moyen  de  Paris),  on  remarqua  tout  d'un  coup  des  points  éblouis- 
sants semblaljles  ;\  des  étoiles,  sur  le  côté  suivant  de  la  calotte  polaire.  Au  bout 
de  quelque  temps,  ces  points  avaient  disparu.  Ils  se  trouvaient  situés  vers  291» 
de  longitude  et  ICt"  de  latitude  aréographique,  c'est-à-dire  entre  la  brèche  et 
le  grand  golfe.  Le  II),  on  a  vu  d'autres  points  étoiles  semblables  aux  premiers, 
mais  un  peu  plus  à  l'Est  et  moins  brillants.  Ces  observations  ont  été  répétées  les 
11,  13  et  14  juin.  Quelquefois  les  points  brillaient  comme  des  étoiles;  en  d'autres 
circonstances,  ils  apparaissent  comme  des  taches  très  blanches  sur  le  fond  plus 
jaune  de  la  calotte.  Le  12,  on  a  ol)servé  des  points  analogues  à  l'Est  de  la  calotte, 
c'est-à-dire  de  l'autre  côté  de  la  grande  brèche. 

Ces  observations  conduisent  l'auteur  à  admettre  l'existence  de  deux  chaînes  de 
montagnes  dans  la  région  polaire.  C'est  de  leurs  flancs  sud-sud-ouest  que  sont 
venus  les  brillants  reflets,  comme  on  le  trouve  en  faisant  les  calculs  néces- 
saires. 

Les  contours  des  continents  ont  été  bien  nets,  à  l'exception  de  Thauniasia,  qui 
est  la  partie  la  plus  australe  des  terres.  Au  contraire,  la  région  comprise 
entre  les  continents  et  la  calotte  polaire  neigeuse  est  restée  indécise.  Les  taches 
sombres  étaient,  en  général,  d'une  même  teinte,  plus  ou  moins  foncée,  depuis  la 
mer  polaire  qui  était  la  plus  sombre,  jusqu'aux  îles  dont  il  était  impossible  de 
bien  marquer  les  contours,  tant  les  teintes  se  confondaient.  Les  péninsules,  qui 
ressortent  quand  la  saison  est  plus  avancée,  ne  se  voyaient  pas.  Les  choses 
se  passaient  tout  à  fait  comme  si  les  régions  situées  entre  la  calotte  et  les 
continents  avaient  subi  une  inondation  produite  par  la  fonte  des  neiges  polaires 
australes. 

En  de  bonnes  conditions  atmosphériques,  les  couleurs  du  disque  étaient  superbes. 
Quelquefois  les  continents  se  montraient  d'un  rose  orange  ;  les  mers  d'un  vert 
bleivitre.  Au  lever  du  soleil,  les  océans  sont  devenus  Ijleus  (Ideu  un  peu  plus 
faible  que  le  bleu  du  ciel  à  2200  mètres  do  hauteur,  le  ciel  de  l'Observatoire), 
tandis  que  les  continents  et  les  îles  ont  revêtu  une  teinte  rose  très  remarquable. 
Les  couleurs  des  mers  ne  proviennent  donc  pas  d'un  effet  de  contraste  puisque, 
du  moment  que  les  continents  sont  devenus  moins  jaunes,  le  contraste  aurait 
exigé  que  les  mers  fussent  devenues  plus  jaunes,  et  non  pas  bleues. 

ic  En  général,  ajoute  yi.  Lowell,  les  meilleurs  moments  d'observation  se  sont 
manifestes  environ  trois  quarts  d'heure  après  le  lever  du  soleil.  Ce  n'est  pas 
que  l'air  fût  plus  calme  à  cette  heure,  mais  la  clarté  du  jour  tempérait  un  peu 
l'éclat. 

)>  .le  n'ai  point  distingué  de  nuages,  quoique  l'atmosphère  de  Mars  olVi'it  rajipa- 
rencc  de  contenir  beaucoup  de  vapeur  d'eau.  Le  bord  du  disque  (côté  ouest) 
s'est   montré  constanuncnt  envcbqqié  d'une  lumière  jaune    très    épaisse,  mais 


OlîSKKVATOlKi:   I.dW  I-I.I,.    lS9i.  III 

unie,  jusqu'à  30"  du  limbe.  Coniuio  ce  bord  ctait  ;\  '.i''  du  matin  sur  Mars, 
3C°  de  plus  donnent  11''  du  matin.  Il  est  impossible  d'admettre  que  les 
nuages  |iroprement  dits  dureraient  enraiement  sur  toute  la  zone  équatoriale 
ainsi  que  sur  toute  la  zone  tempérée,  jusqu'à  cette  heure  seuleinout  et  pas  au 
delà. 

»  On  remarquera  que  ces  observations  ont  été  prises  ix'udant  le  pi-intemps  do 
l'hémisphère  austral  i\o.  Mars.  Or  cette  étude  de  printemps  conduit  à  un  résultat 
assez  intéressant.  C'est  que  lacirculatiou  de  l'eau  sur  Mars,  en  cette  saison,  a  lieu 
principalement  à  travers  la  surface,  non  à  travers  l'atmosphère  de  la  planète; 
que  la  fonte  des  neiges  polaires  donne  lieu  à  une  vaste  crue  d'eau  <\m  descend 
vers  l'équateur,  et  que  c'est  non  par  pluies  mais  par  inondations  que  ces  régions, 


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Fis.  117.  —  La  n'îion  du  lac  ilii  Suleil,  le  s  octobre  1894,  d'après  M.  LowcU. 

apparemment  dépourvues  d'eau,  reçoivent  ce  qui  leur  est  utile  pour  les  besoins 
de  la  vie  organique. 

»  Nous  avons  quelque  raison  de  penser,  dit  l'orateur  en  terminant,  que  l\[ars  est 
beaucoup  plus  avancé  eu  âge  que  la  Terre.  Or,  une  planète  doit  perdre  graduelle- 
ment l'eau  de  sa  surface  se  combinant  chimiquement  eu  pénétrant  dans  l'inté- 
rieur. Aussi  à  mesure  que  les  océans  se  retirent,  l'évaporation  doit  diminuer  et  les 
pluies  doivent  devenir  moins  abondantes.  L'eau  disponible  devient,  par  deux 
causes  agissant  eu  commun,  de  plus  en  plus  rare.  Mais  l'eau  est  absolument 
nécessaire  à  toute  vie  organique.  .Si  donc  une  planète  a  vu  la  vie  animer  sa 
surface  —  (et  Mars  ne  diffère  apparemment  pas  assez  do  la  Terre  pour  le  nier) 
—  c'est  «  le  problème  de  l'eau  »  qui  s'impose  absolument.  De  l'eau!  de  l'eau! 
serait  sans  doute  le  cri  suprême  d'une  humanité  aux  abois.  Les  canaux  ne  répon- 
dent-ils pas  à  cette  exigence  finale'?  Nos  observations  acquièrent  d'ailleurs  un 


11;!  LA   PLANÈTK   MAUS.  l!^94 

inicrét   tout   spécial   en    ce  ([u'clles  étudient  précisément  cette  circulation  de 
loau  :  neiges,  fonte  des  neiges,  mers  et  canaux.  » 

Le  célélire  opticien  aim'rirain  Alvan  Clark,  qui,  pour  la  premièrâ  fois  , 
assistait  à  nos  séances,  a  pris  la  parole  après  M.  Lowell.  Il  se  félicite  de  se 
In  Hiver  au  milieu  de  nos  collègues.  «  Dans  les  découvertes  astronomiques, 
dil-il,  la  Science  et  l'Art  se  sont  mariés.  En  ce  qui  concerne  la  conslruction 
(les  instruments,  il  y  a  des  courbes  très  difTiciles  à  obtenir  :  on  n'y  réussit 
pas  toujours  et  il  faut  souvent  demander  à  l'inslincl  de  suppléer  aux  Mathé- 
matiques. Il  affirme  donc  la  nécessité  des  «  retouches  locales  »  dans  les 
objectifs.  L'Optique  et  l'Astronomie  marcheront  toujours  ensemble.  » 

La  Société  .\stronomique  de  France  a  eu  ainsi  ce  jour-là  une  sorte  de 
double  conférence,  iVu't  instructive,  sur  les  oliservations  et  les  instruments. 
Parmi  les  projections  qui  l'ont  illusln'e,  nous  conserverons  ici  (fuj.  117)  le 
1res  curieu.x  et  1res  inattendu  dessin  de  la  région  du  lac  du  Soleil  présenté 
par  M.  Lowell  (').  Le  lac  se  montre  allongé  et  double,  prolongé  par  deux 
canaux  jusqu'au  Golfe  de  l'Aurore  dans  lequel  se  remarquent  des  canaux  ! 
C'est  de  ces  observations  (jue  les  astronomes  de  Flagstaff  sont  partis  pour 
conclure,  comme  nous  le  verrons  tout  à  l'heure,  que  les  «mers  »  martiennes 
soiU  des  plaines  végétales,  opinion  dej.i  rendue  vraisemblable  par  les 
remarques  de  M.  Pickering  publiées  plus  haut  (p.  Ci?). 

Avant  d'ai-river  au  détail  des  observations  et  aux  Annales  de  l'Observa- 
toire Lowidl,  résumons  l'Ouvrage  populaire  sur  Mars  que  nous  avons 
signale  tout  ."i  l'heure. 

Le  sujet  de  ce  Livre  est  divisé  en  six  O^iapitres  et  nous  ne  pouvons  mieux  faire 
(pie  de  les  examiner  séparément.  Occupons-nous  d'abord  de  la  forme  de  la  planète. 

Le  disque  de  Mars  parait  généralement  (en  dehors  des  phases)  parfaitement 
rond.  1/es  mesures  faites  à  l'Observatoire  Lowell  montrent  qu'il  est  aplati  aux  pôles. 
Presque  toutes  les  mesures  précédentes  donnaient  une  trop  grande  valeur  à  cet 
aplatissement  et  la  théorie  ne  pouvait  les  admettre.  La  raison  de  cette  apparente 
dilïérence  a  été  trouvée  aiirès  une  série  de  mesures  soigneuses  des  diamètres 
polaires  et  équatoriaux. 

Ij'cxplication,  qui  semble  s'accorder  très  bien  avec  les  faits,  est  que  sur  le  bord 
du  disque  il  y  a  une  frange  crépusculaire  qui  affecte  inégalement  les  diamètres 
équatoriaux  et  polaires,  l^o  diamètre  cquatorial  jiarait  toujours  trop  grand  et 
subit  des  variations  ducs  aux  dilTérentes  positions  du  Soleil;  tandis  que.  dans  le 
cas  du  diamètre  polaire,  les  variations  sont  beaucoup  moindres.  Les  diamètres 
mesur('S  sont  en  fonction  dj  la  position  du  Soleil.  Le  calcul  montre  ([ue  l'arc 
miinmuni  du  cr(''])usculc  s'élève  sur  Mars  à  10". 

('}  Ce  dessin  est  extrait  de   Aslronoyiiy  niid  A'^tro-Phijfics,  IS^i.  p    7'i0. 


OltSKIWATOlItK   I.OWK  1.1-,    1894. 


113 


On  sait  depuis  lungtenips  ([ue  cette  planète  possède  une  atmosphère,  et  eu 
vérité  il  serait  difficile  d'expliquer  les  (Changements  qui  ont  eu  lieu  à  sa  surface 
sans  l'intervention  de  cet  élément.  Cette  atmosphère  est  décrite  plus  loin  comme 
étant  remarquablement  libre  de  nuages,  uu  nuage  étant  «  un  phénomène  rare  et 


imituile  :=  'y 


Loiiuitul 


Lon^itule  =  ISii' 


Longitude  =  ?"'■' 


Fig.  118-1-21.  —  Ensemble  du  globe  de  Mars,  par  M.  Lo«e',l. 


inaccoutumé  ».  Ce  résultat  s'accorde,  d'ailleurs,  avec  l'ensemble  des  observa- 
tions antérieures  que  nos  lecteurs  ont  eu  ici  sous  les  j-eux.  D'unjautre  cô!é, 
l'auteur  n'affirme  pas  qu'il  n'existe  jamais  de  nuages  sur  Mars,  mais  seulement 
que  pendant  toute  la  durée  de  ses  observations  ils  n'ont  jamais  effacé  aucune 
configuration. 

F.,  II.  8 


111  l,.\   PLANÈTE    MA  US.  1894 

11  admet  cependant  que  le  disque  de  la  planète  i)araît  parfois  d'un  éclat  inexpli- 
cable, et  que  de  ])etits  points  brillants  ont  été  remarqués,  mais  il  n'a  observé  aucune 
forme  de  masses  aériennes  mobiles.  Qu'il  y  ait  des  nuages  dans  l'atmosphère,  il 
le  déduit  de  certains  phénomènes  visibles  au  tcnuinateur  et  observés  par  M.  Dou- 
glass.  Pendant  l'opposition  de  ISO'i.  il  n'y  eut  pas  moins  de  73G  irrégularités  obser- 
vées sur  le  terminateur;  quelques-unes  ont  paru  être  des  projections  lumineuses 
et  d'autres  des  obscurcissements. 

<i  II  est  fort  improbable  qu'elles  soient  dues  à  des  montagnes,  lorsqu'on  tient 
compte  de  tous  les  faits  concernant  la  planète;  il  parait  plus  simple  de  les  attri- 
buer à  des  nuages.  ■>  M.  Lowell  discute  ce  sujet  assez  longuement,  et  finalement 
considère  que  ces  irrégularités  doivent  être  produites  par  la  présence  de  ces  der- 
niers. Ces  points  lumineux  vus  sur  le  terminateur  depuis  1890  paraissent  indiquer 
la  présence  de  montagnes  sur  la  surface  martienne,  de  sorte  que  les  défor- 
mations du  terminateur  seuibleraient  plus  probablement  dues  ;\  cette  cause  qu'à 
des  bancs  de  nuages. 

Nous  arrivons  maintenant  au  troisième  Chapitre  du  Livre,  la  question  de  re;!i(  et 
des  rnerf.  Durant  ces  observations,  on  vit  toujours  une  bande  bleue  suivant  le 
cap  lorsqu'il  se  retirait  vers  le  pôle,  montrant  que  l'eau  se  formait  actuellement 
de  la  foute  des  neiges.  Les  taches  signalées  par  Green  et  Mitchell  ont  été  vues 
aussi  ;  un  trouve  qu'elles  devaient  être  formées  sur  un  sol  à  un  niveau  plus 
élevé  que  celui  des  environs,  sortes  de  talus  recouverts  de  glace  qui  réflé- 
chissaient brillamment  les  rayons  du  Soleil. 

J\L  Lowell  a  adopté  un  plan  très  simple  et  très  ingénieux  pour  montrer  au  lec- 
teur les  aspects  différents  de  Mars.  Il  a  construit  un  globe  portant  tous  les  détails 
constatés  à  son  Observatoire,  et  a  ensuite  photographié  le  globe  de  douze  côtés 
différents.  Nous  reproduisons  ici  (fig.  118-121)  quatre  de  ces  phutogi-aphies,  qui 
suffisent  pour  montrer  l'ensemble  de  ce  globe.  Ainsi  le  lecteur  fait,  pour  ainsi 
dire,  un  voyage  autour  de  la  ]danète.  Le  merveilleux  réseau  des  canaux  est  vrai- 
ment saisissant,  et  la  quantité  de  détails  observés  surpasse  tout  ce  qui  avait  été 
obtenu  précédemment.  Les  chapelets  d'oa.s/s  sont  d'un  aspect  extraordinaire. 

L'autour  conteste  l'exis'ence  des  mers  et  soutient  ipie  des  faits  impor- 
tants conspirent  pour  jeter  de  grands  doutes  sur  leur  caractère  aquatique.  Les 
deux  principaux  sont,  premièrement,  que  des  centaines  de  mille  de  kilomètres 
carrés  disparaissent  dans  un  espace  de  temps  étonnamment  court;  et,  deuxième- 
ment, que  les  observations  du  polariscope  ne  donnent  aucune  indicatimi  de  pola- 
risation. Deux  questions  alors  se  dressent  ici  :  d'abord,  que  devient  l'eau  prove- 
nant de  la  fonte  des  neiges  polaires  ?  l'insulte,  que  représentent  les  taches  d'un  ton 
bleu  voit  ([ui  jiarsèment  la  surface  de  la  planète?  Ces  dernières  sunt.  d'aju-ès 
M.  Lowell.  (les  plaines  couvertes  de  végétation;  on  a  observé  que  leurs  tons 
changent  avec  les  saisons;  il  insinue  cependant  (ju'autrefois  elles  ont  été  des 
mers,  mais  que  la  quantité  d'eau  a  maintenant  tellement  diminué  qu'elle  ne 
circule  plus  (jue  dans  les  canaux  profonds. 

Il  définit  les  mers  martiennes  connue  intermédiaires  en  évolution  entre  les 


OHSl-liVATOIRE    I.OWELL.    18111.  115 

mers  terrestres  et  celles  do  la  l.uue.  Dans  un  tel  état  de  choses,  dcvaut  cette 
diminution  et  cette  rareté  do  l'eau,  <c  les  habitants  de  Mars  ont  une  raison  vitale 
d'utiliser  jusqu'à  la  moindre  goutte  toute  l'eau  disponible  qu'ils  peuvent  se  pro- 
curer, et  paraissent  y  avoir  réussi  par  de  gigantesques  et  savantes  opérations,  en 
établissant  sur  une  vaste  échelle  un  prodigieux  système  d'irrigation  i>.  «  S'il  v  a 
des  habitants,  ajoute  M.  Lowcll,  l'irrigation  doit  être  le  principal  intérêt  de  leur 
existence.  -■  Si  nous  portons  maintenant  notre  attention  sur  les  ligues  connues 
sous  le  nom  de  canaux,  il  semble  précisément  que  nous  ayons  sous  les  veux  ce 
qui  parait  être  lo  plus  parfait  système  d'irrigation  imaginable.  Ces  canaux  éten- 
dent un  véritable  réseau  sur  toute  la  surface  de  la  planète  et  passent  aussi  bien 
à  travers  les  portions  sombres  que  sur  les  portions  claires  du  dis(iue,  d'après  les 
observations  de  MM.  Douglass  et  Seha?berle.  Ces  canaux  traversent  les  anciennes 
mers  aussi  bien  que  les  continents;  leur  nombre  a  été  doublé  par  les  oliscrvations 
nouvelles.  De  plus,  aux  points  où  les  canaux  se  rencontrent,  on  a  observé  des 
taches  qui  ne  sont  jamais  vues  isolées  :  «  Il  n'y  a  pas  de  tache  (pii  ne  soit  réunie 
au  réseau  des  canaux,  non  seulement  par  un  canal,  mais  par  plusieurs  ■.  Los 
canaux  et  les  taches  semblent  croître  et  décroître  ensemble. 

Ces  canaux  ne  sont  pas  toujours  visibles  à  la  surface  de  la  planète;  ils  parais- 
sent dépendre  des  saisons.  Les  observations  prouvent  qu'ils  subissent  un  déve- 
loppement marqué,  et. c'est  là  qu'on  peut  chercher  à  trouver  leur  origine.  Consi- 
dérons ce  (I  développement  »  tel  que  l'a  vu  et  rapporté  M.  Lowell.  Selon  lui,  les 
canaux  varient  en  visibilité  et  non  en  position,  et  tour  visible  développement 
suit  la  fonte  des  neiges  polaires.  Ils  deviennent  distincts  lorsque  la  fusion  est  déjà 
avancée,  et  davantage  encore  à  mesure  i[ue  les  saisons  progressent,  ('eux  qui 
sont  les  premiers  visibles  sont  ceux  du  Sud.  c'est-à-dire  les  plus  proches  du  pôle 
sud.  Mentionnons  ici  que  le  pôle  sud  était  incliné  vers  la  Terre  pendant  cette  opi)o- 
sition  de  1S94.  La  haute  latitude  et  la  proximité  des  régions  sombres  sont  les  deux 
facteurs  principaux  pour  une  précoce  visibilité.  Les  canaux  qui  se  dirigent  du  Sud 
au  Nord  sont  généralement  visibles  avant  cmix  qui  sont  tracés  de  l'Est  à 
l'Ouest. 

Eu  ce  qui  concerne  le  dédoublement  des  canaux,  les  observations  de  M.  Lowell 
l'ont  amené  à  découvrir  que  ce  phénomène  n'arrive  pas  subitement,  comme  on  le 
croît  généralement,  mais  qu'il  y  a  un  mode  de  développement  dans  sa  marche. 

«  Dans  le  cas  du  Gange,  dit-il,  un  soupçon  de  géminatiou  était  visible,  lorsque 
j'y  regardai  pour  la  première  fois,  en  août.,..  Dans  les  moments  de  visibilité,  les 
deux  bords  se  montraient  plus  sombres  que  le  milieu;  c'était  un  dédoublement  en 
embryon,  avec  une  bande  de  terre  entre  les  deux  lignes  jumelles.  Eu  octobre,  la 
gémination  était  plus  évidente,  le  terrain  entre  les  lignes  jumelles  s'était  éclairci. 
En  novembre,  on  ne  pouvait  plus  avoir  aucun  doute  sur  la  séparation  des  deux 
lignes.  » 

Voyons  aussi  quelle  explication  l'auteur  donne  des  canaux.  L'idée  qu'il  adopte 
est  celle  que  nous  avons  suggérée,  à  savoir  :  de  la  végétation  de  part  et  d'autre 


IIG  LA  PLANETK   MARS.  1894 

d'uu  cours  d'eau.  «  L'eau  arrivant  des  régions  polaires  remplit  un  canal,  irrigue 
la  campagne  des  deux  côtés  et  arrose  les  terres.  Nous  ne  distinguons  pas  d'ici 
les  canaux  proprement  dits,  mais  seulement  la  végétation  qui  est  due  aux  irri- 
gations et  qui  s'étend  de  part  et  d'autre  des  canaux.  Les  lignes  les  plus  sombres 
représentent  une  croissance  plus  avancée  de  la  végétation,  causée  par  une  distri- 
bution ]ilus  abondante  des  eaux.  A  travers  les  grandes  taches  sombres,  ou  plaines 
végétales,  prairies,  etc.,  les  canaux  sont  visibles  et  communiquent  toujours  avec 
ceux  des  régions  plus  claires.  »  Voilà  pour  les  canaux  et  leur  origine. 

Cette  idée  est  la  conséquence  naturelle  des  observations  faites  en  ballon. 
Lorsqu'on  passe  en  ballon  à  quelques  kilomètres  au-dessus  d'un  fleuve,  c'est 
la  vallée  de  ce  fleuve  qui  le  représente;  on  distingue  à  peine  celui-ci  comme 
ua  filet  marquant  le  thalweg  de  ce  ruban  ('). 

Mais  comment  expliquer  leur  aiipareute  duplication  '?  JL  Lowell  n'eu  donne  pas 
encore  la  solution,  u  Ce  qui  se  passe  exactement. . . ,  je  ne  puis  prétendre  le  dire. 
On  a  supposé  qu'une  maturité  progressive  de  la  végétation  du  centre  aux  bords 
pouvait  donner  à  une  large  rangée  de  vert  l'apparence  d'être  double.  Il  y  a  des 
faits,  cependant,  qui  ne  s'accordent  pas  avec  cette  explication.  » 

De  l'extrait  ci-dessus  on  peut  voir  que  M.  Lowell  n'a  pas  la  prétention  de  tout 
expliquer.  Il  semble  toutefois  probable  que,  si  les  canaux  sont  dus  à  de  la  végéta- 
tion, leurs  duplications  doivent  avoir  une  origine  analogue. 

Un  des  meilleurs  exemples  que  nous  ayons  sur  terre  d'une  grande  étendue 
fertilisée  rapidement  par  l'inondation  d'un  grand  fleuve,  c'est  assurément  la  vallée 
du  Nil.  Cependant,  en  suivant  les  phases  que  la  campagne  subit  sur  les  deux 
rives,  pendant  et  après  l'inondation,  il  est  difflcile  de  se  rendre  compte  des  déve- 
loppements observés  sur  Mars.  «  l'eut-être  le  système  d'irrigation  ;\  la  surface 
de  cette  planète  a-t-il  été  poussé  à  un  extrême  degré  de  développement;  de  plus 
petits  canaux  parallèles  de  chaque  côté  et  à  quelque  distance  des  grands  ont  peut- 
être  été  creusés,  afin  d'être  remplis  et  éventuellement  séparés  du  canal  principal 
lorsque  les  eaux  commencent  à  se  retirer.  De  cette  façon.  la  terre  serait  mieux 
fertilisée,  d'abord  sur  les  bords  du  canal  principal,  puis  plus  tard  sur  ceux  des 
plus  petits  canaux.  Lîn  canal  commencerait  alors  par  paraître  simple;  avec  le 
temps  il  s'élargirait,  et  déljnitivement  deviendrait  double,  les  deux  bandes  les 
plus  fertilisées  étant  parallèles,  mais  à  quelque  distance  du  canal  principal.  Les 
canaux  de  communication  entre  le  canal  principal  et  les  canaux  latéraux,  ou 
jdutôt  la  végétation  le  long  de  ces  lignes,  seraient  invisibles  à  cause  de  leur  exi- 
guïté. » 

(')  Le  15  juillet  1807,  à  cinq  heures  du  matin,  je  passais  en  ballon  à  '.2  500  mètres  de 
hauteur  au-dessus  du  Rhin,  au  zénith  de  (Jologne.  La  vallée  du  Hhin  se  déroulait 
admirablement  sous  nos  yeux,  do  Bonn  à  Dusseldorf,  et  produisait  l'elîet  du  fleuve 
lui-même,  qui  n'était  perceptible  que  comme  un  mince  tilet  formant  la  ligne  médiane 
de  ce  ruban  vert.  J'ai  souvent  exprimé  depuis  la  pensée  qu'd  pouvait  en  être  de  même, 
à  plus  forte  raison,  pour  les  canaux  de  Mars,  vus  de  si  loin. 


OliSI-RVATOIRi:    I.OWEI.I,,     ISOi.  HT 

Une  telle  explication  triomphe  de  la  diflicultc  de  décider  pourquoi  certains 
canaux  ne  se  dédoublent  pas.  On  peut  admettre,  en  effet,  que  dans  ce  cas  des 
cananx  latéraux  n'ont  pas  été  construits,  et  dans  cette  hj-pothcse  la  duplicité  ne 
peut  pas  se  produire. 

Quelle  que  soit  la  véritable  explication,  il  est  certain,  avant  que  ce  problème 
puisse  être  véritablement  résolu,  qu'il  faut  observer  attentivement  la  manière 
dont  les  canaux  se  développent  et  disparaissent. 

Tel  est,  brièvement  résumé,  l'intéressant  Ouvrage  de  M.  Lowell  sur  Mars. 
E.xaminons  maintenant  les  oLservation?,  en  suivant  le  premier  Volume 
des  Annales. 

Elles  se  divisent  essentiellement  en  cimi  Chapitres  principaux  : 

Le  C.iP   POLAIRE  SUD  ; 

Chan'CtE:men"ts  observés  a  la  surface  de  lv  planète; 

Canaux  ; 

Oasis  ; 

Canaux  dans  les  régions  so.mrres; 

Le  terminateir. 

L'aspect  de  la  planète  ne  s'est  pas  présenté  le  même  deux  jours  de  suite. 
Il  change  d'heure  en  heure.  D'un  mois  à  l'autre,  les  changements  sont 
encore  plus  sensibles.  Excepté  dans  quelques  exemples,  ces  changements 
ne  dépendent  pas  de  nos  observations,  mais  sont  réels  à  la  surface  de  la 
planète  et  liés  aux  saisons. 

Les  régions  polaires  australes  se  présentaient  admirablement  à  l'obser- 
vation et  l'on  a  pu  suivre  complètement  la  désintégration  des  neiges.  Nous 
reproduisons  ici  [fig.  122)  le  croquis  explicatif  dessiné  par  les  observateurs 
eux-mêmes. 

Au  commencement,  le  3  juin,  qui  représentait  le  milieu  du  printemps, 
ces  neiges  étaient  fort  étendues,  dépassant  le  GO''  degré  de  latitude  vers  le 
35=  méridien  et  le  72=  à  l'opposé,  occupant  un  diamètre  d'environ  50  degrés 
ou  3  000  kilomètres.  Elles  ont  graduellement  diminué,  comme  le  montre  ce 
croquis,  jusqu'au  mois  d'octobre,  où  elles  n'occupaient  plus  qu'un  point 
de  4  à  5  degrés,  ou  240  à  300  kilomètres. 

A  partir  de  novembre,  les  astronomes  de  l'Observatoire  Lowell  n'ont  plus 
aperçu  ces  neiges  polaires,  à  part,  cependant,  quelques  exceptions,  car  on 
lit  dans  le  journal  : 

3  novembre.  —  Certain]}-  glint  as  of  sno^v  30°  to  left  of  axis. 

4  nov.  —  Glint  of  glimmer  S  and  N  of  limb,  slightly  to  left  of  axis. 

[i  nov.—  Unmistakeable  glimmer  where  snow  was,  or  rather  a  round  doto 
about  30°  longitude. 


118  LA  PLANETE  MARS.  1894 

1  i  nov.  ^  Suspect  excessively  small  spot  of  snow  cap  at  S  pôle. 
5  février.  —  There  sccms  to  be  a  snow  cap  at  each  pôle. 
■^?  février.  —  The  S  polar  région  looks  rather  whito. 

D'après  f'os  noies,  il  ne  nous  semble  pas  certain  qne  les  neiges  aient 
enlirrenienl  disparu,  d'autant  plus  que,  à  lObservatoire  Lick,  M.  Barnard  a 
continué  de  les  reconnaître  jusqu'au  11  novemlu'e  (')  et  qu'il  en  a  été  de 
même  à  l'Observatoire  de  Juvisy.  Il  nous  paraît  donc  que  M.  Lowell  et  ses 
collaborateurs  se  sont  un  peu  avancés  en  afTirniant  cette  disparition  et  en 
écrivant  (p.  441  :  «  Since  Flammarion  gives  in  La  planéle  Mars  no  instance 
of  tlie  complète  disappearance  of  the  snow  at  either  pôle,  we  may  consider 
ibe  présent  case  to  be  the  first  recorded  >'. 

Dans  tous  les  cas,  qu'elles  aient  entièrement  disparu  ou  non  en  décembre 
et  janvier,  c'est  là  un  minimum  dans  toutes  les  observations  de  Mars. 

^1.  Lowell  tire  les  conclusions  suivantes  de  l'ensemble  de  ces  obser- 
vations : 

1"  Le  cap  polaire  diminue  à  mesure  que  la  saison  martienne  avance  du  prin- 
temps à  l'été. 

2»  La  calotte  polaîro,  en  diminuant,  se  borde  d'une  bande  foncée  qui  se  retire 
avec  elle  comme  une  frange  continue. 

3'  Cette  bande  était  bleue,  du  bleu  le  plus  marqué  du  disque. 

i»  Elle  a  été  le  plus  large  à  la  saison  de  Mars  où  la  fusion  a  été  à  son  maximum. 

"i"  Elle  polarisait  la  lumière  incidente.  , 

«  Le  deuxième  point,  écrit  M.  Lowell,  aune  importance  particulière  et  curieuse, 
car  il  nous  fait  connaître  la  substance  qui  compose  cette  calotte  polaire.  Il  n'y 
eu  a  qu'une  que  nous  connaissions  pour  exister  à  la  fois  sous  les  deux  états 
contigus  de  solide  blanc  et  de  liquide  bleu.  C'est  l'eau.  Ce  n'est  pas  l'acide  car- 
liouiquo,  puisque  celui-ci  passe  instantanément  de  l'état  solide  à  l'état  gazeux. 
A  moins  donc  d'invoquer  quelque  substance  inconnue,  nous  devons  admettre 
que  la  bande  qui  borde  la  calotte  neigeuse  est  une  mer  polaire.  » 

G"  Cette  mer  polaire  difïoro  de  largeur  suivant  les  longitudes,  s'étendant 
en  deux  vastes  baies  aux  points  où  les  aires  foncées  à  son  bord  boréal  sont  le 
plus  étendues. 

7"  On  remarque,  dans  la  calotte  polaire,  des  crevasses  très  fortes,  comme  si 
cette  calotte  avait  une  tendance  à  se  désagréger.  I>os  plus  importantes  occupent 
les  positions  que  M.  'W.-IL  Pickering  a  àéjk  signalées  en  189-?,  ;\  la  même  époque 
de  l'année  martienne.  Ce  sont  là  sans  doute  des  difTérences  de  niveau  dans  la 
topographie  de  ces  régions. 

S"  Le  7  juin,  et  à  des  dates  ultérieures,  on  a  aperçu  des  points  brillants, 

(')   \'o!r  |)lus  loin. 


ORSERVATolIii:    l.(>\\i:i  I  .    NF.ICKS    1>C    l'OI.K. 


119 


pendant  quelques  minutes,  on  certaines  jiarLics  du  cap  polaire,  not:uiiment  par 
les  longitudes  280"  et  290"  et  la  latitude  TCr\  s'évauouissaut  comme  ils  étaient 
venus.  Glaces  réflécliissant  la  lumière  solaire  ? 

'.)"  l".n  fondant,  la  tache  a  été  laiss(5e  en  août  comme  une  ile  détaclide  à  la  jilare 
on  Mitchell  a  remarque  on  ISiG,  et  Green  en  1877,  des  lilaneheurs  isolées.  H  y  a 
là  pri)bablement  un  relief  préservateur  de  la  fusion. 

IH"  Le  centre  du  cap  n'était  pas  concentrique  avec  le  pôle.  Au  commencement 
des  oljst-rvations,    il   était   situi'  par  ;i(i'  de   longitude   et  83°  de  latitude,  et  il 


Fig.  liî.  —  Contours  de  la  iliminutiou graduelle  des  neiges  au  p6Ie  sud  de  Mars. 
du  3  juin  au  H  oi:loin-e  ISJi,  et  grande  grevasse  de  juin-juillet. 

s'est  lentement  déplacé  vers  le  Sud-Ouest,  étant  à  la  fin  par  51  ■  de  longitude  et 
85"  de  latitude. 


Ce  sont  là  J'irapoflaiilfs  constatations. 

<•  Sur  la  Terre,  continue  l'auteur,  la  quantité  de  glace  polaire  fondue  vertica- 
lement chaque  été  est  beaucoup  moindre  qu'où  n"est  porté  à  le  croire.  Elle  est 


\i() 


LA   PLANÈTE   >L\RS. 


isn/i 


A- 


^:y.4^ 


V.fô- 


A 


Xé.4^^: 


S;s^^,, 


/A 


'^ 


OBSEUVATOiat:    LOWKI.I..    l^AUTl'    GKNfiliAl.K. 


121 


Voici  les  noms  correspondant  aux  numéros  de  la  carte. 


1  Fastijxium  Aryii. 

7.1 

Avus. 

1  i.i 

G  y  es. 

217 

Cynia  Lacus. 

2  Socratiâ  Proinontoriui». 

7( 

Eosphoros. 

146 

Castalia  Fons. 

218 

Cepbissus. 

3  Sabwns  Sinus. 

75 

Leriie. 

147 

Hibc. 

219 

Xaiitbus. 

4  Dcucalioiiis  Regio. 

76 

Aesis. 

148 

Axon. 

220 

Hbea. 

5  Phyrhaî  Itegio. 

77 

Da^mon. 

149  Orcus. 

221 

Centrites. 

0  Noaohis. 

78 

Lacus  Pbœnicis. 

i:,o 

F.rcbus. 

223 

Acbates. 

7  Ar^yrc. 

79 

Araxes. 

l.il 

liypel.'cus. 

223 

Sesanins. 

8  Oceanus. 

SO 

Jaxartcs. 

152 

Propoktis. 

221 

Atbesis. 

îi  Protci  Roîîio. 

81 

Mwander, 

l.-,3 

Ilades. 

225 

Lemnria, 

Ut  Acesincs. 

82 

Phasis, 

154 

Tnviuni  r.harontis. 

22G 

Krymanttius. 

11   Ily.lriacus. 

83 

n-illinaria  8ilva. 

,     i:.:, 

La-strygon. 

227 

Hylias. 

1_'  Aiiiphrysiis. 

81  Acampsis. 

156 

Atax. 

22s 

Tedanius. 

13  (îarrliuenus. 

85 

Solis  Lacus. 

i:.7 

Tartarus, 

229 

ILidriaticnni  Mare. 

14  Ccstriis. 

86 

liatbys. 

i:.s 

Aqu.'i'  Apollinarcs. 

2;;n 

Orosines. 

15  Auror;e  Sinus. 

87 

Auibrosia. 

l.)9 

nantis. 

231 

llippus. 

16  Caii-us. 

88  Ogygis  Regio. 

160 

i;ophcn. 

232 

Carpis. 

17  Hipparis. 

89 

8urius. 

161 

Ant.TUs. 

233 

Syrtis  M.'ijor. 

IS  Erannohoas. 

90 

Acis. 

162 

Axins. 

231 

Hyctanis. 

l'J  Dargamanes. 

91 

Cyvus. 

163 

Avcrnns. 

235 

Dosaron. 

20  Marparitifer  Sinus. 

92 

Tliyle  I. 

16i 

CyaiM'us. 

231! 

Japygia. 

21  Ochus. 

93  Drabonus. 

165 

Mare  Ginimerinm. 

237 

Solis  Promontnrinm 

i-î  Cantabras. 

94 

Cayster. 

166 

Leontes. 

238 

.Eolus. 

■i.'î  Oxia  Palus. 

95 

Isis. 

167 

Nestus. 

239 

r.asuentns. 

24  Oxus. 

9fl 

Astraî  Lacus. 

IfiS 

Atlantis. 

2iO 

Hammonis  Gornu. 

25  PalUs  Lacus. 

97 

Malva. 

169 

Padargus. 

241 

Typlion. 

26  Dardanus. 

98 

Benacus  Lacus. 

KO 

Harpasns. 

242 

Anubis. 

27  Tempe. 

99 

Mosrus. 

171 

Heratemis. 

243 

Asopus. 

28  Jamuna. 

100 

Aonius  Sinus. 

172 

Digenlia. 

214 

.\rosis. 

29  Nilokcras. 

loi 

Herculis  CoIumn.T. 

173 

Mare  Sirennm. 

215 

Astaboras. 

30  Inilus. 

102 

Hyscus. 

174 

Simois. 

246 

Nilnsyrtis. 

'àl  llypbasis. 

103 

Memnouia. 

17.-) 

Psychms. 

2i7 

Phison. 

32  Hydaspes. 

104 

Erynnis. 

176 

.Mare  Cbronium. 

2iS 

Sirbonis  Lacus. 

33  I.ucus  FcTonia. 

105 

Gorgon. 

177 

Thylc  II. 

219 

Hipponitis  Lacus. 

34  Hydraotos. 

106 

Médusa. 

178 

Scamander. 

2.50 

Arsanias. 

35  Hypsas. 

107 

Elison. 

179 

Ga'sus. 

251 

Protnnilns. 

36  Ganires. 

108 

Parca'. 

180 

Opliarus. 

252 

Lacus  Isnienius. 

37  B.Tîtis. 

109 

Aganippe  Fons. 

181 

Hclissoii. 

253  Euphrates. 

38  Hebc. 

110 

Ulysses. 

182 

Chaboras. 

254 

Sitacns. 

39  Nectar. 

m 

Sirenius. 

183 

Néréides. 

255 

Orontcs. 

40  Cora.\. 

112 

Tbermodon. 

184 

Ghretes. 

256 

EuLens. 

41  Maeisia  Silva. 

113 

Nodus  Gordii. 

185 

Lucus  Angitia'. 

257 

I.abotas. 

42  Chrysas. 

114 

Eumenides. 

186 

Cerberus. 

258 

Dar.ndax. 

43  Agathoda^mon. 

115 

Arduenna. 

187 

Ciepsydra  Fons. 

259 

Solis  Fons. 

4i  Coprares. 

116 

Hcrcyuia  Silva. 

ISS 

Nympbn^us. 

260 

Daix. 

45  Messeis  Fons. 

117 

Arsine. 

189 

Cambyses. 

261 

Biddekil. 

46  Fons  Juventa?. 

118 

Marcotis. 

190 

Lucrinus  Lacus. 

262 

Aretbusa  Fons. 

47  Clitnninus. 

119 

Achana. 

191 

Pactolus. 

263 

.Margus. 

4?  Ganyniedo. 

120 

Biblis  Fous. 

192 

.Etbiops. 

264 

Deutcroiiilus. 

49  ChrysorrUoas. 

121 

Pyriphk-gethon . 

193 

Funostos. 

265 

Serapiuni. 

50  Lacus  Lunx. 

122 

Gigas. 

194 

Elysium. 

266 

Gehon. 

51  Nilus. 

123 

Bandusiœ  Fons. 

195 

.\poni  Fons. 

267 

Xisuthri. 

52  Labealis  Lacus. 

124 

Fercnlin.-e  Lucus. 

196 

Styx. 

268 

Edom  Proniontorinni 

53  Mcroe. 

125 

Titan. 

197 

Galaxias. 

269 

Ncu«lrus. 

54  Amystis. 

121; 

Trinythios. 

198 

Boreas. 

27" 

Magron. 

55  Catarrhactes. 

127 

Medus. 

199 

Achelous. 

271 

Acalandrns. 

56  Uranius. 

12s 

Alcyonia. 

200 

.AqUîC  Calida'. 

272 

Hyllus. 

57  Bactrus. 

129 

Broutes. 

201 

Boreosyrtis. 

273 

AlphcUS. 

58  Hippocrene  Fons. 

130  Steropes. 

202 

Lethes. 

274 

Peneus. 

59  Acherusia  Palus. 

131 

Arachoti  Fons. 

203 

Amentlies, 

275 

Hellas. 

60  Cyaue  Fons. 

132 

Nitri.-E. 

204 

AEtapus. 

276 

Tyndis. 

61  Anapus. 

133 

Thvanis. 

205 

Isidis  Uegio, 

277 

<)f:notria. 

62  Artaucs. 

134 

Augila. 

206 

Nepeutlies. 

S7S 

Arsia  Silva. 

63  Glaucus. 

135 

N'eda. 

207 

Libya. 

279 

Palicorum  Lacus. 

64  Clodianus. 

1.3s 

Ammonium. 

208 

Triton. 

280 

Ness<niis  Lacus. 

65  Ceraunius. 

137 

L'topia. 

209 

Syrtis  Parva. 

281 

Lausonius  Lacus. 

66  Palaninus. 

138 

Lucus  Maric.a?. 

210 

Mare  Tyrrbciiuni. 

282 

Nuba  Lacus. 

67   Fortun;e. 

139 

Liris. 

211 

Ilesperia. 

283 

Mare  Icariuin. 

68  Iris. 

140  Eurymedon. 

212 

r.inypbus. 

281 

,\clieron. 

69  Mapbaritis. 

141 

Eriuœus. 

213 

Eurypus. 

285 

Marc  Frytliraîum. 

70  Halys. 

142 

Evenus. 

21  i 

Flevo  Lacus. 

2S6 

Opbir. 

71  Tithonius  Lacus. 

143 

Belus. 

215 

Gal.Tsus. 

287 

Ausonia. 

72  Tithonius. 

144 

Arges. 

216 

Hesperidum  Lacus. 

288 

Dapbne, 

122  LA    PLANÈTE   .MARS.  1891 


seulement  d(^  quelques  picrJs.  Cette  proportion  peut  se  déduire  du  fait  que 
l'étendue  de  ces  glaces  reste  la  môme  aux  mêmes  saisons  d'annexé  en  année. 
Il  y  a  donc  à  peu  près  équivalence  avec  la  neige  tombée  annuellement.  Celle-ci 
est  d'environ  quinze  jtouces  d'eau  exprimée  en  pluie,  c'est-à-dire  quelques  pieds 
seulement  de  cette  neige  compacte. 

«  Sur  Mars,  la  chaleur  reçue  du  Soleil  au  solstice  d'été  de  l'Iiémisphère 
austral  est  inférieure  à  celle  que  la  Terre  reçoit. 

»  La  grande  ténuité  de  l'atmosphère  martienne  ne  doit  pas  affecter  le  procédé 
de  dissipation  d'une  manière  ou  de  l'autre,  conune  nous  pouvons  en  inférer 
d'après  le  cas  des  hautes  montagnes,  dont  les  glaciers,  plus  grands  en  proportion 
de  leurs  lits  do  neige  que  ne  le  sont  ceux  des  régions  polaires,  montrent  que  la 
dissipation  sui'  place  est  incapable  de  supprimer  la  grande  quantité  de  neige 
([u'ils  reçoivent. 

Il  Sur  Mars,  donc,  si  la  température  moyenne  est  la  même  que  sur  la  Terre, 
le  Soleil  devrait  fondre  annuellement  seulement  cinq  pieds  d'épaisseur  de  neige 
polaire,  équivalant  à  cinq  pouces  de  pluie.  Une  couche  plus  mince  ne  serait  pas 
compatible  avec  la  dimension  de  la  mer  polaire  et  la  présence  des  crevasses  dont 
la  position  reste  permanente  d'année  en  année,  car  plus  épaisse  sera  la  couche  et 
plus  facilement  ces  deux  faits  se  produiront,  surtout  si  nous  considérons  que 
tout  s'accorde  à  nous  montrer  la  surface  de  Mars  comme  très  plate.  D'autre 
jiart,  l'absence  à  peu  près  complète  de  neige  en  dehors  des  régions  polaires  est 
incompatible  avec  une  température  moyenne  un  peu  basse.  On  peut  aussi 
remarquer  que,  lorsque  la  calotte  polaire  a  commencé  à  fondre,  l'eau,  à  ses 
bords,  ne  se  gèle  plus  de  nouveau.  Si  elle  gèle  pendant  la  nuit,  elle  dégèle  le 
matin. 

»  L'observation  de  ces  neiges  polaires  jirouve  donc  trois  faits  importants  : 

»  L'existence  d'unn  atmosjilière, 

«  L'existence  de  l'eau, 

>•  Et  une  température  analogue  ,i  celle  de  la  Terre.  » 

Les  mestircs  du  diamètre  ont  duiiiié  : 

Diamètre  équatorial 9"37 

Diamètre  polaire 'J  32 

Aplatissement rh 

l't  la  d('couvortc  d'un  an-  crépusculaire  de  lO"  ;\  li°  produit  par  l'ilbimination 
atniosplK'rique  ('  ). 

Nous  oITrous  ici  à  nos  li'Ctours  l;i  carte  générale  de  la  planète,  dressée  à 
l'Observatoire  LowoU,  sur  l'onsciublc  de  ces  observalious  avec  la  nomen- 
clature qui  l'accompagiu}. 

(';   Voii'  |ilas  loin,  |i.  I.l.'i. 


OliSI-RVATOIRl-:   LOWi:  LL.   l.l-S   \I  K  I!  S  M  AUTI 1- N  NTS.  1Î3 

Celfc  carte  {fig.  123)  ne  rcnfoniie  pas  moins  tic  288  objets,  mers,  hirs  cl 
canaux.  Toutes  ce?  configurations  représenteraient  non  pas  de  l'eau,  mais 
de  la  véijélation  produite  par  une  eau  invisible.  L'argument  principal  de 
cette  nouvelle  tlieorie  est  que  les  lignes  sombres  appelées  canaux  tra- 
versent aussi  les  régions  foncées  appeb'cs  mers. 


Les  mers  martiennes  ont  ete,  dans  le  même  Volume,  l'nlqet  d'une  étude 
spéciale  par  M.  '\'\^-ll.  Pickering  : 

La  conclusion  la  plus  importante  de  notre  Travail,  écrit-il,  est  que  la 
planète  ne  présente  pas  toujours  le  même  aspect  à  la  même  époque 
de  deux  années  martiennes  consécutives.  Cette  remarque  s'applique  non 
seulement  à  de  légers  détails,  mais  encore  à  des  conûgvirations  caracti'Tis- 
tiques. 

Ainsi,  on  remarque,  au  nord  de  Xoachis,  un  tracé  en  forme  de  la  lettre  Y 
qui  était  très  accentué  en  1892  et  que  l'on  n'a  pu  retrouver  en  189i  aux 
mêmes  dates  de  l'année  martienne,  30  juin  et  G  juillet  181)4,  correspondant 
aux  12  et  18  août  1892. 

Un  large  golfe  sombre  bordant  la  neige  fondante,  au  sud  de  Syrtis  Minor, 
était  à  peine  visible  en  1892.  Mais  en  189i  il  était  très  caractéristique  et, 
examiné  au  polariscope  d'Arago,  a  montré  des  traces  certaines  de  polarisa- 
tion. C'était  donc  de  l'eau  qui,  située  non  loin  tlu  bord,  réfléchissait  forte- 
ment la  lumière  de  l'atmosphère  martienne.  Sur  le  reste  du  disque,  la  pola- 
risation n'était  pas  visible.  Lorsque  cette  région  revint  en  vue,  le  9  juillet, 
l'observation  a  été  renouvelée,  mais  aucune  trace  de  polarisation  ne  put 
être  perçue.  La  couleur,  du  reste,  avait  change.  Au  lieu  d'être  bleue,  elle 
était  d'un  ton  chocolat,  différent  du  gris  bbai  dr  la  rrginn  plus  au  nord.  Ces 
régions  grises  ne  montrèrent  non  plus  aucune  trace  de  polarisation.  Leur 
couleur  ne  doit  pas  être  due  à  de  l'eau.  Je  suis  d'avis,  ajoute  M.  Pickering, 
que  s'il  y  a  de  l'eau  sur  Mars  il  y  en  a  fort  peu. 

Ces  larges  régions  grises  étaient  bien  vertes  en  1890,  juste  avant  l'équi- 
noxe  de  printemps.  Au  commencement  de  1892,  aussi,  de  larges  surfaces 
vertes  ont  été  observées  sur  la  planète,  nuiis  k  mesure  que  la  saismi  avança 
ce  vert  tourna  au  gris.  Eu  1894,  peu  de  couleur.  Il  y  a  là  tant  de  variations 
en  étendue,  avec  la  saison,  qu'à  moins  d'imaginer  de  formidables  inonda- 
tions accompagnées  de  nuages  dans  le  régime  habituel  de  Mars,  nous 
sommes  forcés  de  chercher  une  autre  explication.  L'hyiiotbèse  que  ces 
changements  sont  dus  à  de  la  végétation  parait  la  plus  probable  à  l'obser- 
vateur. On  voit  aussi  parfois  des  dépressions  sur  le  terminateur,  paraissant 


1?4  LA  ri>ANi:TE  MARS.  189'i 

rorrcspondre  ;ï  des  vallées  qui  pciuriNiient  avoir  deux  luillcs  de  proloiideui"; 
le  Ccraunius  s'est  présenté  dans  ces  conditions.  Ces  échancrures  ne 
s'observent  pas  toujours  dans  les  parties  les  plus  foncées  des  régions  grises, 
et  l'on  peut  en  conclure,  ajoute  M.  Pickering,  que  ces  régions  grises  ne  sont 
pas  d'un  niveau  uniforme,  qu'il  y  a  là  des  montagnes  et  des  vallées  et,  par 
conséquent,  que  ce  ne  sont  pas  des  mers. 

Les  variations  duos  aux  saisons  ont  été  l'olijel  d'une  étude  spéciale  et 
attentive  de  la  pari  de  M.  Lowell.  Jlènie  instrument,  même  observateur, 
mêmes  conditions  atmospliériques,  autant  que  iiossible.  Acs-  chanf/emcnts 
dus  aux  saisons  sont  incontcslabk's,  écrit  l'auteur.  Mais  est  un  monde  bien 
vivant. 

On  peut  partager  en  deux  ordres  ces  changements,  quoique  l'une  soit  la 
conséquence  de  l'autre  :  1"  les  variations  polaires;  2°  celles  du  reste  de  la 
surface.  Les  premières  sont  les  plus  évidentes. 

Les  fig.  124,  125  et  126  indiquent  les  changements  d'aspect  de  l'IIespérie 
suivant  les  saisons  martiennes. 

Au  commencement  des  observations,  en  juin,  la  principale  parliculai'ité 
du  dis(jue  en  dehors  des  régions  polaires  était  le  caractère  indéfini  do  toutes 
les  taches  sombres  de  la  zone  tempérée  australe.  Ces  contours  diffus  fai- 
saient contraste  avec  la  netteté  des  régions  éqnatoriales.  Ce  contraste 
montrait  que  la  distance  do  la  planète  n'était  pas  la  cause  de  ces  aspects, 
que  cette  cause  (Mail  locale,  attendu  que  la  chaîne  des  régions  claires  aus- 
trales était  de  contours  mal  définis  comparée  avec  son  aspect  ordinaire,  et 
(pie  les  parties  claires  se  fondaient  par  gradations  insensibles  dans  le 
bleu  vert  des  régions  sombres  environnantes.  De  plus,  les  péninsules 
.\tlanlis,  Hespérie,  etc.  qui  rattachent  les  îles  au  continent,  étaient  ab- 
sentes. 

Aussitôt  que  cette  ri'gion  revint  en  \-ue,  en  juillet,  en  a  ri'lrouvé  l'IIes- 
périe. Au  retour  suivant,  en  aolit,  elle  se  montra  plus  marquée  encore,  et  il 
en  fut  de  même  en  septemfire,  en  octobre  et  en  novembre. 

On  pourrait  penser  que  la  distance  décroissante  et  l'agrandissement  gra- 
duel du  diamètre  expliquent  cette  meilleure  visibilité,  car  le  disque  do 
Mars  mesurait  8"  le  7  juin.  Kl"  le  ii  et  20"  le  30  :  c'est  à  peu  près  comme  si 
la  planète,  supposi'e  à  la  niihiie  distance  et  du  même  diamètre,  avait  été 
observée  avec  des  instruments  de  diverses  dimensions.  M.  Lowell  répond  en 
partie  à  cette  objection  en  faisant  remarquer  que  ce  changement  dans  la 
visibilité  relative  de  l'IIespérie  n'était  pas  dû  au  rapprochement,  car  cette 
région  a  été  plus  éviili'nte  en  août,  lorsque  la,  planète'  ('tait  encore  fort 
éloignée,  ipTen  octobre,  oîi  elle  était  beaucou[)  plus  proche. 


OBSEKV.VTOIKE    LOWKl.I,,    IS'Ji.   SAISONS   MAltTlKNNES. 


1; 


M.  Schiapai'elli  a  signalé  aussi  de  son  côtr.  l'ii  octnlac'  l.SDî.  ilt^s  varia- 
tions rapides  dans  cette  contrée  de  la 
planète  ('). 

L'Atlautis  a  ollert  les  niOincs  apjia- 
rences.  Elle  n'était  (;erlainemeut  pas 
visible  en  juin  et  juillet,  tandis  (ju'à 
partir  d'octobre  elle  s'est  montrée  admi- 
rablement nette. 

L'auteur  signale  plusieurs  change- 
ments du  même  ordre,  constatés  avec 
la  même  précision. 

Certains  détails  de  ces  variations  sont 
aussi     curieux    qu'intéressants.     Par  ti^    i-'..  -  l  h.-|..  ,,.■  .l- ,  in.n. 

exemple,  le  Fastiûiiim  Aryn.  le  bout  du  cap  triangulaire  qui  l'orme  la  liaii' 

fourchue  du  méridien,  ou  le  Sinus  Sa- 
liaais.  a  commencé  à  subir,  en  octobre, 
une  étrange  métamorpliose.  .kisiiu'au 
I  i  octobre,  c'était,  comme  d'habilude, 
un  cap  triangulaire  d'un  jaune  d'ocre 
s'avanf;ant  dans  le  Sinus  Sabwus.  Mais 
le  1.Ï  octoiire  il  se  prolongeait  par  un 
léger  ligament  vers  le  Sud.  Le  IG,  cette 
queue  se  voyait  tout  le  long  de  Deuca- 
lionis  Regio,  formant  une  sorte  de  pont 
du  conlinent  au  Nord,  à  Deucalion  au 
Sud,  et  coupant  complètement  en  deux 

le  Sinus  Sabœus.  On  le  vit  ainsi  jusqu'à  la  tin  des  oliservalions. 
Une  autre  chaussée  du  même  genn:' 

s'est  montrée  en  novembre,  réunissant 

le  promontoire  de  la  Corne  d'ILnnmon 

avec  Hellas. 
En  novembre  également,  le  Pont  de  la 

Lune  parut  réunir  la  Libye  à  l'IIellas. 
EnQn,  la  région  du  disque  qui  avait 

été  couverte  au  mois  de  juin  par  le  cap 

polaire  austral  montra  la  transformation 

que  voici  dans  sa  teinte.  A.  mesure  que 

la  neige  disparut,  elle  fut  remplacée  par 


Fis-.  \2b.  —  L'HespLTie  le  2i  acnit. 


Fit.'  t-''..  —  i.'Hesncrie  le  30  octol  re. 


(•)  Voir  plus  loin. 


12G  LA   PLAN  ET  li  MARS.  1894 

uiii.'  teinle  l)leuc,  puis  par  du  Lieu  gris,  cnsiiile  par  du  brun  et  flnalemeiit 
par  un  ton  d'ocre.  La  mer  Ciuimériennc  jaunit  la  première,  puis  ce  fut  le 
tour  de  la  mer  des  Sirènes,  puis  de  la  mer  Erythrée  vers  le  lae  du  Soleil. 
En  somme,  la  surface  entière  de  la  planète  subit  le  même  cliangement. 
L'oJjservaleur  pouvait  dire  que  Mars  était  d'une  couleur  «  plus  martiale  » 
en  novembre  qu'en  juin. 

En  comparant  tous  ces  phénomènes,  écrit  l'auteur,  on  sent  que  l'idée  d'attri- 
buer à  de  l'eau  ces  taches  bleu  vert  doit  être  ajjandounée.  Car,  si  telle  était  la 
cause  de  cette  coloration,  qu'est-ce  que  cette  eau  serait  devenue  :\  la  Un  de  la 
saison?  Elle  n'était  nulle  part  sur  la  planète,  et  elle  n'était  pas  non  plus  condensée 
en  neige  autour  du  pûle  sud,  invisible 'alors,  car  ce  cap  polaire  n'avait  pas  pris 
d'extension,  comme  on  l'a  constaté  plus  tard.  Puisque  ces  régions  teintées  ne 
représentent  pas  de  l'eau  et  que  la  végétation  offre  de  loin  une  couleur  analogue, 
l'auteur  conclut  en  faveur  de  cette  dernière.  Lorsque  nous  considérons,  dit-il, 
l'époque  de  l'année  à  laquelle  ces  changements  ont  été  observés,  nous  trouvons 
une  confirmation  chronologitpie  de  l'hypothèse  végétale.  Au  mois  de  juin  1894, 
on  était  au  mois  de  mai  sur  l'hémisphère  austral  de  Mars,  taudis  qu'au  mois  de 
novembre  terrestre  on  était  au  mois  d'août  martien.  Si  la  teinte  vert  bleu  était 
produite  par  des  feuilles,  des  plantes,  etc.,  il  est  tout  naturel  qu'elle  ait  été  très 
vive  à  la  première  date  et  fanée  ;\  la  seconde.  Il  est  donc  probable  qu'il  y  a  plus 
de  végétation  que  d'eau  dans  ce  que  nous  voyons  là. 

Les  canaux,  d'abord  faibles,  clairs,  indistincts,  sont  devenus  de  plus  en  plus 
foncés  et  mieux  visibles  avec  la  saison  et  après  la  fonte  des  neiges.  L'eau  doit 
donc  être  le  principe  de  cette  visibilité,  non  ]iar  elle-même,  sans  doulo,  mais 
par  la  vègétalion  qu'elle  détermine  et  ipi'elle  développe. 

Celle  di'rniere  exidicalion  est  celle  que  nous  avons  adoptée  depuis  long- 
teni^is.  11  sufTit,  après  cerlaines  semaines  sèches  et  chaudes  de  l'idé,  de  voir 
l'inlluence  lrausl'(.)rmatrice  de  ijuelques  bonnes  journées  de  pluie  sur  les 
pelouses  pour  :ipprècier  l'influence  prépondérante  de  l'eau  dans  la  trans- 
formation di's  teintes  végétales.  Les  canaux  peuvent  être  des  prairies, 
comme  les  valb'es  du  Uhiii  ou  du  lihoue,  vues  du  liant  d'un  liallou. 

L'ouvrage  dont  nous  faisons  ici  l'analyse  avec  tout  le  soin  (jui  lui  est  dû 
ne  consacre  pas  moins  de  93  pages  (98  à  191)  h  la  description  des  canaux 
observés.  Il  y  en  a  191 ,  sur  lesquels  six  ont  été  vus  doubles,  successivement  : 
l'Iladi^s,  le  tiauge,  le  Tithonius,  le  Xcclar,  l'Euphrate  et  le  l'iiison.  On  lit 
même  à  l'oljservation  du  1"'  se]ileml)re,  celte  curieuse  note  :  ■<  Deux  Ganges 
doubles,  effet  très  singulier  ». 

l'Iusieurs  de  ces  canaux  ont  été  vus  tlans  les  l'égiiuis  sombres,  les  «  mers  », 
et  ce  n'est  pas  là  l'une  des  observations  les  moins  étonnantes  des  astronomes 


OlîSI'RVATOlIiH    I.OWHl.L.    KAfX    HT   V  KG  HT  AI' ION  .  127 

de  Flay^lalV.  Nous  en  avons  déjà  dit  un  niul  pins  haut  (p.  lll-l!-2  ,  et 
M.  Piekering  les  avait  déjà  signales  en  189-2,  à  Arequipa  ^voir  p.  ti;'.  Nous 
y  reviendrons  plus  loin. 

Les  canaux  de  Mars  pi-ésentont  pour  l'oliservatenr  un  plu^nonirnc  aussi 
étrange  qu'anliU-rrestre.  Mii-u\  on  les  voit  l't  i>lus  ils  étonnent. 

Par  une  atmosplière  calme  et  transparente,  on  est  trappe  par  trois  caractères 
vraiment  extraordinaires  : 

I"  La  direction  singulièrement  droite  des  lignes; 

2"  Leur  largeur  uniforme; 

3°  Leur  rayonnement  de  cei-tains  points  .spéciaux. 

Ces  trois  caractères  éliminent  idusieurs  hypothèses  explicatives.  <  Ces  lignes 
ne  sont  pas  des  fleuves,  car  les  fleuves  n'ont  pas  la  même  largeur  do  leursuuree 
à  leur  embouchure  et  ne  suivent  pas  des  ligues  droites.  Ce  ne  sont  pas  now  plus 
des  crevasses,  soit  dans  la  surface  du  sol,  soit  dans  des  champs  de  glace,  et  ce  ne 
sont  pas  non  plus  des  illusions  d'optique,  car  elles  ne  présentent  aucune  altéra- 
tion dépendant  des  diverses  parties  du  disque,  excepté  celle  qui  est  produite  par 
le  raccourcissement  des  perspectives  à  la  surface  d'uu  globe. 

«  Si  ces  lignes  ne  paraissent  pas  naturelles,  leurs  rencontres  si  nombreuses 
en  certains  points  spéciaux  de  rendez-vous  le  parait  encore  moins.  " 

Mais  ce  qu'il  y  a  de  plus  curieux  encore,  c'est  peut-être  leurs  ;i?pecls 
successifs.  Les  changements  de  La  surface  de  la  planète,  d'une  nuit  à  l'autre, 
d'un  mois  à  l'aulre,  se  retrouvent  ilans  les  plus  petits  détails  des  canaux. 

A  certaines  époques,  les  canaux  sont  invisibles,  et  cette  invisibilité  est  réelle, 
ne  dépend  pas  de  notre  vision.  Ils  sont  alors  absents.  La  distance  n'est  pas  cauhe 
de  cette  invisibilité.  Ce  n'est  pas  toujours  lorsque  la  planète  est  le  plus  proche 
de  nous  qu'on  les  distingue  le  mieux. 

Leur  visibilité  respective  varie  également.  .Vinsi,  à  la  fui  du  mois  d'août  I8'.J4 
et  au  commencement  de  septembre,  les  canaux  eu\ironnant  le  lac  du  Soleil 
étaient  très  évidents,  tandis  que  ceux  qui  sont  au  Nord  étaient  presque  invi- 
sibles. Eu  novembre,  c'était  le  contraire,  les  canaux  du  Nord  étaient  bien  mar- 
qués. Il  en  a  été  de  même  des  canaux  au  nord  ilu  golfe  des  Titans. 

Quant  àrefTet  de  la  distance,  les  canaux  à  l'est  du  Gange  étaient  plus  accentués 
en  novembre  qu'en  octobre,  quoique  la  planète  fût  alors  plus  éloigiiée  de  nous 
dans  la  proportion  de  21  à  18. 

C'est  ce  que  M.  Schiaparelli  avait  d('jà  remarqué. 

M.  Lowell  explique  leurs  changements  de  place  apparents,  eu  disunl  que  les 
variations  dues  aux  saisons  peuvent  non  seulement  affecter  la  visibilité'  d'un 
canal  à  un  moment  donné,  mais  aussi  produire  l'eflet  d'un  changement  de  place 
apparent,  par  suite  de  la  visibilité  d'une  ligue  et  de  l'invisibilité  d'une  autre. 
L'Araxe  nous  en  offre  un  exemple.  Sur  la  carte  de  Schiaparelli,  il  n'y  a  qu'un 


128  LA   PLANÈTE  MARS.  1894 

Phase.  Mais  on  a  vu  là  ciuq  canaux  à  Flagstaiï,  et  beaucoup  d'autres  paraissent 
exister.  Ils  se  croisent  mutuellement  en  toutes  sortes  d'augles.  Que  l'un  ou  l'autre 
soit  visible  tandis  que  d'autres  restent  invisibles,  et  voilà  l'explication  depuis  si 
longtemps  cherchée  pourquoi  l'Araxe  paraît  tantôt  droit  et  tantôt  courbe. 

Le  développement  des  canaux  suit  la  fonte  des  neiges  et  marche  avec  la  saison. 
Leur  aiiparition  commence  dans  les  régions  polaires  et  se  continue  vers  l'équa- 
teur.  En  juin  1894,  ce  sont  ceux  qui  avoisinent  le  lac  du  Soleil  et  le  lac  du  Phénix 
qui  ont  été  visibles  les  premiers.  C'est  la  région  continentale  la  plus  proche  du 
])iile.  L'eau  provenant  de  la  fonte  des  neiges  parait  donc  desce)!d?-e  des  pôles 
vers  l'équatcur. 

A  partir  de  l'époque  où  ils  sont  visibles,  les  canaux  deviennent  de  plus  en  plus 
marqués  à  mesure  que  la  saison  avance.  En  août,  ils  étaient  déjà  très  foncés 
dans  les  régions  circumpolaires.  En  octobre  ils  étaient  visibles  sur  toute  la 
planète.  Leur  extension  dépend,  d'une  part,  de  la  latitude;  d'autre  part  aussi,  de 
leur  proximité  des  grandes  masses  sombres.  Ainsi,  à  l'ouest  delà  mer  du  Sablier, 
les  canaux  se  développent  plus  tôt  que  ne  l'indiquerait  leur  latitude.  De  grandes 
traînées  descendent  du  pôle  à  cette  «  mer  »,  lesquelles,  si  elles  ne  sont  pas 
entièrement  composées  d'eau,  sont  probablement  des  terres  fertilisées  par  des 
filets  d'eau  les  traversant.  Elles  réunissent  la  mer  polaire  avec  la  Grande  Syrte 
en  suivant  presque  des  lignes  droites. 

Ce  qui  prouve  bien  que  ce  n'est  pas  de  l'eau  qui  forme  ainfii  graduellement  les 
canaux,  mais  de  la  végétation  due  à  l'eau,  c'est  la  lenteur  de  cette  formation  à 
partir  des  neiges  polaires  fondantes.  L'eau  circulerait  vite,  tandis  qu'ils  mettent 
des  semaines  et  des  mois  à  prendre  toute  leur  ampleur. 

Maintenant,  ajoute  M.  Lowell,  «  tout  nous  porte  à  voir  là  des  campagnes  arti- 
ficiellement irriguées.  Le  caractère  géométrique  des  lignes  et  leurs  curieuses 
intersections  sont  inexplicables  par  des  procédés  naturels  connus.  La  rareté  de 
l'eau  sur  la  planète  rend  cette  hypothèse  tout  à  fait  vraisemblable.  Si  nous  étions 
là,  c'est  ce  que  nous  ferions.  C'est  une  nécessité  vitale. 

u  D'autre  pai't,  l'aspect  du  réseau  confirme  cette  déduction.  Les  canaux  partent 
des  régions  foncées  précisément  aux  points  que  nous  choisirions  nous-mêmes 
pour  construire  ce  système  d'irrigation.  Je  ne  suppose  pas  pour  cela  que  ces 
constructeurs  nous  ressemblent;  mais  on  doit  reconnaître  là  l'exercice  d'intelli- 
gences que  nous  pouvons  comprendre. 

»  Après  s'être  éloignées  des  régions  sombres,  les  lignes  se  continuent,  avec 
la  même  largeur,  jusqu'à  un  but,  lequel  est  la  jonction  de  rendez-vous  des 
canaux  :  les  oasis.  » 

On  le  voit,  pour  le  foiulaleui'  de  l'Ubservaloire  Lowell,  les  canaux  de 
Mars  représentent  un  système  géométrique  d'irrigations  construit  par  les 
habitants  de  la  planète.  II  ajoute  que  les  rendez-vous  de  lignes  prouvent  mi 
choix  et  n'ont  rien  de  naturel,  que  les  montagnes  n'ont  pas  empêché  la  con- 
struction de  ces  réseaux  et  (ju'elles  sont  rares  sur  la  planète. 


i.owKr.i    —  F.ivS  OASIS.  i;o 

Revenant  aux  i  canaux  ilouliles  >,  aux  géniinations,  ^f.  Lowell  écril  que. 
pour  les  voir,  trois  conditions  sont  nécessaires  :  une  atnios[)lièro  bien  calme, 
une  attention  suffisante  et  la  saison  martienne  convenable.  C'est  une  affaire 
de  saisons  martiennes,  et.  par  conséi[ni'nl,  toutes  les  opposilions  nr  se  res- 
semblent pas.  Aux  oppositions  les  pins  l'avoralilcs  pour  l'observation.  au\ 
oppositions  périhéliques,  la  phuKMe  penche  sou  [nMe  sud  vers  le  Soleil  cl 
vers  la  Terre,  et  c'est  l'époque  (lui  précède  b'  solstice  d'été  de  son  bémi- 
spbèrc  austral.  Alors,  le  système  des  canaux  sud  n'est  pas  encore  déve- 
loppé, et  celui  des  canaux  nord  n'est  pas  visilib:'.  Les  meilleurrs  i'i)oi|ncs 
pour  voir  les  canaux  sont  les  oppositions  dèfavoraltles,  où  la  planète  est 
le  plus  éloignée. 

On  vient  de  remarquer  que,  pendant  l'iqiposition  de  1894-9."),  qucbjnes 
canaux  seulement  se  sont  montrés  doubles  :  le  Gange,  le  Pbison,  etc.  Lr 
dédoublement  n'est  pas  instantané  ;  il  se  prépare  pendant  plusieurs  se- 
maines :  telle  est,  du  moins,  l'impression  de  l'auteur.  Seulement,  on  ne  le 
voit  bien  que  le  jour  où  notre  atmosphère  est  parfaitement  calme  au  point 
de  l'observation. 

«  Les  canaux  dilî'èrent  entre  eux  non  seulement  pour  l'aspect  des  dédoublr- 
ments  et  des  distances  qui  séparent  les  composantes,  mais  aussi  pour  l'époque 
à  laquelle  ce  dédoublement  s'opère.  En  général,  les  canaux  nord  et  sud  se 
dédoublent  avant  les  canaux  est  et  ouest;  cepeudaut,  de  deux  lignes  nord  et 
sud,  l'une  peut  se  dédoubler  et  non  l'autre,  synchroniquenieut  avec  une  gémina- 
tion  est  et  ouest. 

"  La  gémination  n'est  pas  une  ilkisiuii  optique  à  ce  bout-ci  de  la  ligne  visuelle, 
car,  s'il  y  avait  une  double  réfraction,  toutes  les  lignes  allant  dans  la  même 
direction  sur  le  disque  seraient  alïcctées  de  la  même  manière,  ce  qui  n'est  pas. 
-Vu  contraire,  les  dessins  montrent  qu'il  peut  coexister  deux  cas  de  dédouble- 
ments, dans  des  directions  différentes,  coïncidant  avec  des  canaux  simples. 

»  Ce  n'est  pas  non  plus  un  cas  de  double  réfraction  à  l'autre  bout  de  la  ligne 
visuelle,  c'est-à-dire  dans  l'atmosphère  de  Mars,  car,  dans  ce  cas,  il  serait 
difficile  d'imaginer  pourquoi  toutes  les  lignes  ne  seraient  pas  affectées.  Et  puis, 
nous  ne  connaissons  aucune  substance  capable  d'agir  de  la  sorte  sur  une  ]iareille 
échelle  (').  Si  le  phénomène  n'est  pas  causé  par  une  double  réfraction,  il  a 
une  existence  réelle. 

»  Le  mode  de  développement  des  géminatious  a  aussi  son  importance.  Ainsi, 
le  Gange  parut  d'abord  être  dans  une  condition  protoplasmique  intéressante, 

(')  Ce  raisonnement  n'est  pas  aussi  serré  que  celui  du  paragraphe  précédent.  Il 
pourrait  se  faire  que  toutes  les  lignes  ne  fussent  pas  affectées,  parce  que  les  condi- 
tions atmosphériques  ne  sont  pas  les  mêmes  partout.  El  de  ce  que  nous  ne  connais- 
sons aucune  subst;anoe  capable  d'agir  de  la  sorte,  cela  ne  prouve  pas  qu'il  n'y  en  ail 
point. 

F.,  II.  9 


130 


l,A    l' LA  m:  TE    MAKS. 


181M 


pendant  l'été,  l^c  3U  juillet,  M.  Pickering  suspecta  sa  duplicité,  mais  décida 
ensuite  autremcQt.  Lorsque  je  l'observai  eu  août,  des  indications  {hints)  de 
gémination  se  montraient.  Il   se  pre'scntait  comme  une  rangée  très  large,  mais 


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ï'ig.  157.  Fig.  i::s. 

Les  transformations  du  Gange.  Deissins  iiris  le  2  septembre  et  le  12  octobre. 

non  foncée,  de  couleur  assez  somlire,  à  peu  près  d'une  largeur  uniforme  d'une 
extrémité  à  l'autre.  Par  moments,  les  deux  rives  paraissaient  plus  foncées  que 
l'espace  intermédiaire.  Ce  n'était  là  que  l'embryon  de  la  gémination. 

»  En  octobre,  elle  avait  sensiblement  progressé,  et  en  novembre  elle  était 
complète.  Mais,  quoique  le  Gange  fût  double,  la  Fontaine  de  Jeunesse  ne  l'était 
pas,  ni  le  canal  qui  y  conduit  {(uj.  127  et  128).  » 

Le  Xcctar,  l'Euphrate  et  le  Phison  furent  vus  ensuite  parfaitement  doubles. 


/ 


Fig.   129. 

Le  ilêdoublrineal  do  rF,\i|ilirate  et  du  Phison. 

(De.-^sin  du  19  novembre). 


Fig.  130. 
Le  lao  du  Soleil  fendu  en  deux. 


ces  deux  derniers  depuis  le  18  novembre  jusqu'à  la  fin  des  observations.    La 
ligure  129  représente  ceux  dessinés  le  10  novembre  par  M.  Lowell. 

Le  lac  du  Soleil  a  paru  feiidii  en  doux  les  '.)  et  12  octobre  [fuj.  13Û,i,  observation 
déjà  faite  antérieiu'cnient  i  '  ). 

(,' ;  Juin  IS'JO  (i-ioir  Tunie  1,  ji.  'ilb  ei:û:i).  Lo  9  juin  1890  correspond  à  24  jours  avant 
l'éLiuinoxe  de  printemps  austral,  arrivé  le  3  juillet.  Le  9  octobre  1894  correspond  à 
39  jours  après  le  solstice  d'été  austi-al,  arrivé  lo  31  août. 


i,owi:i.i,    -  t.i;s  OASIS.  '13I 

Parmi  les  résultats  les  plus  caractéristiques  de  celte  analyse  si  complète 
et  si  attentive  de  la  surface  de  Mars  par  les  astronomes  de  roijscrvatoire 
Lowell,  nous  devons  signaler  maintenant  la  conclusion  relative  aux  oasis. 
Nous  tenons  à  passer  en  revue  ce  que  chaque  observateur  de  Mars  croit 
pouvoir  conclure  de  ses  études,  car  ce  n'est  ([ue  par  la  comparaison  de  ces 
résultats,  quelque  discordants  qu'ils  paraissent  parfois,  que  nous  pouvons 
créer  nous-mêmes  un  ensemble  aussi  rapproché  que  possible  de  la  réalité. 
C'est  à  l'aide  de  pierres,  de  fer,  de  bois,  de  vene,  d'étoffes,  etc.,  que  l'on 
construit  une  maison. 

Pour  M.  Lowell,  la  surface  jaune,  continentale,  saharienne,  de  la  planète 
est  parsemée  d'innombrables  petites  taches  rondes  ou  ovales  dont  toutes, 
sans  une  seule  exception,  sont  en  connexion  avec  les  canaux.  Nous  publions 
ci-après  fig.  131-132)  les  deux  vues  principales  du  globe  construit  par 
M.  Lowell,  dont  nous  avons  parle  plus  haut  et  dont  nous  avons  déjà  pré- 
senté [fig.  118-121  I  quatre  petites  réductions.  Les  oasis  circulaires  sont  des 
points  de  rendez-vous.  Quand  les  canaux  sont  doubles,  au  lieu  d'être 
rondes,  ces  taches  sont  rectangulaires  avec  des  angles  arrondis.  En 
général  elles  ont  de  190  à  :i40  kilomètres  de  diamètre. 

C'est  l'observation  de  lEuménides-Orcus  qui  a  mis  l'auteur  sur  la  voie. 
Ce  long  canal  ne  mesure  pas  moins  de  5700  kilomètres  d'une  extrémité  à 
l'autre,  du  lac  du  Phénix  et  presque  du  lac  du  Soleil  au  Trivium  Charontis. 
En  l'observant  attentivement,  on  pensait  à  un  collier  de  perles  entourant  le 
globe  de  Mars  ['  .  Peu  à  peu,  le  Pyriphlegethou  et  le  Gigas  produisirent  un 
effet  analogue.  Ces  perles  se  trouvaient  à  l'intersection  de  petits  canaux  tra- 
versant le  canal  principal.  Elles  devenaient  plus  visibles,  plus  foncées,  en 
même  temps  que  les  canaux,  ou,  pour  mieux  dire,  aussitôt  après,  avec  la 
saison,  en  novembre,  correspondant  au  mois  d'août  de  l'été  mai-tien.  Les 
saisons  sont  bien  plus  marquées  aux  environs  de  l'équateur  de  Mars,  dans 
la  zone  tropicale,  que  sur  la  Terre. 

Ces  taches  ne  sont  pas  des  lacs,  car  leur  visibilité  ne  provient  pas  d'un 
agrandissement  de  surface,  de  l'arrivée  des  eaux,  mais  du  changement  de 
teinte  :  celle-ci  s'assombrit  comme  le  ferait  une  teinte  végétale.  Ce  change- 
ment de  teinte  suit  la  fonte  des  neiges,  comme  l'apparition  des  canaux.  Ce 
sont  donc  là  des  régions  de  végétation,  des  oasis  fertilisées  par  rinliltratiou 
des  eaux,  au  milieu  de  vastes  déserts,  et  non  sans  intention  «  oases  not 
innocent  of  design  ». 

C'est  même  là  le  but  de  l'existence  des  canaux,  -i  Supposer  un  effet  du 

I  '  )  Ces  lacs  de  l'Euménides-Orcus  avaient  déjà  été  signales  par  M.  Gale,  à  Sydney, 
en  isai.    Voir  plus  haut  p.  91,  fig.  111  et  p.  'J'.'.) 


13?  LA    PLANÈTE    MARS.  iSOi 

li.isaid  ùquivaudrait  à  dire  qu'une  collection  fortuite  de  chillies  pourrait 
Idiiuer  une  table  de  multiplication.  L'économie  du  système  est  évidente, 
d  ailleurs,  parle  fail  ([ueles  canaux  sont  tracés  en  ligne  droite,  c'est-à  dire 
suivant  le  plus  court  chemin.  » 
Signalons  enfin  les  nhservations  faites  sur  le  terminateui',   ou  méridien 


Fvj,    l:;i. 


liliilie  'le  Mai-^.  Côli'  (le  l.i  mer  lie.  Sirènes  cl  de  l'Euiiieiiide~-Uieii- 


limite  entre  l'hémisphère  éclaire  et  l'hiunisphére  obscur,  le  lonij-  duquel  ou 
a  vu,  soit  des  points  brillants,  soit  des  dépressions.  Ces  déformations  sont 
nombreuses  etcerlaines.  Les  dépressions  s'expliquent  par  le  caractère  de  la 
surface,  plus  sombre  là  qu'ailleurs  et  sans  doute  plus  humide.  L'auteur 
pense  qu'il  y  a  là  des  brouillards.  Les  projections  ou  points  lumineu.\  s'ex- 
pliquent par  des  nuages  élevés,  qui  se  formeraient  après  le  coucher  du 
soleil.  11  n'est  pas  question  de  signaux  adressés  par  les  habitants. 
Voici  les  conclusions  de  M.  Lowell  : 


I.OWELL.   -    LES   OASIS. 


m 


1"  Les  changements  que  l'on  observe  sur  la  planète  prouvent  Texistence  d'une 
atmosphère  : 

2°  La  lumière  du  bord,  la  présence  d'un  crépuscule,  la  clarté  générale  du 
disque,  donnent  des  indications  sur  la  densité  de  cette  atmosphère.  A  la  surface 
de  la  planète,  la  pression  barométrique  n'est  probablement  que  de  10  centi- 
mètres, mais  elle  doit  diminuer  moins  rapidement  qu'ici  avec  l'altitude; 


Fi:.-.  1.; 


Globe  de  M:u'~.  De  la  mer  du  Sulilioj'  à  la  Baie  du  Merili. 


3"  La  présence  d'une  bande  sombre  bordant  le  cap  polaire  pendant  sa  dimi- 
nution, montre  que  ce  cap  peut  être  composé  de  neige  d'eau  et  non  de  neige 
d'acide  carbonique. 

■4»  Ce  cap  fond  si  complètement,  qu'après  s'être  étendu  sur  toute  la  zone  froide; 
de  la  planète,  il  disparaît  entièrement  un  peu  après  le  milieu  de  l'été: 

5°  Du  fait  que  le  cap  polaire  est  composé  d'eau  glacée  et  que  la  foute  est  si 
grande,  il  résulte  que  la  température  moyenne  de  la  planète  est  assez  élevée; 

6"  Les  points  brillants  observés  sur  le  cap.  les  crevasses  qui  le  traversent,  les 


134  LA  PLANÈTE  MARS.  ISO'i 

parties  qui  s'en  détachent,  montrent  comment  la  fusion  s'opère  et  montrent 
aussi  qu'elle  s'effectue  toujours  de  la  môme  façon,  d'année  en  année.  La  topo- 
graphie polaire  est  donc  permanente  ; 

7°  L'association  des  parties  les  plus  larges  de  la  mer  polaire  australe  avec  les 
régions  foncées  de  la  planète  implique  une  association  de  niveau  entre  elles  ; 

8°  La  présence  de  bandes  foncées  traversant  ces  mêmes  régions  sombres 
depuis  le  cap  polaire  jusqu'aux  contrées  équatoriales  à  l'époque  de  la  grande 
fonte  des  neiges,  et  leur  disparition  consécutive,  montrent  dans  cette  associa- 
tion une  relation  de  cause  à  effet  ; 

9"  Les  régions  appelées  mers  ne  sont  pas  des  étendues  d'eau  :  a,  parce  que  la 
lumière  qu'elles  réfléchissent  n'est  pas  polarisée,  tandis  que  la  mer  polaire  l'est; 
h,  parce  qu'elles  s'efTacent  à  mesure  que  la  saison  martienne  avance,  sans  que 
d'autres  parties  du  disque  s'assombrissent;  c,  parce  qu'à  certaines  époques  on 
aperçoit  sur  elles  des  taches  claires  ou  sombres.  Tous  ces  aspects  s'expliquent 
si  l'on  voit  là  des  surfaces  de  végétation  ; 

10°  D'après  les  observations,  il  n'y  a  aucune  étendue  d'eau  sur  la  planète,  ni 
permanente,  ni  temporaire,  à  l'exception  de  la  mer  polaire. 

11°  Les  projections  et  les  dépressions  vues  sur  le  terminateur  montrent  que 
le  globe  martien  est,  selon  toute  probabilité,  très  uni,  et  que  les  points  lumineux 
sont  dus  à  des  nuages  se  formant  après  le  coucher  du  soleil  ou  parfois  avant  son 
lever,  l'hypothèse  des  montagnes  étant  incompatible  avec  les  observations  ; 

12°  Les  surfaces  claires  paraissent  être  des  déserts,  mais  on  ne  s'explique  pas 
encore  l'éclat  temporaire  et  périodique  de  certaiues  régions; 

13°  Des  changements  progressifs  se  produisent  à  la  surface  de  la  planète,  d'un 
p(Jle  à  l'autre,  dans  le  cours  d'une  demi-année  martienne.  Ces  changements 
commencent  avec  la  fonte  des  neiges  polaires  et  se  développent  comme  le  ferait 
de  la  végétation.  La  vie  végétale  se  n\ontre  là  aussi  clairement  que  possiljle; 

14°  Il  y  a  peu  d'eau  sur  la  planète,  et  elle  est  employée  par  la  circulation 
météorologique,  qui  la  dépose  alternativement  à  chaque  pôle  sous  forme  de  neige. 
S'il  y  a  1;\  un  ordre  de  vie  supérieur  à  la  vie  végétale,  un  ordre  capable  d'agir  et 
de  faire  servir  à  un  but  les  forces  de  la  nature,  on  se  sera  efforcé  d'utiliser  pour 
la  vie  toute  l'eau  disponible,  car  aucun  organisme  ne  peut  vivre  sans  eau. 

Par  conséquent,  l'irrigation  en  faveur  de  l'agriculture  serait  la  base  fonda- 
mentale de  la  vie  martienne.  Or,  que  voyons-nous  sur  Mars?  Un  réseau  de  lignes 
fines  couvrant  la  surface  déserte  de  la  planète.  Toutes  ces  lignes  sont  géométri- 
quement tracées;  elles  correspondent  avec  colles  qui  traversent  les  régions 
sombres,  et  qui  viennent  du  cap  polaire  :  ce  système  de  lignes  se  développe 
comme  conséquence  de  la  fonte  des  neiges  polaires,  commence  à  se  montrer  au 
printemps,  est  à  son  maximum  en  été  et  s'évanouit  ensuite. 

Ces  lignes  quittent  les  régions  foncées  à  certains  points  spéciaux  et  convergent 
dans  les  régions  claires  vers  certains  points  de  rendez-vous  ;  aux  endroits  où 
elles  partent  des  régions  sombres,  on  voit  des  taches  triangulaires  remarquables  ; 


ARC  CRÊPUPCn  AIRK   PFR    MARS.  !,'!■> 

aux  points  où  elles  se  rencontrent,  ce  sont  dos  taches  rouiles.  C'est  précisément 
là  l'aspect  que  présenterait  un  système  lopique  d'irritration. 
D'où  l'on  conclut  : 

A.  [.'habitabilité  généraU  do,  la  planète  <■  the  (jcncral  habitability  of  Ihe 
planel  »  ; 

B.  Son  habitation  actuelle  par  quelque  forme  d'intelligence  locale  «  ils  actual 
habitation  at  the  présent  rnoinent  6?/  some  form  of  local  intelligence  ». 

Telles  sont  les  conclusions  que  M.  Lowell  a,  lircos  do  ses  nombreuses 
observations  et  de  celles  de  ses  collaborateurs.  Elles  sont  du  plus  haut 
intérêt,  quoique  assurément  discutables,  ol  font  avancer  notre  connaissance 
de  la  planète  lors  même  qu'on  ne  les  adnu'tlrait  jias  comme  défiuitives. 

Les  astronomes  de  Flagstaffse  sont  aussi  occupes  des  satellites  de  Mars. 
Les  diamètres  probables  seraient  : 

Deimos  =  10  miles  —  16  kilomètres. 
Ptiotîos  =  .36     -       -  .58         ^ 

Ce  sont  vraiment  là  de  petits  départements. 

CLXXIV.    —   I.OWELL.   PlCK-ERINÛ  ET  DoUGL.iSS.    —  ARC  C.RÉPUSCUI..4inK. 

Pendant  la  même  opposition,  les  observateurs  dont  nous  venons  de 
résumer  les  travaux  en  une  synthèse  générale  ont  pris  une  série  de 
mesures  spéciales  des  diamètres  polaire  et  équatorial  de  Mars,  qu'il  importe 
d'exposer  ici. 

Ces  mesures,  discutées  par  M.  Lowell,  fournissent  : 

1°  De  nouvelles  valeurs  des  diamètres  polaire  et  équatorial  de  Mars  ; 

2»  Une  nouvelle  valeur  de  l'aplatissement  de  Mars; 

3°  La  preuve  de  la  présence  d'un  arc  crépusculaire  sur  Mars,  d'environ  10»  de 
large. 

Les  mesures  faites  par  M.  Douglass  s'étendent  du  l'i  juillet  au  ','1  novembre  ISHi; 
elles  ont  été,  pour  la  discussion,  réunies  en  deux  groupes,  du  ;'0  septembre  au 
5  octobre,  et  du  1-2  octobre  au  21  novembre  : 

On  s'est  servi  des  éphémérides  de  M.  Marth.  On  a  eu  soin  île  placer  le  fil  lon- 
gitudinal du  micromètre  soit  parallèlement,  soit  perpendiculairement,  à  l'axe 
polaire  de  la  planète;  on  a  eu  soin  aussi  de  maintenir  la  direction  joignant  les 
deux  yeux  parallèle  au  fîl  micrométrique  ou  parallèle  au  fil  transversal. 

Du  12  octobre  au  21  novembre,  il  a  été  fait  275  mesures,  dont  140  se  rapportent 
au  diamètre  équatorial  et  lo.j  au  diamètre  polaire.  Chaque  mesure  se  compose  en 
général  de  cinq  pointés.  Les  Tableaux  du  Mémoire  de  M.  Lo-nell  contiennent  les 
résultats  de  ces  mesures  réduites  en  secondes  d'arc  et  corrigés  : 


13r.  LA   PLANÈTE   MARS.  1894 

Des  erreurs  de  la  vis, 

De  la  réfraction, 

De  l'irradiation  (du  limbe  et  du  termiiiateur  de  Mars), 

De  la  phase, 

De  la  distance. 

I,a  première  série  d'observations  conduit  aux  deux  remarques  suivantes  : 

1"  M;irs  est  aplati  aux  pôles; 

■J°  Il  existe  une  différence  systématique  entre  les  valeurs  du  diamètre  équato- 
rial  résultant  des  observations  d'octobre  et  de  novembre. 

Les  mesures  de  novembre  donnent  une  valeur  plus  grande  pour  le  diamètre 
équatorial  que  celles  d'octobre;  une  augmentation  analogue  ne  se  manifeste  pas 
prinr  les  mesures  du  diamètre  polaire. 

Frappé  par  ce  fait,  M.  Lowell  a  eu  l'idée  de  grouper  les  observations  en  ayant 
égard  h  la  date  de  l'opposition. 

Les  moyennes  des  valeurs  du  diamètre  équatorial  et  du  diamètre  polaire  cor- 
respondant à  ces  trois  groupes  sont  les  suivantes  : 

liinniêlri'  Diamètre 

DATES.  IHiI.lirt*.  i'<|U.ltoriill  . 

15-23  Octobre ;i",37il  9",42U 

12-30       ~        9,378  9,440 

2--;:i  Nuvembrc.     ..  9,390  9  ,5i,'i 

Les  mesures  accusent  une  augmentation  dans  les  valeurs  du  diamètre  équato- 
rial, tandis  que  la  valeur  du  diamètre  polaire  reste  ;\  peu  près  la  même. 

<  )r,  toutes  les  mesures  ayant  été  corrigées  de  la  réfraction,  de  l'irradiation,  de 
la  ])liase,  de  la  distance,  de  l'inclinaison  de  l'axe,  les  moyennes  auraient  dû  s'ac- 
corder, comme  cela  a  lieu  efl'cctivemcnt  pour  les  valeurs  du  diamètre  polaire;  les 
valeurs  du  diamètre  équatorial,  au  contraire,  diffèrent  suivant  l'époque  des  obser- 
vations. L'auteur  fait  remarquer  que,  parmi  les  corrections  appliquées,  celle  de  la 
pliaso  est  la  s<'uli'  qui  varie  ]proportionnellement  à  l'intervalle  do  temps  écoulé 
.le]iuis  l'opposition;  or,  cette  correction  est  connue  avec  une  grande  précision, 
imisqu'elle  ({(-pend  des  mouvements  et  des  distances  de  Mars  et  de  la  Terre. 

L'iiiclinaison  de  l'axe  pol.nire  de  Mars  entre  aussi  dans  le  calcul  du  di.'imètrc 
équatorial. 

L'augmentation,  d'après  M.  Lowell,  doit  être  attribuée  à  un  arc  crépasculaira 
sur  Mars.  L'arc  crépusculaire,  dit-il,  est  une  conséquence  do  l'atmosphère  plané- 
taire; pour  un  obser\atour  eu  dehors  de  Mars,  le  crépuscule  aurait  pour  effet  de 
prolonger  le  terminateur  au  delà  de  ses  limites  réelles,  d'oii  résulterait  une 
augmentation  dans  le  diamètre  éi[uatorial  lorsque  la  planète  passe  de  la  phase 
polaire  :\  la  phase  gibbeuse.  D'après  les  calculs  de  l'auteur,  l'arc  crépusculaire 
serait  de  lO»;  cet  arc  est  de  IS"  sur  la  Terre  (le  Mémoire  est  ici  accompagné  de 
l'urmules). 

Imi  appliquant  aux  mesures  de  U.  Douglass  la  correction  de  l'arc  crépuscu- 


ARC   CRKPUSCDLAIRE  STR   MARS.  137 

laire,  >[.  l.owell  obtient  les  valeurs  suivantes  pour  les  diamètres  équatorial  et 
polaire  : 

Diamètre  Diami-tri" 

DATES.  ]iolair^>.  énuatoriaU 

15-22  Octobre 9", 350  9",'i0'i 

12-30       —      ' 'J,3ô4  9,3% 

2-21  Novembre 'J,3ô3  '.I  .m 

Ces  valeurs  s'accordent  maintenant  entre  elles. 

Les  observations  du  15  au  23  octobre  conduisent  ;\  la  valeur  ilo  pour  l'aplatis- 
sement de  Mars.  L'auteur  fait  remarquer  que  cette  valeur  est  probablement  trop 


1 

19  1' 


faible.  La  comparaison  de  toutes  les  mesures  équatoriales  et  polaires  conduit  à 
valeur  comprise  entre  les  limites  extrêmes  de  l'aplatissement  théorique,  ytz  e' 
ji-,  indiquées  par  M.  Tisserand. 
Les  valeurs  définitives  adoptées  par  M.  Lowell  sont  : 

Diamètre  équatorial  :  9", 40  "  0", 007 
Diamètre  polaire  :       9,35  —  0.007. 

Le  diamètre  polaire  est  souvent  trop  grand. 

La  cause  de  cette  augmentation,  l'auteur  la  trouve  dans  la  présence  des  taches 
polaires  à  l'époque  des  observations.  La  tache  polaire  australe  était  alors  située 
excentriquement  par  rapport  au  pôle  sud,  à  a"  de  latitude  et  .")9<>  de  longitude;  et 
comme  le  pôle  sud  était  dirigé  vers  l'observateur,  la  tache  polaire  se  trouvait, 
par  suite  de  la  rotation  de  Mars,  tautôt  sur  le  disque  de  la  planète,  tantôt  sur  le 
limbe;  l'augmentation  apparente  du  diamètre  polaire  serait  <lue  à  l'irradiation. 

L'auteur  justifie  cette  assertion  par  le  calcul  des  positions  de  la  tache  polaire 
pour  les  dates  en  question.  L'inspection  des  mesures,  dit-il,  permet  de  suivre 
les  modifications  subies  dans  la  position  de  la  tache. 

Un  diagramme  donnant  la  distance  angulaire  de  cette  tache  an  pôle  accompa- 
gné d'un  Tableau  des  valeurs  des  diamètres  sert  à  éclaircir  ce  point. 

Les  remarques  précédentes  expliquent  pourquoi  l'arc  crépusculaire  a  passé 
inaperçu  jusqu'ici.  Le  crépuscule  tendant  à  auirmenter  le  diamètre  équatorial  et 
l'irradiation  des  taches  polaires  tendant  à  augmenter  le  diamètre  polaire,  il  en 
résulte  une  augmentation  apparente  du  disque  tout  entier  :  les  deux  causes  se 
masquent  ainsi  l'une  l'autre.  Ces  deux  causes  se  sont  révélées  d'elles-mêmes, 
écrit  l'auteur,  dans  la  discussion  d'une  nombreuse  série  de  mesures  s'étendant 
sur  un  intervalle  de  plusieurs  mois.  La  période  de  ces  deux  phénomènes  n'est 
pas  la  même.  Ainsi,  l'irradiation  produite  par  les  neiges  polaires  a  une  période 
dans  laquelle  entrent  trois  facteurs  :  un  intervalle  de  37  jours,  l'année  de  Mars. 
rinclinai.sou  de  l'axe  polaire  de  Mars  par  rapport  à  la  Terre.  L'arc  crépusculaire 
a  une  période  de  13  mois  environ.  Jusqu'ici  les  mesures  des  diamètres  de  Mars 
ont  été  faites  sans  avoir  égard  ni  à  l'arc  crépusculaire,  ni  aux  taches  polaires,  ni 
à  la  variation  dans  la  position  de  ces  taches;  il  en  résultait  un  désaccord  dans 
les  valeurs  de  l'aplatissement  déduites  de   ces  observations,  désaccord  qui    a 


138  LA  PLANETE  MARS.  1894 

été  attribué  jusqu'ici  aux  erreurs  d'observations.  Ce  désaccord  disparaît  quand 
on  a  égard  aux  deux  causes  eu  question. 


C'LXXV.        Perciv.vl  Lowell.  —  Les  Longitudes  M.\iitiexnes  (M- 

Nous  écrivions  au  Tome  I,  pa^je  480,  à  propos  des  observations  de  M.  Wisli- 
cenus,  à  Strasbourg,  en  1890,  de  ses  longitudes  martiennes  et  de  sa  carte  : 
«  Ces  positions  nous  paraissent  toutes  un  peu  trop  à  droite.  Le  méridien  0° 
est  à  peu  près  à  la  longitude  7°  de  cette  carie.  La  pointe  boréale  de  la  mer 
du  Sablier  devrait  être  à  283°  au  lieu  de  29.'>°,  le  lac  du  Soleil  à  Si)"  au  lieu 
de  95°,  le  lac  Niliacus  à  33°  au  lii'U  de  4i",  le  golfe  des  Perles  à  18°  au  lieu 
de  28°.  Les  ditrérences  varient  de  -h  3°  cà  -^  12°.  » 

Nous  avons  vu  aussi  plus  baut  (p.  70)  que  M.  Keeler,  en  1892,  a  trouvé 
une  difTérence  constante  de  longitude  entre  ses  observations  et  les  photo- 
graphies d'un  globe  de  Mars,  faites  pour  les  heures  de  ces  observations, 
les  longitudes  du  méridien  central  de  ces  photographies  surpassant  celles 
des  dessins  d'environ  7°.  La  planète  retardait  donc  de  cette  quantité. 

Souvenons-nous  de  l'origine  du  méridien  zéro  de  M.  Schiaparelli  et  de  ce 
que  nous  avons  pris  soin  de  signaler  (I,  p.  2921  :  i  Si  l'on  compare,  disions- 
nous,  ce  méridien  zéro  à  la  carte  de  M.  Green,  un  renuu-que  entre  les  deux 
une  différence  de  7°;  celui  de  M.  Green  passe  à  droite  de  la  baie  du  Méri- 
dien, et  cette  différence  s'étend  à  toute  la  carie.  A  cause  des  circonstances 
atmosphériques,  ce  point  zéro  des  longitudes  de  Jl. Schiaparelli  n'a  pu  être 
l'objet  que  d'une  seule  mesure;  il  pourrait  y  avoir  une  erreur  constante 
dans  la  numéi-atinn  des  degrés,  ce  qui  ne  changerait  rien,  d'ailleurs,  à 
l'exactitude  des  positions  relatives  » . 

En  octobre  et  novembre  1894,  M.  Lowell  a  fait  des  observations  à  l'aide  de 
l'excellent  objectif  de  0'",  45  dont  nous  avons  parlé,  armé  d'un  grossisse- 
ment de  440,  et  a  mesuré  au  micromètre  les  positions  des  points  principaux. 
Entre  l'œil  et  l'oculaire  il  avait  interposé  avec  avantage  un  verre  jaune, 
comme  l'a  fait  souvent  M.  Schiaparelli. 

Il  commença  ses  observalions  par  le  Fasligium  Aryu  et  trouva  (fu'il 
arrivait  constamment  au  méridien  central  après  l'heure  donnée  par  les 
éphémérides. 

Lorsque  le  golfe  des  Titans  se  présenta  ensuite,  en  novembre,  le  même 
retard  fut  constaté. 

Un  grand  nombre  de  points  furent  observés.  Pour  chacun  d'eux  il  y  a  un 
retard  d'environ  5°. 

('j  On  inartiun  lomjitudcif.  The  Aslrophysical  Journal,  isyj,  t.  L  p.  393. 


LES  LONGITUDES  MARTIENNES.  139 

C'est  comme  si  la  lumiiTC  mettait  plus  de  temps  que  no  l'indique  le  calcul 
pour  venir  de  Mars  à  la  Terre,  environ  20  minutes.  Ce  n'est  pas  admissible. 

M.  Lowell  pense  que  la  période  de  rotation  admise  est  trop  courte.  Ce 
n'est  pas  acceptable  non  .plus,  à  cause  des  anciennes  observations  concor- 
dantes. 

On  pourrait  peut-être  penser  que  l'atmosphère  de  Mars  dévie  les  images 
vers  la  droite,  au  mr>ridion  central.  Mais  c'est  là  une  idée  féconde  en  diffi- 
cultés. 

Ou  bien,  tout  simplement,  les  observateurs  ne  seraient-ils  pas  influencés 
par  leur  observation  même,  qu'ils  auraient  une  tendance  à  inscrire  à 
l'heure  même  de  son  commencement';'  Toutefois,  vingt  minutes  c'est  beau- 
coup, même  pour  Mars.  Pour  Jupiter,  l'idée  serait  absurde. 

Ou,  plus  simplement  encore,  on  peut  se  tromper  de  quelques  degrés 
dans  l'estimation  des  positions,  le  sens  de  la  rotation  et  la  phase  étant  des 
facteurs  non  négligeables. 

L'e.xplication  la  plus  simple  nous  paraît  de  penser  que  cette  différence 
n'est  pas  bien  dégagée  des  erreurs  d'observation.  Ainsi,  Fastigium  Aryn 
se  trouve  de  7°  à  gauche  du  méridien  sur  la  carte  de  Green  Tome  I, 
f\g.  1671.  tandis  qu'elle  est  de  7"  /(  droite  sur  celle  de  M.  ^^'isliceuus  id., 
fig.  251).  M.Schiaparelli  nous  paraît  plus  près  de  la  vérité,  ses  observations 
de  1888  confirmant  celles  de  1877. 

Il  serait  utile  de  déterminer  plusieurs  origines  indépendantes  de  longi- 
tudes martiennes,  telles  que:  l°]a  baie  du  Méridien,  2° le  lac  du  Soleil,  3° le 
golfe  des  Titans,  etc. 

(LX.WL  —  ^\■.-lI.  PiCKERiNc—  liEs  Mers  de  M.^rs. 

L"un  des  observateurs  de  l'Observatoire  Lowell  a  fait  sur  cet  important 
sujet  des  mers  martiennes  une  communication  spéciale  (')  que  nous  résu- 
merons ici.  Nous  en  avons  déjà  dit  quelques  mots  plus  haut  (p.  109,  112 
et  123  . 

La  première  observation  de  Mars  faite  à  l'Uliservatoire  Lowell,  à  l'aide  de  la 
lentille  de  0'",4.5,  a  eu  lieu  le  ■"■juin  1894.  Depuis  cette  date,  les  observations 
ont  été  continuées  presque  chaque  nuit.  Ce  qui  me  parait  être  la  plus  impor- 
tante conclusion  que  Ion  puisse  déduire  de  notre  travail  jusqu'ici,  c'est  que  Mars 
ne  présente  pas  toujours  le  même  aspect  à  des  époques  corresponda^Ucs  de 
deux  années  martiennes  consécutives.  Cette  remarque  ne  s'applique  pas  seu- 
lement aux  petits  détails,  mais  aussi  aux  aspects  généraux.  De  plus,  cette  diffé- 

('■  Aslronomy  and  Astro-Physics.  vol.  XIII.  p.  Jj3. 


140  LA   PLANÈTE   MARS.  1894 

rence  ne  paraît  pas  simplement  due  au  fait  qu'une  saison  arrive  quelques 
semaines  plus  tard  que  l'autre,  mais  à  ce  que  les  phénomènes  présentés  pen- 
dant les  deux  années  sont  différents. 

Ainsi  la  branche  centrale  de  l'Y,  juste  au  nord  deNoachis,  qui  était  si  marquée 
en  1892,  n'était  pas  visible  en  juin  1894.  Il  est  vrai  que  M.  Lowell  a  cru  la  voir 
faiblement  indiquée,  mais,  bien  que  je  l'eusse  examinée  le  même  soir,  je  n'en 
suis  pas  sûr.  Cependant  la  délinitiou  était  telle  que,  si  elle  eut  été  la  môme  qu'en 
1S9'2,  on  l'aurait  reconnue  au  premier  cou])  d'œil.  Je  l'ai  encure  examinée  à  l'appa- 
rition de  juillet  1894,  mais  sans  en  apercevoir  de  traces.  Deux  dessins  faits  par 
M.  Campbell  les  18  et  -20  juillet  1892,  et  puijliésjiar  la  Société  Astronomique  du 
Pacifique  {voir  plus  loin,  p.  144).  la  montrent.  Un  dessin  présentant  son  aspect  le 
4  septembre  1892  m'a  été  envoyé  par  M.  Russell.  de  l'Observatoire  de  Sydnej- 
(Nouvelle-Galles  du  Sud).  Ainsi  cette  branche  serait  caractéristique  de  l'oppo- 
sition de  1892.  Cette  même  région  a  été  très  soigneusement  dessinée  par  M.  Dou- 
glass  et  moi-même,  plusieurs  fois,  entre  le  .'iO  juin  et  le  6  juillet  1894,  sans  que 
nous  ayons  pu  distinguer  de  traces  de  la  branche  centrale.  A  ces  dates,  Mars 
avait  la  même  position  dans  son  orbite  que  les  12  et  18  août  1892.  Un  dessin 
fait  par  moi-même  le  13  août  1892  montre  la  branche  centrale  très  clairement. 
Il  serait  intéressant  de  savoir  si  son  aspect  a  été  noté  cette  année  par  les 
observateurs  australiens,  jjuisque,  pour  leur  longitude,  il  devait  être  visible  vers 
le  milieu  du  mois  de  juin. 

Non  seulement  la  branche  centrale  de  l'Y  a  été  invisible  cotte  année,  mais 
encore  la  grande  tache  bleu  sombre  qu'elle  mettait  en  ooniniunication  avec  la 
calotte  polaire  australe,  et  que  nous  avons  appelée  mer  du  Nord,  ('tait  bien 
moins  marquée  et  beaucoup  plus  petite  qu'en  1892  (  't. 

De  même  un  grand  golfe  noir,  limitant  la  neige  fondante  au  nord,  et  situé 
droit  au  sud  de  Syrtis  Miuor,  a  été  un  trait  frappant  de  nos  observations  de  cette 

(')  Cette  n  branche  centrale  de  l'Y  »  dont  parle  iM.  Pickeriiig  forme  le  prolonge- 
ment gauche  de  la  nier  l'Erythrée,  le  Sinii.s  Saba'us  formaiil  la  branche  de  droite,  et 
l'Hellespont  \a  l.iranche  de  gaiirhe.  Il  f^uit  alors  siipiiosor  la  planète  très  peiiclR-e 
vers  la  gauche.  Dans  ce  cas,  l'aspect  normal  de  IS'JÎ  s(M'ait  à  ]ieu  près  celui  de  la 
fiij.  96,  p.  7!  de  cet  ouvrage,  sur  laquelle  celte  mer  alloni^x'c  est  très  foncée.  Compa- 
rer aussi  hv  /ig.  89,  p.  05,  de  M.  Pickeriug  lui-iuéinc,  retournée,  ^l.  Schiaparelli  a 
signalé,  d'autre  part  {/ig.  100,  p.  78),  un  changement  arrivé  là.  Sur  notre  premier  globe 
de  Mars,  publié  en  1884,  cette  branche  est  foncée.  Sur  le  second,  pulilié  en  IS'JS,  elle 
est  d'un  gris  clair. 

Cette  région  étant  le  théâtre  île  variations  certaines  et  fréquentes,  il  était  très  incoiu- 
mode  de  ne  pouvoir  la  nommer  qu'en  périphrases.  Nous  avons  cru  devoir  lui  donner 
un  nom  et  l'avons  appelée  Pandonc  l'relum  «  Détroit  di'  Paudoro  ».  Cette  dési- 
gnation est  en  rapport  avec  celle  des  pays  voisins.  On  n'a  pas  oublie  que  Pandore, 
l'Eve  des  Grecs,  avait  été  envoyée  à  Prométhée,  comme  éjiouse,  par  Jupiter. 

La  même  région  portait  le  nom  de  détroit  Arago  sur  les  premières  cartes  (foir 
Tome  I,  p.  6S  et  205).  On  la  remarque  sur  le  dessin  de  Green  du  10  septembre  1877. 
sur  ceux  de  Secchi  en  1858,  et  même  sur  ceux  de  \V.  llerschel  et  de  Schroeter. 


W.-ll.   IMCKKIUXC.    —   l.l'S    Mi:i{S    OK   MARS.  lit 

année.  Ce  golfe  a  été  observé  une  l'ois  seuleiuout  en  1S9-,',  le  Î7  juillet,  et  il 
n'était  i)as  très  marqué.  Si  ces  reliions  très  sombres  sont  de  l'eau,  comme  on 
le  eroit,  il  paraîtrait  alors  que  l'eau,  qui  n'avait  pas  atteint  les  régions  boréales 
cette  année,  e.s(  apparue  en  e.vcé.s-  au  .su((. 

Examinant  cette  région  noire,  le  4  juin,  avec  un  pohiriscope  d'.Vi-ago,  jjrépan; 
pour  moi  par  M,  lîrasliear.  j'ai  ti'ouvi'  ([u'elie  laissait  voii-  des  traces  claires  de 
putai-tKaLioii.  aiusi  que  le  taisait  le  l'anal  courant  au  nord.  Ceci  serait  uatu- 
rellcment  le  cas  si  c'était  là  de  l'eau,  du  moment  que,  située  près  du  limbe, 
cette  tache  nous  rétléchirait  largement  la  lumière  de  l'atmosphère  de  Mars. 
Sur  le  reste  du  disque,  la  polarisation  ('■lait  à  peine  indiquée.  A  l'appari- 
tion suivante  do  cette  région,  le  ',)  juillet,  l'observation  a  été  répétée,  mais  ce  qui 
m'a  surpris,  c'est  qu'on  ne  pouvait  plus  découvrir  de  trace  de  polarisation  dans 
la  région  sombre.  J'ai  alors  fait  un  examen  rigoureux  de  cette  région,  et  ai 
trouvé  que  sa  couleur  avait  entièrement  changé;  ainsi,  tandis  que,  le  9  juin, 
M.  Lowell  écrivait:  h  Baie  d'un  bleu  sombre,  parait  tout  ;\  fait  comme  de  l'eau 
profonde  »,  on  constatait  maintenant  qu'elle  avait  une  teinte  brune  chocolat,  dill'('- 
rant  entièrement  en  couleur  des  régions  grises  bleues  au  nord.  Ces  régions 
grises  ne  montraient  pas  de  signes  de  polarisation,  et,  ainsi  que  je  l'ai  remarqué 
déjà,  je  ne  vois  pas  de  raison  pour  supposer  que  leur  couleur  soit  due  à  de 
l'eau.  En  ce  qui  concerne  mes  observations,  il  me  parait  que  la  surface  d'eau 
permanente  sur  Mars,  si  elle  existe,  est  très  limitée  dans  ses  dimensions. 

Ces  grandes  régions  grises  étaient  d'une  couleur  brillante  et  franchement  verte 
en  1890,  juste  avant  l'équinose  vernal.  Dans  la  première  partie  de  1892  aussi,  on 
voyait  de  vastes  surfaces  vertes  sur  la  planète,  mais,  au  fur  et  à  mesure  que  la 
saison  avançait,  les  régions  vertes  ont  changé  presque  complètement  au  gris. 
En  ce  moment,  on  ne  voit  que  très  peu  de  couleur  dans  les  parties  ombrées. 
Elles  sont  assujetties  aussi  à  de  si  grandes  variations  d'étendue  suivant  le  pro- 
grès des  saisons,  que  —  à  moins  que  nous  ne  puissions  nous  persuader  que  des 
inondations  gigantesques,  non  suivies  de  nuages,  constituent  la  condition  nor- 
male des  choses  sur  Mars  —  nous  sommes  forcés  d'adopter  quelque  autre  expli- 
cation sur  leur  existence.  La  théorie  qu'elles  doivent  leur  couleur  à  de  la 
végétation  est  peut-être  la  plus  plausible,  et  quelques  faits  nouveaux  touchant 
cette  question  ont  été  dernièrement  mis  en  évidence.  Le  30  juin,  M.  Douglass 
a  noté  une  dépression  distincte  sur  le  termiuateur,  là  où  il  était  traversé  par  le 
jambage  de  l'Y.  Au  fur  et  à  mesure  de  la  rotation  de  la  planète,  la  position  de 
la  dépression  changea,  et  l'on  remarqua  qu'elle  ne  se  trouvait  pas  toujours  dans 
les  parties  les  plus  foncées  du  terminaieur.  Depuis  cette  date,  de  semblables 
dépressions,  plus  ou  moins  marquées,  ont  été  constatées  presque  chaque  soir. 
En  examinant  mes  observations  de  189-2,  je  trouve  à  la  date  du  20  septembre, 
à  SI" 6",  un  dessin  montrant  un  termiuateur  aplati,  et  une  note  disant  que 
"  la  planète  parait  quelque  peu  de  cette  forme  ».  Un  examen  ultérieur  a  montré 
que  la  longue  et  étroite  bande  connue  sous  le  nom  de  Cerauuius  se  trouvait 


H-:  LA   PLANÈTE   MARS.  1S94 

dans  le  voisinage  du  terminateur  en  ce  moment.  Ces  dépressions  du  bord  du 
terminateur  peuvent  être  facilement  expliquées  par  de  véritables  dépressions  de 
la  surface  de  la  planàte  :  nous  pourrions  constater  une  différence  d'élévation  de 
la  surface  de  deux  milles  (un  peu  plus  de  3'^"').  à  la  condition  que  l'élévation 
ou  la  dépression  soit  sur  le  terminateur.  Peut-être  sommes-nous  à  la  veille  de 
construire  une  carte  orographique  de  la  planète.  Mais  ces  observations  sont 
très  difficiles,  et  l'on  ne  doit  pas  s'attendre  à  une  grande  précision. 

On  peut,  semble-t-il,  tirer  la  conclusion  suivante: 

Du  moment  ([ue  ces  dépressions  du  terminateur  ne  se  montrent  pas  toujours 
aux  parties  les  plus  sombres  des  régions  foncées,  et  comme  différentes  portions 
de  ces  cavités  sont  creusées  à  des  profondeurs  différentes,  lorsquelles  se  trouvent 
sur  le  terminateur,  il  s'ensuit  que  toutes  les  parties  des  régions  grises  ne  sont 
pas  au  même  niveau.  En  d'autres  termes,  il  y  a  des  collines  et  des  vallées,  et,  par 
suite,  les  régions  foncées  ne  représentent  pas  une  surface  d'océan. 

C'est  là  une  conclut^ion  d'une  haute  gravité.  Enregistrons-la.  Mais  ne 
l'adoptons  que  lorsqu'elle  sera  bien  démontrée,  ce  qui  ne  tardera  peut-être 
pas.  On  voit,  d'autre  part,  d'après  ces  observations,  que  les  saisons  n'amè- 
nent pas  chaque  année  les  mêmes  aspects,  et  i[ue  sur  cette  planète  comme 
sur  la  nôtre  les  années  se  suivent  et  ne  se  ressemblent  pas. 

CLXXVII.  —  OliSERVATIONS  FAITES  A  l'OBSERVATOIRE   Lic.K  . 

iM.  W.  Campbell,  astronome  à  cet  Observatoire,  dont  il  est  aujourd'hui 
Directeur,  a  publié  en  1894  (')  une  étude  sur  les  photographies  prises  par 
M.  Holden,  alors  Directeur,  en  1890  et  1892. 

On  sait  que  le  bord  du  disc[ue  de  Mars  est  considérablement  plus  lumi- 
neux que  l'intérieur  du  disque.  Le  contraste  avec  le  fond  noir  du  ciel  doit 
jouer  un  grand  rôle  dans  cette  appréciation. 

En  général,  les  taches  disparaissent  avant  d'arriver  au  bord. 

Les  photographies  ont  une  grande  valeur  pour  juger  cet  éclat  relatif, 
parce  qu'elles  ne  sont  pas  alTeclées  comme  l'œil  par  l'entourage.  A'oici  l'élude 
de  M.  (',ampb(dl  à  ce  sujet  : 

Trois  séries  de  photographies  ont  été  prises  ;  1"  avec  la  plaque  au  foyer  du 
grand  objectif,  donnant  de  très  petites  images;  2»  avec  une  lentille  intermédiaire 
grossissant  environ  &  fois,  et  3»  avec  une  lentille  grossissant  près  de  8  fois. 

Lorsque  Mars  est  voisin  do  son  opposition,  les  photographies  nous  montrent 
que  son  contour  est  bien  jilus  clair  que  ses  régions  centrales.  Mais  l'éclat  est  loin 
d'être  uniforme.  Lorsque  des  régions  sombres  se  trouvent  au  bord  du  disque,  le 

(',1  Publicatiods  of  llie  Astroiioniical  Society  of  the  Pacific,  vol.  Yl,  p.  139. 


OBSKUVATOllîi;   l.ICK.  143 

limbe  est  seulement  légèrement  illuminé  en  ces  endroits.  Lorsque,  au  contraire, 
ce  sont  des  réglons  claires,  ces  parties  du  limbe  deviennent  tout  aussi  brillantes 
([ue  les  calottes  polaires.  L'éclat  de  la  périphérie  est  donc  très  irrcgulier,  et 
varie  selon  la  nature  des  régions  qui  y  passent. 

Lorsque  .Mars  est  voisin  de'  son  opposition,  le  bord  est  nuancé  de  tons  variés, 
et  il  en  est  de  même  du  terminateur,  sur  une  plus  petite  échelle. 

Lorsque  Mars  se  trouve  loin  de  son  opposition,  de  sorte  que  le  terminateur  est 
évident  et  que  la  planète  paraît  gibbeuse,  le  limbe  est  brillant  comme  dans  les 
cas  précédents,  mais  le  terminateur  ne  l'est  pas.  se  montrant  très  irrégulicr  de 
contour,  et  plus  rapproché  du  centre  qu'il  ue  devrait  l'ètro  théoriquement,  ainsi 
qu'il  arrive  dans  les  photographies  lunaires. 

Les  photographies  montrent  les  principaux  détails  de  la  planète  très  distinc- 
tement. 

Ou  a  dit  que  l'accroissement  d'éclat  vers  le  limbe  de  Mars  est  produit  par 
l'atmosphère  do  la  planète.  Il  me  semble  que  les  irrégularités  et  les  varia- 
tions d'éclat  du  limbe  rendent  cette  hypothèse  insoutenable.  Si  l'eflfet  avait  une 
cause  entièrement  atmosphérique,  nous  devrions  voir  le  limbe  uniformément 
illuminé. 

Plusieurs  astronomes  ont  attribué  cet  accroissement  d'éclat  vers  les  bords  à  des 
nuages  du  matin  et  du  soir.  Si  cela  était  correct,  le  limbe  ne  devrait  pas  être 
rendu  plus  clair  lorsque  l'angle  de  Mars  entre  le  Soleil  et  la  Terre  est  assez 
grand.  Quelques-unes  de  nos  photographies  ont  été  prises  lorsque  cet  angle  était 
do  370, .j.  le  31  mai  1892.  Nous  devions  avoir  alors  les  nuages  du  matin  com- 
plètement cachés  de  nous  par  la  planète.  Cependant  les  photographies  ue  mon- 
trent pas  de  diminution  appréciable  dans  l'éclat  ordinaire  du'limbe.  h'albedo  très 
faible  de  la  planète  est  encore  une  objection  à  l'hypothèse  des  nuages. 

Les  photographies  montrent  d'une  manière  concluante  que  le  limbe  est  rendu 
lumineux  par  les  détails  mêm(is  de  la  planèle,  les  plus  brillantes  régions 
donnant  les  bords  les  plus  brillants.  On  retrouve  le  même  effet  sur  la  Lune; 
le  limbe  est  plus  brilUant  que  l'intérieur,  parce  que  les  régions  montagneuses 
réfléchissent  mieux  la  lumière  que  les  surfaces  planes;  au  limbe,  les  montagnes 
forment  le  fond  réfléchissant  visible  tout  entier,  les  plaines  basses  et  les  vallées 
disparaissant  par  l'obliquité.  Je  crois  que  nous  devons  chercher  une  explication 
analogue  pour  Mars,  bien  que,  comme  d'autres  l'ont  signalé,  toutes  choses  égales 
d'ailleurs,  des  montagnes  très  escarpées  seraient  nécessaires. 

L'importance  de  faire  une  série  de  photographies  à  exposition  courte  en  combi- 
naison avec  d'autres  observations  de  la  planète  est  donc  manifeste. 

Le  même  astronome  a  publié  en  1894  plusieurs  dessins  pris  par  lui  en 
1892.  Nous  choisissons  parmi  ces  dessins  ceux  des  18  et  20  juillet  dont  il 
vient  d'être  question  (p.  140  à  propos  de  la  disparition  en  1894  du  Détroit 
de  Pandore,  si  marqué,  si  évident  en   1892.  Lies  dessins  sont  pour  nous, 


14'i  I.A    l'LANKTE   I\IAR!=;.  IROl 

comme  les  pi-r'Cédenls,  un  nouveau  lémoi.unagc  des  vari;itions  marliennes. 


FiR.  133. 


Fig.  i:;i. 


CLXXVIII.  -    Campreli..  Le  specthr  de  Mars    M. 

Après  avoir  passe  en  revue  les  observations  spertrales  de  l'iullu'rfiird  (voir 
tome  I,  p.  182),  Secehi  (p.  201),  (lluggins  (p.  200),  Janssen  (p.  413,  noie). 
Vogel   (p.  212),  et  Maunder  (p.  308),  l'auteur  s'exprime  en  ces  termes  : 

Les  recherches  des  spectroscopistes  ont  coudiiit  à  ce  résultat  ;  L'atmosphère 
do  Mars  est  semblable  h  la  nôtre.  Leur  conclusion  a  été  généralement  acceptée 
par  les  astronomes.  Un  examen  attentif  de  toutes  les  données  publiées  m'a  mon- 
tré toutefois  que  plusieurs  des  observations  ont  été  faites  dans  des  circonstances 
exlrêrnemenl  défavorables,  et  que  l'on  ne  saurait  trouver  l'accord  désiré  entre 
les  divers  résultats.  Tandis  que  je  croyais  que  Mars  a  une  atmosphère  et  qu'elle 
contient  de  la  vapenr  d'eau,  il  me  parut  qu'une  répétition  des  observations 
spectroscopiques  faites  dans  bis  circonstances  /rè.^'  farorables  que  l'on  trouve 
à  l'Observatoire  Lick  aurait  une  certaine  valeur. 

Parmi  les  avantages  de  notre  installation  je  citerai  : 

1°  Un  appareil  spcctroscopique  perfectionné.  Les  observations  ipic  nous 
allons  examiner  ont  été  faites  il  y  a  de  di.x-sei>t  à  trente  ans,  avec  des  spec- 
troscopes  relativement  grossiers. 

i"  Une  lunette  de.  fjrande  dir^lnnce  focale  et  de  grande  ouverture.  Les 
instruments  dont  ou  se  servait  dans  les  iibservations  primitives  étaient  petits  et 
courts,  de  sorte  que  les  images  de  Mars  formées  par  eux  sur  les  plaques  à  fente 
ne  pouvaient  être  que  le  tiers  de  celles  que  nous  obtenons  à  noti'e  lU'i  ponces. 
11  y  a  ici  un  avantage  énorme,  et  pour  estimer  les  intensités  relatives  des  ligues 
spectrales,  et  pour  comparer  les  intensités  des  centres  de  lignes  (correspondant 

(')  Society  of  Ihe  Paci/ic,  t.  VI,  IHlJ'i.  p.  î'.'S.  A.'ttronorny  and  A.'^lru-Pliy.-iics,  t.  \in, 
1894,  p.  752. 


CAMPBELI,.    LK   Sl'F.CT  Kl-    DK    MARS.  145 

au  centre  du  disque)  avec  les  inleusitL^s  des  extrémités  des  mêmes  lignes  (cor- 
respondant au  limbe). 

3"  L'allitudc  de  rObgervaloire,  qui  élimine  du  problème  refTct  absorbant 
des  1250  mètres  inférieurs  de  notre  atmosphère,  avec  toutes  ses  impuretés.  La 
plupart  des  anciennes  obsei-vatious  ont  été  faites  vers  le  niveau  de  la  nier. 

5°  La  prépondérance  d'un  air  egtivnl  <n>s  .sec.  L'humidité  relative  moyenne 
est  très  basse  au  mont  Hamilton  pendant  les  mois  de  juillet  et  août.  En  plu- 
sieurs années,  elle  est  inférieure  à  ;î.j  pour  100.  11  n'y  a  pas  de  difficulté  de 
choisir  des  nuits  pour  l'observation  du  spectre  de  Mars,  lorsque  notre  humidité 
relative  est  souvent  inférieure  à  iù.  C'est  là  uu  facteur  important,  attendu  qu'il 
est  indispensable  pour  nos  recherches  sur  la  vapeur  d'eau  dans  l'atmosphère 
de  Mars,  d'éliminer,  autant  que  possible,  ainsi  que  la  l'ait  remarquer  .lanssen 
en  1867  l'effet  de  la  vapeur  d'eau  dans  notre  propre  atmosphère.  Les  observateurs 
ne  paraissent  pas  avoir  pris  ce  facteur  eu  considération.  Ln  examinant  les  don- 
nées contemporaines  de  l'état  du  temps,  je  trouve  que  plusieurs  des  observations 
ont  été  faites  par  une  humidité  relative  de  80,  8.j,  ou  même  90. 

5°  La  situation  méridionale  de  l'Observatoire  et  la  déclinaison  boréale  de  Mars 
ont  permis  de  faire  des  observations  par  une  altitude  de  la  planète  de  59°.  A  une 
hauteur  de  09",  la  lumière  venant  de  Mars  passe  par  une  épaisseur  atuiusphérique 
1,17  fois  plus  grande  seulement  qu'au  zénith.  Les  plus  inipurtantes  des  obser- 
vations publiées  ont  été  faites  lorsque  la  hauteur  de  la  planète  était  de  'U"  à  26". 
Ces  hauteurs  équivaleut  à  des  épaisseurs  atmosphériques  respectives  de  2,  75  et 
2,Î8  fois  plus  grandes  que  si  la  planète  eût  été  au  zénith!  Tandis  que  les  observa- 
teurs cherchaient  à  éliminer  l'efïetde  notre  atmosphère  et  de  sa  vapeur  aqueuse 
en  observant  le  spectre  de  la  Lune,  à  des  hauteurs  égales,  il  doit  être  évident  que 
le  spectre  de  Mars  a  été  observé  dans  des  conditions  extrêmement  désavanta- 
geuses. Ainsi  une  observation  a  été  faite  lorsque  l'altitude  de  Mars  était  seule- 
ment de  •24°,  avec  une  humidité  relative  de  85.  Les  elî'ets  de  toute  atmosphère 
martienne  possible  seraient  certainement  noyés  dans  l'elTet  énorme  de  la  grande 
épaisseur  de  notre  atmosphère  à  travers  laquelle  les  observations  ont  été  faites, 
atmosphère  presque  saturée  d'humidité. 

6"  Enfin,  nous  pouvons  dire  que  nos  connaissances  du  spectre  de  notre  propre 
atmosphère  ont  été  largement  accrues  dans  ces  dernières  années.  Les  excellentes 
cartes  de  Thollon,  par  exemple,  sont  très  utiles  pour  l'élucidation  du  problème. 

Eu  raison  de  toutes  ces  circonstances  favorables,  je  m'attendais  à  une  confir- 
mation évidente  des  résultats  précédents. 

■Voici  les  éléments  qui  entrent  dans  ce  problème. 

Nous  savons  par  l'observation  que  l'hémisphère  de  Mars  tourné  vers  le  Soleil 
est  brillant,  et  que  l'hémisphère  opposé  au  Soleil  est  sombre.  La  planète  brille 
donc  par  la  lumière  solaire  réfléchie.  Le  spectre  de  .Mars  doit  être  identique  à 
celui  du  Soleil,  excepté  les  modifications  qui  peuvent  provenir  de  l'atmosphère 
supposée  de  la  planète. 

F.,  II.  10 


145  LA   PLANETE  MARS.  1894 

L'intérieur  iaeaiidcscent  chi  Soleil,  qui  cunstitue  ses  parties  les  plus  denses, 
rayonne  de  la  lumière  de  toutes  les  longueurs  d'onde  possibles.  En  d'autres 
termes,  son  spectre  est  une  bande  conliiiue,  sans  raies  sombres.  Les  parties 
extérieures  du  Soleil  sont  gazeuses,  d'une  température  beaucoup  plus  basse  que 
les  parties  intérieures,  et  constituées  des  vapeurs  de,s  éléments  chimiques 
contenus  dans  le  Soleil.  Ces  vapeurs,  celles  de  l'hydrogène  et  des  métaux  parti- 
culièrement, constituent  une  sorte  d'atniosjihère  solaire.  I^a  lumière  rayonnée 
de  l'intérieur  plus  chaud  de  l'astre  ne  passe  pas  librement  à  travers  l'atmosphère 
enveloppante.  Celle-ci  absorbe  quelques-uns  des  rayons  do  toutes  les  longueurs 
d'onde  (mais,  plus  particulièrement,  les  rayons  bleus  et  violets).  C'est  là  une 
absorption  générale.  Elle  choisit  aussi  de  la  lumière  de  longueurs  d'oade  parti- 
culières, et  absorbe  cette  lumière  très  fortement,  produisant  les  raies  noires. 
L'absorption  qui  produit  les  lignes  sombres  est  .^élective,  et  les  ligues  sont 
appelées  lignes  inél.illiques.  Le  spectre  solaire  est  l'ornié  par  le  Sjiectre  conlinu 
de  l'intérieur  du  Soleil,  modifié  ou  interrompu  par  des  milliers  de  lignes  mé- 
talliques (sombres)  produites  par  l'atmosphère  solaire. 

Notre  propre  atmosphère  modifie,  elle  aussi,  la  lumière  qui  la  traverse.  lOlIe 
exerce  une  absorption  générale  qui  affaiblit  le  spectre  continu,  et  une  absorp- 
tion sélective  qui  introduit  au  moins  l'IÎOO  lignes  sombres  additionnelles.  Ces 
lignes  sombres  —  appelées  lignes  telluriques  —  constituent  ce  que  nous 
pouvons  nommer  le  spectre  de  notre  atmosphère. 

Si  la  planète  ^Lars  est  entourée  d'une  atmosphère,  celle-ci  doit  exercer  aussi 
une  absorption  sur  la  lumière  solaire  qui  la  pénètre.  Les  rayons  de  lumière  qui 
nous  viennent  de  la  planète  ont  leur  origine  dans  le  Soleil;  ils  passent  une  fois 
à  travers  l'atmosphère  solaire;  ils  entrent  dans  l'atmosphère  de  Mars,  sont  réllé- 
chis  eu  partie  par  la  surface  de  la  planète,  et  en  partie  par  les  couches  infé- 
rieures de  son  atmosphère,  et  ensuite  nous  arrivent  en  traversant  enfin  notre 
atmosphère.  Le  spectre  de  Mars  est  donc  la  combinaison  des  spectres  des  atmo- 
sphères solaire,  martienne  et  terrestre.  Si  cette  planète  n'a  pas  d'atmosjihère 
appréciable,  le  spectre  de  la  planète  sera  simplement  la  combinaison  dessiicctres 
solaire  et  terrestre. 

Ce  problème  serait  pratiquement  insoluble  si  nous  n'avions  un  moyen  com- 
mode d'éliminer  les  spectres  de  l'atmosphère  solaire  et  de  l'atmosphère  terrestre, 
en  laissant  seulement  le  spectre  de  Mars.  Notre  Lune  n'a  pas  d'atmosphère 
sensible.  Par  consé(|uent,  sou  spectre  est  le  spectre  combiné  des  atmosphères 
solaire  et  terrestre.  Si  nous  comparons  les  spectres  de  Mars  et  de  la  Lune 
lorsque  ces  astres  sont  aux  mêmes  hauteurs  au-dessus  de  notre  horizon,  —  c'est- 
à-dire  lorsque  leur  lumière  traverse  la  même  éjiaisseur  d'atmosphère  terrestre, 
—  et  si  nous  trouvons  qu'ils  diffèrent  en  quelque  point,  si  insignifiant  qu'il  soit, 
la  différence  serait  produite  par  l'atmosphère  de  Mars.  S'il  n'y  a  pas  de  différence, 
alors  le  spectroscope  ne  d-^cèle  pas  la  présence  d'une  semblable  atmosphère. 
Ainsi,  le  prnblème  se  réduit  à  une  comi)araiMui  des  spectres  martien  et  lunaire. 


c.AMinu-LL.  I.1-:  ^l'iiCTKt:  ni:  maus.  u: 

ThoUon  a,  de  plus,  trouvé  que  dans  les  spectres  solaire  et  terrestre  combines, 
il  y  a  tn>is  lignes  très  fortes  produites  par  quclcjucs  éléments  constante  de  notre 
atmosplière,  probablement  par  l'oxygône.  Ce  sont  les  groupes  A,  H  et  x  de  Frauu- 
hofer,  contenant  environ  130  lignes  distinctes.  La  présence  de  ces  lignes  indique 
la  présence  d'une  atmosphère.  Si  elles  sont  plus  fortes  dans  le  spectre  martien 
que  dans  celui  de  la  Lune,  cette  planète  devrait  posséder  une  atmosphère. 

Thollon  a,  de  plus,  trouvé  d'autres  groupes  de  lignes,  comprenant  au  moins 
1100  lignes  séparées,  produites  par  la  vapeur  d'eau  dans  notre  atmosphère.  Ces 
lignes  ont  été  divisées  par  Thollon  dans  les  sept  groupes  qui  suivent  : 

1.  Longueurs  d'onde  =  745  à  716  [a  de  Fraunhofer). 

î-  »  "  716  687  (au-dessous  de  B). 

3.  u  »  66(1  646  (autour  de  Hij. 

4.  ')  »  635  6'28  (près  de  i). 

5.  ■>  I)  5'J7  585  (autour  de  D). 
G.  »  ■>  578  567  ,o  de  Brewsier). 
7.  i>  )>  5i8  J4"2 

La  présence  de  ces  groupes  de  lignes  implique  l'existence  de  la  vapeu/r  d'eau. 
Si  elles  sont  plus  fortes  dans  le  spectre  de  (Mars  que  dans  le  spectre  lunaire, 
il  y  a  de  la  vapeur  d'eau  dans  l'atmosphère  de  (Mars. 

Maintenant,  tandis  que  toutes  ces  lignes  peuvent  être  vues  individuellement 
dans  le  spectre  solaire,  eu  vertu  de  la  grande  dispersion  que  l'on  peut  em[doyer, 
elles  ne  peuvent  être  observées  que  comme  des  groupes  ou  des  bandes  dans  les 
spectres  martien  et  lunaire,  à  cause  de  la  faiblesse  de  ces  spectres,  et  de  la  faible 
dispersion  que  l'on  est  forcé  d'employer. 

On  ne  peut  pas  observer  les  groupes  A,  713-716  et  71il-f,.><7,  qui  sont  à  lextrénie 
rouge  du  spectre,  et  c'est  pour  cela  que  nous  n'allons  plus  les  Cunsidérer.  Les 
bandes  atmosphériques  B  et  a  sont  faciles  à  obtenir  dans  les  deux  spectres.  Les 
groupes  de  lignes  de  vapeur  demandent  beaucoup  d'attention  dans  l'observation, 
pour  la  raison  que,  eu  vertu  de  la  faible  dispersion  dont  on  doit  se  servir,  les 
lignes  individuelles  ne  sont  pas  seulement  confondues  ensemble,  mais  même 
avec  les  lignes  solaires  métalliques  qui  sont  situées  dans  leur  voisinage.  Ainsi, 
dans  le  1"  groupe,  les  lignes  de  vapeur  sont  à  un  tel  point  plus  faibles  que  les 
lignes  métalliques  voisines  que  nous  pourrions  ne  pas  considérer  cette  bande 
dans  le  problème  qui  nous  occupe.  De  même,  leG°  groupe,  j7S-ô07,  n'est  pas  une 
épreuve  suffisamment  sensible  pour  la  vapeur  d'eau,  excepté  dans  l'atmosphère 
de  la  Terre,  lorsque  l'astre  observé  est  près  de  l'horizon.  Cependant  ce  ù'  groupe 
a  été  reconnu  dans  les  spectres  martien  et  lunaire  peudajit  plusieurs  nuits. 

Le  4'  groupe,  635-Gifî,  est  inutile  comme  preuve  de  vapeur  d'eau,  car  les 
lignes  faibles  qui  le  composent  sont  toujours  elYacées  par  les  ligues  évidentes 
du  groupe  atmosphérique  a.  Il  n'y  a  que  les  3°  et  ô''  groupes  qui  puissent  nous  être 
utiles.  Pour  le  3'  groupe,  j'ai  trouvé  négligeable  la  partie  comprise  entre  060  et 
653,  à  cause  de  la  présence  des  fortes  lignes  solaires  Hx,  et  de  celles  d'autres 


148  l'A  PLANÈTE  MARS.  1894 

ligues  solaires  existant  parmi  les  raies  faibles  des  vapeurs.  Pour  ma  part,  j'ai 
divisé  le  reste  du  3'  groupe  en  trois  parties,  dont  chacune  a  e'té  trouvée 
utile.  La  première  partie  couvre  les  longueurs  d'onde  G5I,5  à  G5"2,0  et  renferme 
environ  huit  lignes  assez  fortes  dont  la  majorité  sont  produites  par  la  vapeur 
d'eau.  Avec  toutes  les  dispersions  dont  je  me  suis  servi,  cette  partie  s'est  pré- 
sentée comme  une  ligne  ou  bande  très  étroite,  que  j'appellerai  c'.  La  deuxième 
partie  couvre  la  région  Ci9,  1-050,0;  elle  renferme  nue  demi-douzaine  de  lignes 
métalliques  fortes,  et  quelques  fortes  lignes  de  vapeurs,  mais  toutes  se  superpo- 
sant pour  former  une  bande  que  nous  appellerons  c".  La  troisième  partie  est  ren- 
fermée entre  Gi0,3  et  640,0,  qui  contient  une  grande  quantité  de  lignes  de  vapeur 
d'eau  et  quelques  lignes  métalliques;  elle  forme  une  large  bande  que  nous 
nommerons  c'"- 

Le  5''  groupe,  s'étendant  de  507  à  585,  a  été  divisé  en  quatre  parties.  La 
première  couvre  les  longueurs  d'oude  50'i,  1-595,0  ;  elle  contient  un  nombre 
de  lignes  aqueuses  fortes  et  quelques  ligues  métalliques,  formant  une  bande 
que  j'ai  appelée  d'.  La  seconde  s'étend  de  592,8  à  593,5;  elle  n'est  forte  ni 
en  lignes  métalliques  ni  en  raies  de  vapeurs;  elle  constitue  une  bande  noire 
que  j'ai  appelée  d".  La  troisième  partie  couvre  591,2  à  592,5;  elle  contient 
quelques  lignes  métalliiiues  et  beaucoup  de  fortes  raies  de  vapeurs;  j'ai  nommé 
cette  région  d'".  La  quatrième  couvre  588,4-590,0;  elle  contient  les  deux  très 
fortes  raies  solaires  1),  et  LU,  plusieurs  ligues  solaires  faibles,  et  un  grand  nombre 
de  raies  de  vapeurs.  Cette  dernière  partie  serait  une  bande  très  utile  si  les 
lignes  D  n'y  étaient  pas  contenues;  mais  j'ai  trouvé  leur  présence  très  gênante. 
Appelons  cette  région  d'^'. 

Pour  les  raisons  exposées  ci-dessus,  j'ai  appliqué  mes  observations  presque 
entièrement  aux  groupes  B,  a,  c',  c",  c"',  d',  d",  d'"  et  rf'v,  et  ai  trouvé  que  x  se 
prêtait  mieux  aux  observations  que  les  autres  lignes. 

J'ai  observé  le  spectre  de  Mars  pendant  dix  nuits,  entre  le  29  juin  et  le 
10  août  1894,  en  portant  mon  attention  particulièrement  sur  les  neuf  groupes 
de  raies  que  je  viens  de  mentionner.  En  huit  nuits  j'ai  comparé  son  spectre  à 
celui  de  la  Lune,  lorsque  ces  deux  astres  étaient  à  des  hauteurs  égales  au-dessus 
de  l'horizon.  Pendant  deux  nuits,  les  24  et  25  juillet,  lorsque  la  Lune  était  près 
de  la  planète,  j'ai  passé  à  plusieurs  reprises  d'un  spectre  à  l'autre,  tandis  qu'à 
la  première  nuit  la  planète  s'est  élevée  de  18°  à  50",  et  à  la  seconde  d'une  hau- 
teur de  45°  à  55".  Les  deux  spectres  ont  été  comparés  lorsque  l'humidité  relative 
de  notre  atmosphère  n'était  que  de  15"  et  lorsqu'elle  s'élevait  à  55°.  Les  obser- 
vations ont  été  faites  principalement  avec  un  prisme  de  flint  dense  de  60",  et 
parfois  avec  un  prisme  de  30".  Grossissement  =  13. 

Lors(iu'on  examinait  le  spectre  lunaire,  la  fente  du  spectroscope  était  tou- 
jours rétrécie,  de  sorte  que  le  spectre  do  la  Lune  avait  constamment  la  même 
largeur  que  le  spectre  de  Mars.  La  fente  était  constamment  dirigée  vers  la 
partie  la  plus  éclatante  de  la  Lune,  de  l'a(;ùn  ;\  rendre  l'éclat  des  deux  spectres 


(;a\iim!1-i,i,.  i.ATMospiiKiu-   Dr:  maiîs.  ny 

semblable,  oc  qui  est  une  comiitiitu  très  importante.  Kn  un  mot,  les  spectres 
ont  été  comparés  dans  une  variété  lie  conditions,  mais  dans  des  circonstances 
toujours  identiques  pour  les  deux  astres.  Les  raies  atmosphériques  et  de  la 
vapeur  d'eau  ont  été  vues  et  sur  Afars  et  sur  la  Lune,  décroissant  d'intensité 
au  l'ur  et  à  mesure  que  ces  astres  s'élevaient  dans  le  ciel,  et  les  raies  de  la 
vapeur  aqueuse  variant  d'intensité  avec  la  quantité  d'humidité  présente  dans 
notre  atmosphère.  Le  spectre  de  Mars  a  paru  identique  à  celui  de  la  Lune  sous 
tous  les  points  de  vue. 

De  plus,  plusieurs  fois,  lorsque  la  hauteur  de  la  planète  était  grande,  j'ai 
examiné  les  groupes  de  lignes  on  question,  surtout  a,  afin  de  déterminer  si  les 
extrémités  des  lignes  qui  correspondent  au  limbe  de  la  planète  étaient  plus 
marquées  que  leur  milieu,  correspondant  au  centre  du  disque.  Les  lignes  parais- 
saient toujours  être  d'une  intensité  uniforme,  du  moins  en  ce  qui  nous  permettait 
d'estimer  l'intensité  variable  des  différentes  parties  du  disque. 

L'intensité  des  bandes  principales,  a  par  exemple,  était  considérablement  plus 
grande  lorsque  la  Lune  ou  Mars  étaient  à  30"  au-dessus  de  l'horizon  que  lorsqu'ils 
étaient  à  hh".  L'épaisseur  relative  de  notre  atmosphère  traversée  par  les  rayons, 
lorsque  les  astres  étaient  à  des  hauteurs  de  30"  et  55°,  était  comme  '2  :  à  [,2'2.  Si 
ies  rayons  de  lumière  de  l'un  des  astres.  Mars  par  exemple,  passent  à  travers 
une  épaisseur  unité  de  notre  atmosphère,  et  les  rayons  de  la  Lune  à  travers 
une  unité  et  demie,  l'intensité  de  a  dans  le  spectre  du  second  est  certainement 
plus  grande  que  dans  le  spectre  du  premier.  L'ue  différence  de  ■-'."i  pour  100  dans 
la  longueur  des  trajectoires  traversées  par  les  rayons  des  deux  astres  amenait 
une  difl'érence  appréciable  dans  l'intensité  de  leurs  bandes  a.  La  précision  de 
l'observation  est  grandement  accrue  par  la  présence  de  plusieurs  lignes  métal- 
liques voisines,  que  l'on  peut  prendre  comme  points  de  comparaison.  Les  résul- 
tats de  ces  observations  peuvent  être  énoncés  ainsi  qu'il  suit  : 

Les  spectres  de  Mars  et  de  la  Lune,  observés  avec  tous  ces  soins  minutieux, 
se  montrent  identiques  à  tous  les  points  de  vue.  Les  bandes  atmosphériques  et 
de  la  vapeur  d'eau  observées  dans  les  deux  spectres  paraissent  produites  entiè- 
rement par  les  éléments  de  l'atmosphère  de  la  Terre.  Ainsi  ces  observations  ne 
donnent  aucune  indicalion  d'une  atmosphère  ino.rtienne  contenant  de  la 
vapeur  d'eau. 

Le  même  astronome  est  revenu  sur  le  même  sujet  dans  l'étude  suivante. 

CLXXIX.  —  Campbell.  L'Atmosphère  de  M.\hs  (')• 

M.  Campbell  discute  les  conditions  de  cette  atmosphère. 

Pour  étudier  l'atmosphère  de  la  planète  Mars,  il  importe  de  considérer  plu- 
sieurs faits  importants  et  de  les  coordonner. 

(')  Publications  oftlie  Astronomical  Socioly  of  the  Pacific,  t.  VI,  lS9i.  p.  VlZ. 


ir,n  LA   PLANETE  MARS.  1894 

1»  La  petite  masse  de  la  ptanèle.  —  Il  est  raisonnable  de  supposer  que  la  niasse 
d'une  atmosphère  est  proportionnelle  à  la  masse  de  la  planète  elle-même.  Les 
pins  grandes  planètes  doivent  avoir  les  atmosphères  les  plus  étendues.  Cette 
règle  parait  exister  en  effet.  Il  n'y  a  pas  trace  d'atmosphère  sur  la  Lune,  pas  plus 
que  sur  aucun  des  satellites  de  notre  Système.  De  plus,  il  ne  parait  pas  exister 
d'atmosphère  sur  la  petite  planète  Mercure.  Slais  nous  avons  l'évidence  d'atmo- 
splières  étendues  sur  les  grosses  planètes  Jupiter,  Saturne,  L'ranus  et  Neptune. 

Or,  la  masse  de  Mars  n'est  que  0,11  de  celle  de  la  Terre.  L'aire  de  sa  surface 
n'est  que  0,28  do  celle  de  la  Terre.  Si  les  atmosphères  des  deux  planètes  sont 
proportionnelles  à  leurs  masses,  la  quantité  d'air  au-dessus  d'un  kilomètre  carré 
sur  Mars  (')  ne  serait  que  0,39  de  l'atmosphère  au-dessus  d'un  kilomètre  carré 
sur  la  Terre. 

2'  La  couleur  de  la  planète.  —  Beaucoup  d'observateurs  croient  que  la  cou- 
leur rouge  orangé  de  Mars  est  produite  par  l'action  de  son  atmosphère 
absorbant  les  rayons  à  l'extrémité  violette  du  spectre  plus  fortement  qu'à 
l'extrémité  rouge.  On  a  même  dit  que  la  Terre  présenterait  la  même  teinte  si  l'on 
pouvait  la  voir  du  dehors.  La  couleur  rouge  du  Soleil  près  de  son  coucher  et  la 
teinte  cuivrée  de  la  Lune  près  de  l'horizon  sont  des  cas  bien  connus  de  la  forte 
absorption  des  rayons  bleus  et  violets  par  l'épaisse  couche  d'atmosphère  à  tra- 
vers laquelle  la  lumière  doit  voyager.  D'après  les  comparaisons  récentes  des 
couleurs  de  Mars  vu  au  télescope  et  de  la  Lune  à  l'horizon,  telle  qu'elle 
nous  apparaît  à  l'œil  nu,  1\L  Campbell  a  estimé  que  les  couleurs  des  deux  corps 
cc'dcstes  approchaient  le  plus  de  l'égalité  lorsque  la  planète  était  au  méridien  à 
une  altitude  de  GO",  et  quand  la  Lune  était  élevée  de  3  à  5  degrés  au-dessus  de 
l'horizon.  A  ces  altitudes,  la  lumière  lunaire  traversait  notre  atmosphère  sur  un 
parcours  9  à  16  f(jis  plus  long  que  la  lumière  venant  de  Mars.  Par  suite,  si  la  teinte 
orangée  de  Mars  était  produite  par  une  atmosphère  analogue  à  la  notre,  cette 
atmosphère  devrait  être  plusieurs  fois  plus  étendue  que  la  nôtre.  Une  partie  de 
la  lumière  solaire  réfléchie  vers  nous  par  la  planète  a  passé  doux  fois  par  son 
atmosphère,  mais  une  grande  partie  passerait  en  partie  seulement  avant  d'avoir 
été  ri'fléchie.  Il  paraîtrait  ainsi  que  cette  explication  de  la  couleur  rouge  de  la 
planète  demanderait  une  atmosphère  6  à  12  fois  aussi  élevée  que  la  notre.  C'est- 
à-dire  qu'au-dessus  de  toute  surface  sur  Mars  (un  kilomètre  carré  par  exemple) 
il  devrait  exister  de  G  à  12  fois  autant  do  molécules  d'atmosphère  qu'il  y  en  a  au- 
dessus  de  la  Terre. 

Nous  allons  voir  plus  loin  que  tous  les  autres  phénomènes  observés  sont  en 
désaccord  avec  cotte  hypothèse. 

(')  La  densitù  de  l'atmosphère  à  la  surface  de  Mars  est  également  digne  d'attention, 
fait  remarquer  l'auteur.  La  pesanteur  n'est  là  que  0,38  de  la  nûtre,  et  la  densité  de 
l'atmosplière  à  la  surface  de  Mars  ne  serait  que  0,1,5  de  celle  à  la  surface  delà  Terre, 
co  qui  correspond  à  une  densité  inférieure  de  moitié  à  celle  de  notre  atmosphère  au 
somuicl  de  l'Himalaya. 


CAMI'HRLL.    I.ATMOSPIIKUK    DE    MAIIS.  r,l 

(a).  Le  bord  du  di.sijue  est  toujours  plus  blanc  que  le  centre.  C'est  là  une 
observation  facile  à  faire,  et  le  fait  a  été  noté  jiar  plusieurs  observateurs.  Entre 
autres,  il  a  été  remarqué  par  Dawes,  qui  a  écrit  en  18Gi:  «  Rien,  à  ce  ([u'il  me 
paraît,  ne  saurait  prouver  plus  complètement  que  les  teintes  rouij;eàtres  de  Mars 
ne  sont  pas  dues  ;\  une  particularilé'de  coloration  de  l'atmospliôre  de  la  pla- 
nète, que  le  fait  que  la  rougeur  est  toujours  le  plus  intense  |)rès  du  centre,  là  où 
la  couclie  atuiosphériquc  est  le  plus  nùnce.  "  l'in  d'autres  ternies,  si  la  rougeur 
au  centre  est  produite  jiar  l'atmospliére,  la  jilus  grande  épaisseur  de  la  coucbe 
gazeuse  au  bord  devrait  produire  une  augmentation  de  la  teinte  rouge.  Mais 
l'observatiiin  montre  que  c'est  juste  le  contraire  qui  est  observé. 

ib)  Il  n'y  a  pas  de  traces  d'absorption  de  l'atmosphère  au-dessus  des  calottes 
polaires.  Tous  les  observateurs  leur  ont  assigné  la  blancheur  de  la  neige,  même 
au  bord  de  la  planète.  Si  la  couleur  rouge  du  centre  de  la  planète  était  due  à 
l'absorption  atmosi)hérique,  l'absorption  au  bord  du  disque  serait  incomparable- 
ment plus  grande,  et  les  calottes  polaires  ne  seraient  pas  d'un  blanc  jiur.  Elles 
tendraient  au  jaune  ou  au  rouge,  ainsi  que  le  fait  le  reste  de  la  planète. 

(c)  Les  spectres  des  grosses  planètes  Jupiter,  Saturne,  Uranus  et  Neptune 
contiennent  des  bandes  atmosphériques  marquées,  montrant  ainsi  que  ces 
mondes  sont  entourés  de  vastes  atmosphères.  Sur  Mars,  l'évidence  spectrosco- 
pique,  ainsi  que  nous  allons  le  voir  dans  la  section  suivante,  est  à  peu  près  nulle. 
Et  cependant  Mars  est  incomparablement  plus  rouge  que  les  quatre  planètes  exté- 
rieures. Ainsi,  l'évidence  spectroscopiqueest  incontestablement  opposée  à  l'hypo- 
thèse que  la  couleur  rouge  de  Mars  soit  produite  par  une  atmosphère. 

Eu  égard  aux  faits  que  le  limbe  de  la  planète  est  plus  l)lunc  que  les  régions 
centrales,  que  la  calotte  polaire  blanche  ne  montre  pas  de  traces  d'absorption, 
même  au  bord  du  disque,  et  que  les  plus  grosses  planètes,  pourvues  d'atmo- 
sphères plus  élevées  que  Mars,  sont  plus  blanches  que  cette  planète,  eu  vertu, 
disons-nous,  de  ces  faits,  nous  devons  accepter  comme  satisfaisante  l'explication 
olïerte  par  Sir  John  Herschel,  il  y  a  im  demi-siècle,  que  la  couleur  rouge 
«  indique,  sans  doute,  une  teinte  d'ocre  pour  le  sol  eu  général,  à  peu  près 
comme  les  régions  de  grès  jaune  de  la  Terre  pourraient  offrir  aux  habitants  de 
Mars,  mais  un  peu  plus  accusée  ». 

3»  Résultats  spectroscopiques.  —  Les  recherches  de  Jaussen  en  1S67,  Iluggins 
en  1867,  Secchi  vers  \S'i,  Vogel  en  1S7-2  et  Maunder  en  1S77  ont  conduit  à  des 
résultats  identiques,  c'est-à-dire  que  l'atmospliére  de  Mars  est  sonhlable  à  la 
nôtre.  On  doit  remarquer  qu'aucun  des  observateurs  n'a  formé,  de  ses  recher- 
ches spectroscopiques,  d'estimation  de  l'étendue  de  l'atmosphère  martienne, 
comparée  à  la  nôtre.  L'un  des  observateurs  a  remarqué  que  les  lignes  et  bandes 
critiques  étaient  plus  fortes  dans  le  spectre  de  la  planète  que  dans  le  spectre 
lunaire  lorsque  ces  objets  étaient  à  la  même  altitude  au-dessus  de  l'horizon;  un 
autre  a  dit  que  les  bandes  critiques  étaient  plus  larges  dans  le  spectre  de  Mars 
que  dans  celui  de  la  Lune,  taudis  i[uuu  troisième  observateur  n'a  pas  aperçu  du 


152  lA   l'LAMiTK  -MARS.  1S94 

t  itit  les  li.tjnes  critiques  dans  le  spectre  lunaire,  tout  en  les  ayant  vues  dans  le 
sp'Ctre  do  la  planète.  Maintenant,  si  l'atmosphère  de  Mars  est  semblable  à  la 
nôtre,  et  si,  ;V  hauteur  égale,  les  lignes  critiques  sont  plus  fortes  dans  le  spectre 
de  la  planète  que  dans  celui  de  la  Lune,  il  devrait  exister  quelque  hauteur  plus 
basso  de  la  Lune  donnant  des  intensités  égales  des  liL,Mies  critiques.  Par  cette 
méthode  on  pourrait  se  faire  une  idée  de  l'étendue  de  l'atmosphère  martienne. 
On  y  trouverait  en  outre  un  moyen  de  contrôle  de  la  subtilité  de  la  méthode 
spectroscopique.  Il  semblerait  qu'aucun  observateur  n'a  cherché  ces  altitudes 
inégales  de  Mars  et  de  la  Lune  pour  lesquelles  les  lignes  critiques  dans  les 
deux  spectres  seraient  d'égale  intensité.  C''est  regrettable. 

Il  est  aussi  notoire  que  les  observateurs  n'ont  pas  trouvé  d'évidence  certaine 
de  l'absorption  croissante  aux  bords  de  Mars,  là  où  l'épaisseur  atmosphérique  est 
la  plus  grande. 

Les  observations  spectroscopiques  faites  au  mont  llamilton  cet  été,  dans  des 
conditions  particulièrement  favorables,  ont  montré  que  les  spectres  de  la  Lune 
et  de  Mars  sont  identiques  on  apparence.  La  méthode  employée  aurait  décelé 
l'existence  d'une  atmosphère  martienne  quatre  fois  plus  faible  que  la  nôtre. 

■i»  Netteté  des  tacites  do  la  surface.  —  Si  Mars  était  entouré  d'une  atmosphère 
aussi  étendue  que  la  nôtre,  il  serait  impossible  de  voir  les  taches  aussi  claire- 
ment que  nous  les  voyons.  Langley  a  trouvé  que  près  de  40  pour  100  de  la 
lumière  arrivant  à  la  surface  de  la  Terre  d'un  astre  voisin  du  zénith  est  absorbée 
par  notre  atmosphère.  Si  le  pouvoir  réflecteur  de  la  surface  de  la  Terre  est  égal  à 
celui  de  la  Luno,  qui  est  de  0.17,  alors,  dos  60  centièmes  de  la  lumière  primitive 
parvenant  à  la  surface  terrestre,  il  n'y  aurait  que  (1,17  ou  bien  10  pour  100  de 
réfléchis,  et  encore  40  pour  100  de  cette  quantité  seraient  absorbés  dans  la  sortie 
de  notre  atmosphère.  Ainsi  il  n'y  aurait  que  G  pour  luO  de  la  lumière  toudiant 
primitivement  sur  l'atmosphère  de  la  Terre  qui  en  sortiraient.  Sa  surface  serait 
cependant  illuminée  par  la  lumière  diffuse  du  ciel,  et  la  lumière  sortant  dans 
l'espace  pourrait  peut-être  s'estimer  à  9  ou  10  pour  100.  La  lumière  par  laquelle 
un  observateur  éloigné,  comme  de  la  idanète  Mars,  verrait  la  Terre,  proviendrait 
en  grande  partie  de  l'atmosphère  brillante,  et  très  peu  seulement  de  la  véritable 
surface  de  la  Terre.  Il  est  douteux  que  quelques-unes  des  taches  géogra- 
phiques de  la  Terre  puissent  être  vues  dans  ces  conditions,  même  dans  le  cas 
où  notre  ciel  serait  dépourvu  de  nuages. 

On  a  dit  que  le  peu  de  visibilité  des  taches  au  bord  de  Mars  est  dû  au  fait  que 
nous  voyons  cette  partie  du  disque  à  travers  une  plus  grande  couche  atmosphé- 
rique. Je  ne  crois  pas  que  cette  hypothèse  soit  nécessaire.  Pi  nous  examinons 
la  surface  lunaire  à  l'ceil  nu,  nous  trouverons  que  les  taches  sont  distinctes  au 
centre,  mais  indistinctes  au  bord.  La  Lune  ;'i  l'œil  nu  est  couqiarable  en  gran- 
deur à  Mars  vu  au  télescope.  Si  nous  tenons  conqtte  de  l'ell'et,  grandement 
amplifié,  des  mauvaises  images  en  examinant  le  bord  confus  et  indistinct  de 
Mars,  nous  trouverons,  je  crois,  que   le   bord  de  Mars  n'est  pas  beaucoup  plus 


CA.MPBKI.L.    l.'AÏMOSlMlKlti:    Di:    M  VUS.  ir,:î 

indistinct  que  celui  de  la  Luiic.  La  raison  pour  laquelle  nous  no  pouv(jns  pas 
suivre  les  taches  jusqu'au  bord  do  la  Lune  ou  de  Mars  e><t  en  jurande  partie  le 
raccourcissement  de  la  perspective. 

5"  Les  calottes  polaires.  —  L'éclat  extraordinaire  des  calottes  polaires,  com- 
paré aux  surfaces  centrales,  rend  l'hypothôse  d'une  atmosphère  épaisse  insou- 
tenable. S'il  y  avait  une  atmosphère  épaisse,  elle  serait  particulièrement 
épaisse  au  bord,  là  où  se  trouvent  les  calottes  polaires.  Il  n'y  aurait  que  compa- 
rativement peu  de  rayons  solaires  capables  de  pénétrer  assez  loin  pour  parvenir 
jusqu'au.^  pôles.  Ceux  qui  y  arriveraient  seraient  lartrement  réfléchis;  mais  très 
peu  de  ces  rayons  parviendraient  à  retraverser  l'atmosphère.  Los  parties  des 
caps  polaires  les  plus  rapprochées  du  bord  du  disque  n'auraient  plus  leur  éclat 
remarquable.  Cet  éclat  ne  peut  s-'expliquer  que  dans  l'hypothèse  d'une  atmo- 
sphère très  mince. 

L'auîrmentation  et  la  diminution  des  calottes  polaires,  suivant  les  saisons. 
combinées  avec  leur  couleur  blanche,  ont  condtiit  la  plupart  des  observateurs  à 
supposer  qu'elles  sont  composées  de  neige  et  de  glace,  ("ette  manière  de  voir 
suggère  immédiatement  l'idée  que  Mars  a  une  atmosphère  contenant  de  la 
vapeur  d'eau.  Les  calottes  sont  certainement  analogues  à  celles  de  la  l'rrrc. 
mais  seulement  eu  ce  qui  concerne  leur  variation  d'étendue  et  leur  coloration 
blanche.  En  réalité,  l'analogie  ne  s'étend  pas  plus  loin. 

Un  observateur  placé  sur  la  Lune  ou  sur  Mars  et  regardant  la  Terre  serait 
contrarié  dans  ses  observations  non  seulement  par  notre  atmosphère,  mais  aussi 
par  les  nuages.  L'hémisphère  tourné  de  son  côté  ne  serait  jamais  entièrement 
pur.  Nous  savons  que  parfois  presque  tout  le  centre  et  les  régions  orientales  de 
l'Amérique  du  Xord  sont  recouverts  de  nuages  qui  s'étendent,  en  même  temps, 
loin  dans  la  mer.  Four  un  observateur  en  dehors  de  la  'l'erre.  les  surfaces  nua- 
geuses seraient  plus  brillantes  que  les  pures.  Le  contraste  entre  les  régions  nua- 
geuses et  les  régions  pures  de  tout  nuage  serait  plus  grand  qu'entre  les  terres  et 
les  mers.  Il  n'est  pas  probable  que  nos  limites  permanentes  entre  les  continents  et 
les  océans  soient  visibles  de  loin,  même  par  un  ciel  serein,  à  cause  du  ciel  bien 
plus  brillant  qui  les  recouvre.  Mais  supposons  que  ces  limites  soient  réellement 
visibles.  Elles  seraient  certainement  compliquées  et  perdues  par  un  ciel  nuageux. 
Il  est  probable  que  nos  régions  polaires  sont  enveloppées  de  nuages  plus  de  la 
moitié  du  temps;  dans  la  zone  tempérée,  la  proportion  est  inférieure  à  la  moitié 
du  temps  ;  dans  certaines  régions  équatoriales,  ily  a  nébulosité  presque  perpétuelle. 

Sur  Mars,  les  conditions  sont  bien  ditTérentes.  On  n'a  probablement  jamais  vu 
de  nuages  sur  cette  planète.  Les  calottes  polaires  augmentent  et  diminuent.  Si 
ces  calottes  étaient  composées  de  neige,  nous  devrions  nous  attendre  à  voir, 
à  l'époque  de  leur  fusion,  des  nuages  sur  les  régions  polaires.  Nous  n'avons 
aucune  preuve  que  des  nuages  apparaissent  en  ces  régions.  .Vu  contraire,  les 
bords  de  la  calotte  polaire  sont  dépourvus  de  nuages  pendant  des  semaines  et 
des  mois.  Des  projections  brillantes  ressortent  du  bord  de  la  calotte  polaire  sur 


154  LA   PLANETE   MARS.  189i 

les  régions  avoisinantes  plus  sombres  du  disijue.  Ces  projections  et  les  parties 
détachées  analogues  de  la  calotte  restent  constamment  visibles  pendant  des 
semaines,  sans  changement  important  de  forme  ou  de  netteté  de  contour.  Ce 
ne  sont  pas  des  nuages.  Pour  un  oliscrvateur  éloigné,  la  présence  de  nuages  .sur 
la  Terre  doit  être  incontestable.  Un  Martien  ne  sait  pas,  sans  doute,  ce  que  c'est 
qu'un  nuage.  Si  les  conditions  de  notre  propre  atmosphère  sont  bonnes,  les  con- 
tours principaux  des  taches  de  Mars  sont  toujours  visibles.  En  commençant  les 
observations,  la  nuit,  nous  ne  demandons  pas:  «  Est-ce  que  Mars  est  clair  ce 
soir?  »  Mais  toujours  :  «  Notre  propre  atmosphère  est-elle  tranquille?  »  Nous 
n'arrêterons  pas  notre  travail  parce  que  ^Lars  s'est  couvert  de  nuages,  mais 
parce  que  notre  atmosplière  est  nuageuse.  Mars  parait  être  toujours  pur. 

La  conclusion  à  tirer  de  cette  argumentation  est  que,  du  moment  qu'il  n'y  a 
pas  trace  de  nuages,  les  calottes  polaires  ne  nous  donnent  pas  de  preuves 
qu'il  existe  de  la  vapeur  d'eau  dans  une  atmosphère,  ou  qu'une  circulation  des 
matériaux  formant  les  calottes  polaires  ait  lieu  dans  une  atmosphère  (')• 

Il  y  a  une  autre  preuve  importante  que  l'on  ne  saurait  négliger.  La  planète 
Mars  est  beaucoup  plus  éloignée  du  Soleil  que  nous.  L'intensité  de  la  chaleur  et 
de  la  lumière  du  Soleil  n'est  égale  sur  Mars  qu'aux  trois  septièmes  de  la  quantité 
regue  par  la  Terre;  et,  cependant,  le  climat  de  ^Lars  parait  plus  doux  que  le 
nntre.  Non  seulement  les  calottes  polaires  no  s'étendent  pas  sur  Mars  aussi  près 
de  l'équateur  que  sur  la  Terre,  mais  encore  elles  disparaissent  complètement 
sous  l'influence  du  soleil  estival.  La  calotte  polaire  australe  a  disparu  entiè- 
rement vers  le  milieu  d'octobre  dernier  (-).  Il  semblerait  être,  en  effet,  facile 
h  un  explorateur  arctique  d'atteindre  les  pôles  de  Mars.  Tandis  que  cet  état  de 
choses  peut  être  expliqué  par  le  fait  que  leurs  étés  sont  très  longs;  nous  ne  devons 
pas  oublier  que  leurs  hivers  sont  également  très  longs,  et  l'accumulation  de 
neige  pendant  leurs  hivers  devrait  être  proportionnellement  grande.  Si  les 
calottes  polaires  représentent  de  la  neige,  nous  devons  considérer  que  le  climat 
martien  est  plus  doux  que  le  nôtre.  Mais,  dans  ce  cas,  comment  pourrions-nous 
cxiiliquer  l'absence  de  nuages? 

Plusieurs  observateurs  ont  fait  i-emarquur  ((uc  les  calottes  polaires  peuvent 
consister  en   cristaux   d'acide  carbonique  congelé.  Cette  théorie  (M  peut  être 

{')  Cette  coiicliision  nous  semble  ti'op  absolue.  Un  voit  quelquefois  des  nuages  ou 
des  brumes.  D'un  autre  côté,  la  vapeur  d'eau  peut  être  à  l'état  invisible. 

(-)  Ceci  est  contredit  par  les  observations  faites  en  novembre  ISIii,  jiar  M.  Barnard, 
à  l'Observatoire  Licdc.  et  par  nous-mêmes  à  Juvisy.  Les  neiges  polaires  ne  paraissent 
pas  l'onilre  entièrement. 

(')  L'idée  que  les  calottes  polaires  Idanches  de  Mars  pourraient  être  autre  chose  que 
de  la  neige  a  été  énoncée  en  septembre  ISÛ.'  ]ku'  M.  ILvnvaud.  En  réijonse  à  une  Note  d  ;■ 
M.  -Mùuck,  M.  Ranyard  disait  entre  autres:  «  Je  ne  suis  pas  aussi  sur  que  M.  Monck 
uu  mon  ami  M.  Maunder  que  la  lumière  du  Soleil  soit  absorbée  par  de  la  vapeur 
d'eau  dans  l'atmosphère  de  Mars,  et  je  suis  tout  à  fait  préparé  à  croire  que  les  calottes 
polaires  sont  dues  à  des  cristaux  blancs  (semblables  à  ceux  de  la  neige)  d'aciclecarbo- 
riique,  ou  môme  d'an*  atmosphérique  condensé.  »  (A'nowiedf/e,  octobre  1892,  p.  193.) 


CAMPBELL.    L'ATM(i>I'HÈIiE    DE    MARS.  155 

soutenue.  L'acide  carbonique  se  liquéfie  et  se  congèle  lorsqu'on  le  soumet  à  un 
froid  intense.  Il  peut  être  congelé  en  une  niasse  transparente  semblable  à  de  la 
glace,  ou  bien  en  flocons  aussi  blancs  que  la  neige.  Les  llocons  blancs  garde- 
raient leur  forme  et  leur  couleur  aussi  longtemps  que  la  température  serait 
inférieure  à  78»  4  au-dessous  du  zéro  centigrade.  Lorsque  la  température  s'élè- 
verait au-dessus  de  — 78"  -5,  les  flocons  blancs  seraient  transformés  en  une  vapeur 
sans  couleur.  Si  les  calottes  étaient  composées  de  flocons  blancs  d'acide  carbo- 
nique, elles  augmenteraient  ou  diminueraient  sous  l'iniluonce  de  la  clialeur  du 
Soleil,  exactement  comme  nous  l'observons.  Nous  serions  alors  débarrassés  de 
la  nécessité  de  considérer  Mars  comme  jouissant  d'un  climat  plus  doux 
que  la  Terre.  L'absence  de  nuages  s'expliquerait  facilement  alors.  L'absence 
spectroscopique  d'atmosphère  et  de  vapeur  d'eau  serait  également  expliquée. 
On  expliquerait  ensuite  la  netteté  d'aspect  et  la  couleur  blanche  des  calottes 
polaires.  Le  gaz  acide  carbonique  est  un  constituant  important  de  notre 
atmosphère. 

M.  Stonej-  a  énoncé  une  ingénieuse  théorie  pour  expliquer  l'absence  d'atmo- 
sphère sur  la  Lune,  et  comment  une  petite  planète  peut  perdre  petit  à  petit  son 
atmosphère.  Sa  théorie  est  basée  sur  la  théorie  dynamique  des  gaz.  acceptée  par 
tout  le  monde  (')•  D'après  cette  théorie,  tous  les  atomes  ou  molécules  formant 
un  gaz  sont  eu  mouvement  constant  et  violent.  Les  petites  particules  volent  avec 
une  rapidité  formidable,  dépassant,  en  certains  cas,  la  vitesse  de  balles  de 
fusil.  S'il  n'}'  avait  pas  d'empêchement,  les  particules  voleraient  toujours,  et  le 
gaz  serait  en  conséquence  dissipé  et  perdu.  Dans  le  cas  de  l'atmosphère  d'une 
planète,  la  pesanteur  est  la  force  qui  contrôle  les  vitesses  des  particules  et  les 
empêche  de  s'enfuir  dans  l'espace.  Les  plus  grosses  planètes  attirent  leurs  atmo- 
sphères plus  fortement  que  les  petites  planètes,  et  les  gaz  lourds  sont  plus  forte- 
ment attirés  que  les  gaz  légers.  M.  Stoney  a  supposé  que  les  vitesses  maxima 
des  atomes  d'hydrogène,  azote  et  oxygène  sont  si  grandes  que,  si  ces  gaz  ont 
jamais  existé  sur  la  Lune,  la  pesanteur  de  la  Lune  serait  trop  faible  pour 
vaincre  ces  vitesses.  Les  particules  s'envoleraient  une  à  une  dans  l'espace  exté- 
rieur pour  ne  jamais  revenir.  Il  admet  que  l'on  peut  ainsi  expliquer  l'absence 
d'atmosphère  sur  la  Lune.  De  tons  les  gaz,  l'hydrogène  est  le  plus  léger,  et  ses 
atomes  volent  avec  une  vitesse  supérieure  à  celle  de  tous  les  autres.  M.  Stoney 
a  trouvé  que,  s'il  existait  de  l'hydrogène  libre  dans  notre  atmosphère,  l'attraction 
ne  serait  pas  capable  de  l'y  maintenir.  L'hydrogène  libre  se  serait  enfui, 
atome  par  atome,  dans  l'espace  extérieur.  Il  est  ensuite  arrivé  à  la  conclusion 
que  notre  oxygène  et  notre  azote  sont  trop  lourds  pour  s'enfuir.  Maintenant, 
Mars  est  intermédiaire  en  masse  entre  la  Terre  et  la  Lune.  Si  tous  les  consti- 
tuants de  l'atmosphère  lunaire  ont  pu  échapper  à  son  attraction,  et  si  de 
l'hydrogène  libre  a   pu  échapper  à  la  pesanteur  terrestre,  il  est  probable  que 

(')  La  théorie  cinétique  des  gaz  n'est  encore  qu'une  ingénieuse  hupolltèsc,  non 
démontrée,  et  à  laquelle  de  savants  physiciens  refusent  la  valeur  d'une  réalité. 


,156  LA   PLANÈTE   MAllS.  IStll 

tous  les  gaz  légers  se  seraient  émancipés  de  l'attraction  de  cette  planète.  Dans 
notre  atmosphère,  la  vapeur  d'eau  est  la  plus  légère;  la  combinaison  d'azote  et 
d'oxygène  vient  ensuite,  comme  poids;  et  le  gaz  acide  carbonique  est  le  plus  lourd 
de  tous.  Il  pourrait  arriver  à  une  certaine  époque  sur  Mars  —  aujourd'hui  peut- 
être  —  que  l'acide  carbonique  constituât  la  majeure  partie  de  son  atmosphère. 
Dans  ce  cas,  la  température  de  la  surface  de  la  planète  serait  probablement  très 
basse,  assez  basse  pour  geler  l'acide  carbonique  en  flocons  semblables  à  ceux 
de  la  neige. 

Mais  il  n'est  pas  nécessaire  que  nous  renvoyions  l'atmosphère  dans  l'espace. 
Elle  pourrait  facilement  aller  dans  l'autre  direction.  Cette  planète  est  beaucoup 
plus  petite  que  la  Terre.  Elle  est  probablement  plus  âgée,  mais,  dans  tous  les  cas, 
étant  plus  petite,  elle  s'est  refroidie  plus  vite.  Au  fur  et  à  mesure  qu'une 
planète  vieillit,  une  quantité  de  jdus  en  plus  grande  de  l'oxygène  do  son  atmo- 
sphère est  absorbée  par  sou  écoree.  Sur  la  Terre,  une  certaine  quantité  d'oxy- 
gène est  absorbée  par  le  fer  et  les  autres  éléments  de  l'écorce  terrestre  pour 
former  des  oxydes.  Il  est  également  possible  que  d'autres  éléments  de  notre 
atmosplière  passent  graduellement  dans  l'écorce  terrestre.  Il  pourrait  ainsi  se 
faire  que  l'acide  carbonique  restât  en  arrière,  devenant  ainsi  plus  abondant.  Si 
Mars  a  possédé  à  l'origine  une  atmosphère  étendue,  il  a  pu  arriver  qu'il  n'en 
reste  actuellement  qu'un  faible  résidu,  et  que  son  caractère  primitif  en  soit 
radicalement  changé.  Il  est  aussi  possible  que  d'autres  éléments  de  l'atmosphère 
de  Mars  puissent  prendre,  sous  l'influence  d'un  froid  extrême,  la  forme  et  la  cou- 
leur de  la  neige.  L'hypothèse  qui  considère  les  calottes  polaires  comme  compo- 
sées de  neige  obligeant  à  la  présence  de  la  vapeur  d'eau  dans  l'atmosphère 
de  Mars,  nous  conduit  à  de  grandes  difflcultés.  De  plus,  cette  hypothèse  n'est 
pas  nécessaire.  Les  calottes  peuvent  être  formées  d'acide  carbonique  ou  de 
quelque  autre  substance  très  différente  de  notre  neige.  [Si  je  donne  une  place 
considérable  à  la  théorie  de  l'acide  carbonique,  ce  n'est  pas  que  je  croie  â 
l'exactitude  de  cette  théorie,  mais  plutôt  pour  faire  voir  que  nous  ne  sommes 
pas  limités  à  la  théorie  unique  que  les  calottes  représentent  de  la  neige  ou  de  la 
glace.]  Les  caractères  des  atmosphères  martienne  et  terrestre  peuvent  être 
différents. 

6"  Sous  plusieurs  rapports,  Mars  ressemble  à  la  Lune  qui  n'a  pas  d'atmosphère 
appréciable.  En  premier  lieu,  le  pouvoir  réfléchissant  lumineux  diffusif  de  Mars 
est  très  faible,  étant  un  jicu  plus  grand  seulement  que  celui  de  notre  Lune  ou 
bien  de  Mercure,  qui  ne  présente  aucune  trace  certaine  d'atmosphère.  Il  est 
beaucoup  plus  faible  que  celui  des  quatre  grandes  planètes  qui  sont  recouvertes, 
nous  le  savons,  de  très  lourdes  atmosphères.  Ensuite,  le  bord  de  Mars  est  beau- 
coup plus  brillant  que  les  parties  intérieures  du  disque,  exactement  comme  sur 
la  Lune,  et  probablement  pour  les  mômes  raisons,  c'est-à-dire  que  les  surfaces 
montagneuses  des  deux  globes  réfléchissent  la  lumière  i)lus  foitcment  ([ue  les 
plaines.   La  surface  réfléchissante  au    centre  du    disque,  dans  chaque  cas,  est 


C.AMPIil-LI,.    I.-.VTMOSl'IlkRK    DE    MAKS.  157 

composée  de  montagnes  et  tle  plaines;  tandis  qu'au  bord  du  disque  la  surface 
rétiécliissante  est  composée  presque  entièrement  de  montagnes,  les  vallées  ayant 
disparu  par  la  perspective.  Que  l'accroissement  d'éclat  soit  dû  aux  détails  topo- 
graphiques et  non  à  une  atmosphère,  c'est  prouvé  par  le  fait  que  cet  accrois- 
sement d'éclat  au  bord  de  Mars  n'est  pas  uniforme,  de  même  que  sur  la 
Lune.  De  plus,  sur  les  planètes  entourées  de  hautes  atmosphères,  ,/upiter  et 
Saturne,  par  exemple,  les  bords  sont,  en  effet,  beaucoup  plus  faibles  que  le 
centre  du  disque. 

Zôllner  a  estimé  que  si  le  plus  grand  éclat  du  bord  de  N[ars  est  dû  à  des 
montagnes,  elles  ^devraient  être  très  escarpées  —  leurs  talus  faisant  un  angle 
de  7tj»  avec  l'horizon.  Cette  estimation  me  parait  excessive.  Je  ne  crois  pas 
que  le  bord  de  Mars  soit  relativement  plus  brillant  que  celui  de  la  Lune, 
et  que  nous  ayons  besoin  de  pentes  extrêmement  escarpées.  Une  iiartie 
de  l'éclat  apparent  de  Mars  n'est  pas  réelle,  mais  due  au  contraste  avec  le 
fond  du  ciel  noir  ii),  ainsi  que  iL  Ormond  Stone  et  d'autres  l'ont  fait  remar- 
quer. Mais  une  autre  partie  de  l'éclat  est  réelle,  et  probablement  due  au  plus 
grand  pouvoir  réflecteur  des  régions  montagneuses  formant  le  bord  visible 
de  Mars. 

7°  Pendant  les  trois  dernières  oppositions,  nous  avons  vu  dos  projections  bril- 
lantes émergeant  du  terminateur  de  la  planète.  Ces  projections  étaient  proba- 
blement des  pics  de  montagnes  élevées.  Si  elles  étaient  des  montagnes,  elles 
ne  sauraient  pas  être  vues  au  fond  d'une  atmosphère  éiiaisse.  Ou  les  projections 
ne  sont  pas  des  montagnes,  ou  l'atmosphère  est  mince. 

Il  y  a  des  surfaces  claires  et  des  surfaces  sombres  sur  Mars.  Eu  égard  à  un 
choix  judicieux  des  pouvoirs  amplificateurs  de  nos  instruments  sur  Mars,  les 
contrastes  entre  les  parties  claires  et  les  ombres  foncées  paraissent  ana- 
logues aux  contrastes  entre  les  taches  blanches  et  grises  de  la  Lune. 
Les  parties  claires  et  sombres  sur  la  Lune  sont  solides,  non  liquides. 
La  plupart  des  astronomes  considèrent  que  les  taches  claires  sur  Mars  repré- 
sentent le  sol,  et  que  les  taches  sombres  représentent  de  l'eau.  .Mais  d'autres 
astronomes  se  sont  formés  une  idée  diamétralement  opposée.  Du  moment  que 
nous  u'avons  presque  pas  de  preuves  de  l'existence  de  la  vapeur  d'eau  ou  de 
nuages  sur  Mars,  il  semble  qu'il  n'y  a  pas  d'objection  à  l'hypothèse  que  les 
parties  sombres,  comme  les  parties  claires,  représentent  des  terres,  de  même 
que  sur  la  Lune. 

11  peut  être  vrai  que  des  changements  se  produisent  de  temps  en  temps 
dans  les  contours  des  continents  et  des  canaux.  .Mais,  pour  se  former  une  opi- 
nion sur  ce  sujet,  on  devrait  observer  la  planète  systématiquement  pendant 
plusieurs  oppositions.  Cependant,  plus  j'observe  la  planète,  plus  se  fortifie 
l'opinion   que  les  conditions  changeantes  de   notre  propre  atmosphère  et  les 

(')  On  s'aperçoit  de  ce  contraste  en  faisant  des  observations  de  jour  où  le  fond  du 
ciel  est  clair. 


158  LA  PLANÈTE   MARS.  18',li 

(lilTL'rentes  distances  et  positions  de  la  planète  sont  seules  eu  cause  dans  la  plu- 
part de  ces  variations  ('). 

Comme  conclusion,  il  me  paraît  qu'en  ce  qui  concerne  l'atmosphère  de 
la  planète,  les  conditions  approchent  plus  de  celles  de  la  Lune  que  des  nôtres. 

On  le  voit,  pour  rcminoiit  astronome  de  l'Observatoire  Lii'k,  Mars  n'au- 
rait pas  d'atmosphère,  eu  à  peu  près  ;  l'éclat  du  limbe  serait  dû  à  la  réflexion 
de  la  lumière  solaire  par  des  montaynes,  et  les  calottes  polaires  pourraient 
être  formées  de  cristaux  d'acide  carbonique.  11  y  a,  nous  semble-t-il,  quel- 
ques objections  à  ces  hypothèses.  Si,  comme  l'admet  M.  Camidiell,  Mars  est 
très  vieux,  ses  montagnes  doivent  être  usées,  à  moins  d'admettre  (ju'il  n'y 
a  jamais  eu  là  d'agents  atmosphériques  un  peu  dissolvants,  ni  air,  ni  pluies, 
ni  vents,  ni  neiges,  ni  dégels.  D'autre  part,  le  réseau  géométrique  des 
canaux  rectllujnes  (quels  qu'ils  soient)  semble  indiquer  l'absence  de  chaînes 
de  montagnes  quelque  peu  importantes.  D'autre  part  encore,  l'acide  carbo- 
nique ne  se  transforme  pas  en  Ii(|iiide  permanent:  alors,  d'où  proviennent 
les  taches  foncées  conliguësà  la  rétraction  des  neiges  polaires  qui  viennent 
lie  fondre':*  Et  puis  aussi,  s'il  y  a  vi-aiment  là  de  l'acide  carbonique,  ce  sont 
ses  vapeurs  qui  se  condensent  aux  pùles.  Pourquoi  l'analyse  spectrale  si 
perfectionnée  de  ^L  ("ampliell  n'en  déc''le-t-elle  aucune  trace'? 

La  basse  températun'  martienne  qui  serait  causée  par  sa  distance  du 
Soleil  paraît  à  l'auteur  dilïicile  à  écarter.  C'est  peut-être  ici  le  lieu  de 
rappeler  ce  qu'a  écrit  TyndalL  sur  les  propriétés  de  certains  gaz. 

J'ai  constaté,  écrivait-il,  que  le  gaz  oléflant  (gaz  des  marais)  contenu  dans  un 
tube  de  1"',':M  de  long  absorbe  environ  SO  pour  100  de  la  radiation  provenant 
d'une  source  obscure.  Une  couche  du  même  gaz  de  0"'.5  d'épaisseur  absorbe 
33  pour  lOU;  une  couche  de  2'^™, 5,  26  pour  100;  tandis  qu'une  couche  de  0''™,02â 
n'absorbe  que  "2  pour  100  de  la  radiation.  Ainsi  l'absorption  augmente  et  la 
ijuantité  transmise  diminue  à  mesure  que  l'épaisseur  de  la  couche  gazeuse 
augmente.  Envisageons,  pour  un  instant,  l'elï'et  qui  serait  produit  sur  la  tempé- 
rature de  la  Terre  par  une  enveloppe  de  gaz  oléliant  qui  entourerait  notre 
planète  sur  une  faible  épaisseur.  Le  gaz  serait  transparent  aux.  rayons  solaires 
et  leur  permettrait,  sans  obstacle  sensible,  de  parvenir  à  la  Terre.  Ici,  toutefois, 
la  chaleur  lumineuse  du  Soleil  serait  convertie  en  chaleur  terrestre  non  hnni- 
neuse;  au  moins  2(5  pour  100  de  cette  chaleur  serait  interceptée  par  une  couche 
de  gaz  de  2'^'",  5  d'épaisseur,  et  une  grande  partie  arriverait  à  la  Terri',  f^ous  cette 

(')  L'auleur  se  irompo  certainement  ici,  s'il  n'admet  pas  la  rôatité  de  certaines 
variations,  telles  que  celles  de  la  largeiu-  de  la  mer  du  Sablier,  du  lac  du  Soleil  et  de 
son  entourage,  de  l'aspect  des  canaux,  de  l'Hesperie,  du  détroit  de  Pandore,  de  l'éclair- 
cissement variable  de  la  lit,'ne  médiane  du  Sinus  Sab;uus,  etc. 


TVNO.VLL.    I.ATMOSI'IIKKK    I)K    M  M!  S .  lOU 

enveloppe  si  mince  et  complètement  trausparonte  pour  l'iiil,  la  surfaci'  de  hi 
Terre  resterait  h  une  température  dtoull'ante. 

Il  y  a  quelques  années,  ou  a  publié  un  livre  remarquable  par  le  cliarme  du 
style  et  l'ingéniosité  des  raisonnements  pour  prouver  que  les  planètes  les  plus 
éloignées  de  notre  système  sont  iubabitables.  En  appliquant  la  loi  de  la  raison 
inverse  des  carrés  de  leurs  distances  du  Soleil,  on  trouve  que  la  diminution  de 
température  doit  être  si  grande  que  la  vie  buniaine  serait  imiiossible  dans  celles 
qui  sont  les  plus  éloignées;  mais,  dans  ces  calculs,  on  a  omis  rinlluençe  de 
l'enveloppe  atmosphérique,  et  cette  omission  fausse  tout  le  raisonnement.  Il 
est  très  possible  d'imaginer  une  atmosphère  qui  jouerait,  pour  les  rayons 
solaires,  le  rôle  de  barbes  de  plutnc,  leur  permettant  d'arriver  ?i  la  planète  sans 
leur  permettre  de  la  quitter.  Par  exemple,  une  couche  d'air  de  2  pouces  d'épais- 
seur, saturée  de  vapeur  d'éther  sulfurique,  olTrirait  une  très  faible  résistance  au 
passage  des  rayons  solaires;  mais  j'ai  trouvé  qu'elle  intercepterait  3.")  piuir  lOU 
de  la  radiation  planétaire.  Il  n'y  aurait  pas  besoin  d'une  couche  d'une  épais.seui' 
démesurée  pour  doubler  cette  absorption;  et  il  est  bien  évident  qu'avec  une 
enveloppe  protectrice  de  ce  genre,  qui  permettrait  à  la  chaleur  d'entrer,  et  l'em- 
pêcherait de  sortir,  on  aurait  des  cliuiats  tempérés  à  la  surface  des  planètes  les 
plus  éloignées  (  '). 

C'est,  du  reste,  comme  on  le  sait  ilepuis  louglemps,  ce  qui  existe  dans 
notre  atmosphère  terrestre,  en  vertu  des  pro[iriétes  de  l;i  vapeur  d'eau. 
L'atmosphère  agit  comme  une  serre.  Elle  hiisse  arriver  les  rayons  du 
Soleil  jusqu'à  la  surface  du  sol,  mais  ensuite  elle  les  retient  et  s'oppose  à  ce 
que  la  chaleur  emmagasinée  s'échappe  dans  l'espace.  Sans  l'atnmsphere, 
toute  la  chaleur  solaire  reçue  iiendant  le  jour  fuirait  pendant  la  uiiil,  et  la 
surface  du  sol  serait  gelée  chaque  nuit,  eu  été  comme  eu  hiver.  Les  molé- 
cules d'o.xygène  et  d'azote,  c'est-à-dire  l'air  proprement  dit,  sont  à  peu  près 
indifférentes  et  laissent  tranquillement  perdre  cette  précieuse  chaletu-. 
Mais  il  y  a  dans  l'air  de  la  vapeur  d'eau  en  suspension,  à  l'i'tat  de  gaz 
invisible.  C'est  cet  élément  qui  est  le  plus  eliicace.  Le  pouvoir  absorbant 
d'une  molécule  de  vapeur  a(jueuse  est  16  000  fois  supérieur  à  celui  d'une 
molécule  d'air  sec  !  Cette  vajieur  est  une  couverture  plus  salutaire  n>ni-  la 
vie  végétale  que  nos  vêtements  ne  le  sont  dans  les  plus  grands  froids.  Suj - 
lirimez  pendant  une  seule  nuit  la  vapeur  arjueuse  contenue  dans  l'air  ijui 
couvre  la  Trance,  et  vous  détruirez,  par  ce  seul  fait,  toutes  les  plantes  que 
le  froid  fait  mourir,  la  chaleur  de  nos  champs  et  de  nos  jardins  se  répandra 
sans  retour  dans  l'espace,  et,  lorsijue  le  Soleil  se  lèvera,  il  n'éclairera  plus 
qu'un  champ  de  glace. 

(')  Ty.nd.4ll,  La  Clialeur,  mode  de  mouvemeni,  '2'  édition  française,  p.  401-iu3. 


160  LA  PLANÈTE  .MARS.  1894 

l.:\  vajieur  d'eau  n'est  pas  la  seule  qui  jouisse  de  ce  privilège.  Les  e.xpr- 
rieuces  de  Tyndall  ont  montré  que  les  vapeurs  de  l'éther  sulfurique,  de 
l'ether  fonuique,  de  l'ether  acétique,  de  l'amylènc,  du  gaz  oléliant,  de 
l'iodure  d'éthyle,  du  chloroforme,  du  Jiisulfure  de  carbone,  exercent  la 
même  influence  à  des  degrés  divers.  Les  parfums  que  les  Heurs  répandent 
le  soir  autour  d'elles  leur  servent,  pendant  la  nuit,  d'un  voile  prolecteur 
contre  les  atteintes  de  la  gelée. 

Ce  pruMéme  de  l'atmiisplirre  de  la  planète  Mars  commence  à  entrer  dans 
sa  période,  sinon  de  solution,  du  moins  de  discussion  technique  contra- 
dictoire qui  ne  peut  manquer  d'apporter  d'heureu.x  fruits,  et  nous  ne 
saurions  mieux  faire  ici  que  de  metti'e  en  présence  tous  les  arguments. 
Nous  venons  de  remimler  jusqu'à  Tyndall,  c'est-à-dire  à  un  tiers  de  siècle, 
pour  rappeler  ses  expériences  sur  les  propriétés  des  gaz.  Nous  resterons  un 
instant  à  la  même  époque  pour  rappeler  un  ingénieux  Ouvrage  fort  peu 
connu  (même  de  ses  comjiatriotes)  d'un  savant  anglais,  Matthieu  Williams, 
dans  Irijuel  un  Chapitre  fort  remarquable  est  consacré  à  notre  planète  (']. 

Voici  ce  Chapitre,  abrégé. 

C'LXXX.  —  iL\TTHiKi   Williams  —  Météorologie  .mautiewe. 

La  masse  de  Mars  est  à  celle  de  la  Terre  coinine  0,1321  :  à  I,  et  son  diamètre 
comme  0,."il9  à  1.  Donc  </o,\'ÂH  =0,303  et  0,519-^  =  0,ÎG930I.  L'atmosphère 
totale  de  Mars  devrait  être  ainsi  de  0, 13■^i  x  0,305  =  0,04.Sî-28r)  =  j-j  environ.  Et 

la  iiressiou  almosnliérique  à  la  surface  de  la  iilanète    ',  ^'.  "'.    =  0, 179  =  -=S  d'at- 

0,'2(j9ob 

mosphèrc  environ.  Le  baromètre  inercuriel  se  maintiendrait  dans  ces  conditions 

à  1:îG"""  au  niveau  tle  la  mer.  La  pression  atmosphérique  devrait  être  d'environ 

194-'  par  centimètre  carré,  et  l'eau  devrait  y  bouillir  à  09"  centigrades. 

La  quantité  totale  d'atmosphère  sur  Mars  serait  ainsi  plus  de  deux  fois  supé- 
rieure à  celle  de  Mercure;  mais  sa  densité  ou  sa  pression  superficielle  ne  serait 
que  d'un  quart  i)lus  gi'ande,  par  suite  de  l'étendue  de  surface  relativement  plus 
considérable,  due  à  la  faible  gravité  spécilique  de  Mars.  Mais  les  efl'cts  météoro- 
logiques et  hydrographiques  de  ces  deux  atmosphères  doivent  être  liien  diffé- 
rents en  réalité,  en  vertu  de  la  grande  diversiti;  dans  la  quantité  de  chaleur 
solaire  à  laquelle  ces  mondes  sont  exposés.  L'intensité  moyenne  de  la  radiation 
solaire  sur  Mercure  est  10  fois  plus  grande  que  sur  Mars.  Ainsi,  tandis  que  l'eau 
atmosphérique  de  Mercure  existerait  d'habitude  à  l'état  gazeux,  la  plus  grande 
pai'tie  de  celle  de  Mars  doit  être  gelée. 

La  ijuantité  d'eau  à  la  surfaire  de  Mars  devrait  être  à  celle  de  la  Terre  dans  le 

('}  77i(' /'(R'î  o/" //!(,"  .Sun.  Londres,  1870. 


MATTlllKU   WILLIAMS.    ATM  OSIMI  i:il  !•:  DK  MARS.  161 

même  rapport  environ  que  colle  de  son  atmospiière.  Kilo  dovrait  ainsi  n'en 
constituer  qu'environ  le  cinquième;  et  si  les  profondeurs  moyennes  relatives  des 
océans  des  deux  planètes  sont  à  pou  près  égales,  la  proportion  de  terre  et  d'eau 
à  la  surface  de  Mars  devrait  être  cinq  fois  plus  grande  que  celle  observée  à  la 
surface  de  la  Terre.  Ce  rapport  étant,  pour  la  'l'orrc,  d'environ  un  quart,  ou 
une  unité  do  terre  pour  trois  unités  d'eau,  il  devrait  y  avoir,  sur  .Mars,  cinq 
unités  de  terre  pour  trois  unités  d'eau. 

L'intensité  de  la  clialeur  solaire  sur  Mars  étant  ;\  collo  do  la  Terre  dans  le 
rapport  de  0,431  à  I,  c'est-à-dire  moins  i\o  la  moitié,  la  température  moyenne 
de  Mars  doit  être  considérablement  inférieure  ;\  celle  de  la  glace  fondante;  la 
faible  atmosphère  et  la  petite  quantité  do  vapeur  d'eau  qu'elle  d(jit  contenir 
doivent  exagérer  les  écarts  de  température  du  .jour  et  do  la  nuit,  surtout  dans 
les  régions  polaires,  où,  en  vertu  de  l'inclinaison  de  l'a.xe  de  la  planète,  une 
si  grande  partie  de  chaque  hémisphère  est  alternativement  exposée  à  plusieurs 
mois  de  radiation  solaire  continue  et  plusieurs  mois  d'obscurité  ]irolungée. 

Comment  ces  conditions  doivent-elles  all'ecter  les  océans  ou  les  mers  de  Mars? 
La  température  maycnnc  étant  inférieure  au  zéro  centigrade,  ces  mers  doivent 
être  gelées  jusqu'au  fond;  mais  la  surface  de  l'eau  dans  toutes  les  parties  de 
la  planète  exposées,  avec  une  obliquité  moyenne  seulement,  aux  rayons  solaires, 
serait  dégelée  à  une  profondeur  variant  avec  la  durée  et  la  verticalité  de  cette 
exposition.  .Sa  surface  serait  ainsi  fondue  pendant  le  jour  et  regelée  la  nuit, 
comme  la  surface  de  nos  propres  glaciers  alpins,  mais  les  changements  seraient 
beaucoup  plus  marqués  sur  les  océans  martiens. 

Une  légère  rosée  de  gelée  blanche  commencerait  à  tomber  avant  le  cor.cher 
du  Soleil,  c'est-à-dire  aussitôt  que  l'obliquité  des  rayons  solaires  permettrait  à  la 
surface  de  se  refroidir  au-dessous  du  point  de  congélation.  Il  devrait  y  avoir  un 
courant  continu,  dirigé  hors  des  régions  où  le  jour  lirille  à  midi,  —  où  la  mince 
atmosphère  serait  grandement  augmentée  par  la  vapeur  d'eau,  —  vers  le  vide 
relatif  du  coté  sombre  de  la  planète.  II  y  aurait  le  même  genre  d'action  que  celle 
décrite  par  sir  John  Ilerschel  comme  devant  nécessairement  avoir  lieu  sur  la 
Lune  s'il  y  avait  de  l'eau  sur  notre  satellite,  action  i[u'il  compare  à  l'expérience 
du  cryophore.  Il  devrait  cependant  exister  quoique  dilïérence  entre  ^lars  et  la 
Lune.  Le  vide  de  Mars  étant  seulement  relatif,  l'action  serait  beaucoup  plus 
lente  et  bien  moins  marquée  que  dans  le  cas  hypothétique  de  .John  Ilei'schol.  lOt  la 
température  moyenne  de  Mars  étant  tellement  inférieure,  le  point  de  corgélatiou 
et  la  chute  subséquente  d'une  brunie  de  gelée  blanche  doivent  commencer  bien 
avant  la  séparation  effective  entre  la  lumière  et  l'obscurité,  —  à  cette  distance 
angulaire  de  la  verticalité  solaire,  où  les  influences  réfrigi'rantcs  de  la  radiation 
planétaire,  aidées  par  celles  de  la  glace  superficielle,  doivent  réduire  la  temiié- 
rature  du  sol  au  point  de  congélation. 

Il  n'y  aurait  pas  ainsi  de  grandes  masses,  bien   délinies,  de   vapeur  d'eau 
flottant  irrégulièrement,  comme  nos  nuages,  dans  l'atmosphère  de  .Mars;  pas  de 
F.,  II.  11 


162  LA  PLANETE  MARS.  1894 

cumulus,  pas  de  cumulo-stratus,  pas  même  de  cirrus,  et,  à  l'exception  des  bords 
de  la  glace  polaire,  rieu  de  plus  dense  qu'un  mince  voile  de  stratus,  ou  cirro- 
stratus,  formé  de  cristaux  de  glace,  cette  sorte  de  nuage  ou  de  brume  qui,  daus 
notre  atmosphère,  produit  des  halos  autour  de  la  Lune  et  ne  cache  suffisamment 
sa  face  que  pour  en  accroître  la  beauté,  voile  de  coquetterie.  La  région  du 
jour,  à  midi,  ainsi  que  toute  la  partie  avoisinante,  seraient  rarement  soumises  à 
ce  i'aible  obscurcissement,  parce  que  la  chaleur  solaire  devrait  y  maintenir,  dans 
les  circonstances  ordinaires,  toutes  les  vapeurs  qu'elle  a  soulevées  dans  un  état 
de  transparence  absolue. 

Il  s'ensuit  qu'un  di'qiôt  de  gelée  blanche  doit  continuellement  se  former  dans 
le  tour  du  dis(ine  de  la  jilanôte,  et  que  le  phénomène  doit  commencer  à  une 
certaine  distance  angulaire  du  centre  du  disque,  et  croître  graduellement  \ers  la 
circonférence.  La  rotatii.m  de  la  planète  devra,  cependant,  produire  une  difTé- 
rence  considérable  dans  les  résultats  de  ce  dépôt.  Tout  ce  qui  se  forme  sur  les 
cotés  est  et  ouest  du  la  planète  doit  être  dégelé  et  évaporé  par  le  Soleil  du 
lenilemain,  de  sorte  que  l'accumulation  maximum  dans  ces  deux  directions  ne 
saurait  être  que  celle  du  dépùt  d'une  seule  nuit;  mais,  au  nord  et  au  sud,  il  y 
aura  une  accumulation  continuelle  qui  no  sera  dégelée  que  jusqu'à  une  certaine 
latitude  par  la  présentation  estivale  annuelle  de  chaque  hémisphère  au  Soleil. 

L'observateur  terrestre  devrait  ainsi  apcrccvuir,  sur  le  cercle  de  brume  du 
bord,  une  augmentai  ion  d'éclat  due  à  ce  dépôt  quotidien  de  gelée  blanclie.  Cet 
éclat  devrait  être  faible  aux  limbes  est  et  ouest,  parce  qu'il  serait  produit  jiar  le 
léger  dépôt  de  rosée  gelée  d'une  nuit  seulement;  mais,  vers  les  régions  polaires, 
l'accumulation  devrait  être  considérable  et  très  marquée.  Elle  devrait  former 
une  masse  circulaire  dont,  le  contour  reculerait  et  avancerait  avec  le  retour  annuel 
dc:i  pôles  des  deux  hémisphères  vers  le  Soleil.  La  circonférence  de  cette  tache 
devrait  être  limitée  par  une  zone  de  brouillard  ou  de  brume  produite  i)ar  la 
condensation  qui  doit  tdujotu's  s'efl'cctuer  lorsque  l'air  chaulfé,  et  cliargi;  de 
vapeurs,  des  régions  méridiennes,  entre  dans  la  région  de  la  gelée  et  de  la 
précipitation.  Cette  zone  devrait  être  plus  dense  et  plus  définie  que  la  zone 
correspondante  des  liirdtes  est  ot  ouest  de  la  ligne  isotherme  de  0"  C,  en  vertu 
de  ce  que  la  brusque  variation  de  température  est  nécessairement  plus  grande  à 
la  ligne  limite  nord  et  sud.  entre  l'été  et  l'hiver,  qu'aux  limites  est  et  ouest  du 
jour  et  de  la  nuit. 

La  distance  entre  les  limiles  moyennes  des  taches  nord  et  sud  de  gelée 
blanche  accumulée  peut  être  ju-iso  comme  une  mesure  approximative  du  diamètre 
du  cercle  au-dessus  duquel  les  rayons  solaires  sont  capables  d'élever  la  tempé- 
rature du  jour  au-dessus  du  point  de  congidation.  La  circonfé'renco  do  ce  cercle 
lormerait  la  ligne  quotidienne,  isotherme,  fugitive  de  0"  C.  Cette  distance 
angulaire  iicrmettrait  ainsi  aux  observateurs  de  déterminer  les  limites  où  il  fau- 
drait cherrlier  lo  commencement  du  dépôt  de  gelée  blanclie  le  soir  et  la  ligne 
du  dégel  matintil.  Cette  dernière  devrtiit  être  plus  tranchée  et  mieux  déliuie 
que  la  jn'écédcnte. 


CLAC.lKliS    l'OI,.VIKi:S.    MOKAINKS     A  \  A  I.ANC.II  F.S.  103 

Aux  pôles,  et  à  une  certaine  distance  autour,  l;i  iiuantité  annuelle  de  dépôt 
doit  dépasser  la  quantité  annuelle  de  di'i;cl  et  d'évaporation  ;  de  sorte  qu'une 
montagne  glaciale  gigantesque  devrait  s'y  accumuler,  avec  un  accroissement 
continuel  et  une  tendance  ;\  prendre  la  forme  conique.  Comme  le  dépôt  de 
cristaux  de  glace  commencerait  avant  le  coucher  du  Soleil  et  atteindrait  proba- 
blement S(m  maximum,  ou  même  seraii  terminé,  avant  la  nuit  polaire  (par 
suite  du  peu  de  profondeur  de  l'atmosphère  de  cette  planète  et  du  rapide 
rayonnement  qui  en  résulte  i,  la  construction  de  cette  montagne  polaire  devrait 
être  très  irrégulière.  Au  milieu  de  lliivcr,  les  pentes  inférieures  de  ses  talus 
recevraient  le  gros  des  additions. 

Avec  l'avance  de  la  ligne  du  jour,  l'élévation  de  la  zone  de  dépôt  maximum 
croîtrait  jusqu'àce  qu'elle  eût  atteint  le  sommet.  Cette  coïncidence  du  plus  grand 
dépôt  avec  le  sommet  aurait  lieu  deux  fois  par  an,  avant  et  après  le  milieu  de 
l'été.  En  été,  les  seules  régions  recevant  quelque  dépôt  seraient  le  sommet  et 
son  voisinage  immédiat,  tandis  qu'en  même  temps  les  côtés  dégèleraient  par  la 
puissante  action  du  soleil  continuel  de  l'unique  et  long  jour  arctique.  A  cette 
époque,  les  talus  de  la  montagne  polaire  seraient  déchirés  par  des  torrents  de 
glace  et  d'eau  gigantesques  :  avalanche*,  glaciers  et  torrents. 

La  tendance  de  cet  accroissement  estival  du  sommet  et  de  ce  dépérissement 
des  côtés  serait  d'amener  des  catastrophes  périodiques,  par  la  chute,  plus 
ou  moins  complète,  du  cône  montagneux  sous  forme  d'avalanche  colossale. 
Pareille  catastrojthe  serait  indiquée  avec  le  plus  d'évidence  à  l'observateur 
terrestre,  par  une  extension  irrégulière  et  temporaire  des  blancheurs  polaires, 
où  les  débris  d'une  grande  avalanche  joncheraient  les  régions  avoisinant  h- 
contour  général  du  glacier,  c'est-à-dire  la  zone  du  dégel  estival.  Si  la  glace 
possède  la  viscosité  que  lui  a  attribuée  le  professeur  Forbes,  cette  tendance  à  la 
chute  soudaine  du  pic  polaire  serait  en  grande  partie  contre-baIan"ée  par  le 
grossissement  et  l'avance  de  la  base  ;  mais,  si  les  phénomènes  attribués  ;'i  la 
viscosité  ne  sont  que  des  produits  de  regel,  la  tendance  supérieure  de  l'accrois- 
sement polaire  ne  serait  que  faiblement  contrecarrée  par  cette  action,  et  les 
catastrophes  doivent  être  d'une  grandeur  immense. 

Les  rochers  à  la  base  de  ce  grand  pic  de  glace  doivent  présenter  sur  une 
échelle  grandiose  tons  les  effets  d'érosion  glaciaire.  Ils  doivent  être  polis, 
évidés  et  creusés  de  façon  à  former  de  grandes  vallées  circulaires  entourant 
chacun  des  pôles  de  la  planète;  et,  au  delà  de  ces  sillons  circumpolaires,  vers 
les  cercles  arctiques  ou  antartiques  do  Mars,  il  doit  exister  dos  bourrelets  cor- 
respondants de  moraine  consistant  en  matériaux  que  le  glacier  polaii'e  avançant 
a  creusés  et  poussés  devant  lui.  Cette  poussée  extérieure  perpétuelle  du  grand 
glacier  polaire,  cette  érosion  continue  des  régions  ]jolaircs  de  la  planète 
toujours  à  l'œuvre  depuis  sa  consolidation  d'origine,  d^Mvent  avuir  produit  une 
modification  sensible  de  la  forme  du  globe  de  Mars  en  l'aplatissant  dans  le 
voisinage  immédiat  do  ses  pôles  pour  le  surélever  dans  les  régions  des  moraines 
entourantes. 


ici  l.A   PLANÈTE   MARS.  |S94 

Voyons  maintenant  comment  ces  déductions  théoriques  s'accordent  avec  les 
faits  observés.  Ceux  qui  sont  familiarisés  avec  l'aspect  télescopique  de  Mars 
peuvent  être  induits  peut-être,  en  lisant  ce  qui  précède,  à  supposer  que  je  n'ai 
fait  qu'adapter  ma  tliéorie  aux  faits  connus.  Ma  réponse  est  simplement  que  je 
ne  puis  guère  éviter  cette  apparence,  qui  résulte  nécessairement  de  ma  théorie 
si  elle  est  exacte;  mais  je  vais  plus  loin. 

Plusieurs  hypothèses  ont  été  présentées  pour  expliquer  les  phénomènes  mar- 
tiens; elles  diffèrent  toutes  de  la  mienne.  Elles  supposent  une  plus  grande 
quantité  d'atmosphère  que  mes  calculs  ne  l'indiquent;  elles  disent  que  le 
climat  et  la  météorologie  de  Mars  correspondent  d'une  manière  très  satisfai- 
sante à  ceux  de  la  Terre.  Je  maintiens  que  ces  cmiditions  diffèrent  tellement 
qu'aucune  des  créatures  de  notre  monde  ne  saurait  vivre  sur  Mars.  Ces  théories 
parlent  de  neige  et  de  pluie,  tandis  que  la  mienne  infirme  l'existence  de  ces 
météores  aqueux.  Elles  ont  beaucoup  de  mal  à  expliquer  le  climat,  qui  donne 
à  ces  prétendues  taclies  neigeuses  d'hiver  une  étendue  moindre  que  celle  de 
notre  Terre.  Mon  calcul  de  la  densité  atmosphérique  fait  table  rase  de  cette 
difficulté  et  explique  tous  les  phénomènes  comme  n'en  étant  que  des  consé- 
quences inévitaljles  sans  iiypotlièse  de  chaleur  interne,  ou  autre  particularité, 
on  dehors  naturellement  de  la  densité  atmùS|ihérique  calculée. 

Les  paragraphes  suivants  d'un  Mémoire  du  professeur  Phillips  dans  les  Pro- 
cecdiuijs  of  the  [loynl  .Socic/y,  du'^Ojaivier  lf<C5,  éclaircissent  quelques-unes 
de  ces  différences.  L'auteur  dit  : 

«  Les  distances  relatives  au  Soleil  de  Mars  et  de  la  Terre  étant  prises  comme 
100  et  \Ui,  l'inlluence  solaire  relative  doit  être  sur  Mars  comme  100  et  231  sur 
la  Terre;  do  sorte  que  l'on  doit  s'attendre  à  ce  que  la  surface  de  la  planète  soit 
dans  un  état  de  gelée  perpétuelle  et  non  à  une  température  agréable  de  A"  à  10", 
ou  même  de  10"C.,   analonuc  à  celle  que  possède  la  Terre  prise  dans  son  en- 
semble. Comment  nous  expliquer  ce  pliénomène?  De  deux  inlluences  concevables 
auxquelles  on  pourrait  avoir  recours,  c'est-à-dire  une  chaleur  interne  très  élevée 
de  la  planète,  et  quelque  particularité   de  l'atmosphère,   nous  pouvons,  tout  eu 
assignant  une  valeur  h  chacune,  adopter   sans  hésitation  la  dernière,  comme 
étant  plus  immédiate    et  elTective....   Tracer  les  elîets   en  détail   serait  impra- 
ticalilo;  mais,  en  général,  nous  [louvons  remarquer  que,  comme  une  diminution 
de  la  masse  d'atmo^jjhèro  vaporeuse  autour  de  hi  Terre  exagérerait  l)eaucoup 
la  différence  de  tcinpi-rature  diurne  et   nocturne,  estivale    et    liivei-nale,  l'elfct 
contraire  s'ensuivrait  comme  corollaire  do   l'argumentation.   Appli(iuant  ce  rai- 
sonnement à  Mars,  nous  verrons  que  son  abiiosphére  élendiic  réduirait  l'écart 
de  température  entre  l'été  et  l'hiver  comme  enire  le  jour  et  la  nuit.  VA\c  augmen- 
terait, en  outre,  la  tcmijératurc  moyenne,  cette  atmosi)hère  donnant  lil)re  accès 
aux  rayons  solaires,  s'ojjposant  au  retour  de  la  chaleur  obscure  de  la  surface 
terrestre  et  empêchant  sa   radiation  dans   l'espace.   Cet  elTet  a   lieu  actuelle- 
ment sur  la  T'erre,  qui  est  rendue  plus  chaude  et  plus  é'galc!  en  lempt'rature  pai- 
l'atmosidière   que    si  cette  atmosphère  n'existait  pas.   11   est   concevable   ipi'il 


ATMosi'iiÊUK  i:t  tempera  I  lui:.  ir.5 

puisse  avoir  lieu  sur  Mars  .-i  un  dcjro  supérieur,  môme  sans  supfioser  l'atmo- 
sphère matériellemeut  différeutc  de  la  nôtre  dans  sa  constitution,  nu  ayant 
quelques  caractères  spécialement  favorables  ou  exceptionnels  pour  l'absorption 
et  la  radiation  de  la  chaleur.  Il  semble,  cependant,  nécessaire  do  supposer  une 
plus  grande  communication  de  chaleur  de  l'intérieur  de  la  planète;  car,  autre- 
ment, la  vajieur  additionnelle,  à  lai]uclle  l'etTet  réchaufTanl  doit  être  parlicnliè- 
roment  attribué,  ne  pourrait  probablement  pas  être  supportée  dans  l'aluxisphère. 
Somme  toute,  nous  pourrions,  peut-être,  en  conclure  que  Mars  est  haliitable.  » 

Ce  passage  est  un  énoncé  des  déductions  des  aspects  observés  de  Mars 
auxquels  les  astronomes  ont  été  conduits.  Les  obligations  impérieuses  de  mon 
hypothèse  m'ont  éloigné  du  chemin  habituel  d'explications  a  po.-^'ieri'oî'j,  en  me 
conduisant  en  contradiction  directe  avec  la  «  température  agréable  »  et 
r  "  atmosphère  étendue  »,  réduisant  1'  «  écart  de  température  eutre  l'été  et  l'hiver. 
entre  le  jour  et  la  nuit,  »  etc.,  en  me  faisant  admettre  une  atmosphère  de  IJG""' 
de  pression  barométrique  et  une  série  de  conditions  météorologiques  diamétra- 
lement opposées  à  celles  qui  ont  été  généralement  supposées  comme  néces- 
saires pour  expliquer  les  taches  polaires  et  les  autres  détails  de  cette  planète; 
mais,  aj'aut  fait  le  premier  pas  dans  cette  voie  non  autorisée,  j'ai  suivi  la 
traînée  de  conséqueuces  nécessaires  suggérées,  et  j'ai  trouvé  qu'elle  m'a 
conduit  là  où  j'avais  peu  de  chan'-es  d'attei-rir  d  abord,  c'est-à-dire  sur  un 
terrain  supérieur  qui  m'a  permis  de  voir,  bien  plus  clairement  et  logiquement 
qu'on  ne  l'avait  fait  auparavant,  les  causes  dont  peuvent  dépendre  les  phénomènes 
superficiels  de  la  mieux  observée  et  de  la  plus  exactement  connue  de  toutes 
les  planètes. 

Je  vais  maintenant  comparer  quelques-uns  des  détails  d'observation  avec 
mes  conclusions  a  priori.  Au  début,  je  dirai  que  je  ne  connais  guère  d'obser- 
vation directe,  par  l'éfraction  ou  autrement,  fourni-saut  quelque  base  pour  l'esti- 
mation quantitative  de  l'atmosphère  de  Mars.  L'  «  atmosphère  étendue  »  com- 
munément décrite  est  purement  hypothétique  ;  elle  a  été  sujjposée  afin  d'expliquer 
les  II  calottes  neigeuses  »  et  d'autres  taches  de  la  surface.  Je  dois,  par  consé- 
quent, faire  appel  à  l'évidence  indirecte  et  déterminer  si  elle  est  plus  favorable 
à  l'hypothèse  d'une  atmosphère  n'ayant  que  le  cinquième  de  la  densité  de  la 
notre,  ou  à  l'atmosphère  ordinairement  supposée  d'une  densité  égale  ou  supé- 
rieure à  la  nôtre. 

Si  Mars  avait  l'atmosphère  vaporeuse  dense  qu'on  lui  attribue,  cette  atmosphère 
serait  nuageuse,  comme  celle  de  la  Terre,  et  ses  nuages,  comme  les  nôtres, 
devraient  être  suffisamment  opaques  [)our  cacher  entièrement  le  corps  de  la  pla- 
nète partout  oi^i  ils  se  trouveraient. 

Sir  John  Ilerschel  nous  dit  que  a  des  observations  attentives,  continuées  pendant 
dix  ans,  nous  ont  enseigné  que  les  taches  sombres  de  Mars  comerrent  constam- 
ment leurs  formes  et  leurs  positions  relatives  sur  la  phinilc  ».  Ceci  ue  saurait 
exister  pour  une  planète  recouverte  de  nuages,  sujette  à  dos  chutes  de  pluie  et 
de  neige.  Des  surfaces  considérables  devraient  parfois  être  voilées  de  nuages  qui 


1G6  LA  PLANÈTE  MARS.  1894 

obliti'i'craient  coniplètemeut  les  taches  de  la  surface,  en  leur  substituant  une 
configuration  très  iliftorente.  Les  taches  nuageuses  seraient  aussi  variables  que 
les  bandes  de  Jupiter,  ou  les  taches  nuageuses  de  Vénus,  qui  ont  donné  tant 
d'embarras  et  qui  ont  conduit  les  observateurs  à  des  descriptions  contradic- 
toires. Les  circonstances  très  favorables  sous  lesquelles  les  meilleures  obser- 
vations de  Mars  ont  été  faites  permettraient  aux  observateurs  d'observer  et 
d'enregistrer  la  variation  diurne  des  zones  ou  régions  de  nuages  de  la  planète, 
de  décrire  leurs  occasions  intcrmittentos  de  voir  les  taches  vertes  et  rongecâtres 
bien  connues  attribuées  à  des  mers  et  à  des  terres,  enfin  de  nous  dire 
quelque  chose  des  obscurcissements  ilus  au  mauvais  temps  sur  Mars,  obscur- 
cissements qui  cacheraient  ces  taches  complètement  à,  leur  vue. 

Eh  bien  !  on  n'a  rien  vu  do  senililable.  Il  est  vrai  que  M.  Lockyer  parle  de 
«  nuages  »;  mais  de  quels  nuages?  Exactement  le  genre  de  nuages  qu'une  atmo- 
sphère de  I36™">  ou  140"""  et  dont  la  température  est  au-dessous  de  0°  serait 
capable  de  supporter.  11  dit:  «  En  lSG-2,  la  planète  était  plus  dépourvue  de  nuages 
et  plus  rougeàtre  qu'en  1864.  L'explication  est  que.  lorsque  Mars  est  nuageux,  la 
lumière  réfléchie  des  nuages  éprouve  moins  d'absorption  que  celle  réfléchie 
par  la  planète  elle-même.  » 

A  propos  de  ses  observations  de  iS(J2,  ^L  Lockyer  fait  remarquer  que, 
((  quoique  la  fixité  complète  des  taches  principales  de  la  planète  ait  été 
mise  hors  de  doute,  il  s'y  elî'ectue  des  changements  quotidiens,  voire  horaires, 
des  détails  et  des  tons  des  diverses  ]iarties  de  la  planète,  claires  et  sombres. 
Ces  changements  sont  produits,  sans  doute,  par  le  passage  de  nuages  par- 
dessus les  diverses  taches.  " 

Il  est  parfaitement  d'accurd  avec  les  conditions  que  j'ai  décrites  que  l'atmo- 
sphère de  Mars  ]niissi^  être  soumise  à  cette  sorte  de  variabilité  vaporeuse,  car 
la  terre  sèche  exposée  à  l'éclat  continu  du  Soleil,  à  travers  une  atmosphère 
si  mince,  doit  être  très  considérablement  échauffée,  parfois  peut-être  jusqu'au 
point  d'ébullition,  tandis  que  les  mers  de  glace  ne  sauraient  se  dégeler  qu'à  la 
surface  seulement,  en  y  élevant  leur  température  au  point  de  fusion  de  la  glace. 
Ainsi  l'air,  en  passant  de  la  Terre  vers  l'eau,  serait  soumis  à  un  refroidissement 
qui  produirait  une  brume  proportionnelle  au  degré  de  saturation  de  la  vapeur 
d'eau.  Avec  une  atmosphère  si  mince,  ceci  ne  pourrait  jamais  ('-cjuivaloir  ;\  quoi 
que  ce  soit  de  ressemblant  à  un  nuage  opaque  ou  à  du  brouillard.  L'avam:e  gra- 
duelle du  soleil  estival  continu  sur  les  régions  glaciaires  arctiques  et  antarctiques 
doit  produire  des  écarts  extrêmes  de  temiu-rature,  et  une  lirume  consécutive 
analogue  à  celle  qui  se  rencontre  dans  la  Norvège  septentrionale,  pendant  les 
mois  de  mai  et  juin,  jus(pi';\  ce  que  les  neiges  de  l'hiver  aient  disparu;  mais 
cette  brume  serait,  sur  Mars,  beaucoup  plus  transparent(>.  Cette  tendance 
atteindrait  son  maximum  lorsqu'une  grande  avalanclie  d(!  la  montagne  de  glace 
polaire  aurait  rejeté  un  groupe  de  blocs  de  glace  bien  au  delà  ch-s  liniiles 
normales  de  la  glace  polaire,  en  les  laissant  épars  sur  la  région  qui,  durant 
le  long  jour  estival  arctique,  peut  être  chaufl'ée  par  les  rayons  solaires   libres 


GLACES.   BRUMES.  GELÉE   ItLANClIE.  Hu 

au-dessiis  du  point  d'ébullition  uiarlien  de  tO».  Ainsi,  les  torrents  provenant  de 
la  gLnce  fondue  bouilliraient  eu  traversant  les  terres,  et  une  couche  de 
brume,  telle  que  l'a  décrite  M.  Lockyer,  prévaudrait  sur  une  partie  considérable 
de  la  planète. 

J'ai  déjà  dit  que  la  distribution  normale  de  cette  brume  ou  nuage  de  stratus 
mince  devrait  être  tout  autour  des  bords  esiérieurs  du  dis([ue,  taudis  que  les 
parties  centrales  de  la" planète  devraient  ordinairement  rester  claires  en  vertu 
de  la  radiation  solaire  et  planétaire  et  de  la  convection  qui  doivent  y  être  sufli- 
santes  pour  retenir  à  l'état  gazeux  la  plus  grande  partie,  sinon  la  totalité  des 
vapeurs  soulevées  par  ces  agents.  M.  Phillips  rapjmrte  qu'  «  une  certaine  brunie  a 
été  constatée  les  18  et  CO  novembre  186-,',  telle  que  l'on  n'eu  voit  pas  d'haijitude 
sur  Jujiitcr  ou  Saturne  ;  et  que  cette  brume  est  devenue  de  p/cs  en  plus  faible 
au  fur  el  à  mesure  que  les  régions  observées  approchaient  du  méridien.  »  Cette 
frange  de  brume,  produisant  une  disjiaritiou  graduelle  des  taches  en  appro- 
chant du  bord  du  disque,  est  un  phénomène  constant,  noté  par  tous  les  obser- 
vateurs. Cet  aspect,  aussi  bien  que  les  taches  iiolaires  blanches,  les  eut 
amenés  à  spéculer  sur  la  base  d'une  atmosphère  dense.  Mon  hypothèse  d'une 
mince  précipitation  de  gelée  blanche  dans  une  atmosphère  légère  s'accorde 
beaucoup  mieux  avec  tous  les  faits,  surtout  avec  l'absence  de  toutes  masses 
nuageuses  opaques  et  définies  dans  les  régions  centrales  de  la  planète. 

Si  Mars  n'a  pas  d'atmosphère,  la  luminosité  de  son  disque  devrait  être  égale 
partout.  S'il  a  une  atmosphère  capable  de  réfléchir  plus  de  lumière  qu'il  n'en  est 
réfléchi  du  corps  de  la  planète,  elle  doit  avoir  un  degré  d'opacité  bien  suffisant 
pour  cacher  toutes  les  différences  entre  les  tous  verdâtres  et  orangés  des  mers 
et  des  surfaces  continentales,  quel  que  soit  l'angle  sous  lequel  on  les  verrait  à 
travers  cet  écran.  Attendu  que  la  luminosité  de  la  planète  est  due  à  la 
lumière  solaire  réfléchie,  et  que  son  atmosphère  ne  peut  recevoir  sa  lumière  que 
de  la  même  source,  ou  de  la  planète  elle-même,  je  ne  puis  guère  concevoir  de 
conditions  de  densité,  d'absorption  et  de  réflexion,  ou  de  ces  trois  causes 
réunies,  embrassant  toute  l'atmosphère  planétaire  et  capables  d'expliquer  les 
phénomènes  combinés  de  luminosité  croissant  vers  les  bords  du  disque,  et  de 
transparence  croissant  vers  les  régions  centrales.  D'autre  part,  mon  esplicaliou 
lève  la  difficulté  de  la  manière  la  plus  simple  et  la  plus  naturelle  :  parce  que  les 
pouvoirs  réflecteurs  de  l'atmosphère  et  de  la  surface  de  la  planète  doivent  êire 
accrus  aux  bords  du  disque  par  la  précipitation  de  la  gelée  blanche  que  j'ai 
décrite;  et,  par  le  même  agent,  les  taches  aux  bords  seraient  obscurcies  ('), 
tandis  que  les  régions  centrales  continueraient  à  rester  claires. 

Il  ne  m'est  pas  nécessaire  de  citer  les  observations  concernant  les  «  neiges  » 
circumpolaires  de  Mars.  Leur  développement  régulier  autour  de  chaque  pôle 
non  dirigé  vers  le  Soleil,  et  leur  diminution  au  fur  et  à  mesure  que  le  pôle  se 
retourne  vers  l'astre  central,   sont  en  si  parfaite  harmonie  avec  la  description 

(')  L'auteur  veut  dire  ici  oblitérées  par  la  blancheur. 


168  LA   PLANÈTE   MARS.  1894 

théorique  que  j'ai  donnée,  qu'il  me  serait  inutile  d'ajouter  de  nouveaux  commen- 
taires sur  les  faits  les  plus  saillants,  bien  que  je  puisse  noter  quelques  détails 
suggestifs  sur  certains  phénomènes  de  moindre  importance. 

si  je  suis  dans  le  vrai,  nous  pouvons  affirmer  qu'aux  périodes  des  équinoxes 
de  printemps  et  d'automne  la  rosée  congelée  commencera  à  tomber,  dans  les 
régions  équatoriales  de  Mars,  vers  4'' ÎO"  de  l'après-midi,  et  que  la  surface  du 
sol  commencera  à  dégeler  vers  7''iO"'  du  soir. 

J'ai  dit  que  la  chute  périodique  du  cône  de  glace  polaire  serait  le  plus  sensible 
à  l'observateur  terrestre  parles  étendues  irrégulières,  du  cercle  polaire  blanc 
causé  par  les  débris  d'avalanches,  qui  seraient  ainsi  précipitées  au  delà  d'une 
partie  de  ses  limites  normales.  De  pareilles  extensions  ont  été  observées  par 
M.  Phillips,  et  elles  paraissent  l'avoir  intrigué  tellement  qu'il  a  été  amené  h  les 
considérer  comme  des  illusions  d'oi)tique.  «  Des  surfaces  neigeuses,  dit-il,  à 
peine  moins  définies,  mais  beaucoup  jilus  étendues,  ont  été  observées  dans 
certaines  parties  de  l'hémisphère  nord,  non  pas  entourant  immédiatement  le  pôle 
(qui  était  invisible),  mais  rangées  en  deux  traînées  principales  et  séparées, 
estimées  arrivant  jusqu'à  40'  ou  ûO"  du  pôle.  Une  fois  (le  30  novembre)  deux 
observateurs  expérimentés  ont  remarqué  avec  moi  une  de  ces  masses  neigeuses 
claires,  qui  était  tellement  distincte  et  brillante  qu'elle  semblait,  comme  la 
calotte  polaire  sud  en  ISGi,  se  projeter  au  delà,  du  contour  circulaire  :  effet 
oiitique  dû  assurément  à  l'irradiation  hrillaute.  Cette  masse  blanche  s'éten- 
dait jusqu'à  environ  40°  ou  4J"  du  pôle,  suivant  le  méridien  de  30'  du  globe  de 
Mars.  Une  autre  masse  a  été  notée  du  14  au  IS  novembre,  vers  225°  de  longi- 
tude, et  s'étendant  jusqu'à  50"  de  latitude.  Dans  les  deux  cas,  les  masses 
atteignaient  le  limbe  visible  (' ).  »  J'ai  souligné  les  observations  concernant  la 
projection  apparente  au  delà  du  contour  circulaire,  observée  dans  ces  deux  cas. 
M.  Phillips  attribue  cet  aspect  à  l'irradiation;  mais,  si  je  ne  me  trompe,  il  peut 
être  dû  à  l'entassement  des  matériaux  des  avalanches  provenant  de  la  cliutu  du 
cône  polaire  de  glace. 

Avant  d'abandonner  cette  partie  du  sujet,  je  dois  hasarder  une  conception 
plutôt  risquée  à  propos  des  grandes  dififérences  des  mesures  de  l'aplatissement 
polaire  de  !\Iars  ('-  ). 

La  conception  à  laquelle  je  fais  allusion  est  que  la  chute  de  quelques  milles  du 
cône  de  neige  polaire  peut  produire  une  variation  sensible  dans  le  diamètre 
polaire  de  Mars.  Je  ne  sujipose  ]ias  que  cela  puisse  s'accomplir  sur  une  échelle 
assez  grande  pour  rendre  compte  de  variations  si  extrêmes,  telles  que  celles  de 
Sehrccter  et  de  Kaiser;  mais,  en  comi}arant  les  diverses  mesures  faites  ]iar  le 
môme  observateur,  avec  le  même  instrument,  à  diverses  époques,  les  diver- 
gences des  mesures  d'Arago  (qui  me  paraissent  les  plus  remarquables)  rentrent 
tout  à  fait  dans  le  cadre  d'une  semblable  explication.  La  dilTérenco  totale  entre 

(')  Voir  Tome  I,  p.  189. 
(=)  Voir  Tome  1,  p.  5U4. 


MATllIIia"    WILLIAMS.    (  1  L  A  C  1 1:  li  S    IMM.  A  I  li  KS  .  KiO 

sa  iiiesiii-o  de  lt>21  fit  celle  de  1827  n'est  que  do  Si  kilomr'tres.  l.'exln'ino  ilillë- 
renre  outre  Ilersehel  ot  Arago  s'élève  ;\  environ  SO  kiluniètres.  D'autre  part,  la 
bise  liivernalo  du  cOue  de  neige  polaire  a  un  diamètre  d'environ  3200  kilomètres, 
ot  même  sa  base  estivale  restreinte  est  encore  d'environ  800  kilomètres, 
t'ctte  construction  perpétuelle  de  glace  doit  nécessairement,  tôt  ou  tard,  amener 
ipielque  catastrophe,  soit  un  écrasement,  soit  une  débâcle,  lorsque  la  chaleur  de 
l'été  a  min('  la  base  ;  ainsi  une  réduction  de  l'élévation  du  cône  de  32,  '18  ou 
m'>me  de  80  kilomètres  n'est  pas  une  supposition  extravagante  eu  égard  aux 
dimensions  de  l'accumulation.  S'il  arrivait  (lue  tous  les  doux  cones  cédassent 
pendant  deux  étés  consécutifs,  la  réduction  du  diamètre  pokaire  au  moment  (ie  la 
deuxième  catastrophe  serait  égale  à  la  somme  de  la  réduction  dos  cônes  nord  ot 
sud,  moins  l'épaisseur  du  dépôt  d'une  année.  Une  catastrophe  de  la  grandeur  la 
plus  élevée  de  celles  que  nous  venons  d'exposer  est  uécessairc  pour  explii[uer 
la  grandeur  des  phénomènes  observés  par  M.  Phillips. 

Je  me  suis  étendu  ainsi  longuement  sur  cette  planète,  parrc  que  l'avancement 
de  nos  connaissances  sur  ses  détails  physiques  permettra  de  contrôler  mon 
hypothèse. 

Eli  résumé,  d'après  cet  auteur,  la  m.isse  totale  duralmosphere  inarti(_'iiiic 
ne  surpasserait  pas  le  20"  de  celle  de  notre  atmosphère  ;  la  prcssiiui  atmo- 
sphérique y  serait  le  0,179  de  la  m'itre  et  le  «  baromètre  »  se  tiendrait 
à  ISG™'"  au  lieu  de  7G0™"';  l'eau  y  devrait  bouillir  à  59";  la  température 
moyenne  de  la  surface  de  la  planète  serait  au-dessous  de  0";  les  nn.'rs 
seraient  gelées  jus(ju'au  fond,  et  leur  superncie  seule  dégèlei-ait  pendant 
les  heures  chaudes  du  jour;  une  couche  de  gelée  blanche  couvrirait  le  sol 
pendant  toutes  les  nuits,  dès  le  soir,  et  fondrait  le  matin  après  le  lever 
du  soleil;  il  n'y  aurait  pas  de  nuages  épais,  mais  seulement  des  lirumes  de 
cristaux  de  glace,  dans  le  genre  de  celles  qui  ju-oduisenl  nos  halos;  aux 
pôles  et  dans  les  régions  circonipolaires,  la  gelée  persisterait  pendant 
l'hiver,  s'épaissii'ait,  s'accuaiulerait  en  glaces  énormes  et  fondrait  en  délià- 
cles  au  printemps,  ce  qui  expliquerait  les  différences  énormes  oliservées 
dans  les  diamètres  polaires.  Cette  théorie,  publiée  en  1870,  est  extrèinemeut 
curieuse  et  mérite  d'être  prise  en  considération  jiar  tous  les  aréographes. 

Cette  question  si  importante  de  l'atmosphère  de  Mars,  sujet  sur  lequel 
nous  reviendrons  dans  le  cours  de  cet  Ouvrage,  a  été  l'objet  d'une  discus- 
sion à  la  séance  de  la  Société  .astronomique  de  France  du  7  nû^■ombl■e  189'i, 
à  propos  des  affirmations  de  M.  tlanipbell,  publiées  j)lus  haut,  sur  l'analyse 
spectrale.  M.  Janssen,  Directeur  de  l'uliservatoire  de  Meudon,  s'est  exprimé 
dans  les  termes  suivants  (  '  )  : 

('  ,  Bulletin  de  la  Société  Asti-o)iomiqua  de  France,  IS'Jô,   p.  II). 


170  LA    PLANÈTE   MARS.  1894 


CLXXXI.  —  JaiNssen.  —  Suit  LE  Spi:(:tiie  de  iL\iis. 

Les  observations  de  iL  Campbell  me  paraissent  faites  avec  soin,  avec  talent  et 
avec  d'excellents  instruments.  Elles  doivent  être  prises  en  très  sérieuse  consi- 
dération. 

Cependant  peuvent-elles  être  considérées  comme  tranchant  définitivement  la 
question?  Je  ne  le  iiense  pas. 

L'analyse  spectrale  des  atmosphères  planétaires  présente,  en  elTet,  des  diffi- 
cultés considérables. 

La  lumière  qui  nous  est  envoyée  par  les  planètes  n'a,  en  général,  traversé 
qu'une  faible  épaisseur  de  leurs  atmosphères  et  les  couches  les  moins  denses. 
Surtout  cette  lumière  n'a  i>as  traversé  leurs  atmosplières  suivant  ces  directions 
obliques  qui,  par  exemple,  font  franchir  aux  rayons  solaires,  au  lever  et  au  cou- 
cher, ces  énormes  épaisseurs  de  notre  atmosphère  et,  par  là,  ont  accusé  son 
action  sjiectrale. 

Si  nous  n'avions  eu,  pour  découvrir  les  raies  telluriques  du  spectres  solaire, 
que  les  observations  méridiennes,  il  est  très  probable  que  nous  serions  encore 
dans  l'ignorance  de  leur  existence. 

Cela  est  si  vrai,  que  l'illustre  Brewster,  qui,  comme  on  sait,  avait  découvert, 
dès  "1833,  les  bandes  sombres  dont  se  charge  le  spectre  solaire  au  lever  et  au 
coucher  de  cet  astre,  n'avait  jamais  pu  conclure  à  une  action  normale  des  gaz  de 
notre  atmosphère,  parce  que  ces  bandes  s'évanouissent  dès  que  le  Soleil  s'élève 
sensiblement. 

Ayant  été  amené  à  découvrir  ces  bandes  en  186"2,  sans  connaître,  du  reste,  les 
observations  de  Brewster,  j'ai  dû  employer  des  spectroscopes  très  puissants  et 
prendre  des  précautions  toutes  spéciales  pour  constater  la  présence,  dans  le 
spectre  méridien,  des  raies  fines  dans  lesquelles  les  bandes  sombres  de  Brewster 
se  résolvaient  dans  mes  instruments. 

J'ajoute  que,  iiendant  l'hiver,  dans  nos  climats,  tous  les  groupes  telluriques  de 
la  vapeur  d'eau  s'évanouissent  dans  le  spectre  solaire  dès  que  l'astre  est  un  peu 
élevé. 

Il  résulte  de  ceci  que  si,  de  la  planète  Mars,  on  analysait  la  lumière  solaire 
rélléchie  noriiialeiueut  à  la  surface  île  la  Terre,  il  serait  très  diflicilrd'y  constater 
les  groupes  telluriques  de  la  vapeur  d'eau,  et  s'il  s'agissait  de  la  lumière  rélléchie 
dans  les  hautes  régions  de  notre  atmosphère  à  la  surface  de  nos  cirrus  glacés, 
cela  serait  à  peu  près  impossible. 

Si  l'on  considère  maintenant  que  l'atmosphère  de  Mars  doit  être  beaucoup  moins 
importante  que  la  nôtre,  ((u'elle  doit  être  plus  transparente  et  moins  riche  eu 
vapeurs,  on  concevra  toute  la  tlifficulté  de  son  analyse  au  point  de  vue  de  la 
vapeur  d'eau. 

Je  suis  porté  néanmoins  à  maintenir  les  conclusions  de  l'étude  du  spectre  de 


.lANSSl-NIlL'GGINS.    1.    VT.M  dSlMli:  ilK    l)K    MARS.  171 

Mars  que  j'ai  faite  en  1S67  sur  IKtiia  i  M,  peu  de  temps  après  la  découverte  du 
spectre  de  la  vapeur  d'eau. 

En  effet,  ces  observations  ont  ét(^  faites  à  une  grande  altitude  et  pendant  des 
nuits  très  froides,  c'est-à-dire  que  les  rayons  réfléchis  par  la  planète  Mars 
n'avaient  à  traverser  que  des  parties  de  notre  atmosphère  très  rares  et  presque  en- 
tièrement dépouillées  de  vapeur  d'eau.  Eu  outre,  l'e.xamen  porta  sur  les  groupes 
aqueux  de  la  partie  la  moins  réfrangible  du  .spectre,  pour  laquelle  les  groupes 
se  produisent  avec  une  très  faible  quantité  de  vapeur.  J'ajoute  que,  dans  ces 
observations  sur  les  atmosphères  planétaires  dont  la  découverte  des  raies  tellu- 
riques  et  de  leur  signification  nous  ouvrait  le  clianip.  je  me  suis  toujours  iiréoc- 
cupé  de  l'état  hygrométrique  de  l'atmosphère  terrestre,  de  la  hauteur  de  l'astre 
et  des  effets  qui  pouvaient  en  résulter. 

Les  expériences  que  j'avais  faites  à  l'usine  de  la  ViUetto  sur  les  rajqiorts  ipii 
existent  entre  l'intensité  des  groupes  do  raies  du  spectre  de  la  vapeur  d'eau  et 
la  longueur  et  la  densité  des  colonnes  de  vapeur  qui  leur  donnent  naissance 
m'avaient  fourni  les  bases  de  cette  connaissance. 

Je  suis  donc,  comme  je  viens  de  le  dire,  conduit  à  maintenir  les  conclusions 
de  mes  observations.  Je  les  ai  reprises  à  Meudon  depuis  deux  années,  avec  le 
télescope  de  1  mètre  d'ouverture  de  l'Observatoire  ;  elles  seront  continuées  avec 
notre  grand  équatorial,  dans  des  conditions  plus  décisives  encore,  je  l'espère,  et 
j'aurai  l'honneur  d'en  entretenir  la  Société. 

JI.  Huggins  a  répondtt  de  son  cùtéC")  : 


CLX.\.\1I.  —  llLT.GiNS.  —  Snt  i.i;  Spectre  dp.  .M.aus. 

Le  professeur  Camphell  est  dans  l'erreur  en  supposant  que  les  précautions 
n'ont  pas  été  prises  pour  éliminer  les  effets  de  la  présence  de  la  vapeur  d'eau 
dans  notre  atmosphère.  En  ISOT,  j'ai  observé  la  Lune  en  même  temps  que  Mars. 
A  propos  des  lignes  faibles  vues  des  deux  cotés  de  la  ligne  D,  et  qui  parais- 
saient indiquer  des  gaz  ou  vapeurs  terrestres  dans  l'atmosphère  de  la  planète, 
j'ai  dit  expressément  : 

«  Que  ces  lignes  ne  soient  pas  produites  par  la  partie  de  l'atmosphère  ter- 
restre traversée  par  la  lumière  de  Mars,  c'est  ce  qui  est  démontré  par  l'absence 
de  ces  mêmes  lignes  dans  le  spectre  de  la  Lune,  laquelle,  au  moment  de  l'obser- 
vation, avait  une  altitude  inférieure  à  celle  de  Mars,  t^i  Motithlij  Xolices  of  the 
Roy.  Aslr.  Soc,  t.  XXVII,  p.  178). 

(')  Ce  sont  préci-séraent  ces  observations  dans  l'Himalaya,  sur  l'Etna,  dans  les  Alpes, 
qui  ont  conduit  M.  Janssen  à  recommander-  l'emploi  des  stations  élevées  et  l'ont 
déterminé  à  en  établir  une  au  sommet  du  mont  Blanc. 

(=)  Aatronormj  ami  Astrophysics,  t.  XIII,  IS'.'l,  p.  771  ;  The  Observaionj,  IS'Ji,  p.  353. 


]7„'  LA    PLANÈTE    MARS.  1834 

En  lfc!T9,  j'ai  pris  des  photographies  des  spectres  de  Mars  et  de  plusieurs  autres 
planètes  pendant  le  crépuscule,  en  même  temps  que  des  spectres  de  la  lumière 
du  ciel  dans  le  voisinage  immédiat  des  planètes.  Dans  ces  spectres  s'étendant  de 
la  raie  b  à  la  raie  S,  dans  l'ultra-violet,  aucune  raie  ou  modification  du  spectre 
solaire  ne  se  montre  qui  soit  partirulière  au  spectre  de  la  planète. 

Sans  doute,  mes  appareils  de  18G-2-1867  étaient  fort  imparfaits  comparative- 
ment aux  appareils  actuels,  mais  je  n'ai  aucune  raison  de  douter  de  l'exactitude 
substantielle  des  observations,  faites  avec  le  plus  grand  soin. 

M.  Huggins  a  recommencé  ces  comparaisons  entre  le  spectre  de  Mars  et 
celui  de  la  Lune  au  mois  de  novembre  1894  ('). 

La  méthode  emploj'éc  en  1867  pour  éliminer  du  spectre  de  la  planète  l'efTet  de 
l'absorption  de  notre  propre  atmosphère  était  de  lui  comparer  le  spectre  de  la 
Lune  observé  à  une  altitude  égale  ou  plus  basse.  Eu  1879,  l'auteur  a  adopté  un 
auti'e  plan,  qui  était  de  photographier  ce  spectre  de  Mars  pendant  le  crépuscule, 
de  manière  à  obtenir  sur  la  même  plaque  le  spectre  du  ciel  environnant  la  pla- 
nète. On  avait  ainsi  les  deux  spectres  (atmosphère  terrestre  et  Mars)  voisins  et 
fa''iles  à  comparer 

Le  8  novembre  180'i,  six  photographies  du  spectre  de  la  Lune  et  quatre  de 
celui  de  Mars  ont  été  [irises  avec  dilTérenies  poses  donnant  des  longueurs  de 
spectres  de  la  raie  F  à  la  raie  S  dans  l'ultra-violet.  Elles  furent  ensuite  com- 
parées en  plaçant  un  spectre  martien  sur  un  siiectre  luuaire,  mais,  connue  en 
1879,  on  n'a  trouvé  aucune  bande,  aucune  modification  qui  dilTénU  du  spectre 
lunaire  et  fut  particulière  à  celui  de  Mars. 

Mais,  ;\  l'œil,  les  observations  faites  les  S,  10  et  15  novembre  nionti'èrenl  dans 
le  spectre  de  Mars,  des  deux  côtés  de  la  raie  D,  les  bandes  atmosphériques  plus 
fortes  que  dans  le  spectre  de  la  Lune.  On  doit  signaler  surtout  les  groupes  tellu- 
riques  de  l  59^8  à  ).  b93.5  et  de  X  5920  à  X  5925,  ainsi  que  le  grand  groupe  D,  de 
X  5885  à  X  5905,  comme  plus  niarqui'S  sur  Mars. 

La  môme  constatation  a  été  faite  plusieurs  nuits  de  suite  par  M.  et  M'"''  Hug- 
gins, même  lorsque  la  Lune  était  plus  basse  dans  l'atmosphère. 

Les  deux  spectres  étaient,  autant  que  possible,  amenés  à  la  même  grandeur  et 
au  même  éclat. 

On  ne  peut  pas  encore  afiiruirr  qu'il  \  ait  dans  le  spectre  de  Mars  des  bandes 
d'absorption  qui  ne  C(irres]iondeut  pas  avec  ctdles  de  notre  propre  atmosphère; 
mais  il  reste  peu  île  doutes  (|uil  y  ail  là  une  liandc  d'absorption  du  côté  le  pins 
réfrangible  (bleu;  de  la  raie  1),  s'c^teudant  de  X  5860  à  X  5X10,  (jui  n'a  pas  encore 
été  vue  sur  la  Terre  et  semble  liien  particulière  au  monde  de  Mars.  La  visibilité 


(')  The  A^lfojihnsical  Journal,  IS'JJ,  t.  1,  ji.  193. 


VOGEL.    ANVI.VSli    SP  K  CTH  A  I.I- .  173 

de  cette  bande  varie  sans  doute  suivant  l'état  de  l'iUniosphôre  de  la  planôte. 
Ou  la  voyait  distinctement  le  10  novembre. 

Pendant  que  nous  sommes  sur  cette  intéressante  question  de  l'analyse 
spectrale  de  la  planète,  nous  donnerons  la  parole  à  un  autre  speclroscopisle 
éminenl,  M.  \"oi;i:i.,  saut  à  revenir  ensuite  à  l'observatoire  Lick  pour  les 
observations  télescopiques.  11  y  a  certainmii-uL  avaulage,  pour  éclairer 
notre  esprit  en  ces  discussions  assez  compliquées,  de  rapprocher  autant  que 
possible  les  travaux  faits  sur  les  mèuu,'s  sujets,  afin  d'en  faciliter  la  compa- 
raison et  renseignement.  L'atmosphère  martienne  reste  ainsi  en  ce 
moment  l'objet  principal  de  notre  attention.  Le  problème  en  est  posé  désor- 
mais avec  une  rigueur  mathénuilique.  .Nous  avons  sous  les  yeux  toutrs  les 
pièces  du  piocès  et  nous  pouvons  juger. 

L'L.X.KXIII.    —    VoGEL.  —  SPECTRE     DE     I.'aTMi  iSl'HÉIiE    DE    M.\US     PUOTOliHAPUUi 
PENDANT   LES    OPPOSITIONS    DE    IS'j;'  ET   1S'J4(')- 

M.  Vogel,  directeur  de  rubservatoire  d'Astronomie  physique  de  Potsdain, 
a  repris  sts  recherches  spectrales  sur  les  i)lanèles.  \'oici  les  résultats 
obtenus  en  ce  qui  concerne  Mars. 

Trois  bonnes  photographies  ont  été  prises  an  speclrographe  les  27  et  29  juillet 
IS9Î.  Entre  les  raies  F  et  K  on  a  pu  identilier  exactement  75  raies  avec  celles  du 
spectre  solaire,  et  l'on  n'y  a  découvert  aucune  dilVérence.  L'auteur  donne  la  liste 
des  longueurs  d'onde  des  principales  de  ces  lignes,  depuis  '1199  jusqu'à  î38'i. 

Le  ["■  novembre  1891,  trois  nouvelles  photographies  eut  été  obtenues,  sur 
lesquelles  50  raies  ont  été  reconnues  depuis  F  jusqu'au  delà  de  IL  Sur  l'une  de 
ces  photographies,  d'une  durée  do  pose  de  5  minutes,  un  grand  nombre  de 
détails  se  voient  jusqu'à  la  longueur  d'onde  3730. 

M.  Iluggins  a  informé  M.  Vogel  à  cette  épuque  que,  dans  ce  même  mois  de 
novembre  bSO'i,  il  a  obtenu  également  plusieurs  photographies  s'étoudaiit  loin  au 
delà  du  violet  et  ne  présentant  non  plus  aucune  dill'éreuce  avec  le  spectre 
solaire. 

A  ce  propos,  M.  Iluggins  a  abandonné  l'opinion  qu'il  avait  tirée  de  ses  pre- 
mières observations  de  1867,  que  la  couleur  rouge  de  Mars  serait  due  à  l'absorp- 
tion des  groupes  de  raies  du  bleu  et  du  violet.  Les  i)hotngraphies  lèvent  égale- 
ment les  doutes  qui  restaient,  après  ces  observations,  de  savoir  si  les  ligues 
qu'il  avait  observées  dans  la  région  la  plus  réfrangible  du  spectre  étaient  des 
raies  spéciales  caractéristiques  du  spectre  de  Mars  ou  siuq)lement  les  raies  de 
Fraunhofer,  et  prouvent  en  faveur  de  cette  dernière  interprétation. 

(')  The  Astropli'jsical  Journal,  1S9Ô,  t.  I,  p.  -Oo. 


174  I.A   l'LANETE   MAlîS.  1894 

En  1877,  M.  Maunder  a  fait  également  des  observations  sur  la  partie  visible  du 
spectre  de  Mars,  principalement  dans  le  but  de  découvrir  toute  trace  d'absorp- 
tion de  son  atmosphère  et  de  chercher  aussi  s'il  se  présenterait  des  différences 
aux  diverses  régions  de  sa  surface  (').  Le  spectre  de  la  planète  fut  comi)aré  avec 
celui  de  la  Lune  à  une  heure  où  les  deux  astres  étaient  à  la  même  élévation 
au-dessus  de  l'horizon.  Mais  cette  élévation  était  assez  défavorable,  n'étant  qm- 
de  24"  à  20",  et  il  était  difficile  de  faire  la  part  des  lignes  d'absorption  produites 
par  notre  propre  atmosphère  et  celle  des  lignes  dues  à  l'atmosphère  de  Mars. 
Néanmoins,  ces  observations  montrèrent  que  plusieurs  de  ces  raies  étaient 
plus  larges  et  plus  fortes  dans  le  spectre  de  Mars  que  dans  celui  de  la  Lune. 

((  Mes  premières  observations,  écrit  .M.  Vogel,  s'accordent  avec  celles  de 
lluggins  pour  montrer  que  Mars  possède  une  atmosphère  de  constitution  ana- 
logue à  la  nôtre,  prouvée  par  certains  groupes  de  lignes  dans  le  voisinage  de 
V  et  D  et  par  les  groupes  tolluriques  a  et  o.  C'est  par  des  observations  compa- 
ratives spéciales  avec  la  Lune  et  les  étoiles  que  j'ai  pu  m'assurer  que  les 
groupes  de  lignes  telluriques  dont  il  s'agit  sont  vraiment  renforcées  dans  le 
spectre  de  Mars. 

1.  En  1894,  M.  Campbell  a  observé  le  spectre  de  Mars  en  de  très  favorables 
conditions  atmosphériques,  la  planète  se  trouvant  à  une  grande  altitude.  Comme 
il  n'a  réussi  h  découvrir  aucune  difïérence  entre  les  spectres  de  Mars  et  de  la 
Lune,  ces  astres  étant  observés  à  la  même  hauteur,  il  en  conclut  que  l'existence 
d'une  atmosphère  sur  Mars  ne  peut  pas  être  démontrée  par  le  spectroscope. 
Les  recherches  de  cet  observateur  zélé,  conduites  avec  les  puissants  instruments 
(le  l'Observatoire  Lick,  méritent  certainement  considération,  quoique,  dans 
mon  opinion,  elles  n'aient  pas  plus  de  poids  que  les  anciennes  observations  qui 
viennent  d'être  rappelées,  l'avantage  d'un  grand  instrument  n'étant  pas  de 
nature  à.  faire  mettre  en  doute  ici  les  résultats  obtenus  à  l'aide  de  plus  petits.  » 

l'our  vérifier  les  conclusions  de  M.  Campbell,  M.  Vogel  a  pris  en  180i,  le 
Kl  novembre,  eu  d'excellentes  conditions  atmosphériques,  à  l'aide  d'un  spectro- 
graplie  appliqué  au  réfracteur  photographique  de  treize  pouces,  tle  nouvelles 
photographies  du  même  spectre.  Le  rapport  de  l'(juverturc  à  la  distance  focale 
est  de  1  à  10;  l'instrument  est  donc,  de  ce  chef,  considérablement  supérieur  en 
pouvoir  lumineux  àl'équatorial  de  l'Observatoire  Lick.  La  hauteur  de  la  planète 
était  de  43»,  celle  de  la  Lune  de  2.")0.  Vnic'i  les  résultats  obtenus  : 

Groupe  ô Très   disliiici    lOuis  le  sjioctrc   do  M;ii's; 

faible  dau.<  celui  de  la  Lune. 
Groupe  a F.viileut  dans  le  spectre  de  Mars:  diflicile 

il  voir  dans  celui  de  la  Lune. 
Gi'OU])e  ).  ri'.)'!,")  et  >.  b'.)10.     Ti'ès   distinct    ilaiis  le   spectre  de  Mars; 

cgaleiiicnt  liien  visiljle  dans  celui  de  la 

Lniie. 

')  MonthUj  XoUccif,  t.  XX.WIII,  p.  .M. 


vo(;ri..   analyse  spfctkai.i:.  175 

Avec  une  faible  dispersion,  une  bande  claire  assez  étroite,  un  peu  plus  réfran- 
gible  que  D,  se  voit  daus  le  spectre  de  notre  atmosphère,  jjroduisant  presque 
l'etïet  d'une  ligne  brillante,  quoiqu'elle  ait  pour  caus«  siuiplcnienl  un  espace 
vide  parmi  les  fines  raies  d'absorption  voisines  de  1).  Cette  baudo  brillante 
est  bien  visible  dans  le  spectre  de  Mars,  et  elle  l'est  ;\  [)oine  dans  celui  de  la 
Lune. 

Le  IC  décembre  ISlJi,  les  (ibservations  ont  (Ué  reprises  par  MM.  Sidieinor  et 
^^"ilsiug,  également  en  d'excellentes  conditions,  et  elles  établirent  de  nouveau 
que  les  raies  telluriques  du  spectre  solaire,  c'est-à-dire  celles  qui  sont  jn-oduiles 
par  l'atmosphère  terrestre,  se  inontrent  bien  plus  dUlincte)iient  dans  le  spectre 
de  Mars  que  dans  celui  de  la  Lune,  même  lorsque  celle-ci  est  beaucoup  plus 
basse. 

Dans  toutes  ces  opérations,  on  a  eu  soin  de  réduire  le  spectre  lunaire  au  ni<'Uie 
éclat  et  à  la  même  largeur  que  celui  de  Mars. 

M.  Campbell  a  fait  remarquer  que  les  lignes  d'absorption  du  spectre  de  Mars 
ne  sont  pas  plus  marquées  au  bord  de  la  planète  qu'au  centre  du  disque. 
M.  Vogel  répond  que  l'accroissement  vers  le  bord  ne  peut  être  que  graduel  et 
qu'une  grande  différence  ne  pourrait  être  constatée  (pi'au  bord  extrême,  en  une 
région  si  étroite  que  les  détails  n'y  seraient  plus  reconuaissables. 

Les  8,  10  et  1.5  novembre  de  cette  même  année  IS9i,  .^L  et  M""  Huggins  com- 
parèrent de  nouveau  les  spectres  de  Mars  et  de  la  Lune  et  constatèrent  que  les 
groupes  l  59a  jj-a  et  X  59-2  ;j.ij.  se  montraient  constamment  plus  forts  daus  le  spectre 
de  Mars.  Il  en  fut  de  même  du  large  groupe  atmospiiérique  des  lignes  D  (À  5887 
à  À  5903). 

L'existence  d'une  atmosphère  autour  de  Mars  est  indiquée  avec  évidence, 
d'autre  part,  par  les  observations  pbotométriques  de  Mùller  i  '  ).  Ce  fait  est  en 
contradiction  avec  les  anciennes  idées,  basées  sur  queli|ues  observations  de 
ZOllner,  que  cette  atmosphère  doit  être  extrêmement  tenue  parce  que  \es 
phases  de  Mars  se  eomj)ûrteraient  comme  celles  de  la  Lune.  Les  observations 
de  Millier  montrent  que  Mars  est,  à  ce  point  de  vue.  intermédiaire  entre  Jler- 
cure  et  la  Lune  d'une  jiart,  Jupiter  et  'Vénus  d'autre  part,  et  que.  sous  le 
rapport  de  la  densité,  son  atmosphère  se  rapproche  tout  à  fait  de  celle  de  la 
Terre.  11  est  donc  rationnel  de  penser  que  l'existence  de  celte  envelojipe 
gazeuse  doit  aussi  se  révéler  au  spectroscope. 

Ces  oLservations  spectrales  de  MM.  Yogel,  Scheincr  et  Wilsing  contre- 
disent, comme  on  le  voit,  celles  de  M.  Campbell. 

,'    Ptibl.  der  Astroph.  OIj.<..  Bil  LV,  p.  330. 


176  LA   PLANÈTE  MARS.  1894 


CIAXXIV.  —  IlEvnY-II.  Bâtes.  —  I.a  Constitution  chimioue 
DE  l'atmosphère  de  MaiisC). 

Le  Mémoire  de  M.  Campbell,  publié  plus  haut,  a  été  l'objet  des  remarques 
.suivantes  par  ce  chimiste,  membre  de  la  Société  Astronomique  du  Paci- 
fique : 

J'ai  été  fortement  frappé  par  les  déclaratiuns  do  M.  Campbell  sur  le  spectre  de 
Mars.  Ce  Mémoire  semble  contredire  entièrement  les  impressions  admises  jus- 
qu'ici sur  la  présence  de  la  vapeur  d'eau  dans  l'atmosphère  de  cette  planète; 
M.  Campbell  lui-même  paraît  avoir  travaillé  en  vertu  d'une  idée  préconçue, 
mais  opposée  à  ses  résultats,  ce  qui  rend  son  travail  d'une  très  grande  valeur. 
Il  y  a,  à  la  lîn  de  son  article,  une  romar(pie  que  je  vomirais  mettre  en  évidence. 
Il  considérait,  avec  beaucoup  d'autres,  que  «  les  cab^ttes  polaires  de  Mars 
prouvaient  l'existence  de  l'atmosphère  et  de  ki  vapeur  d'eau  «.  Ne  serait-ce  pas 
là  aller  trop  loin,  en  l'alisence  de  toute  évidence  positive  et  en  présence 
de  l'évidence  négative  opposée 'r" 

La  seule  raison  de  croire  en  la  présence  de  la  vapeur  d'eau  sur  Mars  est  l'aug- 
mentation et  la  diminution  des  calottes  polaires  blanches  sous  l'influence 
apparente  du  Soleil,  en  analogie  avec  celles  de  notre  jdanète. 

Mais  pourquoi  supposer  de  la  neige  ou  de  la  glace?  Il  parait  inadmissible,  eu 
égard  à  la  petitesse  de  Mars,  ;\  sa  grande  distan>;e  du  Soleil,  à  son  atmosphère 
raréfiée,  qu'il  puisse  y  avoir  là  une  chaleur  suffisante  pour  liquéfier  la  glace, 
même  dans  le  cas  où  il  y  aurait  une  atmosphère  de  vapeur  d'eau.  La  quantité 
de  chaleur  reçue  est  calculable  et  trouvée  insuffisante.  La  température  de 
Mars  aux  pôles  ne  peut  pas  être  fort  au-dessus  du  zéro  absolu.  La  planète 
parait  refi'oidie  jusqu'au  centre  et  fendillée  dans  tous  les  sens,  comme  les  canons 
immenses,  absurdement  nommés  canaux,  nous  le  montrent.  La  planète  se  dislo- 
querait en  morceaux  sous  l'influence  de  la  moindre  force  venant  rompre  l'équi- 
libre, un  peu  dans  le  genre  de  sa  voisine  extérieure  dont  les  débris  ont  formé 
les  astéroïdes.  Il  n'y  a  pas  de  raison  ])our  supposer  que  des  calottes  blanches 
impliquent  nécessairement  de  la  glace.  Je  considère  qu'au  lieu  de  protoxyde 
d'hydrogène,  ces  calottes  sont  plus  vraisemblablement  composées  de  diosyde  de 
carbone,  ou,  du  moins,  de  quebpu^  oxyde  ou  sel  dont  l'état  solide,  liquide 
ou  gazeux  soit  en  rapport  avec  les  conditions  actuelles  de  température  sur 
Mars,  calottes  d'acide  carbonique  qui  ressemblant  à  de  la  neige  croîtraient  et 
décroitraient  avec  la  très  faibb'  arrivée  de  chaleur  sur  Mai-s.  de  même  i[ue 
nous  le  constatons  dans  nos  glaces  polaires  sous  nos  conditions  de  tempé- 
rature beaucoup  plus  élevée.  D'où  les  Ilots  de  dioxydc  de  carbone  li(iuide  qui 

{')  Publications  of  Ihe  Axtronomiral  Socitilij  of  U\e  Pac.i/ir,  t.  VI.  IS'Ji,  p.  303-3U2. 


.IKWI-l.I.     —   ANA1.VSI-:   SlM:c,TI{AI.Fi.  177 

paraifîsent  remplir  les  canons  et  dépressions  on  quanlité  variable,  et  qui  peuvent 
aussi  être  la  source  d'une  atmosphère  basse  et  dense  de  vaiieur  d'acide  carbo- 
nique, suffisante  pour  expliquer  les  indications  atmosphériques  aperçues  sur 
Mars,  surtout  la  Lrémination  rëfractivc  des  lignes  de  canons  (  '  ). 

Une  autre  considération  infirme  la  probaltilité  antécédente  de  l'existence  de  la 
vapeur  d'eau  sur  Mars.  La  masse  de  Mars  est  beaucoup  Iroj)  petite  pour  avoir  pu 
retenir  une  cn\cloppe  gazeuse  constituée  coinnii'  notre  atmosphère  —  certaine- 
ment en  ce  qui  concerne  l'hydrogène  libre,  et,  prol)ablemont  aussi  l'oxygène 
libre,  ainsi  que  l'a  montré  M.  .l.-G.  Stoney.  Les  constituants  de  l'eau  étant  par 
suite  absents  dès  l'origine,  la  présence  de  l'eau  ne  jieut  pas  être  soutenue.  Mars 
est  sans  doute  dans  une  condition  plus  sénile  et  ])lus  décrépite  que  notre  Liuie.La 
Lune,  il  est  vrai,  est  entièrement  morte,  mais  elle  n'est  pas  crevassée  et  prête 
pour  la  désagrégation,  selon  toute  apparence,  l'endant  longtemps  elle  a  eu  une 
inlluence  considérable  sur  la  Terre,  en  retardant  son  refroidissenieni .  Mars, 
malgré  son  volume,  se  porte  bien  plus  mal,  à  cause  de  son  isolement,  (lunifjue. 
par  ce  fait  même,  il  ait  pu,  contrairement  à  la  Lune,  retenir  une  certaiim  atmo- 
sphère de  gaz  assez  lourds,  épais  et  denses,  pour  expliquer  les  aspects  observés 
de  précipitation  blanche  aux  régions  du  froid  absolu.  Il  dépend  des  observateurs 
d'identifier  cette  substance  chimi(|uemcnt.  J'aimerais  beaucoup  voir  M.  Campbell 
essayer  ses  spectroscopes  sur  Mars  pour  y  découvrir  les  raies  du  carlione,  ou 
bien  les  raies  de  tout  autre  élément  capable  de  se  snlidifier  à  des  températures 
extrêmement  basses,  et  de  se  liquéfier  ou  de  se  transformer  en  gaz  aux  tempéra- 
tures que  l'on  doit  rationnellement  attribuer  ;\  cette  planète,  eu  égard  à  sa 
distance  du  Soleil. 

C'est  aussi  ce  que  nous  souhaiterions.  L'analyse  spectrale  do  M.  Campbell 
n'a  pas  encore  découvert  sur  Mars  le  carbone  ou  ses  coniposi/s.  En  atten- 
dant, et  pour  le  moment,  nous  nous  en  tenons  aux  raisonnements  de  Tyn- 
dall  (p.  158'. 


CLXXXV.  —  Lewis  Jkweli,.  —  Le  spectre  de  Maksi-). 

M.  Jewell,  de  l'Université  John  Hopkins,  a  fait  une  nouvelle  étude  spec- 
ti'oscopique  de  la  vapeiu'  d'eau  dans  l'atmosphère  terrestre  à  l'aide  de 
prismes  à  grande  dispersion.  Il  examine  d'abord  les  quantités  de  vapeur 
d'eau  répandues  dans  l'air  selon  les  saisons  et  trouve  l;i  TaLile  suivante 
pour  le  climat  de  Baltimore,  en  exprimant  la  quantité  di;  vapeur  d  eau 
par  l'épaisseur  de  la  couche  d'eau  qui  lui  correspondrai!  : 

(')  Voir  Tome  I,  p.  488,  g  33,  notre  hypothèse  provisoire. 
(  =  )  The  Astrophysical  Journal,  1895,  t.  I,  p.   311. 

F.,  IL  12 


mm 
18,01 

l'i'vrier 

-n.fik 

M.ns 

Avili 

M:ii 

Vi.V^ 

.T2,01 

.jà.Vi 

Juin 

S'2  ô  j 

.Iiiill.l    .     . 

(i-2.',;3 

Anill 

65. 1'' 

178                                                 LA    l'LAXETK   MAKS.  1894 

mm 

Septembre 39,62 

Octobre 37,08 

Novembre '26, 42 

Décembre 19,56 

10  janvier  1893 7,87 

l'i.   15,  16,  17,  18  juillet  Ix'J.i 

(muveiuie) I.i7, 16 


.V  l'es  iiiiiyunue.s  uiensuelles  l'auteur  a  ajoute  le  uiiuiuuiiu  de  janvier  et  le 
maxiuiuiii  de  juillet.  Les  différeuces  .sont  faraudes  et  iniluent  certainement  sur 
les  observations.  Moins  il  y  a  de  vapeur  d'eau  dans  l'air  et  meilleures  seront  les 
conditions  de  l'observation  spectrale  de  Mars.  .Janvier  et  déceml.)re  sont  les  meil- 
leurs mois.  Lanleur  i)ens('  que  l'on  ne  pi'ul  arriver  à  rieu  de  sûr  avec  tons  les 
spectrocopes  construits  jusi(u'à  ce  jour.  Il  remarque  que  le  profes.seur  Campbell 
reproche  aux  autres  observateurs  d'avi.dr  lait  leurs  observations  sur  Mars  lorsque 
l'altitude  de  la  planète  était  faible  et  riiuiiiiditi'  de  l'air  considérable,  mais  qu'il 
a  l'ail  lui-même  les  siennes  pendant  les  mois  oii  l'air  contient  le  |ilus  de  vapeur 
d'eau.  Il  ajoute  que  M.  Campbell  considère  l'humidité  relative  comme  étant  le 
facteur  principal,  tandis  que  c'est  le  ))oint  de  rosi''e  qui  est  le  plus  important.  On 
]icut  avoir  une  faible  humidité  relative  en  un  temps  chaud  et  cependant  en 
réalité  une  très  grande  quantité  do  vapeur  d'eau  dans  l'air,  et  l'on  peut  avoir 
également  une  forte  humidité  relative  pend:int  un  temps  froid  en  même  temps 
que  très  peu  de  va|ieur  d'eau  dans  l'air.  l,a  ((uestion  d'altitude  n'est  pas  non 
plus  aussi  simple  (lu'elle  le  iiarait.  La  distributinn  île  la  vapiMU'  d'eau  dans  l'at- 
mosjihére  n'est  pas  égale  à  celle  de  l'oxygène  et  de  l'a/.ote.  l'arun  temps  très 
froid  et  un  baromèti-e  élevc'  il  va  quelque!  aualo,gie,  mais  par  uu  temps  chaud  et 
les  mois  humides  l.i  ((uaiitilé  île  vapeur  d'eau  dan,-,  l'air  augmente  a\ec  l'altitude 
jiis(|u'à  la  hauteur  des  nuages  iufi.'rieurs  et  eusuili'  va  en  diniinuant  i  '  i.  11  faut 
tenir  compte  de  cette  loi  dans  la  considération  de  l'altitude. 

Au  point  de  vue  de  la  découverte  de  l'oxygène  dans  latiiiospliere  de  .Mars, 
laiili'iir  espère  davauta.ue  [lar  l'obsei-vation  du  .yroupe  H. 

Il  pense  même  que  cc  qui.'  l'on  arrivera  le  plus  vile  à  reconuaitre  c'est  la  pré- 
sence de  la  chlorophylle,  attendu  qu'elle  fournit  une  bande  très  forte  à  l'extrémité 
rouge  du  siiectre  de  la  végétation,  et  que  si  les  contrées  vertes  de  la  planète 
sont  ducs  à  des  végétaux,  cette  bande  doit  être  visible  dans  le  spectre  de  ces 
taches  et  invisible  d.ans  celui  des  régions  jaunes. 

'!  Voir  I''l,.\.\l.\HRio.\,  .l/cs  re.(/;e/c.v  nrriaiis.  \i.  317.  .L^ceiisieiis  de  18117.  et  Cinnplfn 
rrnduK  de  r.\cadéiiiiu  des  Sciences  du  'î.i  uuu  18^8. 


.IKWELL.  ~  A.NALVSE    SI'KCT  KALi:.  179 


CLXXW'I.  —  \\'.  (AMI'llEI.l..  —  l;i;i'ONSE  AUX  CUnioLKS  l'HliCÉDENTES  ('). 

M.  Campbell  a  repondu  aux  critiques  prcci'dcMili's  en  passant  en  n;vue 
toutes  les  observations  spectrales  de  Mars  : 

iJi  Tiu;iii  I  RI),   IS(i-,'; 
IIli.i.Ins  et  Mil, I. El;.    Ifit'c,'  : 
llumuss  et  Mii.i.Kii.  ISiil  ; 
Sec.c.hi,  1S67; 
lit  r,i,iNS,  lS(i7; 
Janssen,  1867  ; 
Vo(;ei,,  1873; 
Maindei!,  I.S77. 

ainsi  que  celles  ([ui  vieniienl  it  être  ex|ii/M'e>. 

«  Rutlierfurd  a  vu  la  ligne  I),  ainsi  que  II2,  E,  (1,  H'i,,  (.  l'i  une  autre  \  ers 
À  5330.  Huggins  et  Miller  ont  cru  voir  des  lignes  atmosphériques,  mais  c'étaient 
simplement  celles  du  spectre  solaire.  Les  observations  de  Secchi  ne  sont  pas 
détaillées.  Celles  de  Huggins  en  1S67  paraissent  discutables  quant  à  la  position 
précise  des  raies.  Celles  de  Janssen  n'ont  pas  éié  publiées  du  tout.  Celles  de 
Vogel  eu  1S73  concluent  en  faveur  d'une  atmosphère  analogue  à  la  m'itre  et  par- 
ticulièrement riche  en  vapeur  d'eau,  mais  M.  Campbell  pense  que  c'est  la 
vapeur  d'eau  de  notre  propre  atmosphère  qui  s'est  montrée.  »  Etc.,  eti'. 

Kii  sunimr,  M.  Campljell  conserve  son  opinion  ijue  lc>  observations  spec- 
trales faites  jusqu'à  présent  sur  .Mars  ci.mduisent  à  jieiiser  qu'il  n'y  a  i}as 
d'eau  sur  la  planète. 

IL.K.WVII.  —  Le\vi>  .liiNVELi..  —  i.E  f~i'Ei,rnE  lie  Maiis  (-1. 

M.  Campbell  ayant,  dans  l'article  précèdent,  critiqin'  les  iiifiboJi'S  spec- 
trales employées,  M.  Jewell  a  répondu  à  son  tour  dans  les  leriins  suivant.- 
pour  déclarer  que  les  négations  de  l'astronome  américain  ne  sont  pas  suf- 
fisamment fondées,  précisément  parce  que  loules  les  métbodes  employées 
(y  compris  celles  de  M.  Campbell)  sont  iasul'iisautes  pour  donner  un  l'ésultat 
certain. 

Pendant  plusieurs  années,  M.  Jewell  a  pris  île  soigneuses  mesures  de  l'intensiié 

\' )  A  review  of  tlie  speclroscopic  obser  ratio  us  of  Mur.-<.  /l'Iie  A^lrophysicul  Jour- 
nal, 1895.  t.  II,  p.  28. 

-  I  Tlii;  Aslruijlt!/xii::it  Jinirnul.  1891),  t.   I,  |i.  'ibh. 


ISO  LA   PLANÈTE   MARS.  18'.I4 

des  lignes  du  spectre  de  l'atmosphère  terrestre  produites  par  l'oxygèue  et  la 
vapeur  d'eau.  La  méthode  employée  était  assez  précise  pour  déterminer  avec 
certitude  si  une  ligne  donnée  était  due  à  l'oxygène  ou  à  la  vapeur  d'eau,  en  fai- 
sant trois  ou  quatre  observations  soigneuses  de  midi  au  coucher  de  soleil,  à 
moins  que  l'air  ne  fût  exceptionnellenient  sec,  comme  il  arrive  quelquefois  pen- 
dant les  temps  très  froids. 

Ces  expériences  ont  été  faites  au  laboratoire  de  l'Université  John  Hopkins. 

Il  sevait  tmpo.ss/6/''  de  découvrir  de  la  vapeur  d'eau  dans  l'atmosphère  de 
.l/.ir--,  ;i  moins  que  la  (inanlilè  de  cette  vapeur  ne  fût  beaucoup  plus  considé- 
rable que  celle  (lui  existe  dans  l'atmosphère  terrestre. 

On  ne  sait  donc,  et  même  on  ne  jieul  rien  savoir  actuellement  sur  ce  point, 
avec  nos  spectroscopes  actuels. 

Mais  il  n(^  serait  pas  impossible  de  découvrir  la  présence  de  l'oxygène,  lors 
même  que  l'atmosphère  de  "Slavs  ne  posséderait  que  le  quart  de  ce  qui  existe 
dans  la  nôtre. 

Les  observations  faites  au  sommet  des  montagnes  ne  sont  pas  aussi  exemptes 
d'erreurs  que  le  prétend  'SI.  Cauipbell.  Après  le  coucher  du  Soleil,  le  rayonne- 
ment rapide  refroidit  l'air  près  du  sommet  et  fait  couler  un  courant  d'air  froid 
le  long  des  pentes,  ce  qui  amène  le  l)rouillard  dans  les  vallées  inférieures,  et, 
comme  couséquence,  la  température  et  le  point  de  rosée  au  sommet  de  la  mon- 
tagne [leuvont  être  beaucoup  plus  bas  que  ceux  de  l'air  à  la  même  altitude,  en 
dehors  de  l'influence  de  la  montagne.  La  quantité  de  vapeur  d'eau  sur  les  côtes 
de  la  Californie,  pendant  juillet  et  aofit,  est  à  peu  près  la  même  qu'à  Baltimore 
en  mai.  Mais,  encore  une  fois,  les  observations  spectrales  ne  peuvent  rien 
dimuer  de  certain  actnollement. 


Cli.NXWlH.  —  ('.\Mt'i!i;Li..  —  La  himinution  ihreculiiuii-:  dh  l\  (;.\liitte 

PclLAIltE  Si;il  I)K  Maiis    (  I  ). 

Nous  venons  do  passer  en  revue  toutes  les  nbservations  et  discussions 
relatives  à  la  constitution  de  latmosplière  martienne  faites  à  propos  de  l'op- 
position de  1894,  et  dans  celte  élude  comparative  notre  quartier  général  a 
été  l'Observatoire  Lick.  Nous  y  restons  encore  à  propos  des  neiges  polaires. 

Tous  les  observalcurs  de  Mars  savent,  écrit  M.  Cnmpbell,  que  les  taches 
polaires  ne  diminucut  pas  en  conservant  une  forme  parfaitement  circulaire 
et  ne  sont  pas  partout  de  la  même  intensité.  Le  bord  de  ces  taches  est  quel- 
quefois 1res  irregulier,  ce  qui  esl  dû  ;'i  de  somlires  dentelures  et  à  des  caps 
l)ril!anls.  Il  arrive  même  parfois  que  des  [lOi-lions  s'en  détachi^nt  complète- 
ment cl  se   compoi-lenl,   pendant   [dusieurs  semaines,   connue  des  points 

(•)  Astr.  Soc.  Vf  llie  Pacific,  I.  VII,  I«1)0,  p,  W. 


CAMPBELL.  —  NEIGES  IMU.  A  I  li  KS   AUSTRALES  181 

brillants  isolés.  D'ailleurs,  les  ri>L;ioiis  soiiibros  l'i  1rs  ri'.uioiis  excessive- 
ment brillantes  à  l'intérieur  des  calottes  polaires  sont  des  faits  courants 
d'observation.  11  est  certain  (]ue  la  fusiDn  des  taches  polaires  est  ail'eclee 
par  des  circonstances  locales,  et  il  est  de  la  [dus  haute  inii)ortancede  savoir 
si  ces  circonstances  accélèrent  ou  retardent  la  fusion,  quel  ijue  soit  le  point 
où  elles  se  rencontrent. 

J'ai  soigneusement  examine  les  plus  importants  dessins  nH-ennueiit  faiis 
de  la  calotte  polaire  sud,  alin  de  trouver  une  rejninse  ,iux  questions  sui- 
vantes : 

•1°  Les  régions  excessivement  brillantes,  intiu-ieiires  à  l.-i  tache  polaire,  la  pro- 
jectiou  brillante  sur  le  bord  de  la  calotte,  ainsi  que  les  points  brillants  isolés 
qui  s'y  remarquent  juste  à  l'entour,  se  montrent-ils  toujours  aux  mêmes  endroits 
lors  des  différentes  oppositions? 

'2°  Sont-ils  supportés  par  les  parties  sombres  ou  par  les  parties  chaires  de  La 
planète  ? 

Jusqu'en  1802.  on  n'a  publié  qu'un  petit  nombre  de  dessins  du  pùle  Sud 
relatant  ces  particularités.  Les  cartes  de  Schiaparelli  montrent  plusieurs 
projections  proéminentes  se  détachant  du  pôle  Nord,  mais  aucune  du  pôle 
Sud.  Il  est  probable  qu'il  a  dû  en  observer  plusieurs,  mais  ses  croquis  per- 
sonnels ne  sont  pas  accessibles.  Ses  caries  et  (juehiues-uus  de  ses  dessins 
montrent  la  calotte  polaire  sud  comme  étant  essentiellement  triangulaire. 

Les  observations  de  Green  en  1877  montrent  le  bord  de  la  calotte  polaire 
comme  très  irregulier,  mais  sans  aucune  projection  [larticulièreuient  frap- 
pante. Des  points  isolés  se  voient  par  2C7°,  ■28-2°,  29-i"  de  longitude  et  — 7.'i"  de 
latitude;  Green  les  a  appelés  Montagnes  de  Milchcl,  en  l'houneur  de  leur 
découverte  qui  fut  faite  en  1845  par  Mitcbel,  de  Cincinnati. 

Un  dessin  du  professeur  Young,  du  2.5  juillet  1892,  contient  un  point 
brillant  isolé  situé  à  210»  de  longitude  et  —05°  de  latitude. 

Les  dessins  faits  par  le  professeur  Schœberle,  les  24,  27  et  29  aoiil  1892, 
laissent  voir  une  région  isolée  et  étroite  au  bord  delà  tache  polaire:  sa 
position  est  :  longitude  310";  latitude  —75°.  Les  dessins  des  7  et  8  août  con- 
tiennent une  large  projection  émergeant  de  la  calotte  polaire  à  150"  de 
longitude  et  à  —61"  de  latitude.  On  y  remarquait  aussi,  le  2(1  aoùi.  une 
petite  projection  à  la  longitude  50"  et  par  — 65"  de  latitude. 

Le  professeur  Keller  nota,  les  17,  22  et  29  août,  une  iielile  projection  vers 
320°  de  longitude  et  — 71°  de  latitude. 

M.  Barnard  a  dessiné,  le  21  août,  une  projection  proéuiineule  à  320°  de 
longitude  et  — (J9°  de  latitude. 


182  I  A   PI.ANKTl-    MAHS.  189'i 

Lp  professeur  lliissey  oliservii,  If  2:i  juillet,  une  pelile  projection  par 
335"  de  longitude  el  —65"  de  Lititude;  une  autre  fut  observée  le  20  août 
par  40"  de  longitude  et  —62"  de  latitude;  enfin  une  grande  projection  était 
visible  les  5.  7,  9  et  11  du  même  mois  par  1 55°  de  longitude  et  —60"  de 
lalilude. 

M.  Campbell,  dont  les  observations  s'étendent  du  13  juillei  ;ni  17  août, 
avec  une  position  des  deux  soirées  antérieures,  observa,  les  17,  18,  111,  20, 
26.  27  juillet,  une  région  très  brillante  juste  à  l'intérieur  de  la  calotte 
polaire,  vers  330"  de  longitude  ei  —65"  de  latitude.  Une  tache  analogue  fut 
observée  les  17,  18,  Ul,  20  juillet  pai-  35"  de  longitude  et  — 65"  de  lalilude. 
Une  autre,  à  cheval  sur  la  ligne  de  démarcation  de  la  calotte  polaire,  e-xis- 
lait  les  7,  8.  9  août  par  156°  de  longitude  et  —61"  de  latitude.  Enfin,  le 
27  août,  M.  C.nnipbell  observa,  vers  325°  de  longitude  et — 75°  de  latitude, 
une  large  zone  brillante,  allongée  et  presi|ue  compléienient  détachée  de  la 
tache  i)olaii'e. 

Les  20  juin  1894  il  y  avait,  au  bord  de  la  calotte  polaire  sud,  une  tache 
très  brillante,  par  150°  de  longitude  et  —66°  de  latitude.  Les  26  et  28  juin, 
une  aulre  tache,  l'galement  trps  lirillaiile,  (Hait  située  vers  40"  df  longitude 
et  —70"  de  latitude,  à  cheval  sur  la  limite  de  la  calotte. 

Le  10  juin,  vers  320"  de  longitude  et  —71"  de  latitude,  il  y  avait  une 
large  surface,  très  brillante,  au  bord  de  la  calotte  et  .se  projetant  un  peu 
au  delà  de  sa  limite. 

Le  3  août  suivant,  lorsijue,  par  l'effet  de  la  combinaison  de  la  rotation  de 
la  planète  avec  celle  de  notre  globe,  le  même  hémisphère  redevint  visible, 
la  large  surface  bi-illante  s'était  détachée  de  la  partie  principale  de  la  tache 
polaire:  elle  diminua  de  plus  en  plus  durant  les  7,  8,  14,  15  août  ;  puis  elle 
disparut  à  nouveau  derrière  le  corps  de  la  planète,  pour  ne  plus  reparaître 
liirsiiue  la  région  qui  la  portait  se  représenta  à  nous. 

En  comparant  toutes  ces  observations  de  1892  et  de  1894,  on  constate  que 
les  phiMiomènes  observés  ont  i-U'  localisi^'S  en  quatre  régions  de  la  planèt(; 
dont  les  coordonnées  sont  à  jkhi  ]irès  : 


l.yilgitinles. 

I.;ititudi' 

/lO- 

-(10° 

LW 

-02» 

210" 

-m- 

3?5- 

— 70" 

Les  trois  [joints  isolés  observés  en  1S77  par  G  reçu.  A,  2t)7",  2S2",  29;i°  de  loii- 
gitiule  respectivement  et  à  — 73"  de  latitude,  ne  correspondent  à  aucune  de  ces 
réfrioiis.  Les  inni^nifiqnes  dessins  de  cet  obscrvatoiir  représentent  le  centre  de  la 


i:.V\llM!KI.I..    -  NKICrKS  POI.AIRKS   AUS  T  l(  A  l.KS. 


IS.i 


calotte  brillante  coïncidant  avec  le  pôle  de  rotation  de  la  planète.  Los  observa- 
tions de  Bessel.  Hall,  Scliiaparelli  ont  établi,  au  contraire,  ipie  le  centre  de  la 
tache  polaire  était  situé  par  30"  de  longitude  et  —Si"  de  latitude.  Si  donc  nous 


kéioo'1    3. -/fi. 


Au^  /S  17    6'" 


^X^^/j_j-"- 


Fitr.  I:;:i.  —  Drssius  .!,•  M;irs,  .n  lai'i,  par  M.  Campliell.  .-i  roiisorvaloii-e  Mi-k. 


traçons,  sur  les  dessins  de  Green.  le.s  méridiens  is>us  du  p<de  vrai  et  non  du 
contre  delà  calotte,  les  longitudes  des  trois  taches  brillantes  seront  auLMiientées 
chacune  de  IS»  à  20°  et  sembleront  ainsi  situées  au  voisinage  de  la  tache 
observée  en  180-2  et  ISOl  par  iîS.ï"  de  longitude. 


Comparons  maintenant  b's  régions  lirillanti's  observées  an  ecmcs  des  de'ii.x 


184  LA  PLANÈTE  MARS.  1894 

dernières  oppositions  avee  la  carte  île  Schiaparelli.  Au  voisinage  du  pôle 
Sud,  cet  astronome  a  noté  seulement  quatre  régions  claires  dont  trois  sont 
teintées  en  orange  comme  les  autres  parties  claires  de  la  planète  ;  la  qua- 
trième est  blanche  comme  la  tache  polaire.  Voici  les  positions  de  ces  quatre 
régions  : 

Lon(;itudcs.  Latitudes, 

Argyre  II : /i8°  à    70»  — 64°  à —72° 

Ttiyle  1 140°  à  1SG°  —55°  à —71° 

Thyle  II 1!)4°  à  243°  —56°  à —73° 

Novissima  Tliyle 315"  à  332°  —68°  à  —75'' 

La  comparaison  des  deux  Talileaux  montre  que  les  taches  et  les  projec- 
tions brillantes  observ(!'es  en  18!)-2  et  1894  sont  situées  dans  les  ijuatre  zones 
brillantes  de  Schiaparelli  ;  à  leur  surface,  ou  tout  au  moins  sur  une  partie 
de  celle-ci,  l'évanouissement  des  blancheurs  polairi's  est  le  plus  retardé. 
Sur  notre  terre,  nous  sommes  habitués  à  voir  la  neige  s'attarder  de  préfé- 
rence dans  les  régions  montagneuses.  S'il  est  permis  de  raisonner  par  ana- 
logie, ce  qui  n'est  peut-être  pas  autorisé,  on  est  conduit  à  penser  que  les 
quatre  régions  lirillantes  indiquées  par  Schiaparelli  sont  inonUujncusi's.  au 
moins  sur  une  partie  de  leur  surface. 

Cet  article  est  accompagné  de  neuf  dessins  de  la  planète  reproduits  ci- 
dessus  [fuj.  1351.  Ils  sont  placi's  dans  l'ordre  des  longitudes.  On  voit  que  la 
calotte  de  neige  se  présente  sur  une  longitude  voisine  de  celle  de  la  Baie  du 
Méridien.  Sur  celle  de  la  mer  du  Salilier  elle  est  invisible. 


CLXXXIX.  —  Dessins  de  Mars  en  1894  a  l'Observatoihe  Lick. 

Restons  encore  à  l'Oliservatoire  Lick. 

M.  llolilen  a  publié,  sans  explications,  au  Bulletin  de  la  Société  astrono- 
mique du  Paritiquede  189,5,  p.  130,  les  ijualre  croquis  reproduits  ici  [fuj.  130), 
représentant  la  calotte  polaire  et  les  protubérances  qui  se  détachent  du 
terminateur,  pins  un  dessin  du  I.ar  du  Soli-il.  pris  dans  d'excellentes  con- 
ditionsle3  octobre  189'i,  revisé  etcomplelé  le  11  du  même  mois.Kn  trouvera 
ce  dessin  du  Lac  du  Soleil  un  peu  plus  loin,  au  Chapitre  C.XCI,  consacré 
spccialenieiii  à  ci'lle  regi(.iii,  (M  on  le,  ronqiarera  avec  intérêt  à  celui  que 
nnus  avons  pnidii'  plus  haut,  p.  III.  de  la  même  epoijue  à  {jeu  près,  par 
M.  Lowell.  (Juaiit  aux  croquis  du  |ii'ile,  les  ileu,\  premiers  nous  intéressent 
par  11'  sillon  ((  qui  ti'aversait  la  ueige  le  1  0  juin,  et  les  deux  derniers  par  la 
position  (le  la  projeelion  l'essoilanl  du  leruiiiialeui'  le  ;'()  juin.  L'auteur  a 
ti'aité  spiTialeineut  ce  sujet  ilaus  l'article  suivant. 


OBSERVATOIRE  I.ICK.    l'IiOJlXTlONS . 


18:. 


CXC.  —  IIOLDKN.  —  PhOJEC.TIONS  URILI.ANTES   SLIl    LE  TERMLNATKUIl    DE  MaIIS('). 

Les  projections  brillantes  que  l'on  observe  sur  le  lermiuateur  de  Mars 
sont  de  deux  sortes.  D'abord  celles  qui  sont  produites  par  l'irradiation  des 
ri'gions  Ivè?  éclairées  du  terniinatcur.  ciuiti'asliuil  avec  les  régions  obscures 


t^^  -'  ^*^^^ 


/ 


I 


>-^ 


A^ 


A  =31%      ■' 


?.S-2. 


Fig.  13fi.  —  Croquis  et  dessin  de  Mars,  par  M.  Holden,  a  l'Observatoire  Lick,  en  1S9i. 

voisines  et  dont  l'origine  est  par  conséquent  purement  optique.  M.  Terby 
a  décrit,  en  1888,  de  telles  apparences,  qui  avaient  été  d'ailleurs  remar- 
quées depuis  longtemps  déjà  au  voisinage  des  calottes  polaires.  En  second 
lieu,  il  y  a  à  considérer  les  proéminences  produites  par  les  régions  élevées 
et  fortement  illuminées  de  la  surface  de  la  planète  qui  se  projette  au  delà 


(')  Astronomical  Society  of  the  Paci/ic,  t.  VI,  1894.  p.   -'85. 


186  LA  PLANETE   MA  US.  |89'i 

du  Icriiiiiialenr.  Ou  pi'iil  iiiia.uinei-  qu'elles  sont  durs  suit,  à  des  nuages,  soil 
;'i  des  montagnes;  les  observations  faites  en  1890  au  monl  Hamilton  peuvent 
fort  bien  être  expliquées  ]iar  la  présenre  d'une  traînée  de  nuages  située  à 
une  grande  altitude  ('). 

Toutes  les  récentes  observations  faites  iei  jiar  les  Pnifesseurs  Schaeberle, 
Campbell  et  autres  semblent  indiquer  (jue  ei's  vi'rilables  ])roéminences  sont 
causées  par  des  ehaim-s  dr  moiilagins  l'temliies  au  travers  du  terminateur  : 
elles  appai'aissent  en  effel  toujours  aux  Hii''nies  longitudes  et  latitudes  de 
la  jilanrie  pendant  plusioui-s  nuits  et  même  plusiiairs  mois  di'  suite:  ime 
carte  do  queli[ues-unes  d'rnlre  elles  est  actuellement  en  préparation. 

M.  Campbell  a  montré  (jue  quelques-unes  de  ces  élévations  ne  dépassent 
pas  3(1110  méti'es  et  ([ue  les  autres  sont  du  même  ordre  d'importance.  Aucune 
observation  n'en  a  (''té  faite  loi'sque  la  planète  ne  pr('sentait  pas  de  phase. 

11  n'y  a  pas  le  iiioindie  doute  en  ce  ijui  conrerne  la  réalité  iln  pliénoméne 
et  je  crois  qur  l'exactitude  de  l'explication  pri'Ci''dente  est  hoi'S  de  doute. 

I/aul('ur  tle  l'arlicle  paru  dans  A'f//)//''  l'-J  août  1894)  n'était  évidemment 
pas  an  courant  de  la  question.  Ces  remai'iiues  ont  été  présentées  sous  le 
titre  aUécbanI  de  «  Kirimne  lumière  sur  Mai's  <>.  Apres  avoir  rappelé  l(>s 
termes  d'un  leli'gramme  sensationnel  de  l'I  lbser\aloire  de  Nice,  il  concluait 
que  ces  nouvelles  devaient  être  tenues  pnur  s('rieuses  et  de  plus  amples 
renseignements  élaienl  anxieusement  alli'inUis.  11  ajoutait  :  "  La  cause  de 
celle  lumière  est  ou  pbysicjue  ou  bninaine,  el  l'on  iloit  s'allendreà  voir 
ressusciter  la  vieille  i(b'i'  des  signaux  adressi's  jiar  les  Martiens  à  la  Teriv.  « 
Il  mentionne  trois  causes  physiques  [)0ssibles  :  uni'  aui'ore,  une  longue 
chaîne  de  montagnes  couvertes  île  neige,  ou  bien  encore  un  violent  incendie 
de  forêts.  L'irradiation  n'est  point  mentionnée.  «  Sans  vouloir  opiner  pour 
l'idi'c  des  signaux  avant  que  nnus  fussions  mieux  renseignés  par  les  tii)ser- 
vations,  on  ne  peut  néanmoins  s'emi)ècliei'  de  i-eniarqner  i|u'il  eni  l'ie 
difficile  de  trouver  une  i!'pO(jue  plus  favorable  pour  les  faire,  i- 

«  Ceux  (]ui  ont  obsi'rvi'  le  pbi'nomène  en  question,  nuit  a[)rès  nuit,  ainsi 
que  nous  l'avons  fail  au  mont  Hamilton,  .ajoute  l'auteur,  considè[-eut  l'idi'e 
que  ces  prO(''minenc(!s  soieni  (b'S  signaux  des  ,  problemalii|ues  ;  M.arlieus 
connue  simplement  absurde.  .le  ue  puis  trouver  d'expression  |)lus  modérée.  » 

Cet  article  est  accompagné  de  deux  planches  contenant  l.">  croquis  de  la  pla- 
nète montrant  des  projections  lumineuses  (-)  un  peu  partout.  Ces  esquisses 
trop  légères  sont  niallieureusemenl  d'une  reproduction  presqui^  inquissible. 

(')  Vo(c  plus  haut  pages  53,  riG,  79,  81,  82. 

(■■')  Ces  projections  sur  le  lermiiiatcur  ont  HC'  signalées  pour  la  preniii'i'e  lois  luir 
Knohel  en  IST.'Î.   Voir  Tomf  I,  p.  2Î1  et  222.  I/oll'et  (^tait  produit  par  une  région  blanche 


(lusi: UN  vïûiiii;  im.k    \.v.  i,\i.  nr  shi.kii..  ist 

M.iis  revendus  un  instaut  ;ni.\  euriousos  représentation?  du  Lac  du  Soleil. 


CXi'l.  —   Dkssins  nivrns  m    i.ai;  nii  Solkii.. 

Nous  roniniencerons  par  remarquer  (fui.  1:>7    le  dessin  de  M.  Hulden,  du 
mois  d'iieiolire  ISit'i.  doiil  il  a  l'té  i[uesliiiii  Icuil  à  l'iieure.  Xairi  maiiilen.-inl 


Kig.  I.")?.  —  I.e  Lac'  du  Soleil,  dessin  pni-  ^r.  H'il.lon.  â  rOliservatoirc  Lick. 

un  groupe  de  dessins  pris  à  l'Observaloire  Lick  par  M.  Sch;eberle,  parmi 
lesquels  un  cadre  carré  enferme  la  région  environnante  du  Lac  du  Soleil. 

Ce  dessin  [fig.  142)  a  été  pris  le  l"'  septembre  1894  à  l'i''.")'",  ou,  si  l'on 
préfère,  le  2  septembre,  à  2''  du  matin.  Sa  particularité  est  qu'il  pré- 
sentait trois  taches  noires  dont  les  deux  premières  élaieiU  .■•.llongèes  dans 
le  sens  nord-sud  et  dont  la  troisième  était  à  peu  près  ronde,  enveloppées 
par  une  pénombre  affectant  la  forme  habituelle  du  Lac  du  Soleil,  allongée 
de  l'est  à  l'ouest.  Au-dessous,  c'est-à-dire  au  nord  (image  renversée  vers 
l'équateur,  on  distinguait  parfaitement  six  petits  lacs  réunis  eiiin'  eux  par 
une  ligne  noire  qui  passai!  par  leurs  centres. 

Le  petit  lac  de  droite,  à  l'extrémité  de  la  ligne,  d'oi'i  irradient  six  eananx, 
est  le  Lac  du  Phénix.  Olui  qvii  est  juste  au-dessous  du  Lae  du  Solei!  l'sl  le 
Lac  Tithonius. 

de  la  mer  Acidulienne  assez  voisine  de  l'île  Sclieria.  arrivant  au  bord  et  paraissant 
(par  irradiation  sans  doute  se  projeter  en  deliors,  par  un  effet  analogue  à  celui  que 
j'ai  décrit  celte  même  année  1873  pour  la  neiçe  polaire  boréale  (t.  t,  p.  '2\3' ■     C.  K. 


188 


LA  PLANETE  MARS. 


1894 


11  esl  impossible  de  regarder  ce  dessin  et  de  le  comparer  à  ceux  que  nous 
avons  publiés  précédemment,  sans  en  tirer  la  conclusion  que  des  change- 
ments certains  s'opèrent  presque  constamment  sur  la  planète  voisine. 


1 


LoufrilU'Io  2911" 
•iU  aoiit  IN'.IJ,  S^ 


■27  aoul  18a;,  lUMii'" 


Lons-  IS" 
•-•4  août  l.S'.i2,  ll''ii- 


-1^^:  ,.^ 


i. 


Lung.  54" 
20  août  18!l*,  11  Ml" 


Long.  12(1" 
I.ac  (lu  Soleil  le  1"  sept.  1894, 
H'':.™  I  14  aoul  1S92,  a  lli'."*"). 


Long.  139» 
S  août  1892,  9''4>' 


Long.  1711" 
7  août  1S9,',  IIMl'". 


Long.  189" 
août  1S92,  131' d» 


Long.  JUS" 
I  juillet  1892,  13i'30"' 


KiL'.  13S-14I;.  —  9  ilessins  rio  Mai-s,  par  M    SclKvbcrle  a  l'Observatiûro  Lick. 

l'ai-  la  iiiéine  circonslaiice,  nous  mettrons  sous  les  ycu.x  de  nos  lecleiu-s 
les  11  dessins  pris  eu  1  «'.>■.'  (')  par  M.  Schœberle  an  .urand  équalorial  de 
rtJbservatiiirr    l.ick,  car.  ce  qu'il  y  a  de  curieu.x,  c'est   que  c'est  sur  une 


(')  Astronoiny  und  Astro-l'hysics,  ls94.  p.  tJ44. 


DESSINS  DIVERS  DU  LAC  DU  SOI.EII..  ISt) 

collection  de  dessins  de  1892  que  cet  astronome  a,  on  iiurlquo  sortf,  super- 
posé celui  dont  nous  venons  de  parler,  de  1891.  La  vue  de  Mars  de  1892 
correspondant  à  celle  du  1"  septembre  1891  est  celle  du  li  août  à  11":)0'". 
Les  heures  employées  ici  sont  les  heures  am.'ricaines  du  Pacifique. 
On  remarquera   sur  ces  dessins  le  cap  polain-.  iraversé  sur  plusieurs 


21  aoùl  et  2  sepleml.re  ISM. 


-•9aoiil  I8:i4,  131'iO" 


31  ao-it  1801.  IS'i.V».  il  août  180',,  i:.''-?."."'. 

Fi:^.  I47-I.'i0.  —  4  dessins  (le  Mars  par  M.  Lowell. 


d'entre  eux  par  une  sorte  de  large  chaussée  et  mnnlranl  sur  diviu-s  points 
des  taches  de  neige  fondue. 

Ces  dessins  sont  phun^s  ici  dans  l'ordre  des  longiludi's.  ou  conniionranl 
par  ni>tre  vieille  connaissance  depuis  1659!)  la  mer  du  Salilior.  L'incli- 
naison du  globe  est  —  L2°. 

Sur  ce  même  sujet  du  Lac  du  Soleil,  nous  trouvons  également  dans  les 


l'.KI 


I.A    PLANF.TK   MAKS. 


1894 


obhurvalions  de  189i,  nou  encore  publiées  ici,  les  dessins  ci-dessus  de 
M.  Lowell.  11  n'y  u  pas  une  vue  du  1"  septembre,  et  celle  qui  s'en  rapproche 
le  plus  comme  dale  est  celle  du  31  août  à  13''45"'.  On  n'y  remarque  pas  les 
trois  assombrissemenis  intérieurs  de  M.  Schœberle,  et  la  position  des 
petits  lacs  ditrrrr.  surtout  à  gauche.  Mais  sur  deux  de  ces  figures,  le  Lac  du 


.".1  juiUi-l  IS'.ii,  lli''/'».  H  uuul  IS'.li.  ISi' ;■-'"'. 

Ki.^.  I.'il-I.j.'.  —  .' .Icssiiis  lie  Jlars  \i-.n-  M.  Umiglass. 

l'iicuix  est  rcin;irquahle  égalenieut  par  les  nombreux  canaux  qui  en 
iri-adient.  On  smi  cju'oii  est  là  à  la  limite  de  la  visilùlitc  11  ne  faut  pas  être 
trop  exigeaiil,  d'autant  plus  (jue  les  conditions  atmosphériques  diffèrent 
toujciurs  plus  ou  moins  el  (jue.  d'autre  part,  Fattention  des  observaleurs 
n'est  Jamais  e.ualement  portée  sur  tous  les  points  (par  exemple  ici  sur  les 
neiges  polairesi.  Mais  les  \ariations  du  Lac  du  Soleil  sont  d';iulant  plus 
certaines  qu'elles  no  sont  pas  rares  et  ont  déjà,  été  constatées  avec  évidence. 
Sui'deux  de  ces  vues  le  Gange  se  montre  remarquablement  large. 

Le  (luatriéme  de  ces  croquis  est  intéressant  par  la  réapparition  del'llespérie 
à  la  dati'  du  20  août  I8!)4.  Ti'ois  canaux,  le  tlerbère,  le  L;eslrigon  et  le  Tartare 
descendent  de  la  Mei'  Cinuiu'rienne  pour  se  léunir  au  (larrel'our  de  Charron. 

Un  dessin  qui  s'accorde  mieux  avec  celui  de  M.  Schaîberle  pour  les  petits 
lacs  de  gauche  est  celui  de  M.  Doviglass,  à  rO])servatoire  Lowell,  du  i'.)  juillet 
1894,  à  \lî^l"'  [fuj.  151).  Il  y  a  là,  comme  dans  le  premier,  une  ligne  courbe, 
et  de  plus  l'arc  descendant  du  Lac  Tithonius  pour  retourner  vers  la  gauche. 
Même  ressemblance  en  ce  qui  concerne  la  chaussée  polaire. 

A  coté  de  ce  dessin,  nous  avons  reproduit,  du  même  astronome,  celui  du 
11  août  1894,  à  18'' 22'",  qui  montre  en  sa  région  centrale  le  Sinus  Saba'us. 
termine  par  la  baie  du  méridien.  Cet  aspect  de  Mars  est  renutrquable  par  la 
jirojeclion  lér/iir  que  l'on  voit  à  gaiiclie,  sur  le  terminal eur, 


NKIUI-;   roi.AIRH    AU^TKAIK.  KH 

CXlJII.  —  KaRNAHI).  —  \  AIIIATION  UK   LA  .Nr.II.E  PClI.AlIiK  AUSTllALK. 

A   l'Observatoire  Lick,   l'astrouonie  liarnard  a  [iris  au  i;rand  cqiiatorial 
lie  0"\W\  un  grand  nomlire  do  iiiesures  dnnt  il  donne  le  ri'Çiimé  siiivaiil  f  : 

Ki,L'-  !;';►.  —  Varlati'_in  lii.'  la  iieiL'^'  polaift'  aiisirale  ile  Mars.  (►I)sei'Vi-c  an  ,::ian(I  Oi|iiai"rial  tli*  i»".'JI 

de  lObservatoirr  Lick. 

îl  .Mai 5I",0  :iO!ll/'" 

19  Juin iî  .S  V>i:<fi 

14  Juillet :iil..')  IS.id 

15  Août 17,-,'  \m: 

I  -ï  Septembre .  0  , 1)  V.) 'i 

8  Octobre 7,(1  'i.'iti 

II  Novcnibi-,. 1  .S  lilS 

('}  Poijuliir  Astroiioiiiij,  ium  IM»j. 


192 


LA   l'LANKTE   MARS. 


1894 


La  iliminution  des  iieij;es  est  évidente  et  cunsidéralde  <lans  ces  mesures, 
qui  établissent  en  même  temps  (]u'elli's  n'ont  pas  disparu  au  mois  d'oclolire, 
comme  on  Pavait  annoncé. 

M.  Barnard  a  public  avec  ses  observations  les  deux  séries  de  figures  que 
nous  mettons  sous  les  yeux  de  nos  lecteurs  [fig.  153  et  154)  et  qui  donnent 
une  image  très  exacte  de  cette  variation. 

L'irradiation  de  la  neige  polaire  est  de  beaucoup  diininui'c  dans  les  grands 
instruments  et  ilonnc  des  diamètres  muindres  à  la  cal(jlte  jinlain;.  Dans  tous 


V\'A.  K. 


Siiri'act:  de  la  r:ilultc'  pr^lairc  de  .Mars. 


les  cas,  lin  vnit  que,  à  la  ilali'  du  11  nnveiiilirc,  la  lar,L;i'ur  dr  la  calutte 
polaire  était  encore  de  plus  di'  100  kilomètres. 

Le  12  novembre,  M.  liaruard  écrivait  encore:  «  Cai)  rasihj  sec  ihr  cap.  dcfi- 
nitivcly  oullincd.  » 

Le  10  novembre,  le  cap  [nilaire  est  upalc  aiidpiiiil.  smi  oiihj  al  iiilcrL^als  ». 
C'est  la  dernière  fois  (ju'il  a  iMé  visible,  ajoute  l'auléur. 

Cette  calotte  polaire  australe  est  à  G"  environ,  ou  ^60  kilomètres,  de  dis- 
tance du  pôle  géographique,  vers  le  30''  degré  de  longitude.  .V  son  minimum, 
on  ne  peut  la  voir  sûrement  (jue  lors{jue  la  rotation  de  la  planète  amène  ce 
méridien  de  face  pour  l'observateur. 

L'éminent  astronome  américain  ajoute  que.  dans  la  dernière  partie  du 
mois  d'octolire,  l'atmosphère  de  Mars  a  paru  voilée  au-dessus  du  pôle,  et 
(jue  ce  n'est  pas  seulement  la  position  excentrique  de  la  tache,  mais 
encore  l'iMal  de  ralniiis|ihèi'e  marlii'une  qni  empè(diait  de  la  bien  distin- 
guer. Mais  elle  n'a  disparu  i-eellenient  qu'après  le  19  novembre. 


CXCIll.  —   Fla.\i.maiu(i.\  Kr  Anidnlvdi.  —  OiiSEiiv.-iriONS  i'Arri:s 
A   i.'Ohskkv  \T(iiin':   mv.  ,lrvis\    (  '  ). 

Nous  avons  anticipe  sur  l'oi'dre  cliroiiuldgiijue  [jiiur  i-eunir  conqjarative- 
menl  les  documents  ciinceriiant  l'anaUse  si)eciralede  l'atmosphère  de  .Mars 

(')  liullctin  de  la  Socit'le  a.?tvonomi(iue    de  France,  séances   des  3  octolire    et 
7  novembre  I89'i. 


OUSKU  VATOlUI'    DK    JUVI>^  193 

et  les  observations  failesauxOliservaloin'sLinvellcl  làck,  i[iioiiiue  plusieurs 
de  ces  docuinenls  n'aient  été  puiilics  ([uCn  18'J5  et  plus  lanl.  Revenons 
à  1894.  Voici  maintenant  nos  propres  observations,  faites  a  Jiivisy.  Klles 
font  suite  à  celles  de  189-2,  189t),  1888,  etc. 

Los  observalious  ilc  la  planète  Mars  ont  été  continuées  avec,  assitiuité  à  l'Ob- 
servatoire de  .hivisy,  malgré  de  fort  mauvais  temps.  Sans  atteindre  la  grande 
proximité  quindéccnuale  de  IS'.iv!,  la  planète  était  en  île  bonnes  conditions  et 
racbetait  par  sa  plus  grande  élévation  dans  notre  ciel  boréal  ce  que  sa  pro.\iniité 
un  peu  moins  grande  aurait  eu  de  défavorable.  M.  Antoniadi,  mon  astro- 
nome adjoint,  n'a  [las  laissé  échappiM'  une  suule  beure,  pour  ainsi  dire,  sans 
observer  les  aspects  si  curieux  de  ce  monde  voisin.  Pour  moi,  j'ai  continué  surtout 
d'étudier  la  variation  des  neiges  polaires,  l^e  solstice  d'été  de  l'iiémispbère 
austral,  penché  vers  nous,  est  arrivé  le  31  juillet,  l'opposition  le  iO  octobre: 
diamètre  maximum  le  12  octobre. 

'Voici  le  sommaire  des  principales  observations  (équatorial  de  0"',24;  grossis- 
sements de  '2:D.  300,  100  et  GOO). 

En  juin  et  juillet,  les  observations  sont  peu  importantes.  Ou  les  trouvera 
cependant  au  Dallotin  de  la  Société  a^lronomiqua  d'i  Franci'  de  l'année  IS'.il. 
En  voici  la  suite: 

5  août  1894,  [3^  à  là''.  Diamètre  =  li'O.  Longitude  du  méridien  central  =  ?13", 
228°  et  242".  Excellente  définition.  Mer  Cimmérienne  et  mer  'fyrrhénienne  bien 
nettes,  avec  l'IIespérie  les  séparant.  <Jn  distingue  parfaitement  le  Cyclope,  le 
Cerbère  et  le  Lœstrigon.  La  calotte  polaire  =  27". 

11  août,  13''30'°.  Diamètre  =  14",  6.  Longitude  =  163°.  Image  très  agitée.  —  Le 
golfe  des  Titans  de  la  mer  des  Sirènes,  prolongé  par  le  Titan,  passe  au  méridien 
central.  Plus  à  l'Est,  la  mer  Chrouium  est  indistincte,  et  il  en  est  de  même  du 
reste  des  détails  de  la  planète. 

20  août,  12''0"".  Diamètre  =  là", 7.  Long.  =  ôii".  Assez  bonne  di'linition.  —  La 
calotte  polaire  est  bien  réduite  (  =  10).  Le  golfe  de  l'Aurore,  où  se  jette  le 
Gange,  est  sombre  sur  le  méridien  central,  contrastant  avec  la  pâleur  du  lac  du 
Soleil.  Ogygis  Regio,  Argyre  et  Noacbis  paraissent  comme  une  seule  terre  allon- 
gée, colorée  eu  ronge-brique  sombre. 

Dès  le  commencement  île  l'observation,  on  soupçonne  une  tache  blanche  pro- 
jetée au  delà  du  terminateur  et  située  vers  — iO"  de  latitude,  sur  la  Noachis.  Elle 
mesure  de  1"  à  l'',5  de  longueur  et  0',  2  enviriju  de  hauteur. 

22  août,  Lli-O-".  Diamètre  =  1G",0.  Long.  =  5>.  Image  calme.  —  La  calotte  nei- 
geuse du  pôle  austral  est  très  petite  et  nettement  bordée  d'uue  bande  sombre.  Le 
Gange  est  très  net.  Le  golfe  de  l'Aurore  est  sombre,  mais  le  lac  du  rioleil  est  in- 
distinct. Les  terres  d'Ogygis,  d'Argyre  et  de  Noachis  forment  une  bande  légère- 
F.,  IL  13 


194 


LA   PLANETE   MAKS. 


1894 


ment  claire  qui  se  prolonge  ju-^qu'au  terminateur,  où  l'on  aperçoit,  pans  difficulté, 
une  projection  blanelie  lirillaiite  remarquable,  vers  —  'iQ"  de  latitude.  Ce  point  se 
trouve  sur  Noaebis,  et  parait  identique  à  celui  observé  le  "20.  Cette  constatation 
a  été  faite  parles  deux  observateurs  {/ig.  L"i5). 

23  août,  l^iiO"'.  Diamètre  =  10",  1.  Long.  =  2S°.  lionne  image.  —  La  calotte  polaire, 
très  réduite,  est  nettement  définie  par  une  bordure  assez  sombre.  Le  promontoire 
dos  Arômes  va  passer  au  méridien  central.  A  droite  on  aperçoit  le  golfe  de 
l'Aurore;  à  gauche,  celui  des  Perles.  Le  Gange  est  beaucoup  plus  sombre  que 
rindus,  qui  se  recourbe  jusqu'au  lac  Niliaque.  Grand  estompage  près  du  bord 
inférieur  île  la  planète.  Ogyuis  Regio,  Argyre  et  Noaebis  restent  vagues. 

Même  jour,  ISiiQ™.  I-ong.  =  42°.  —  Le  golfe  de  l'Aurore  est  sombre;  il  est  pro- 
longé par  le  Gange  qui  est  très  large.  Le  lac  du  Soleil  ne  se  voit  pas  tout  à  fait  bien. 
Toute  la  région  située  à  l'ouest  de  Thaumasia  est  d'un  rouge-brique  très  sombre. 


F,-.  i:.i. 


Pi'ojeL-tion  oli>crvoe  sur  le  tenrunal'  ur  i\v  M'dVA  les  "JO  et  23  aoùl  I.S'.iî. 
par  AIM.  Fl.immarion  vl  .Vntoiiiadi. 


Même  jour,  1  'i''0"'.  Long.  =  Zil".  Très  bonne  image.  —  Le  golfe  de  l'.Vurore  est 
toujours  sombrer.  Le  Gange,  qui  passe  au  méridien  central,  est  très  net,  aboutis- 
sant au  lac  de  la  Lune.  Le  lac  du  S<dcil  est  maintenant  mieu.x  délini,  et  Thauma- 
sia, assez  vague,  se  termine  en  pointe  émoussée  vers  l'Occident.  Au-dessous,  on 
remarque  lo  lac  Tithonius.  elié  au  lac  de  la  Lune  par  le  Chrysorrhoas.  Le  ter- 
minateur, surveillé  depuis  '.'.",  n'avait  rien  jirésenté  d'anormal  jusqu'à  13'»45'", 
lorsqu'une  petite  projection  brillante  situ':'e,  connue  les  précédentes,  sur  Noachis, 
mais  plus  au  Sud  (latitude  vers  — 50»),  commença  à  faire  son  apparition. 
Une  autre  projection  minuscule,  située  à  une  dizaine  de  degrés  au  nord  de  la  baie 
du  Méridien,  se  remarque  sur  LMom. 


27  août,  1 2'' 0'".  Diamètre  =  l(V 


Long. 


:!.''iO".  I maire  assez  nette.  —  La  baie  du 


OBSEIIV ATOIIÎK    HK    JUVISV.  19.i 

Méridien  est  nn  peu  à  l'est  du  méridien  central;  son  prolongement  vers  l'Ouest 
(détroit  Ilerschel  II)  est  excessivement  sombre,  tandis  qu'elle  se  termine  au  Nord 
par  deux  pointes,  où  l'on  entrevoit  le  promontoire  d'Aryn.  Les  pointes  sont  pro- 
longées par  le  Gelion  et  l'iliddekel,  nue  l'on  voit  assez  bien  dans  les  rares  instants 
de  calme  de  l'image.  La  région  de  Ueucalion  est  nette,  mais  elle  est  un  peu  plus 
sombre  que  les  continents.  Celle  de  Pyrrha  est  très  indistincte.  Le  golfe  des 
Perles  arrive  du  côté  de  l'Est;  il  est  bien  moins  foncé  que  la  baie  du  Méridien. 
On  entrevoit  de  temps  en  temps  rRuphratc  comme  une  fine  ligne  noire. 

Même  jour,  ISiiO"".  Long.  =  .j".  Mauvaise  délinitinn.  —  (Jii  reinari|uc  ipie  les 
neiges  du  pôle  austral  sont  bien  réduites.  La  baie  du  Méridien  est  très  sombre, 
offrant  en  général  beaucoup  d'analogie  avec  le  «  ruban  ondulé  »  observé  par  M.ldler 
en  1830;  ses  fourches  sont  nettement  prolongées  par  le  Gehon  et  l'iliddekel  qui 
divergent  vers  le  Nord.  On  distingue  l'Euphrate,  avec  beaucoup  de  difficulté,  près 
du  terminateur.  Le  golfe  des  Perles,  prolongé  par  l'Indus.est  plus  clair  (]uc  la  baie 
du  Méridien.  Deucalionis  Regio  se  reconnaît  facilement  dans  la  mer  Erythrée. 

Même  jour,  1  i^'O'".  Long.  =  10".  Image  agitée,  mais  assez  nette  de  temps  en 
temps.  —  La  baie  du  Méridien  est  maintenant  voisine  du  terminateur,  ce  qui 


Fig.  1.}G.  —  ^7  août  ;i  14''i.". 

rend  les  canaux  qui  prolongent  ses  pointes,  ainsi  que  ces  pointes  elles-mêmes, 
invisibles.  Le  golfe  des  Perles  est  au  centre,  se  montrant  constamment  plus  clair 
que  la  baie  du  Méridien.  L'Iudus  est  net.  Plus  loin,  le  continent  (Chryse)  s'avance 
vers  le  Sud,  eu  culminant  au  promontoire  des  Ar<imes  pour  redescendre  jusqu'au 
golfe  de  l'Aurore.  Le  Gange  est  très  large,  et  l'on  entrevoit  l'IIydraoles  (/i;/.  làlii. 

Même  jour,  i5''0"'.  Long.  =  34".  L'image  est  maintenant  très  belle. —  La  calotte 
polaire  australe  est  examinée  avec  un  grossissement  de  fiOO  fois  :  elle  se  montre 


19f,  LA  PLANETE  MARS.  1894 

loirùrcinent  triangulaire,  ses  dimensions  atteignant  à  peineOOO  liilomètres  (elle  en 
mesurait  2500  le  I"  juillet).  Ogygis  Regio,  Argyre  et  Noachis  forment  une  seule 
terre  allongée.  Dans  la  partie  inférieure  du  disque,  ou  voit  un  estompage  :  c'est  le 
lar  Niliaque.Le  Gange  est  très  net,  mais  pas  double,  aboutissant  au  lac  de  la  Lune, 
qui  n'en  est  qu'un  léger  renflement.  On  voit  encore  l'Hydraotes  et  le  Jamuna,  ce 
dernier  se  dirigeant  vers  le  lac  Niliaque.  Dans  les  rares  instants  de  calme  absolu, 
la  partie  inférieure  du  limbe  est  extraordinairement  blanche  :  ce  sont  très  certai- 
nement les  ?ie(ye.<  du  jjôle  nord  qui  s'étendent  maiîitenaiit  jusqu'à  50°  de  lati- 
tude boréale,  dans  les  pays  de  Cydonia  et  de  Tempe. 

Même  jour,  ISiiQ™.  Long.  =  'j'J".  Bonne  image.  —  L'Indus  avec  le  golfe  des 
l'erles  se  couche  au  terminateur.  Le  golfe  de  l'Aurore  est  maintenant  central  ;  il 
est  très  sombre.  Le  Gange  est  toujours  d'une  grande  évidence,  tandis  que  Jamuna 
se  montre  nettement  double.  Une  ligne  grise  relie  le  lac  de  la  Lune  au  lac  Niliaque  ; 
c'est  Nilokeras.  Les  neiges  de  l'hémisphère  boréal  sont  brillantes  sur  Tempe, 
bien  que  réduites  par  la  perspective  à  un  simple  arc  lumineux  ifig.  157  ). 

28  août,  l^'O'".  Diamètre  =  16"8.  Long.  =320°.  Bonne  image.  —  La  mer  du 
Sablier  est  ;\  l'Ouest,  la  baie  du  Méridien  à  rEst.'i.Ce  sont  là  les  parties  les  ])lus 
sombres  delà  planète.  Le  long  bras  qui  relie  la  mer  du  Sablier  à  la  baie  du  Méri- 
dien est  très  sombre.  Il  y  a  un  ruban  foncé  qui  rattache  la  Corne  d'Ammon  à  la 
calotte  polaire  australe.  La  région  de  Deucalion  est  nette  dans  la  mer  Rouge, 
mais  Pyrrha  est  invisible.  Une  ligne  grise  recourbée  relie  la  mer  du  Sablier  à  la 
fourche  précédente  de  la  baie  du  Méridien  :  ce  sont  les  canaux  Typhonius  et  Oroute, 
qui  font  suite  l'un  à  l'autre. 

Même  jour.  I2''0'".  Long.  =  Sil".  Bonne  image.  —  La  baie  du  Méridien  se  bi- 
furque, en  se  recourbant  fortement  vers  le  Nord.  Les  canaux  Iliddekel,  Gehon, 
Typhonius  et  Oronte  sont  nets.  Deucalionis  Regio  est  bien  définie,  mais  colle  de 
Pyrrha  est  presque  invisible. 

Même  jour,  ISiiQ™.  Long.  =  5°.  Bonne  définition.  —  La  baie  du  Méridien  est  au 
méridien  central.  Elle  est  très  sombre,  ainsi  que  son  prolongement  occidental,  et 
se  montre  nettement  fourchue,  Fastigium  Aryn  (estompé?)  s'avançant  au  milieu 
des  fourches  que  prolongent  l'Hiddekel  et  le  Gehon.  L'embouchure  triangulaire 
de  l'Euplirate  est  très  sombre,  bien  que  l'on  ne  voie  pas  ce  canal  lui-même.  La 
région  de  Deucalion  est  d'un  rouge-brique  remarquable.  Quant  à  celle  de  Pyrrha, 
oii  ne  la  voit  que  comme  une  tache  un  peu  plus  claire  que  le  fond  de  l'Océan. 
Le  golfe  des  Perles,  prolongé  par  l'Indus,  est  bien  moins  foncé  que  la  baie  du 
Méridien.  Aéria  est  très  claire  au  terminateur  (flg.  158). 

29  août,  lli-O™.  Diamètre  =  17", 0.  Long.  =317°.  Très  belle  définition.  —  La 
mer  du  Sablier  est  à  l'Ouest,  la  baie  du  Méridien  à  l'Est.  Ilellas  est  légèrement 
estompée.  La  Corne  d'Auimon  est  au  méridien  central;  elle  est  assez  proéminente. 


OBSERVATOIRE    DE    JUVISV 


l'.)7 


La  baie  du  Méridien  est  nettenieut  fourcliue,  mais  des  lignes  qui  prolongent  ces 
fourches  on  ne  voit  que  l'IIiddeliel,  et  non  sans  difficulté.  L'Euplirate,  le  Typho- 
nius  et  l'Oronte  sont  assez  faciles  à  reconnaître. 

Même  jour,  l'2''U™.  Long.  =331".  Donne  image. —  Le  bras  de  mer  i|ui  reli(! 
la  Corne  d'Ammon  à  la  calotte  neigeuse  australe  est  très  sombre.  L'IIiddekol 
l'i  le  Gehon  sont  bien  visibles  maintenant,  l'Euphrate  aussi,  et  Ton  rcconnait 
que  le  Typhonius  et  l'Oronte  ne  sont  pas  parallèles  aux  rivages  d'Aéria  et 
d'Edom  (ftg.  159). 


F.L'.  i;.: 


août  a  Iti'^U' 


l.iS.  —  .'>^  août  à  13  '  0'" 


Même  jour,  ISiiO".  Long.  =  346».  Magnifique  image.  ^  La  baie  du  Méridien  est 
très  sombre,  fortement  recourbée  vers  le  Xord,  et  fourchue.  Malgré  la  belle  défi- 
nition, les  canaux  sont  très  difficiles  à  distinguer:  on  devine  cependant  encore  le 
Typhonius,  l'Oronte,  l'Euphrate,  le  Gehon  et  l'Hiddekel,  réduits  à  des  lignes  très 
fines.  Hellas  est  voisine  du  terminateur.  Deucalionis  Uegio  est  très  nette,  se 
montrant  en  outre  colorée  en  rouge-brique  sombre. 

Même  jour.  14i'0™.  Long.  =  l".  Elxcellente  image.  —  Fastigium  Aryn  passe  au 
méridien  central.  La  baie  du  Méridien  est  très  foncée,  ainsi  que  l'embouchure  de 
l'Euphrate.  On  ne  distingue  presque  pas  le  Gehon  et  l'Hiddeliel,  pas  du  tout 
l'Euphrate,  et  vaguement  l'Indus,  qui  se  recourbe  vers  l'Est.  La  région  de  Deu- 
calion  est  d'une  évidence  extraordinaire,  et  l'on  peut  la  suivre  jusqu'à  Thymiamata. 
Le  limbe  oriental  est  très  brillant  au-dessus  du  promontoire  des  Arômes  :  c'est 
le  lever  d'Argyre. 


30  août,  14''Û™.  Diamètre  =  17",  1.  Long.  =  3'i9".  La  définition  est  très  bonne.  — 
La  calotte  polaire  neigeuse  du  pôle  austral  est  exceptionnellement  réduite.  La  baie 


198  LA  PLANÈTE  MARS.  1894 

du  Méridien  va  bientùt  passer  au  méridien  central;  elle  est  très  sombre  depuis 
la  Corne  d'Animon  jusqu'à  Fastigiuni  Aryn,  mais  principalement  vers  l'embou- 
chure de  l'Euphrate  et  son  extrémité  suivante.  L'Oronte,  l'Hiddekel  et  le  Gehou 
sont  très  visibles,  tandisque  l'Indus  se  dégage  à  peine  des  brunies  du  limbe  orien- 
tal. La  région  de  Deucalion  est  rouge  sombre;  celle  de  Pyrrlia  est  très  difficile. 
Argyre  se  lève  à  l'Est.  Enfin,  on  remarque  toujours  la  bande  soudjre  qui  relie  l.i 
Corne  d'Ammou  à  la  calotte  polaire  australe. 

31  août,  12t30'".  Diamètre  =  17", 3.  Long.  =  320°.  Bonne  définition.  —  La  mer 
du  Sablier  est  à  l'Ouest,  la  baie  du  Méridien  à  l'Est.  Ces  mers  sont  très  sombres. 
La  Corne  d'Ammon  est  pointue,  et  l'on  remarque  toujours  la  bande  foncée  qui  la 
relie  à  la  calotte  polaire.  Ilellas  est  bissectée  dans  sa  longueur  par  l'AIphée,  et 
très  indistinctement  dans  sa  largeur  par  le  Pénée.  La  région  de  Deucalion  est 
d'un  rouge-brique  foncé.  L'embouchure  de  l'Euphrate  est  très  sombre;  ce  canal 
est  cependant  très  difficile  à  voir,  tandis  que  Typhonius  et  Oronte  sont  d'une 
évidence  remarquable. 

Même  jour,  14'"  0'".  Long.  =  342".  —  Bonne  image.  La  calotte  polaire  australe  est 
très  petite  et  nettement  définie.  La  mer  du  Sablier  est  couchée  au  terminateur, 
et  il  en  est  presque  de  même  d'IIellas.  La  baie  du  Méi'idien  est  foncée,  surtout 
vers  son  extrémité  orientale  et  l'embouchure  de  l'Euphrate.  Les  régions  de  Deuca- 
lion et  de  l'yrrha  sont  bien  nettes,  la  première  surtout.  Argyre  apparaît  au  limbe 
oriental  comme  une  tache  blanche  éclatante.  La  Corne  d'Ammou  est  toujours 
reliée  à  la  mer  Polaire  par  la  bande  sombre.  Malgré  la  bonne  définition  et  le 
calme  absolu  de  l'air,  on  ne  voit  pas  bien  les  cauaux,  qui  se  rétrécissent  à  des  lignes 
d'une  finesse  extrême.  Cependant,  Typhonius,  Oronte,  Euphratu  et  Iliddekel  s'en- 
trevoient de  temps  en  temps. 

Même  jour,  Ibi'O'".  Long.  =  357°.  La  définition  devient  moins  bonne.  —  La  bail' 
du  Méridien  est  très  sombre;  se.s  deux  fourches  ainsi  que  l'embouchure  de  l'Eu- 
phrate sont  très  foncées.  Les  régions  de  Deucalion  et  de  Pyrrha  sont  bien  visi- 
bles, tandis  qu'Argyre  est  toujours  très  blanche.  Le  golfe  des  Perles,  prolongé 
l)ar  l'Indus,  arrive  du  côté  de  l'Est;  il  estassez  clair.  Comme  canaux,  ou  remarque 
riliddckcl  (recourbé  vers  l'Ouest),  le  Gehon,  et  eu  partie  l'Oronte  et  l'Euphrate 
(/';/•  ItiO). 

Même  jour,  IC'  0"'.  Long.  =  1 1".  La  définition  est  nuuivaise,  et  le  ciel  se  convie 
à  11)''  30"".  —  La  baie  du  Méridien  est  sombre,  le  golfe  des  Perles  est  clair.  Argyre 
est  maintenant  bien  moins  lumineuse  que  dans  les  deux  observations  préci'- 
(lentes. 

(']  septonilire,  13''  0'".  Diam.  =  18".  1.  Long.  =  272'.  Mauvaise  définition,  nuit  très 
froide.  —  La  calotte  neigeuse  du  polo  austral  est  excessivement  petite.  La  Libye 
passe  au  uiéridien  central.  On  voit  la  mer  du  .'tablier  à  l'Est,  très  sombre  vers 


OliSKUVATOlUK    DE    JUVISV.  190 

sou  extrémité  inférieure,  puis  laïuerTyrrhénicune,  Ausonia  et  Ilcllas.  I.elac  Mœris 
est  bieu  visible,  ainsi  que  le  Xépenthès. 

Même  jour,  li''!)™.  Long.—  i.SG".  Définition  un  peu  nieilleure.  —  Lamerdu  Sablier 
est  au  centre  ;  elle  est  très  foncée  au  Xord  ;  c'est  lu  un  immense  triangle  au  milieu 
(le  la  iilanôle.  La  Petite  Syrte  va  disparaître  au  terniinatour.  CJa  ajien^oit  le  lac 
Mœris  comme  une  petite  tache  sombre.  Dans  la  partie  supérieure  de  la  mer  du 
Sablier  ou  remarque  deux  taches  claires  indistinctes  :  ce  sont  Œnotria  et  .lapvgia. 
Ausonia  (îst  confuse,  llellas  un  jieu  moins;  on  y  voit  l'Alphée.  Il  y  a  uu  canal  ([ui 
se  rend  dans  la  mer  du  Sablier,  du  coté  de  l'Est  :  c'est  'l'yphonius. 


Fig.  ly.i. 


■  *'.;  août  a  ininuil. 


Kit;,   liii).  - 


■il   août  a  iJi'U™ 


Mèine  jour,  15'>  0"°.  Long-.  =  301".  Assez  bonne  définition.  —  La  mer  du  Sablier 
est  ;\  l'Ouest.  Dans  le  continent,  à  droite,  on  distingue  Typhonius,  Oronte  et  l'Eu- 
phrate.  La  baie  du  Méridien  est  foncée.  Ou  croit  parfois  apercevoir  la  croix 
d'Hellas.  Argyre  se  lève  au  limbe  oriental. 

7  septembre.  li''0"'.  liiam.  =  18",  3.  Long.  =îiS''.  Lionne  définition.  Nuit  très 
froide.  —  La  calotte  polaire  australe  est  excessivement  réduite.  La  mer  T\  rrhé- 
nienne  passe  au  méridien  central.  La  mer  Cimmérieune  est  à  l'ttuest,  la  mer  du 
Sablier  à  l'Est.  Hellas  est  claire  près  du  limbe.  .Vusonia.  assez  confuse,  est  divi- 
sée par  l'Euripe.  Le  golfe  de  Prométhée  est  assez  net,  mais  la  mer  Adriatique  est 
faible.  On  voit  le  lac  Mœris,  l'IIephaïstus  elles  canaux  ,Eihio])s  et  Léthé.  ,Eolis 
est  blanche  au  terminateur  {(ig.  ICI  ). 

Même  jour,  13'' 0™.  Loug.  =^t'r2".  Image  satisfaisante.  —  La  mer  du  Sablier 
approche  du  centre,  tandis  que  les  mers  Cimmérieune  et  Tyrrhénieune  dispa- 
raissent au  terminateur.  Ausonia  et  llellas  sont  mal  définies.  L'extrémité  inférieure 
de  la  mer  du  Sablier  est  fortement  recourbée  vers  l'Est.  On  distingue  fort  bien  le 
lac  Mferis  et  les  canaux  Léilu'  et  .\'<r.ipu.-i. 


200  LA   PLANÈTE  MARS.  1804 

Mémp  jcmr,  14'' 0".  Long.  =  Î77".  La  définition  est  l)onne.  —  La  mor  du  Sablier 
est  très  sombre  vers  La  Nilosyrtis.  Ausonia  et  Ilellas  sont  estompées;  cette  der- 
nière est  bisseetée  par  l'Alphéo  du  Nord  an  Sud.  Astapus,  Typhouius  et  Phison 


Fit!.  Kil.  —  7  septeialiru.   minuit,  Kig-  IU'2.  —  ÎMi  me  jour,  J  luurrs  plu^  tard. 

son    bien  visibles.  Astusapcs,  au  contraif'  ,  est  indistinct,  son  embouchure  ('■tant 
estompée  et  très  vague  (flg.  102). 

Nous  intercalerons  ici  (jnelques  oliservations  faites  par  M.  l'ahbé  Th. 
MouKus,  professeur  de  malhcniatiques  au  petit  séminaire  de  ISourges, 
membre  de  la  Société  astronomiijue  de  France,  de  passage  à  l'Observatoire 
de  Juvisy: 

G  septembre  IS'.ll,  de  W'  -X  1.^''.  Définition  assez  bonne  par  instants.  —  Les 
continents  rougeàtres  prennent  une  teinte  brillante  sur  le  limlje  de  lajdanète.  La 
mor  du  Sablier  dessine  un  immense  triangle.  Elle  se  termine  par  la  Nilosyrtis,  qui 
se  recourbe  fortement  vers  l'Est.  .Sur  les  bords  du  continent  Aéria  on  ilistingue 
nettement  l'embouchure  de  l'Astusapes  et  du  Typhonius.  A  l'Est,  sur  le  limbe, 
])eucalionis  Régie  apparaît  d'inic  blancheur  extraordinaire,  séparée  d'Aéria  jiar 
la  baie  du  Méridien.  Puis,  en  allant  vers  l'Ouest,  se  remarquent  sui'ce.ssivemeut 
Yaonis  Regio,  l'Ilellas,  avec  un  des  canaux  (Alphée)  qui  forment  la  crois  si  con- 
nue, les  mers  Adriatique  et  Tyrrhé^nioiine,  une  partie  d'Ausonia,  enfin,  en  bas, 
vers  l'Ouest,  Libya  avec  le  lac  Mœris  et  la  Petite  Syrte.  La  calotte  polaire  aus- 
trale se  remarque,  entourée  d'une  petite  bantle  sombre  qui  semble  la  séparer 
de  la  mer  qui  l'environne  [fhj.  1(13). 

7  septembre,  l-Ji'O™.  lion.ic  di-lluition.  —  A  l'Est,  mer  du  Sablier  avec  le  lac 
Mœris.  En  bas,  on  voit  nettement  l'Astapus,  ((ui  se  jette  dans  la  Nilosyrtis.  A  la 
Petite   Syrte   aboutit  le    Létlié.   (pii    vient  se    i-éunir,  en   bas,  à   l'^'Ethiops  et  à 


IMiSF-UVATOIRP:    DE  JUVISV. 


ÎOI 


riIeplicTstus.  Le  Cyclo])e  apparaît  à  l'Ouest,  se  jetant  par  une  embouchure  bien 
marquée  dans  la  mer  Cimmérienne.  Au-dessus  se  dessinent  :  la  mer  Tvrrlië- 


Fig.  163. —  ti  septemliie,  ii''. 


Fig.  I(i4.  —  7  septembre,  minuil. 


Fig.   ICi.  —  7  scplinilirc,  \i>\  Fig.  16e.  —  9  soiiteiiihie,  KJ''. 

nienne,  Ausonia;  à  droite,  la  mer  Adriatique.  l'IIellas  et  enfin  la  calotte  polaire 
australe  ifig.  164). 

7  septembre,  Ui".  Bonne  définition.  —  Les  bords  de  la  mer  du  Sablier  sont 
très  nets  par  instants.  A  droite,  à  partir  de  la  Nilosyrtis,  on  remarque  Astusapes, 
Astaboras,  Typhonius,  puis  le  Phison,  qui  semble  couper  transversalement  les 
canaux  précédents;  à  gauche,  l'Astapus  parait  rejoindre  un  canal  qui  se  jette  dans 
la  mer  du  Sablier,  peut-être  le  Léthé.  La  croix  d'IIellas  reste  absolument  invi- 
sible {fig.  165). 


202  LA   PLANÈTE   MAKS.  1891 

!)  septembre,  13''.  —  Uue  partie  do  la  calotte  polaire  semble  limitée  par  une 
h'^no  droite.  On  distingue  nettement  l'embouchure  du  Léthé,  l\Etliiops,  et  au 
Nord  on  soupçonne  l'IIepha.'Stus  ainsi  que  l'iVstapus  ijuj.  IIIG). 

Mémo  jour,  lAiiQ™. —  La  calotte  polaire  est  à  peine  visible,  mais  Ilellas  est  sur 
le  bord  occidental,  d'une  blancheur  éclatante  et  nettement  coupée  en  ligne  droite. 
On  remarque  le  Triton,  qui  semble  rejoindre  le  lac  Mœris. 

Nous  reprenons  maintenant  la  suite  de  nos  observations  : 

l.j  septembre  1.S94,  10'"  30"'.  Diamètre  =  19",3.  Long.  =  153".  Bonne  image.  — 
La  calotte  neigeuse  du  pôle  austral  n'est  visible  qu'avec  la  plus  grande  attention. 
La  uior  dos  Sirènes  passe  au  méridien  central  :  elle  est  fortement  recourbée,  la 
convexité  étant  tournée  vers  le  Sud.  En  haut,  les  terres  de  Thulé,  la  mer  Chro- 
uium  et  le  Paliuari  Frelum  sont  indistincts,  tandis  qu'à  gauclie  le  golfe  Aouius 
reste  invisible.  On  voit  bien  le  Tartare  et  le  Titan  qui  se  jettent  dans  le  golfe  des 
Titans  de  la  mer  des  Sirènes.  Puis  le  Uorgon,  au  méridien  central,  et,  à  l'Ouest, 
le  Sirenius  avec  l'Araxe.  Ces  canaux,  qui  se  voient  comme  des  lignes  très  fines, 
semblent  aboutir  au  Nord  presque  perpendiculairement  à  une  large  bande  estom- 
pée corres]iondaut  A  l'Euménides,  prolongé  pai'  l'Orcus,  probablement  double. 
Electris  et  Eridania  sont  blanches  dans  le  voisinage  du  limbe  oriental  (//';;.  IRT). 

Mêmejour,  11''  30'".  Long.=  167".  Bonne  définition.  —  La  calotte  polaire  est  très 
difficile  à  distinguer.  Le  golfe  des  Titans  de  la  mer  des  Sirènes,  assez  sombre, 
atteint  le  méridien  central.  Ici  convergent  les  canaux  Gigas,  Titan  et  Tartare,  très 
nets.  On  voit  encore  le  Sirenius  à  l'Ouest,  et  le  La3strygon  à  l'Est.  L'Orcus  est 
toujours  très  large  et  estompé.  La  mer  Chronium  est  maintenant  assez  bien  définie, 
et  il  en  est  de  même  de  la  mer  Cimmériennc,  qui  arrive  de  l'Orient.  Atlantis  est 
presque  complètement  invisible,  de  sorte  que  les  mers  Cimmérieune  et  des 
Sirènes  paraissent  se  toucher.  Eridania  est  toujours  très  blanche. 

Même  jour,  12''  30'".  Long.  =  182'^.  Mauvaise  image.  —  On  ne  peut  plusquesoup- 
çouner  la  calotte  polaire  australe.  La  mer  des  Sirènes  avance  vers  l'Ouest,  tandis 
que  la  mer  Cimmérieane  s'étend  maintenant  du  limbe  oriental  jusiju'au  delà  du 
méridien  central.  La  mer  rlii'ouiuui  est  nette,  mais  les  pays  de  Phaethontis, 
Eleclris,  Eridania,  ainsi  <[ue  les  lies  de  Thulé,  sont  très  mal  définis.  Atlantis  n'est 
pas  absolument  invisible,  car  tandis  (ju'on  ne  la  voit  pas  comme  une  ligne  fine 
brillante,  on  raper(;oit  cependant  connne  une  trainée  un  peu  plus  claire  que  les 
mers  qu'elle  sépare.  Cela  tient  probablement  à  la  mauvaise  définition.  Comme 
canaux,  on  aperçoit  le  Titan,  le  Tartare  et  le  La'Strygou,  ainsi  que  le  long  estom- 
page  de  l'Orcus.  Les  trois  derniers  canaux  aboutissent  au  Trivium  Charontis, 
grosse  tache  grise  d(!  l'iK^nusphèro  ie.fé'rienr  \liij.  108). 

27  seple]nbi-e,  1  P'  0'".  Diamètre  =  20",  8.  Long.  =  ."i2".  Excellente  définition.  —  La 
calotte   polaire  australe  est  bien  jilus  étendue  (|u'elle  ne  l'était  le  15,  ce  qui 


OBSEItVATOIKE    I)K    .IIVISV. 


20:f 


luMuvi'  qu'elle  doit  être  excentrique  par  rapjiort  au  pôle  de  r(itatio)i.  Le  golfe 
lie  l'Aurore,  assez  foncé,  passe  au  centre.  Le  golfe  desl'erlesse  couche  ;\  l'Ouest, 
laimis  (lue  le  lac  du  Soleil  arrive  du  coté  de  l'Orient.  Oarvgis  Reirio,  Argvri^  et 


Fig.  lli".  —  L'iseplembre  à  IC-ao™ 


Fig.  lliS.  —  Même  ioiii'à  r."'.!!!™ 


Fig.  IG!1.  —  ,'"  septembre  à  miuuit.  Fig.  ITii.  —  '7  sei^temlae  â  L^i'O™. 

Noacllis  apparaissent  comme  une  seule  terre.  Tliaumasia  est  certainement 
estompée.  Le  lac  Niliaque  forme  un  grand  estompage  lires  du  bord  inférieur. 
Le  Ciange  est  très  net,  ainsi  que  le  lac  de  la  Lune.  Ou  voit  encore  facilement  le 
Chrysorrhoas,  en  partie  l'Hydraotes,  et  très  indistinctement  le  Jamuna  et  l'Aga- 
thodœmon. 

Même  jour,  12''0"'.  Long.  =  66°.  Image  par  instants  parfaite. —  Les  neiges  bo- 
)'c\T/es  sont  bien  visibles  dans  Tempe,  vers  ^  43' de  latitude.  Le  golfe  de  l'Aurore 
est  sombre,  tandis  que  la  mer  qui  entoure  Tliaumasia  est  peu  foncée.  Thaumasia 


20'i  LA    PLANETE   MARS.  1894 

est  estompi^e,  présentant  La  couleur  rougc-briiiue  sombre,  caractéristique  de  Deu- 
calionis  Régie,  Noacliis,  etc.  Le  lac  du  Soleil,  bien  concentrique  à  Thaumasia, 
est  allongé  de  l'Est  à  l'Ouest  en  forme  de  poire,  dont  la  queue,  très  nette,  con- 
stitue le  Nectar.  Ambrosia  reste  invisible,  malgré  tous  les  efTorts.  Par  contre, 
Rosphoros  apparaît  de  temps  en  temps  comme  une  fine  ligne  noire,  taudis  que 
Fortun;e  s'étend  au  delà  du  lac  Tithoniiis,  pour  aller  rejoindre  le  lac  du  Soleil 
au  Nord.  Le  lac  Tithonius  et  rAgathoda:^mon  afl'ectent  absolument  la  forme 
donnée  par  M.  Schiaiiarelli  :  mais  on  no  parvient  pas  à  voir  de  traces  de  l'Aurea 
Cherso  ifig.  169). 

Même  jour,  1.3''  Û"'.  Long.  =  81°.  Mauvaise  image. —  Le  lacdu  Soleil  va  atteindre 
le  méridien  central.  Il  est  plutôt  clair,  un  peu  plus  sombre  peut-être  que  la  mer 
entourant  Thaumasia,  mais  l'air  agité  masque  les  détails.  On  aperçoit  cependant 
encore  le  Nectar  (assez  large  et  estompé),  puis  rEosjihoros,  prolongé  par  le  Pyri- 
jihlegetlion,  également  large  et  vaporeux.  Le  lac  Tithonius  est  relié  d'une  part 
au  golfe  de  l'Aurore  par  l'Agathodîemon,  d'autre  part  au  golfe  Aonius  par  le 
Phase.  Le  Gange  est  très  net,  ainsi  que  le  Fortunse.  Le  gulfe  de  l'.Vurore  est 
sombre,  et  contraste  avec  la  pâleur  du  golfe  Aonius. 

Même  jour  14"  0'".  Long.  =  95».  Mauvaise  image.—  Les  lacs  du  Soleil  et  Titho- 
nius deviennent  très  difficiles.  Le  golfe  Aonius,  qui  va  atteindre  le  méridien 
central,  est  presque  invisible,  ce  qui  conduit  à  penser  que  cette  région  est  actuel- 
lement couverte  de  nuages  ou  de  bruines.  La  mer  des  Sirènes  arrive  de  l'Orient; 
le  détroit  des  Colonnes  d'Hercule  la  relie  à  la  mer  Australe.  Le  Oorgon  est  très 
facile  h  voir,  taudis  que  du  lac  du  Phénix  divergent  deux  traînées  estompées  qui 
paraissent  correspondre  aux  canaux  Euménides  et  Pyriphlegethon,  probablement 
doubles.  Le  voisinage  du  Nœud  Gordien,  vers  le  lac  du  Phénix,  parait  estompé. 

Même  jour,  lâ''0'".  Long.  =  MO".  Image  meilleure.  —  Le  golfe  Aonius  est  tou- 
jours très  vaporeux  (presque  invisible).  Le  lac  du  Soleil  va  disparaître  dans  les 
brumes  du  couchant,  mais  apparaît  de  temps  en  temps  comme  un  cercle  noir.  La 
mer  des  Sirènes  paraît  très  sombre  au  milieu  des  vagues  estompages  du  golfe 
Aonius  et  de  la  mer  Australe.  Euménides  et  Pyriphlegethon  forment  les  branches 
d'un  compas  gigantesque  ayant  le  lac  du  Phénix  pour  sommet,  tandis  que  l'on 
aperçoit  sans  difliculté  le  Gorgon,  le  Gigas,  le  Titan  et  les  Colonnes  d'Hercule 
(/îg.nO). 

Je  n'aperçois  personnellement  les  canaux  que  lorsqu'ils  sont  très  larges,  mais 
M.  Antoniadi  a  pu  identifier  les  :^9  canaux  .suivants  :  Cyclops,  Indus,  Gange, 
Cerbère,  Laestrygon,  Xanthus,  TîOtliiops,  Ruripe,  Titan,  Chrysorrhoas,  Gehon, 
Iliddekel,  Euphrate,  Ilydraotcs,  Jamuna  (double),  Nilokeras,  Typhonius,  Oronte, 
Alphée,  Pénée,  Léthé,  Népenthès,  Astapus,  Phison,  Astusapes,  Sirenius,  Orcus, 
Arase,  Gorgon,  Tartare,  Gigas,  Nectar,  Agathodœmon,  Fortuua»,  Eosjjhoros,  Pyri- 
phlegeton,  Euménides,  Phase  et  Colonnes  d'Hercule.  Le  Jaiinina  seul  a  été 
dédoublé.  Euménidcs-Orcus  ('tait  large,  et  estompé. 


OBSKKVATOIRE   \)E   JUVISV.  205 

Nous  arrivions  au  voisinage  de  l'opposition,  la  plus  jurande  proxiniilô  de 
la  planète  ayant  lieu  le  12  oclolire,  avec  un  diamètre  de  27", 7  et  l'oppo- 
sition ayant  lieu  le  20;  mais  le  mois  d'octobre  a  encore  été,  en  général, 
moins  beau  que  les  précédents  au  point  de  vue  des  conditions  météorolo- 
giques de  notre  atmosphère,  et  les  images  ont  été  la  plupart  du  temps  dif- 
fuses et  agitées.  Cependant,  le  10  octobre  et  les  soirées  suivantes,  nous  avons 
remarqué  qu'un  voile  de  nuages  ou  de  brumes  s'étendait  sur  la  région 
à  lest  ou  à  gauche  de  la  mer  du  Sablier,  phénomène  extrêmement  rare. 
D'autre  pari,  un  fait  évident  a  continué  à  se  manifester  avec  certitude, 
c'est  la  diminution  des  neiges  polaires  australes.  Voici  ce  qui  resuite  de 
la  comparaison  des  observations  faites  à  Juvisy  : 

D.itos.  .^rc  arcocent^iqUl^       i:n  kilomètres. 

1"  juin GJ»  3800 

15   1)  50  3000 

1"  juillet 42  2520 

15    ..   35  2100 

1"  août 30  1800 

15   »  17  1020 

1"  septembre lH  600 

15     «         S  480 

Il  importe  de  faire  ici  une  distinction. 

A  la  dernière  date  du  Tableau  précédent,  la  longitude  centrale  de  l'hémi- 
sphère martien  tourné  vers  nous  aux  heures  d'observation,  le  1.5  septembre, 
était  de  153"  à  182°  :  mer  des  Sirènes,  mer  Cimmérienue.  Or,  la  mesure  de 
la  tache  polaire  ne  peut  pas  être  suffisante  en  cette  position,  parce  que  le 
pôle  du  froid  ne  correspond  pas  au  pôle  géographique  et  se  trouve;  sur  un 
méridien  presque  opposé,  par  30°  de  longitude  et  5°  à  6°  de  distance  polaire  : 
ce  que  l'on  voit  alors  de  la  calotte  polaire  n'en  est  que  la  moindre  partie.  Il 
convient  donc  d'interpréter  celle  dernière  observation,  ainsi  que  celle  du 
1"  septembre,  et,  s'il  est  possible,  de  leur  substituer  des  observations  faites 
lorsque  le  méridien  est  tourné  vers  nous.  Nous  le  pouvons. 

Le  27  septembre,  par  exemple,  le  pôle  du  froid  étant  alors  tourné  vers 
nous,  la  calotte  polaire  entière  s'est  montrée  encore  assez  étendue,  et  d'en- 
viron 11  degrés.  Si  nous  ne  considérons  que  les  observations  faites  aux 
environs  de  ce  méridien,  entre  0°  et  90",  nous  avons  les  valeurs  suivantes  : 

23  août 15°  900  kilomètres 

27  septembre 11  UtJO  — 

Un  savant  astronome  de  l'Observatoire  de  Paris  n'a-t-il  pas  un  instant  oublie 
cette  importante  considération  lorsqu'il  écrivait  [Comptes  rendus  de  l'Académie 
des  Sciences,  séance  du  15  octobre  (  fOi'r  plus  loin,  CXCIV)]  :  «  La  tache  polaire 
australe  de  Mars,  facilement  visible  jusqu'à  ces  derniers  jours,  vient  de  dispa- 


206  LA  PLANÈTE  xMARS.  1S04 

raître,  car  le  13  octobre  I89'i,  par  de  très  belles  images,  on  en  soupçonnait  à 
liciiie  les  dernières  traces,  avec  l'équatorial  de  la  tour  de  l'Ouest  de  l'Ûbscrva- 
loire  de  Paris  ». 

A  cette  date  ihi  13  octobre,  nous  observions  également  l'intéressante  planète. 
La  défîiiitiou  était  excellente.  Le  méridien  central,  de  lO*"  à  11''  du  soir,  était 
265°,  à  10'"  31'".  On  voyait  fort  bien  la  Petite  Syrte  prolongée  par  le  Léthé,  très 
élargi  à  son  emboucliure,  et  toutes  les  rives  gauches  de  la  mer  du  Sablier. 
(M.  Desrivières,  membre  de  la  Société  astronomique  de  France,  observait  avec 
moi  à  l'équatorial.)  De  neiges  polaires,  point  en  effet.  Mais  ce  n'est  pas  qu'elles 
eussent  disparu  :  elles  pouvaient  être  de  l'autre  coté  du  pôle. 

Ce  trentième  méridien  ne  s'est  montré  de  face  que  quinze  jours  plus  lard.  Ll 
alors,  avec  une  attention  très  minutieuse,  nous  sommes  parvenus,  le  21)  octobre, 
ti  S^,  à  distinguer,  M.  Antoniadi  et  moi,  un  point  blanc  minuscule,  malgré  une 
définition  assez  mauvaise.  Nous  avons  eu  encore  : 


1"  novemlire. 


300  kilomètres 


Cette  granileur  est  très  exagérée  pai-  l'irradiation.  Mais  l'existence  d'ini  point 
lilanc  lumineux  nous  a  ]iaru  iiiroiitestalile.  Le  disi|ue  de  la  planète  offrait  l'aspect 


l'i.?.  171.  —  !:ciniiir  U'.i'i'  il(-,  iiiMt;os  |iol:iiiTs  nu.itiMles  aiierruc'^  le  1  "  novfii;lire. 
(  ()lisi-i-v;il(jii'e  de  Juvi.sy.  ) 

rejirésenté  pij.   171.  l'ii  grand  nouibro  de  canaux  semblaionl   irradier  ilu  lae  du 
Soleil. 

Le  solstice  d'été  de  rin'inisplière  austral  de  Nkii's  est  ariivé  le  31  août.  Ou  voit 
que  les  neiges  ont  efimmenei-  à  diminuer  longtemps  avant   cette    époque. 

Nous  rovieniirons  tout  ;i  l'hiMire  sur  ces  ni>igcs  polaires,  l'oiir  le  moment 
résumons  jiar  une  peliir  Larli'  el  [)ar  un  abrégé  sommaire  les  observatiinis 
précédentes  de  Juvisy. 


OliSI'UVATOIlîE    DE  JUVISV 


■207 


Les  taches  sombres  de  la  planèle  sont,  en  général,  représentées  sur  les 
Cartes  d'un  ton  beaucoup  trop  uniforme.  Un  simple  coup  d'œil  jeté  sur  Mars, 
à  l'aide  d'un  bon  instrumi'ut,  par  uni'  unit  de  l)eau  temps,  suffit  jiour 
nionlri'r  iju'elles  sont,  au  contraire,  do  tons  très  vai-ics. 

Telles  qu'elles  nous  oui  paru  en  189i,  les  taclu's  les  plus  foncées  oiU  été 


iSû"         ■-to          2io'         -iji-         '-  :          j--- 

.-,„■ 

40                 :2o'              tS')'             180     1 

A                  B                                                                              . 

A 

'  .*i  "'l'-^ 

^     .'  ,;<*«a-.,v  -1.:. 

r      ■•          ,     ^^^    _  ..._^ 

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o'          270*          3 

îo*          33o'            0* 

3o' 

60 

90'             i2o'            i5o            t'îo 

Fig-  172.  —  IMaai.'iphère  exposant  les  observations  faites  a  l'Observatoire  de  Ju\  i-y 
pendant  l'opposition  de  ISlii. 


1.  -  TERRES. 

II.  -  lïlERS. 

III.- 

-CAPS  REIVIARQUABLES. 

A 

Thulf  1. 

A 

Ml  r  .lUbtrak-, 

« 

F.i:stiL'iiiiii  Aivii, 

D 

Tliulé  II. 

n 

Mer  Chronium. 

h 

Cnriie  (rAmmoii. 

C 

EIcctris. 

c 

Mer  Tyrrhénieniie. 

r 

Caryluk-  i-t  Scylla. 

D 

E 

'rriiiaiiic. 
Hpspérie. 

D 
F. 

Mer  r.ininièricime. 
Petite  Syrte. 

IV 

-RÉGIONS  BLANCHES. 

F 

7.éi>hyrie. 

F 

Grande  Svrte. 

3  i 

PI 

Prnjrctiuiis  iur  Noit- 

G 

H 

Elysiiim. 
I.iliye. 

G 
II 

Nilosyrtis. 
yWv  Adriatiuuc. 

ProJL'ctions  sur  F.iloin. 
Kfi^t'S  <lu  salsti'-t*  «l'hi- 

1 

.\fri.T. 

1 

Hellespont. 

ver  lie  riu-misidirre 

K 

Edfn. 

K 

Jler  Erythrée. 

boréal. 

L 

nydoiiie. 

L 

Golfe  des  Perles. 

£ 

Curieuse  réirioii,  iipiia- 

.M 

Aus«niie. 

M 

Baie  du  Méridien 

remment  rnupce  par 

X 

Ik-Uas. 

V 

(Sinus  Salj.-eiis). 
Golfe  rie  l'Aurore. 

(les  canniix  dans  tnus 
les  sens. 

0 
P 

IlêLTion  (le  Deucalino 
Réiriou  de  Pyriila. 

0 

r 

I.ae  du  Soleil, 
Golfe  Aonius. 

1 
3 

V.  -  CANAUX. 

0 
R 

Xoachis. 
Argyre. 

0 
n 

I.ae  du  Phénix. 
I.ae  Tithonins. 

Indus. 
CTiiniîe. 

S 

Région  d'Oïrygis. 

s 

Mer  des  Sirènes. 

4 

Cerlière. 

T 

Thaumasie. 

T 

Golfe  des  Titans. 

5 

L:estrygon. 

f 

fihrysc. 

V 

Lac  de  la  Lune. 

6 

Xautlius. 

V 

Tempe. 

r 

Lac  Nilia((ue. 

i 

.ICtliions. 

W 
X 
Y 

Tharsis. 

Icarie. 

Atlantis. 

II 

X 
Y 

Mer  Acidalierme. 
Nœud  Gordien. 
Lac  Mieris. 

8 
9 
10 
11 

Euripe. 
Tilan. 

i;lirysorrhoas. 
G  cl  ion. 

/. 

Phaethoulis. 

z 

Trivium  Charontis. 

12 

Hiaickel, 

13 

Euphratf. 

14 

Hydra.ites. 

16 

Janiniia  (dou!>le 

16 

Nilokeras. 

17 

Typh.oiius, 

is 

Ihniit.-. 

19 

Alphcc.. 

■-'n 

Peiii-e. 

•->! 

i.etiic. 

■2i 

Astapus. 

■•■i 

Phison  . 

ii 

Astusapes. 

2  b 

Tartarc. 

ie 

Uurjcou , 

•27 

Sirenius. 

■.'S 

Araxe. 

2H 

Euméniiles. 

.-.0 

Orcns. 

:î1 

Gjgas. 

S2 

Agathoda'niiin. 

33 

Xeetar. 

34 

Eosphorus. 

35 

Fortuuav 

3(> 

PyripldeeelUon. 

37 

Phabis. 

38 

Colonnes  'l'ilere 

39 

lîranins. 

40 

Mliis. 

41 

.\nil)ri>sia. 

a 

Ilepha'Stns, 

43 

Canal  inconnu . 

d'abord  la  baie  du  Méridien,  bordée,  vers  réquateur,  d'un  lîlet  blanchâtre; 
puis  la  mer  du  Sablier  ou  Grande  Syrie,  avec  son  prolongement  iiib^rieur. 


208  I.A   l'LAXÈTE  MAltS.  1894 

la  mer  des  Sirènes,  le  lac  du  Soleil  el  le  bras  de  mer  reliant  la  Goi-ne  d|Am- 
moii  à  la  calotte  polaire.  Il  y  a,  dans  ce  dernier  cas  aussi,  me  semble-t-il, 
une  preuve  de  variation.  Les  mers  Cimmérienne  et  Tyrrliénienne  ont  paru 
moins  sombres  que  d'habitude.  Il  en  a  été  de  même  du  golfe  des  Perles,  tou- 
jours mal  défuii  à  la  dernière  opposition,  ainsi  que  la  mer  Chronium,  à 
peine  plus  foncée  que  les  terres  avoisinantes.  Enfin  la  mer  Australe  n'était 
qu'un  vaste  estompage  légèrement  grisâtre. 

Dans  ses  grandes  lignes,  notre  Carte  n'est  iju'une  nouvelle  confirmation 
de  celles  de  Schiaparelli.  Il  y  a  cependant  un  point  en  désaccord  :  l'aspect 
du  golfe  ÀotiiuSj  dans  le  voisinage  du  lac  du  Soleil. 

Cette  région  paraît  variable,  car  elle  a  été  représentée  de  différentes  ma- 
nières à  diverses  reprises.  Ainsi,  tandis  que  ce  golfe  est  à  peine  indiqué  sur 
la  carte  de  Béer  et  Madler  (1840),  et  sur  les  dessins  de  Lockyer,  en  18G2, 
Kayser  en  1864  et  Dreyer  en  1877  ('),  MM.  Paul  et  Prosper  Henry,  Green, 
Schiaparelli  et  moi  avons  dessiné  le  même  golfe,  en  1877  et  1879,  comme 
une  baie  pénétrant  profondément  dans  les  terres  (-). 

En  1894,  depuis  le  commencement  des  observations  jusqu'à  la  fin  de  sep- 
tembre, nous  ne  sommes  jamaisparvenus  à  voir  distinctement  le  golfe  Aonius. 
Le  27  septembre,  nous  constations  que  cette  région  était  presque  invi- 
sible, ce  que  nous  avons  cherché  à  expliquer  par  la  présence  de  nuages 
couvrant  cette  région  de  la  planète.  Enfin,  le  l"'  novembre,  par  des  images 
splendides,  la  forme  même  du  littoral  était  changée,  et  le  golfe  Aonius  était 
remplacé  par  une  terre  en  forme  d'éventail. 

Les  terres  de  Phaethonlis,  Electris,  Eridania,  et  les  îles  de  Thulé  I  el 
Thule  II,  Xoacliis  et  OgygisRegio  ont  été  vues  avec  des  contours  très  vagues. 
Parfois,  Ogygis  Regio,  Argyre  et  Noachis  apparaissaient  comme  une  seule 
terre.  D'autre  part,  Novissima  Thulé,  Argyre  II,  Yaonis  et  Protei  Regiones 
avec  l'Aurea  (Iherso,  nous  ont  tout  à  fait  échappé. 

Il  y  a  des  régions  claires  dont  l'éclat  augmente  en  raison  directe  de  Ictir 
rapprochement  du  limbe:  par  exemple,  en  première  ligne,  Argyre,  dont 
l'éclatante  blancheur  rivalisait  très  souvent  avec  la  calotte  polaire  elle- 
même,  surtout  lorsque  cette  île  se  levait  au  bord  oriental  de  la  planète.  Les 
terres  de  Phaelhontis,  Electris,  Eridania  et  Zephiria,  ainsi  que  la  grande  île 
d'Hellas,  augmentaient  aussi  d'éclat,  mais  à  un  degré  bien  moindre,  dans 
le  voisinage,  soit  du  limbe,  soit  du  terminateur. 

(')  La  ithiiiéte  Mars,  t.  1-,  il  107,  1(12,  174,  177,  ISl  et  270.  Le  dessin  de  Kaiser,  du 
10  déceiulji-t;  1S64  {/2y.  114,  p.  177),  oll're  la  plus  grande  analogie  avec  les  aspects  obser- 
vés à  .hivisy  en  octobre  et  novembre  1894. 

(•)  Ihid.,  p.  253,  255,  274,  275,292,  295,  305.  333  et  33i. 


OliSKUVATOlIU:   DH   U'VISV.  ?(l!) 

Deux  projections  brillanteri  ont  élr  vues  sur  Xoacliis  les  '20,  22  cl  2'i  août. 
Une  autre,  i)lus  faible,  a  été  observée,  à  la  dernière  date,  sur  Kdom,  non 
loin  de  Fastigium  Aryn,  vers  15"  de  latitude  boréale.  Ces  projcetions  sur 
Xoachis,  déjà  observées  en  189"2  voir  plus  haut,  p.  84  i,  indiquent  une  iiosi- 
tion  spéciale,  probablement  une  cliaiue  de  montagnes,  plutôt  que  des 
nuages.  C'est  sans  doute  quelque  chose  d'analogue  h  la  Nix  Atlaniica, 
observée  par  M.  Schiaparelli  le  1  i  se[ilembre  1877  ('). 

La  calotte  polaire  australe  n'a  pas  disparu  le  13  octobre,  cottimc  ou  l'a  dit, 
mais  a  continué  d'être  visible  jusqu'en  novembre.  Elle  était  alors  difficile  à  distin- 
guer, non  seulement  par  son  exiguïté,  mais  aussi  par  le  fait  qu'elle  n'était  plus 
entourée  par  l'anneau  sombre  qui  l'enveloppe  dans  les  circonstances  ordinaires,  et 
qu'elle  se  détachait  à  peine  du  fond  clair  de  la  mer  Australe. 

Les  neiges  de  l'hémisphère  boréal  atteipiiaient.  au  mois  d'août,  le  50'  ilcgré  de 
latitude  boréale. 

Les  observations  faites  à  Juvisy  ont  constaté  l'existence  de  i3  canaux,  dont  un 
double  :  le  Jamuna  (n«  15)  dédoublé  le  27  août.  Le  Gange,  très  large  aussi,  a 
résisté  à  tous  les  efforts  faits  pour  le  dédoubler.  La  duplicité  du  Jamuna  a  été 
confirmée  par  M.  Cammell,  à  Wokingham  (.Angleterre),  et  par  M.  Lowell,  à 
FlagstatT,  dans  l'.Vrizona.  L'espace  compris  entre  les  deux  bras  du  ranul  double 
était,  comme  d'habitude,  faiblement  estompé  et  de  couleur  rouge-brique  sombre.- 
Enfin,  l'aspect  exceptionnellement  large  et  estompé  des  canaux  Euménides-Orcus, 
sur  les  dessins  des  15  et  27  septembre,  qui  pouvait  être  attribué  à  une  gémination 
probable  de  ces  lignes,  a  trouvé  son  explication  toute  naturelle  depuis  la  décou- 
verte si  inattendue  de  ces  lacs  symétriques  et  équidistants  qui  parsèment  les 
canaux  en  question  sur  toute  leur  étendue. 

Enfin,  observation  rare,  le  10  octobre  et  les  soirées  suivantes,  nous  avons 
remarqué  qu'un  voile  de  nuages  ou  de  brumes  s'étendait  sur  toute  la  région  à 
l'est  de  la  mer  du  Sablier,  oblitérant  une  partie  de  la  mer  Tyrrhénienne  et  toute 
la  mer  Cimmérienne.  Déjà,  le  27  septembre,  nous  avions  eu  une  impression  ana- 
logue pour  une  autre  région,  le  golfe  Aonius. 

M.  Léon  Guiot  a  pris  aussi  à  l'Observatoire  de  Juvisy  un  certain  nombre  de 
dessins  qui,  en  général,  s'accordent  avec  les  précédents. 

(')  Les  Aslronomisclie  Xacliricliten  du  2  août  1894  puljliaient  les  dépèches  sui- 
vantes : 

0  Nice.  30  juillet.  —  Projection  lumineuse  dans  région  australe  du  terrainateui'  de 
Mars,  observée  par  Javelle,  28  juillet,  16  heures.  —  Perroti.n.  >> 

0  Boston,  31  juillet.  —  Projection  was  discovered  by  Douglas,  Lowell  Observatory, 
Arizona,  July  19,  on  several  nights.  —  Pickerixg.  » 

Le  31  aotit,  l'Observatoire  de  Teramo  envoyait  une  dépêche  puljliée  dans  les  termes 
suivants  par  les  Astroitomische  Nachrichtcn  : 

»  Weissgrùner  Fleck  am  Nôrdlichen  Rando  von  M.irs,  Lange  30° — 40°.  Nix  borea 
deckt  Wahrscheinlich  Mare  Acidalium.  —  Clullli.  » 

F.,  IL  14 


?I0  LA   PLANETK   M  A  US.  I89i 

Tel  est  l'ensemble  des  observations  martiennes  faites  à  Juvisy  iiendanl 
l'opposition  de  1894.  Nous  les  compléterons  par  un  extrait  du  procès- 
verbal  do  la  séance  do  la  Soci('té  astronomique  du  7  novembre  1894  : 

M.  Flammarion  fait  une  conférence-causerie  sur  les  neiges  polaires  de  cette 
planète,  dans  laquelle  il  discute  d'aljord  les  témoignages  île  l'existence  do  l'eau, 
iiu  du  protoxyde  d'hydrogène,  sur  ce  monde  voisin.  Les  récents  travaux  de 
l'Observatoire  lack,  au  moyen  île  l'analyse  spectrale,  tendraient  à  établir  qu'il 
n'existe  pas  d'eau  sur  cette  planète.  Les  astronomes  du  Mont  Ilamilton  croient 
avoir  démontré  que  le  spectre  de  Mars  est  semblable  à  celui  de  la  Lune  et  n'est 
qu'un  reflet  du  spectre  solaire. 

MM.  Janssen,  Huggins  et  'Vogel  se  seraient-ils  trompés?  La  question  mérite 
une  attention  spéciale;  mais  l'étude  des  calottes  polaires  de  Mars  n'en  devient 
qoe  plus  intéressante.  I^epuis  deux  cents  ans  on  les  observe.  Huygens  en  ITiTv', 
Maraldi  en  1704  et  \1\'J,  Ilerscliel  en  17S1  et  1783,  Schrœter  en  179.S  et  I80.S,  Béer 
^L'^'dler  en  1830,  et  tous  les  observateurs  suivants  les  ont  signalées.  Leur  éclat 
saute  aux  yeux,  pour  ainsi  dire.  Elles  se  sont  toujours  comportées  connue  des 
neiges;  et,  chaque  année  martienne,  on  les  voit  grandir  à  l'époque  de  l'Iiiver, 
fondre  pendant  l'été,  sous  l'action  de  la  chaleur  solaire.  Cette  année  encore,  à 
l'Observatoire  de  .Tuvisy,  on  a  suivi,  avec  le  plus  grand  soin,  la  diminution  gra- 
duelle de  la  calotte  polaire  australe,  en  même  temps  que  l'on  constatait  l'étendue 
des  neiges  boréales,  visibles  au  bord  inférieur. 

On  pourrait  donc  croire  que  ce  sont  vraimeni  là  des  neiges  identiques  aux 
nôtres.  Comment  donc  n'y  aurait-il  pas  de  vapeur  d'eau'?  L'atmosphère  de  Mars 
étant  moins  dense  que  celle  de  la  Terre,  puisque  la  pesanteur  sur  Mars  =  0.37, 
les  conditions  sont  tout  autres,  et  l'eau  qui  forme  ces  neiges  pourrait  être  d'une 
autre  matière  chimique.  Cela  peut  n'être  pas  du  protoxyde  d'hydrogène.  ()n  sait 
i[ue,  sur  la  Terre,  la  question  des  climats  est  due  à  la  présence  de  la  vapeur  d'eau, 
qui  conserve  la  chaleur  comme  le  vitrage  d'une  serre,  étant  16.000  fois  plus  effi- 
cace à  ce  point  de  vue  que  l'air  sec.  Mais  l'eau  n'est  pas  le  seul  corps  qui  jouisse 
de  cette  propriété.  11  en  est  de  même  des  vapeurs  d'éther  sulfuriqne,  fiuaniiiue, 
acétique,  d'iodure  d'étliyle,  de  chloroforme,  de  bisulfure  de  carbone,  etc.  Les 
neiges  de  Mars  i)Ourraient  être  aussi  des  cristaux  blancs  d'acide  carbonique  qui 
s'évaporeraient  ;\  une  température  très  basse.  Enfin  il  peut  y  avoir  sur  cette 
planète  des  corps  inconnus  ;\  la  Terre.  On  voit  que  plus  on  avance  dans  cette 
étude,  plus  on  y  trouve  de  mystères. 

Quoi  qu'il  en  suit,  la  calotte  polaire,  si  diminuée  soit-elle,  est  encore  perceptible. 
Quelques  observateurs  ont  cru  dernièrement  qu'elle  avait  entièrement  disparu. 
Cela  tient  à  ce  ([ue  le  pôle  du  froid  ne  coïncide  pas  avec  le  pôle  géographique. 
La  calotte  blanche  a  pu  s'elTacer  le  long  du  bord  du  disque,  de  l'autre  coté  du 
pôle,  mais  elle  a  reparu  depuis,  grâce  à  la  rotation  du  globe,  par  30"  de  longitude 
et  à  environ  .'><'  J  du  pôle.  Déjà,  au  commencement  de  septembre,  elle  semblait 


0BSEKVAT0IH1-:   1)1-:    PARIS.    M.   lilCiOUIl  DAN.  -211 

avoir  beaucoup  iliniiiuié.  parce  que  nous  no  la  voyions  alors  qu'en  raccourci,  mais 
le  27  septembre  elle  est  revenue  de  face  et  paraissait  avoir  subi  une  augmen- 
tation, uniquement  due  à  la  perspe-tive. 


CXCIV.  —  BifiOuiiD.AN.  —  Onsi:i\v.\TioNs  f.vites  a  L'i)iiS[;nvATonii-:  ok  I'ahis  (  '). 

I. 

«  Latache  [lolaireauslralede  Mars,  facileineiit  visible  jusqu'à  ces  derniers 
jours,  vient  de  disparaître,  écrit  l'auteur,  carie  13  octobre  I8'.)4.  [lar  de  1res 
belles  images,  on  en  soupçonnait  à  peine  les  dernières  traces,  avec  l'équa- 
torial  de  la  tour  de  l'ouest  de  l'Observatoire  de  Paris. 

»  Mesurée  le  4  octobre,  celte  tache  avait  encore  l".^  de  diamètre,  ce  qui. 
sur  la  surface  de  Mars,  répondait  alors  à  SÛO""",  et  le  10  octobre  il  a  été 
possible  di'  mesurer  sans  peine  son  angle  de  position.  ' 

»  Voici  d'ailleurs  les  valeurs  individuelles  obtenues  pour  cet  angle  de 
position  p,  mises  en  parallèle  avec  la  longitude  aréographique  w  du  centi-e 
de  la  planète,  et  de  l'angle  de  position  P  de  l'axe  de  rotation;  ces  deux  der- 
niers éléments  sont  tirés  des  éphémérides  de  M.  Marth. 

Temps  inity. 

Palis.  p.  P.  -t.  Kcinarques. 

h       [n  o  o  i> 

I89i.    Octobre     !) 10.37  139,4  143.7  î'J3.u  \m.   médiocres. 

»  !) 10. 3S  137,7  143,7  ■:!)3.3  1,1. 

U 10.4.S  138, y  143.7  293.4  U. 

..  y 10.47  1.3S.2  143.7  293.4  Id. 

»  y lfl.49  139.6  143.7  :y3.i  U. 

»  y 10. .50  139,2  143.7  293.5  Id. 

.^,   ,           .,,  -          „„ .  „      /  lui-    médiocres; 

«  10 10.10  13S,4  143.7  2S4.3 

.  ,  .-          .„-  .,          .,.,  -         o,,   ,  obs.    coupées 

0            10 10.17          137,7          143.7          2Si.3  ,            ' 

\  jiar  les  nu.ioje?. 

»  La  position  de  l'axe  de  rotation  de  la  planète  est  assez  bien  connue 
pour  que  l'erreur  de  P  soit  très  faible;  la  tache  n'était  donc  pas  exactement 
centrée  sur  l'axe  de  rotation  de  la  planète,  fait  qui  a  déjà  été  observe.  » 


■        ■  ■  .  IL 

«  Dans  une  Note  présentée  à  l'.Vcadémie  dans  la  séance  du  15  octobre  der- 
nier, et  insérée  à  la.  page  633  de  ce  Volume,  continue  ^[.  Bigourdan,  j'ai 

(')  Comptes  rendus  dus  séances  da  l'Académiti  dos  Sciences,  1894,  séances  des 
15  octobre  et  12  novembre,  p.  033  et  840.  '    ..    ;       ...••■■■ 


212  LA  PLANÈTE  MARS.  ]89i 

signalé  la  disparition  de  la  tache  polaire  australe  de  Mars,  d'ailleurs  sans 
donner  aucune  explication  de  l'invisibilité  actuelle  de  cette  tache. 

i>  Abstraction  faite  des  mesures  qu'elle  renferme,  cette  Note  peut  être 
ainsi  résumée  : 

1)  Le  'J  et  le  10  octobre  ISlii,  par  des  iningi'n  médiocreii,  cette  tache  l'taii  encore 
un  objet  mesurable  (et  j'ajoute  ici  qu'elle  était  de  beaucoup  le  détail  le  plus  sail- 
lant de  la  surface  de  Mars),  tandis  que  trois  ou  quatre  jours  après,  le  13  octobre, 
et  par  des  images  ti-ès  belles,  on  en  soupçonnait  à  peine  quelques  traces,  dont  on 
ne  pouvait  pas  même  affirmer  l'existence. 

»  L'observation  de  cette  disparition  ayant  donné  lieu  h  quelques  critiques  ('), 
j'ajouterai  ici  des  détails  complémentaires  sur  l'observation  du  13  octobre,  avec 
la  suite  des  observations  faites  depuis  cette  époque,  aux  moments  où  l'état  de 
notre  atmosphère  donnait  des  images  bonnes  ou  assez  bonnes. 

Remarques 

Tache  bien  visilile. 

On  voit  de  nombreux  dé- 
tails sur  la  planète,  mais 
nn  ne  peut  apercevoir  au- 
i.-une  trace  certaine  de  la 
tache  polaire. 

Aucune  trace  de  tache  po- 
laire; on  examine  la  pla- 
nète avec  divers  ocu- 
laires. 

Non  seulement  on  n'aper- 
çoit pas  de  tache  polaire, 
mais  aucun  détail  n'est 
visible  à  la  surface  de  la 
planète,  quoique  les  ima- 
ges soient  belles. 

A  6' 36°',  on  voit  bien  Syr- 
tis  mayna,  Ilammonis 
Cornri;\e  sinus  Snbunis 
tranche  bien  en  sombre 
sur  la  teinte  du  continent 
voisin;  mais  on  ne  peut 
I  apercevoir  aucune  trace 
!       de  tache  polaire  australe. 

l)ans  ce  Tableau,  lo,  tiré  des  éphéniérides  de  M.  Marth,  désigne  coumic  précé- 
demment la  longitude  du  méridien  qui  passe  par  le  centre  du  disque  de  la  planète 

(')  Voir  le  Cbapitie  suivant.  .    •■;  ,'■•"...     ...:  '. .  ',  :-...     •      • 


Dates 
1894. 

Temps 

moyen  de 

Paris. 

W. 

a 

Images. 

Oct.  10 

Il    m 
10.10 

2W 

-106 

Médiocres 

lit 

10.17 

281 

—106 

Id. 

13 

10.30 

•202 

—  128 

Très  l.iellei 

13 

11.    0 

270 

—  120 

Id. 

13 

12.15 

288 

-102 

la. 

10 

9.39 

197 

-1-107    Belles. 

10 

10.10 

206 

-1-176    Assez  ondulantes 

21 

9.33 

tio 

-t-  60 

Très  belles. 

ov.   1 

8.1  ;i 

63 

-+  33 

Assez  oiidul 

antes. 

1 

10. .s(; 

102 

H-  72 

Belles. 

1 

11.1.^. 

106 

-+-  76 

id. 

6 

6.  .36 

355 

—  35    Assez  belles. 

6 

7.59 

15 

-  14    Belles. 

6 

9.  3 

29 

-    1        Id. 

\^    : 


FLAMMARION.    LA   NKIGE    l'OLAIKE   AUSTRALE  1)L  MARS.         2i:i 

au  inomeut  de  robservation  :  et  a  est  l'auglo  de  ce  méridien  central  avec  le  iné- 
ridiou  de  la  tache  polaire  australe,  supposée  placée  par  30"  de  longitude  aréogra- 
pliique.  Les  valeurs  de  x,  comptées  de  — 180"  à  -+-180°,  sont  affectées  du  signe  — 
quand  le  méridien  de  la  tache  n'a  pas  encore  atteint  le  centre  du  disque,  du 
signe  -1-  quand  il  l'a  dépassé. 

La  visibilité  de  la  tache  dépend  de  la  valeur  absolue  de  a,  toutes  les  autres 
circonstances  restant  les  mêmes;  plus  cette  valeur  absolue  est  petite,  plus  les 
conditions  de  visibilité  de  la  tache  sont  favorables;  mais  rien  n'autorise  à  dire 
que  cette  tache  doive  être  invisible,  même  quand  2  atteint  son  maximum  180",  car. 
alors,  la  tache  est  encore  à  plus  de  10°  en  avant  du  bord  extrême. 

Si  nous  revenons  au  Tableau  précédent,  on  voit  que,  le  1.3  octobre,  à  lii'l'i'"  et 
par  de  très  belles  images,  la  tache  était  invisible,  tandis  que,  trois  jours  avant, 
la  tache  étant  un  peu  moins  favorablement  placée  sur  le  disque  apparent  de  Mars, 
et  les  images  étant  médiocres,  elle  était  non  seulement  visible  mais  mesurable. 

Les  observations  suivantes  ont  confirmé  cette  iuvisibiliti',  notamment  celles  du 
6  novembre  à  Q"":!""  faites  par  de  belles  images  et  au  moment  où  la  tache  passait 
par  le  méridien  central  |a= — 1"). 

D'après  ces  observations,  on  voit  que  pour  M.  Bigourdan  la  neige  polaire 
australe  avait  disparu  entièrement  à  la  date  du  13  octobre.  Cette  conclusion 
me  paraissant  contestable,  j'ai  adressé  les  remarques  suivantes  à  l'.Vcadé- 
mie  des  Sciences. 


CXCV.  —  Flamm.\rio.n.  —  La  neige  polahîe  australe  de  Mars  ('). 

T. 

Voici  la  Note  que  j'ai  présentée  à  la  séance  du  5  novembre  189i  : 
«  La  tache  polaire  australe  de  Mars  a  suivi  la  décroissance  normale  de  sa 
fusion  estivale  sous  l'action  des  rayons  solaires,  mais  elle  n'a  pas  entière- 
ment disparu.  Le  pôle  du  froid  de  l'hémisphère  austral  de  ce  monde  voisin 
ne  coïncide  pas  avec  le  pôle  géographique,  mais  se  trouve  vers  le  30"  degré 
de  longitude  et  vers  5°4  de  distance  polaire,  c'est-à-dire  à  environ  330  kilo- 
mètres du  pôle  géographique.  Cette  région  n'était  pas  en  vue  à  la  date  du 
13  octobre,  car  alors,  à  lOi^SÛ™  du  soir,  c'était  le  263'=  degré  qui  passait  au 
méridien  central  de  l'hémisphère  martien  tourné  vers  la  Terre.  L'inclinaison 
actuelle  du  pôle  austral  vers  nous  fait  qu'en  cette  position  la  minuscule 
tache  neigeuse,  étant  de  l'autre  côté  du  pôle,  s'efface  dans  le  bord  de  la 
planète. 

>.  La  région  de  la  Baie  du  méridien  au  Lac  du  Soleil,  au-dessus  de  laquelle 

(')  Comptes  rendus,  lb94,  t.  II,  p.  7S6,  et  IS'Jâ,  t.  II,  p.  761. 


2:14  LA  PLANETE  MARS.  \ii9i 

la  calotte  polaire  uoigease  est  toujours  visiMe,  extrêmement  réduite,  cai- 
elle  approche  de  son  minimum,  est  revenue  de  face  et  a  pu  être 
oljservée  le  29  octobre  dernier  à  rO]:)servatoire  de  Juvisy,  aux  premières 
heures  de  la  soirée,  ainsi  que  \r  'il  oclolire  et  le  1"'  novembre,  par  d'assez 
JKinnes  conditions  atm(ispbéri(]nes,  surtout  ;i  cette  dernière  date.  La  fusion 
des  neiges  polaires  ((juelle  que  soil  d'ailleurs  la  nature  de  ces  neiges,  qui 
ne  sont  peut-être  pas  composées  d'une  eau  chimiquement  identique  à  l'eau 
tcri'estre)  avait  continué  régulièrement.  Elles  sont  actuellement  en  grande 
partie  fondues  et  ne  mesurent  guère  que  5°  d'arc  aérocentrique.  J'ai  l'hon- 
neur de  prc'senter  à  l'Académie  quelques-uns  des  dessins  faits  à  l'Oli'^er- 
vatoire  de  .luvisy,  qui  mettent  bien  en  évidence  la  diminution  lente  de  ces 
neiges  depuis  la  saison  d'été  de  cet  hémisphère  de  .Mars  dont  le  solstice  a 
eu  lieu  le  31  août  dernier.   » 

Cette  Note  était  accompagnée  des  dessins  des  i  et  ,0  juillet,  '2'.i,  28  et  2'.1  août, 
15  septembre,  27  septembre  et  l'''  novembre. 

•  ■     '  II. 

.\  la  séance  du  25  novembre  1895,  j'ai  compléti''  la  Note  prect'denle  enpré- 
seiiiaul  à  l'iVcademie  un  résumé  des  Observations  de  M.  ISaruard  reiiroduiles 
pbis  baut,  (]ui  confii-meut  celles  de  Juvisy  sur  la  persistance  de  la  neige 
pilaire  au  mois  de  novembre  1894  :  à  la  dale  du  M  novembi'c,  la  bii-geur  de 
la  calotte  polaire  surpassai!  encore  IdU  kibmiétres.  d'après  les  mesures 
pi'ises  au  grand  ei|ualoiial  de  l'I  Ibservatoire  Lick. 

iin  a  \n,  en  ellét  (p.  191  ),  que  la  neige  iiolain.'  a  persisté  jusqu'au  milieu 
ib'  uoveinlire  au  moins.  Dans  ces  observations  si  délicates,  il  convient  de; 
n'être  i>as  trop  affirma tif. 


C.\(JVL  —  Scur.Ai'.MiEi.i.i.  —  Qi;elques  CH,\Nr,E.Nu;.\Ts  ousEitvÉs  (')• 

L'illustre  Directeur  de  robservatoire  de  Milan  e.xpose  i]ue  ses  observa- 
lidiis  (b'  l'année  LS'J/i  n'oid  ]ias  l'té  très  iidUibreuses.  (|ui'  l'aspecl  de  la 
]ilauete  cdrresponilait  assez  avec  celui  ib'  1877  et  aux  dessins  de  (ireeu  ,''i, 
Mailei-e.  que  les  meis  ont  paru  cepeudani  nmius  buicées  (|u'en  I.S77  el  (jiie 
les  canaux  y  elaient  pins  nombreux  el  niii'ux  marqui's.  (in  ne  les  a  ]ias 
vus  doubles  avec  cerlil  inb',  malgi'e  la  lar.L^eiu- du  Ciange.  ilu  La'-lrigiin.  du 
Titan,  de  l'Kupbrate  el  du  i'bison. 

('\  Aslronuiiiisclie  IVar.In-ichIcii,  3'.'71,  1.'>  j:uivirr  1S9J. 


SCHI  Al'AlîKLl.l.   OIELQUI'S  CHANGEMENTS  OBSERVES.  -M". 

La  taclic  polaire  australe  es!  devenue  invisible  à  la  tin  (rnctulire.  (U 
y  a  un  désaccord  curieux  et  rare  sur  ce  point  entre  les  divers  oltscrvateurs  : 
le  respect  de  la  vérité  nous  oblii;!'  à  le  mentionner).  Le  10  dçlobre,  iHant 
pourtant  bien  située  pour  l'observation,  (die  était  déjà  extrùnienient  [jetile. 
Le -31  elle  était  presque  invisible.  Les  29,  30  et  31  on  n'a  i)u  la  distint^ui'r, 
ijuoique  sur  le  méridien.  Le  21  novi-uilirc  il  y  avait  là  une  réyion  plus 
claire,  mais  qui  n'idait  i)robaldeuient  pas  la  taclie  polaire. 

(^Si  la  tacbe  polaire  a  disparu  le  2'.l  octobre,  ce  serait  59  jours  après  le 


a. 


m... 


A' 


Fig.  I7;i-I70.  —  Ch.TUgements  olistrvcs  sur  Mars  en  |-;'.I4,  par  M.  Scliiaii.irelli. 


solstice  austral.  En  1877,  elle  était  encore  visible  98  jours  après  ce  solstice. 
En  1879,  on  la  voyait  encore  144  jours  après.  En  1892,  elle  existait  encore 
78jours  après.  Otte  disparition  de  1894  serait  donc  singulièrement  précoce.) 
Une  des  formations  les  plus  caractéristiques  de  la  planète  est  l'istbuie 
ou  péninsule,  désignée  sous  le  nom  iVHrspcrii\  qui  scqiare  la  mer  Tyrrbé- 


216  LA   PLANÈTE   MAUS.  189'i 

nionno  do  la  mer  Cimmérienne.  Lors  des  observations  précédentes  de  1877 
;'i  ]8!12.  cet  isthme  s'était  toujours  présenté  sous  la  forme,  ou  à  peu  près,  de 
l'olle  qui  est  dessinée  fig.  I.  Cet  isthme  a  même  été  observé  par  Bianchini, 
avec  un  télescope  de  Gampani,  du  19  au  24  septembre  171!)  (  '  ).0n  le  retrouve 
également  sur  la  carte  de  M;edler  en  1830.  Or,  le  soir  dit  10  octobre  1894, 
;'i,  8'' 30".  l'Hespériese  présentait  sons  l'iispect  entièrement  anormal  dessiné 
//(/.  II.  Le  XantliLis  descendait  du  golfe  de  Prométhée,  large  et  enfumé;  à  la 
latituili'  ili'  40",  il  se  divisait  eu  trois  liranclies,  hi  plus  large,  celle  de  droite, 
l'tant  la  mer  Tyrrhenienne,  la  plus  i-ourte.  celle  de  gauche,  allant  rejoindre 
1,1  mer  Cimmérienne,  et  la  branche  du  milieu  descendant  rejoindre  la 
petite  S)  rte.  C'est  là  un  exemple  r(.'mar(juable  de  rarialion  certaine  dans 
cette  région  de  la  planète. 

Ce  changement  a  été  observé  d'autre  part  par  M.  LeoBrenner,  le  0  octobre, 
à  Lussinpiccolo. 

La,  /?//.  m,  faite  à  la  même  échelle  que  les  deux  précédentes,  représente 
l'aspect  de  la  tache  sombre  désignée  sous  le  nom  de  3Ier  des  Sirènes.  Elle 
a  ét('  dessinée  sous  cette  foi'me  par  Kaiser  le  10  dècemlire  1864  et  depuis 
par  l'auteur  un  très  grand  nombre  de  fois.  Le  8  octobre  1892,  on  remar- 
i[uait  sur  le  coude  de  cette  mer  une  solution  de  continuité,  comme  on  le 
voit  /ig.  IV. 

Cependant  il  n'est  pas  douteux  que,  depuis  le  mois  d'octobre  1892  jusqu'au 
mois  d'octobre  189^,  l'aspect  normal  de  la./i'j.  III  soit  revenu  et  ait  été  maintes 
l'ois  observe,  notamment  par  M.  Holden  à  l'Observatoire  Lick,  le  3  oc- 
tobre 18U4.  Or  la  séparation  dont  il  s'agit  a  été  revue  à  Milan  par 
M.  Schiaparelli,  le  21  novembre  1894.  et  elle  a  été  revue  également  par 
M.  Brenner  le  10  août  et  le  21  septembre. 

Ces  faits  ri  d'autres  analogues  conduisent  l'auteur  à  conclure  que  les 
vai'ialions  anormales  des  configurations  martiennes  ne  se  succèdent  pas 
par  hasard  et  sans  règle,  et  que  les  mêmes  variations  peuvent  se  produire 
avec  un  aspect  identique  après  un  long  intervalle  de  temps.  La  forme  et 
l'étendue  de  ces  variations  sont  déterminées  par  quelque  eb'meut  stable  ou 
au  moins  périodique. 

(•Xi'X'U.  —  LEO  BuENNER.  —  Oi)SEnv.\TiONS  iwiTES  A  l'Observ.^toire  Manoh.\, 

A  Lussinpiccolo  (Istiue). 

M""  Manora  a  fondé,  en  1894,  dans  l'île  de  Lussinpiccolo,  en  Istrie,  en 
d'excclbuites  conditions  météorologiques,  un  observatoire  principalement 

(')  Voie  t.  I,  p.  •iG. 


OBSEKVATIONS   DE   M.   LEO   BRENNER.  217 

consaci'u  à  rAstronumie  [iliysique.  M.  Léo  Brenner  eu  est  le  directeur,  et 
l'observation  assidue  de  la  planète  Mars  a  été,  dès  les  premiers  jours, 
l'objet  chéri  de  ses  études. 

C'est  le  climat  de  Nice  et  de  Naples,  et  les  observations  y  sont  des  plus 
agréables.  L'équatorial  de  7  pouces  allemands,  construit  par  lleinfelder  et 
Hertel,  de  Munich,  donne  des  images  parfaites  avec  des  oculaires  de  4GÛ, 
500  et  davantage.  Les  études  de  Mars,  faites  du  6  août  au  16  octobre,  ont  été 
adressées  par  l'auteur  à  la  Société  astronomique  de  France  au  journal 
scientifique  English  Mcchanic,  aux  Astronomische  Nachrkhtcn.  et  publiées 
avec  un  grand  nombre  de  dessins  ('  .  En  189.'3,  l'habile  observateur  a  con- 
densé l'ensemble  de  ses  croquis  sur  un  même  planisphère  que  nous  repro- 
duisons plus  loin  \fig.  177;. 

Les  détails  nous  paraissent  un  peu  trop  nets,  un  peu  trop  précis.  L'œil 
de  l'astronome,  la  manière  d'observer,  la  méthode  de  dessin,  l'instrument 
sont  autant  de  facteurs  augmentant  assurément  l'équation  personnelle, 
sans  compter  le  cerveau,  qui  n'est  jamais  une  quantité  négligeable.  C'est 
précisément  à  cause  de  ces  variétés  que  la  comparaison  des  diverses  obser- 
vations est  absolument  nécessaire. 

Voici  quelques  extraits  des  lettres  qui  nous  ont  été  adressées  par  cet 
astronome. 

28  août  1894. 

Je  me  fais  un  devoir  de  vous  présenter  un  dessin  d'aujourd'hui  qui  me  parait 
intéressant,  parce  que  j'ai  vu  une  ile  entre  Koumasia  et  la  tache  polaire  —  une 
île  qui  ne  se  trouve  pas  sur  les  cartes  de  Schiaparehi,  mais  qui  est  peut-être 
identique  avec  le  cercle  marqué  sur  sa  carte  de  1882,  par  120'  et  -—63".  C'était 
une  tache  plus  claire  que  la  mer  environnante.  Argyre  II  et  Thyle  I  apparurent 
au  limbe;  le  Nodus  Gordii  était  visible;  le  Lacus  Phœuicis  excessivement  grand 
et  de  la  forme  d'une  étoile  rectangulaire;  le  Lacus  Tithonius  plus  large  que 
jamais;  les  canaux  Nectar  [le  plus  large  parmi  iousi,  Ambrosia,  Phasis,  Aga- 
thodâimon,  Araxes,  Pyriphlegethou,  Iris  et  Cerauuius  étaient  bien  visibles. 


9  septembre  1S94. 

Four  vous  donner  une  idée  de  la  définition  de  notre  équatorial,  méaie  quand 
l'air  est  médiocre,  je  vous  adresse  mes  dessins  montrant  les  canaux  Cyclops, 
Laestrygon.    Hades,    Phlegethon,    Herculis    Cohunnœ.    Siniois.   Xantluis,    Sca- 

(•)  Voir  notamment  Astronomische  Nachrichten,  a"  3it>8,  27  dcc.  1S94,  et  n"  3288, 
18  mars  1895. 


218  LA   PLANÈTE  MARS.  1894 

mander  et  Euripus  ;  mais,  à  mon  étonnement.  pas  Atlantis!  Il  est  vrai  qu'il  me 
:<einbln  parfois  distinguer  un  trait  lumineux  entre  Phaetoutis  et  Zéphyria,  mais 
ji'  n'étais  pas  sûr  que  ce  n'était  pas  peut-être  une  illusion  causée  par  mon  espoir 
lie  trouver  Atlantis;  et  puisque  c'est  une  maxime  de  ne  dessiner  que  des  clioses 
que  je  vois  avec  parfaite  déflnilion,  je  n'ai  pas  dessiné  cette  presqu'île.  Je 
|iuis  vous  affirmer  que  notre  équatorial  ne  montre  jamais  des  contours  diffus, 
mais  toujours  bien  lindtés  comme  sur  mes  dessins.  Le  grand  défaut  de  ceux- 
ci  c'est  que  je  ne  suis  pas  bon  dessinateur  et  qu'à  cause  de  cela  je  n'ai  pu  imi- 
ter les  limites  entre  mers  et  terres  avec  l'exactitude  d'une  photographie.  Cela 
veut  dire  que  mes  contours  sont  défectueux  dans  les  détails,  bien  qu'ils  donnent 
l'image  (jéiiéralu  assez,  exacte. 

.lusqft'cà  iirésent,  nous  avons  vu  23  canaux  en   15   observations  dont '2  seules 
dans  de  bonnes  circonstances  atmosphériques. 


4  novembre  189i. 

Conformément  à  votre  désir,  j'ai  cherché  la  tache  polaire  avec  soin,  mais  je 
n'ai  pas  réussi  à  la  découvrir.  Plusieurs  fois  il  me  sembla  la  voir,  mais  je  suis 
incliné  ;'i  supposer  que  ce  n'était  qu'une  illusion.  Pourtant  je  ne  veux  pas  vous 
cacher  que.  hier  soir,  vers  11'',  je  vis  un  point  lumineux  ;\  la  place  où  Schia- 
parelli  a  dessiné  «  Nix  »  en  1877  (voir  page  oO.j  de  votre  Mars},  mais  ce  n'était 
qu'un  point.  L'objectif  do  notre  équatorial  a  soufî'ert  par  l'humidité  et  no  donne 
plus  des  images  aussi  parfaites  qu'auparavant.  Nous  l'expédierons  à  Munich  ]iuur 
être  nettoyé.  Nous  en  sommes  désolés  parce  que  depuis  quatre  jours  nous  avons 
«  air  1  »  si  transparent  que  nous  pouvons  distinguera  l'œil  nu  les  maisons  en 
Croatie,  et  qu'on  aperçoit  Ancone  en  Italie  et  Zara  en  Dalmatie. 

La  direction  de  l'Observatoire  de  Vienne  ne  voulant  pas  croire  en  nos  obser- 
vations, qu'elle  déclarait  «  impossibles  »,  a  envoyé  M.  Palisa  pour  s'en  convaincre. 
Il  resta  ici  cin([  jours  —  justement  quand  le  temps  était  le  jilus  mauvais  i  air  4 — h i 
—  et  niMumoins  il  vit  Deimos  à  la  première  rue  (nous  autres  aussi  Phobosi  et 
trois  jours  consécutifs  il  vit  des  étoiles  exactement  dans  les  positions  que  les 
satellites  devaient  avoir,  mais  les  circonstances  ne  permirent  pas  de  vérifier  si 
c'étaient  les  satellites  ou  des  ('toiles  fixes.  M.  Palisa  partit  en  déclarant  qu'il  a 
api)ris  chez  nous  l'observation  de  Mars,  car  personne  ne  peut  rien  distinguer 
.sur  .Mars  à  Vienne  avec  les  éipiatonaux  de  12,  15  et  27  pouces.  Ici,  malgré 
1  air  si  mauvais,  il  put  voir  deux  canaux  (Indus,  Gangej,  Argyrc.  le  lac  du  Soleil 
cl  le  golfe  de  l'.Vurore. 

■le  vous  adresse  deux  dessins  remarquables  qui  montrent  des  révolutions  dans  les 
environs  di;  Hksphria.  Vous  possédez,  mes  dessinsdes  12  et  14  octobre.  Or,  notre 
dessin  du  Ki  octobre  vous  montre  un  aspect  tout  à  fait  dill'érent.  Je  ne  pouvais 
pas  m'expliquer  la  difl'érenco  parce  (jue,  l'air  étant  1  ce  jour,  il  était  inexj)!!- 
cable  ([uc  j'aie  vu  moins  Incn  que  le  II  (air  2i  et  le  12  (air  3i. 


UUSKKVATIUNS   DE   M.   LEO   liKENNEH. 


219 


17  décembre  189i. 

.lo  vous  adresse  trois  dessins  do  Mars  que  je  crois  d'ua  intérêt  partiriilicr.  La 
nier  Cinimérieune,  iiiii  était  très  sombre  eu  août,  plus  claire  en  septembre  et 
assez  claire  en  octobre,  a  donné  naissance  à  l'ile  Cimmeria  le  13  de  ce  mois, 
attendu  qu'elle  n'existait  pas  encore  le  1?,  Outre  cela,  c'est  le  doublement  de 
rOrcus  qui  est  intéressant,  et  le  réseau  des  canaux.  Nous  avons  vu  50  canaux 
jusqu'aujourd'hui. 

Mais  encore  plus  intéressante  est  la  circonstance  que  l'aspect  a  cliaiiL'é  eu  deux 
jours,  comme  vous  voyez,  des  dessins  n"*  18  et  19.  Hier,  l'air  était  si  li-ansparent 
que  je  m'attendais  à  voir  des  miracles;  et  au  contraire  c'est  la  première  fois  que 
l'aspect  n'a  pas  été  d'accord  avec  la  carte  de  Schiaparelli.  Vous  voyez  que  la 
mer  Cimmérienne  était,  ou  couverte  de  niingcs  iqui  laissaient  voir  seulement 
la  partie  méridionale),  ou  que  l'apparition  de  l'ile  Cimmeria  a  été  le  ciiuimen- 
cement  d'une  catastrophe  qui  a  dessi^rlié  la  mer.  Iuexplical)le  est  pour  moi  le 
fait  que  je  ne  pouvais  pas  voir  le  réseau  des  canaux  avec  un  air  si  pur,  taudis 


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Fi^.  177.  —  IManispliore  de  Mars,  par  M.  Loo  Bronner  i  t.u^sinjticcolo,  I>lriL->  (' 


1      Atûi 

-2 

Or   -..-1   t-.e 

:•  Aï-Ï^o--. 

25" 

Chr.^orTo^ 

;•   A^'Jbod^aoa 

24 

Clïirr.eni  IrL«(,"a 

A*  Al^beiis 

=5 

Cunne-cm  V.ue 

i'  Aoirosi, 

ï6' 

Cvcîcps 

t'   Ac3COlh:s 

*7" 

Doir.o. 

7*  ArUchï 

=S 

Eleeiiiî 

S'  Anabis 

29 

EIvîiuî:, 

^"  Aoiïias  Siats 

30' 

Eosphorcs 

IO«  Aroie^ 

5'" 

Eaiûcnâltî 

Il      Af^ïT:   I 

:=• 

Eiiaofios 

i:*   AwaarM 

5i* 

Eaplirsie  . 

Ij"   ,\^Upii 

34' 

Ec^t■ts 

14     Aûinui  1 

35" 

Fortana 

15      AlUnUï  n 

36' 

(Jaag?-» 

16     Aurx  Oereo 

37* 

OekcD 

17     Ai;(o,-3î  Sisas 

ss* 

C,g^ 

iS     -Acioiiia  S«p4îiiS- 

39* 

Hk!» 

10'  Aiefctts 

<o 

Kidnaacna)   Mire 

20'   Cerju^VM' 

*i 

HiE^ozis  C*rt.a 

21  ■  CerfttniB 

4  = 

lu::^ 

44"   îercul'  Cohunn^e 

Cr'  Oreoi 

*5     IW^..^ 

66-  Oror-ci 

46-  HiJvvVcJ 

6;"  Oui» 

47*  Hî'  .  Tc. 

6S-  Pac!  ■=-. 

48'  Hj<:ft».t= 

69-   P«Ï«S 

<9»   Jamuna 

70     Ph»et   ;;l:s  lîc 

50     J>??'S'a 

71'  PhfliJs 

51"   tidts 

7="  Phaon 

52-  Irj 

75*   PhiïgïtOT» 

53*   LapMnsoa 

74     Phoenrcii  Lac 

54*   U:h« 

75'  Katiii 

55    l->fc'> 

76»  Pr^sf-h.-;   5:r. 

56     Marciritirer  Sôi:^ 

77*  PjTipiii^co.-) 

S  7     Mo«n*  Lacd 

78    Pyrrhae  RegiJ 

SS«  Ne.-Ur 

79     Sabacu  SiE,t- 

59'  Nîpîrfuliei 

So-  5can-.ird-r 

to*  Ntlokeru 

Si-  S«rapu 

61"    kiOilTîlâ 

Sa"  Susui> 

63«  NJa. 

Sj-  S:««i!M 

6;;     NoiiLi  Co:i.> 

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104 

Kalbis^c^j  Nia 

('  I  Les  noms  marqués  d'un  *  sont  les  canaux. 


■2-10  LA   PLANÈTE  MARS.  1894 

que  je  le  voyais  eu  tle  bonnes  conditions.  Inexplicable  est  aussi  le  détroit  large 
et  sombre  partant  de  la  petite  8yrte;  est-ce  le  Léthé  avec  l'Mybkous?  La  tache 
au  Nord-Ouest  est  probablement  le  Trivium  Charoutis.  Et  encore  plus  inexpli- 
cable est  la  tache  presque  noire  avec  un  allongement  comme  d'un  canal  au  nord 
de  l'Hespérie  ('). 

L'auteur  s'est  occupé  spécialement  des  variations  de  la  neige  polaire. 
Voici  ses  conclusions  (-)  : 

La  tache  polaire  australe  de  Mars  s'était  montrée  avec  certitude  le  12  octobre 
pour  la  dernière  fois  (grossissement  560)  avant  l'opposition.  La  longitude  n'étant 
pas  favorable,  il  fallut  attendre  le  mois  de  novembre  pour  se  convaincre  si  la 
neige  était  complètement  fondue  ou  non.  Le  3  novembre,  il  me  sembla  voir  un 
point  brillant  là  où  la  tache  polaire  devait  être.  Le  lendemain  on  n'aperçut  rien. 
Le  5  novembre,  la  tache  fut  invisible  avec  l'oculaire  de  672,  mais  en  employant 
l'oculaire  de  830  je  crus  jiarfois  revoir  le  point  brillant.  La  même  observation 
fut  faite  le  leridemai)!. 

Les  jours  suivants,  je  ne  jius  distinguer  la  tache  polaire,  mais  le  8  décembre 
il  me  sembla,  avec  l'oculaire  313,  qu'il  y  avait  un  point  brillant,  tandis  qu'avec 
les  oculaires  480  et  600  je  ne  vis  qu'une  petite  tache  claire  dans  la  mer.  Ce 
devait  être  la  neige  polaire. 

Le  7  janvier  j'aperçus  encore  vers  le  pôle  une  tache  qui  me  donna  l'impression 
de  la  neige;  je  fls  la  même  observation  les  12,  14  et  17  janvier.  J'en  fis  part  à 
M.  Schiaparelli,  en  ajoutant  que  la  neige  n'avait  pas  le  brillant  de  la  tache  po- 
laire d'autrefois,  mais  que  son  aspect  évoquait  plutôt  l'idée  d'une  neige  tombée 
sur  des  régions  marécageuses.  M.  Schiaparelli  me  répondit  (le  11  janvier): 
«  Anch'io  ho  veduto  due  volte  un  bagliore  bianco  nel  luogo  del  polo  di  Marte,  e 
credo  come  lei  che  non  sia  la  neve  stabile  consueta,  ma  qualche  cosa  di  transi- 
torio,  simile  a  quanto  avviene  spesso  supra  altre  parti  del  lembo  di  Marte,  e  più 
spesso  in  certi  luoghi  vicini  ai  due  poli.  >■  Selon  une  communication  ultérieure, 
le  savant  astronome  de  Milan  vit  la  neige  «  moins  brillante  qu'auparavant  »  les 
11  et  18  janvier.  Le  27  janvier,  j'écrivis  dans  mon  journal  «  Mer  polaire  très 
claire.  » 

Le  14  février,  je  crus  revoir  la  neige  polaire,  mais,  en  employant  les  oculaires 
560  et  830,  je  trouvai  que  la  mer  iiolaire  était  très  claire,  sans  tache  certaine. 
Cela  correspond  avec  l'observation  de  M.  Schiaparelli,  qui  écrivait  le  16  février 
dans  son  journal  :  «  Un  po'  di  bianco  pare  vi  sia  in  alto,  molto  dubbio  pero.  »  Le 
23  février,  j'eus  la  conviction  qu'il  n'y  avait  plus  de  neige  polaire.  Le  l"'  mars, 
l'air  étant  bon,  l'image  excellente  et  la  longitude  favorable,  je  cherchai  avec  les 
oculaires  410  et  830  assidûment,  et  j'arrivai  à  la  conclusion  qu'il  n'y  avait  cer- 

(')  Ces  dessins  étant  en  couleur  n'ont  pu  être  reproduits  ici  par  la  photogravure.  Sur 
ces  variations  de  l'Hespérie  on  peut  s'en  rapporter  d'ailleurs  à  ce  ([ui  a  été  dit  plus  haut 
par  M.  Schiaparelli. 

(')  Bulletin  de  la  Société  astvonoiniqito  de  Fratice,  1895,  p.  IS'i, 


OBSERVATIONS   DT-    M.    I.KO    BRFNNl-ll.  221 

taiuenicnt  pas  de  neige  polaire,  car  autrement  j'aurais  du  la  voir.  Les  8.  9  et 
14  mars,  j'aperçus  au  polo  une  tache  brillante  qui  me  parut  être  la  neige  polaire; 
mais  le  15.  le  16.  le  18,  le  21  et  le  23  mars,  rien  n'était  plus  visible.  Le  31  mars, 
je  trouvai,  à  ma  grande  surprise,  que  let,  deux  pôles  étaient  brillantti,  et  les  ob- 
servations des  jours  suivants  mirent  hors  de  doute  pour  moi  que  la  neige  polaire 
australe  s'était  reformée  et  que  la  neige  polaire  boréale  était  en  même  temps 
très  visible.  Je  crus  d'abord  que  le  point  brillant  au  pôle  austral  n'était  autre  que 
Xovissiraa  Thulc.  mais,  le  4  avril,  je  vis  la  tacho  polaire  australe  ;'i  coté  de  Novis- 
sima  Thule;  donc  plus  de  doute  sur  ce  point.  Le  5,  le  (5,  le  8,  le  10.  le  1 1  et  le 
12  avril,  je  revis  toujours  les  deux  taches  polaires  avec  la  plus  grande  facilite, 
et  M°"  .Manora  fit  la  même  constatation. 

Pendant  ces  jours-là,  l'air  était  si  transparent  que  nous  pûmes  distinguer  non- 
seulement  les  côtes,  mais  aussi  trois  nouveaux  canaux:  Protonilus,  Deutero- 
nilus  et  Boreosyrtis.  (Avec  ceux-ci,  le  nombre  de  canaux  vus  par  moi  pendant 
cette  opposition  s'élève  à  (17.  ) 

Il  faut  remarquer  que  j'obtiens  les  meilleures  images  au  moment  où  le  Soleil  se 
couche,  avec  la  pleine  ouverture  de  mon  objectif  et  sans  verres  colorés.  Les  gros- 
sissements dont  je  me  suis  servi  varièrent  de  410  à  830  fois  (le  plus  souvent,  180 1. 
Comme  le  diamètre  apparent  de  la  planète  est  réduit  maintenant  à  j",  M.  le  pro- 
fesseur Schiaparelli  en  concluait  que  <•  le  osservazioni  che  ella  mi  communica 
dimostrana  sempro  più  l'excellenza  del  suo  clima,  del  suo  strumento.  del  suo 
occhio.  »  ^Lalheu^eusement,  l'illustre  astronome  de  Milan  n'avait  plus  observé  la 
planète  et  manqua,  de  cette  façon,  l'occasion  de  voir,  avec  moi,  la  réapparition 
définitive  de  la  neige  polaire  australe.  Je  dis  «  définitive  »,  parce  qu'il  n'y  a  plus 
de  doute  à  cet  égard;  bien  que  le  pôle  austral  se  dérobât  chaque  jour  davantage 
à  nos  regards,  je  pouvais  voir  l'agrandissement  journalier  de  la  tache  polaire 
australe.  D'abord  celle-ci  était  la  moins  brillante,  taudis  que,  depuis  le  ti  avril,  elle 
est  déjà  plus  brillante  que  la  tache  polaire  boréale. 

Comme  ou  le  voit  par  ce  rapport,  la  tache  polaire  australe,  encore  visible  en 
novembre,  décembre  et  janvier,  n'a  définitivement  disparu  qu'après  le  li  fé- 
vrier, et  a  commencé  à  se  reformer  à  la  fin  de  mars.  Le  mérite  de  cette  consta- 
tation revient  à  M.  Schiaparelli,  car  c'est  lui  qui  m'a  engagé  à  continuer  mes 
observations  jusqu'à  la  réapparition  définitive  de  la  tache  polaire  australe:  sans 
cela  j'aurais  cessé  mes  observations  dès  janvier. 

CXCVin.  —  \.  St.^nlev  Willi.ams.  Observ.itions  f.\ites 
A  Brighton  (.\ngleterre)  {'). 

Nous  résumerons,  en  les  traduisant,  ces  observations  fort  intéressantes. 
Elles  ont  été  commencées  à  la  f3n  d'août  et  continuées  jusqu'au  1"  novembre. 
Télescope  Calver  de  0°,  165  ;  gr.  320. 

{')  The  Observatory,  1894,  cet.,  nov.  et  déc. 


232  LA  PLANÈTE  MA  US.  18'Ji 

L'observateur  remaniue  que  tout  d'abord  les  canaux  ont  été  admirable- 
ment visibles,  beaucoup  mieux  qu'il  ne  s'y  attendait.  Le  Gange  a  été  vu 
douille,  et  pnibablement  aussi  le  lac  de  la  Lune  en  continuation  du 
danse  :  Oronle-Tyjdionius  étroit  nuiis  bien  noir.  Pbison  soupçonné  double 
en  plusieurs  nuits,  Eunostos  dédoublé  les  9  et  11  septembre,  non  noir,  mais 
gris:  Cyclope  dans  le  même  cas,  Cerbère  parfaitement  double  également. 
.\insi,  cinq  canaux  ont  rte  observés  doubles  presque  exactement  à  la  date 
du  solslice  d'été  de  l'hémispbére  austral,  ijui  a  eu  lieu  le  ;il  août. 

Le  1"  septembre,  l'auteur  a  été  surpris  de  voir,  au  point  oii  les  canaux 
Typhonius  et  Phison  se  croisent,  une  petite  tacbe  noii-e.  C'est  le  lacSirbonis 
de  M.  Schiaparelli.  Son  degré  de  visibilité  paraît  varier  beaucoup.  Il 
ressemble  à  la  Fontaine  de  Jeunesse. 

La  Libye  a  paru  blancbàlre  cette  année. 

M.  Stanley  Williams  a  observé  51  canaux,  tons  marqués,  à  l'exception  de 
trois,  sur  les  cartes  de  M.  Schiaparelli. 

Le  7  octobre,  le  soupçon  de  la  génération  ilu  l'iiison  a  été  expliqué  par 
l'i'xislence  d'une  faible  ligne  fine  courant  parallebunent  à  lui,  vers  le  mi- 
lieu di'  la  distance  entre  ce  canal  et  le  rivage  de  la  mer  du  Sablier.  Le 
Phison  lui-même  est  resté  simple,  comme  une  ligne  noire  parfaitement 
nette. 

L'Agathodiemon  et  l'Araxes  ont  été  nettemi'ut  dédoublés  en  septembre.  11 
en  a  été  de  même  de  Chrysorrlioas,  mais  moins  clairement. 

Un  changement  remarquable  s'est  produit  dans  l'aspect  de  r.Vmcnthés. 
En  septcmlire,  ilétaitétroit,  indistinct,  etapparemment  simple.  Le  lioclobre, 
l'idisei-vation  le  montra  très  large,  très  noir  et  double.  Et  il  a  continué 
ensuite  de  se  montrer  ainsi  (ce  qui  modifiait  sensiblement  l'aspect  de  cette 
jiartie  de  la  planète)  jus(iu'au  commencement  de  novembre,  où  il  disparut  à 
peu  près. 

La  géminalion  du  Gange  a  été  permanente. 

Un  grand  nombre  de  petits  lacs  ont  été  observés  :  le  lac  du  Phénix,  comuui 
vui  petit  cercle  noir  rappelant  l'ombre  des  satellites  de  Jupiter,  le  lac 
Tithonius,  le  lac  Mœris,  le  lac  Triton.  Le  lac  de  la  Lune  a  cause  plus  d'une 
perplexité,  jusqu'à  ce  gu'on  eût  constaté,  le  29  septembre,  qu'il  était  double, 
à  angle  droit  avec  la  direction  de  l'IIydraotes.      ,,., 

Oliservation  plus  rare  :  de  la  brume  ou  des  nuages  ont  couvert  une  partie 
de  la  région  au  nord  de  la  mer  Cimmérienne.  Tandis  que  le  Cyclope,  le 
(berbère  et  l'Eunostos  avaient  été  parfaitement  visibles,  le  14  elle  15  octobre, 
on  ne  put  les  retrouver.  Toute  la  contrée  présentait  une  teinte  jaunâtre 
monotone.  ..... 


OBSKUVATIONS   1)1-:   M.    STANl.KV    W  1 1  1.1  A  \IS.  22:î 

lien  fut  «ncore  de  nu-'ine  Ifs  deux  jours  suivants,  l.c  19,  oii  revil  la 
partie  sud  du  Cyclope,  mais  assez  indistinctement.  Ce  voile  doit  être  attriliue 
à  du  hniuillard,  de  la  brume  ou  des  nuages  qui,  du  reste,  oblitéraient  aussi 
une  |iartic  de  la  mer  Cimmérienne.  En  conlirmalion  de  cette  observation 
i-are  et  importante  pour  la  météorologie  martienne,  M.  Stanley  Williams 
cit(^  les  notations  suivantes  : 

"  10  octobre.  Uu  voile  de  nuages  ou  de  brumes  s'étend  sur  toute  la  région  à 
l'est  de  !a  mer  ilu  Sablier,  masquant  la  partie  orientale  de  la  mer  Tyrrhcnienin' 
et  tonte  la  mer  Cimme'rieune.  »  (Flammarion.) 

K  La  mer  Cimmérienne  est  p;ile,  comparée  à  la  mer  Tyrrhénienne,  et  l'Hespérii' 
est  anormale.  »  iSchiaparelli.) 

"  12  octobre.  La  mer  Cimmérienne,  qui  iHait  très  l'oacéc  eu  août,  et  moins  en 
septembre,  est  maintenant  la  plus  pâle  de  toutes  les  mers.  Les  canaux  ilu  couti- 
nent  sont  bien  visibles.  »  (Brenxer.  i 

«  16  octobre.  La  mer  Cimmérienne  n'est  visible  que  le  long  de  la  cote  de 
rilespérie;  le  reste  est  plus  blanc  que  le  continent,  comme  s'il  était  couvert  de 
nuages.  »  iBnENNEn.) 

Celte  obliti'ration  nuageuse  dura  jusiju'au  milieu  de  uovemln'e.  11  est 
■  assez  remarquable  qu'elle  ait  coïncidé  avec  la  variation  di'  l'ilesperic 
observée  par  M.  Schiaparelli,  qu'elle  n'explique  pas  d'ailleurs. 

A  propos  de  ces  observations  de  détails  sur  Mars,  nous  reproduisons  ici 
un  dessin  de  M.  Stanley  \Mlliams  du  7  octolire,  et  un  autre,  du  même  jour, 
de  M.  Léo  Brenner,  en  Istrie.  Ils  m'ont  été  envoyés  chacun  séparément. 

\in\d  bien  deu.x  dessins  d'une  indépendance  absolue.  Comitarous-les,  et 
nous  ne  pourrons  nous  empêcher  de  reconnaître  qu'ils  se  confirment  mu- 
tuellement. En  Istrie  comme  en  Angleterre,  les  observateurs  ont  vu  : 

La  calotte  polaire  neigeuse; 

Au-dessous,  Xovissima  Thule; 

Au-dessous,  à  droite.  Noachis,  traversée  par  une  large  traînée  sombre; 

A  gauche,  Hellas,  traversée  par  lAlphée; 

La  région  de  Deucalion  ; 

Le  Sinus  Sabaîus  et  la  baie  du  Méridien  ; 

L'Ausonie  ; 

La  Japygie  ; 

La  mer  du  .Sablier  ; 

Le  lac  >L'cris  avec  le  Nepenthès; 

L'Hiddekel  descendant  de  la  baie  du  Méridien; 

Le  Phison  et  l'Euphrate  bifurquant  du  Sinus  Sab;uus;  " 

L'Oronte  traversant  le  tout,  de  l'Est  à  l'Ouest; 

Etc.,  etc.  •  •■■•• 


224  l  A  PLANÈTE  MARS.  1894 

11  y  a  des  différences  d'apprecialion.  Ici  un  peu  plus  de  détails,  là  un  peu 
moins.  Ni  les  yeux,  ni  b^s  instrumenls.  ni  l.i  manière  de  dessiner  ne  sont 


Fl^i.  178.  —  Mars,  If  7  oclubre  l«li.  —  Dessin  de  M.  Stanley  Williams,  eQ  Angleterre. 


Kig.  17ti.  —  Dessin  l'ait  le  même  jour,  en  Isiric,  par  M.  I,eo  Brenner. 

les  mèiues.  Mais  on  seul  (iii'en  Angleterre,  comme  en  Auliiche,  les  deux 
astronomes  avaient  le  iiH'me  objet  devant  les  yeux. 

Dira-t-on  qu'ils  avaient  tous  les  deux  aussi  sous  les  yeux  l'ouvrage  la 
l'iancle  Mars  et  les  cartes  de  Schiapai-elli,  et  qu'ils  ont  cojde  sans  s'en 
douter. 

Mais  non,  car  ce  n'est  pas  identique.  El  puis,  les  observateurs  se  délient 


:      ■  J.    COMAS    A    UAHC.LI.OXF...  225 

do  toute  influence  de  ce  genre,  la  surface  de  Mars  étant  Ibrl  varialile,  et 
précisément  nous  venons  de  voir  qu'à  cette  épo({ue  M.  Siliiaparelli  a 
signalé  lui-même  de  nouveaux  changements.  Ainsi  donc,  il  convient  de 
n'être  pas  trop  sceptique. 

CXCIX.  —  Observations  de  M.  J.  Comas  a  Barcelone, 
(lettre  de  l'autecr).  résumé. 

J'ai  l'honneur  de  vous  communiquer  les  principales  observations  que  j'ai  pu 
faire  de  la  planète  Mars.  J'ai  employé  mou  excellente  lunette  de  lOS™™  de  Bar- 
don  avec  un  grossissement  de  270  fois. 

Ma  première  observation  est  du  5  juin.  De  ce  jour  jusqu'au  8  juillet,  la  seule 
observation  intéressante  que  j'aie  pu  faire  est  d'avoir  constate  que  la  calotte 
blanche  australe  a  diminué  très  sensiblement  jieudaiit  ce  temps;  d'autre  part, 
elle  est  devenue  moins  brillante  et  irrégulière.  Je  n'ai  jamais  pu  voir  avec 
sûreté  aucune  bordure  foncée  entourant  la  calotte  neigeuse,  et  les  bords  de 
celle-ci  n'ont  pas  toujours  été  bien  définis. 

8  juillet.  —  De  13'' 30'"  ;\  li''4.j'°.  Diamètre  =  U",  3.  Bonne  définition.  On  voit 
les  mers  des  Sirènes  et  Cimmérienne  assez  foncées;  sont  visibles  aussi  l'Atlan- 
tide et  Phaetontis;  cette  dernière  terre  est  très  pâle.  Les  bords  de  la  Memnunia 
et  de  la  Zephj'ria  sont  clairs.  Les  canaux  Titan  et  Tartare  sont  difficiles  à  voir, 
mais  certains;  ils  apparaissent  comme  deux  ombres  estompées.  En  bas,  on  voit 
faiblement  Trivium  Charontis. 

5  aoiàt.  —  De  l|i>  à  lî''.  Diamètre  =  14", 0.  Mauvaise  défuiition.  Même  face  que 
le  8  juillet.  Aucune  observation  nouvelle  à  ajouter,  excepté  en  ce  qui  concerne 
les  neiges  polaires,  qui  ont  diminué  extraordiuairement  de  grandeur  et  sont 
maintenant  très  petites  et  assez  brillantes. 

31  août.  —  De  1Û''30'=  à  li''30">.  Diamètre  =  n",2.  Assez  bonne  définition.  La 
grande  Syrte  est  foncée,  surtout  vers  sa  pointe.  La  Libye  est  cendrée.  L'IIellas 
est  sombre  et  jaunâtre,  sauf  sa  région  boréale,  qui  est  blanclie.  Une  faible  bande 
claire  relie  l'Ausonia  avec  le  bord  boréal  de  l'Hellas.  La  région  de  Deucalion  se 
termine  en  pointe  aiguë;  les  bords  de  l'Aeria  sont  très  blancs.  Je  ne  vois  pas  de 
coloration  rouge  proprement  dite  dans  tout  le  disque;  le  ton  général  des  terres 
est  jaune,  légèrement  teinté  de  rouge.  Neiges  polaires  très  petites  et  assez  bril- 
lantes. Mars  apparaît,  à  l'œil  nu,  moins  rouge  que  d'habitude. 

18  septembre.  —  De  IC  à  12''.  Diamètre  =  19". 7.  Excellente  définition.  L'atten- 
tion est  premièrement  attirée  par  deux  masses  blanches  :  le  Phaetontis  et  Icaria, 
séparées  par  les  colonnes  d'Hercule.  Les  bords  austraux  de  ces  terres  sont  faciles 
à  bien  observer,  mais  les  boréaux  sont  difficiles  à  distinguer,  moins  blancs,  et 
F.,  II.  15 


226  LA  PLANÈTE  MARS.  1894 

so  (Idtachcnt  sur  un  fond  {mer  des  Sirènes)  moins  sombre.  Cette  mer  est  très 
claire.  L'Electris  apparaît  comme  une  ile  pointue,  parfaitement  séparée  del'Eri- 
(lania  parle  Scamandre.  Le  Titan  est  visible  en  i)artie,  et  le  Gig-as  est  très  faible 
et  très  estompé;  il  eu  est  de  morne  de  Sirénius.  La  région  continentale  comprise 
entre  le  Gigas  et  le  Sirénius  a  une  couleur  rouge  sombre  très  frappante,  qui 
contraste  vivement  avec  la  coloration  jaune  très  peu  rougeàtre  de  ses  environs. 
L'Atlaiitis  ost  invisilile.  Los  neiges  polaires  sont  plus  petites. 
Le  lendemaiu,  j'ai  fait  des  observations  identiques. 

23  septembre.  —  De  Oi'SO"'  à  l.'iMO'".  Diamètre  =  20", 4.  Excellente  définition. 
Le  Gange  est  bien  visible;  le  lac  de  la  Lune  apparaît  comme  une  tache  ronde 
estompée.  Le  lac  du  .Soleil,  assez  foncé,  est  allongé  dans  lo  sons  d'un  parallèle 
aréograpliique.  Le  ton  général  de  la  Thaumasia  est  assez  somliro;  le  Nectar  se 
distingue  facilement.  On  voit  ce  canal  dans  la  position  primitive,  c'est-à-dire 
comme  il  se  montrait  toujours  avant  1890,  année  dans  laquelle  M.  Schiaparelli 
le  vit  pour  la  première  fois  suivant  une  direction  toute  différente.  L'aspect 
([u'oH're  cette  région  de  la  Thaumasia  me  rappelle  les  dessins  do  M.  Lockyer 
faits  pendant  l'opposition  de  1862  et  publiés  dans  votre  ouvrage  la  Planète 
Mars.  Los  lacs  Tithouius  et  du  Phénix  sont  très  facilement  visibles.  Le  Tithonius 
est  très  grand,  mais  faillie:  eolui  du  Phénix  est  plus  jietit,  mais  ])lus  foncé.  Ce 
lac  se  présente  conmie  uuo  tache  ronde  presque  aussi  foncée  que  le  lac  du 
Soleil,  mais  la  coloration  du  lac  du  Phénix  est  rougeàtre  et  celle  du  Soleil 
bleuâtre.  Lu  lac  du  Phénix  sort  une  bande  grise,  probablement  l'Euménides, 
qui  .Tri-ive  à  une  grande  masse  somlire  {Xadus  Gordii.  Gigas).  La  partie  boréale 
de  la  Thaumasia,  le  lac  du  Phénix,  l'Euménides  et  la  masse  sombre  du  Nodus 
Gordii  ot  du  Gigas  sont  plus  rougeàtres  que  le  reste  des  terres.  On  voit  à  la 
place  du  Sirénius  une  ombre  extrêmement  faible.  L'Araxe  est  sûr.  mais  très  dif- 
ficile à  bien  voir;  l'Icaria,  sombre;  le  Phase,  difficile.  Près  du  bord,  on  voit  bien 
les  Colonnes  d'Hercule;  le  Phaetontis.  clair;  la  mer  des  Sirènes,  très  foncée. 
Les  bords  du  Tharsis  ol  d'i  )phir,  clairs.  A  gauche  on  voit  Ogygis  Regio,  blanche; 
une  trace  de  la  Région  de  P\  rrha.  puis  une  petite  ile  blanche  d'observation  dif- 
ficile, Argj-re  H,  laquelle,  quand  elle  fut  arrivée  près  du  terminateur,  vers  Li"", 
se  détachait  comme  un  point  brillant.  Neiges  polaires  environnées  d'une  ombre 
faible.  -, 

■Vers  13''  et  jusqu'à  la  lin  de  l'observation,  les  neiges  polaires  sont  bien  plus 
petites  qu'au  commencement.  Variation  due  sûrement  à  la  rotation  de  la  planète. 

Vers  Pi*",  j'ai  observé  .Jupiter;  puis  je  suis  retourné  à  l'observation  de  Mars,  à 
14''20"',  poiH-  reviser  la  n'gioii  dessinée  le  18  septembre,  ,/e  )i'cn  croyais  jias  mes 
ijcux,  tant  étaient  grandes  les  variations  subies  par  cette  j>artie  de  la  planète! 
.l'avais  observé  des  variations  notables  dans  ces  mêmes  régions  en  18',i;',  mais 
jamais  i\  un  tel  degré.  La  iikm-  dos  Sirènes,  alors  si  olairo,  est  aujourd'hui  très 
foncée  (je  n'avais  vu  jamais  cette  mer  si  sombre  i;  le  golfe  du  Titan  se  termine 
en  une  pointe  très  foncée  et  aiguë;  les  bords  de  la  Memnonia  et  de  la  Zéphyria, 


J.    COMAS    A    RAHr.I-l.ONt:.  2Î7 

qui  étaient  très  sombres,  sont  maintenant  iros  clairs.  On  ne  voit  trace  du  Titan, 
du  Gigas  et  du  Sirénius;  la  couleur  roufre  intense  qu'avait  alors  la  région 
comjjrise  par  ces  deux  derniers  canaux  a  disparu.  Les  îles  et  terres  des  nier.s 
australes  ont  change  complètement  de  forme,  couleur  et  éclat  :  elles  ont  fait 
place  à  une  sorte  de  tache  jaune  rougeâtre  et  à  des  ombres  compliquées  impos- 
sibles à  bien  démêler.  On  ne  peut  invoquer  ici  aucune  différence  daijpréciation, 
puisque  les  observations  ont  été  faites  dans  les  mêmes  conditions. 

20,  -IC)  et  27  septembre.  —  Diamètre  =  20"  .7.  Très  bonne  définition.  Le  Gange  est 
très  visible,  très  large,  et  son  embouchure  assez  foncée.  Le  lac  de  la  Lune  appa- 
raît comme  une  ombre  estompée;  quand  l'image  est  parfaite,  dans  son  centre  on 
voit  un  noyau  très  foncé.  L'Indus.  l'Agathodœmon  et  le  Nectar  sont  très  faciles. 
Des  ombres  plus  ou  moins  vagues  marquent  la  place  du  Clirvsorrhoas.  Lacus 
Xiliacus  et  Nilokéras,  ces  deux  derniers  près  du  bord  de  la  planète.  Les  rivages 
des  continents  sont  clairs.  Le  golfe  de  r.\urore  est  assez  foncé;  la  région  de 
Pyrrha,  faible.  En  haut,  on  voit  blanchir  Argyre  et  Ogygis  Regio.  Les  neiges 
polaires  sont  très  petites  et  sans  bordure  foncée;  tangentes  au  bord. 

2  et  6  octobre.  ^  Diamètre  =  21", 4.  Définition  excellente,  par  moments  tout  à 
fait  idéale.  La  région  de  Deucalion  est  orangée  comme  les  continents;  son  bord 
boréal  est  plus  clair  que  l'austral.  On  voit  bien  Ilellas,  blanche,  près  du  bord; 
Noachis  et  Argyre  sont  blanchâtres;  laonis  Regio  est  rouge  sombre  quand  elle 
passe  par  le  méridien  central;  près  du  bord,  elle  est  plus  claire.  La  baie  du 
Méridien  est  relativement  peu  foncée;  par  moments,  j'ai  pu  la  voir  fourchue  et 
se  prolongeant  vaguement  par  l'Hiddekel  et  le  Gehon,  ce  dernier  dans  une  très 
petite  extension.  L'embouchure  do  l'Euphrate  est  très  foncée  ;  on  voit  bien  ce 
canal  jusqu'au  Typhonius,  mais,  plus  en  bas,  il  est  très  faible  et  estompi-.  La 
baie  du  Typhonius  est  bien  visible,  de  même  que  ce  canal  et  l'Oronte;  mais  dans 
sa  partie  plus  interne  ils  sont  faibles,  larges  et  estompés  (cette  sorte  de  rende- 
ment est  peut-être  un  etfet  du  lac  Sirbonis'?). 

L'embouchure  de  l'Oronte,  dans  le  fond  de  la  baie  du  Méridien,  est  très  nette, 
foncée  et  étroite.  L'Indus  n'est  pas  très  foncé,  mais  il  est  facilement  visible. 

7  et  9  octobre.  —  Diamètre  =  21",  G  en  moyenne.  Très  bonnes  images  iroir  le 
dessin  du  7  octobre).  La  Grande  Syrte  plus  foncée  vers  sa  pointe;  l'Ausonia  est 
estompée  et  peu  claire.  L'IIellas,  orangée;  sa  partie  boréale  est  plus  claire;  sa 
forme  est,  en  quelque  sorte,  polygonale.  laonis  Regio,  rougeâtre  foncée;  Deuca- 
lionis  Regio,  aussi  rougeâtre,  même  près  du  bord  oriental.  La  Petite  Syrte  est 
assez  foncée;  dans  une  certaine  extension  on  voit  le  Léthé  estompé.  Le  lac 
Mœris  et  le  Népenthès  sont  très  difficiles  à  distinguer.  La  Libye  est  sombre. 
On  voit  bien  le  Typhonius  et  la  partie  supérieure  de  l'Euphrate.  La  baie  du 
Typhonius  est  très  prononcée;  les  rivages  de  l'Aéria  sont  clairs.  En  haut,  on 
voit  la  Chersonèse,  blanche,  toucher  avec  sa  pointe,  près  du  bord,  la  cote  au-strale 


328  1-A   PLANÈTE   MARS.  1894 

do  l'ilellas;  à  droite  apparaît  faiblement  une  tache  blanchâtre  (Novissima 
Thyle?).  Les  neiges  polaires  sont  segmentées  par  le  liord  de  la  planète.  Ces 
neiges  polaires,  qui.  avec  toute  évidence,  sont  excentriques  au  pôle,  se  trouvent, 
il  me  semble,  vers  iO"  de  longitude  aréographique. 

J'appellerai  l'attention  ici  sur  des  variations  qui  certainement  s'accomplissent 
dins  le  bord  oriental  (droit)  de  la  Grande  Syrte  et  qui,  je  crois,  n'ont  pas  été 


Fig.  180.  —  iJessiu  de  M.  J.  Comas,  a  Barcelone.  7  octobre  àO'IS". 

signalées.  J'ai  pu  constater  avec  toute  sûreté  que,  actuellement,  les  côtes  occi- 
dentales de  l'Aéria  offrent  la  forme  représentée  dans  mon  dessin  du  7  octobre, 
c'est-à-dire  qu'elles  ofïrent  deux  fortes  proéminences  (une  d'elles  est  la  Corne 
d'Ammon)  laissant  entre  elles  un  golfe  profond  (baie  du  Typhonius).  Cette 
forme,  on  la  trouve  bien  représentée  dans  les  dessins  de  Secchi  faits  en  1858  et 
18G2,  et  aussi  dans  ceux  de  Dawes  faits  en  18(14.  (ireen,  dans  ses  beaux  dessins 
de  1877,  montre  une  forme  à  peu  près  semblable,  et  j'ajouterai  que,  dans  un 
dessin  fait  par  moi  le  23  mai  1890,  je  trouve  dans  ces  côtes  de  l'Aéria  le  même 
aspect  que  j'ai  observe'  récemment.  Mais,  chose  étonnante,  dans  la  majorité  des 
dessins  on  voit  ces  côtes  tracées  en  ligne  droite,  ou  tout  au  plus  formant 
une  légère  inflexion.  On  ne  peut  admettre  qu'un  grand  nombre  d'observateurs, 
M.  Schiaparelli  inclusivement,  aient  mal  vu  pendant  d'innombrables  fois  une  des 
lignes  les  plus  faciles  et  les  plus  importantes  de  la  planète.  Je  crois  donc  que 
les  côtes  occidentales  de  l'Aéria  ont  subi  d'importants  cliangements. 

11  octobre.  —  Diamètre  =  "21", 7.  De  0''ir)'"  à  11'' 15™.  Bonne  définition.  Aussi- 
tôt que  j'ai  appliiiué  l'œil  à  la  lunette,  j'ai  vu  avec  surprise  une  tache  très  foncée, 
presque  noire,  dans  une  latitude  élevée.  C'était  le  golfe  de  Prométhée,  à  l'em- 
bouchure australe  du  .Xanthus.  Jamais  je  n'avais  vu  une  tache  aussi  foncée  sur 
le  disque  de  .Mars.  Llle  se  termine  eu  pointe  effilée  dans  le  canal,  en  dessinant 


.1.    COMAS    \    H  VUC.Hl.ONK.  229 

nettement  les  côtes  de  l'Aiisonia  et  do  l'Eridania.  On  voyait  facilement  le 
Xantlius:  à  droite  de  ce  canal  ('tait  visible  une  t;ninde  nwsse  claire,  divisée  en 
trois  parties  :  la  région  australe  de  l'Ausouia;  rHellas,  pai i'aitemeut  séparée  de 
l'Ausonia  par  l'Euripe,  et,  ;\  la  partie  supérieure,  une  ile  allongée.  L'Hellas  et 
l'Ausonia  étaient  orangées;  l'île,  blanchâtre.  Cette  île  n'est  pas  représentée  dans 
les  cartes  do  Mars.  C'est  peut-ctre  une  masse  de  nuages  (')'' 

Le  disque  était,  en  général,  très  pauvre  de  détails.  I/lIespérie  était,  néan- 
moins, bien  visible;  la  mer  Cimmérienne,  très  faible.  Neiges  polaires  très  peu 
brillantes;  toujours  sans  bordure  foncée. 

Le  lendemain,  j'ai  pu  proflter  des  éclaircies  pour  observer  le  golfe  de  r'romé- 
thée.  L'image  était  meilleure  que  le  11.  On  voyait  les  côtes  australes  de  l'Eri- 
dania bordées  par  une  étroite  bande  assez  foncée,  mais  le  golfe  de  Prométhée 
était  retourné  à  son  état  normal  ou  à  peu  près.  L'île  signalée  hier  au  sud  de  l'Hel- 
lade  est  remplacée  aujuurilhui  par  uue  masse  plus  grande,  moins  claire  et  diffuse. 

13  octobre.  —  De  '.i''!.")"'  à  11'', 30"'.  Dianiètro  =  21", 7.  Image  absolument  par- 
faite.  Le  golfe  de  Prométhée  est  de   nouveau  très  foncé,  mais  seulement  à  la 


Fig.  Isl.  —  Dessin  de  M.  J.  Coiii.-is.  a  Barcel.jue.  13  oetoin-e  à  9'' 31". 

pointe.  Grands  changements  dans  ces  régions  méritlionali'S.  L'examen  du  dessin 
d'aujourd'hui  m'évitera  de  longues  descriptions.  Ces  taehos  blanches  d'aspect 
bizarre  qu'on  voit  dans  l'hémisphère  austral  sont  sûrement  des  masses  nuageuses 
qui  couvrent  une  partie  de  l'Ausonia,  l'Electris  et  l'Eridania.  Les  bords  de  ces 
taches  sont  très  foncés,  surtout  les  austraux.  A  gaucho  on  voit  le  Scamandre;  le 
Xanthus  est  invisible.  .Je  n'ai  lUi  apercevoir  la  moindre  tache  polaire  pendant 
mon  observation. 

(')  Nous  avons  fait  la  même  observation  à  Juvisy,  le  lu  oci'ibre  et  les  soirées  sui- 
vantes. Voir  plus  haut.  [•.  îiij. 


230  LA  PLANÈTE  MARS.  1894 

Près  du  pule  étaient  visibles  seulement  quelques  petites  taches  blanchâtres, 
probablement  les  iles  de  Thulé  ou  bien  de  légers  nuages.  La  mer  Chronium  est 
assez  foncée,  de  même  que  la  uier  Tyrrhénienne;  ia  mer  Cimmérienne  est 
plus  pâle,  mais  plus  foncée  qu'hier.  .\  droite,  la  Grande  Syrte;  on  distingue  le 
lac  Mœris  et  le  Népenthès.  Vers  H''  étaient  visibles  Œnotria  etJapygia.  La 
Libye  est  foncée  et  aussi  l'Hespérie  quand  elles  passent  vers  le  méridien  cen- 
tral; mais,  près  du  bord,  elles  sont  plus  brillantes,  surtout  l'Hespérie. 

La  partie  supérieure  du  Léthé  est  très  visible;  elle  est  large  et  estompée.  A 
l'intersection  du  Léthé  et  du  Triton  il  y  a  une  tache  foncée  et  diffuse. 

En  bas  on  voit  des  ombres  vagues,  la  plus  forte  produite  sûrement  par 
l'Hephîestus. 

On  voit  qu'entre  des  mains  habiles  et  expérimentées,  pour  un  observa- 
teur méthodique  et  attentif,  un  instrument  de  lUS'""  peut  donner  d'excel- 
h^nts  résultats.  Les  nuages  des  11,  12  et  13  octobre  sont  confirmés  par  nos 
observations  et  par  celles  de  M.  Stanley  Williams;  le  lac  du  Phénix,  si 
petit  ('),  a  été  remarqué  également  à  l'Observatoire  de  la  Société  .\slro- 
nomi([ue  de  France  par  MM.  Quénisset  et  Jarson  (voir  plus  loinl  ;  le  lac 
Mieris  el  le  Népenthès  ont  été  vus  le  13  octobre.  Les  variations  de  la 
transparence  atmosphérique  terrestre  n'expliquent  rien  du  tout.  11  est  vrai- 
lupiit  singulier  que  l'on  aperçoive,  en  de  petits  instruments,  des  détails 
qui  passent  parfois  inaperçus  dans  les  grands. 

Les  contrastes  de  tons  sont  certainement  très  variables  dans  la  géogra- 
phie martienne. 

Les  yeux  sont  diversement  affectés.  Comparons  le  dessin  du  7  octobre 
avec  les  fiy.  178  el  179  prises  le  même  jour  :  sur  la  rive  droite  de  la  mer  du 
Sablier,  M.  Stanley  \\'illiaius  n'a  vu  aucune  boursouflure;  M.  Brenner  en  a 
dessiné  une  légère,  et  M.  Comas  une  très  birle.  Sont-ce  vraiment  là  des 
variations  'r* 


ce.  —  OnsERv.\TiONS  DE  M.\ns,  faites  ex  mai  et  .lUiN  1S94, 

AU    GRAND  TÉLESCOPE   DE    MELBOURNE   ('-). 

Ce  colossal  inslrument  !  I'",'i0  de  diamètre^  arme  d'un  grossissement  de 
280,  n'a  vraiment  rien  donné  de  remarquable. 

M.  Ellery,  directeur  de  l'Observatoire  de  Melbouriu;,  a  publié  cinq  dcs- 

(')  Le  petit  lac  du  Phénix  se  montre  également  très  noir  sur  deu.x  dessins  des  15  et 
17  août  I8'.)2  do  M.  Campbell  à  l'Observatoire  Lick  (Pulilicaliuns  of  the  Astr.  Society 
iif  I\icijir,  IsO'i,  p.  !G9).  Voir  aussi  plus  liaut,  p.  IS  et  73. 

(■')  Tlie  Ashiiiiuinical  JuitriKil.  IS'J.'i,  p.  -'û.] 


OBSKUVATOIIU-:    DK    MI-LBOURM-. 


Î31 


sins,  faits  par  M.  Pietro  Baracclii.  Ils  sont  tous  très  vagues.  Nous  l'cprodui- 
sons  les  deux  sur  lescjucls  ou  distingue  quel(|ue  chose,  ceux  du  "29  mai, 
à  5''50°'  du  uiatin  (hcun'  de  Mi-lbournel,  et  du  .'id  mai,  à  0''  15'".  La  phase 
est  très  pronoucèe.  La  planète  était  alors  très  éloignée  cl  très  petite.  Ce 
sont,  du  reste,  les  premières  observations  (luel'cui  ait  failes  cette  année-là. 


i'J  mai,  â  i".'.ll"'  matiu. 
Loû;;.  =  87». 


M  a. ai,  à  u''  l^j"  maliu. 
Loni».  =  83°. 


Fig.  IS'^-ISî.  —  Vues  de  Mars  prises  .tu  srand  télesi-.iipe  île  l'ObscrvaKiire  de  Melliourne 

par  M.  Baracchi. 

La  calotte  polaire  australe  est  très  étendue.  Sur  le  second  dessin,  elle 
semble  avoir  une  double  bordure. 

Ces  observations  ne  sont  pas  faites  pour  prouver  la  supériorité  des  grands 
instruments. 

Toutefois,  elles  montrent  deux  aspects  importants  :  1°  la  neige  polaire 
est  toujours  bordée  d'une  zone  foncée;  "2"  le  termina  leur,  du  côti'  de  la 
phase,  est  moins  lumineux  (jue  le  bord  opposé. 


CCL 


A.-E.  DouGL.\ss.  —  Nuages  sur  >LiKs  i'). 


Nous  avons  déjà  signalé  plus  d'une  fois  dans  cet  Ouvrage  les  observations 
faites  sur  des  projections  brillantes  apparues  au  bord  du  terminateur  de  la 
planète.  M.  Douglass  est  revenu  sur  ce  sujet  à  propos  d'observations 
nouvelles. 

Les  Î5  et  "26  novembre  1S94,  on  a  observé  une  tache  brillante  sur  la  partie  non 
illuminée  du  globe  de  Mars,  qui  ne  paraît  pas  avoir  d'autre  explication  que  la 


[')  A  cloud-like  spot  on   tlie  terminator  of  Marx   ^Tlte  astrophy.sical  Journal, 
1895,  t.  1.  p.  127). 


232  LA  PLANÈTE  MARS,  18'.14 

présence  d'un  grand  nuage.  Sa  liante  ('dévation  et  les  singulières  fluctuations  qui 
se  sont  présentées  le  second  soir  lui  donnent  une  certaine  importance  pour  la 
connaissance  de  la  météorologie  martienne. 

Il  était  1  ()'' .'i.i"',  en  temps  de  Greenwicli,  lorsque  M.  Douglass  l'aperçut,  et  il 
brilla  jusqu'à  17''i;"'  a|ircs  s'être  étendu  dans  une  direction  parallèle  au  termina- 
teur.  11  offrait  l'aspect  d'une  bande  de  225  kilomètres  de  longueur  sur  64  kilomètres 
de  largeur  vers  le  milieu,  et  était  séparé  du  terminateur  par  un  intervalle  d'en- 
viron 1(10  kilomètres.  Sa  coloration  était  jaunâtre,  comme  celle  du  limbe,  mais 
il  était  moins  éclatant  que  le  centre  du  disque,  quoique  plus  brillant  que  le  termi- 
nateur adjacent,  à  peu  près  de  l'intensité  des  aires  lumineuses  situées  à  9°  du 
terminateur. 

A  lC''."i'i>",  M.  l'ickering  l'observa  de  son  côté.  '• 

Il  disparut  à  17 ''G'"  et  ne  reparut  plus. 

Ce  n'était  pas  un  sommet  de  montagne,  car  une  montagne  située  au  delà  du 
cercle  du  lever  du  Soleil  doit  ou  décroître  constamment  en  hauteur  ou  se  réunir 
assez  vite  à  la  région  illuminée. 

Ce  phénomène  s'est  présenté  au-dessus  de  la  contrée  australe  de  l'ile  Regio 
Protei  de  Schiaparelli,  que  M.  Douglass  croit  placée  5°  trop  au  sud. 

Le  lendemain  2(1  novembre,  le  nuage  reparut  à  ITtlO"',  à  'J"  plus  au  nord.  Au 
lieu  de  rester  constamment  visible,  il  disparut  et  reparut  à  des  intervalles  irré- 
guliers. Ou  l'observa  d'abord  pendant  16  minutes.  Il  devint  invisible  pendant 
4  minutes,  reparut  un  instant,  disparut  pendant  6  minutes  et  fut  encore  revu 
pendant  2  minutes.  On  nota  ensuite  3  minutes  d'iuN  isibilité,  2  minutes  de  visibi- 
lité, 3  minutes  d'obscur,!  minute  de  présence,  et  une  disparition  fuiale  8  minutes 
plus  tard,  à  IS""!"'.  On  crut  encore  le  revoir  à  I8''ll"'. 

l'Jtait-ce  bien  un  nuage'? 

Le  27  novembre,  on  le  rechercha  sans  pouvoir  en  découvrir  aucune  trace. 

Les  mesures  micrométriques  indiquent  32  kilomètres  pour  la  hauteur  de  cet 
objet  au-dessus  du  sol,  si  c'était  un  nuage  éclairé  par  le  soleil. 

S'il  s'agit  là  d'un  nuage  visible  ces  deux  jours  de  suite,  il  se  serait  mû  vers  le 
nord  au  taux  de  21  kilomètres  à  l'heure. 

Observatoire  Lowell,  10  ilécemhre  lSt)4. 

CCII.  —   U.-K.    Ca.MMELL.  —  ll.^PPOIlT  DE  LA  SECTION  AUÉOfillAPHIQLE 
nu    I.A   HUITISH  ASTRONOMICAL  ASSOCIATION. 

Ce,  Mémoire  contient  le  résultat  des  observations  faites  par  JIM.  E.  .-Vnto- 
niadi.  .1.  llaikie,  G.-L.  lirnwii,  li.-E.  Canmiell,  .V.  riollam,  G. -T.  Davis, 
II.  Milis,  \.  Ilcndersoii,  l'.-\l.  Krinpllninn',  li.-AW  MaundiM',  .l.-W.  Meares, 
Arthur  Mee,  Capitaine  Noble.  I)''  l'atlerson,  tl.  Hoiierls,  1!.  Saul,  D"'  Smart, 
W.-C.  Siewarl,  ('..A.  Taylor,  W.-li.  Wangli,  Slanley  A\illianis  el  .I.-T.  Wood. 


BRllISIl   ASTRONOMIC.AL  ASSOCIATION. 


233 


La  comparaison  des  divers  dessins  oliteniis  par  ces  observateurs  fait  ressortir 
la  grande  exactitude  des  cartes  de  M.  Schiaparelli.  Il  y  a  eu,  cependant,  plusieurs 
changements  remarquables.  Ainsi,  la  Petite  Syrto  s'est  montrée  d'une  évi- 
dence extraordinaire,  grâce  surtout  à  l'intensité  du  canal  Anienthès.  D'après 
M.  Stanley  Williams,  ce  canal  était  double,  à  géniination  dite  anomale,  les  deux 
traits  ne  s'étanl  pas  montrés  parallèles,  mais  bien  convergents  dans'Ia  direction 
du  \ord.  Toutefois,  le   dessin  qu'on  a  ilnnné  M.  \\'illi;uus  (/)'{/.    184)  nous  parait 


Fig.  1S4.  —  Gemiiiatiun  irrégulicre  du  canal  .\iuentliés  ea  oclobre  IS'Jl, 
d'après  M.  Stanley  Williams. 

fortement  exagérer  l'intensité  de  l'iVmenthès,  qui,  certes,  quoique  considérable 
(nous  avons  observé  en  ce  moment-là  cette  région  de  la  planète  avec  M.  Trou- 
velot  dans  des  conditions  très  avantageuses),  était  loin  de  dépasser  en  noirceur 
la  Grande  Syrte  elle-même. 

A  la  présentation  suivante  de  la  Petite  Syrte,  en  novembre,  r.Vmentbès  était 
retombé  dans  sa  pâleur  babituelle.  tout   en  conservant  encore  des  traces   de 


Fig.  IS5.  —  Gémination  dujlac  de  la  Lune  le  5  novembre  ISOi. 
Dessin  de    M.   Stanlev  Williams. 


dédoublement.  «  En  considérant  la  cause  probable  de  changements  aussi  extra- 
ordinaires, écrit  M.  Williams,  il  est  important  de  considérer  qu'en  octobre,  au 
moment  des  modifications,  toute  la  région  à  l'est  de  la  Petite  Syrte  était  évi- 
demment plus  ou  moins  obscurcie  par  des  nuages.  Et,  ainsi  que  l'a  fait  remar- 
quer M.  Maunder,  la  présence  de  nuages  peut  facilement  amener  des  change- 
ments ajijjarents,  par  la  seule  modification  des  contrastes,  tandis  qu'en  novembre, 
au  moment  de  la  disparition  des  nuages  de  cette  partie  de  la  planète,  la  région 


234  LA  PLANETE  MARS.  1894 

avûisinant  la  Petite  Syrte  avait  aussi  repris  en  grande  mesure  son  aspect  habi- 
tuel. » 

M.  Williams  décrit  ensuite  le  dédoublement  du  Gange,  de  l'IIydraotes  et  du 
Chrysorrhoas.  Ou  sait  que  ces  trois  canaux  aboutissent  au  lac  de  la  Lune  ;  or, 
eu  égard  à  cette  triple  gémination,  il  était  intéressant  de  constater  quel  serait 
l'aspect  de  ce  dernier.  Bien  que  le  Gange  fût  de  beaucoup  le  plus  intense  de  ces 
trois  lignes,  le  lac  de  la  Lune  était  double  suivant  la  direction  de  l'Hydraotes- 
Nilus,  ainsi  qu'on  le  voit  sur  la  figure  185. 

Les  canaux  Agathoda-mon,  Araxe,  Cyclops  et  Cerbère,  Eumenides-Orcus, 
Eunostos,  Gehon  et  Titan  ont  été  aussi  vus  doublés  par  M.  Stanley  Williams 
pendant  cette  opposition. 

M.  Ilenderson  a  cru  constater  des  changements  rapides  dans  l'aspect  du  lac 
du  Soleil,  changements  dont  la  réalité,  cependant,  est  loin  d'être  établie.  Une 
modification  plus  sûre  a  été  signalée  par  M.  Antoniadi  dans  le  golfe  Aonius 
{voir  p.  208),  terre  en  forme  d'éventail.  De  même,  la  Péninsule,  autrefois  si 
belle,  r.Vurea  Ghersonesus  avait  presque  disparu  dans  les  sombres  plages  du 
golfe  de  l'Aurore. 

Un  grand  nombre  d'observateurs  attirent  l'attention  sur  la  pâleur  de  la  mer 
Cimmérienne  en  octobre  1891.  Nous  avons  déjà  fait  allusion  à  ce  phéno- 
mène. 

Enfin,  les  membres  de  la  Commission  ont  observé,  en  1894,  les  .jl  canaux 
suivants  :  ^Ethiops,  Agathodœmon,  Alphée,  Ambrosia,  Amenthès,  Anubis, 
Araxe,  Astaboras,  Astapus,  Astusapes,  Cerbère,  Chrysorrhoas,  Cyclops,  Dar- 
danus,  Deuteronilus,  Eosphoros,  Eumenides,  Eunostos,  Euphrate,  Euripe, 
Fortunœ,  Gange,  Gehon,  Gigas,  Herculis-Columnaj,  Hiddekel,  Hydaspes, 
Ilydraotes,  Inilus,  Iris,  Jamuna,  Lethes,  Lœstrygon,  Nectar,  Nepenthes,  Orcus, 
Uronte,  Oxus,  (^enée,  Phase,  Phison,  Phlegethou,  Pyriphlegethon,  Sirenius, 
Tartare,  Thoth,  Titan,  Triton,  Typhon,  Uranius  et  Xanthus. 

M.  Waugh  a  remarqué  que  l'embouchure  du  Typhouius  sur  la  Grande  Syrte 
était  très  marquée,  et  le  même  fait  est  signalé  par  M.  Wood. 

Le  phénomène  des  terres  qui  blanchissent  avec  l'obliquité  des  rayons  solaires 
a  été  vu  admirablement  par  plusieurs  membres  de  la  Commission.  Les  terres  de 
Noachis,  Argyre  I  et  Ilellas  ont  été  particulièrement  remarquables  à  cet  égard. 
M.  Waugh  a  observé  plusieurs  taches  blanches  sur  la  surface  de  Mars  :  1"  vers 
l'extrémité  suivante  d'.\rgyre;  2°  vers  les  confins  septentrionaux  de  Chryse; 
3°  deux  taches  brillantes  observées  vers  65°  et  50°  de  latitude  sud  dans  la  soirée 
(lu  \"  janvier  1895;  et  4°  une  tache  blanche  située  vers  l'extrémité  suivante 
de  Thyle  I.  D'autre  part,  M.  Henderson  a  cru  revoir  la  Neige  atlantique  de 
M.  Schiaparelli  {voir  'Vol.  I,  p.  306,  329,  332  et  441),  le  4  septembre  1894.  Le 
même  observateur  a  constaté  que  parfois  des  taches  blanchâtres  voilent  les 
détails  de  la  surface  de  la  planète. 

La  calotte  polaire  australe  a  fondu  régulièrement  depuis  le  commencement  des 


liUniSll    ASTIUINDMIC.AI.    ASSOCIATION.  ?35 

observations  jusqu'en  novembre.  Elle  na  plus  étt'>  visible,  à  partir  d'octobre,  que 
dans  des  cirooni^tatioes  exceptionnelles. 


A.   -27  s<'ptembre.     I.oni:.    =:j7<i°  (lï.-I-;.  C.iintncUl. 

lî.   19  septembre,     Long.   ^  lî)4«  (Staiiley  Willùinis  ) . 

C.  9  octolire  . . .     Long.   =  30.1°  (G.-L.  lîr.Avnl. 

D.  in^iioàt] Long.    =  SIS"  |K.-\V.  Maumler). 

Fi?.  l.S6-l^9.  —  Dessin?^  'le   Mar.s  en  1S94  par  les  ^lembres  de^la  Britisli  Astronomirnl  .Xss'iciation. 

Comme  pi )ur  180'2,  nou?  choisissons   ici  ijiuitro  iles^iirincipMux   dessins 
de  la  section  aréographique  obtenus  par  [divers  observateurs. 


CCIII.    —   0BSEliV.\T10.\S    DIVERSES. 

Un  certain  nombre  d'autres  observations  ont  été  faites  en  180-1.  A  l'Obser- 
vatoire de  la  Société  astronomique  de  France,  MM.  .larsoii  et  IQuénisset  ont 
pu  prendre  plusieurs  dessins  fort  intéressants  à  l'aide  de  la  lunette  de  U"  17 


236 


LA  PLANÈTE   MARS. 


1894 


d'ouverture.  Sur  les  dessins  de  M.  .larson  on  reconnaît  le  Tartare.  le  Titan, 
le  lac  iMœris.  Ilellas  très  blanche  (28  juillet). 

M.  Quénisset  a  pu  reconnaître,  en  outre,  Agalhoda'mon,  Pliasis,  Sireiiiiis, 
Euniénides,  Pyriphlégélon,  les  colonnes  d'Hercule,  Gigas  et  Arax.  Le  20  sep- 
tembre, par  une  e.xcellenle  délinition,  le  lac  du  Soleil  et  le  lac  du  Phénix 
étaient  reniar(iualilfnieul  noirs. 

M.  Budanx,  à  Donville  (Manche),  a  pris  un  certain  nombre  de  dessins  qui 
s'accordent  avec  les  précédents. 

Nous  avons  déjà  appelé  plus  haut  l'attention  sur  la  visibilité  remarquable 
du  ]ietit  lac  du  Phénix  dans  les  observations  de  M.  (lomas  faites  avec  une 
simple  lunette  de  108.  M.  Lowell  rapporte,  d'autre  part  [Astrophysical  .lournal, 
1895,  p.  399),  que  ce  lac  était  Iieaucoup  plus  foncé  à  la  fin  d'aoùl,  à 
l'époque  du  solstice  d'été  austral,  qu'au  mois  de  novembre. 

A  Teramo  (Italie),  M.  CeruUi  a  remarqué  le  30  août  une  région  extrême- 
ment Idanche  au  liord  Iwrcal,  correspondant  à  la  partie  la  plus  septentrionale 


VVA 


Mars  le  V)  seiHcuibre  ISUl,  a  If^O"  soir  (Dessin  de  i\I.  Ouiuisset). 


lie  la  mer  Ariilalionnc,  alors  invisilile.  ("i'Ile  lilancheura  été  vue  tr(.iis  jours 
desuili.',  puisa  disparu.  L'observateur  l'altiibue  à  des  neiges  qui  se  seraient 
iormées  eu  hiver  jusqu'au  50'^'  degré  de  latitude  nord,  entre  30  et  40  degrés 
de  longitude. 

A  l'Observatoire  de  Poulkowo,  M.  A.  Iwanow  a  profité  de  l'opposition 
de  1894  pour  prendre  de  nouvelles  mesures  du  diamètre  de  la  planète.  11  a 
trouvé  pour  ce  diamètre,  réduit  à  l'unité  il'.'  distance,  la  \aleur  10"0  ('). 

On  a  vu  plus  haut  (CXCII)  les  observations  de  M.  Bai'iiard,  nu  grand  équa- 
lorial  de  l'Observatoire  Lick,  sur  les  neiges  polaires.  Ajoutons  ici  que,  dans 
une  Note  postérieuj-e  (-),  il  a  donné  son  impression  sur  les  mers  martiennes, 

(')  Iii'oh:ii-liliiii(ien  lies  Mars  {Asir.  A'aclir.,  .'iiS'i,  -i'i  avril  189o). 

(M  Muiitlily  Notices  of  ihe  roijal  As!roiiomieal  Society,  janvier  1896,  p.  IfiG, 


i:  -\V.   MAUNDKIÎ.  —    LES   CANAUX.  237 

vues  dans  ce  colossal  instrument.  Elles  ressemblent  pour  lui  à  des  jiaysages 
vus  de  très  haut,  par  exemiile  à  la  vue  dont  on  jouit  ilu  haut  du  mont 
Hamilton.  Au  lieu  d'être  des  surfaces  unies, ces  «  mers  »  paraissent  sillonnées 
d'innombrables  détails  impossibles  à  rendre  par  le  dessin,  tons  divers  pro- 
venant des  forêts,  des  vallées,  des  rochers,  des  ravins,  des  prairies.  «  Thèse 
views,  dit-il,  were  extremely  suggestive  and  impressive.  » 

Le  plus  curieux  est  que  l'éminent  observateur  déclare  n'avoir  pu  recon- 
naître un  seul  canal.  «  No  straight  hard  sharp  Unes  were  seen  on  thc  conti- 
nents, such  as  hâve  been  shown  in  the  average  drawings  of  récent  years.  » 

CCIV.  —  E.-W.  Maundeii.  —  Les  canaux  de  >Lars  ('). 

L'auteur  commence  par  rappeler  qu'il  y  a  dix-sept  ans  nos  connaissances 
aréographiques  semblaient  être  dans  un  état  des  plus  satisfaisants,  car, 
avec  ses  glaces  polaires,  ses  mers  et  ses  nuages.  Mars  nous  olfrait  l'aspect 
d'une  miniature  de  la  Terre.  Cependant,  cette  quiétude  a  été  complètement 
dérangée  par^la  découverte  des  canaux,  faite  par  M.  Schiaparelli  en  1877. 
Les  résultats  de  l'astronome  italien  ont  d'abord  été  révoqués  en  doute  ; 
mais,  depuis  cette  époque,  ils  ont  reçu  des  confirmations  si  solides  qu'un 
ne  saurait  aujourd'hui  nier  le  fait  que  ilars  olfre  bien  l'aspect  sous  lequel 
il  a  été  représenté  par  l'observateur  de  Milan. 

Néanmoins,  l'évidence  positive  n'a  pas  démoli  l'évidence  négative,  de 
sorte  qu'elles  se  maintiennent  toujours  toutes  deux.  On  poiu-rait  donc 
dresser  contre  la  réalité  objective  des  canaux  le  réquisitoire  suivant  : 

1"  Leur  extrême  étroitesse,  qui  approche  les  limites  de  la  visibiUté  théorique, 
même  lorsque  Mars  est  à  sa  distance  miiiiinuin  de  la  Terre,  .\insi,  certains 
canaux  ne  mesurent  pas  plus  de  U", 04  ou  0",Û.j  de  largeur; 

i"  La  distance  ne  semble  pas  nuire  à  la  visibilité  des  lignes.  En  1S77,  l'Indus 
a  été  vu  le  mieux  lorsque  la  planète  ne   sous-tendait  plus  que  5", 7  de  diamètre; 

3°  L'immense  différence  entre  les  descriptions  des  divers  observateurs. 
Lorsque,  eu  1890,  M.  Schiaparelli  voyait  des  canaux  de  Û", Oi,  -MM.  Ilokleu  et 
Keeler  apercevaient  ces  lignes  comme  si  elles  étaient  larges  et  dill'uses.  Il  ne 
saurait  donc  exister  de  comparaison  entre  ces  deux  représentations  de  formes 
qui  devraient  être  les  mêmes  ; 

4»  La  grandeur  et  la  soudaineté  des  changements  remarqués  dans  le  systène 
de  canaux  et  leurs  géminations; 

5"  Dans  le  voisinage  du  bord  du  disque,  on  a  une  tendance  à  représenter 
les  canaux  trop  droits  ; 

(')  Knowledge,  novembre  1894;  Résumé. 


23S  I  A    PLANÈTE   MARS.  ^894 

(i»  Enfin,  on  pourrait  ajouter  que.  lorsque  les  canaux  étaient  très  visibles 
pour  certains  observateurs,  la  planète  n'offrait  rien  de  particulier  à  d'autres 
astronomes. 

Ces  divergences  sont  imputables,  en  partie,  aux  (litïi'rences  de  calme  et  de 
transparence  atmosphérique,  à  la  puissance  des  inslrumonts  et  à  la  vue  des 
observateurs.  En  18'.i'^.  par  exemple,  la  mer  Erythrée  paraissait  dépourvue  de 
di'tails  avec  de  faibles  instruments,  et  parsemée  de  tons  et  demi-tons,  lorsque 
les  conditions  optiques  étaient  bonnes. 

«  Ainsi,  dans  l'Ouvrage  sur  Mars  de  Flammarion,  on  trouve  une  série  de 
représentations  du  détroit  Herschel  II.  En  premier  lieu,  par  ordre  de  date, 
viennent  les  dessins  do  Béer  et  Mrcdler  de  18.30.  où  nous  voyons  le  détroit 
{fig.  1),  non  pas  comme  un  détroit,  mais  comme  un  chenal  en  forme  de  serpent 
et  se  terminant  par  une  tache  ronde  sombre.  En  18Ci-2,  Lockyer,  ( /a  Planète 
Mari,  p.  l.'i.j)  dessine  la  tacln»  terminus  comme  un  rectangle.  Pendant  cotte 
même  année.  Kaiser  donne  au  bord  septentrional  de  cette  tache  rectangulaire 
un  aspect  estompé,  comme  s'il  soupçonnait  la  présence  des  deux  «  estuaires  » 
{ibid.,  p.  174).  En  18fi4  (premier  dessin  de  la  ftg.  2),  Dawes  résout  cette  tache 
en  la  baie  aujourd'hui  bien  connue  sous  le  ntim  de  Fo)irchue  ou  Baie  du  Méri- 
dien. En  1879,  Schiaparelli  (Flammarion,  Mars,  p.  33G)  retrouve  les  canaux 
dirigés  vers  les  doux  liras  de  la  baie  Fourchue.  » 

Ce  sont  ijicn  là  des  différences  dues  à  l'amiMidration  de  la  vision.  Ces  intéres- 
santes comparaisons  ont  amené  ,M.  Maunder  à  expérimenter  sur  la  visibilité  de 
lignes  très  fines  et  de  petites  taches  circulaires.  Il  a  ainsi  trouvé,  pour  sa  vue, 
iiue  la  limite  de  vision  dune  tache  ronile  était  de  30"  à  SG"  d'ai'c.  Une  tache  de 
20"  était  invisible  ;  une  de  'lO",  distincte.  Mais,  ce  qui  est  très  intéressant,  c'est 
que  la  limite  pour  une  ligne  droite  était  aussi  basse  que  7"  ou  8",  12"  étant 
facile.  De  plus,  une  paire  de  lignes,  dont  chacune  n'avait  que  4",  et  dont  la  dis- 
tance séparatrice  n'était  tpie  de  20",  était  visible  conmie  une  faible  ligne  simple; 
deux  lignes,  môme  de  3",  se  rencontrant  sous  un  angle  très  aigu,  étaient 
visibles  après  que  leur  séparation  eut  été  diminuée  au-dessous  de  25".  Dans  chaque 
cas,  l'objet  était  incontestablement  distingué  et  paraissait  comme  une  ligne  ou 
un  point;  il  n'était,  certes,  pas  défini,  de  façon  à  monti'er  réellement  sa  véri- 
talile  forme. 

D'autre  |)arl,  un  chapelet,  com])iisc''  de  points  de  20"  chacun.  disjKjsés  irré- 
gulièrement le  bing  d'une  droite,  la  distance  moyenne  entre  deux  jioints  étant 
trois  fois  supérieure  an  diamètre  de  l'un  d  eux,  le  chapelet,  disons-nous,  a  été 
facilement  vu  comme  une  ligne  droite  continue,  tandis  qu'un  double  chapelet  de 
points  plus  petits,  chacun  do  4"  de  diamètre,  et  les  chapelets  étant  distants  de 
40",  a  été  aperçu  comme  une  faible  ligne  continue. 

Ces  expériences  paraissent  i"!  M.  .Mainider  avoir  une  apjdicatiou  directe  aux 
changements  observés  sur  Mars. 

«  Si  ce  que  nuus  vuyons,  dit-il,  nost  pas  la  structure   réelle  détaillée  de  la 


MAINDKK.    lldl.T.   —   LKS    CANAl'X.  239 

surface  de  la  planète;  si,  surtout  clans  la  rdiiion  des  demi-tons,  nous  avons  un 
mélange  de  petites  surfaces  sombres  et  claires  (eaux  et  terres,  forets  et  rochers 
arides,  prairies  ou  déserts  de  sable),  il  est  facile  do  voir  comment  d'immenses 
changements  peuvent  se  produire  dans  un  intervalle  do  temps  très  court.  Ce 
que  nous  voyons  est  une  tache  grisâtre,  en  contraste  avec  des  taches  sombres 
un  peu  plus  foncées  qu'elle-même,  et  avec  des  taches  claires  un  peu  plus  claires. 
Ce  qu'il  faut  à  l'observateur  n'est  donc  pas  tellement  l'acuité  de  vue  pour  per- 
cevoir des  détails  délicats  que  la  faculté  d'apprécier  de  faibles  différences  de 
tons.  Et  la  formation  ou  la  dissipation  de  légers  cirrus  au-dessus  d'un  demi-ton 
de  ce  genre  le  rendrait  semblable  aux  «  cdutinents  »  ou  aux  «  mers  <>,  suivant  le 
cas.  » 

M.  Maunder  pense  avec  raison  que  ses  expériences  jettent  une  nouvelle 
lumière  sur  le  système  des  canaux.  «  Ainsi  l'on  verra  une  ligne  sombre  étroite 
lorsque  sa  largeur  est  bien  inférieure  au  diamètre  de  la  plus  petite  tache  visible. 
De  plus,  une  série  de  points  détachés  donnera  l'impression  d'une  ligne  conti- 
nue, si  les  points  sont  trop  petits  ou  troji  rapprochés  pour  être  vus  séparément. 
Il  y  a  quelques  indications  nous  montrant  que  la  question  des  canaux  pourrait 
bien  entrer  dans  cette  phase,  depuis  que  >I.  Gale,  à  Paddington  (Xouvelle- 
Galles  du  Sud),  a  résolu  un  canal  en  une  chaîne  de  lacs  pemlant  une  nuit  de 
bonne  définition,  Mars  étant  voisin  du  zénith,  et  que  M.  W.-H.  Pickering  (à 
Aréquipa)  a,  dans  des  conditions  également  fa\orables,  découvert  un  grand 
nombre  de  petits  «  lacs  »  dans  la  structure  générale  du  réseau  canaliforme.  » 

«  La  disparition,  la  rêajiparition  et  la  gêmiuation  des  «  canaux  »  s'explique- 
raient ainsi  sans  elTort.  Si  ma  théorie  est  exacte,  «  canaux  »  et  géminations  sont 
toujours  là,  mais  étant  si  près  de  la  limite  de  la  vision,  une  circonstance  insi- 
gnifiante nous  les  fera  voir  ou  les  fera  disparaître.  Si  nous  admettons  que  les 
»  canaux  »  sont  des  cours  d'eau,  alors  im  accroissement  de  largeur  non  supé- 
rieur à  celui  de  nos  propres  fleuves,  un  accroissement  de  turbidité  ou  une  plus 
grande  transparence  atmosphérique  au-dessus  d'un  &  canal  »  montrera  nettement 
une  ligne  ordinairement  invisible.  » 

M.  Maunder  termine  son  article  en  insistant  sur  ce  fait  ijue  ce  que  nous 
voyons  des  planètes  ne  peut  pas  être  considéré  comme  représentant  la 
structure  détaillée  de  la  réalité. 


CCV.  —  HoLT.  —  Les  c.anaix  de  Mars. 

La  Note  suivante,  que  nous  avons  reçue  pendant  l'opposition  de   1894, 
mérite  considération. 

Une  opinion  très  répandue  sur  les  canaux  de  Mars  est  que  ce  sont  des  cro- 


î'iO  LA  PLVNÈTE  MARS.  1894 

vasses  à  la  surface  de  la  plauèto,  produites  dans  la  croûte  à  l'e'poque  où  Mars 
passait  de  l'état  liquide  à  l'état  solide  ;  ils  seraient  par  conséquent  plus  anciens 
que  les  mers.  D'un  autre  côté,  quelques  astronomes  les  considèrent  comme  artifi- 
ciels, les  habitants  ayant  pu  rectifier  les  rivières  et  creuser  d'autres  canaux,  pro- 
bablement dans  un  but  d'irrigation.  Les  autres  hypothèses  émises  sont  encore 
que  ce  pourraient  être  des  sillons  tracés  :  1°  jiar  des  aérolithes,  ou  2"  par  des 
marées.  Discutons  ces  hypothèses. 

Si  les  canaux  étaient  des  failles  préexistantes  aux  mers  actuelles,  nous  devrions 
nous  attendre  à  ce  que  quelques-uns  des  plus  longs  se  continuent  jusque  dans  les 
mers  :  ils  seraient  eu  général  invisibles  en  traversant  les  mers,  mais  devraient 
reparaître  sur  des  iles  ou  des  surfaces  continentales.  Sur  ces  dernières,  ils 
devraient  se  montrer  comme  faisant  suite  aux  failles  originales.  Il  devrait  même 
être  jiossible,  en  des  circonstances  très  favorables,  de  suivre  les  canaux  sur  le 
fond  de.s  mers  les  moins  profondes.  D'autre  part,  s'ils  résultaient  de  la  rectifica- 
tion des  fleuves,  tout  prolongement  de  ce  genre  devrait  être  simplement  acci- 
dentel. 

Par  suite,  si  l'on  observe  de  pareils  prolongements  en  trop  grand  nombre  pour 
qu'cui  puisse  les  attribuer  à  uue  coïncidence  fortuite,  ce  fait  constituera  une  évi- 
dence en  faveur  de  l'hypothèse  des  crevasses  géologiques. 

Or,  en  examinant  avec  attention  la  Carte  de  Scliiaparolli  publiée  à  la  page  MO 
de  la  Planète  Mars,  je  suis  arrivé  à  la  cônchisiou  que  de  pareils  prolongements 
existent  réellement.  Les  cas  suivants  semblent  frappants  ; 

1°  Euménides-Nectar,  i°  Pyriphlégéton-Ambrosia,  3°  Triton- Ascanius,  4°  Gigas- 
Scamandre,  5"  Galaxias-Xanthus,  et  fi»  Astaboras-Népenthès. 

Les  prolongements  suivants,  bien  que  douteux,  semblent  cependant  proba- 
bles :  1°  Anubis-Alpliée,  2°  Cerbère-Penée,  et  3"  Tartare-Colonnes  d'iïercide. 

Ces  failles  ont  pu  être  produites  par  des  afl'aissements  de  la  croûte  et  avoir, 
par  suite,  une  grande  iLiflueuce  sur  la  délimitation  des  terres  et  des  eaux.  .Vinsi 
la  mer  Cimmérienne  semble  avoir  eu  quelque  communication  avec  le  Triton;  la 
mer  Tyrrhénienne  avec  le  Typhon  ;  la  mer  des  Sirènes  probablement  avec  le 
Tartare;  et  le  détroit  Herschel  II,  et  encore  la  mer  Adriatique  avec  l'IIydraotes. 
M.  Pickering  a  suivi  quelques-uns  des  canaux  à  travers  les  mers.  Ceci  n'en  est 
(ju'une  confirmation  de  plus. 

Tous  ces  arguments  sont  on  faveur  de  la  théorie  des  crevasses. 

La  théorie  des  marées  exigerait  que  l'eau  eût  pu  se  faire  jour  d'un  océan 
à  l'autre  à  travers  la  terre  ferme.  Si  les  canaux  étaient  des  lignes  droites  paral- 
lèles, ne  se  rencontrant  pas,  cette  opinion  pourrait  être  admissible  ;  mais  il  est 
difficile  de  voir  comment  des  lignes  droites  qui  se  croisent  dans  tous  les  sens 
pourraient  se  former  ainsi,  il  en  est  de  mouic  de  l'hypothèse  des  aérolithes.  On 
peut  dire  que  l'atmosphère  raréfiée  de  Mars  ne  serait  pas  un  obstacle  h  cette 
rencontre;  mais,  d'autre  |jart,  la  pesanteur  est  très  faible.  Mémo  dans  le  cas  où 
la  densité  de  l'air  ù  la  surface  ne  serait  que  le  dixième  de  la  notre,  l'atmosphère 


IIOLT.     -    l.l-S   CANAUX.  241 

constituerait    encore    uiio   baiTiùre    puissante    contre    l'aclioii    dos    iiii'iéorites. 

En  admettant  (iiie  les  canaux  soient  des  failles  dans  la  cronle,  nmis  [jonvons 
nous  demander  ((ucl  a  été  leur  mode  de  formation.  I>'idéc  qui  se  présente  à  l'es- 
prit au  premier  abord  est  ([uils  ont  été  produits  par  la  contraction  do  la  croûte 
pendant  le  refroidissement;  mais  il  n'est  pas  certain  ((ue  de  pareilles  failles 
aient  pu  se  fiirmer  ainsi.  A  la  suite  de  conversations  avec-  .M.  l'ianiinarioii, 
M.  Daubrée,  l'éininent  iri'oloi,Hie,  a  essayé  de  produire  un  aspect  analogue  en 
recouvrant  un  globe  en  caontcliouc  creux  d'une  couche  de  paraffine  et  en  sou- 
mettant ce  globe  à  une  forte  pression,  lîii'u  de  scnublalile  aux  canaux  n'(>n  est 
résulté,  quoique  d'ailleurs  nos  montagnes  terrestres  y  aient  été  bien  imitées; 
mais,  au  contraire,  en  comprimant  de  l'eau  dans  l'intérieur  de  ce  petit  globe  do 
caoutchouc,  il  s'est  formé  des  failles  comparables  à  celles  de  Mars.  M.  Lebour 
a  mis  en  évidence  l'analogie  qui  existe  entre  les  canaux  et  les  tissures  du  verre 
éclaté  par  la  torsion.  Une  autre  considération  se  présente  ici  :  lorsqu'un  corps 
en  état  de  fusion  commence  à  se  solidifier,  la  croûte  se  contracte  d'abord  plus 
rapidement  que  le  noyau  encore  en  fusion;  par  cuuséi(ucnt,  la  croûte  se  resserre 
sur  le  noyau  eu  le  comprimant,  de  sorte  que  la  matière  on  fusion  est  poussée 
vers  la  surface  à  travers  les  fissures.  C'est  ce  qui  s'est  produit  selon  toute  vrai- 
semblance sur  la  Lune.  La  grande  différence  d'aspect  entre  les  failles  de  la  Lune 
et  celles  de  Mars  nous  montre  qu'il  y  a  une  dilTérence  fondamentale  dans  les 
causes  qui  les  ont  produites.  Ces  diverses  considérations  m'ont  ("onduit  à  l'hy- 
pothèse suivante  : 

Une  niasse  en  fusion,  d'une  matière  mauvaise  conductrice,  se  refroidissant 
librement,  devra  bientôt  se  recouvrir  d'une  croûte  mince,  tandis  que  la  matière 
au-dessous  de  la  surface  restera  en  état  de  fusion.  Cette  formation  d'une  croûte 
mince  est  en  général  empêchée  par  les  dégagements  de  gaz  de  la  matière  en  fusion, 
qui  brisent  la  croûte  avant  que  celle-ci  ait  une  épaisseur  suffisante  pour  résister 
à  la  force  expansive  des  gaz  et  vapeurs. 

Je  suppose  maintenant  que,  dans  le  cas  de  .Mars,  il  y  ait  eu,  pour  une  raison  ou 
pour  une  autre,  un  arrêt  temporaire  dans  l't'mission  des  gaz,  assez  long  pour 
permettre  la  formation  d'une  mince  croûte  dont  la  résistance  n'aura  pu  être 
rompue  par  le  gaz  lorsque  l'émission  eut  repris  son  essor  primitif,  mais  pas 
assez  forte  pour  comprimer  le  gaz  lorsque  la  contraction  se  continua.  Celle-ci 
aurait  donc  été  empêchée,  combattue,  par  la  force  expansive  du  gaz  enqirisonné, 
et  se  serait  ridée  latéralement  en  formant  de  longues  fissures.  Il  est  même  pos- 
sible que,  placées  ainsi  entre  la  force  expansive  dirigée  vers  l'extérieur  et  la 
pesanteur  dirigée  vers  l'intérieur,  certaines  [lariies  do  la  croûte  aient  été  assu- 
jetties à  une  torsion,  donnant  ainsi  lieu  à  quelques-uns  des  canaux;  mais,  en 
général,  nous  pensons  que  les  canaux  sont,  à  proprement  [larler,  des  tissures 
produites  par  une  contraction  latérale.  Aussitôt  ([ue  ces  fissures  ont  été  formées, 
le  gaz  emprisonné  s'est  échappé  et  la  croûte  rompue  est  tombée  sur  le  noyau; 
mais,  en  même  temps,  ce  dernier  s'est  refroidi  dans  une  certaine  mesure  à  la 
F.,  IL  10 


242  LA  PLANÈTE  MARS.  1S94 

surfat'o,  (le  sorte  qu'il  ne  s'est  pas  échappé  facilement  à  travers  les  fissures.  La 
seule  c;iuse,  d'ailleurs,  tendant  à  tirer  le  noyau  vers  la  surface  serait  la  pression 
produite  jiar  la  pesanteur,  résultant  des  fragments  refroidis  de  la  croûte  qui 
serait  un  ]ieu  plus  dense  que  la  matière  encore  en  fusion;  il  n'y  aurait  pas  d'ac- 
tion de  compression.  Dans  ces  circonstances,  la  matière  fondue  ne  se  serait  pas 
forcée  à  travers  les  Assures,  ou  seulement  incomplètement,  de  manière  à  ne  pas 
les  remplir. 

La  différence  fondamentale  qui  existe  entre  la  Terre  et  ^Lars  peut  être  résumée 
comme  il  suit  :  Sur  Mars,  il  s'est  formé  de  bonne  heure  une  croûte  légère  qui 
s'est  aussitôt  rompue.  Les  gaz  intérieurs  s'échappèrent  alors  et  les  fissures 
devinrent  des  cheminées  pour  l'énertile  volcanique  intérieure,  de  sorte  que  la 
croûte  est  restée  depuis  presque  à  son  état  primordial.  Sur  la  Terre,  la  croûte 
n'a  pas  été  formée  aussitôt;  elle  ne  s'est  pas  rompue  et  a  été  en  mesure  de  coni- 
jirimer  les  gaz,  intérieurs. 

Après  la  question  de  l'origine,  se  présente  celle  de  l'état  actuel.  On  admet 
assez  souvent  que  les  canaux  soient  des  fleuves.  Nous  avons,  en  faveur  de  cette 
théorie  :  1"  leur  couleur  sombre,  analogue  à  celle  de  l'eau;  2»  le  fait  qu'on  n'a  pas 
observé  d'autres  fleuves;  3°  la  considération  que  l'eau  trouverait  certainement 
son  chemin  dans  ces  ravins,  et  'i"  la  manière  dont  ils  se  terminent  en  baies  près 
des  rivages.  Nous  avons  à  opposer  à  cotte  théorie  :  1°  la  manière  dont  ces  canaux 
courent  d'un  océan  à  l'autre;  2»  leur  largeur  presque  uniforme;  3"  la  considéra- 
tion que  si  tous  les  canaux  étaient  des  fleuves,  Mars  serait  bien  plus  richement 
doté  de  fleuves  que  la  Terre. 

Ici,  nous  pourrions  être  aidés,  en  examinant  ce  qui  se  passerait,  si  la  Teri'e 
était  parsemée  de  ravins  d'une  manière  analogue. 

Naturellement,  les  eaux  de  la  surface  devraient  tôt  ou  tard  trouver  leur  chemin 
dans  ces  ravins,  et  nous  verrions  ainsi  se  former  des  fleuves;  il  est  évident  aussi 
•lue  les  eaux  ne  seraient  pas  suffisantes  en  général  pour  les  remplir  complète- 
ment, de  sorte  que  nous  aurions  dos  ravins  avec  des  fleuves  coulant  au  milieu. 
De  même,  bien  qu'un  ravin  puisse  s'étendre  d'un  océan  ;Y  l'autre,  il  n'en  serait 
pas  (le  même  du  fleuve  y  contenu.  En  efl'et,  un  ravin  peut  contenir  deux  fleuves 
coulant  dans  des  sens  opposés,  l'un  se  jetant  dans  l'un  des  océans,  l'autre  dans 
l'autre.  Mais  pour  que  ceci  fût  le  cas  avec  les  canaux,  il  sei'ait  nécessaire  de  sup- 
poser que  la  partie  sèche  de  tout  ravin,  de  jiart  et  d'autre  du  fleuve,  ne  se  di.s- 
tinguo  pas  de  l'eau,  ou  à  cause  du  terrain  dont  la  couleur  serait  sombre,  ou  bien 
parce  ipi'il  serait  recouvert  d'une  sombre  végétation. 

Dans  cette  hy])othèse  que  l'axe  seulement  de  chaque  canal  contiendrait  de  l'eau , 
nous  trouvons  une  explication  possible  d'une  observation  faite  par  Schiaparelli. 
le  '.JCi  décembre  1879.  Ce  grand  observateur  a  remarque  une  traînée  large  et 
lilancbe  s'('tendant  du  lac  du  l'héni.\  dans  une  direction  N.-N.-L.,  passant  par  le 
l'ortuna  et  le  Nil  double,  et  paraissant  rejoindre  une  extension  des  neiges 
polaires.  Cette  traînée  blanche  a  été  considérée  par  l'auteur  comme  de  la  neigi^ 


HOI.T.         LES  CAN'AUX.  2i3 

(c  était  probablement  la  trajectoire  d'une  grande  tempête  de  neige),  et  il  a  exa- 
minf^  avec  attention  l'endroit  où  elle  traversait  le  Nil;  ^i  ce  dernier  eût  ('le 
de  l'eau,  la  neige  s'y  serait;  fondue,  ce  qui  eût  amené  rinterniptiou  de  la 
traînée  en  ce  point;  tandis  que  si  le  Nil  représentait  de  la  terre  ferme,  la 
traînée  eût  dû  passer  par-dessus  sans  altération.  Eu  effet ,  l'observation  a 
montré  que  le  Nil  n'a  pas  été  complètement  interrompu,  mais  qu'il  a  été  réduit 
à  un  simple  fil  traversant  la  traînée  blanche.  Eh  bien!  dans  l'hypothèse  que 
le  milieu  du  Nil  seulement  contiendrait  de  l'eau,  on  ne  pourrait  s'attendre  à  un 
autre  aspect.  On  peut  penser  que  le  Nil  était  alors  gelé,  sauf  dans  le  milieu;  et  la 
saison  de  l'année  (un  peu  avant  l'équinoxe  do  printemps)  ne  contredirait  pas 
cette  esplicaiion. 

Les  bords  d'un  canal  sont-ils  revêtus  de  végétation,  ou  bien  ont-ils  simplement 
une  couleur  plus  sombre  que  le  reste  de  la  surface?  En  premier  lieu,  s'il  y  a  do 
la  végétation  sur  Mars,  on  devrait  naturellement  s'attendre  à  ce  qu'elle  s'étendît 
surtout  le  long  des  rives  des  fleuves;  les  changements  d'aspects  des  canaux 
semblent  aussi  avoir  une  cause  analogue. 

Pour  ne  citer  qu'un  seul  exemple,  prenons  l'Ambrosie;  le  "'li  septembre  1S77, 
un  jour  avant  le  solstice  d'été,  on  a  vu  ce  canal  large  et  grisâtre;  au  contraire, 
eu  novembre  et  décembre  1879,  il  se  présenta  comme  une  fine  ligue  noire,  t^'cst 
là  exactement  ce  qui  devrait  se  produire  si  la  ligne  fine  et  noire  représentait  le 
fleuve  Ambrosie  lui-même,  bordé  par  une  végétation  changeante.  A  l'époque  de 
la  première  observation,  au  solstice  d'été,  les  arbres  étaient  en  pleines  feuilles; 
tandis  qu'à  la  seconde,  qui  a  eu  lieu  un  peu  avant  ré(|uinoxe  d'automne,  les 
feuilles  avaient  changé  de  couleur  ou  étaient  tombées,  do  sorte  que  l'on  ne  voyait 
que  le  fleuve  seulement.  Cette  idée  parait  attribuer  un  degré  d'analogie  entre  la 
végétation  de  Mars  et  celle  de  la  Terre,  peu  probable  au  premier  abord;  mais  en 
parcourant  toutes  les  observations  publiées  dans  La  Planète  Mars, y)  suis  arrivé 
à  la  conclusion  que,  s'il  existe  de  la  végétation  sur  Mars,  et  si  les  changements 
de  teintes  observés  sont  altribuables  à  cette  cause,  cotte  végétation  doit  ofl'rir 
une  analogie  très  étroite  avec  celle  de  la  Terre,  principalement  dans  ses  change- 
ments dus  aux  saisons. 

On  voit  que  nous  considérons  les  canaux  comme  les  caractères  les  plus  anciens 
de  la  planète.  J'ajouterai  mêuje  qu'ils  constituent  la  clef  de  tous  les  autres.  Ils 
o:U  détermiué  la  distribution  des  eaux  et  des  terres  et  flxé  le  cours  des  fleuves 
dès  l'origine,  de  sorte  que,  dans  la  suite,  il  ne  s'est  produit  que  des  variations 
insignifiantes,  ce  qui  a  laissé  aux  canaux  toutes  les  traces  d'action  fluviale. 

Eu  outre,  en  agissant  comme  des  cheminées  pour  l'énergie  souterraine,  il  est 
probable  que  l'action  volcanique  a  été  insignifiante  sur  Mars  et  confinée  seule- 
ment aux  canaux.  Les  montagnes  se  seront  formées  presque  exclusivement  le 
long  des  côtes  de  ces  derniers,  et,  bien  que  quelques-unes  puissent  être  de  nature 
volcanique,  il  nous  parait  plus  iirobable  que  la  majorité  résulte  simplement  de  la 
poussée  verticale  des  fragments  de  la  croûte.  Dans  ce  cas,  leur  forme  serait 


244  LA  PLANÈTE  MARS.  1895 

absolument  difTérente  des  montagnes  terrestres  :  d'un  côté  il  y  aurait  un  talus 
presque  à  pic  et  de  l'autre  une  pente  légère. 

Comme  il  ne  s'est  pas  produit  de  soulèvements,  ni  de  transformations  causées 
par  l'érosion  fluviale,  les  seuls  cliangements  importants  que  la  surface  de  Mars 
a  subis  dans  la  suite  des  siècles  auront  été  ceux  jiroduits  par  la  rétrucessiou  gra- 
duelle de  la  mer.  Il  parait  probable  que  les  continents  les  plus  âgés  sont  en 
grande  partie  déserts  et  que  la  vie,  si  elle  existe,  est  reléguée  aux  terres  récem- 
ment mises  à  sec  par  le  retrait  dos  eaux  (telles  que  llesperia,  Atlantis,  Libye, 
Thaumasia,  etc.)  et  les  canaux.  L'érosion  fluviale  dans  ceux-ci  devrait  être  énorme, 
si  les  fleuves  ont  coulé  pendant  des  millions  d'années  dans  les  mêmes  lits,  pour 

ainsi  dire  (  '). 

J.-R.  HOLT, 

Astronome  a  Dubliu. 

CCVl.  —  T.'iVLOii.— Preuve  optique  de  L'.iBSENCE  de  .mers  sur  M.\rs  (Ré.sumé). 

On  a  lu  dans  le  premier  \'olume  l'exposé  d'un  calcul  de  l'astrononio  l'hillips, 
d'Oxford,  sur  la  possibilité  pour  les  mers  martiennes  de  réflécliir  l'image  du  Soleil 
Comme  un  point  lumineux  qui  serait  visible  d'ici.  D'après  ce  calcul,  l'image 
du  Soleil  ainsi  réfléchie  mesurerait  -jL  de  seconde,  et,  dans  un  instrument  gros- 
sissant 300  fois,  atteindrait  lo  secondes.  Phillips  pensait  que  si  les  taches  grises 
étaient  des  mers,  nous  devrions  de  temps  en  temps  apercevoir  une  image  de 
ce  genre. 

Dans  le  même  Volume,  on  trouve  une  discussion  de  la  même  question  par 
M.  Schiaparelli,  qui  conclut  pour  ladite  image  du  Soleil  réfléchie  par  les  eaux 
martiennes  un  diamètre  do  J-j  do  seconde,  lequel  ne  diffère  pas  beaucoup  du  pré- 
cédent. Cet  éclat  serait  celui  d'une  brillante  étoile  de  troisième  grandeur.  Elle 
serait  moins  éclatante,  mais  toujours  assez  lumineuse,  dans  le  cas  d'une  mer 
agitée. 

J'ai  adopté,  par  uu  calcul  complémentaire,  la  conclusion  que  cet  éclat  suffirait 
largement  pour  la  visibilité  dans  une  mer  calme,  dont  la  position  varie  selon 
l'opposition. 

Un  astronome  du  comté  d'York,  M.  Taylor,  est  récemment  revenu  sur  le  même 
sujet  à  la  Société  astronomique  de  Londres  et  l'a  soumis  à  un  nouveau  calcul. 

«  Je  pense,  écrit-il,  que  le  calcul  de  .M.  Flammarion  doit  l'iro  un  peu  modifié 
à  cause  du  double  passage  de  la  lumière  dans  ratmosjihère  de  .Mars,  et  ([\ie 
l'éclat  serait  plutôt  celui  d'une  étoile  de  quatrième  grandeur. 

(')  Dans  une  autre  Note,  intitulée  The.  Cross  of  lîellas  "  La  Croix  de  l'IIellas  », 
M.  llolt  nous  laissait  entendre  que  cette  formation  si  régulière  et  si  caractéristique 
pourrait  Inen  avoir  été  tracée  par  les  Martiens  comme  signal  nux  habitants  de  la 
Terre,  d'autant  plus  que  ses  variations  ne  correspondent  pas  aii.x  saisons.  Les  quatre 
(loints  blancs  vus  en  1S81  (Tome  I,  p.  35ô)  lui  paraissent  ajouter  un  argument  eu 
faveur  de  cette  liypolhèse. 


FL.V.MMAKION.  —   CIRCULATION   DE   I.  KAU.  Sifj 

»  D'après  M.  Pickering,  le  pouvoir  réfléchissant  de  la  planète  Mars  n'est  que 
le  quart  de  relui  de  Saturue.  Si  l'on  admet  que  celui  de  Saturne  soit  égal  à  celui 
de  la  nelire  fraîchement  tombée,  c'est-à-dire  :\  0,78,  celui  de  Mars  peut  être 
évalué  à  0,17.  « 

M.  ïaylor  admet  0,-21. 

Une  formule  lui  donne  -^  pour  le  rapport  entre  l'intensité  de  la  réflexion  solaire 
par  une  surface  d'eau  sur  Mars  et  l'éclat  total  de  tout  le  disque  martien. 

Cette  image  solaire  mesurerait  10  kilomètres  de  diamètre,  et  devrait  être  par- 
faitement visible  d'ici,  même  dans  les  canaux,  s'ils  étaient  entièrement  formés 
d'eau. 

M.  Taylor  ajoute  que  depuis  la  mer  Cimmérienne  jusqu'au  golfe  de  l'Aurore  il 
y  a  une  série  de  mers  qui  sont  parfaitement  placées  pour  réfléchir  vers  nous 
l'image  du  Soleil  à  midi.  On  n'a  jamais  rien  aperçu  de  ce  genre. 

L'auteur  conclut  aussi  que  c'est  là  une  preuve  de  la  non-existence  des  mers 
martiennes.  Il  ajoute  que  l'ensemble  des  considérations  est  en  faveur  de  plaines 
de  végétation,  dont  le  ton  varie  selon  la  quantité  d'humidité  qui  y  arrive  après 
la  fonte  estivale  des  neiges  polaires. 

Il  termine  en  adoptant  l'opinion  émise  par  M.  Ledger  que  les  canaux  ne  sont 
pas  pleins  d'eau,  et  que  ces  lignes  indiquent  des  terrains  cultivés  par  les  habi- 
tants de  Mars,  principalement  dans  les  districts  qui  avoisineut  les  grands  centres 
de  population  (les  oasis).  Eu  résumé,  nous  ne  verrions  en  aucun  point  du  globe 
de  Mars  l'eau  qui  pourtant  le  fertilise  (')• 

CCVII.  —  Flammarion.  —  La  cinciLATiox  de    l'i^ai    daxs  l'atmosphère 

DE  Mars  (-). 

La  circulation  de  l'eau  à  la  surface  de  la  Terre  est  l'agent  principal  de  la  vie 
terrestre.  Tous  les  êtres  sont  essentiellement  composés  d'eau  (le  corps  de 
l'homme  lui-même  en  renferme  encore  70  pour  100 1:  tous  ont  besoin  d'eau  pour 
vivre.  Nous  n'avons  pas  le  droit  d'affirmer,  pourtant,  iju'il  eu  soit  de  même  sur 
tous  les  autres  mondes  de  l'univers.  L'étude  de  la  nature  nous  apprend  à  être 
réservés  dans  nos  affirmations,  car  elle  nous  montre  que  cette  nature  est  in- 
finie dans  la  variété  de  ses  productions.  De  ce  qu'un  monde  serait  absolument 
dépourvu  d'eau,  ce  ne  serait  pas  une  raison  suffisante  pour  nous  de  le  déclarer 
inhabité.  N'enfermons  pas  nos  conceptions  dans  une  coquille  de  noix.  L'homme 
privé  d'oxygène  meurt.  1!  y  a  sur  notre  petite  planète  même  des  êtres  que  l'oxy- 
gène tue. 

Cependant,  les  mondes  d'un  même  système  planétaire  ont  entre  eux  des  affi- 

(•)  Aslroiwmij  and  Aslro-Physicg,  1894,  p.  Ihl.  —  Monthh/  Xolics  of  the  royal 
astronomical  Society,  LV,  1895,  p.  462-474. 

(-)  Société  Aslronomiqtie  de  France,  séance  du  1"  mai  IS'35.  Bulletin  du  1'  mai, 
p.  169-178. 


■2'i6  I.A   PLANÈTP:   M\RS.  '     ■  1895 

iiit(is  d'origine,  surtout  quand  ils  sont  voisins,  commn  AFars  et  la  TeiTO.  Nous 
observons  sur  Mars  des  neiges  polaires  qui  sont  très  éton.luos  à  la  fin  de  chaque 
hiver  et  sont  presque  entièrement  fondues  à  la  flii  de  chaque  été.  Ces  neiges 
sont-elles  formées  de  la  même  eau  chimique  que  la  nôtre?  (Test  possible,  et  c'est 
ine'me  probable. 

Qu'est-ce  que  l'eau?  Du  protoxyde  d'hydrogène.  Or,  l'oxygène  et  l'hydrogène 
Sont  partout  répandus  et  se  présentent  eu  quelque  sorte  comme  des  éléments 
primordiaux.  Nous  pouvons  penser  que  la  combinaison  do  ces  deux  éléments 
s'est  produite  sur  Mars  et  sur  'Vénus  comme  sur  la  Terre,  car  toutes  les  obser- 
vations concordent  en  i'aveur  de  cette  conclusion. 

Mais  les  é^a(s  de  l'eau  diffèrent  d'un  monde  à  l'autre,  suivant  la  température, 
la  pression  atmosphérique,  la  dimension  de  la  planète,  la  distribution  de  ses 
climats,  son  état  géologique  et  géographique,  sa  densité,  etc.  L'observation  nous 
conduit  à  la  conclusion  que  la  circulation  de  l'eau  ne  s'opère  pas  du  tout  à  la 
surface  de  Mars  suivant  les  lois  qui  la  régissent  à  la  surface  de  la  Terre. 

Ici,  le  mécanisme  est  assez  simple.  l>es  trois  quarts  du  globe  sont  couverts 
d'eau,  l'évaporation  est  considérable,  l'atmosphère  est  dense,  la  chaleur  solaire 
enlève  perpétuellement  une  grande  quantité  d'eau  à  la  surface  des  mers,  l'élève 
à  l'état  de  vapeur  invisible  jusqu'à  une  certaine  hauteur  où  elle  se  condense  en 
nuages  et  où  dos  vents  assez  puissants,  dus  iirécisément  à  la  densité  de  notre 
atmosphère,  transportent  ces  nuages  au-dessus  des  continents.  Eu  se  résolvant 
en  pluies,  ou  en  neiges,  la  vapeur  d'eau  ainsi  transportée  donne  naissance  aux 
sources,  aux  ruisseaux,  aux  rivières  et  aux  tleuNe'^,  et  ramène  à  la  mer  l'eau  i[ui 
on  avait  été  enlevée. 

On  peut  évaluer  à  721  trillions  (721  >:  Ul''-^)  de  mètres  cubes  le  volume  d'eau 
transporté  ainsi  annuellement  par  l'atmosphère.  C'est  environ  la  4  400"  partie  de 
la  quantité  d'eau  totale  des  mers,  laquelle  est  évaluée  à  3  200  quatriUions  de 
ni'''tres  cubes.  Il  faudrait  quarante-quatre  raille  ans  à  tous  les  fleuves  du  monde 
pour  remplir  l'Océan  s'il  était  à  sec.  La  clialeur  solaire  employée  ;\  jiroduii'e  ce 
travail  de  l'évaporation  de  la  vapeur  d'eau  ainsi  élevée  à  la  hauteur  moyenne 
des  nuages  pourrait  fondre  par  an  II  milliards  de  mètres  cubes  de  fer,  c'est- 
à-dire  une  masse  beaucoup  plus  considéi-able  que  le  massif  entier  des  Alpes!  Ln 
une  année,  chaque  mètre  carré  de  la  surface  de  la  Terre  reçoit  2318  lùT  calories; 
c'est  plus  de  23  milliards  de  calories  par  hectare,  c'est-à-dire  9802  200000000  de 
kilogrammètres.  La  radiation  calorifique  ilu  Soleil,  en  s'exerçant  sur  un  de  nos 
hectares,  y  développe,  sous  mille  formes  diverses,  une  puissance  qui  équivaut 
au  travail  C(jntinu  de  4  103  chevaux-vapeur.  Sur  la  Terre  entière,  c'est  un  tra- 
vail de  .MO  sextillions  de  kilogrammètres  ou  de  217  310000000000  do  chevaux- 
vapeui-! 

Les  conditions  sont  très  différentes  à  la  surface  de  Mars.  En  admettant  qu'il  y 
ail  de  l'eau,  il  y  en  a  beaucoup  moins  que  chez  nous.  La  chaleur  reçue  du  Soleil 
y  est  moindre,  la  distance  étant  i,J2,  c'est-à-dire  d'environ  moitié  plus  grande 


FLA.M.MAUIO.X.  ClUCl  LATION    Ul-:   I.KAU.  'iW 

que  colle  du  la  Terre,  et  la  quantité  de  chaleur  étant  de  0,13,  soit  plus  de  moitié 
moindre  qu'ici.  Mais,  d'autre  part,  l'année  est  près  de  deux  fois  plus  longue  : 
1,88,  ou  de  687  jours.  l,a  chaleur  accumulée  sur  un  hémisjdière  pendant  l'été 
peut  fort  bien  suffire  pour  fondre  une  couche  de  neige  assez  éjiaisse,  quoique  sur 
la  Terre,  plus  rapprochée  du  Soleil,  les  six  mois  de  saison  estivale  n'y  suffisent 
pas.  Quand  la  neige  commence  à  fondre,  une  petite  quantité  de  chaleur  nou- 
velle suffit  souvent  pour  compléter  la  fusion. 

Nous  devons  maintenant  considérer  un  second  point  de  la  [dus  haute  impor- 
tmec. 

Notre  atmosphère  terrestre  est  très  dense.  Au  niveau  de  la  mer,  la  pression 
atmosphérique  fait  équilibre  à  une  colonne  de  mercure  de  0"',760.  Klle  est  de 
1033  grammes  par  centimètre  carré,  ou  de  103  kilogrammes  par  décimètre  carré, 
ou  de  10330  kilogrammes  par  mètre  carré.  Or  la  .surface  totale  du  globe  est 
d'environ  MO  millions  de  kilomètres  carrés.  L'atmosphère  entière  pèse  donc 
h  quintillions  ÎGS  quatrillions  de  kilogrammes.  C'est  un  peu  moins  de  la  millio- 
nième partie  du  poids  du  globe  terrestre. 

L'atmosphère  martienne  est  incomparablement  plus  légère.  La  jiesanteur  à  la 
surface  de  Mars  étant  beaucoup  plus  faible  qu'à  la  surface  de  la  Terre  lO.STfn, 
tous  les  corps  y  pèsent  moins  dans  la  même  proportion,  et  l'atinosjihère  est 
d.ins  ce  cas.  Si  chaque  mètre  carré  de  la  surface  de  Mars  supportait  la  même 
atmosphère  que  la  notre,  la  pression  de  cette  atmosphère  serait  réduite  dans  la 
proportion  précédente,  c'est-à-dire  que  le  baromètre,  au  lieu  d'être  à  700  milli- 
mètres au  niveau  de  la  mer,  ne  serait  qu'à  jsii  millimètres.  C'est  la  pression  que 
nous  trouvons  en  ballon  à  8000  mètres  de  hauteur,  et  c'est  celle  des  montagnes 
les  plus  élevées.  Au  sommet  du  mont  Blanc,  la  pression  est  de  4îi  millimètres. 

Il  est  bien  certain  que  l'atmosphère  de  Mars  n'est  pas  analogue  à  la  nôtre  et 
que  l'eau  n'y  est  jkis  dans  les  mômes  conditions,  car  la  surface  de  la  planète  se 
trouverait  ainsi  au-dessous  de  la  ligne  du  zéro  de  température,  mémo  sans  tenir 
compte  de  la  plus  grande  distance  au  Soleil,  et  nous  aurions  devant  les  yeux  un 
globe  de  glace,  ce  qui  n'est  pas.  Xous  voyons,  au  contraire,  sur  >Iars  les  neiges 
parfaitement  limitées,  et  ces  limites  varier  avec  la  température,  et,  si  l'on  consi- 
dère un  hémisphère  martien  pendant  son  été,  il  a  moins  de  neiges  que  nous  à 
son  pôle.  Celles  que  l'on  aperçoit  de  temps  à  autre  en  certains  points  des  ré- 
gions tempérées  sont  également  fondues. 

Nous  devons  donc  penser,  d'après  les  observations  comme  d'après  le  calcul, 
que  l'atmosphère  de  Mars  est  moins  dense  que  la  notre,  qu'il  s'y  forme  moins  de 
nuages,  que  les  courants  y  ont  moins  d'intensité,  que  le  vent  n'y  est  jamais 
très  fort,  que  les  tempêtes  en  sont  absentes.  Les  conditions  de  densité,  de 
pression  et  de  température  sont  très  différentes  de  ce  qu'elles  sont  ici.  Lévapo- 
ration  doit  y  être  facile  et  rapide;  le  pointd'ébullitiou  y  est  sans  doute  vers  40"  au 
lieu  de  100".  Le  point  0°,  auquel  l'eau  se  solidifie,  est-il  le  même  qu'ici'?  Non,  sans 
doute,  car  elle  ne.  doit  pas  être  identique  à  la  notre.  L'eau  de  mer  ne  gèle  qu'à 


248  I.A   PLANETE  MAIi<.  1895 

—  î"."],  l'eau  privée  d'air  qu':\  —  5",  l'eau  sous  une  faible  pression  atmosphérique 
qu',\  — 10°  et  r>.  L'atmosphère  ne  doit  pas  être,  chimiquement  ni  physiquement, 
la  même,  l.a  rareté  des  nuajres  s'explique  facilement,  car  les  vaiieurs  atmosphé- 
riques ne  ]]euvent  iiuère  s'y  condenser  que  sous  la  furuie  solide  des  jiarticules 
glacées  de  nos   cirrri.  l'as  de  nuaues,  cumuli  ou  nimbi;  pas  de  pluies. 

On  sait  que  notre  atmosphère  agit  comme  une  serre  pour  conserver  la  chaleur 
reçue  du  Soleil  et  empéelier  sa  déperdition  dans  resi>acc;  mais  ce  n'est  pas  l'air 
proprement  dit,  le  mélange  d'oxygène  et  tl'azote  qui  possède  cette  propriété  ; 
c'est  la  vapeur  d'eau.  Une  molécule  de  vapeur  d'eau  est  16000  fois  plus  efficace 
qu'une  molécule  d'air  sec  pour  conserver  la  chaleur  solaire  reçue.  L'eau  n'est 
]ias  le  seul  i'or)is  (pii  jouisse  de  cette  |)i'opriété.  Les  vapeurs  des  éthers  sulfurique, 
i'ormique,  acétique,  de  l'amylène,  de  l'iodurc  d'éthyle,  du  chloroforme,  du  bisul- 
fure de  carbone,  de  l'acide  carbonique,  etc. ,  sont  dans  le  même  cas.  L'atmo- 
sphère de  Mars,  toute  rarélièe  qu'elle  est,  certainement,  peut  tenir  en  suspen- 
sion des  vapeurs  de  ce  genre  et  conser\er  à  la  surface  de  la  planète  une 
température  égale  ou  même  supérieure  ti  la  température  moyenne  de  la  Terre. 
Mais  il  est  à  peine  nécessaire  d'imaginer  autre  chose  que  de  l'eau  analogue 
à  l'eau  terresti-e,  puisque  les  neiges  ressemblent  tellement  aux  nôtres  dans  leur 
envahissement  hivernal,  dans  leur  fusion  estivale,  et  dans  les  inondations  dont 
cette  fusion  parait  suivie,  que  nous  pouvons  les  regarder  comme  à  peu  près  sem- 
blaliles  aux  nôtres. 
Ce  qui  diffère,  c'est  le  mode  de  circulation. 

Sur  .Mars,  l'évaporation  des  mers  ne  donne  pas  naissance,  comme  chez  nous, 
à  des  nuages,  des  pluies,  des  sources  et  des  rivières. 

Aucun  des  grands  cours  d'eau  que  nous  connaissons  sur  .Mars  ne  commence 
en  terre  ferme.  On  ne  voit  que  des  canaux  allant  d'une  mer  à  l'autre.  Chaque 
canal  commence  et  (init  ou  dans  une  mer.  ou  dans  un  lac,  ou  dans  un  autre 
canal,  ou  enlin  à  l'intersection  di;  plusieurs  autres  canaux;  mais  aucun  d'eux 
n'a  jamais  été  vu  arrêté  au  milieu  des  terres,  ce  qui  est  de  la  plus  haute  impor- 
tance. De  plus,  ils  se  croisent  sous  tous  les  angles  possibles. 

D'autre  part,  les  nuages  sont  excessivement  rares  à.  la  surface  de  Mars,  et 
peut-être  ne  sont-ce  que  des  brumes,  ou  de  légers  cirris.  Ce  ne  sont  pas  des 
nuages  de  pluie  ou  d'orage.  Lors  de  la  dernière  opposition  de  189i,  à  l'Observa- 
toire de  Juvisy,  oi'i  nous  avons  pour  ainsi  dii'e  constaniment  les  yeux  fixés  sur 
Mars,  la  plauète  s'est  niuntrc-e,  connue  d'habitude,  perp<'tuelleniont  claire,  à 
l'exceiition  de  quebiues  jours  en  septembre  et  eu  octobre,  pendant  lesquels  j'ai 
constaté  que  la  mer  Cimméricnne  et  la  mer  Tyrrhénieune  sont  restées  masquées 
pai-  un  voile  de  nuages.  Ces  voiles  sent  fort  l'ares.  tandis  qu'ils  sont  pi'rpétuels 
sur  la  Terre.  11  n'y  a  certainement  |)as  un  seul  joiu-  par  an  où  la  surface  entière 
de  la  Terre  soit  découverte  et  ]iuisse  être  vue  nettement  de  l'espace.  Ce  sont 
donc  là  deux  régimes  météorologiques  absolument  contraires. 
De  plus,  dans  ratmosjjhèrc  si  raréfiée  de  Mars  il  n'y  a  pas  de  vents  intenses. 


FI   \M\l\m()X.    --    CUiCriATIHN    DF   l.'FAU.  249 

Rion  d'analouue  à  nos  vents  alises,  ni  aux  régimos  de  vents  prétiomiiiants  qui 
régissent  les  climats  terrestres.  Quelquefois  on  a  observé  des  traînées  de  neige 
fort  longues  paraissant  produites  par  des  courants  dans  une  atmosphère  tran- 
quille (par  exemple,  M.  Sciiiaparelli  en  novembre  et  décembre  1S8I  ),  autour  du 
pôle  boréal,  s'éteiidant  très  loin  (  \'()ic  t.  I,  p.  551,  /îg.  2G3).  Mais  ce  sont  là 
des  exceptions.  L'état  normal  sur  Mars,  c'est  lo  beau  temps. 

Sans  doute,  il  ne  l'aut  pas  nous  abuser  sur  la  précision  de  nos  connaissances 
martiennes.  Nous  ne  voyons  pas  tout;  nous  n'avons  jamais  vu  les  fines  ramifica- 
tions que  peuvent  avoir  les  canaux;  nous  ne  connaissons  pas  la  largeur  des  plus 
minces,  ni  le  mécanisme  de  leurs  dédoublements  périodiijues,  et  ce  n'est  que 
d'hier  que  nous  sommes  h  peu  près  sûrs  qu'ils  transportent  l'eau  des  neiges 
fondues,  des  mers,  des  lacs  ou  des  marécages  d'un  point  à  un  autre.  De  plus, 
comme  je  l'ai  déjà  fait  remarquer,  la  bordure  de  prairies  qui  accompagne  sur 
la  Terre  les  cours  d'eau  de  chai]ue  côtr,  parait  les  élargir  pour  un  obscrvateui' 
placé  dans  la  nacelle  d'un  ballon,  qui  pourrait  facilement  prendre  ce  ruban 
de  prairie  pour  le  cours  d'eau  lui-même  i  '  i.  11  est  possible  que  de  la  végétation 
suive  immédiatement  l'arrivée  des  eaux.  L'ignorance  dans  laquelle  nous  sommes 
de  ces  détails  peut  cacher  tout  un  monde  de  réalités  inconnues. 

Peut-être,  cependant,  pouvons-nous  essayer  de  nous  former  une  idée  de  ce 
qui  se  passe  là  dans  la  circulation  des  eaux. 

La  fonte  des  neiges  j)olaires  donne  presque  toujours  naissance  à  des  inonda- 
tions, ou  à  des  assombrissemeuts  de  ton  des  plaines  végétales,  sur  d'immenses 
étendues,  sur  des  centaines  de  milliers  de  kilomètres  carrés.  Les  rivages  des 
mers  s'avancent  au  loin  dans  l'intérieur  des  terres,  les  canaux  s'élargissent,  de 
nouveaux  canaux,  souvent  très  larges,  apparaissent,  des  îles,  des  presqu'îles, 
des  portions  de  continents  sont  submergées.  Tout  nous  prouve  que  la  surface 
de  la  planète  n'est  qu'une  immense  plaine  et  que  les  montagnes  y  sont  rares. 

Les  canaux  peuvent  être  des  rainures  naturelles  dues  à  l'évolution  même  de 
la  planète,  comaie  sur  la  Terre  la  Manche  et  le  canal  du  Mozandjique.  ou  des 
sillons  creusés  par  les  habitants  pour  la  répartition  des  eaux,  ou  peut-être  les 
deux,  c'est-à-dire  des  formations  naturelles  rectifiées  par  l'intelligence.  Nous 
n'essayerons  pas  de  calculer,  comme  on  l'a  fait,  le  travail  que  représenterait  la 
construction  de  ce  réseau  géométrique,  car  les  conditions  de  la  surface  de  Mars, 
nature  des  matériaux,  densité,  pesanteur,  force  musculaire,  machines,  état  de 
l'humanité,  sont  tellement  différentes  des  conditions  terrestres,  qu'il  n'y  a  aucune 
analogie  possible.  Mais  ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  ces  canaux  servent  à 
faire  circuler  les  eaux  et  constituent  un  système  hydrographique  des  i)lus  ingé- 
nieux. Un  peut  objecter  que  ce  beau  système  n'empêche  pas  les  inondations. 
Mais  ces  inondations  apjiarentes  ne  sont  peut-être  que  des  fertilisations,  des 
transformations  végétales. 

(')  Voie  plus  haut,  p,  IIG,  noie. 


250  LA  PLANÈTE  MARS.  1895 

L'inondation  périodique  causée  à  chaque  été  martien  par  la  fonte  des  neiges 
est  distribuée  au  loin  par  ce  réseau  de  canaux,  qui  constitue  le  principal  méca- 
nisme, si  ce  n'est  le  seul,  jiar  lequel  l'eau  et  avec  elle  la  vie  organique  peut 
être  répandue  à  la  surface  de  la  planète.  A  cette  époque,  les  canaux  paraissent 
entourés  d'une  zone  foncée,  due  sans  doute  k  quelque  genre  de  végétation.  Les 
canaux  de  la  région  environnante  deviennent  en  même  temps  |)lus  sombres  et 
plus  larges  et  couvrent  de  vastes  étendues.  Les  choses  restent  en  cet  état  jus- 
qu'au moment  du  minimum  de  la  ncigo  polaire.  La  fusion  a  cessé.  La  largeur  des 
canaux  diminue,  les  régions  foncées  s'éclaircisseiit  et  les  continents  redeviennent 
jaunes.  Ce  grand  phénomène  se  produit  dans  toute  la  région  comprise  entre  le  pôle 
et  le  60'  degré  de  latitude  et  se  renouvelle  à  chaque  saison.  Surtout  l'ensemble  de 
la  planète,  le  système  des  canaux  n'est  pas  constant.  Quand  ils  se  troublent,  que 
leurs  contours  deviennent  douteux  et  mal  définis,  il  semble  que  les  eaux  soient 
très  basses  ou  même  aient  entièrement  disparu.  11  ne  reste  rien  il  la  place  du 
canal,  ou  plutôt  nous  voyons  une  raie  jaunâtre  différant  très  peu  du  terrain  en- 
vironnant. Dans  les  mois  qui  précèdent  et  dans  ceux  qui  suivent  la  grande  inon- 
dation boréale,  vers  l'époque  des  équinoxes,  les  canaux  se  dédoublent.  Par  suite 
d'une  modification  rapide,  qui  s'effectue  en  quelques  jours,  peut-être  même  en 
quelques  iKnires,  tel  on  tel  canal  se  tran'^furnie  sur  toute  sa  longueur  en  deux 
lignes  ])arallèles  qui  courent  avec  la  précision  géoniétrir[ue  de  deux  rails  de 
cliemin  do  fer,  et  suivent  exactement  la  direction  du  canal  i)rimitif.  Ces  nouveaux 
canaux  ont,  comme  1rs  ]ii'imitifs,  îles  largeurs  de  50  à  lOi.i  Iviiomètrcs  et  davan- 
tage, et  sont  séparés  par  un  intervalle  de  50  à  5u0  et  liliO  kilomèti-es.  Y  a-t-il  là 
autre  chose  que  de  l'eau,  par  exemple  une  végétation  rapide  produite  i)ar  l'hu- 
midité? C'est  possible.  La  couleur  de  ces  lignes  varie  du  nnir  au  rouge  et  se  dis- 
tingue facilement  du  ton  jaune  des  continents.  L'esjuice  intermédiaire  est  géné- 
ralement jaune,  parf'iis  blanchâtre.  La  gémiuation  se  [iroduit  aussi  dans  les  lacs, 
qui  se  fendent  en  deux. 

l'eut-être  n'y  a-t-il  pas,  h  la  lettre,  des  inondations,  mais  seulement  des 
augmentations  d'eaux  fertilisant  des  oasis  semées  en  chapelets  et  rendant  plus 
foncées  les  plaines  végétales. 

Quelle  que  soit  l'explication  de  ces  faits  inconnus  à  la  Terre,  nous  pouvons 
conclure  qu'à  la  sui'face  de  la  planète  Mars  l'eau  circule,  hou  p:ir  un  système 
rertical  d'évnpoi':iliun  l't  de  pràcipilation,  comme  ici,  mais  par  un  système 
/iori:o)ital  de  fusiiin  des  neiijes  pulaires  et  par  ces  canaux  entrecroisés,  qui 
la  distribuent  sur  l'ensombliî  des  continents.  Puis  elle  s'évapore  ]iour  aller 
ininsililemeiit  el  sans  nuayes  se  condenser  presque  uniquement  sur  les  zones 
polaires  plus  froides,  (jui  la  recueillent  à  l'état  de  neige. 

C'est  là  tout  un  autre  monde,  birn  dill'érent  de  celui  ipie  iinus  habitons,  mais 
non  moins  vivant;  |iliis  mouvementé,  jjIus  agité  à  certains  égards,  mais  d'iui 
climat  sans  doute  fort  agréable  par  sa  [uireté  constante  et  par  l'absence  de  ces 
intempéries,  pluies  et  tempêtes  qui  caractérisent  si  tristement  la  grande  majorité 


SC.IIIM'AIUU.II  IVVIESl'l!    \I\HS.  ?M 

des  climats  terrestres.  Les  jours  y  sont  un  peu  (ilus  louys  que  chez  nous,  les 
années  y  sont  prt's  de  deux  fois  plus  longues.  Ce  sont  là  des  pays  qui  ne 
doivent  pas  manquer  do  charme. 

Ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  nous  occuper  de  la  ([ucstion  des  liabitants,  non  plus 
que  de  leur  nature  possible  ou  probable.  Il  semble,  à  première  vue,  que  ces  inon- 
dations périodiques  doivent  rtre  fort  gênantes,  ai;iis  un  naturaliste  répondra  que 
CCS  êtres  inconnus  peuvent  èlre  amphibies,  ou  bien  vivre  dans  les  airs  et  ne  pas 
tenir  à  la  surface  du  sol  aussi  lourdement  que  nous.  Il  serait  facile  ;\  l'imagina- 
tion de  créer  mille  hypothèses.  Toi  n'est  pas  mon  but.  J'ai  V(;nlu  ne  présentera  la 
Société  Astronomique  que  des  faits  d'observation  sur  la  climatologie  mar- 
tienne. Hn  résumé,  cette  évaporation  sous' forme  de  vapeur  d'eau  invisible,  celte 
condensation  et  cette  fonte  des  neiges,  ces  canaux  et  leur  nJle  dans  la  distribution 
des  eaux  nous  montrent  que  les  continents  sont  de  vastes  plaines,  que  les 
montagnes  sont  rares,  que  les  sources,  les  torrents,  les  rivières  sont  remplacés 
par  un  sy.stème  tout  particulier.  La  rareté  des  nuages  et  des  pluies  s'accorde  avec 
cet  ordre  de  choses.  Quoique  très  voisin,  ce  monde  diffère  considérablement  du 
nôtre,  mais  parait,  à  certains  égards,  plus  agi-éable  à  habiter. 


CCVIII.   —    SCHL\P.\REI.LI.    —    l.A    VIE    SLR     .M.\It#. 

Nous  réunirons  ici  dçii.\  dissertations  iniportaiiles  <_[>'  l'illustre  Directeur 
de  rObservatoire  de  Milan.  La  première  est  une  discussion  philosophique 
et  littéraire  sur  les  conditions  d'halnlabilité  de  In  planète.  La  seconde 
continue  la  même  question  surtout  ati  point  de  vue  des  canau.\  ('j. 

L'auteur  commence  par  rappeler  fort  délicatement  et  très  généreusement  les 
travaux  publiés  en  France  sur  la  doctrine  de  la  pluralité  des  momies,  en  une 
appréciation  très  flatteuse  pour  laquelle  nous  lui  adi-essous  nos  plus  vifs  remer- 
ciments  (^/.  Lassant  aussitôt  en  revue  les  corps  célestes  de  notre  système,  y  com- 
pris la  Lune,  il  montre  .pie  l'observation  télescopique  est  plutôt  décourageante  et 
qu'il  n'est  pas  surprenant  que  toute  l'attention  scientifique  se  fixe  pour  le  moment 
sur  la  planète  Mars,  le  seul  globe  qui  nous  offre  à  cet  égard  un  véritable  intérêt 
d'actualité. 

En  ses  oppositions  périhéliques,  la  planète  s'approche  à  '>'  millions  de  kilo- 

C;  Il  pianela  Marte,  br.  in-8°.  Milano,  fS'J,"?.  —  La  riln  sul  p;,-i/ic(.i  M:irte.  Iir.  in-S", 
Milan,  IS'JJ.  —  Bulletin  de  la  •Société  astronomique  de  France.  IS'.iS. 

(-)  Je  me  permettrai  une.  seule  citation  :  «  Flammarion  si  è  jiroposto  di  sottrarrc 
qiiesto  tema  (délia  phiralità  di  mondi  abitati)  alla  fmtasia  dei  poeti  et  ail'  arbitrario 
dei  novellieri,  e  di  circondare  l'ipotesi  con  tuUu  l'àpparato  scieatitico  che  oggi  à  pos- 
sibile  chiamare  in  suo  soccorsu  :  «  Faire  convergi-r  toutes  les  lumières  de  la  Science 
>.  vers  ce  grand  point  :  la  'Vie  universelle...  "  Qiiesto  è  lo  splendido  programma  al 
quale  il  cosmologo  francese  ha  consacrato  il  suo  ingegno  e  la  sua  varia  eultura.  « 


252  LA  PLANÈTE  MARS.  1895 

mètres  de  la  Terre  ;  c'est  146  fois  la  distance  de  la  Lune.  On  peut  distinguer  sur  la 
Lune  des  objets  de  500  mètres  de  diamètre  et  des  lignes  de  iOO  mètres  de  largeur. 
Sur  Mars  on  ne  peut  distinguer  que  des  ol)jets  de  00  à  70  kilomètres  de  diamètre 
ou  des  lignes  de  30  kilomètres  de  largeur.  Le  cours  d'un  fleuve  comme  le  Pô 
serait  facile  à  distinguer  sur  la  Lune  dans  toute  sa  longueur,  mais  aucun  des 
[ihis  grands  fleuves  de  la  Terre  ne  serait  visible  sur  Mars.  Tandis  qu'une  petite 
ville  jiourrait  être  vue  sur  la  Luni_\  il  faudrait  au  moins  imo  ile  arj'ondie  de  la 
grandeur  de  Majorque,  ou  allongée  de  la  grandeur  de  Chypre  ou  Candie  pour  être 
visible  sur  Mars. 

Les  configurations  géographiques  de  Mars  sont  stables  dans  leur  forme  géné- 
rale, car  les  dessins  de  lluygens  montrent,  en  1050,  la  Grande  Syrte,  ceu.x  de 
Maraldi  en  1704,  la  mer  Cimmérienue  et  la  mer  des  Sirènes,  ceux  de  liianchini 
en  1719,  lamer  Tyrrbénienne  et  la  péninsule  IIespérie,etc.  Mais  cette  stabilité  ue 
s'étend  pas  à  cerlains  détails.  Les  observations  ont  mis  hors  de  doute  qu'un  grand 
nombre  de  régions  changent  de  couleur  selon  la  saison  et  selon  l'inclinaison  des 
rayons  solaii'es.  Ces  variations  se  présentent  sur  la  Terre,  mais  un  fait  qui  n'ar- 
rive pas  ici  est  qiu^  les  contours  des  grandes  taches  subissent  parfois  des  varia- 
tions, petites  si  l'on  a  égard  aux  dimensions  des  taches,  mais  cependant  assez 
grandes  pour  être  visibles  d'ici.  L)e  plus,  ces  contours  ne  sont  pas  toujours  éga- 
lement I)ien  définis.  De  très  minutieux  détails  se  voient  mieux  à  certaines  époques 
et  moins  bien  à  d'autres,  et,  de  plus,  peuv  _nt  d'un  temps  à  un  autre  varier  d'aspect 
et  de  forme  sans  que  toutefois  on  puisse  avoir  aucun  doute  sur  leur  identité. 
Notons  aussi  que  Mars  a  une  atmosphère  assez  dense  <■  abbastanza  densa  »  et 
une  météorologie  individuelle.  Toutes  ces  variations  indiquent  un  système  gran- 
diose d'événements  naturels  qui  donnent  à  l'étude  de  Mars  un  intén'a  bien  supé- 
rieur à  celui  qui  dérive  de  l'observation  topographique  dune  surface  immuable 
ot  inerte  comme  paraît  être  celle  de  la  Lune.  La  planète  Mars  n'est  pas  un  désert 
aride  :  elle  vit,  et  sa  vie  se  manifeste  avec  un  ensemble  très  compliqué  de 
phénomènes,  dont  une  partie  se  développe  sur  une  échelle  assez  vaste  pour  être 
observable  des  habitants  de  la  Terre.  Il  y  a  là  un  monde  entier  de  choses  nouvelles 
à  étudier,  éminemment  propres  à  exciter  la  curiosité  des  observateurs  et  des  phi- 
losophes, et  qui  od'riront,  pendant  haigtemps,  des  sujets  d'étude  astronomique  et 
continueront  de  pousser  au  perfectionnement  continu  des  instruments  d'optique. 
'J'ellcs  sont  la  variété  et  la  complication  des  phénomènes  (|u'une  analyse  com- 
pli'te  et  i)atiento  jiourra  seule  conduire  à  la  découverte  des  loisqiu  les  produisent 
et  ;\  la  connaissance  de  la  constitution  [ihysique  d'un  monde  si  semblable  au  notre 
sous  certains  rapi>orts  et  si  différent  à  d'autres  égards. 

Au  iKjiubre  des  sujets  d'observation  les  i)lus  intéressants  on  doit  signaler  les 
variations  p('riodiques  des  neiges  iiolaires  correspoiuiant  aux  saisons.  Nos  saisons 
terrestres  diu'cnt  trois  mois  chacune  :  celles  de  Mars  ont  une  durée  presque  double, 
•172  jours  en  nmyenne,  l'année  étant  de  CS7  jours.  On  a  pour  Ihémisphère  boréal 
des  deux  planètes  : 


SCIIIAI'ARKI.LI.    —   I. A    \\E  Sllt    MARS.  2o3 

La  Terre.  Mars. 

Printemps 93  jours.  199  jours. 

Kté 93      •>  182      » 

Automne 90      »  l-'iG      « 

■     Hiver 89      ..  160      « 

Ces  neiges  polaires  s'éteudaicnl  en  !8'J-.',  jim-  exemple,  [lour  le  pr')le  austral  de 
Mars,  al'Ts  incliné  vers  nous  et  bien  visililc,  jusqu'au  70'=  (legn''  do,  latitude,  au 
mois  ilejuillet,  formant  une  calotte  de  -2000  kilomètres  de  diaméti-e.  8i.\  mois  plus 
tard,  elles  étaient  réduites  à  leur  minimum,  h  un  point  blanc,  de  300  kilomètres  à 
peine.  C'était  l'été  de  l'hémisphère  austral  de  Mars,  le  solstice  ayant  eu  lieu  le 
13  octobre. 

L'observation  des  accroissements  et  diminutions  des  neit^es  polaires,  qui  peut 
être  faite,  même  à  l'aide  d'instruments  modestes,  devient  d'autant  plus  inté- 
ressante et  instructive  qu'on  en  suit  plus  attentivement  les  ibHails  à  l'aiilo 
d'instruments  plus  puissants.  On  voit  alors  la  couche  de  neige  fondre  graduelle- 
ment le  long  de  ses  bords,  des  trous  noirs  et  lie  larges  crevasses  se  former,  do 
grands  lambeaux  isolés  se  détacher  de  la  masse  principale  et  disparaître  en 
fondant  peu  à  peu.  C'est  absolument  ce  qui  se  présente  autour  de  nos  pôles  pen- 
dant l'été  d'après  les  descriptions  des  explorateurs. 

Les  neiges  polaires  australes  se  trouvent  au  milieu  d'une  grande  tache  sombre 
qui  occu]]e,  avec  ses  ramiticatious,  envirun  un  tiers  de  la  sui-face  de  Mars.  Les 
boréales,  au  contraire,  se  trouvent  sur  une  région  claire  ou  continentale,  où  leur 
fusion  produit  une  sorte  d'inondation  qui  convertit  en  mer  temporaire  un  très 
vaste  espace  de  terre.  En  remplissant  toutes  les  régions  plus  basses,  cette  inon- 
dation a  fait  parfois  supposer  la  présence  d'une  mer  qui  n'existe  pas.  La  zone 
obscure  suit  le  périmètre  des  neiges  à  mesure  que  leur  étendue  diminue  par  la 
fusioo  et  se  rétrécit  sur  une  circonférence  de  plus  en  plus  étroite.  Cette  zone  se 
ramifie  extérieurement  en  traînées  sombres  qui  occuiient  toute  la  région  envi- 
ronnante et  paraissent  être  des  sortes  de  canaux  distributeurs  par  lesquels  les 
masses  liquides  retournent  à  leurs  réservoirs  naturels.  Des  lacs  très  étendus 
naissent  eu  ces  régions,  tels,  par  exemple,  que  le  lac  Ilyperborcus;  la  mer  Aci- 
dalienne,  voisine,  devient  plus  noire  et  plus  marquée.  C'est  l'écoulement  de  ces 
neiges  liquétiées  ([ui,  sans  aucun  doute,  a  déterminé  l'état  hydrographique  de  la 
planète  et  les  changements  que  l'on  observe  périodiquement  dans  ses  aspects. 
Quelque  chose  d'analogue  se  produirait  sur  la  Terre  si  l'un  de  nus  pôles  venait  à 
être  transporté  subitement  au  centre  de  l'Afrique.  Les  gonllements  que  l'on 
observe  dans  nos  torrents  à  la  fonte  des  neiges  des  Alpes  en  donnent  aussi  une 
petite  image. 

C'est  au  mois  de  septembre  que  les  glaces  polaires  terrestres  sont  le  plus 
réduites,  et  c'est  aussi  le  meilleur  mois  pour  les  excursions  sur  les  glaciers.  Si 
nos  mois  avaient  60  jours  au  lieu  de  30  jours,  si  l'action  solaire  durait  deux  l'ois 
plus  longtemps,  il  n'est  pas  douteux  que  les  glaces  polaires  seraient  beaucoup 
plus  fondues,  peut-être  même  entièrement.  C'est  ce  ([ui  arrive  sur  Mars.  Les 


254  LA    l'LANÈTE   MARS.  1895 

neiges  s'amoncellent  durant  la  longue  nuit  polaire  de  10  ou  12  mois  et  descendent 
jusqu'au  delà  du  70'  degré  de  latitude;  mais,  pendant  les  10  ou  12  mois  suivants, 
le  Soleil  d'cté  a  le  temps  de  fondre  presque  toute  la  neige. 

Remarquons  aussi,  dans  la  zone  torride  de  Mars,  un  point  situé  par  268»  de 
longitude  et  16"  de  latitude  boréale,  où  la  neige  a  été  vue  pendant  trois  opposi- 
tions successives  (1877-1882).  Il  y  a  sans  doute  là  une  montagne  couverte  de 
glaciers  ('). 

Ces  neiges  polaires  sont  des  précipitations  de  vapeur  condensée  par  le  froid. 
Est-ce  de  la  vapeur  d'eau?  Les  recherches  d'analyse  spectrale,  principalement 
celles  de  Vogel,  semblent  bien  l'indiquer.  Si  ce  fait  était  incontostalde,  il  s'en- 
suivrait que  la  température  de  cette  planète  serait  peu  différente  de  la  notre,  et 
non  pas  de  50  ou  60  degrés  au-dessous  de  zéro,  comme  on  l'a  supposé,  car  dans 
ce  cas  la  vapeur  d'eau  ne  serait  pas  un  des  éléments  principaux  de  l'atmosphère 
de  Mars  et  il  faudrait  plutôt  songer  à  l'acide  carbonique  ou  à  d'autres  liquides 
dont  le  point  de  congélation  serait  très  bas. 

Les  nuages  sont  très  rares  sur  Mars.  Tandis  que  la  géographie  terrestre  serait 
si  rarement  et  si  difficilement  reconnaissable  pour  un  observateur  situé  dans 
l'espace,  par  exenqile  sur  la  Ijune,  à  cause  des  nuages  qui  s'étendent  presque 
constamment  dans  notre  atmosphère,  il  n'en  est  pas  de  même  sur  Mars,  toujours 
nettement  visible.  Çà  et  là,  on  aperçoit  parfois  des  voiles  blanchâtres,  notam- 
ment sur  les  îles  de  la  mer  australe,  sur  l'Elysium  et  le  Tempe.  Leur  blancheur 
est  généralement  plus  grande  ]<•  matin  et  le  soir  qu'à  midi.  Ce  pourraient  être 
des  brouillards,  on  de  la  rosée,  ou  de  la  gelée  blanche. 

Tout  conduit  à  penser  que  le  climat  de  Mars  est  celui  de  nos  hautes  monta- 
gnes, très  chaud  en  plein  soleil  de  jour,  très  froid  pendant  la  nuit.  Pas  de  nuages 
en  général,  pas  de  pluies,  des  cirri  et  de  la  neige. 

Certaines  régions  paraissent  intermédiaires  entre  l'eau  et  la  terre.  Telles  sont 
les  îles  éparses  dans  la  mer  australe  et  la  mer  Erythrée,  les  péninsules  de  Deu- 
calion  et  de  Pyrrlia,  ainsi  que  Baltia  et  Nerigos.  L'idée  la  plus  naturelle  et  la 
plus  conforme  à  l'analogie  est  de  supposer  là  do  vastes  lagunes,  dont  le  ton  varie 
selon  la  profondeur  d'eau.  Plus  il  y  a  d'eau,  plus  le  ton  est  foncé. 

L'aspect  de  la  planète  vai'ie  constamment:  «  Une  carte  générale  ne  peut  jamais 
représenter  ce  qui  est,  mais  un  ensemble  de  ce  qui  a  été  vu.  Le  meilleur  moyen 
de  se  rendre  compte  des  vrais  aspects  de  la  planète  est  d'examiner  les  centaines 
de  dessins  réunis  dans  l'ouvra;-'!.'  de  Flammarion.  Voici  un  exemple  :  Le  15  sej - 
tembre  1892,  le  disque  do  Mars  se  présentait  tel  que  le  montre  la  figure  sui- 
vante (  191  ):  la  côte  de  la  mer  Hrytlirée,  le  Phison,  l'Euphrato  probablement, 
double,  la  double  corne  du  golfe  Sabanis  avec  l'Oroute  et  le  Gehon,  le  golfe  des 
l'erles,  avec  l'Indus,  l'Ilydaspo  et  la  Jamuna.  Ce  qui  est  le  ]dus  remarquable  sur 
ce  dessin,  c'est  la  grande  ile   blanche  qui  s'élève  en  tournant  presque  jusqu'au 

(')  .Wix  atlanlica,  à  gauche  de  la  mer  du  Sablier,  au-dessous  du  Nc^ijcnthès. 


sr.m Ai'AUEi.Li.  -  i.A  Ml-:  snt   mars.  255 

pôle  et  qui  réunissait  eu  un  même  tracé  clair  les  îles  de  Deucalion,  de  Noachis 
et  d'Argyre,  formant  un  tout  d'une  longueur  de  GOOO  kilomètres,  d'un  ton  mêlé 
de  jaune  et  de  gris.  C'était  là  un  aspect  tout  particulier  (').  Le  disque  oiTrait 
une  pliase  légère,  analogue  à  celle  de  la  I.une  deux  j(jurs  ;ivanl  la  jilpine-l.uno. 
En  haut,  neige  polaire  australe  ». 

Si  l'on  admet,  ce  (|ui  est  le  plus  probable,  que  les  mers  martiennes  soient  vrai- 
ment formées  d'eau,  on  ne  peut  douter  que  les  canaux  en  soient  le  prolongement 
;\  travers  les  continents.  Cette  conclusion  est  confirmée  par  le  fait  qu'aux  époques 
<le  la  fonte  des  neiges  polaires  les  canaux  deviennent  pins  foncés  et  plus  larges, 


Ki^   lui.  —  .Mars  le  Mjir  du  15  septembre  189?.  (  Dessin  de  >I.  Schiajarelli.) 

se  dévelo|ip.'int  au  puiatde  réduire  en  certains  moments  à  d'étroites  iles  toute  la 
surface  eontineiuale  comprime  entre  leur  parcours.  Quand  les  neiges  ont  cessé  de 
fondre,  les  canaux  se  rétrécissent  et  les  aires  jaunes  reprennent  leur  étendue 
primitive.  Ce  curieux  réseau  des  canaux  a  sans  doute  ]iour  cause  première  la 
constitiilion  géologique  de  la  planète  et  les  siècles  l'auront  entièrement  formé. 
Il  n'esi  pisnéi-essaire  d'y  supposer  l'action  d'êtres  intelligents,  et  malgré  l'aspect 
géouiétriqiii'  de  ce  système,  on  peut  admettre  qu'il  est  le  produit  de  l'évolution 
de  la  planète,  comme  sur  la  Terre  le  canal  de  Mauica  et  du  Mozambique. 

(')   l'oir  aiis>i  plus  haut,  p.  78. 


25G  •  LA   PLAxNÈTE  MAliS.  1895 

Ce  serait  un  problème  non  moins  curieux  que  compliqué  d'c^tudier  le  régime 
de  CCS  immenses  cours  d'eau  d'où  dépend,  sans  doute,  princii)alenient  la  vie 
organique  de  la  planète,  étant  donné  que  cette  vie  existe.  Les  variations  d'aspect 
montrent  que  ce  régime  n'est  pas  constant.  Parfois  ces  canaux  sont  d'une  largeur 
considérable,  qui  peut  s'étendre  à  100  et  -200  kilomètres,  ce  qui  est  arrivé,  notam- 
ment, pour  riiydaspe  eu  186i,  pour  le  Sinnente  eu  1879,  pour  l'Acliéron  en  1884, 
pour  le  Triton  en  1888.  Il  y  a  là  des  variations  énormes. 

Les  saisons  font  varier  considérablement  les  taches  foncées,  parmi  lesquelles 
on  eu  ]ieut  citer  de  fort  petites,  telles  que  la  Fontaine  de  Jeunesse  et  le  lac 
Mœris,  qui  ne  dépassent  jamais  100  à  150  kilomètres  de  diamètre. 

Mais  le  phénomène  le  plus  surprenant  des  canaux  de  Mars  est  encore  leur 
gémination,  laquelle  semble  se  produire  principalement  dans  les  mois  qui  précè- 
dent ou  dans  ceux  qui  suivent  la  grande  inondation  boréale,  c'est-à-dire  l'époque 
des  équinoxes.  En  conséquence  d'un  rapide  progrès  qui,  certainement,  dure 
peu  de  jours,  et  parfois  même  quelques  heures  seulement,  et  dont  nous  ne  con- 
naissons pas  encore  les  détails,  un  canal  change  d'aspect,  et  li'un  trait  se  trouve 
transformé  dans  toute  sa  longueur  en  deux  lignes  parallèles  uniformes.  La 
distance  entre  les  deux  nouveaux  canaux  s'étend  parfois  jusqu'à  600  kilomètres; 
leur  ton  varie  du  jaune  roux  au  noir.  Non  seulement  des  canaux,  mais  des  lacs 
se  dédoublent 

Ces  géminations  ne  se  manifestent  pas  toutes  ensemble,  mais  commencent  à 
se  produire  çà  et  là  à  leur  saison,  sans  ordre  apparent.  Certains  canaux  ne  se 
dédoublent  pas,  par  exemple  le  Xilosyrtis.  Au  bout  de  quelques  mois,  elles 
s'effacent,  généralement  vers  le  solstice  austral  de  la  planète.  Les  variations  de 
largeur,  d'intervalles,  de  position  et  de  tons  observés  montrent  que  ces  gémi- 
nations  ue  peuvent  pas  être  des  fonctions  stables,  géographiques,  comme  les 
canaux. 

L'observation  en  est  d'une  extrême  difficulté  et  ne  peut  être  faite  que  par  un 
œil  bien  exercé  ayant  à  sa  disposition  un  instrument  d'une  grande  puissance  et 
d'une  construction  soignée. 

Leur  aspect  singulier,  leur  dessin  géométrique,  qui  rappelle  les  travaux  faits 
à  la  règle  et  au  compas,  ont  conduit  à  y  voir  l'iruvre  d'êtres  intelligents  habitant 
cette  planète  voisine.  «  Je  me  garderai  bien,  ajoute  l'auteur,  de  combattre  cette 
opinion,  «[ui  n'a  rien  d'irrationnel  :  mais,  en  tout  cas,  ce  ne  sont  pas  des  travaux 
de  caractère  permanent,  puisqu'une  môme  gémination  jjcut  clianger  d'aspect  et 
de  grandeur  d'une  saison  à  l'autre.  —  On  peut  imaginer  des  œuvres  qui  n'ex- 
cluent pas  la  variabiliti',  comme  des  travaux  de  culture  et  d'irrigation  sur  une 
grande  échelle.  Remar([uons  aussi  que  si  l'intervention  d'êtres  intelligents  peut 
expliquer  l'aspect  géoniétriijuc  dos  géminations,  elle  n'est  p:is  indispensable, 
néanmoins,  car  la  nature  agit  souvent  géométriquement  :  les  s|iliéroïilos  parfaits 
des  corps  célestes  et  l'anneau  de  Saturne  n'ont  pas  été  travadlés  au  tour,  et 
ce  n'est  pas  avec  le  compas  (jue  l'arc-en-ciol  aux  splendides  couleurs  est  tracé' 


SC.IIIAI'AKKI.LI.    -     LA    VIF.  SUR    .\1AKS.  257 

dans  les  nues.  Et  que  dinnis-nous  des  iiolyrdres  si  réguliers  du  uioude  dos 
cristaux!  Kt  dans  le  monde  or£ranii|ue,  n'avons-uous  pas  les  rcuillcs  syuirtrii[ues 
des  plantes,  les  fleurs  étoilées  des  prairies,  les  animaux  de  la  mer,  les  spirales 
des  coquilles  aussi  élégantes  que  les  plus  beaux  dessins  de  l'architecture 
gotiiique?  Dans  toutes  ces  choses,  les  formes  géométriques  sont  des  consé- 
quences simples  et  nécessaires  des  luis  qui  gouvernent  le  monilo  pliysiqiio  el 
physiologique. 

Le  plus  simple  est  donc  d'abord  de  supposer  que  les  géininations  martiennes 
ont  pour  cause  les  forces  de  la  nature  inorganique.  LUes  peuvent  être  des  effets 
de  lumière  dans  l'atmosphère  de  Mars,  ou  des  illusions  d'optique  produites  par 
la  vapeur,  ou  des  phénomènes  de  glace  d'un  hiver  perpétuel  au([uel  toute  la 
I)l;>nète  serait  condamnée,  ou  des  crevasses  doubles  à  la  surface  de  cette  glace, 
ou  des  crevasses  simples  dont  l'image  se  doublerait  par  l'ell'et  de  fumées  vomies 
sur  de  longues  lignes  et  déplacées  latéralement  par  le  vent.  L'examen  de  ces 
explications  conduit  toutefois  à  conclure  qu'aucune  d'elles  n'est  satisfaisante,  ni 
pour  l'ensemble  des  faits  observés,  ni  puur  les  détails.  Il  est  difficile  de  s'arrêter 
a  aucune. 

Il  serait  plus  facile  de  se  satisfaire  en  introduisant  l'action  des  fnrcos  orga- 
niques. Ici  le  champ  des  hypotlièses  s'agrandit  et  des  combinaisnns  inlinies  se 
présentent.  Des  changements  de  végétation  sur  des  espaces  étendus  et  des 
générations  de  petits  animaux  en  nombre  immense  pourraient  fort  bien  êlr.î 
visibles  à  cette  distance.  Un  observateur  placé  sur  la  Lune  lunirrait  constater 
l'époque  de  nos  labours  et  celle  de  nos  moissons.  L'herbe  des  steppes  de  l'Eu- 
rope et  de  l'Asie  serait  indiquée,  à  la  distance  de  Mars,  par  le  changement  de  la 
coloration.  Mais  combien  difficilement  les  Lunarieus  ou  les  'Martiens  pourraient 
imaginer  les  véritaliles  causes  des  changements  de  tons  observés  siu'  la  Terre 
sans  avoir  aucune  connaissance  de  la  nature  terrestre  !  Nous  sommes  dans  le 
même  cas  pour  Jlars,  et  tous  nos  essais  d'explication  sont  arbitraires.  Un  rayon 
subit  de  lumière  pourra  briller  un  jour  ou  l'autre,  comme  l'invention  inattendue 
de  l'analyse  spectrale.  Espérons,  et  continuons  d'étudier. 


La  Vie  sur  la  planète  Mabs. 

Deux  ans  après  l'étude  précédente,  M.  Si-liia[iarelli  revenail  sur  le  iin'uue 
sujet  darLS  un  nouvel  article  non  moins  iuléressant  et  peut-cire  plus 
curieux  encore,  que  nous  allons  également  résumer. 

Pendant  l'opposition  de  Is'Ji.  on  a  vu  les  glaces  polaires  australes  diuiinuer, 
du  io  mai  au  15  août,  de  2S00  à  GOO  kilomètres  de  diamètre.  .\  la  première  date, 
elles  s'étendaient  jusqu'à  IIT"  de  latitude.  Celte  diminution  en  .Si)  joui-s  correspond 
à  13  kilomètres  par  jour.  Ensuite  elles  restèrent  statiunnaires.  Le  solstice  d'été 
arriva  le  :J1  août,  et  avec  lui  la  plus  grande  irradiation  solaire  sur  cette  région. 
F.,  11.  17 


258  LA  PLANÈTK   MARS.  1895 

Cependant  le  2'i  septembre  cette  calotte  polaire  était  encore  juste  telle  qu'au 
milien  d'août.  A  la  fin  de  septemlire,  la  fonte  des  neiges  reprit  et  la  calotte 
j)olaire  conlinua  à  se  rétrécir,  si  bien  que,  vei's  le  25  octobre,  M.  Schiaparelli 
n'eu  distinguait  plus  du  tout.  (Cependant,  à  Juvisy,  nous  avons  continué  à  aper- 
cevoir encore  un  petit  point  blanc  minuscule,  et  il  eu  a  étc'  de  mémo  pour 
M.  Barnard,  au  mont  Hamilton.  et  pour  M.  Brenner,  on  Istric.  ) 

Cette  rapide  fusion  d'une  aussi  grande  quantité  de  neiges  ne  peut  être  sans 
conséquence  sur  les  conditions  hydrographiques  de  la  planète.  Sur  la  Terre,  la 
fusion  des  neiges  arctiques  et  antarctiques  n'a  pas  une  grande  importance,  parce 
que  les  calottes  polaires  glacées  sont  foules  les  deux  environnées  il'ua  océan, 
t|ui  va  d'un  pôle  à  l'autre  :  si  son  niveau  s'élève  iiar  la  fnsion  d'une  partie 
Lies  neiges  polaires,  d'autre  part  il  décroît  par  la  congélation  des  neiges  de 
l'autre  pôle.  Une  semblable  compensation  ne  peut  avoir  lieu  sur  Mars,  la  grande 
nier  qui  entoure  le  ])i'ile  sud  (■tant  entièrement  séparée  des  autres  mers  beaucou|i 
plus  petites  qui  sont  voisines  ihi  pôle  nord.  L'équilibre  des  masses  liquides  des 
deux  liémisphères  ne  peut  s'établir  que  par  le  moyen  de  l'écoulement  à  travers 
les  continents  qui  occupent  les  régions  intermédiaires,  et  telle  est  la  cause  pour 
laquelle  les  variations  que  l'on  observe  dans  le  système  hydrographique  de  la 
]ilanète  doivent  être  attribuées  en  ijrandc.  partie  à  celte  attcrnalire  de  congé- 
lation et  de  fiiRion  des  neiges  autour  des  deux  pôles. 

Les  canaux  sont  sans  doute  des  dépressions  du  sol,  d'une  largeur  de  100  à 
'JllO  kilomètres  et  plus,  peu  profondes,  allant  en  lignes  droites  de  long  de  milliers 
de  kilomètres.  L'absence  do  pluie  fait  qu'ils  constituent  le  mécanisme  principal 
pur  lequel  l'eau  et  la  vie  se  répandent  à  la  surface  aride  de  la  jilanète. 

Sur  la  Terre,  les  changements  de  saisons  se  correspondent  dans  les  deux 
liémisphères  avec  des  elfets  presque  entièrement  symétriques.  Les  périodes  de 
froid  et  de  chaleur,  de  sécheresse  et  de  pluie,  se  snccôdent  alternativement  à 
des  intervalles  de  six  mois  et  à  peu  près  symétriquement  sur  chaque  hi'unisphère. 
Sur  Mars,  les  différences  de  saisons  sont  beaucoup  plus  marquées  pour  chaque 
hémisphère.  Comme  on  peut  le  voir  à  l'insiiei'tion  d'une  carte,  tout  l'Océan  est 
concentré  autoui'  du  p(ili'  austral,  aui[nel.  par  coiiséiiuent,  ainsi  i|u'aux  rc'gions 
circonvoisines,  doit  correspondre  une  vaste  dépression  du  sut  de  la  planète. 
L'hémisphère  boréal,  au  contraire,  étant  presque  entièrement  occupé  par  un  grand 
continent,  nous  sonmics  raisonnablement  iiorlés  à  penser  qu'il  y  a  là  des  terres 
élevées,  surtout  aux  environs  du  pôle  nord.  Il  doit  en  résultei'  pour  les  idiniats 
et  la  vie  organiijue  dos  consé(piences  bien  diverses  suivant  qu'il  s'agit  de  la 
fonte  des  neiges  boréales  ou  australes.  Et  c'est  là  un  jioiut  qui  mcrile  de  nous 
arréti'i'  un  instant. 

Considérons  d'abord  la  calotte  des  glaces  polaires  australes,  qui  se  forme 
entièrement  sur  l'océan  martien  et  en  occupe  parfois  le  tiers  ou  le  quart.  La 
fusion  do  ces  glaces  a  pour  résultat  une  éhivation  du  niveau  général  de  l'Océan 
cl  des  petiles  mers  iutt'rieures  qui  l'onvironnent  comme  appendices.  Cette  élé- 


Si.IllAl'AKKI.ll.  I.\   VI1-:    suit    MAUS.  2:>'J 

vation  de  nivo;iu  jieut  s^ufliro  ;i  iiiiiinlor  tmitos  les  ]):uii('s  hii^ises  des  coiiiiiieii(s 
et  spdcialeiiieiit celles  qui  sont  voisines  de  l'Ooéan.  Kn  ollet,  ilans  ectie  saison  de 
l'inondation,  nous  voyons  beaucoup  i)lns  foncées  et  plus  niarqui'os  non  seulement 
les  mers  intérieures,  Adriati([ue,  'Pyrrliénienne,  CiinnuM-ienne,  des  Sirènes,  etc.. 
mais  encore  les  détroits   plus  ou  moins  vastes   qui    les   unissent  à   l'Océan,    et 
l'Océan    hii-uiëme.   Les  jiolfes  qui  d>'coupent    le  conlineiit  deviennent  plus  visi- 
bles, et  avec  eux  plusieurs  des  .grands  canaux  (jui,  de   l'Océan,   directement  se 
poussent  dans  les  terres  :  par  exemple  la  f,'rande  Syrte  et  la  Nilosyrtis  qui   en 
procède.   Cette  grande  extension  de  l'océan,   iionrianl.   n'arrive  pas  jusqu'aux 
contrées   plus  intérieures  des  continents   et  aux  régions  boréales  plus  élevées. 
La  fonte  des  neiges  australes  a  pour  effet  de  faire  sortir  l(>s  mers  de  leur  lit  et 
d'occasionner  ç;\  et  là  des  inondations  partielles  vers  les  rivages.  11  est  douteux 
que  ce  fait  puisse  êlre  favorable  à  la  vie  organique  et  aux  habitants  di:  la  planète. 
[)(ï  telles  usurpations  périodiques  de  la  mer  sur  les  continents  ressemblent  imi 
grand  au  flux  et  au  reflux  de  nos  marées,  ipii  n'est  pas  une  bénédiction   pour  la 
Hollande  et  le  littoral  nord-ouest  de  l'Allemugne,  dont  les  habitants  se  di'feiident 
comme   ils  peuvent  à  l'aide  de  digues,    l^our  Mars,   la   nature  chimii[ue  de   la 
substance  dissoute  dans  l'Océau  devrait   être   prise   eu    considération.  Si,  par 
exemple,  cette  eau  est  saléa  comme  celle  de  nos  mers,  la  /one  envahie  à  chaque 
retour  de  l'été  (tous  les  23  mois)  jiourrait  servir  à  la  fornuïtion  de  vastes  salines 
ou  donner  lieu  à  une  végétation  d'un  caractère  spécial.  Kn  aucun  cas  cette  eau 
ne   pourrait  servir   à.  la  culture   et  aux   travaux  agricoles  tels  que   nous  les 
pratiquons. 

Tout  difTérent  est  l'état  de  choses  résultant  de  la  fusion  des  neiges  boréales. 
Situées  au  centre  du  continent,  les  masses  liquides  produites  par  cette  fusion 
se  répandent  à  la  circonférence  de  la  région  neigeuse  et  convertissent  en  mer 
temporaire  une  large  zone  de  terre,  et,  descendant  vers  les  régions  plus  basses, 
produisent  une  immense  inondation  parfaitenient  observable  d'ici.  Cette  inonda- 
tion s'étend  en  ramifications  nombreuses  et  donne  naissance  à  de  vastes  lacs, 
au  lac  llyperboroc,  à  la  mer  .Vcidalienne.  De  grandes  traînées  d'eau  se  dirigent 
Acrs  l'hémisphère  austral  et  vers  l'Océan,  bassin  naturel  des  eaux  martiennes. 

Ija  neige  est  le  produit  d'une  distillation  atmosphérique,  dans  laquelle  l'eau 
est  à  son  maximum  de  pureté.  Autrement,  l'évaporation  de  nos  mers  conduir.iit  à 
la  formation  de  pluies  d'eau  salée  et  de  neige  salée.  Mais  le  sel  ne  s'évapore  pas. 
L'eau  des  pluies  et  des  neiges  est  douce  et  pure.  La  grande  inondation  boréale 
de  Mars  résultant  de  la  fonte  des  neiges  sur  le  sol  est  donc  do  l'eau  duuce.  S'il 
y  a  là  une  vie  organique,  son  entretien  est  dû  surtout  à  cette  eau.  Lt  s'il  y  a  sur 
Mars  une  population  d'êtres  raisonnables  capables  de  combattre  l;i  nature  et  de 
la  contraindre  à  servir  ses  besoins,  la  distribution  régulière  de  celte  eau  douce 
sur  les  i-égious  aptes  à  la  culture  doit  constituer  le  problème  principal  et  les 
préoccupations  continuelle  des  ingénieurs  et  des  statisticiens. 

Nous  sommes  très  privilégiés  sur  la  Terre.  La  pluie  tonilie  gratuitement,  et 


%{)  LA   l'LANÈTE   MAKS.  1895 

gr  iiiiitement  aussi  la  neige  se  condense  au  sommet  des  montagnes.  Les  ruisseaux 
et  les  rivières  nous  apportent  l'eau  sans  fatigue  pour  nous.  Les  pauvres  Martiens 
ont  des  conditions  d'existence  beaucoup  plus  dures.  Rares  sont  les  nuages,  nulles 
les  pluies.  Ni  fontaines,  ni  cours  d'eau.  Toute  la  ressource  est  la  grande  inonda- 
tion boréale  dont  il  vient  d'être  question.  Il  faut  atout  prix  utiliser  cette  eau 
avant  qu'elle  aille  so  perdre  dans  la  mer  australe,  sans  compter  les  pertes  inévi- 
tables duos  à  r('vaporatioii,  aux  infiltrations,  ans  erreui'S  de  distribution,  etc.  La 
vie  des  citoyens  en  dépend. 

On  va  croire  que  nous  entrons  dans  le  roman.  Moins  peut-être  que  certaines 
publications  audacieuses  et  non  inoffensives  ([ui,  sous  le  nom  sacré  de  la  Science, 
s'impriment  dans  les  livres  et  se  [)r(''cbeiit  dans  les  assemblées  et  à  l'Université 
même. 

Les  canaux  ne  sont  pas  aussi  larges  qu  ils  le  paraissent,  autrement  ils  donne- 
raient passage  en  i)eu  d'heures  h  toute  l'eau  de  l'inondation.  Non  seulenieut  les 
eaux  ne  pourraient  être  appliquées  pendant  plusieurs  mois  à  la  culture,  mais 
encore  elles  seraient  revenues  à  la  mer  avant  qu'on  ait  pu  en  tirer  aucun  service. 
Ce  sont  là  des  7,ones  de  végétation  à  gauche  et  à  droite  des  canaux,  lesquels  ne 
sont  pas  assez  larges  pour  être  perceptiides  d'ici.  Le  reste  des  continents,  d'mie 
couleur  jaune,  est,  sans  doute,  conqîlètement  aride  et  désert. 

Quoique  la  jiesanteur  soit  plus  faible  sur  Mars  qu'ici,  l'eau  a  toujours  une 
tendance  à  descendre  et  à  se  r('pandre  dans  les  bas  sillons  de  la  végétatio)i, 
sillons  qui  ont  les  dimensions  de  la  mer  Rouge,  et  auxquels  le  nom  de  vallées 
conviendrait  entièrement.  Les  plateaux  supi'rieurs  restent  secs.  Ces  larges 
vallées  aboutissent  à  des  lacs,  à,  des  mers,  ou  à  d'autres  vallées. 

Comme  le  tou  foncé,  effet  de  la  végétation  ou  de  l'irrigation,  occupe  toute  la 
largeur  apparente  de  ces  vallées,  les  deux  pentes  latérales  sont  accessibles  à 
l'eau  aussi  bien  que  le  fond.  Leur  énorme  largeur  nous  fait  penser  qu'elles  ont 
été  creusées  par  la  nature  et  non  par  un  travail  humain. 

Si  pourtant  on  arrête  sou  attention  sur  certains  détails  et  surtout  sur  les  mysté- 
rieuses géminations  et  leur  extraordinaire  régularité',  l'idée  que  certaines  parties 
secondaires  peuvent  être  dues  à  des  êtres  intelligents  ne  doit  pas  être  rejetée 
comme  une  ali^urdité,  an  contraire. 

Supposons,  un  instant,  que  tout  cela  soit  naturel,  sans  intervention  de  pensée 
directrice.  Les  neiges  du  jiôle  boréal,  à  mesure  qu'elles  sont  fondues,  courent  à 
l'Océan  eu  suivant  les  vallées  qui  leur  offrent  le  chemin  le  plus  facile.  Si  le  huid 
des  vallées  est  concave,  l'eau  se  rassemble  en  un  courant  assez  étroit  et  ne  s'étend 
l)as  sur  les  pentes  latérales;  elle  n'y  détermine  pas  non  plus  la  végétation  qui 
nous  rend  visibles  ces  vallées.  Le  cours  d'eau  existe,  mais  ne  sera  pas  visible  à 
nos  télescopes,  l'uur  i\nQ  l'eau  et  la  vi'gétatiou  s'étendent  sur  une  largeur  de  100 
ou  21)0  kilomètres,  il  faut  ijue  le  fond  do  la  vallée  soit  plat  et  uniforme.  Nous 
aurons  alors  (|uelque  chose  de  semblable  ;\  un  vaste  marais  dans  lequel  pourr(Uit 
se  dévelopjx'r  une   llorc  et  uuo  faune  analogues  à  celles  de  notre  époiiue  carbo- 


s  cm  A  l'A  lu:  1.1,1. 


i.A  V1I-;  suit  M  A  us. 


ï(;i 


nifère.  Cette  hypothèse  rend  comiite  des  stries  obscures  simples:  mais  le  fait  des 
gémiuatious  temporaires  reste  inexpliqué.  On  n'arrive  pas  à  comprendrit  pour- 
cpioi  en  une  même  vallée  l'arrosemcnt  et  la  véL'étation  se  l'ont  ipiol(|noriiis  sur 
une  seule  ligne,  quelquefois  sur  deux  lignes  parallèles  de  largeur  et  d'intervalles 
inégaux,  entre  lesquelles  reste  un  espace  stérile  ou  dépourvu  d'eau.  Ici  l'inter- 
vention d'une  pensée  intelligente  semble  bien  indiquée. 

Que  le  lecteur  veuille  bien  considérer  la  ligure  suivante,  qui  a  pour  objet  de 
représenter  une  section  transversale  d'une  grande  vallée  martienne.  Soient  AA 
les  bords  extérieurs  de  la  vallée  et  B  le  fond.  Si  à  l'arrivée  de  l'inondation  l'eau 


Fig.  l'J-'.  —  Coupe  iiiia'jiiiniii'  d'un  cinal  de  Mars,  pai-  .\I.  s^cluaiiareUi. 

])('nètre  dans  la  vallée  sans  aucun  arrangement,  elle  suivra  le  fond  ronune  un 
torrent.  Pour  donner  à  toute  la  vallée  l'irrigation  nécessaire  comme  (Quantité  et 
comme  durée,  les  ingénieurs  auront  dû  creuser  le  long  des  ]ientes  des  canaux 
étages  A.  diverses  hauteurs,  m.  n,  ji,  tn'.  n.  p .  Entre  ces  canaux  longitudin:i.ux 
parallèles  le  terrain  suit  sa  pente  naturelle.  L'eau  du  canal  le  plus  élevé  \  m,  m'} 
peut  arriver  au  canal  inférieur  (ii,  n' )  arrosant  toute  la  zone  cultivée  intermé- 
diaire m,  n,  in',  n',  et  ainsi  de  suite.  .\  l'extrémité  boréale,  de  robustes  digues 
maintiennent  l'eau,  qu'on  laisse  arriver  aux  époques  convenables,  tandis  qu'à 
l'extrémité  australe  et  plus  basse  d'autres  purtes  de  canaux  laissent  s'écouler 
l'eau,  ai)rès  les  besoins  réalisés.  Ou  dirige  l'irrigation  à  volonté. 

Imaginons  ((u'en  plein  été  de  l'hémisphère  nord  la  grande  inondation  boréale 
arrive  à  sa  hauteur  maximum.  Le  ministre  de  l'.Xgriculture  ordipune  d'ouvrir  les 
écluses  les  plus  élevées  et  d'emplir  d'eau  les  deux  canaux  supérieurs  m  et  m'. 
L'irrigation  s'étend  alors  sur  les  deux  zones  latérales  supérieures  »i,  ii,  tu',  x'. 
la  vallée  change  de  couleur  en  ces  deux  zones,  et  l'astronome  terrestre  voit  une 
gémiuation.  Lorsque  le  temps  nécessaire  pour  assurer  le  cycle  végétatif  le  long 
de  ces  deux  premières  zones  est  accompli,  on  ouvre  les  écluses  des  canaux  infé- 
rieurs. Les  variétés  et  changements  de  géniiuations  et  de  largeur  do  canaux 
selon  la  fusion  estivale  des  neiges  s'expliqueraient  parfaiteuii'ut  ainsi.  Il  va  sans 
dire  que  les  ingénieurs  n'oublieraient  pas  de  conserver  des  réservoirs  pleins, 
pour  l'arrosage  des  jardins  et  l'usage  quotidien  des  habitants,  et  n'ouvriraient 
les  écluses  inférieures  que  lorsque  l'on  n'aurait  [dus  besoin  de  rien.  Sans  entrer 
dans  plus  de  détails,  il  serait  facile  de  faire  varier  toute  cette  organisation  hydro- 
graphique et  d'expliquer  par  là  toutes  nos  oliservations. 

L'institution  d'un  socialisme  collectif  semble  bien  devoir  résulter  d'une  pareille 
communauté  d'intérêts  et  d'une  solidarité  universelle  entre  les  citoyens,  véritable 
phalanstère  qui  pourrait  être  considéré  comme  le  paradis  des  socialistes.  Ou  peut 


iiil  LA    PLANISTE   MAItS.  1895 

aussi  iiiKinincr  une  grande  l'édi'ratiou  de  riiiiiiianité  dans  laiiuelle  chaque  vallée 
constituerait  un  Etat  indépendant.  L'intérêt  de  chacun  et  l'intérêt  de  tous  ne  se 
distinguent  pas  l'un  de  l'autre;  les  sciences  mathématiques,  la  météorologie,  la 
physique,  l'hj'drographie  et  l'art  des  constructions  y  sont  sans  doute  élevés  à  un 
haut  degrc"  de  perfection  :  les  dissidences  inlei'nationales  et  les  guerres  y  sont 
inconnues:  tous  les  etTorts  intellectuels  qui,  chez  les  habitants  insensés  d'un 
monde  vnisin  sont  consumés  à  se  nuire  réciproquement,  sont  unanimement 
dirigés  à  combattre  l'ennemi  comnnin,  Li  difficulté  que  l'avare  Nature  oppose  à 
chaciuo  pas. 

.Te  laisse  maintenant,  au  lecteur,  le  soin  de  continuer  ces  considérations,  et, 
jiour  moi,  je  descemls  de  l'hippogi-yphe. 

Telles  sont  I(_'S  iugiMiii'uses  et  i.iriginales  considiTations  que  rilluslre 
direcleui'  de  11 ihservatoire  île  .Milan  a  e.\pi)Si/es  dans  cette  curieuse  étude 
sur  Mars,  en  ayant  pris  la  liberté  de  sortir  nu  instant  de  l'austérité  du 
savant  et  du  rnatliéniaticien  à  l.iquelle  ses  profonds  travaux  nous  ont  accou- 
tunii's.  En  nous  adressant  cet  arlicle.il  écrivit,  en  télé  de  la  première  fiage, 
en  manière  d'excuse  :  «  Srmcl  in  anno  ticcl  Insanirc  ».  mots  que  nous  tradui- 
rions volontiers  par  :  Il  est  permis  de  il irr  des  folirs  deu.r  fuis  par  an.  Si  l'on 
n'en  disait  que  de  celte  sorte,  le  monde  ser;iil  pins  sage. 

De  ces  études,  nous  garderons  certains  .•irgunients  applicables  ,iu  [irngrés 
de  notre  connaissance  générale  de  la  jdanète  :  variations  des  asiieits  de  la 
surface  dues  à  l'eau  produite  par  la  fonte  des  neiges,  eau  douce  dans  les 
régions  boréales  et  pouvant  être  salée  dans  les  régions  australes;  origine 
n;ilurelle  des  canau.x  et  leur  aiTangemenl  |)Ossilde  [lar  rindiislrie  des  li;ilii- 
tants.  Ce  sont  l;i  des  pierres  pour  notre  edillci>.  Très  cerl.-iinement  on  [leiit 
discuter  tout  cela,  non  sans  [d;iisir  d'.iilb'urs.  Nous  avons  vu  plus  haut, 
par  exemple,  que  les  iri-égnlariti's  de  tiuis,  les  traini'CS  somltres  observées 
dans  les  mers  martiennes  ont  conduit  [dusieurs  aslrononu's  à  penser  que 
ce  ne  sont  p;is  là  de  veritaldes  nn'rs.  l'.ependant  ces  irregiilarili's  dotons 
pouri'aienl  fort  bien  s'exidiquer.  ,lans  rbyiintlièse  des  nier>,  en  admettant 
qu'idles  ne  sont  p;is  profondes  et  qu'un  en  dislingue  les  Inmls.  plus  ou 
moins  v.arii's.  On  [louri-ait  également  admeltre  que  ce  soni  des  iiiaiais  plus 
on  moins  peuplés  de  plantes,  l'.nmparons  les  idiservatiiuis  le>  plus  ciinlr;i- 
dii  loires.  (jlierclions. 

[.es  «  canaux  >■  ne  pourr;iient-ils  èlre  produits  [lar  des  successions  de 
valIiM's  plus  ou  moins  ri'ciiligiies  que  l'ii'il  ri'unii'ait  'r* 


J.   OlUi.  Li:S   CANAUX   im   MAUS.  203 

CC'IX.  —.1.  Oiiii.  Les  canaux  dk  Maks  ni;  pkuvknt  i'as  êtiie  autii-iciei.s  (M- 

Les  cousidc'raliou-;  sui\aiilos,  aiix  antijiodos  îles  préci'iirntos,  soiil 
extraites  du  .Journal  of  tlic  nrilish   Aslronoiiiical   Association,  voL   V,   1895. 

yi.  J.  Orr.  iiH'iidire  de  la  Scctidu  de  rLcosse  occidentale,  se  prupose  de  iinai- 
trer  limpossibilité  absolue  que  les  soi-disant  canaux  soient  d'une  origine  artili- 
eielle,  le  travail  d'une  pr6t(;ndue  population  martienne. 

«  Eu  traçant  des  rainures  sur  un  globe  fortement  éclairé.  M.  *Jrr  a  calculé  que 
la  largeur  minimum  que  iloivent  avoir  les  canaux  de  Mars  ])our  être  visibles  est 
de  53  kilomètres.  La  longueur  d'un  canal  moyen,  mesurée  sur  les  cartes  de 
Schiaparelli,  est  d'environ  3200  kilomètres.  Et  puisque,  sur  la  Terre,  les  fuites 
dans  le  sol.  l'évaporation,  etc.  déterminent  la  profondeur  minimum  à  donner 
au  canal  pour  assurer  l'approvisionnement  d'eau  nécessaire  au  centre,  on  est 
conduit  à  attribuer  à  un  canal  de  Mars,  tel  que  le  Tartare,  par  exeuqjle,  une 
profondeur  d'au  moins  110  mètres.  Eu  tenant  compte  de  l'intensité  de  la  pesan- 
teur, c'est-à-dire  en  admettant  que  l'excavation  d'un  fossé  martien  de  70  mètres 
de  profondeur  représente  le  même  travail  que  celui  que  nécessite  un  canal  ter- 
restre de  26  mètres,  on  trouve  que  les  canaux  de  Mars  équivalent  à  environ 
1634  000  fois  le  canal  de  Suez  et  exigeraient  pour  leur  construction  une  armée 
de  200  millions  d'iiommes  travaillant  1000  de  nos  années.  Admettant  encore  que 
la  population  soit  proportionnelle  à  la  surface,  puisque  la  surface  de  la  Terre  est 
3  fois  V  plus  grande  que  celle  de  Mars,  nous  pouvons  disposer  d'une  population 
martienne  de  -lO'J  millions  d'individus.  Tous  les  hommes  adultes  et  une  grande 
partie  des  femmes  ont  dû  être  embauchés  dans  cette  grande  entreprise. 

a  L'auteur  suppose  donc  que  les  canaux  n'ont  rien  d'artificiel,  et  sont  de 
grandes  crevasses  causées  par  la  contraction  de  la  surface  sous  l'action  du 
refroidissement,  la  planète  étant  dans  une  phase  vitale  considérablement  plus 
avancée  que  celle  de  la  Terre. 

>i  Après  la  projection  d'un  tableau  représentant  le  système  général  des 
canaux  tel  qu'il  a  été  donné  par  t>chiaparelli,  le  président  de  la  Section, 
yi.  E.-W.  Maunder,  de  l'Observatoire  de  Greenwich,  ajoute  que  «  la  note  statis 
"  tique,  mais  néanmoins  amusante,  do  .^L  Orr  est  •<  un  clou  de  plus  dans  le  cer- 
»  cueil  de  l'absurde  idée  »  qui  attribue  les  canaux  de  Mars  h  un  travail  d'agents 
I)  humains.  Le  simple  fait  que  les  ressources  entières  d'une  des  plus  grandes 
«  nations  de  l'Europe  n'ont  pas  suffi  à  creuser  un  petit  fossé  de  42  kilomètres 
.<  de  longueur  et  de  quelques  pieds  de  profondeur  peut  nous  convaincre  que 
»  les  habitants  de  Mars,  à  supposer  qu'ils  existent,  n'auraient  pu  creuser 
..  130,000  à  160,000  kilomètres  de  canaux  de  ou  kilomètres  de  large!  « 

Notre  devoir  est  de  tout  publier  ici.  M.  On-  aurait  uO'ert  un  travail  de  sta- 

('1  Astr.  Hoc.  of  the  Pacific,  18U5.  VII,  p.   122,  eiJourn.  of  lltc  Br.  Asti:  Ass.X. 


2ti'i  LA   PLAN  ET  E   M  A  US.  IS'Jô 

lislùjue  plus  complet  encore,  s'il  avait  essayé  d'évaluer  le  prix  de  revient  de 
la  constrn<iiiin  du  réseau  des  canaux  martiens.  Mais  c'est  plus  difTicile. 
l'n  nirtre  culie  do  sal>lc  jièse  là  beaucoup  moins  qu'ici  ;  la  main-d'œuvre  y 
esl  iiciit-èlre  lion  marché,  si  les  ouvri(U's  ne  mangent  que  les  figues  du 
di'serl,  etc.  X(;'anmoins,  la  somme  serait  tr(qi  forte  au^si  pour  être  acce]!- 
talile  [lar  des  citoyens  aussi  raisonnaldes  (jue  nous. 

Onant  à  la  population  actuelle  de  Mars,  il  l';indr;iit  aussi  pouvoir  déter- 
miner la  l'écoudite  des  femmes  martiennes.  Nous  n'avons  encore  aucun 
speclroscope  (lOur  cela. 

.Sérieuseaieut,  nous  pouvons  avouer  que  ces  aspects  sont  parfaitement 
énigmatiques  et  ijue  toutes  les  hypothèses  sont  permises.  A  la  liuiiti-  de  la 
visibilité,  les  canaux  ne  siml  probablement  pas  ce  qu'ils  paraissent  être. 


CC.X.  —  >Lu',SDi-,N  M.vxsu.N.  —  Les  Clim.\ts  de  M.^us  (M. 

\'oii'i  mainicnaiil  une  discussion  d'un  autre  ordre  sur  les  climals  pi'o- 
baljles  di'  la  planète. 

Le  fait  que  Mars  présente  des  plii''noiii<"  ues  indiquant  que  les  climats  de  ses 
i-égions  polaires  sont  plus  doux  que  ceux  de  la  Terre  semble  intriguer  bien  des 
étudiants  en  astronomie.  An  lieu  d'essayer  d'expliquer  ces  phénomènes  par  dos 
di'iluetions  logiques,  tirées  de  faits  admis  et  do  lois  connues,  quelques-uns 
semblent  prendre  plaisir  à  exercer  leur  imagination  eu  les  attribuant  à  des  con- 
ditions d'une  possibilité  très  douteuse,  dont  ils  établissent  l'existence  iiar  une 
série  d'arguments  qui  dépassent  la  limite  de  crédulité  que  peuvent  raisonnable- 
ment leui-  iictroyer  leurs  collègues. 

Nous  nous  ]iroi)osons  de  montrer  que  les  conditions  climatériques  dont  l'exis- 
lence  sur  Mars  est  généralement  admise  peuvent  être  expliquées  au  moyen  de 
suppositions  et  d'hypotlièses  restant  dans  le  domaine  du  sens  connium  ;  les  argu- 
m^'Uis  seront  sinqjles  et  fondamentaux,  et,  jusqu'à  ce  qu'on  ait  établi  qu'ils 
reposent  sur  des  prémisses  incorrectes  ou  ([uo  des  conclusions  erronées  en  ont 
i'l("  déduites,  l'imagination  scientilique  sera  restreinte  à  ses  limites  raisonnables. 

La  planète  Mars  est  environ  une  fois  et  demie  plus  éloignée  du  Soleil  (|ue  la 
'lerre  et  son  volume  est  ;\  jieu  i)i-ès  le  septième  de  celui  de  notre  globe.  Con- 
trairement au  reste  des  autres  corps  <lu  système  solaire,  ])lauètes  et  satellites, 
M.'U's  réll(''ebit  une  suix.'rlu'  lumière  i'ou;^-eàtre,  ci;  qui  est  ini  point  inqioMaiil 
<lans  l'interprétation  desfunditions  (dimatéri(pies.  A  surface  égale,  la  lumière  et 
la  chaleur  reçues  par  Mars  n'atttdgnent  pas  la  moitié  de  ce  que  reçoit  la  Terre; 
mais  //  n'en  ré^ullc  aucunement  que  .ses  c/ùii.v/s  soienl  pioi>i>iiitninetlcntcnl 

[')  Astr.  «oc.  0/  lliu  l'iicilic,  18'.)5,  VU. 


MMisnrN  MANSoy.  ^  Li:s  climats  ni-   mahs.  205 

plus  froids,  car  la  quauiité  de  chaleur  qu'une  planète  reçoit  du  Soleil  n'est  pas 
le  seul  facteur  primaire  qui  détermine  la  température  de  sa  surface;  il  y  en  a 
d'autres  qui  joueut  un  rOle  considérable  et  dont  l'omission  rendrait  les  raison- 
nements illusoires.  C'est  cet  oubli  qui  a  rendu  difflcile  l'interprétation  des  con- 
ditions climatériques  qui  prévalent  sur  Mars  et  a  fait  douter  certains  astronomes 
que  les  climats  y  pouvaient  être  plus  doux  qu'ici.  D'autres,  pour  exj)liquer  la 
formation  et  la  fusion  des  neiges  polaires,  ont  imaginé  de  substituer  à  la  vapeur 
d'eau  quelque  autre  substance. 

Alors  que  chaque  pôle  de  Mars  sort  de  sou  hiver,  on  observe,  en  elfet,  des 
taches  comparativement  blanches  qui  l'entourent.  Elles  sont  généralement 
situées  aux  latitudes  de  84"  à  Sî°,  c'est-à-dire  à  6  ou  8  degrés  du  pôle,  bien 
qu'elles  puissent  s'étendre  quelquefois  jusqu'à  60"  et  même  ôh°  de  latitude,  sur 
un  arc  de  '30  à  70  degrés;  elles  disparaissent  en  totalité  ou  en  partie,  l'été  sui- 
vant, lorsque  le  pôle  est  resté  tourné  vers  le  Soleil.  Les  bords  s'évanouissent 
rapidement,  mais  les  taches  voisines  du  pôle  persistent  pendant  plusieurs  mois. 
Ces  phénomènes  admettent  la  très  simple  interprétation  suivante,  qui  est  d'ail- 
leurs généralement  acceptée  :  ces  taches  sont  des  neiges  polaires  qui  se 
forment  ou  qui  fondent  selon  les  saisons;  mais  l'entreprise  d'expliquer  comment 
une  planète,  recevant  moitié  moins  de  lumière  et  de  chaleur  que  la  Terre, 
puisse  jouir  à  ses  hautes  latitudes  d'un  hiver  si  doux  et  d'un  été  si  chaud  a 
toujours  été  jusqu'ici  considérée  comme  diflicile. 

Le  D'  Bâtes  avance  (')  que  ces  taches  polaires  iiourraieut  bien  être  des  plages 
d'acide  carbonique  i('0-i  et  sa  théorie  a  pour  elle  d'avoir  trouvé  quelque  crédit 
auprès  du  Prof.  Campbell,  de  la  .Section  astronomique  de  Liek,  à  l'Université  de 
Californie. 

Mais  aucune  autorité  ne  nous  explique  ni  ce  que  serait  devenue  l'eau  qui  a  pu 
exister  sur  la  planète  et  qui  aurait  été  condensée  avant  l'anhydride  carbonique, 
ni  pourquoi,  après  l'évaporation  de  ce  dernier,  nous  n'apercevons  pas  la  neige 
et  la  glace,  blanches  également,  (jui  ont  dû  être  formées  et  précipitées  bien 
avant  que  la  planète  eût  atteint  la  température  extrêmement  basse  à  laquelle  se 
congèle  l'anhydride  carbonique.  Avant  que  cette  interprétation  remarcjuable  soit 
l'objet  d'une  discussion,  il  faudrait  établir  que  l'eau  n'a  jamais  existé  sur  Mars, 
car  elle  eut  été  congelée  d'abord  et  eût  recouvert  la  planète  d'une  couche  blanche 
sur  laquelle  la  condensation  et  la  fusion  de  l'anhydride  carbonique,  également 
blanc,  seraient  invisibles.  Et  la  même  objection  peut  évidemment  être  opposée 
à  toute  autre  substance  ayant  un  point  de  fusion  compris  entre  ceux  de  l'eau  et 
de  l'anhydride  carbonique.  Quel  que  .soit  le  point  de  fusiou  de  la  substance  qui 
cause  les  calottes  polaires  de  Mars,  il  est  nécessairement  le  plus  élevé  qui  puisse 
se  rencontrer  dans  la  série  des  constituants  de  l'atmosphère  de  la  planète,  car 
aussitôt  après  sa  fusion  nous  observons  la  surface  générale  de  l'astre. 

{')  Publicalions  A.  S.  P.,  vol.  VL  P-  3Û0.  —  Voyez  plus  haut,  p.  r.G. 


2C6  LA    IM.A  M;T1:   m  a  II  s.  1.<'J.-> 

Li;s  FACTEURS  O-Mis.  — Au  cuurs  <ie  la  vie  d'ime  planète  il  y  a,  entre  l'épuise- 
ment total  de  sa  chaleur  propre  utile  et  le  règne  de  la  chaleur  solaire,  une 
liériode  durant  laquelle  les  conditions  glaciaires  sont  e'tendues  et  persistent  fort 
longtemps.  Cette  période,  la  Terre  l'a  manifestement  franchie,  comme  l'indique 
l'existence  des  glaciers  des  continents  aux  latitudes  tropicales,  tempérées  et 
ni("'me  polaires,  qui  ont  presque  complètement  disparu  et  dont  les  restes  se 
retirent  sur  les  hauteurs  et  vers  les  pôles.  Cette  retraite,  quoique  très  lente, 
est  néanmoins  a]i]iréciable  ])artout  oii  existent  encore  des  glaciers.  Il  s'ensuit 
donc  que  depuis  la  période  où  ils  furent  le  plus  étendus,  il  y  a  eu  augmentation 
générale  de  la  température  et,  comme  cet  accroissement  subsiste  encore,  on  en 
doit  chercher  la  cause  dans  les  phénomènes  actuels. 

11  a  été  rappelé  jirécédemnient  que  la  quantité  de  chaleur  qu'une  planète 
reçoit  actuellement  n'est  pas  le  seul  facteur  influençant  la  température  de  sa 
surface;  d'autres  sont  également  importants,  peut-être  môme  davantage.  Leur 
existence  et  leur  intlueiice  sont  rendues  appai'entes  par  un  accroissement  géné- 
ral dans  les  températures  terrestres  depuis  l'extension  de  la  période  glaciaire 
sur  <ies  régions  maintenant  temjiérées  et  tropicales.  Un  de  ces  facteurs  est  l'ap- 
titude de  l'atmo-sphère  à  capter  la  chaleur.  Tyndall  et  BufT  ont  montré,  en  effet, 
qu'au  contact  de  la  surface  du  globe,  les  rayons  lumineux  et  calorifiques  solaires 
■^'Uit  convertis  en  rayons  calorifiques  obscurs  retenus  par  l'atmosphère  et  que  ce 
pouvoir  appartient  individuellement  à  ses  divers  constituants;  quelques  gaz.  et 
pai'ticulièrement  les  parfums  des  fleurs,  le  possèdent  à  un  très  haut  degré.  Main- 
tenant, quand  cette  période  d'eminagasinement  calorifique  est  commencée  sur 
nue  planète,  celle-ci  cesse  non  seulement  de  se  refroidir,  mais  elle  voit  même  sa 
tiinpérature  augmenter,  car  la  vitesse  de  refroidissement  est  moindre  que  celle 
d  échaufl'ement.  L'opération  est  néanmoins  limitée  par  l'évaporation  de  l'eau, 
laquelle,  quand  elle  est  excessive,  ferme  la  route  à  l'énergie  solaire  par  la  for- 
mation des  nuages  (').  La  température  moyenne  de  la  surface  de  la  Terre 
semble  s'être  ainsi  élevée  depuis  les  plus  basses  températures  de  la  période 
glaciaire.  Comme  le  progrès  de  cette  élévation  est  encore  marqué  par  le  retrait 
d(is  glaciers  dans  les  deux  hémisphères  et  à  toutes  les  latitudes,  et  comme  il  a 
roHuncncé  à  une  époque  relativement  (■loignéc,  un  troisième  facteur,  le  temps, 
entre  ainsi  dans  le  résultat  comme  une  cause  importante. 

Les  climats  d'une  planète  sont  donc  déterminés  par  trois  causes  principales  : 
I  la  ((uantitc'  de  chaleur  et  de  lumière  qu'elle  reçoit  du  Soleil;  •2"  le  |)OUvoir  de 
son  atmosphère  a  emniagasin<>r  la  chaleur  et  qui  détermine  l'i'xcès  de  la  chaleur 
reçue  sur  la  chaleur  rayounée;  '.'<"  eulin  le  temps  pendant  lequel  ces  facteurs  ont 
agi. 

.\]ipln|uons  ce  raisonnement  îi  Mars.  Nous  pouvons  lixcr  en  termes  généraux 
la  valeur  relative  de  chaque  cause,  le  résultat  logique  de  cette  combinaison 
cl.uit  que  Mars  jouit  d'un  climat  général  plus  doux  que  celui  de  la  Terre. 

(')  Le  climat  de  Vénus  semble  être  aujourd'hui  dans  cet  étal. 


CA.Ml'BKl.l..    —    I.KS  OALOTTF.S    l'OLM  H  KS   DK   MAltS.  i'C: 

roiir  le  premier  [loint,  la  quantité  de  chaleur  et  de  lumière  reçue  par  l'unité 
de  surface  de  Mars  est  environ  les  ^J,  de  la  quantité  correspondante  relative  à 
notre  ;4'lohe. 

L'existence  et  l'efTicacité  du  second  facteur  sont  rendues  manifestes  parle 
niani|uc  de  rayons  bleus  et  l'excès  de  rayons  rouges  ou  oranu'es  qui  existent 
dans  la  lumière  solaire  rélléohie  par  Mars,  établissant  ainsi  q\ie  l'atmosiihère 
martienne  a  le  pouvoir  d'extrair»;  et  de  retenir  ces  mêmes  rayons  qui  sont  le 
plus  aisément  retenus  par  l'atmosphère  terrestre.  Ce  déficit  montre  que  l'excès 
lie  la  chaleur  reçue  sur  la  chaleur  rayonnée  est  une  quantité  positive,  ou,  en 
d'autres  termes,  que  Mars,  eonuiie  la  Terre,  est,  on  bien  un  cor]is  aci'umulant 
de  la  chaleur,  et  (jue  la  tem])érature  de  sa  surface  augmente  encore  graduelle- 
ment, ou  bien  que  la  température  de  la  surface  est  constante,  l'excès  de  l'énergie 
solaire  étant  employée  à  y  maintenir  ces  conditions  et  à  agir  à  sa  surface. 

Quant  ;\  la  troisième  cause,  le  temps,  elle  est  manifestement  plus  influente  sur 
Mars  que  sur  la  Terre;  la  masse  de  ÎMars  est,  en  effet,  égale  à  la  neuvième  pai  lie 
de  celle  de  la  Terre,  et  cette  planète  a  dû  perdre  sa  chaleur  interne  en  un  temps 
plus  court  et  devenir,  bien  plus  tôt  que  la  Terre,  capable  de  recevoir  la  chaleur 
de  l'extérieur. 

Les  trois  causes  jirincipales  que  nous  venons  d'euvi-^ager  sont  donc  positives 
<ians  leurs  eti'ets,  indi'pendanles  de  la  constance  ou  de  la  diminiiti'in  de  la  soui'ce 
de  chaleur  et  ne  tiennent  aucun  compte  de  la  chaleur  stellaire,  imounue  il  est 
vrai,  mais  dont  l'effet  est  positif  et  constant. 

Il  est  doue  rationnel  de  conclure  que  la  plténomi'nes  ohsi^rrcs  ■•icrnuc  rom'c- 
lemcnt  interprétés  en  disant  que  Mars  jouit  d'un  climat  générril  plus  doux 
que  celui  de  la  Terre. 

Ce  raisonnement  est  applicable  h  une  planète  quelconque  de  n'iinpoi-te  quel 
système,  et  l'on  doit  penser  que  des  conditions  cliniatériques  similaires  iiouvent 
se  réaliser  avec  le  temps  sur  toute  jdauète  ]iussédaut  une  atmosphère  capable 
d'emmagasiner  la  chaleur  solaire. 


CCXL    —    (.'AMI'MKI.L.    --    SlH    LA    FUSION    IIES    CALOTTES    l'Ot.AlllKS    DE    .\L\I1S      'l. 

Le  savai.t  aslroiiuiue  de  l'i  ibservatoire  Lick  continue  de  comlialli-i-  tous 
les  arguments  tires  des  observations  en  laveur  d  une  almiis[ihiTe  niarlienne. 

Aucun  fait  concernant  Mars  n'a  été  mieux  éiabli  que  celui  liu  ilécroissement 
graduel  des  calottes  polaires  après  que  le  solstice  d'été  a  passé  sur  l'heinisphère 
correspondant.  On  a  prétendu  récemoient,  tant  dans  les  revues  astronomiques 
spéciales  que  dans  la  presse  quotidienne,  que  cette  continuelle  diminution  des 
taches  polaires  après  le  solstice  prouve  que  le  maximum  de  température  de  la 

■;   Astr.  Soc.  of  the  Pacific.  IS'Jj,  VIL  p.  i'Ji. 


268  LA   m.  A  NE  TE  MARS.  189:i 

planète  arrive  aussi  plusieurs  mois  après  cette  époque  et  que  Mars  possède  une 
atmosplièi'p  capal)le  d'enimay^asiner  la  chaleur  (heat  storing  atmosphère). 

Je  suis  convaincu  que  les  astronomes  ont  toujours  consiiléré  Mars  comme 
piiurvu  lie  quelque  enveloppe  gazeuse,  qu'une  atmosphère  plus  ou  moins  éten- 
due est  nécessairement  heal  storing,  et  que  le  maximum  de  température  y 
arrive  après  le  solstice  d'été.  .Mais  je  ne  pense  pas  que,  réciproquement,  lafusion 
continuelle  des  calottes  polaires  après  le  solstice  suffise  à  le  prouver. 

Supposons  ipi'avant  le  solstice  une  aire  donnée  A  de  la  calotte  disparaisse, 
laissant  une  aire  B  couvrir  les  régions  i)olairos.  L'aire  B  reçoit  après  le  solstice 
la  même  quantité  de  chaleur  qu'avant;  si  cette  chaleur  était  sans  effet  sur  B 
jusqu'à  ce  moment,  le  pciint  serait  Ijion  établi.  Mais  ce  n'est  pas  le  cas  :  on  a  de 
nombreuses  preuves  qu'une  fusion  intense  de  l'étendue  B  se  produit  avant  le 
solstice,  et  le  fait  qu'elle  se  prolonge  après  ne  prouve  pas  que  le  maximum  de 
température  \'  ait  alors  lieu,  puisque  la  même  quantité  de  chaleur  directe  doit 
être  encore  reçue. 

La  fusion  sur  l'aire  B  avant  le  solstice  est  mise  eu  évidence  par  la  formation 
de  régiims  sondjres  que  l'on  a  observées  à  l'intérieur  des  calottes  polaires.  Un 
examen  des  dessins  du  pôle  sud  pris  ;\  l'opposition  de  18'J4  montre  i|ue  de  grandes 
régions  sombres  existaient  à  l'intérieur  de  la  tache  polaire  au  voisinage  immé- 
diat du  pôle,  plusieurs  mois  avant  le  solstice,  qui  eut  lieu  le  1"  septembre  189i, 
al(H-s  ipiil  ne  restait  plus  qu'une  petite  aire  B.  Même  au  mois  de  mai,  c'est-à-dire 
trois  mois  avant  le  solstice,  il  y  avait  tout  près  du  pôle  une  région  sombre 
jiresque  aussi  étendue  que  la  partie  restante  de  luire  B,  le  !"'■  septembre.  Si  des 
taches  sombres,  formées  probablement  par  la  fusion,  apparaissent  dans  les 
régions  polaires  plusieurs  mois  avant  le  solstice  d'été,  nous  devons  nous  attendre  à 
voir  cette  fusion  se  continuer  sur  les  mêmes  endroits  durant  au  moins  un  nombre 
égal  de  mois  ajirès  le  solstice,  et  le  l'ait  qu'il  en  est  ainsi  n'indiipie  eu  aucune 
façon  la  position  du  maximum  de  température. 

Et  même,  parce  qu'uue  petite  aire  B  subsiste  le  l"'  septembre,  devons-nous 
croire  que  la  neige  ou  toute  autre  substance  formant  la  calotte  polaire  y  est 
encore  sous  son  épaisseur  primitive'.'  Il  est  probable  que  la  nu)iiie,  les  deux 
tiers  ou  presque  toute  la  neige  convient  li  a  disparu  avant  le  I"  septembre,  de 
f.içcjn  ipi'il  n'en  i-este  plus  qu'une  mince  coiicho  a  fondre  après  le  solstice. 

11  e>t  lion  de  remarquer  encore  une  fois  que.  ([uellc  que  soit  la  nature  île 
ratmos]dière  de  Mars,  les  astronomes  l'ont  toujours  tenue  pour  capable  d'em- 
magasiner la  chaleur  solaire,  et  ont  toujours  pense  que  le  maximum  de  tempé- 
rature arrivait  après  le  sulstiee  d'été;  mais  la  fusion  des  neiges  polaires  après 
la  culmination  du  soleil  sur  leur  horizon  ne  prouve  ni  cotte  assertion  ni  l'as- 
serlion  contraire;. 


FI.AMMAIJÎO.N.    —   DATES    DES   SAISONS   SUU   M  Ali  S.  ;'(i'.) 

ol'I'i  )SITI()X  i)E  isDCi. 

CGXII.    —    I'[.AMMAIllll\.    —    ItATKS    DES    SAISONS    SIR    MaUS. 

Au  moment  de  comiiarer  entre  elles  les  oliservalioiis  l'ailrs  priidaiil  l'ciji- 
position  de  189G,  il  m'a  paru  necessaii'e  d'i^xauiiner  avec  un  soiu  |iai-iicii- 
lier  les  époques  des  saisons  à  la  surl'aci'  de  la  plaiirte.  A  mesure  ijur  l'on 
avance  dans  l'étude  d'un  sujet,  on  exiye  jilns  dr  in-érision  dans  les  détails. 
Jusqu'à  présent,  dans  rélablissemenl  des  dates  des  équinoxes  et  des 
solstices  mai-liens,  nous  lU-  nous  sommes  pas  assez  préoccupés,  peut-être, 
de  la  variation  due  à  la  précession  des  ('(juinoxes  U.'rrestr(_'S.  V.Wr  n'i'sl 
pourtant  pas  sans  valeur. 

Les  premières  déterminations  un  peu  précises  de  la  direction  de  l'axr  de 
rotation  de  la  planète  ont  été  faites  jiar  William  Hersehcd  en  IT-^o  et  pur  Schrieter 
en  1798.  Le  premier  trouva  : 

Longitude  céleste  où  |>ointe  le  pôle  nonl        317  i7 
Laliiude T-  ô!)  -ii 

Le  second  : 

Longitude 3hi  j.i 

Latitude -;-  (H)  3:! 

De  1830  à  18.37,  Bessel  a  fait  une  série  de  mesures  et  a  trouvé  : 

Longitude .        349     1 

Latitude +01     '.i 

OU 

Ascension  droite.    ..    .        317  M 
D-Jcliuaison. . .  .■ -  .M    -j 

En  1877,  JL  Schiaparelli,  adoptant  cette  dernière  détermination  pour  LS3), 
et  la  corrigeant  de  la  variation  annuelle  causi'O  par  la  [u'écession  terrestre, 
de  -1-0', 485  et  +0'.247,  obtint  pour  1877  : 

0       ' 

Asi'ension  droite 317  5.") 

Déclinaison -  511  l(i 

En  1879,  les  observations  de  la  tache  polaire  australe  ont  donné  au  même  astr(  - 
nome  les  valeurs  suivantes  pinw  la  direction  du  pôle  boréal  sur  la  sphér,'  céleste  : 

Ascension  droitp.   ...        318    7. S  ;  équinoxe 
Déclinaison -r-  53  37.  M     ISSO.  0 

L'iuclinaisondel'ér{uateurdeMarssur  son  orbite,  résultantde  cette  position,  est  : 

■2  i"  5-2.0 


'J70  1-A   l'LANKTK   MAHS.  ISOr. 

Dans  le  premier  Volume  de  cet  Ouvrage,  nous  avons  adopté  que  la  planète 
passe  à  son  solstice  austral  quand   sa  longitude  héliocentriquo  est  de  l-ir)!]"!.-;'. 

En  1895.  M.  llcrniau  Struve  a  dr'terniiné  les  élémi'nts  uraniigr:iplii(iues  de  la 
planète  par  l'analyse  du  mouvement  des  orbites  des  satellites  et  a  trouvé  pour 
le  nœud  ou  l'intersection  du  plan  de  l'équatcur  martien  avec  le  plan  de  l'orbite  : 

Longiliid.' 811  'j7,5 

et  pour  l'inclinaison  de  l'équateur  de  Mars  sur  son  orbite  ou  l'obliquit  ■  de  l'éclip- 
tique  pour  Mars  : 

■2  j"  [■/.■; 

Ce  ([ui  conduit  pour  les  coonlonnées  du  pôle  nord  : 

Ascension  droite.   .'îi;    o.i;  ,  (■■quuio.xe 

Déclinaison ô'j  :io.l  i      IsnO.  u 

Dans  ses  éphémériiles  pour  l'opposition  de  ls'.ir,-is'.i7,  M.  M.artli  a  a(l(iptc.  non 
sans  hésitation,  ces  dernièi'es  iléterminatinns.  l/ini-liiiaisiin  de  l'équatcur  sur 
l'orbite  est  augmentée  de  0",:i'i'i,  mais  le  nœud  de  l'orbite  est  reculé  de  'J",'.!;:!  i  '  i. 

(')  En  IS'.IS,  M.  Cromiiielin  a  cniistruit  son  l'phrméri.le  avec  les  constantes  de 
M.   Sli'uve,  la  position  du  pnle  iiomI  |iiiiii'  IS.iS,(i  ri. ml   : 

o 

Ascension  ilri.)ii,t.' ;îl7  l.'i 

et  Distance  pol;iire ...       'M  'i^) 

on  Déclinaison ..       Wi  ]1 

quûi<|ue  Cts   données  dilfeient   très   seusiblenieiit   de  ''elles  déduites  des  taches    qui, 
fcipiiortées  à  lSy8,  sont  : 


Seliia|.,iiTlli      .               ::IS.,'; 

:!(;,:il 

Lolise,  is.^'l!..           .       lîi.s.::', 

.■îG,ii:; 

Lolise,  K'X) '.IIR.').. 

:iu,iij 

MuyL'unes. 

;!is":îr>         aii":;7 

En  1902,  dans  les  épliéiiui'idi's  p.nir  ^..ppn^itillll  de  l'.tllM!ill3.  M.  Cromnieliii  a  |iris 
pour  coordonnées  (1UI13,0)  : 

() 
Ascen.^ien  droite   ,         ;;i/,'.'7 

Dislance  |iolaire.    , .       ;î7,3ij 

D'ajirès  ces  éphéraéj-iiles,  la  date  de  l'éiiuiiioxe  de  printemps  de  l'hémisplière  boréal 
uu  la  longitude  ai'éocontriqiie  du  Soleil  rapportée  au  plan  de  l'urbite  de  Mars  (G  --  0", 
cuiTespondaiit  au  'iU  iiuu-s  lerrestre)  est  le  i:i  août  IIHH,  le  solstice  d'été  le  -,'7  fovrici-  19113 
et  rci|uino.\e  d'autiuiine  le  'i'J  août  suivant. 

La  longitude  héliocentrique  de  Mars  au  niuiiieid  de  l'éqtunoxc  vernal  est  pour  \'Mi  : 
&'r  17'. 


l-[.  VMM  AlilON.    -    D.\Ti:S   DKS    SAISONS   SIK    M  A  I!  > 


La  varialiou  aiiinielle  de  ia  lonu-iiiido  li('liucontri((ue  lift  Mars  par  siiite  ilc  la 
précession  terrestre  est  de  —  ."i(r,?5  et  de-  7". 07  par  suite  de  la  préeessimi 
de  Mars  il'iuclinaison  de  l'orbite  de  Mars  sur  l'écliptique  terrestre  |  !"5I'|  est 
négligeable)  =  'iS',  18  pour  l'éiioqiio  aciiiello. 

Les  époques  du  comniencemeiit  des  saisons  d'une  planète  sont  déterniinc'es 
par  les  positions  respectives  du  i>lan  de  son  <'M(ii,-itciir  et  du  plan  i\o  son  orbite. 

Soient  S  i  '  i  le  centre  du  Soleil;  S  II  une 
derai-droitc!  dirigi>o  perpendicidaireMient  au 
plan  de  l'orbite  de  la  planète  considérée  et 
menée  dans  un  sens  tel  qu'un  observateur 
couché  sur  cette  ligne  les  pieds  en  S  voie 
l'astre  tourner  dans  le  sens  direct:  SI'  une 
|)arallèle  à  l'axe  de  rotation  de  la  planète  et 
dirigée  selon  des  consiilérations  analogues. 

L'équinoxe  de  printemps,  dont  la  connais- 
sance   suffit   à   fixer  toutes  les    dates   rela- 
tives aux  saisons,   s'obtient  en    menant  une  demi-droite   SL   perpemlii-ulaire- 
inent   au  plan   !1S1>  dans  un  sens  tel  que,  pour  un  observateur  couclié  sur  cette 
ligue,  les  pieds  en  S,  une  rotation  dans  le  sens  direct  amène  l'axe  SU  à  coïnci- 
der avec  l'axe  SP. 

Soient  L  et  l  les  coordonnées  longitude  et  latitude  du  point  II:  L'  et  /'  cidies 
du  point  P;  on  calculera  d'abord  la  l(_iugitude  A  de  l'équinoxe  E  par  l;i  fornudr 


b"ig.  l'j.;. 


Il) 


ang  (  .' 


L  +  L' 


'-) 


in(/-/'l      ,         L-L' 
cotang ^ — 


siu  (  /  —  i 

puis  sa  latitude  ).  par  l'une  ou  l'autre  des  formules 

tang  À  =  sin  i  L  —  A  )  cotanc  l 
—  sin  (  L'  —  A)  cotang  /'. 

Les  coordonnées  du  jioint  II  se  déduisent  de  la  longitude  du  no 
dant  !Z  de  l'orbite  de  la  jilanète  et  de  son  inclinaison  /,  telles  ([u'on 
dans  la  C'oiuiai.ssa/ice  des  Ti'iiijis  : 


ud  ascen- 
les  trouve 


L 


:i;-!io' 

'JU'  —  i. 


La  position  du  point  P  est  connue  avec  moins  de  précision. 

Nous  avons,  d'après  IL  Struve,  les  valeurs  suivantes  r:ipportées  à  l'équinoxi! 

moyen  de  1903.  0  : 

ffi  =  317°  ic  \r 
CD  =  5«-  38'  •24", 


'')  Nous  avons  confié  cet  intéressant  calcul  à  l'obligeance  de  .M.  H.  Chrélien,  l'un  de 
U'js  jeimes  et  savants  collègues  de  la  Société  Astronomique  de  l-rai.c  . 


272  1-A  PLANÈTE  MARS.  I89G 

soit,  ou  cooi-doimées  écliptiques, 

L'  =  :i,J2"0'l!l" 

r  =  63"  15'  3;r'. 

Ou  trouve,  d'autre  part,   daus  la  Connaissance  des  Temps  pour  la    même 

époi[uo  : 

n  ='4S"'iO'  'i3",4 

(■==  l-ûl'  1",  1. 

En  portant  ces  éléments  daus  les  formules  (1)  et  (2j  ou  trouve  pour  I'.)03.0 

A  =  81"  17' 1-4" 
}.  =  l'>i'î6", 

et  pour  l'inclluaisou  de  l'axe  de  Mars  sur  celui  de  sou  orbite 

IISI'  =  w  =  25°  13'. 

La  longitude  liélioceutrique  moyenne  pour  une  année  t,  voisine  de   1003, 

sera 

A,=  A-T-  13",1'J  ((  —  1903,0). 


[iriii- 


Nous  adopterons  84"  17'  13"  pour  la  longitude  de  Mars  à  l'équinoxe  de 
temps  de  1903,  et  nous  trouverons  pour  les  oppositions  antérieures  ; 

1901,0...  84  Ifi 

1899,0...  84  14 

1897,0...  84  l.'i 

1894,0.    .  84  11 

189-:!,0...  84  9 

Nous  avons  ilouc  maintenant  pour  les  longitudes  héliocentriiiues  de  Mars  au 
commencement  de  chacune  de  ses  saisons  : 

u       /  I'      III 

Iviuinoxe  de    priuleiiips  boro.il 84  17  13  ;^oûll9(l^.  à    'i  Tl 

Solstice  il'él.'   bnré.il 174  17  27  février  1903  à  ÎO     1 

Kquino.xe  d'auloniue  iiorénl 264  17  29  août  1903..  à  2u  40 

Solstice  d'hiver  boréal 354  17  23janvier  1904  à    7  31 


L'JunÉu  Di;s  s.visoNs  kt  dk  l'.^nnée  tropique  en  jours  terrkstrks. 

De  rrimiuuxo  (le  priiiteniijs  boréal  au  solstice  ilï-li'...  198  j  17  li 

Du  solstice  d'été  à  l'équinoxe  d'automne IS3  I 

De  l'équinoxe  d'automne  au  solstic-e  d'hiver I4ii  11 

Du  solstice  d'hiver  à  l'éiiuinoxo  de  printemps I.i8  18 

Année  tropique G8G        23 


OBSKUV  MdllU,    \)\:   .lrVIS^ 


•2:3 


D'après  ces  données,  nous  continuerons  comme  il  suit  li^  tableau  dos  saisons 
martiennes  publié  pour  la  première  fois  à  la  page  hl't  de  notre  prcniier  N'olunn- 
et  (|ni  n'était  qu'approximatif. 


DATES    DES    SAISONS    SLli    MMiS. 


iltMiiisi-hel-o  austral. 


Hciiiîspht-re  IiurOu'. 


Siilstice 

Equinoxe 

SoUtice 

Efiuiuuxe 

Solstic'e 

Ei|uinoxc 

Si>lsUcc 

Equinoxe 

SoUtico 

Etjuiiioxc 

SoUtife 

E'Hiiii'-'Xe 

Solstice 

E  luinoxr 

SolsticL' 

P^juiniixe 

Solstice 

Equiaoxe 

Solstice 

E(|uinoxe 

Solstice 

Equinoxe 

Solstice 

Equinoxe 

Solstice 

Equinoxe 


pi*iutenip-< 

été 

automne 

hiver 

printemps 

éli! 

automne 

liiver 

printemps 

été 

auloinne 

hivei' 

printemps 

été 

autonine 

hiver 

printemps 

été 

automne 

hiver 

printemps 

été 

automne 

hiver 

printemps 

été 

automne 


Eipiiuose 

Solstice 

Equinoxe 

Solstice 

Equinoxe 

Solstice 

Eiluinoxe 

Solstice 

Equinoxe 

Solstice 

P^quiuoxe 

Solstice 

Equinoxe 

SolstiCâ 

Equinoxe 

Solstice 

E(]Uinoxe 

Solstice 

Equinoxe 

.Sol.siice 

Equinoxe 

Solstice 

Equinoxe 

Solstice 

Equinoxe 

Solsti.-,. 

KquiuOXe 


automne 

hiver 

jiriuleniiis 

ete 

automne 

hiver 

printemps 

été 

automne 

hiver 

printem|is 

été 

automne 

hiver 

printeTups 

été 

automne 

hiver 

printemps 

été 

automne 

hiver 

printemps 

été 

autoume 

hiver 

j.rinlemps 


mai 

octohre 

mars 

octohre 

avril 

aoiit 

l'évrier 

août 

février 

juillet 

ilécemb. 

jUllh't 

janvier 
juin 
uovemb.  ls;),x 
mai  I.Silil 

novenib.  I.si)'.) 


IX!I2 
IS'Ji 
IS'.i:; 
18:i:! 
l.s!)l 
ISU'i 
KS'.l;) 

isa.". 

IS'.iii 
ISilll 
ISii'l 

I.SII7 

I.S'.IS 
ISUS 


avril 

sept. 

avril 

octobre 

mars 

août 

l'évrier 

août 

janvier 

juin 


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lUUl 
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l'.lii-.' 

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l'M'i 
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I.VJ 

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is:; 
147 

l.'lll 

lii8 
is:; 

Ii7 

15:1 
lus 
is:; 

147 

i;.H 
r.i8 

157 
I.V.I 


Dates  lie» 
opjiusitioits. 


'1  aoUl  18;r.; 


■-'Il  octohre  18'ji 


Il  ileCemlirelX!lli 


'iSjauvi.T  1899 


'  février  l'iijl 


':9  mars  19(i:! 


CCXIIl.    —   OliSF.RVATIOXS    l-\AITES    .\    l'(  IliSKK V.vrOIllE    DE    .IL'VISY 
PEND.\NT    L'ilPI'OSirinN    DE    ISOG. 


M.  Fl.\.\im.\uion,  Directeur;  M.  Antoniadi,  astronome-adjoint. 

Opposition 11  décembre 

Diamètre  à  ropposition ÎG", 9 

Distance  =  0,5608    ou    S3r).5!»O0ii  kilomètres 

Légèrement  incliné  du  pôle  boréal;  équateur  uu  peu  plus  baut  que  le  centre. 

Solstice  d'hiver  boréal 14  juillet  Is'.Hi 

Equinoxe  de  printemps  boréal -20  décembre  18'JH 

Solstice  d'été  boréa' fi  juillet  1897 

F.,  II.  18 


ÎT'i  l.A    l'I.ANKTK   MARS.  1890 

Les  observalions  ont  été  commencées  des  les  premiers  jours  du  mois  de 
mni.  Voici  renseml:)le  de  celles  que  nous  avons  faites  \']. 

17  mai  :  15''i5™  h  IGiiir)™.  Diamètre  =  li",  0.  Longitude  du  centre,  À  =  ll.")»±. 
Honiie  imap-e.  —  La  calotte  polaire  australe  embrasse  un  angle  de^ri"::,  et  est 
Imrdéo  d'une   lionde  gris  sornlire.  Les  détails  du  globe  sont  indistincts  i  fig.  Al. 

l-,\juin  :  10''  15"'.  Diam.  =  (i",(i7.  >.   =  Olfi".  Kxcellente  image.  —  T. a  cnlotti"  polaire 


Fig.  Ifi'i. 
.-\.  —  17  mai.  I.".''  IJ"'  a  IG'20"-  L..11-.  Il:,» 

/;.  —  \-i  juin.  W'  ib">.  r.Diiï-.  ■.m:,». 

C.  —  2;iiiMn.  \'.,''M"\  Li.ii-. ',li>. 


Mais  (Il  181111. 


D.  —  -.'7  juin.  1 JMJ"'.  I^oiil'.  :!'i° 

/■,'.       IJ  juillet.  Kii' 15'".  l.iiML'.  ■J7'.'". 

F.  —  l'.l  juillet.  l."ii'  '.."1".  I..U1:.;.  lit:,'. 


neigeuse  australe  est  très  réduite  depuis  un  mois.  La  mer  Cinimorionne  passe 
au  centre.  Son  extrémité  orientale  est  très  t'cmeée.  La  Petite  ï-^yrte  est  indistinetc. 
On  vdit  bien  le  Ija'strygon.  .\usoiiia  est  très  liri liante  sur  le  limbe  oriental  1  /)';/.  li  1. 

l';i  JMiii  :  l.'é'lid'ii.  Diam.  G", 93.  À  -  '.Ki",  hnagc  mauvaise.—  l.'arc  sous-tendii 
par  la  calotte  polaire  osl  iSil"  .  On  voit  le  golfe  de  l'Aurore,  ;\  l'Ouest,  a.ssez 
sombre.  Le  lac  du  Soleil  et  la  mer  des  Sirènes  sont  invisibles  i//;/.  C). 

(')  liullelin  de  la  Sucielc  Axlronomique  île  France.  liS'J7. 


OHSi;itVAT(>IllK    |iK    JIVISV.  27.J 

'?7  juin  ;  irihU'".  Diam.  -  7",  1  ?.  /.  -  34°.  Bonne  définition.  —  Xoarliis  esl  Ijlanclie 
au  torniinatour.  Le  golfe  de  l'Aurore  est  au  contre.  On  voit  le  <  iangc  large  (doubluî'l 
et  Agathodœuion  {fuj.  1)1. 

10  juillet  :  IJ''4rj'n.  Diam.  =  7',4I.  À  —  ■l'M".  Image  brillante,  mais  bonne.  —  La 
calotte  polaire  est  très  réduite,  et  le  ruban  fonce' qui  l'entoure  a  perdu  son  inten- 
sité. La  Grande  Syrte  est  au  centre.  Le  littoral  vers  Sinus  Sabieus  et  Libya  est 
très  blanc.  On  ne  voit  que  la  partie  inférieure  de  llellas. 

11  juillet  :  UiiSO"".  Diam.  —  7",  43.  À  —  '264".  Détails  pâles. —  On  voit  vaguement 
le  canal  Léthé. 

lî  juillet  :  iri''4.5"'.  Diam. -7", 46.  '/.  =  i~rl°.  Donne  image.  —  La  partie  infé- 
rieure de  la  Grande  Syrte  est  très  fonc('e.  La  région  du  lac  Mœris  parait  être 
estompée,  et  le  lac  lui-même  est  invisible.  La  mer  .Adriatique  est  nette  (fij.  V_.\. 

19  juillet  :  ir)''4ri"'.  Diam.  =  7",  1)8.  À  =  •20j".  Bonne  image  vers  le  lever  du 
soleil.  —  La  calotte  polaire  est  indistincte.  La  mer  Cimmérienne  traverse  tout 
le  disque.  On  voit  quatre  canaux  :  Laestrygon,  Cyclops,  Cerbère  et  Antée  iflg.  Fi. 

Sept  canaux  ont  pu  être  identifiés  :  Laestrygon,  Gange,  Agathodœmon,  Léthé, 
Cyclope,  Cerbère  et  Antée  en  partie. 

17  septembre,  à  11"30™.  Diam.  =  10", .")8;  longitude  du  centre  =284°;  latitude 
du  centre  — l°,2.  —  Bonne  image.  —  Mars  est  dépouvu  de  calottes  polaires 
neigeuses.  La  mer  du  Sablier  ou  Grande  Syrte  est  traversée  dans  sa  jiartie  su- 
périeure par  un  pont  brillant  venant  d'Ausonia  :  c'est  un  aspect  anormal  de  File 
d'Œnotria,  prolongée  selon  toute  apparence  à  l'Ouest  (pour  Mars!  par  des 
uuages.  On  voit  le  Typhonius,  ainsi  qu'un  canal  très  marqué  un  peu  au  nord 
d'Astapus. 

Même  jour,  12''3U"'.  On  aperçoit  le  F^hison,  très  vague. 

26  septembre,  17''0"'.  Diamètre  11". 27  :  longitude  du  centre  =  279':  latitude  du 
centre  ^0°, 3.  Bonne  image;  de  légers  nuages  passant  devant  la  planète  ainé'- 
liorent  la  détiniiion.  —  Réapparition  de  la  calotte  polaire  boréale.  La  Grande  Syrte 
est  très  sombre  vers  son  extrémité  inférieure.  La  Libye  est  d'une  couleur  rouge 
brique  foncée.  Les  terres  au  Sud  sont  indistinctes.  Dans  les  instants  de  mauvaise 
définition,  la  planète  se  présente  avec  sa  tache  grise  triangulaire,  comm(>  elle  a 
été  dessinée  [jar  Maraldi  en  1719.  On  voit  toujours  le  canal  du  17  septembre  au 
nord-est  de  la  Grande  Syrte,  ainsi  que  le  Phison,  large  et  vague. 

28  septembre,  16"30"'.  Diamètre  =  ir,4:i:  longitudedu  centre  =  ih^' ;  latitude 
du  centre  -t-lV',5.  Mauvaise  définition.  —  La  calotte  polaire  nord  est  très  bril- 
lante. La  Petite  Syrte  est  pâle,  la  Lybie  et  Ausonia  estompées.  llellas  est  brillante 
près  liu  limbe  supérieur.  Comme  canau.x,  on  aperçoit  le  Léihé  vaguement, 
l'Amenthès  et  le  Népeutliès.  D'autre  part,  ou  voit  bien  que  le  canal  si  évident  au 
nord-est  de  la  Grande  Syrte,  vers  Boréosyrtis.  n'est  ni  l'Astapus,  ni  l'Asclepius 
de  M.  Schiaparelli,  et  parait  nouveau.  On  le  rencontre  cependant  antérieurement 


276 


LA   PLANKTE   MARS. 


1896 


sur  les  dessins  de  Lowell.  en   ixy'i,  et  mieux  sur  ceux  de  Burton  et  Bœddicker, 
en  lS,S-2. 

Mi'nie  jour,  17'' 30™.  I^ongitude  du  centre  =  2(j7'.  —  liaréi^ion  d'Isis  est  brillante. 
I.e  eanal  unissant  la  Grande  Syrte  à  la  Boréosyrli.^,  par-dessus  Neith  Kegio,  est 
d'une  évidence  indubitable  i/î;/.  l'J.")). 


■js  >r|.ieinl.ii',  I7'',::U'" 


icinl.ri.-.   1,"' 


KiL'.  ;97.  ■ 


(  tcii.re,  1', 


Fiu'.  l'.IS.  —  ;'J  octoljie.  Iûi'30™ 


30  septembre,  l'2''  :':.  Diamrtre  —  ll",r,'J;  iongiiude  du  centre  —  HiK":  latituilo 
du  centre  -,-  C»,8.  Image  nn-diocre.  —  Aucun  détail.  Les  mers  des  Sirènes  et  Cim- 
uiéricnne  seraient-elles  recouvertes  de  bi'umes  ou  de  nuages? 

•2  octobre,  1-2'' -■^.  Diamètre  —  ll",7o;  longitude  du  centre  -  l')9»rt:;  latitude 
du  centre  -+-  1", 0.  Image  d'abord  mauvaise,  [)uis  satisfaisante.  —  La  calotte 
polaire  boréale  est  très  brillante.  Le  golfe  des  Titans  esta  l'ouest  du  centre.  Les 


OltSKKVAliMUH    hl-:    .11  VISV. 


277 


mers  des  Sirèiies  ot  Ciiiimt''ricniic  sont  somhros.  la  première  surtout.  La  l'rop'in- 
tiJe  est  plus  pâle.  Cinq  canaux  se  voient  à  la  l'ois,  dont  deux  douljles,  le  Titan 
et  le  Sleriipes  ou  Rrontéii  de  Lowell.  deux  très  larges,  l'Orcus  et  le  l'yriplilf- 
irétliou  et  le  dernier.  Gigas,  simple  iftij.  I9G). 


Même  jour,  13''  --.  Longitude  du  centre  =  li'/i 


Moins  bonne  détinition. 


Les 


Fi^.  l\V. 


:;û  uctuLi.e,  i;.""  ;:," 


Fil-.  ,'0o. 


:;o...-ioi.ie,  i3''4;i" 


Fi--.  Jill.  - 


1  iicivoiiilirc,  U 


II)  iiuveiiilire.  1?.'•.^S'°. 


mers  Cimmérienne  et  des  Sirènes  présentent  l'aspect  du  "  vol  d'oiseau  »  observé 
par  moi  en  IS77.  Outre  les  détails  énumérés  dans  l'observation  précédente,  ou  voit 
encore  le  Tartare,  simple  peut-être,  mais  large. 

13  octobre.  L^''^"".  Diamètre  —  !2".sii:  loniritudc  du  centre  =  134':  latitude  (in 
centre  —  2".  2.  Très  mauvaise  image.  —  Calotte  polaire  éclatante.  La  mer  des 
::;irènes  est  mal  définie,  surtout  à  IL'-t,  et  l'haethoutis  parait  brillante  dans  le 


278  I.A   IM.ANKTK   MARS.  1890 

voisinage  du  limbe.  Le  Oigas  est  simple,  mais  le  Sireuius,  lOrcus  et  le  Pyriphlé- 
gdthon  sont  très  élargis, 

23  octobre,  I^''^"".  Diamètre  =  I3",t<0;  longitude  du  centre  =313";  latitude  du 
centre  -h  2»,  Il  Belle  définition.  —  La  calotte  polaire  nord  est  assez  étendue. 
La  (Jrande  Syrte  est  au  milieu  du  disque.  Elle  est  très  sombre  vers  la  Nilosyrtis. 
On  voit  la  baie  dulMéridien  sombre,  venant  de  l'Ouest.  Le  littoral  d'Aéria  et  d'Edom 
paraît  brillant  par  contraste.  Deucalionis  Regio  est  très  pointue  à  l'Est  et  parait 
séparée  de  la  terre  au  Sud  par  un  étroit  canal  assez  sombre.  On  ne  voit  que  l'hé- 
micycle inférieur  de  Ilellas,  et  vaguement  l'ile  d'Oùiotria,  dont  l'aspect  a  bien 
changé  depuis  l'observation  du  17  septembre.  L'Euphrate  est  large  et  très  probable- 
ment double.  Le  nouveau  canal,  au  bout  de  la  Grande  Syrte,  ainsi  que  l'rotonilus, 
Typhonius,  Oronte  et  Hiddekel,  sont  très  marqués. 

Même  jour,  l'i''0'".  Longitude  du  centre  ^  342».  La  baie  du  Méridien  est  beau- 
coup plus  foncée  que  le  prolongement  oriental  de  Sinus  Sabteus.  Deucalioais 
Regio  est  d'un  beau  rouge-brique  sonibre  et  plus  foncée  que  le  continent  opposé. 
Les  lacs  Ismenius  et  celui  du  Nil  au  limbe  sont  pâles.  Argyre  brille  vers  le  limbe 
supérieur.  Les  canaux  de  Protonilus,  Typhonius,  Oronte,  Euplirate,  Iliddekel  et 
Geliou  ne  se  voient  que  jjar  instants  {fiij.  197  |. 

•2'.l  octobre,  10"30"'.  Diamètre  =  14", 4.5:  longitude  du  centre  —  230";  latitude  du 
Centre  ^2",  7.  —  ,Ie  remarque  que  lu  centre  de  la  planète  est  très  jaune. 
Li  calotte  polaire  boréale  petite,  mais  très  blanche ,  se  montre  mieux  avec 
un  Faible  éclairage  de  la  lampe  qu'avec  l'éclairage  complet  ou  dans  l'obscu- 
rité. On  voit  les  mers  Cimmérienne  et  Tyrrhénienne,  dont  les  rives  sont  blanches, 
puis  un  estompage  allongé  et  vertical,  descendant  de  la  Petite  Syrte,  et  corres- 
pondant au  Léthé  ou  à  l'Amenthès.  Ce  canal  aboutit  à  l'estompage  d'Hephajstus 
(/;;/.  198). 

Mémo  joui-,  \i^A:>"'.  Longitude  du  centre  =  2G9".  Mauvaise  image.  La  Grande 
Syrte  est  sombre  au  Nord.  On  voit  llicmicycle  boréal  de  Hellas.  La  région  d'isis 
est  brillante.  Le  nouveau  canal  au  nord  de  la  Grande  Syrte  est  excessivement 
large  et  jjout-èlre  double.  L'Amenthès  est  très  évident. 

30  octobre,  I2''4.'i"'.  Dianirtre  lî",5(i;  longitude  du  centre  =-  •,'OU';  latitmle  du 
centre  -  2°,  7.  Brouillard  intense.  MM.  l^'lanimariou,  Antoniadi  et  Moreux  obser- 
vent et  éiudii'ut  sur  la  toi'rasse  le  curieu.\  pluhiomène  du  spectre  de  lirocken  (  '  |. 
Après  11'  liruiiillard,  le  ciel  éclairci  permet  li's  observations  astninomiques.  —  La 
caliitte  p(daire  boréale  est  très  nette.  La  Petite  Syrte  est  un  peu  à  l'est  (précé- 
daiiti  du  méridien  central.  L'extrémité  suivante  de  la  mer  Cinimérienne  se  voit 
:i  gauciie.  La  Grande  Syrte  est  à  droite.  La  Libye  parait  estompée.  Le  segment  infé- 
rieur de  Ileihxs  est  net.  On  voit  le  nouveau  canal  si  évident  entre  Astapus  et 
Asclepius,  le  Léthé,  l'AnuMilhes,  le  Xi'peiitliès  et  lo'l'liotli. 

(' (  Voir  Unllctiii  de  la  Société  A-slronotniquc  de  Franco,  18'.J8,  p.  lOi. 


(ilOKliVAlOlltt:    i>E    .IL\  1>V.  27'.) 

Même  jour  lifi'  'i.")'".  Lougiliulo  ilii  contre  ^  i'W'.  —  Méiliocro  iinairc.  —  l,a  calotte 
iiilerieure  parait  bordée  d'un  ('Sloni|)age  bleuâtre.  La  drande  Syrte  (jui  va  passer 
au  centre  afTecte  plutôt  la  forme  dessinée  par  Schiaparelli  que  celle  de  Green  ou 
de  Lowell.  llellas  et  Deucalion  sont  brillantes  au  limbe.  Les  caiiau.x  Amenthes, 
Thoth,  Astusapes,  et  le  nouveau  sur  Ncith  Kegio  sont  très  distincts  i  (hj.  199). 

Même  Jour,  uieuie  heure.  Observat<'ur  .V.  l'alilir  Morcnx.  — Cirossissemeiit  de 
3IIU.  lionne  délinition.  -  La  mer  du  Sal)lier  passe  au  mi'ridien  central.  La  Libye 
est  d'une  blancheur  éclataute  et  un  estompaiie  très  prononcé  continue  sur  «•  con- 
tinent la  teinte  noire  de  la  Grande  Syrte,  ;\  la  place  occupi'c  autrefois  par  le  lac 
Mo'ris.  La  l'etite  Syrte  apparait  sur  la  gauche  avec  le  Li>thé  (pii  la  continue. 
Au  sud,  à  droite,  ou  remarque  Deucalionis  Hegio.  Le  pôle  boréal  est  nettement 
visible  et  présente,  peut-être  en  raison  de  sa  blancheur  plus  accentuée  à  gauche, 
une  dissymétrie  frappante.  Toute  une  région  grise  sépare  la  calotte  polaire  de 
la  Nilosyrlis  qui  se  montre  plus  avancée  vers  le  pcJle  que  dans  les  aspects  habi- 
tuels de  la  planète.  A  noter  encore  une  large  bande  grise  parlant  ilu  pôle  boréal 
et  courant  suivant  un  méridieu  sur  la  droite  {fuj.  200  i. 

3  novembre.  1 1''0"'.  Diamètre  :  ;  L"/,U:  longitude  du  centre  -:  -'OO»;  latitude  '.'".(i. 
—  Assez  bonnes  images.  —  Je  remarque  que  Mars  est  prt'cédé  par  nu  riche 
champ  d'étoiles,  amas  des  Gémeaux,  environné  d'nue  sorte  de  désert.  Mers 
Ginimérienne  et  Tyrrhénienne,  bordées  de  blanc.  Calotte  polaire  boréale.  Ré- 
gions blanches  au  Nord-Est  et  au  Nord-Ouest.  Lu  estompage  descend  de  la  mer 
Ciinmérienne  au  'l'i-ivium  Charoiitis  :  L;esti>gon. 

4  novembre,  l.i''oO"'.  Diamètre  —  1."/,  1 1  :  louLjitude  du  centre  =  HO":  latitude  du 
centre  +2",  5.  —  Bonne  image:  détails  très  pâles.  —  La  calotte  polaire  est 
pjtite.  On  ne  distingue  pas  bien  la  forme  de  la  mer  Cimmerienne  qui  est  très 
fable.  Le  Cychiiie  parait  double,  ainsi  i[ue  son  prulniigemeiit  infei-ieur,  Galaxias. 
Catte  constatation  n'est  pas  sijre.  Le  Kretuiii  Anian  est  un  estompage  très  [telii 
et  très  vague.  .Kthiops  et  Léthé  ou  .\menthès  se  voient  par  instants.  Zéphyric- 
est  blanche  au  lermiiiateur. 

5  novembre.  W^i)'".  Diaïuèlre  =  Id",20;  longitude  du  centre  =  \''M  :  latitude  du 
centre  —  2",  L  —  B)une  image;  la  calotte  polaire  [est  très  Idanelie.  Les  mers 
Cimtnérienne  et  Tyrrhénienne  sont  liien  marquées;  leurs  bords  sont  bl.mcs. 
On  dédouble  le  Titan;  on  voit  aussi  le  La'Strygon  et  l'Orcus,  convergeant  au 
Trivium  Gharoatis,  i\'iiiariin;ible)nenl  at^t^otiibri  et  lil.inji  \li(j.  201 1. 

7  novendjre,  W'\)'".  Diamètre  ^  15",  10;  bingitiido  du  centi'e  =  117»;  Latitude  du 
centre  ^2°,3.  —  Image  très  calme  et  belle,  mais  détails  très  iadistincts.  — 
On  ne  voit  presque  pas  la  calotte  polaire  boréale.  La  mer  des  Sirènes  est  mal 
définie.  Le  golfe  Aonius  est  presque  invisible.  On  souiiçoniie  par  instants  l'exis- 
tence du  S:renius  et  ilo  l'Orcus;  mais  cette  constatation  n'est  pas  bien  sûre. 

10  novembre,  I2i'38™.  Diamètre  =  lo'.72;  longitude  du  cenlfo  —  l.'iS";  latitude 


280  l.V   l'LANKTi'    MA  US.  KSOIJ 

du  oentro  -;-  2", 0.  -  Magnilique  image;  calme  absolu.  —  La  calotte  polaire 
inférieure  est  très  petite.  La  mer  des  .Sirènes  passe  au  méridien  central.  Atlantis 
est  très  nette.  La  mer  Cimmérienne  est  plus  pâle.  Le  'l'riviuiu  Cliaroutis  est  très 
sombre  près  du  limbe  occidental.  ()n  voit  ijiusieurs  canau.v,  dont  Titan,  Sti:ropcs 
ou  Broutes  de  Lowell,  et  Eumenidcs-Orcus  nettement  doubles.  1-e  L;ostrygon 
et  le  Tartare  sont  simples.  L'Ercbus  est  très  sombre.  La  presque  invisibilité  de 
la  Propontide  est  remarquable. 

Mi>mo  jour,  i:!''3.sm.  Loupiitudedu  centre  =  173'.  —  Image  exceptioimellenient 
calme  et  détaillée.  —  Le  Trivium  Charoiitis  est  nettement  double,  composé  de 
deux  taches  noires  circulaires,  voisines,  t'ette  duplication  est  frappante  et,  cou- 
trairement  à  ce  qui  a  lieu  pour  la  visibilité  fugitive  des  autres  détails  de  la  pla- 
nète, se  voit  presque  continuellement.  Outre  les  canaux  énumérés  plus  haut,  on 
aperçoit  encore  le  Styx,  noir  et  large  {flg.  202  i. 

Même  jour,  l'i^SS'".  Longitude  du  centre  =  ISS».  —  Confirmation  sur  toute  la 
ligne  des  détails  précédents.  La  duiilication  du  'l'rivium  Charontis  est  incontes- 
table. La  calotte  polaire  inférieure  est  composée  d'un  point  brillant  à  gauche, 
suivi,  à  droite,  d'une  tache  plus  grande,  mais  moins  éclatante. 

Ces  observations  nous  montrent  que  des  changements  incontestables  con- 
tinuent de  s'opi'rer  rapidement  à  la  surface  de  la  planète,  l/un  des  plus  impor- 
tants est  le  nouveau  canal  au  bas  de  la  mer  du  Sablier,  qui  la  prolonge  vers  la 
gauche  en  décrivant  une  courbe  légèrei/Z^.  19.")  et  i'.lili.  Cecanal  n'est  ni  l'Astapus, 
ni  l'Asclepius  des  cartes  de  Schiaparelli,  mais  il  C(U'respond  assez  Ijien  avec 
l'Astapus  de  la  carte  de  Lowell;  on  le  retrouve  sur  uii  dessin  de  Burton,  du 
12  mars  lSiS2  {voir  t.  I,  p.  36Ô).  (.'emparer  aussi  un  dessin  de  Stanley  Williams, 
du  27  juin  bS'.iO  ip.  172)  et  les  diverses  cartes  de  Schiaparelli.  Los  comparai- 
sons nous  conduisent  à  penser  qu'im  certain  nombre  des  cliangenients  observés 
sont  des  retours  d'idjservatious  déjà  faites  antérieurement.  Et  comme  nous 
scjuinies  encore  loin  d'enregistrer  régulièrement  tout  ce  qui  se  passe  sur  Mars, 
nous  devons  penser  que  ces  retours,  renouvellements  d'aspects  antérieurs,  sont 
beaucoup  ]ilus  fréquents  qu'ils  ne  le  paraissent,  .\insi.  ces  variations,  tout  en 
étant  réelles,  incontestables,  nous  umèniMit  aujourd'hui  à  une  seconde  cciu- 
clusion  :     • 

1°  Des  i:li:tiiijeineiil.<  .■<'aci:<jm'pli.<-<t'nl  iiclncUeincnt  à  in  surface  ili-  ia  pl;i}ii'lo 
M.ir.-<; 

2"  Certaines  ré<jiu)is  de  la  surface  de  Mars  sont  soumises  à  des  cariallons 
pi-riodiques  ; 

i;t  nous  pouvons  même  ajouter  : 

;i"  Ces  variations  sont  causées  par  (a  circulation  des  eaux  et  probablement 
dues  à  de  la  végétation. 

11  serait  inexact  de  dire  que  l'Astapus  a  cliangi'  de  place;.  Kii  des  régions  voi- 
sines, des  as|iects  analogues  se  itroduiseni,  dus  sans  doute  à  une  variation  dans 
la  distribution  des  eaux. 


on.si;ii\  AToiuK  1)1-;  .ilvisv.  281 

Outre  cette  variation  ubscrvco  a»  nord-est  de  la  mer  du  Saljjier.  les  observa- 
tions de  Juvisy  en  mettent  en  évidence  une  autre  ]ilus  inipurtante  encore  peut- 
être.  Le  5  novembre,  j'observais  un  élargissement  et  un  assoinbrissement  du 
Trivium  Cliarontis  {flij.  201  ),  lac  ou  oasis  auquel  aboutissent  neuf  canaux,  et  re- 
préseotant  l'une  des  régions  les  plus  importantes  de  la  géograpiiie  martienne. 
Cinq  jours  après,  mon  astronome-adjoint  observait  la  duplication  de  cette  tache 
sombre  {fig.  202 1.  Eh  bien,  ce  n'est  pas  non  plus  la  première  fois  ([ue  ce  phéncj- 
mène  est  observe.  M.  Schiaparelli  a  constaté  le  nièmedédoulilemout  le  9  mars  I.SSi. 
mais  avec  un  aspect  ditïérent.  On  a  vu  également  le  lac  ilu  Soleil,  le  lac  Ismé- 
nius,  ofïrir  des  dislocations  analogues.  Tout  cela  est  bien  étrange,  bien  fantas- 
tique, bien  extraordinaire;  mais  ne  .soyons  pas  trop  sceptiques. 

Brouillards  sur  Mars.  —  Les  régions  circumpolaires  boréales  de  la  planète 
nous  ont  présenté  en  ces  dernières  semaines  le  |diénoniène,  très  rare  sur  cette 
planète,  de  brouillards  s'étcndant  à  des  distances  variables  autour  de  la  calotte 
neigeuse.  Cette  zone  blanchâtre,  moins  éclatante  que  la  neige  polaire,  s'est 
étendue  jusqu'à  une  grande  distance  du  pôle  et  a  ensuite  diminué.  ()n  aurait  jiu 
facilement  la  prendre  pour  une  extension  de  la  calotte  polaire  elle-même,  et  c'est 
ce  qui  a  dû  avoir  lieu  dans  les  anciennes  observations  i  '  I. 

2.5  novembre  ISOii,  li''l."i'".  Diamètre  =l('i",'.iO.  Longitude  du  centre  =  4S". 
Latitude  du  centre  — 0",  I.  —  Lue  grande  calotte  brumeuse  couvre  la  région 
polaire  boréale  de  Mars  sur  un  arc  aréocentrique  d'environ  '>')•'.  soit  sur  une 
surface  au  moins  quatre  fois  aussi  considérable  que  celle  des  neiges  polaires. 
La  couleur  du  météore  est  d'un  blanc  mat  caractéristique,  sans  limites  bien 
définies.  Le  golfe  île  l'Aurore  parait  par  moments  présenter  deux  taches  sombres 
rondes  et  voisines,  situées  sur  le  prolongement  du  Gange.  Le  Sinus  Acidalius 
est  d'un  noir  d'encre  extraordinaire,  malgré  sa  proximité  du  terminateur,  ce  qui 
donne  à  la  planète  un  aspect  peu  naturel.  Le  lac  Niliaque  l'st  indiqui'  par  un 
vague estompage.  Les  canaux  du  Gange  et  de  la  Jamuna  sont  doubles;  Chrysor- 
rlioas  et  Agathodaunoii  paraissent  élargis;  Nilokeras  ne  iirésente  rien  d'anor- 
mal: enlin  Ilydraotes  se  voit  coujine  une  li^ne  très  déliée  (/(;/.  Ai. 

28  novembre.  12''Û'".  Diamètre  =  17", 03.  Longitude  =.319".  Latitude  — 0".". 
—  Le  brouillard  du  pôle  inférieur  est  légèrement  réduit  depuis  le  2â.  Sinus 
Sabœus  est  assez  foncé,  la  baie  du  .Méridien  l'est  davantage.  On  remarque 
l'étroit  canal  séparant  la  région  de  Deucalion  de  la  Noachide,  signalé  pour  la 
première  fois  pendant  cette  opposition,  au  mois  d'août,  par  M.  Stanley  Williams. 
Le  lac  Ismenius  est  pâle,  celui  du  Nil  un  peu  plus  sombre.  L'Iùiphrate  et  l'IIid- 
dekel  paraissent  doubles,  Oronte  et  Gehon  simples.  Le  Nil  est  large  {fig.  li|. 

30  novembre,   I2i>i:jni.  Diamètre  =  17", 08.  Longitude  =335".  Latitude  —  1",  I. 

{')  J'ai  adressé  cette  Note  le  ÎJ  décemliro  18%  aii.x  .•Isi/'onomis-c/ic  A'ac/u-fc/i/cii, 
qui  l'ont  publiée  dans  le  numéro  suivant  (3394;  du  4  janvier  IS'.l". 


•is-^ 


1. A   IM.ANKTE   MARS. 


iS'.ir, 


Bomie  définition.  —  Le  brouillarii  polaire  se  réduit  de  plu.s  en  plus.  La  baio  du 
.Méridien  est  très  sombre:  Sinus  .Sabœiis  l'est  moins,  surtout  au  milieu,  laissant 
voir  ainsi  Xisuthri  Regio  qui  est  du  rouge  brinue  caractéristique  des  demi-teintf  s 
sur  Mars.  Les  rivages  septentricnaux  du  Sinus  Saliajus  sont  blancs.  Argyre  est 


c  IJ 

Fig.  2u3.  —  Observations  do  Mars  lailes  a  l'ULisei-vatMirc  do  Jiivisy.  Novembre  et  déeeiiibre  IS'.Ni. 


très  blanche  au  limbe  supérieur.  Dcucaliiuiis  Regio  parait  nettement  définie  vers 
l'Est  I  pour  Mars)  où  elle  se  termine  en  pointe.  Euphrate,  l'iiison  et  IliddeUel  se 
voient  doubles  dans  les  moments  calmes  d(!  l'image.  Le  fielion  est  légèrement 
élargi  (/(;/.  ('). 

7  décembre,   li|i'4.V".   Diamètre  =  I7",0S.   Longitude  —2,")'.'".   Latitude  — -".(i. 
Image  médiocre.    -  Le  brouillard  a  disparu  des  régions  polairi.'s  boréales,  et  l'on 


(WiSliKVATOIHi;    l)K    .KVISV.  JS.S 

ne  voit  pas  do  calotte  polaire.  La  Petite  Syrte  passe  au  centre.  Mer.s  Ciiimii'- 
rienne  et  Tyrrhénienne  avec  Trivium  Charontis,  à  gauche,  Grande  Syrte,  ;i  droite. 
Celle-ci  offre  la  forme  de  Lowell  en  lS9i,  sans  lac  Mœris  et  avec  une  Libye  bril- 
lante. Ilespéria  est  estompée,  surtout  à  l'Kst.  Comme  canaux,  on  aperçoit  le  Cy- 


G  H 

Fig.  20S.  —  Oljscrvations  de  Mars  faites  u  l'Oliservaloire  ctc  Juvisy.    Décembre  IS'JG;  janvier  ISilT 


clope  et  le  Cerbère,  puis  le  Triton,  très  mince,  cl  lînalemcut  un  nouveau  canal 
unissant  la  Petite  Syrte  à  l'emplacement  de  l'ancien  lac  Mœris,  ne  correspondant 
pas  au  N'ùpeutliès,  mais  marqué  sur  des  dessins  des  •.^4  et  27  juin  IS90  par  Stanley 
Williams. 


Même  jour,  1I''30">.  Longitude 


2ii-: 


E.xcellente  image. 


La  calotte  polaii-c 


osi  LA   l'LANKTE   MARS.  1890 

nord  réapiiarait,  dégagée  dus  brumes.  La  Grande  Syrte  .se  présente  telle  qu'elle 
a  été  dessinée  par  Lowell  eu  1S94.  Un  aperçoit  l'hémicycle  inférieur  de  Hellas. 
.Viisouia  est  on  ne  peut  plus  distincte.  On  voit  onze  canaux,  tous  simples  là  l'ex- 
ception de  Cyclopsi,  .Ethiops,  Triton.  Amontliés,  Thoth,  Pactole,  Nilosyrtis, 
Horeosyrtis,  le  canal  unissant  l'extrémité  inférieure  de  la  Grande  Syrte  à  la  bo- 
reosyrtis,  le  canal  de  Stanley  Williams  sur  l.ibya.  enfin  un  autre  unissant 
l'embouchure  de  l'Astapus  à  rilcphc-eslus,  et  qui  ne  parait  pas  correspondre  à 
l'Astapus  de  Schiaparelli  I /(,'/.  I»).  Les  rivages  orientaux  (précédents)  de  la 
Grande  Syrte  paraissent  iHre  le  siège  de  grands  bouleversements. 

Même  jour,  12i':i0".  Longitude  =  '277".  Bonne  image.  —  Les  canaux  disparaissent 
comme  par  enchantement.  La  Grande  Syrte  qui  va  passer  au  centre  affecte  bien 
la  forme  de  LowelI,  tandis  que  des  régions  plus  sombres  que  l'on  remarque 
à  sa  surface  rapp.?llent  le  «  pays  montagneux  »,  do  M.  Barnard,  :\  la  dernière 
<jppûsition.  .Vucune  trace  du  lac  Mœris,  envahi  par  l'invasion  graduelle  de  la 
mer  du  Sablier:  son  emplacement  est  actuellement  marqué  par  un  golfe  arrondi. 
La  Libye  est  blanche  et  parait  réunie  à  Hellas  par  un  vague  pont  gris  clair.  Dans 
le  bas  du  disque,  on  remarque  un  estompage  qui  yiourrait  bien  être  Coloe  Falus 
de  Schiaparelli  |MS7!I|  ifig.  E). 

,S  décembre,  I3''4IJ"'.  Diamètre  ^  I7",0G.  Longitude  =280».  Latitude  —2°, S. 
Bonne  image,  mais  par  les  moments  d'air  agité  on  croit  avoir  devant  soi  le  dessin 
deJMaraldi  :  pas  de  canaux.  —  On  ne  voit  pas  la  calotte  polaire.  La  forme  lowel- 
lienne  de  la  Grande  Syrie  est  manifeste.  Les  canaux  Astaboras,  Nilosyrtis  et 
celui  de  la  (irande  Syrte-Boreosyrtis  se  soupçonnent  par  instants. 

10  décembre,  7''.40"'.  Diamètre  =  17", IK).  Longitude  =  180".  Latitude  —  3", '2. 
Air  agité.  —  La  calotte  polaire  est  petite  dans  le  bas  du  disque.  La  mer  des  Sirènes 
est  sombre,  la  mer  Cimmérienne  plus  ]):ile.  Atlautis  est  nette.  Le  Trivium  Cba- 
rontis  est  doul)le,  composé  de  deux  taches  rondes  et  sombres,  dirigées  presque 
du  Nord  au  Sud  pour  Mars,  et  à  angle  dreit  de  l'Orcus,  large,  et  probablement 
double.  Le  'l'ilan  est  double;  Cerbère  et  Styx  très  larges,  formant  avec  le  Tri- 
vium CMiarontis  la  moitié  orientale  de  la  figure  hexagonale  d'Elysium.  On  voit 
encore  le  Lœstrygon,  le  Tartare,  l'Erebus  et  le  l'yriphlegeton  [fig.  Fi. 

Même  jour,  '.)''  10™.  Longitude  =  iOi".  Assez  bonne  image.  —  La  calotte  polaire 
est  petiti',  brillante  et  convexe  vers  l'éciuatcur.  Le  Trivium  Charontis  doublé 
passe  au  centre.  La  partie  d'Hlysium  (|iii  le  suit  à  l'Ouest  est  brillante.  Orcus  est 
un  vague  estompage.  Titan  disparait  à  l'ilst.  La  l'ropontide  est  pâle.  On  voit 
encore  le  La'strygon,  l'ICrebus  (ou  llades),  le  Cerbère,  le  Styx,  l'Eunostos  et 
l'Mybl.'eus. 

Même  jour,  10'' -O'".  L^ongitude  =  v'I'J".  Bonne  image.  —  La  calotte  polaire 
nord  est  à  peine  mari[uée.  La  mer  Cimnn'i-icnne  est  grise;  au  lieu  de  l'ilc  Cim- 
meria  ou  remarque  deux  taches  sombres,  siliu'x's  vers  l'embouchure  du  Cyclops 


OBSi-iivM'oïKi-:  DK   irvisv.  _'S.-, 

et  du  CtTbère  i)roliinjr($s  rcspectiveiiKMit.  Ilespérie  est  nette,  mais  peiit-ètro 
estompée.  La  forme  pentagonalc  circulaire  cllllysium  est  nette,  et  les  canaux 
qui  entourent  cette  région  sont  élargis  :  Cerbère,  Styx,  Eiinostos,  I[ybl;i'iis. 
Cyclops  est  aussi  très  large.  Lo  Pactole  descend  de  l'Est  jusqu'à  l'estompage  de 
Heph.TStus,  faisant  avec  lùuiostos  un  angle  d'environ  •,'0".  .l.tliiops  est  très 
mince  {fig.  O  i. 

l'i  décembre,  T''ir>n".  Diamètre  =  Ki",  73.  Longitude  =  1-20''.  Latitude  —  \'>,i. 
Image  assez  calme;  vue  à  travers  une  éclaircie.  —  La  calotte  polaire  boréale  est 
petite,  mais  très  brillante.  Le  lac  du  Soleil  est  d'un  gris  pâle  à  gaucbe;  tandis 
que  la  mer  des  Sirènes  est  un  peu  i)lus  sombre  à  droite.  Aonius  Sinus  indistinct, 
mais  la  convexité  du  littoral  Icaria-l'ha'thontis  est  très  marquée.  Le  lac  Titlio- 
uius  se  voit  par  instants;  Sircnius  et  PjTipblegethon  sont  élargis;  Phasis  très 
indistinct,  mais  les  Colonnes  d'Hercule  s'aperçoivent  sans  be.-uiconp  de  dil'iîculté. 
Le  centre  de  la  planète  est  sillonné  de  canaux  nombreux  et  dirigés  dans  tous  les 
sens  :  c'est  la  région  du  Xieud  Gordien. 

"27  décembre,  'M'-2:>'".  Diamètre  =  l.V,  ,jS.  Longitude  =  50".  Latitude  —  (>•. 
On  voit  encore  la  calotte  polaire  boréale.  Je  revois  les  deux  taches  sombres  du 
golfe  de  l'Aurore  vues  ici  le  2')  novembre.  La  sé[)aratiiin  de  ces  taches  for- 
merait-elle l'rotei  Régie?  Le  Sinus  Acidalius  est  noir  dans  le  bas  du  disque, 
moins  toutefois  que  le  25  novembre,  à  cause  de  la  plus  forte  latitude  australe  du 
centre  sans  doute,  et  la  position  plus  avancée  vers  le  limbe  de  cette  tache  remar- 
quable, masquée  par  la  densité  croissante  de  l'atmosphère  vers  le  limbe.  Le  lac 
du  Soleil  doit  être  très  pâle,  car  bien  qu'à  34"  du  méridien  central  seulement,  il 
reste  invisible.  Le  lac  .Viliaque  est  estompé;  celui  de  la  Lune  est  mieux  marqué, 
Enfln  l'indus  se  recourbe  eu  arc  gracieux  s'ctendant  du  golfe  des  Perles  à  la  mer 
Acidalienne,  non  loin  du  limbe.  Ou  remarque  encore  le  Nilus  et  le  Xilokeras. 
simple?,  puis  la  Jamuna  et  le  Gange  doubles, 

10 janvier  1S97,  5''30"'.  Diamètre  =  IS^TS.  Lijugitude  =  -35».  Latitude  —  7  .3.  .le 
remarque  que  la  mer  Cimmérienne  se  montre  assez  foncée,  ainsi  que  la  mer 
Tyrrhénienne.  Ilespérie  les  sépare.  Le  Cyclops  est  large  et  estompé.  Elysium  et 
Hepha-^stus  ne  se  voient  pas  avec  certitude.  En  bas,  la  neige  ]iolaire  boréale  est 
mince,  mais  certaine  et  très  blanche  {fig.  Hi. 

Dans  plusieurs  lettres  qui  nous  ont  été  adressées  par  M.  Scbiaparelli,  l'illustre 
Directeur  de  l'Observatoire  de  Milan  constate  que.  pendant  cette  opposition,  les 
bonnes  images  de  la  planète  ont  été  excessivement  rares. 

Le  soir  du  10  décembre,  M.  Scbiaparelli  a  pu  voir  Mars  par  une  atmosphère 
assez  tranquille.  Un  brouillard  épais  absorbait  cependant  trop  de  lumière,  et  la 
vision  était  assez  imparfaite.  La  configuration  était  presque  identique  à  celle 
du  dessin  ci-dessus  du  10  décembre  iFi,  Cijclop.-^,  très  visible,  suivait  le  méridien 
de  la  planète;   Cerbère,  également  bien  marqué,  se  prolongeait,   par  un  trait 


•jsc, 


LA    l>LANi:TE   MARS. 


1890 


«■xtrèinement  délié,  jusqu'à  la  mer  Ciinmérienne,  sous  unn  iiic]in;ii^on  de  i.j"  à 
peu  près.  Le  Styx  était  très  large.  Le  Trivium  Chiironli.-^,  doublé,  eomnie  il  a  été 
^  Il  à  .luvisy  :  seulement,  les  deux  taches  étaient  sensiblement  allongées  dans  la 
ilirection  de  VOrcus.  Celui-ci  était  visible  sous  forme  de  bande  large  et  très 
estoirii)ée.  Le  Lœglrygon  ét^it  assez  facile,  quoique  moins  large  que  Cyclops; 
il  touchait  à  l'extrémité  gauche  des  deux  taches  sombres  du  Triciinn.  En  bas 
du  disque,  le  Boreas,  le  Gynde  et  V.Esaciis,  avec  une  partie  de  la  Propontis, 
étaient  marqués  par  des  bandes  sombres  et  faciles  à  constater. 

»  La  mer  Acidalienne,  tout  près  du  l'ont  d'Achille,  ajoute  M.  Schiaparelli, 
était  très  sombre  aussi  en  18S4;  alors  j'ai  écrit  que  cet  espace  étnil  le  plus  noir 
ili'  toute  In  pluiu'tc  (voyez  le  §  (l'JO  de  mon  Mémoire  IV).  » 

L)e  ces  oliservalions,  la  plus  iinporlaiile  me  paraît  être  celle  île  la  varia- 
lion  constatée  en  novembre  surl'aspecl  du  Tririum  Charonlis.  C'est  du  reste 
Line  de  celles  qui  ont  le  jilus  frappé  l'altention  des  astronomes  pendant  cette 
opposition. 

La  carie  ci-cunlro  (//(/.  "■?05),  dressi^e  sur  la  projection  de  Mercaloi',  résume 
les  dessins  faits  à  Juvisy  pendant  l'apparition  de  1S9G-97. 

f;\Pr.l(ATION  DE  LA  CARTE. 


I.  Régions  jaunes 
et  demi-teintes. 

A    II.  11. IV 
f{    Allsc.ilKI, 
(,  (il':iitjt|-ia. 
I)    Vudiii-  Ilfïiii. 
i;    Dcui-illiimis  llrliio. 
F  N'iiiichis,  l'vrrlKi'    H.'!;i. 
It^vi^is    lu-.;iii    rt     \i 

Il  Thaiiiiiiisia. 

Il  l.-arii'. 

I  l'll:itlli>iitis. 

K  \ll.lliti5. 

I.  :i.-v|M-ii.-. 

M  I.iliyc. 

\  Isiiit.s  Hcgio. 

0  Klysium. 

II.  Taches  sombres 
et  estompages. 

,7  i;r:niiU'  Syrt<-. 
/;    Sinus  Siilia'us 

1  Mit  Austr.'ilo. 

/t  Mit  ryn-lRMiii-iiiM'. 

/  l'i-tili-  Syrtc-. 

/  Ml  r  .\ilriati»nM'. 

/.  Mir  ilinniiiriuiiin'. 


//    MtT  .1rs  Siii-ms. 

l' t 

itti.ral    hrilhint    'lu   .'fi- 

17  Pyri|ihk-^n''tliou. 

/      Mer    Krylliivc 

lins    Salia-us. 

IS  ■l'arlan-. 

A     lioltc  «les   l'iTlcs. 

V   A 

l'L'-v  rc . 

l'.t  Sirenius   i  iMar-i  1. 

/,     (inllV  ik'  l'Auron-. 
1/    linlli-    AdllillS. 

0    Hnniirs     (!ti     juMo     îiilV'- 

■20  Protnnihis. 

21  Ormite  (double/). 

V   SiiniM  .\'ii|;iliiis. 

T  leur  . 

■22  Eupbrate   («kiubk-'/ 

(>    L;i.-  .lu   Siileil. 

:    i 

(Hit    unissant     l.il.\a    a 

•2^   Hidtl.'ki-I  {.luubli;-/ 

/'     l,;ic  tk'    la   Lune. 

Huilas. 

■Ji  (îeh.m. 

fj   !,ae  Niliiuiu.v 

■J.'i  Thntli  ..u  Athyr. 

/(    L.ir  ^.^,■nil1^. 

IV.  Canaux, 

■_'tî  Astusapcs. 

>        II.'pllM'StllS. 

27   ,i;Uiiiips. 

/■   Trivium  Cliiiruntis 

1 

l.a'sfrycon. 

■2H  En-hc. 

U    C.olœ  l'alus. 

1' 

liani.^.-    (.inuhl.-). 

20  Styx. 

f    Sirltc.ni.s   Palus. 

;j 

ALMtho.hcnion 

M)  Jannnia  i  dDublc  ?). 

//'  ï.juMia  Titlumiii-i. 

i 

Lethé. 

:il    Mt.du-ras. 

V    Nd'U.I  Oiiniien. 

■' 

r.viHo|»s  (lavtrpl. 

M  Chryvurrhoas. 

>"    llcvaunius. 

li 

i:i-rb('re  (  Kirp»-). 

;i;i  liydraotes. 

/    rrojiinitis. 

7 

Antn'us. 

;t4  IihUis. 

v',   y'   Taihi'S    si»in 

)1'CS 

S 

Typhon  (  iluubir  .' '.:'  ). 

;t:i  Triton. 

v.-rs  rcxtri'initL-  siiiv; 
ili-  la  mer  l'.imnu'ricn 

nie 

m 

Xtnii-i'au,  a . 
Pliison  {Iarj;r), 

;î(;  .\iitiretiu,  h. 
;!7  Pactole. 

l\    /'    Taclu-s    stini 
ilaiis,  k'  goltV  .le  l'Aun 

r.' 

1 1 

Ami-ntb^S. 
\r|.cntliès'.' 
Tilaii   (.loubh'l. 

;!S  .Xouvfiru.c. 
'■V.i  Astabi)ras. 
U)   Eunnstos. 

III.  Taches  blanches. 

1  i 

Steropes    DU     Uroiitts 
tli'M.LowL'Ui.luubh'l. 

il    Hybla-iis. 

i-J   ilohmnt'S  d'ilcrrulc 

X    rj.lii-    brillant.'  VII 

U 

\:> 

ciiTasy 

1:1   Phk-k'éthon. 

nu'ili.-     j.rr.-tTk'iiti- 

iU- 

Kiiiiu-niilos. 

i:    Nil, 

l-;lyviniii . 

Ki 

fus  (ircus. 

i:.   Plias.". 

Lonnne   celle  de   l^i!)S    [').    noire  cai'lo  acinelle  conliiiiir  les   admirables 
Iravaiix  ib'  M.  Scliiiipaielli,  loul  en  nous  iiiniilraut  cependanl  d'iuiportaules 


(')   l'on-  plus  liaiil,  |).  -1)7. 


j  ■.  V  '   —  J      !    ■ 


\   " 


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rj--  : 

5 


Nos  / 


288  LA  pi.am:te  m  a  h  s.  is% 

variations  dues  à  ces  faliuleuses  métamorphoses  dont  la  surface  de  Mars  esl 
iiiconleslahlemenl  le  siège,  et  qu'aucune  analogie  terrestre  ne  saurait  nous 
cxitliquiT  d'uni'  manière  tant  soit  peu  satisfaisante. 
Nos  oliservations  df  1896-97  peuvent  se  résumer  ainsi  : 

Les  régions  eie  l'yrrlia  et  d'Ogygis,  avec  les  iles  de  Noachis  et  Argyro,  eut  l'tè 
vues  comme  une  seule  masse  do  terre  (M-  Deucalion  a  paru  très  pointue  vers 
son  extrémité  précédente,  tandis  que  la  Xisuthri  Regio  apparaissait  de  temps  en 
temps  dans  les  sombres  plages  du  Sinus  Sab.vus. 

Le  golfe  des  Perles  a  été,  comme  d'habitude,  assez  pâle.  Par  contre,  le  Sinus 
Acidalius  de  la  mer  Boréale  était  tellement  noir  qu'il  constituait  la  partie  la  plus 
foncée  de  la  surface  de  la  planète.  Le  lac  Niliaque  est  ajiparu  sous  la  forme  d'un 
vaste  estompage,  pou  intense. 

Deux  taches  sombres  nouvelles  ont  été  vues  dans  le  golfe  de  l'.\urore,  alignées 
dans  la  direction  du  Gange  prolongé.  11  ne  parait  pas  probable  que  ce  soit 
là  un  aspect  exceptionnel  de  l'île  de  Prêtée  qni  serait  incluse  entre  ces 
estompage  s. 

Le  lac  de  la  Lune  était  très  foncé,  tandis  quo  le  lac  du  Soleil  s'est  montré  en 
189ii-lS97  d'une  pâleur  rare.  11  en  a  été  de  même  du  golfe  .\onius,  si  sombre  en 
1S77,  mais  remplacé  en  IS92  par  une  terre  légèrement  grisâtre  en  forme  d'éventail. 

Céraunius  est  un  estompage  très  enfumé.  On  peut  en  dire  autant  du  Xieud  Goi'- 
dien.  La  Propontide  n'a  jamais  été  bien  vue  à  Juvisy  pondant  cette  opposition. 

Rien  d'anormal  dans  la  mer  des  Sirènes;  mais  deux  taches  sombres  ont  fait 
leur  apparition  dans  la  mer  Cimmérienne,  l'une  ig^l  située  à  son  extrémité  sui- 
vante, l'autre  [ij'  \  un  peu  à  droite  de  l'embouchure  du  Cyclops.  La  gémination  de 
cette  mer  a  paru  fort  incertaine  pendant  cette  ajjparition. 

Le  Triviurn  Charontis  mérite  une  plus  longue  description.  Jusqu'en  ISSo-lS.sl 
ce  n  lac  »  ou  ..  oasis  »  a,  en  général,  offert  l'aspect  d'un  estompage  allongé  de  l'Hst 
à  l'Ouest.  Ln  ISSi,  M.  Schiaparelli  constata,  non  sans  surprise,  que  le  lac  était 
transformé  on  doux  liandes  parallèles  à  l'i  )rcus  dédoublé.  \]n  ISSS,  cette  gémina- 
tion [lersistait  encore,  mais  dirigée  cette  fois-ci  vers  l'Lrèbe,  comme  si  les  deux 
bandes  de  tKH4  avaient  pivoté  autour  d'elles-mêmes,  en  tournant  sinistrorsiun 
de  40°!  Mais  ce  qu'il  y  a  de  jjIus  énigmatique  encore,  et  ce  qui  donne  à  ces  méta- 
morphoses un  caractère  grotesque  ot  presque  ridicule,  c'est  la  réunion,  en  IS9t), 
de  la  matière  composant  le  Triviurn  Charontis  on  doux  taches  rondes  voisines, 
d'une  intensité  de  noir  d'encre,  ot  aligiK'Os  perpendiculairement  à  l'Orcus  en  fai- 
sant un  angle  de  KS"  avec  lo  méridien.  Un  estompage  triangulaire  [irécédait  les 
deux  taches  noires  du  Trivium,  lesquelles  étaient  situées  à  l'extrémité  suivante 
du  n  lac  >',  vers  l'Elysium,  à  '^OO"  de  longitude. 

L'l-;iysium  est  une  région  plus  blanche  que  la  surface  g(Miér,ile  de  ^^^rs.  Cette 

(')  Pruljablementàcause  de  l'obliquité  suus  laquelle  ces  régions  australes  étaient  vues 
|iar  une  latitude  du  centre  du  disque  égale  à  0» 


OBSERVATOIRE    DE    .lUVlSV.  2811 

blancheur  était  surtout  frappante  vers  le  sombre  Triviuni  Charoutis  où.  par  con- 
traste peut-être,  on  a  aperçu  une  taclio  brillante,  rappelant  la  blancheur 
d'Aristarque  sur  la  Luue. 

Hephi-estus  n'est  qu'un  faible  estompagc. 

De  vastes  changements  ont  eu  lieu  dans  la  région  ilo  la  Libye,  où  h;  lac  Mo'ris 
a  été  envahi  par  la  Orande  Syrte  qui,  di'i)uis  1S77,  n  (jrniluetU'uiriit  poussd  non 
virage  vers  la  gauclie.  En  même  temps,  la  Libye  a  i)crdu  sa  teinte  enfumée 
habituelle  et  est  devenue  très  claire. 

Les  estompages  de  Coke  l'alns,  Sirbonis  l'alus  et  Ismenius  Lacus  étaient  tous 
assez  faibles. 

Uu  pont  clair  a  été'  vu,  le  7  décembre  ISOCi,  unissant  Libya  à  llellas,  à  l'ouest  de 
la  région  variable  d'Œnotria. 

Parmi  les  ^Ti  canaux  observés  àJuvisy.  il  convient  de  citer  tout  partiruliéremcnt 
un  grand  canal  (vu  par  M.  Lowell  en  ISil'i),  unissant  l'embouchure  de  l'ancien 
Astapus  à  la  Boreosyrtis,  et  qui  ne  correspond  certainement  ui  à  l'Astapus  ni  ;\ 
l'Asclepius  de  Schiapareili;  un  autre  canal  unissant  l'embouchure  de  l'Astapus  à 
IIeph»stus,  ainsi  qu'une  ligne  courbe  allant  de  la  Petite  Syrte  à  l'emplacement 
du  lac  Mœris,  signalée  par  M.  Stanley  Williams  en  1890. 

Plusieurs  canaux  ont  été  vus  ou  souiiçounés  doubles,  tels  que  Titan.  Sierope^ 
ou  Brontès  de  Lowell,  Oaiige,  Janiuna,  Phisriu,  Euphrate  et  Eumeuides-Orcus. 
L'IIiddekel  a  semblé  montrer  vaguement  une  branche  parallèle  partant  de  l'em- 
bouchure du  Gelion,  pour  se  diriger  vers  la  Fontaine  de  Circé,  taudis  que  cer- 
taines traces  de  gémination  ont  été  également  présentées  par  Typlionius-i  ironte. 

Telles  sont  nos  observations.  On  peut  y  ajouler  un  phénomène  assez  rare 
sur  Mars  :  la  formation,  pendant  la  seconde  moitié  de  novembre  1896,  d'une 
vaste  étendue  de  luM.iuillards  ou  nua.çes  polaires,  sur  un  ray(_iu  de  3d"  autour 
du  pôle  nord  de  la  planète.  La  persistance  de  ces  blancheurs  pendant  plus 
de  quinze  jours  s'oppose  à  l'explication  du  passage  possible,  aux  longitudes 
de  0°  à  GO",  de  régions  brillantes  près  du  limbe,  comme  Argyre  et  Hellas  de 
l'autre  liemisphère,  tandis  (jue  la  durée  du  météore  a  été  beaucoup  trop 
courte  pour  permettre  de  l'attribuer  à  une  vaste  chute  de  neige.  Aussi 
l'explication  que  nous  donnons  nous  paraît-elle  seule  admissible. 


CCXIV.    —   ObSEUV.VTIONS   F.AITES  a  L'OBSEIlV.iTOIRE    DE   MEUDON. 

M.  J.\NSSEX,  Directeur;  M.  Perrotin.  astronome. 

M.  Perrotin,  Directeur  de  l'Observatoire  de  Nice,  a  eu  momentanément  la 
pensée  de  quitter  Nice  pour  Meudon,  et  M.  Janssen  s'était  empressé  de  se 
l'adjoindre  comme  astronome.  Dès  son  arrivée,  il  dirigea  le  grand  équa- 
F.,  IL  19 


290  LA  PLANÈTE   MAllS.  1896 

torial  de  cet  Observatoire  (')  vers  la  planète  Mars.  Voici  le  résumé  des 
observations  faites.  L'observateur  y  a  joint  quatre  croquis  complétant  les 
descriptions  C^). 

La  Noie  se  termine  par  l'exposé  succinct  des  résultats  nouveaux,  ou  pré- 
cédennuent  ol)tenus  dans  le  cours  des  dix  dernières  années,  et  dont 
quelques-uns  trouvent  une  vérification  précieuse  dans  l'étude  de  cette 
opposition. 

7  décembre  1896  (de  Si-SO-»  à  minuit i  : 

Ce  qui  frappe,  au  premier  abord,  c'est  l'aspect  du  routinent  Lihija.  Contrai- 
romeiit  h  ce  qui  a  lieu  le  plus  souvent,  la  couleur  de  cette  portion  du  disque  est 
très  claire  ;  nous  l'avous  rarement  vue  ainsi.  On  aperçoit  le  canal  .lilhitips ;Tho  tli 
SM  voit  aussi,  mais  on  ue  peut  savoir  s'il  est  simple  ou  double.  Les  canaux 
Ilnphiestus,  Eunnxlos,  Cerbi're  sont  des  taches  mal  délînies.  Le  continent  lles- 
}}rri:i  est  très  net. 

La  mer  Syrtis  minor  est  très  noire;  la  longue  mer  Boreosyrlis  pourrait  bien 
être  interrompue  en  deux  points  de  son  parcours,  tandis  que  la  Carte  de  Schia- 
]i:u-elli  n'en  imlique  qu'un. 

9  décembre.  —  On  observe  Mars  de  9^  à  minuit  :  mais  les  images  sont  souvent 
agitées.  Dans  les  instants  de  calme,  on  voit  nettement  le  continent  Elysium 
avec  son  contour  pentagonal  bien  caractérise.  Sa  couleur  blanc  rosé  tranche  sur 
la  couleur  rougeâtre  des  continents  voisins.  Ce  continent  semble  se  détacher  en 
relief  sur  le  fond  du  disque.  Lorsque  les  images  sont  bonnes,  on  dirait  que  cette 
partie  de  la  planète  est  comme  boursouflée  et  soulevée  au-dessus  do  la  surface. 

10  décembre  (de  lOt-  à.  i:^i>)  : 

Elysium  possède  un  maximum  d'éclat  dans  le  voisinage  de  Trivium  Chnroiiti.-^, 
point  de  concours  des  canaux  Styx  et  Cerbère.  L'éclat  est  particulièrement  vif 
vers  le  Styx  et  diminue  graduellement  dans  la  portion  opposée. 

lî  décembre  (de  13''  à  16''>.  Los  images  sont  assez  bonnes.  On  ynl  liieii  le 
canal  circulaire  Nepenthès  qui  borde  la  Libye  vers  le  Nord.  Par  moments,  la 
Grande  Syrte  parait  presque  complètement  séparée  de  la  mer  Adriatiiiue  et  bieu 
plus  que  ne  l'indique  la  Carte.  La  Libye  est  toujours  claire,  surtout  du  côté  de  la 
mer  de  la  l'etitc  Syrte. 

1.5  décembre  (de  10''  :i  Ii''i.  La  figure  suivante  représente  Elysium  h  I''  du 
matin.  Le  carnet  d'observations  rcqiroduit  les  remarques  déjà  faites  hier. 

Ce  continent  donne  toujours  rinqiression  d'un  vaste  plateau  s'étendaut  au- 
dessus  de.  la  surface  du  ilisque  et  h'gcrcmcnt  incliné  vers  le  Sud-Ouest. 

(')  L'objectif  mesure  ()"',83  de  diiimètre.  Sa  distance  focale  est  de  16  mètres. 

(•}  Cotnptcx  vendus  de  l'Académie  des  Sciences,  t.   GXXIV,  15  février  1897,  |>.  310. 


OBSi:i!VATUIlU-:    lU-    MEL"I)U.N.    .M.    l'EUUU  1  l.N.  2'Jl 

Orcus  est  double  comme  le  montre  la  figure  (à  gauche  ). 

Cyclops  se  voit  très  bieu  au-dessus,  à  gaucho;  .'Ethiojis,  qui  est  parallèle  à  ce 


Fig.  20G.  —  Région  'le  VElysium  le  15  dûrcniln-e  ISSilJ. 

dernier,  est  plus  faible.   Ce  sont  deux  ligues  droites.   Vers  2'',   ou  soupçoiiuc 
Hephxstus  à  droite. 

■>'o  décembre  (de  10'" SO-"  à  13'')  : 

Vers  l''3°',  on  reconnaît  et  l'on  dessine  le  lac  du  Soleil  et  les  régions  voisines. 


Fig.  507.  —  Le  lac  du  Soleil  le  C5  décembre  IS'Jii. 

La  fifj.  207   montre  le  lac  relié  par  trois  canaux  rectilignes  bieu  caractérisés, 
avec  les  mers  ou  les  lacs  qui  l'entuurent. 


2,92 


LA    PLANÈTE    MARS. 


1896 


3  janvier  1897  (do  9"  à  ll"30™)  : 

La  ligure  ci-dessous  représente  la  surface  do  la  planète  pendant  la  soirée  du  3  ; 
elle  a  été  complotée  le  -4  et  le  5.  On  y  voit  une  série  de  canaux  qu'il  est  facile 
d'identifier  avec  ceux  de  Scliiaparelii.  Ce  sont  (en  allant  de  tiroite  à  gaucho)  : 
Ilydaspas,  Indus,  Oxus,  Gehon,  Euphrate,  Orunte. 

Le  continent  do  couleur  blanche,  de  forme  arrondie,  que  l'on  aperçoit  en  haut 
et  ;\  gauche  est  llcllas;  à  sa  droite,  on  note  une  nier  qui  n'est  pas  marquée  sur 
la  carte. 

4  janvier  (de  10"  à  12''30"')  : 

La  teinte  de  la  surface  de  la  planète  est  nettement  rougeritre  dans  la  vaste  zone 


l-'ig.  -OS.  —  ;\siii;(;l  di;  laiiUuirle  Jlars  le  3  janvier  I8',I7. 


comprise  entre  l'èquateur  et  la  mer  boréale.  A  gauche  de  cette  dernière  et  au- 
dessous,  il  existe  une  région  blanche  bien  accusée.  Ce  sont  peut-étro  des  neiges. 

La  couleur  de  l'Elysium,  qui  nous  a  tant  frappé  récemment,  est  intermédiaire 
entre  ces  deux  teintes,  mais  plutôt  blanche. 

On  constate  que  les  canaux  Orunte  et  Euphrate  sont  doubles  et  se  coupent 
:\  angle  droit.  Le  premier  se  prolonge  jusqu'i'i  la  Grande  Syrte,  k  laquelle  il  se 
trouve  rclii'  par  wna  portion  de  mer  qui  l'appoUc  assez  exactement  l'ombouchuro 
d'un  grand  fleuve. 

J'ajoute  que  c'est  souvent  de  cette  manière  ([uc  les  canaux  se  railachent  aux 
mers,  à  celles  de  l'hémisphère  austral,  plus  particulièrement. 


OliSKHVATOlllt:    UE    MKUDOX.    M.    PER ROTIN. 


293 


10  janvier  ; 

La  ligure  suivante  montre  une  portion  de  la  surface  du  disque  de  la  planète 
dessinée  entre  9''30"'  et  10''30"'.  Ce  qui  frappe  le  plus,  ce  sont  les  deux  mers 
de  gaucho  qui  se  croisent  et  conservent  après  leur  rencontre  les  teintes  indivi- 
duelles qu'elles  avaient  auparavant. 

A  l'occasion  de  cette  étude,  qui  nous  a  permis,  ajoute  M.  Perrotin,  de  consta- 
ter sur  Mars  quelques  particularités  nouvelles  et  de  vérifier  dans  des  conditions 
différentes  plusieurs  des  résultats  obtenus  soit  à  Nice,  soit,  plus  récemment  sur 


le  mont  Mounier,  pendant  les  sis  dernières  oppositions,  il  n'est  pas  inutile  de 
préciser,  en  quelques  mots,  les  faits  d'observation  qui  nous  semblent  maintenant 
hors  de  doute  : 

l"  Considéré  au  point  de  vue  de  l'aspect  et  de  la  couleur  des  régions  qu'on  y 
observe,  le  globe  de  Mars  nous  semble  devoir  se  diviser  en  quatre  zones  distinctes. 

Ces  zones,  d'inégale  hauteur  et  qui  empiètent  les  unes  sur  les  autres  (|uand 
elles  sont  coutiguës,  font  le  tour  de  la  planète  en  restant  sensiblement  parallèles 
à  l'équateur. 

Deux  d'entre  elles  comprennent  les  régions  équatoriales.  La  première,  de  beau- 
coup la  plus  large  i  de  60"  à  80°  en  moyenne),  s'étend  surtout  dans  l'hémisphère 
boréal  :  c'est  plus  spécialement  la  zone  des  singuliers  canaux,  dont  on  doit  la 
découverte  à  Schiaparelli,  et  sur  lesquels  nous  avons  nous-même,  par  nos  publi- 
cations et  dès  1886,  appelé  l'attention  du  monde  savant. 


294  LA   PLANÈTE   MARS.  189G 

C'est  aussi  la  portion  do  la  surface  dont  la  teinte,  uniformément  rougeâtre, 
tranche  d'une  manière  saisissante  sur  la  couleur  des  autres  parties  et  donne  sur- 
tout ;\  la  planète  la  couleur  caractéristique  qu'on  lui  connait. 

La  deuxième  zone  ne  dépasse  pas  40"  à  'lô"  dans  sa  plus  grande  largeur;  elle 
est  située  en  presque  totalité  dans  l'hémisphère  austral  et  comprend  la  majeure 
partie  des  mers.  La  teinte  y  va  du  gris  clair  au  gris  très  somljre,  presque  noir. 
Les  continents  de  cette  partie  du  disque  ('),  non  traversés  par  des  canaux,  sont 
d'ordinaire  moins  colorés,  moins  rougeàtres,  plus  clairs  et  plus  blancs  que 
les  continents  de  même  latitude,  situés  dans  les  régions  des  canaux.  Certains, 
Vllespérie  et  Hellas  par  exemple,  sont  d'un  blanc  très  accusé. 

Les  troisième  et  quatrième  zones,  qui  s'étendent  respectivement  au  delà 
du  60'  degré  de  latitude  boréale  et  du  50<-  ou  môme  du  GO"  degré  de  latitude  aus- 
trale, présentent  des  continents  de  couleur  blanclie  ou  grisâtre,  à  proximité  des 
mers.  Elles  aboutissent,  l'une  et  l'autre,  aux  régions  neigeuses  ou  glacées  des 
pôles. 

'>  l'our  une  moine  distance  au  centre  du  disque,  les  détails  de  la  surface 
n'apparaissent  pas  avec  la  même  facilité  dans  les  quatre  zones. 

Le  plus  souvent,  les  canaux  no  se  voient  avec  netteté  que  vers  le  milieu  du 
disque,  et  la  visibilité  va  plus  loin  dans  le  sens  du  méridien  que  dans  celui  des 
parallèles.  Les  détails  des  mers  continuent  à  bien  se  distinguer  à  une  assez 
grande  distance  du  centre,  ei,  pour  les  deux  autres  zones,  la  visibilité  est  encore 
relativement  facile  tout  près  du  bord,  comme  on  peut  en  juger  par  nos  dessins 
de  1888.  Elle  est  notamment  plus  grande  dans  le  voisinage  des  pôles  i  -  ). 

3"  Lu  dehors  des  changements  réguliers  ijui  suivent  le  cours  des  saisons 
et  qui  affectent  surtout  les  glaces  polaires,  la  configuration  de  la  surface  de 
Mars  reste  invariable  dans  ses  grandes  lignes,  et  les  modifications  de  détail, 
passagères  suivant  nous,  le  plus  sûrement  constatées,  se  produisent  dans  la  zone 
des  canaux  et  dans  celle  des  mers. 

Dans  le  cours  de  notre  longue  étude  sur  cette  planète,  deux  régions  ont  été  plus 
spécialement  le  siège  de  semblables  changements,  ce  sont  :  la  Libye,  le  lac  du 
Soleil  et  les  environs.  Les  moditications  quelquefois  survenues  dans  les  canaux 
n'ont  pas  eu,  pour  nous,  le  caractère  de  régularité  admis  par  d'autres  obser- 
vateurs. 

4"  A  ces  faits,  d'ordre  général,  nous  eu  ajouterons  deux  autres  particuliers  qui 
ressortent  de  notre  étude  de  cette  année.  Le  premier  concerne  ÏEtijsiiDn.  Ce 


(')  «  On  ne  peut  considérer  comme  tels  les  espaces,  de  couleur  grisâtre,  resserrés 
entre  dos  mers  à  teinte  claire  et  contours  incertains,  et  iiui  sont  dans  un  état  inter- 
médiaire entre  celui  des  mers  et  celui  des  continents.  » 

(')  «  Cela  est  vrai  également  pour  Vénus,  ainsi  que  le  prouvent  nos  dessins  et  nos 
observations  sur  cette  planète,  avec  cette  différence  <iue,  dans  ce  cas,  les  conditions 
physiques  des  régions  polaires  s'étendent  à  toute  la  zone  qui  avoisine  le  terminateur, 
puisque,  comme  M.  Schiaparelli  l'a  découvert  et  comme  nous  l'avons  montré  nous- 
raémo,  Vénus  tourne  constamment  la  même  face  vers  le  Soleil.  »  «  PerrotiiN.  » 


OBSEUVATOIHK    l)K    MEUDON.    M.    ri-KltoTIN.  295 

coutiueiit,  situé  dans  la  zoue  des  canaux,  nous  a  toujours  paru  plus  blauc  (juc  les 
parties  environnantes  et  nous  a  constaniuient  produit  l'elïet  de  se  détacher  eu 
relief  sur  la  surface  du  disque.  Ceci  n'est  sans  doute  qu'une  impression,  mais 
elle  a  été  si  persistante  et  si  souvent  renouvelée  que  nous  sommes  porté  à  croire 
qu'elle  répond  à  quelque  chose  de  réel.  C'est  un  phénomène  de  contraste,  pour- 
rait-on dire  :  nous  ne  le  pensons  pas. 

Le  deuxième  fait  est  relatif  à  deux  mers  figurées  dans  notre  quatrième  dessin 
et  qui  se  croisent,  sans  se  modifier  pour  cela  dans  leurs  teintes  réciproques. 

Avec  les  protubérances  lumineuses  du  terminateur,  les  points  brillants  du 
disque  signalés  par  nous  en  1892,  ces  apparences  constituent  le  coté  énigmatique 
de  Mars. 

Néanmoins,  et  malgré  l'ignorance  où  nous  sommes  des  causes  qui  produisent 
certains  de  ces  phénomènes,  nous  espérons  ijue  le  résumé  précédent  fournit  un 
ensemble  de  renseignements,  dont  plusieurs  nouveaux,  qui  sont  de  nature  à 
étendre  nos  connaissances  sur  la  configuration  de  la  planète  et  sur  le  rôle  joué 
par  son  atmosphère  dans  les  observations. 


RE.y.\RQUES    SUR   LA   Co.MMUNICATION    PHÉCÉDENTE,    PAR    M.    J.   Ja.VSSE.V. 

Le  grand  intérêt  de  la  conmiuuicalion  Je  M.  Perrolin  réside  surtout  dans 
ce  fait  que  les  résultats  qu'elle  contient  résultent  d'observations  comparées 
faites  à  Nice,  au  mont  Mounier  et  à  Meudon. 

Nous  pensons,  en  effet,  que,  lorsqu'il  s'agit  de  phénomènes  très  délicats 
et  d'une  visibilité  difficile,  il  est  indispensable  de  contrôler  les  résultats 
des  observations  en  répétant  celles-ci  dans  des  conditions  très  dilféreutes, 
tant  au  point  de  vue  du  ciel  que  des  instruments.  C'est  par  là  seulement 
qu'on  peut  atteindre  au  plus  haut  degré  de  certitude  que  comportent  les 
obsei-valions. 

Sous  ce  rapport,  la  fondation  du  magnifique  Observatoire  de  Nice  et  celle  du 
mont  Mounier,  muni  d'instruments  si  puissants,  et  placés  tous  deux  dans  une 
région  très  favorable  aux  observations,  constitue  un  service  de  premier  ordre 
rendu  à  la  Science  par  la  libéralité  éclairée  de  notre  confrère.  M.  Bischoffsheim. 
En  etïet,  indépendamment  de  toutes  les  observations  ordinaires  qu'ils  permettent, 
ces  Observatoires  offrent,  dans  certains  cas  spéciaux,  très  importants  jiour  l'As- 
tronomie, des  éléments  de  comparaison  et  de  contrôle  avec  nus  Observatoires  du 
nord  de  la  France,  contrôle  que  rien  ne  saurait  remplacer.  C'est  ce  i|ui  arrive 
dans  la  circonstance  pré-ente. 

Nous  possédons,  en  effet,  à  Meudun.  un  équatorial  double,  astronomique  et 
photographique,  le  plus  puissant  des  instruments  de  ce  genre  en  Europe.  Il  était 


Î96  LA  PLANËTE  MAUS.  •  1896 

donc  possible  de  comparer  les  observations  si  délicates  faites  sur  Mars,  à  Nice  et 
au  mont  Mounier,  avec  celles  qu'où  instituerait  à  Meudon. 

Aussi,  en  présence  de  l'opposition  favorable  de  Mars  en  décembre  dernier,  et 
bien  que  j'eusse  commencé  sur  Jupiter  une  importante  série  d'observations,  je 
n'hésitai  pas  à  mettre  notre  grand  instrument  entre  les  mains  de  M.  l'errotin 
qui  venait  d'entrer  à  l'Observatoire. 

Un  voit,  par  la  Note  ci-dessus,  que  cet  habile  observateur  a  pu,  non  seulement 
confu'mer  ses  observations  de  Nice  et  du  mont  Mounier,  ce  qui  donne  un  grand 
poids  à  celles-ci,  mais  encore  constater  des  faits  nouveaux  très  délicats.  Il  y  a  l.'i, 
comme  ou  voit,  des  résultats  très  importants  pour  la  Science  et  aussi  en  faveur 
de  la  puissance  et  des  qualités  optiques  de  notre  grand  instrument,  ainsi  qu'à 
l'égard  du  ciel  de  Meudon. 

La  distinction  des  zones,  établie  par  M.  l'errotin,  est  importante,  et  le  fait  ifue 
la  couleur  si  connue  de  la  planète  proviendrait  uniquement  de  la  zone  des  ca- 
naux, est  très  remarquable  et  conduira  sans  doute  à  d'importantes  conséquences. 
Enfin,  la  constatation  de  la  plus  grande  visibilité  des  détails  de  la  surface,  quand 
on  s'approche  des  régions  polaires,  est  encore  d'un  très  haut  intérêt. 

Qu'il  me  soit  permis  de  faire  remarquer  que  ces  résultats,  qui  tendent  à  mon- 
trer que  l'atmosphère  de  Mars  contiendrait  des  corps  pouvant  se  condenser  à  la 
surface  du  sol  et  augmenter  ainsi  la  transparence  atmosphérique  vers  les  ré- 
gions polaires  paraissent  en  acconl  avec  nos  observations  sur  la  présence  de  la 
vapeur  d'eau  dans  l'atmosphère  de  cette  planète. 

L'intérêt  de  ces  observations  faites  en  18(i7  sur  le   bominet  de  l'Etna  réside  : 
1»  Dans  la  connaissance  précise  du  spectre  de  la  vapeur  d'eau,  spectre  décou- 
vert l'année  précédente  (août  1806)  dans  les  expériences  exécutées  à  l'usine  de 
la  Villette  avec  un  tube  de  vapeur  de  37™  de  long  à  7  atmosphères; 

'2°  Dans  l'élévation  de  la  station  qui  mettait  hors  cause  les  couches  les  plus 
denses  de  l'atmo-sphôre  ; 

3"  Dans  la  température,  laquelle  étant  la  nuit,  au  moment  des  observations, 
de  10"  à  15"  s(ius  zéro,  ne  laissait  dans  l'atmosplière  supérieure  qu'une  quantité 
tout  à  fait  iiisignilianto  de  vapeur  d'eau; 

4"  Dans  l'emploi,  pour  la  recherche  de  la  présence  de  la  vapeur  d'eau  dans  la 
planète  Mars,  de  groupes  du  spectre  ne  pouvant  être  produits  par  l'azur  terrestre 
dans  les  circonstances  où  l'on  était  placé; 

.'i°  Liifin  dans  les  comparaisons  qui  furent  l'aite.s  du  spectre  de  Mai's  avec  celui 
de  la  Lune,  placée  alors  à  une  hauteui-  luesque  égale. 

Dans  ces  conditions,  les  conclusions  acquirent  une  valeur  très  grande  et  je  suis 
heureux  que  les  observations  de  M.  l'errotin  tendent  à,  les  confirmer. 


OBSERVATOIKE    LOWELL.  297 

CCXV.  —  Observations  faites  a  l'Ohseuvatoire  Lowell  i  '  i. 
M.  Lowell,  Directeur:  M.  Douglass,  astronome  adjoint. 

Ces  observations  onl  été  publiées  en  190U  dans  le  second  volume  des 
Annales  de  r Observatoire  Lowell  et  occupent  plus  de  trois  cents  paires  de  ce 
magnifique  in-quarto.  Nous  allons  en  extraire  la  substance  pour  notre 
éttide  comparée. 

Elles  ont  été  faites  de  juillet  à  novembre  1896.  à  FlagstafF,  P^tat  de  l'Ari- 
zona,  altitude  de  "•250  pieds  (2200"),  latitude  nord  3ô°ir,  et  ensuite,  jus- 
(ju'à  la  fin  de  mars  1897,  à  Tacubaya,  prés  de  Mexico,  altitude  TiJOO  pieds, 
latitude  nord  19°24'.  L'Observatoire  a  été  ensuite  réinstallé  à  FlagslaiV. 
L'instrument  est  un  équatorial  de  24  pouces  (0"',6I)  avec  une  distance 
focale  de  386  pouces  (9™, 80),  construit  par  .\lvan  Clark,  et  ijui  peut  être 
considéré  comme  excellent  et  à  peu  prés  parfait.  Grossissements  employés  : 
163,  370,  528  et  728,  parfois  1012,  1580,  2104  et  2818. 

Ledainètrede  la  planète,  de  8"  eu  août  189^1,  écrit  M.  I>o\vell.  augmenta  jusqu'à 
17"  en  décembre,  pour  redesceudre  à  8"  en  mars.  Le  pôle  sud  était  d'abord 
incliné  vers  nous  de  l'2",  ensuite  la  planète  se  présenta  droite,  avec  son  équa- 
teur  au  milieu  du  disque  (septembre  à  décembre),  puis  le  pôle  sud  s'inclina  de 
nouveau  vers  la  Terre,  en  janvier  et  février;  de  mars  à  juin,  ce  fut  le  tour  du 
pôle  nord  de  se  présentera  nous,  jusqu'à  19°. 

Le  solstice  d'hiver  boréal  était  arrivé  le  17  juillet  i  '-)  1890;  l'équinoxe  de  prin- 
temps arriva  le2-i  décembre  l'i,  et  le  solstice  d'été  le  12  juillet  l'i  1897.  Si  nous 
voulons,  pour  les  apprécier  plus  facilement,  assinnler  les  saisons  martiennes  eu 
dates  terrestres,  nous  avons  les  équivalences  que  voici  : 

CORUESPONDANCE    DES   OBSERVATIONS    DE   MARS   AVEC    LES   SAISONS   TERRESTRES. 

17  Juillet  1896  (solstice  d'iiiver] éqniv.-iut  au  il  Décembre. 

10  Août —             3  Janvier. 

10  Septembre -  2i  Janvier. 

10  Octobre —             9  Février. 

10  Novembre -.   ...  —  25  Février. 

10  Décembre —  13  .Mais. 

24  Décembre  (éqiiinoxe de  [irjntemps,.  —  21  Mars. 

10  Janvier  1897 —  2S  Mars. 

10  Février —  12  Avrd. 

10  Mars —  24  Avril. 

10  .\vril —             S  Mai. 

(')  Ann.ils  of  the  Lowell  Observatnri/.  Vol.  II.  Cambridge,  1900. 
(')  Le  14  juillet,   Voy.  p.  273.  —  ('j  Le  20  décembre.  Id.  —  ,']'  Le  G  juillet.  Id.  — 
Les  dates  du  tableau  de  M.  Lowell  doivent  être  corrigées  dans  ce  sens. 


298  LA   PLANÈTE  MARS.  1SH« 

10  Mai équivaut  au  21  Mai. 

10  Juin —  6  Juin. 

l'i  Juillet  (solstice  d'été) —  M  Juin. 

Il  est  très  utile  d'avoir  ces  corresjiondances  présentes  à  l'esprit  pour  la 
conception  des  phénomènes  observés  sur  la  planète. 

Les  caps  polaires  de  Mars  ont  été  découverts  il  y  a  plus  de  deux  cents  ans,  et 
l'on  sait  depuis  plus  de  cent  ans  qu'ils  sont  en  connexion  avec  les  saisons  de  la 
planète.  Aujourd'hui,  ils  sont  associés:  1°  à  la  position  de  l'axe  de  rotation  ; 
•>  à  la  température;  3°  aux  irrégularités  du  coûtour  des  régions  polaires; 
-i"  à  la  succession  des  saisons;  5°  à  la  densité  et  à  la  couleur  des  canaux, 
et  li"  aux  phénomènes  atmosphériques  représentés  par  les  projections  du  ter- 
minateur. 

Si  l'on  considère  les  phénomènes  généraux  des  changements  de  saisons,  les 
r.uages  du  terminateur,  les  variations  de  couleur  et  do  toutes  les  taches  do  la 
planète  correspondant  à.  la  diminution  des  caps  polaires,  il  parait  très  probahlo 
que  ces  caps  sont  formés  de  glace  et  ces  nuages  do  vapeur  d'eau.  S'il  en  est 
ainsi,  la  température  doit  être  supérieure  à  celle  qui  résulterait  de  la  distance 
de  Mars  au  Soleil.  Deux  causes  favorisent  ce  degré  de  chaleur  :  des  nuages  se 
forment  au  coucher  du  soleil  et  restent  pendant  la  nuit,  s'opposant  au  rayonne- 
ment nocturne  et  au  refroidissement  du  sol;  et  en  second  lieu,  les  immenses 
étendues  permanentes  de  neige  et  de  nuages  qui  existent  sur  la  Terre  renvoient 
dans  l'csiiaee  une  grande  ([uantité  de  chaleur  solaire,  ce  qui  n'arrive  pas  sur 
Mars.  Ou  est  autorisé  à  considérer  les  caps  polaires  martiens  comme  formés  de 
f//ace  et  de  neige  analogues  aux  nôtres. 

Le  cap  polaire  austral,  observé  du  23  juillet  au  'J'J  janvier,  se  comporta  comme 
le  veulent  les  lois  de  la  récepticjn  de  la  chaleur  du  Soleil.  A  l'époque  qui  corres- 
ponil  à  décembre,  au  milieu  de  sou  été,  il  était  continé  en  des  régions  situées  en 
latitude  70"  à  90",  et  eu  longitude  270°  et  0"  à  60°,  régions  où  on  l'avait  déjà 
observé  en  1894.  Ces  deux  baies  indiquent  donc  là  certaines  productions  aijueuses. 
La  tache  blanche  augmenta  ensuite. 

Le  cap  polaire  boréal  a  été  observé,  à  l'opposé  du  précédent,  du  milieu  de  son 
printemps  et  presque  à  son  été.  Il  (kait  également  trop  voisin  du  terminateur  et 
du  bord  de  la  planète.  La  première  observation  a  eu  lieu  le  '22  août  1S9U,  à  6''  19'" 
du  matin,  après  le  lever  du  soleil;  il  apparaissait  comme  une  tache  très  brillante, 
admirablement  définie,  d'environ  2°  |  de  largeur.  Cette  date  correspond  au 
11  janvier. 

Comme  la  planète  inclinait  vers  nous  son  pôle  sud,  l'auteur  admet  ([ue,  presque 
tout  le  caj)  polaire  nord  nous  étant  caché,  les  neiges  devaient  mesurer  environ 
50"  de  diamètre.  Les  observations  suivantes  montrèrent  que  les  contours  étaient 
irréguliers.  On  peut  résumer  comnu!  il  suit  les  observations  rapportées  aux 
saisons  terrestres. 

En  «  janvier  »  martien,  lorsque  le  pôle  était  de  24»  à  IG'  au  delà  du  bord,  la 


OBSERVATOIRE    LOWELL.  299 

partie  boréale  du  tenuinatenr  paraissait  blanclie  ou  li'un  bleu  pâle,  ou  d'un  vert 
pâle  sur  les  régions  Lueus  Acidalius  et  de  Sercnius  à  Aethiops,  et  le  cap  était 
parfois  large  et  blanc,  avec  une  sombre  bordure  verte,  dans  les  longitudes  de  la 
Mer  du  Sablier,  du  golfe  de  l'Aurore  et  du  Titan.  C'étaient  certainement  là  des 
aspects  dus  à  des  nuages,  et  peut-être  à  de  la  végétation. 

En  «  février  »,  le  pôle  étant  encore  bien  cacbé  du  Soleil,  le  cap  était  vaste, 
variable,  et  de  contours  vagues.  Il  s'étendait  jusqu'à  .'jO"  et  60°  do  latitude 
boréale.  Sans  doute  zone  nuageuse  et  neiges.  Les  teintes  bleues  et  vertes  avaient 
disparu,  mais  on  remarquait  une  bordure  foncée  sur  les  longitudes  de  Triviuiii 
Charontis  à  Margaritifer  Sinus. 

En  «  mars  »,  à  l'équinoxe  du  printemps,  le  cap  blanc  se  montre  plus  nettement 
défini,  avec  une  bordure  colorée  donnant  l'impression  d'une  humidité  sur  les 
terres  causée  par  la  fusion  de  la  neige  et  produisant  une  réyé/aif'on  verte.  Des 
crevasses  se  manifestent. 

F.Q  «  avril  »,  le  soleil  éclaire  de  mieux  en  mieux  le  cap  polaire,  qui  se 
comporte  exactement  comme  une  masse  de  glace,  fond  à  ses  bords,  montre  des 
crevasses  et  diminue.  Il  avance  encore  jusqu'à  la  latitude  de  00",  sa  partie  la 
plus  large  étant  près  de  la  Mer  du  Sablier,  réservoir  d'humidité,  et  sa  plus 
étroite  au  nord  d'Issedon  et  d'Amystis  |  '  \.  Remarque  frappante,  les  taches 
sombres  de  ces  régions  de  minimum,  notamment  le  Golfe  de  l'Aurore,  étaient 
presque  invisibles,  comme  s'il  se  fut  agi  de  plaines  végétales  privées  d'eau. 

En  «  mai  «  et  «  juin  »,  le  cap  polaire  se  réduit  progressivement  à  une  très 
petite  tache  entourée  par  une  large  zone  moyenne  due  probablement  à  la  fonte 
rapide  des  neiges.  Les  canaux  du  nord,  dont  quelques-uns  ont  commencé  par 
des  fentes  ou  crevasses  dans  le  cap  polaire,  se  développent  rapidement. 

Comparées  entre  elles,  les  variations  polaires  martiennes  offrent  un  intérêt 
particulier.  Les  neiges  australes  deviennent  presque  invisibles  après  le  milieu 
de  l'été,  et  ne  redeviennent  visibles  qu'à  une  époque  correspondant  au  mois 
d'avril.  Alors,  un  mois  et  demi  avant  le  solstice  d'hiver  et  après,  les  blancheurs 
se  font  remarquer  par  le  terminateur  adjacent.  Au  pôle  nord,  ces  blancheurs 
sont  plus  lentes  à  paraître.  On  ne  les  voit  qu'après  le  milieu  de  l'hiver,  et  alors 
elles  deviennent  permanentes.  Ces  aspects  indiquent  une  nioindrc  quantité 
d'eau  au  pôle  nord  qu'au  pôle  sud,  ce  qui  s'accorde  avec  la  présence  de  vastes 
régions  claires  ou  continentales  de  l'hémisphère  boréal. 

D'autre  part,  lorsque  le  pôle  nord  commence  à  se  montrer,  c'est  dans  le  voisi- 
nage des  vastes  régions  continentales.  A  cette  époque  de  l'année  martienne, 
l'équateur  de  chaleur  est  loin  dans  l'hémisphère  austral,  forçant  les  vents  et 
l'humidité  à  se  réfugier  dans  les  régions  du  nord.  Dans  les  latitudes  boréales 
extrêmes,  les  courants  les  plus  forts,  pour  charrier  cette  humidité  aérienne  vers 
le  pôle,  dominent  sur  les  longitudes  où  les  contrastes  de  température  sont  les 
plus  grands.  Ce  doit  être  sur  les  grands  déserts.  C'est  donc  là  que  nous  devons 

(')  Pour  la  nomenclature,  voy.  plus  haut,  p.  \2\. 


300  LA  PLANÈTE  MARS.  1896 

uous  attendre  à  voir  les  premiers  sigues  de  l'accroissement  de  l'humidité.  Plus 
tard,  lorsqu'elle  a  fait  son  chemin  dans  les  plaines  foncées,  celles-ci  agissent 
comme  réservoirs  et  élargissent  le  cap  dans  leur  voisinage.  Nous  arrivons  ici  à 
certaines  questions  intéressantes  sur  la  climatologie  martienne. 

Quelle  est  l'époque  du  milieu  de  l'hiver  météorologique  ou  climatérique?  — 
En  1  janvier  «  on  aperçoit  des  tons  verts  on  bleus  aux  environs  du  cap  polaire, 
indiquant  que  la  température  de  ces  latitudes  entre  —  40"  et  -i-  70"  n'est  pas  trop 
froide  i)our  supprimer  l'eau  ou  la  végétation.  En  <<  février  »,  le  seul  signe  de 
taches  sombres  a  été  vu  sur  le  bord  austral,  vers  -+-  40".  L'espace  entre  cette 
latitude  et  le  bord  septentrional  est  souvent  jaune,  donnant  l'idée  d'une  surface 
stérile.  A  la  fin  de  «  mars  »,  le  oap  fond  et  laisse  apercevoir  de  la  coloration, 
même  dans  les  fentes  ou  crevasses,  indiquant  do  l'eau  ou  des  végétaux. 

Il  est  donc  très  probable  que  l'époque  du  plus  grand  froid  arrive  au  mois  de 
«  février  ». 

Quel  rapport  existe  entre  l'étendue  du  cap  polaire  et  les  grandes  taches  fon- 
cées? —  En  Cl  janvier  "  et  «  février  »  le  cap  parait  souvent  très  large  entre  le 
Trivium  Cliarontis  et  le  golfe  de  l'Aurore,  et  c'est  aussi  là  la  région  de  son  plus 
grand  développement,  jusqu'en  «  avril  »  au  moins.  Comme  ce  développement 
l)récède  de  beaucoup  celui  des  autres  parties,  et  que  les  canaux  se  développent 
aussi  là  plus  tôt  que  dans  les  vastes  surfaces  claires,  nous  pouvons  penser  que  la 
Grande  Syrto  sert  de  quelque  façon  à  transporter  i'Iiumitlité  loin  du  sud.  Elle 
doit  donc  être  classée  au  nombre  des  régions  productrices  d'humidité. 

Tout  porte  à  croire  que  des  nuages  s'ajoutent  aux  neiges  pour  former  les 
aspects  des  caps  polaires.  Les  ditTérences  de  niveau  ne  sont  pas  accusées  par  les 
observations,  si  ce  n'est  dans  les  fentes  ou  crevasses,  puisque  c'est  là  que  la 
fusion  commence. 

La  visibilité  maximum  des  canaux  se  manifeste  dans  les  régions  claires  de 
l'hémisphère  boréal.  Les  régions  sombres  de  cet  hémisphère  en  montrent  envi- 
ron les  deux  tiers  et  l'hémisphère  austral,  le  plus  foncé  des  deux,  environ  le 
tiers.  Dans  cet  hémisphère,  la  plus  grande  visibilité  se  montre  dans  la  moitié 
sombre. 

Si  l'on  considère  rhémis])lière  austral,  à  40"  de  latitude  et  plus,  la  visibilité 
décroit  entre  janvier  et  avril  (martiens),  c'est-à-dire  dans  la  seconde  moitié  de 
l'été.  Dans  les  régions  équatoriales,  do  — SO»  à -t-  10"  de  latitude,  on  n'observe 
pas  de  variation  importante.  Aux  latitudes  boréales  de  -+-  10"  à  -t-  40"  on  remarque 
un  léger  accroissement  de  visibilité  dans  les  canaux  qui  traversent  les  régions 
sombres  et  un  très  fort  dans  les  régions  claires  De  -t-  40"  à  +  00"  cet  accroisse- 
ment est  évident  pour  toutes  les  longitudes.  Toutes  ces  variations  contirment 
riiypntiièse  (|ui  attribue  les  canaux  à  de  la  végétation  et  à  i'huuiidité  qui  la 
produit.  Cotte  lunnidité  peut  être  transportée  par  les  courants  atmosphériques 
du  sud  vers  le  nord. 


OBSERVATOIRE    LOWELL.  301 

A  mesure  que  les  taches  foncées  de  l'hémisphère  austral  approchent  du  milieu 
de  l'été,  d'octobre  à  janvier,  leur  couleur  change  du  vert  au  brun,  puis  au  jaune. 
Les  contrées  claires  de  cet  hémisphère  ont  un  fond  orangé  ou  jaune  auquel 
s'ajoute  un  peu  de  vert  en  novembre,  à  rcpoque  de  la  fusion  du  cap  polaire,  puis 
un  peu  de  brun  en  décembre,  de  rouge  en  février,  et  de  blanc  en  mars.  Cette 
transition  du  vert  au  brun  et  au  jaune  ressetnble  à  celle  de  notre  végétation 
pendant  les  étés  secs  et  en  automne. 

Les  grandes  taches  sombres  delà  zone  torride  australe  sont  d'un  vert  bleuâtre 
tout  l'été  et  tournent  au  jaune  en  avril.  Les  grandes  aires  claires  ont  une  couleur 
jaune  ou  rose  orange,  avec  un  peu  de  rouge  eu  janvier,  février  et  avril.  Les  taches 
Sdinbres  septentrionales  sont  vertes  ou  vertes-bleues  en  décembre  et  janvier.  11 
n'est  [las  démontré  pour  cela  que  cette  coloration  rouge  soit  uu  effet  des  saisons, 
quoique  sur  Hellas  elle  atteigne  son  maximum  en  février,  inmiédiatement  après 
que  toute  végétation  possiljle  se  serait  fanée  dans  un  tmi  jaune. 

Comme  exemple  des  variations  dues  aux  saisons,  on  peut  citer  entre  autres 
le  fait  suivant.  Vers  le  \!  février  l<~^97,  l'aspect  de  lamer  des  Sirènes  était  normal, 
et  le  17  il  en  était  à  peu  près  de  même  du  golfe  de  l'Aurore.  L'n  cinq  semaines  la 
])n'mière  était  effacée,  et  en  quatre  semaines  le  second  avait  également  disparu. 
Ij'étendue  totale  de  ces  régions  devenues  invisibles  s'élève  à  deux  millions  de 
milles  carrés.  Cela  se  passait  au  mois  d'avril  martien. 

Les  observateurs  ont  fait  175  observations  du  limbe  et  du  terminateur  et  ont 
mesuré  et  dessiné  un  grand  nombre  de  projections  ou  proéminences  dues  à  des 
nuages  élevés  éclairés  par  le  soleil,  ainsi  que  des  dépressions  apparentes  dues  à 
des  régions  foncées.  Ils  tirent  les  conclusions  suivantes  de  l'ensemble  de  leurs 
études  pendant  cette  apparition  : 

Ea  1894,  la  distribution  des  projections  près  de  la  latitude  australe  —  iH",  en 
décembre  martien,  avait  fait  soupçonner  que  l'équateur  de  chaleur  se  trouvait 
vers  cette  latitude.  En  1S96,  cette  même  distribution  purterait  cet  éi[uateur,  en 
février  martien,  vers  —  30". 

Un  courant  atmosphérique  supérieur  parait  souffler  de  l'équateur  de  chaleur 
vers  les  iJÔles.  Les  25  et  25  novembre  1S94,  en  février  martien,  aux  latitudes  de 
—  20"  à  —  30",  les  nuages  se  déplaçaient  du  sud  au  nord,  partant  de  l'équateur  de 
chaleur,  à  une  altitude  de  ,S  à  15  milles  et  au  taux  de  18,7  milles  à  l'heure. 

Divers  cas  de  cyclones  extra-tropicaux  chargés  d'eau  paraissent  avoir  été 
constatés,  écrivent  les  astronomes  de  l'Observatoire  Lowell,  la  Nix  Atlautica 
de  1877  et  1882  et  la  Nix  Olympica  de  1879  avaient  probablement  cette  ori- 
gine (M- 

La  polarisation  observée  en  1S94  sur  la  baie  polaire  australe  indique  une  sur- 

(')  n  La  planète  Mars,  p.  441  ».  —  Je  pense,  pour  ma  part,  qu'il  ne  s'agit  pas  là  de 
cyclones  ni  de  tempêtes,  mais  de  régions  spéciales  fixes,  probablement  montagneuses, 
([ui  peuvent  se  couvrir  de  neige.  C.  F. 


302  LA   PLANÈTE   MARS.  189G 

faco  liquide.  L'acide  carbonique  n'existe  pas  à  l'état  de  liquide  permanent  noua 
de  faibles  pressions,  et  par  conséquent  ne  doit  pas  être  la  substance  composant 
les  nuages  et  les  caps  polaires  de  Mai's. 

Il  y  a  peu  d'humidité  dans  l'atmosphère  de  Mars.  Les  mers  sont  rares.  Le  Soleil 
n'a  jamais  été  vu  s'y  reflétant,  et  les  caps  polaires  disparaissent  presque  complè- 
tement. Cette  humidité  est,  d'après  les  projections  du  terminateur,  en  grande 
proportion  à  l'équateur  de  chaleur,  minimum  dans  les  zones  tempérées  et  maxi- 
mum dans  les  régions  polaires. 

Les  aspects  polaires  correspondent  aux  saisons.  En  automne,  les  régions  visililes 
les  plus  proches  du  pôle  nord  deviennent  souvent  blanches.  On  y  remarque  aussi 
des  teintes  bleues  ou  vertes.  Ln  février  martien,  le  cap  polaire  est  blanchâtre;  en 
mars  il  fond  lentement  et  montre  du  vert;  en  mai  il  fond  rai)idement;  en  juin  et 
juillet  il  est  à  son  minimum. 

Quelles  sont  les  causes  de  condensation  ?  La  pesanteur  est  faible  à  la  surface  de 
Mars.  Il  en  résulte  que  les  changements  de  densité  et  par  conséquent  les  change- 
ments de  température  suivant  l'altitude  sont  moins  rapides  là  qu'ici.  Des  con- 
densations se  forment  au  coucher  du  soleil  par  le  rayonnement,  des  nuages 
brillent  comme  des  projections.  Les  basses  températures  polaires  expliquent  les 
nuages  qui  s'y  produisent. 

L'humidité  paraît  se  transporter  par  les  courants  aériens  qui  la  charrient 
vers  les  caps  polaires,  et  aussi  par  les  canaux  à  la  surface. 

La  coloration  des  taches  sombres  montre  du  vert  au  prinlonps  et  du  brun  à  la 
fin  de  l'été. 

La  surface  de  la  planète  paraît  être  sensiblement  de  niveau  ;  mais  de  vastes 
étendues  assez  élevées  existent  dans  les  ri'gions  polaires  et  sans  doute  aussi 
ailleurs,  et  certaines  dépressions  sont  indiquées  par  les  crevasses  dans  les  caps 
polaires,  par  les  plaines  foncées  et  les  canaux. 

Tellfs  sont  les  conclusions  tirée-;  de  ces  observ;ilious  Je  l<:i'JG-18'J7  par 
,\i\l.  Lowell  et  Douglass.  Nous  ne  pouvons  mieux  faire,  pour  compléter  ce 
ri'sumé  d'un  magnili(jiu^  travail,  ([ue  de  reproduire  et  de  présenter  ici  à  nos 
lecteurs  la  carte  générale  qu'ils  en  ont  déduite.  Cette  carte  a  été  construite 
exclusivement  à  l'aide  de  ces  observations.  Elle  ne  contient  pas  moins  de 
33ij  noms  de  régions,  canaux  ou  oasis. 

On  voit  (jue  noire  connaissance  de  la.  planèle  Mars  s'accroît  graduellement 
de  documents  nouveaux.  Ce  secoml  volume  de  l'Observaloire  Lowell  est  peut- 
être  moins  sensationnel  que  le  premier,  dont  nous  avons  donné  les  conclu- 
sions plus  haut  relalivement  à  l'iialtitation  actuelle  de  la  planèle  par  une 
race  intelligente  au  moins  égale  à  la  nôtre;  mais  ces  nouvelles  observations 
nous  a|iporlent  des  documents  à  conipnri'r  et  ;'i  dis<Mitcr  sur  les  variations 
dues  au.\  saisons,  sur  la  teiniiératnre  des  diverses  zones,  sur  les  époques  de 


i)b'^ 


l'i.ANfMARiON.  —  I.:i  l'hnèle  Mars.  —  T.   Il 


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304  LA  PLANÈTE   MARS.  1896 

plus  grand  froid,  sur  les  contrées  les  plus  humides,  sur  les  courants  atmo- 
sphériques de  l'équateur  de  chaleur  aux  régions  polaires,  sur  les  projec- 
tions lumineuses  dues  à  des  nuages  élevés  éclairés  par  le  soleil  couchant. 
Nous  avançons  peu  cà  peu  et  sûrement.  Ce  monde  voisin  a  cessé  de  nous 
être  étranger.  Observons,  comparons,  jugeons,  et  ne  désespérons  pas  du 
progrès. 


CCXVI.  —   LowELL.  —  Observations  faites  dans  la  .meh  du  Sablier 
ou  Grande  Syiite. 

Le  même  astronome  a  publié  l'importante  Notice  suivante  au  Bulletin  de 
lu  Sociiic  (ntronomiqiie  de  France  du  mois  de  juin  1897  : 

Depuis  l'époque  déjà  lointaine  où  Iluygons  déi'ouvrit  la  période  de  rotation  de 
la  planète,  par  le  déplacement  et  le  retour  de  la  «  mer  du  Sablier  »,  cette  coii- 
flo'uration  martienne  a  été  l'une  des  mieux  observées  et  des  mieux  déterminées 
C'est  grâce  à  cette  tache  permanente  que  cet  astronome  put  fixer  la  longueur  du 
jour  sur  la  planète,  —  ce  que  lit  un  peu  plus  tard  Uassini  d'une  manière  plus  con- 
cluante encore.  On  supposa,  tout  d'abord,  que  c'était  une  mer,  et  d'après  sa 
forme  on  lui  donna  le  nom  de  mer  cln  Sablier,  nom  d'une  signification  doulile- 
ment  heureuse,  puisque,  comme  l'a  montré  Flammarion  dans  /a  Planète  Mars, 
elle  a  servi  de  sablier,  ou  de  compteur  du  temps  martien,  aux  astronomes  de  la 
Terre.  Schiaparelli  lui  a  donné  le  nom  de  Grande  Sijrtc,  dans  sa  nouvelle 
nomenclature.  Cette  tache  a  été  considérée  comme  une  mer  par  plusieurs 
géuératii.ius  d'astronomes.  Pcmlant  plus  do  deux  siècles,  on  ne  douta  pas  de  son 
caractère  aquatique,  et  cette  appréciatinu  paraissait  des  mieux  fondées.  En  fait, 
sa  couleur  correspond  à  cette  interprotatiun  naturelle.  Dans  les  meilleures 
conditiiins  d'observation,  elle  parait  d'un  tilcu  vert  foncé;  juste  de  la  nuance 
correspondant  à  l'aspect  lointain  d'une  iner.  Ce  caractère  aquatique  était  si 
bien  établi,  que  lorsque  W.-H.  Pickering  conçut  une  autre  explication  de  ces 
taches  sombres,  qui  jusqu'alors  avaient  passé  pour  des  mers,  il  s'abstint  de  la 
comprendre  dans  la  liste  et  la  laissa  jouir  de  cette  prérogative  marine  consacrée 
par  le  temps. 

Mais  leuipura  mutantur,  et  nous  niutamur  in  illit;.  Notre  conception  du  carac- 
tère de  la  mer  du  Sablier  a  suivi  le  sort  commun.  Malhcureuscunent  pour  ceux 
qui  aiment  l'eau,  le  caractère  de  cette  mer,  ainsi  cpie  d'autres  mythes  charmants, 
doit  s'évanouir  dans  les  brumes  du  passé,  car  cette  grande  aire  bleu  vert  n'est  ni 
un  océan,  ni  une  mer,  ni  rien  d'analogue,  mais  quelque  chose  qui  en  est  fort 
éloigné  :  une  grande  étendue  de  végétation. 

Le  véritable  caractère  de  la  Grande  Syrte  se  révéla  ;\  nos  observations  dès 


l.dWHl.I..    —    I.A    .\li;u    lif    SAlil.IKU.  nos 

!'oppositu)U  (le  1^91  :  1"  Les  reclici'ches  ])olariscopi(iues  ([iu>  (it  ici  \\  .-11.  l'icke- 
rinu'.  en  IS'.U,  ne  montrent  pas  de  polarisation  de  celte  surface,  taudis  qu'elles 
montrent  celle  de  la  mer  polaire  australe  ([ni,  pour  d'autres  raisons,  doit  être 
considérée  comme  une  étendue  d'eau;  -J"  Au  l'nr  et  à  mesure  que  la  saison  mar- 
tienne avançait,  des  cmifigurations  claires  et  sombres  apparurent  dans  la  Grande 
Syrte  et  restèrent  sans  changer  de  |iositiun;  li"  Plus  tard,  toute  la  surl'aee  Meu 
vert  diniiiiua  d'étendue  sans  produire  d'aires  sombres  correspondantes  en  d'autres 
régions  delà  planète.  Ces  trois  pliénoinènes  sont  iuconipatibles  avi>c  une  surface 
d'eau,  taiulis  que  c'est  justement  ce  iiu'inie  surface  de  végétation  produirai! 
par  sa  croissance  et  décroissance  à  mesure  que  les  saisi ins  martiennes  avance- 
raient. 

J'ai  l'intention  <;lans  cet  article  d'examiner  eu  d'tail  les  clian.gcini'iits  (|ui  se 
])résentent  dans  la  (irande  Syrte  selon  les  éjio.pies  de  l'année  maitiemie.  Ces 
changements  sont  toutefois  si  singuliers  que  leur  examen,  tout  en  confirmant 
1  hypothèse  que  la  végétation  est  leur  cause,  introduit  de  nouvelles  énigmes  dans 
notre  tentative  d'expliquer  ces  aspects. 

En  premier  lieu,  l'apiiarition  des  configurations  est  une  question  ilo  saisons. 
Comme  tout  lecteur  intelligent  demande  non  seulement  des  faits,  mais  sur  qu(dle 
base  fondamentale  reposent  ces  faits,  non»  allons  donner  les  raisons  sur  les- 
quelles niius  nous  appuyons.  Xuus  allons  donc  prendre  connue  exemple  les  faits 
observés  en  1894  et  ensuite  ceux  de  IS'.iii. 

Pendant  la  première  partie  de  l'opposition,  en  juin  1891,  lorsque  les  conditions 
d'observation  étaient  en  général  semblables  ;\  celles  du  mois  d'août  de  cette 
année,  la  Grande  Syrte  présentait  un  aspect  foncé  d'un  ton  iircsipie  uniforme. 
Mais  ou  y  remarquait  trois  particularités  dignes  d'attention  :  la  première  était 
une  teinte  plus  foncée  à  son  e.\trémité  nord;  la  seconde  était  une  bande  étroite 
et  sombre  qui  la  réunissait  à  la  mer  polaire  du  Sud  et  passait  entre  Xoachis  et 
llellas  et  ensuite  parallèlement,  quoique  un  peu  plus  loin  de  lalrontière  d'Aïu'ia: 
la  troisième  était  une  bande  étroite  semblable,  la  réunissant  a  la  mer  polaire 
entre  llellas  et  Ausonia.  On  était  alors  au  mois  île  mai  de  riiéniisphei-e  sud  de 
.Mars. 

A  mesure  que  la  saison  avança,  il  se  produisit  des  changements  dans  l'aspect 
de  la  Grande  Syrte.  Elle  perdit  son  ton  uniforme  et  l'on  distingua  graduellement 
sur  sa  surface  des  parties  claires  et  des  lignes  sombres.  Avec  le  temps,  ces  cou- 
figurations  s'accentuèrent  de  plus  eu  plus  jusqu'à  octobre  et  novembre  {août  de 
l'année  martienne  i.  La  Grande  Syrte  otTrait  l'aspect  d'un  échiquier. 

Un  tel  etïet  me  i)arait  correspondre  aux  changements  que  la  vé'jéidtion  suhirnil 
en  passant  du  vert  au  j  urne  et  à  l'ocre  à  mesure  (yae  l'autunme  succéderitit  à 
l'.-lé. 

Or,  en  août  189lj,  la  planète  se  présenta  à  la  Terre  dans  les  mémos  condi- 
tions à  peu  près  qu'en  juin  1S94,  avec  cette  dillé.enee  importante,  que  l'année 
de  la  planète  était  plus  avancée  d'un   mois  et  deux  tiers.  lîemarquons  à  ce 

!•■..  II.  -20 


306  LA  PLANKTE   MARS.  1896 

proiios  et  souveuous-ûous  que  le  retour  des  nièiues  dates  entre  les  oppositions; 
marque  exactement  l'avance  des  saisons  martiennes,  puisque  alors  la  Terre  et 
Mars,  étant  à  la  même  longitude  vues  du  Soleil,  sont  ndcessairemeut  aux  mêmes 
saisons  correspondantes  de  leur  anni'o.  La  seule  réserve  qu'on  pourrait  faire  sur 
cette  concordance  est  celle  qui  déiiend  des  excentricités  de  leurs  orbites,  mais 
ou  peut  la  négliger  ici. 

I.e  solstice  d'éti'  de  l'hémisphère  sud  de  la  planète  eut  lieu  en  1894  le  ol  août, 
et  en  l.s'.Ki  le  13  juillet  (  '  ).  Eh  bien,  la  Grande  Syrte  a  présenté  la  même  appa- 
rence moutonnée  en  août  189(1  et  en  octobre  lS9'i;  et  ceci  en  dépit  de  l'éloi- 
gnement  qui  aurait  pu  amoindrir  ces  détails.  L'aspect  de  la  planète  confirma 
donc  ce  qui  nvait  été  vu  aux  observations  précédentes  :  que  le  changement  dans 
l'aspect  de  la  planète  n'est  pas  une  question  de  distance,  c'est-à-dire  de  visibilité, 
nuiis  une  question  d'époque  de  l'année  martienne,  autrement  dit  une  affaire  de 
vf-rjélalion  plus  ou  moins  avancée  selon  la  saison. 


TUACAiS. 

Nous  allons  maintenant  examiner  les  configurations  en  détail. 

Les  tracés  qui  apparaissent  sur  la  Grande  Syrte  à  mesure  que  les  saisons 
avancent  sont  de  deux  espèces  :  les  uns  plus  clairs  que  leur  entourage,  et  les 
autres  plus  foncés. 

Tarions  d'al)ord  des  premiers,  sortes  de  chaussées  traversant  ces  prétendues 
mers.  Ces  tracés  clairs  sont  au  nombre  de  quatre  : 

Solis  Pons,  Lun:v  F'ons,  Pons  Cometaruui  et  Pons  Stellarum. 

Les  dessins  que  je  vous  adresse  n'en  montrent  que  trois  avec  précision  ;  Solis 
Pons  sur  la  droite,  Lunœ  Pons  sur  la  gauche  et  Pons  Stcllariun  entre  les  deux. 
l'ons  Cometanim  n'est  pas  souvent  visible.  Il  se  Irnuve  au  centre  de  la  mer  du 
t-ablier,  à  moitié  chemin  do  Pons  Stellarum  ;\  Lunœ  l'ons,  le  long  de  la  ligne 
sombre  se  dirigeant  presque  droit  au  sud  vers  llellas. 

Le  pont  du  Soleil  {Solis  Pons}  est  relativement  connu  depuis  longtemps.  Il  y 
a  au  moins  34  ans  qu'on  l'a  observé  pour  la  première  fois,  comme  on  le  voit  ]iar 
les  dessins  faits  en  I8G2  avec  le  réflecteur  géant  do  Lord  Rosse  (-).  Il  ai)parait 
encore  partiellement  dans  les  dessins  de  Kaiser  de  1864,  et  on  l'a  plus  ou  moins 
vu  depuis.  Il  réunit  llauunonis  Cornu  ,à  l'extrémité  nord  de  llellas,  légèrement 
à  l'ouest  du  point  extrême  nord.  C'est  le  i)lus  rcmiarquable  de  tous  les  «  ponts  ■). 

Kn  1894,  nous  raperçiune.s  pour  la  jn-einière  fois  à  l'Observatoire  Lowell,  vers 
le  lU  août  martien  :  et  en  I89(i  nous  le  rercjunûines  aussitôt  que  les  observations 
commencèrent,  le  '23  juillet  terrestre,  ce  ([ui  currespond  à  [leu  près  au  !'■'■  juillet 
martien. 

(')   Voir  notre  tableau,  p.  273.  Les  dilîéreuccs,  d'ailleurs,  sont  s;uis  importance  ici. 
C,   La  PhuU'te  M:uv.  p.  1G7, //;/.  108  (li*)  du  (j  novembre  I8G'2. 


I.OWF.LL.      -    LA    .Ml'li    Dl'    SARI.IKU. 


307 


A .  —  :  nctolire  IS06.  à  14i'2o" 


B.-2n.-t()l.ro  l«)f.,A  !:.'■ 


C.  —  9  octobre  ISilii.  à  IT'î:™. 


D.  —  9  octobre  ISilfi.  à  18'' M" 


E.  —  11  janvier  1897.  aôkl".  F.  —  12  janvier  1897,  à  4'' 51" 

Fig.  210.  —  Curieux  aspects  observés  sur  Mars,  à  l'Observatoire  Lowell. 


Pour  l'explication  claire  du  texte,  remarquer  la  fîg.  B.  Les  trois  lignes  blanches 
qui  traversent  en  haut  la  mer  du  Sablier  sont,  à  partir  de  la  droite:  le  pont  du  Soleil 
[Solis  Pons],  le  pont  des  Étoiles  {Pons  SIellarum)  et  le  pont  de  la  Lune  '.Lumi' 
Pons];  les  deux  lignes  foncées  sont  :  la  grande  n.  droite,  le  Dosaron.  et  la  verticale 
du  centre,  VOrosines. 


30S  LA   IM.ANtTK  M  A  US.  1896 

Li''  jioiil  lie  la  Lune  t  Lunn'  Pons)  a  élë  représenté  (imparfaitement  i  pour  la 
première  fois  en  ISG'?,  dansces  mêmes  dessins  où  LorJ  Rosse  révéla  le  Solis  Tons. 
Toutefois,  il  ne  fut  w  d'une  manière  bien  déterminée  qu'en  1873,  par  le  D''  Tcrby. 
et  dans  un  de  ses  dessins  de  cette  année,  celui  du  i'i  mai,  il  apparaît  très  disiinc- 
tenicnt.  11  est  possible  de  le  reconnaître  ensuite  en  partie  dans  un  dessin  de  Trou- 
velot  de  ISSi.  On  ne  le  vit  plus  distinctement  jusqu'au  jour  où  on  le  découvrit  de 
nouveau  à  cet  Observatoire  en  IS'Ji,  vers  le  10  août  martien. 

M.  Léo  P.renner  le  vit  eu  Istrie  le  premier  en  ISilG,  le  l"-'  juilli.'t  martien, 
b'i   il   fut   bien  visible  ilès   le  eonimencement  des  observations  (')• 

Le  pont  des  C(jmètes  ou  l'una  Coiitetnnnn  a  été  vu  ici  en  même  temjis  tpie 
les  autres  ponts  en  IS'.i'i,  quoiiiue  d'une  façon  moins  évidente.  On  le  revit  encore 
avec  eux  cette  année. 

Le  pont  (les  Ltoiles  on  Puits  Stellanim  n'a  pas  été  visible  avant  la  date  dos 
dessins  qui  acconqiagnent  cet  article.  C'est  le  plus  dilficile  à  observer  de  tous. 

Maint(Miant,  que  sont  ces  chaussées? 

C'est  la  question  qui  se  pose  tout  naturellement.  Il  n'est  pas  facile  de  donner 
une  réponse  rationnelle  :  ces  phénomènes  ne  ressemblant  à  rien  de  ce  qui  se  passe 
sur  noire  Terre.  Certaines  choses  cependant  jienvent  nous  aider  à  trouver  une 
e.\]ilication. 

L'éclaiiTissement  de  la  surface  qui  les  rend  visililes  peut  être  dû  au  dessèche- 
ment de  la  partie  de  cette  contrée:  ce  qui  était  d'une  végétation  verte  est  devenu 
sec  et  jaune  et  donne  au  sol  un  ton  ocre.  Le  diflicile  à  e.\pliqui>r  est  la  forme  si 
bien  définie  de  ces  dessèchements.  Mais  ici  les  canaux  viennent  à  n(.tre  aide. 
(  ar  il  semble,  d'après  la  position  relative  des  (duiussees  et  des  canaux,  que  les  uns 
■sont  à  côté  des  autres  et  que,  jiar  conséquent,  ce  n'est  pas  la  chaussée  qui  est  réel- 
leaient  la  causi^  de  S(jn  aspect  recliligne.  mais  le  canal  qui  le  borde  sans  doute. 
,\utrement  dii,  l'aire  desséchée  prend  une  forme  régulière  comme  les  canaux, 
parce  que  le  dessèchement  ne  peut  jias  s'étendre  plus  loin. 

Ceci  nous  i-amène  à  l'examen  des  truci's  sotubrcs  observés  dans  la  Grande 
Syi'tr.  Us  sont  de  deux  espèces,  les  lignes  et  les  taches.  Les  lignes  sont  des 
canaux  dans  les  régi  jus  sombres.  M.  iJouglass  les  a  découverts  le  prender 
en   18'.)4. 

Le  plus  long  et  le  plus  ap|iarent  de  ceux-ci  est  le  Dosaron.  C'est  la  longue 
ligne  qui,  ]i;irtant  ilu  fond  de  la  Grande  !-!\  rtc,  i-emonte  tout  droit  entre  llellas  et 
Noachis  et  file  jiresquc  jusrpi'.-ui  bord  du  di^qin'. 

L"  lecteur  ne  p^'Ut  m.inqucr  d'cli'e  b'app''  instantanément  par  sa  direci  on 
dr.jile  et  sa  largeur  absolnnn-nt  unifoi-me  ou,  en  d'autres  ternies,  i)ar  son  ajpa- 
reni'e  artificielle. 

Mais  ce  n'est  pas  ti)U!.  .\près  ndlcxiun,  il  si'  souviendra  que,  lorsqvie  la  saison 
m  irtienne  vUait  moins  a\ancéi',  il  existait  a  cette  uième  place  une  région  pins 

I,';  Nous  l'avons  observé  et  dessiné  à  Juvisy  en  décembre  IS'JU.  V.  ji. ';8i  et  /iij.'lOi  L 


LOWELL.  LA    .MEU    DU    SVlil.IKH.  ,",00 

somI)ic  que  ses  aleutoiirs  rcuiiissant  la  Grande  Syrte  à  la  mer  polaire  du  Sud. 
Cette  région  n'était  ui  droite  ni  uniforme  dans  sa  largeur,  liref,  elle  ne  rcsseu'.- 
blait  à  rien  d'artificiel.  Plus  tard  sa  teinte  s'etïaça  tellement  que,  dans  sa  portimi 
sud,  après  l'évanouissement  de  la  mer  polaire,  elle  disparut  entièrement.  Lorsque 
cette  teinte  fut  eu  partie  elTaeée,  il  apparut  au  centre  cette  li^rne  étroite,  longue 
et  droite,  le  Dosaron,  partant  aussi  du  fond  de  la  Grande  Syrte  et  passant  au 
centre  de  cette  bande  de  terre  en  suivant  directement  le  même  parcours.  Il  serait 
difficile  de  concevoir  une  preuve  plus  certaine  de  xon  caractcni  arlilicii  l. 

Sans  aucun  doute,  voici  ce  ([ui  s'est  passé.  Tar  une  cause  naturelle,  il  existait 
une  bande  de  terre  plus  basse  que  ses  environs,  qui  réunissait  les  région-; 
polaires  à  la  Grande  Syrte.  Cette  bande  de  terre  était  naturellement  fertilisée 
par  de  l'eau  venant  de  la  mer  polaire,  tandis  que  le  terrain  adjacent,  se  trouvant 
plus  élevé,  échappait  h  l'humidité  et  restait  sté'rile.  ce  qui  lui  donnait  en  consé- 
quence un  ton  ocre,  tandis  que  la  bande  en  question  parais.'-ait  verte.  Dès  qu'il 
devint  nécessaire  d'amener  l'eau  artificiellement  de  la  mer  polaire  aux  régions 
équatoriales  de  la  planète,  la  chose  la  plus  simple  n'a-t-elle  pas  été  de  créer  un 
canal  dans  ce  passage  naturel? 

Sur  ce  même  dessin,  on  remarquera  une  seconde  ligne  noire,  ilroite  comu;e  l.a 
piécédente,  mais  moins  longue,  partant  ilu  miMue  point  inférieur  de  la  (irande 
Syrte,  et  se  dirigeant  presque  droit  au  Sud,  au  milieu  de  Ilellas.  C'est  VOrogines. 
De  même  que  le  Dosaron,  elle  est  parfaitement  droite  et  de  largeur  uniforme. 
Qui  plus  est,  sa  largeur  est  la  même  que  celle  du  Dosaron,  environ  un  degré 
martien  ou  00  kilomètres.  Il  ne  faut  pas  supposer  que  tout  soit  canal;  c'est  pro- 
bablement, comme  je  l'ai  déjà  dit  ailleurs,  une  surface  fertilisée  bordant  le  canal 
trop  étroit  lui-même  pour  être  visible. 

Maintenant,  si  définie  que  soit  la  direction  de  l'Orosines,  il  y  a  encore  plus 
dans  ce  but  apparent  que  ce  qui  se  voit  sur  nos  dessins.  (,"est  ceci  :  le  canal  li> 
plus  important  de  cette  région,  l'Alphée  qui  traverse  l'IIellas,  liébonche  juste  au 
point  où  aboutit  l'Orosines  et,  ce  qui  est  plus  signiticaiif  encore,  il  se  dirige 
directement  au  Sud,  vers  les  régions  circumpolaires  australes.  L'tJrosiues  donc. 
ainsi  que  le  Dosaron,  fait  partie  d'une  chaîne  de  relations  orgaiiisét:  entre  la 
Grande  Syrte  et  la  mer  polaire  du  Sud. 

Parlons  maintenant  des  canaux  latéraux.  (.)n  verra  sur  le  dessin  du  î  o.'tobri-, 
à  Uii-J.'j™,  une  grande  ligne  qui  circule  il  travers  la  mer  du  Sablier  à  iieu  près  à 
moitié  chemin  entre  Libya  et  Ilellas.  Comme  on  peut  s'en  rei;dre  compte,  elle 
a  été  construite  dans  un  but,  car  elle  rejoint  reinboucliure  'in  Typhon,  qui 
arrive  vers  la  droite,  à  l'embouchure  de  l'Achates,  à  gauche,  qui  descend  du  Sud 
à  travers  le  milieu  d'Ausonia  où  Lemuria  rencontre  ce  dernier. 

De  cette  même  embouchure  du  Typhon  un  autre  canal  part  de  Sesamus,  à  l'ex- 
trémité ouest  d'Ausonia.  Celui-ci  est  généralement  parallèle  au  Solis  Pons  et 
à  l'-EuIus  bordant  la  lisière  sud.  Eu  fait,  les  canaux  des  régions  sombres  montrent 
une  tendance  au  parallélisme. 


.ilO  l.A    PLANÈTE   MAUS.  189C 

.Sans  entrer  dans  une  inuliitude  de  détails,  je  prie  les  lecteurs  d'examiner 
avec  soin  les  dessins  qui  représentent  ces  curieux  canaux  et  tracés  des  anciennes 
mers  martiennes.  C'est  toute  une  révolution  dans  notre  conception  de  l'aréographie. 
Nous  arrivons  maintenant  à  d'autres  configurations,  non  moins  intéressantes, 
de  ces  mêmes  régions.  On  verra  sur  les  dessins  C  et  D,  de  M.  Douglass,  quatre 
taches  sombres  sur  des  points  différents. 

Une  de  ces  taches  se  trouve  tout  à  lait  au  centre,  cà  l'endroit  oit  le  Dosaron  et 
l'Ùrosines  se  réunissent.  Une  autre  se  trouve  à  lajonction  de  l'Erymanthes  et 
de  rOceanus.  Une  troisième  apparaît  plus  loin  sur  l'Erymanthes  au  point  oii  il 
se  reucontro  avec  Galesus,  taudis  «pi'uue  (piatrième  se  trouve  au  point  oit  le 
Uosaron  est  traversé  par  l'Oceanus. 

Ces  taches  sont  tout  à  fait  semblables  aux  oasis  des  régions  claires.  On  les 
trouve,  comme  ces  dernières,  aux  intersections  des  canaux  et  jamais  ailleurs.  Il 
est  plus  que  proliable  que  ce  sont  aussi  des  oasis,  ainsi  que  leurs  similaires  du 
désert;  à  ces  intersections  de  canaux,  le  sol  est  spécialement  fertile.  L'eau 
qu'elles  reçoivent  leur  permet  de  rester  vertes  longtemps  après  que  les  régions 
qui  les  entourent  su  sout  desséchées,  et  c'est  grâce  à  cette  continuité  de  couleur 
verte  qu'elles  sout  visibles  pour  nous. 

Quoique  les  changements  dont  nous  parlons  soient  dus  aux  saisons,  les  saisons 
néanmoins  ne  jouent  pas  le  même  rôle  sur  Mars  que  sur  la  Terre,  quant  à  la 
(piestion  végétale.  Les  conditions  itiétéorol  jgiques  diffèretit  d'une  niainère  très 
marquée.  Sur  Mars,  l'eau  est  très  rare,  et  l'eau  disponible  a  beaucoup  plus 
d'action  que  sur  la  Terre,  à  cause  des  conditions  cliiaatériques  de  cette  planète, 
l'our  des  raisons  que  nous  ne  comprenons  pas  encore  complètement,  bi  tempé- 
rature iiioijeitnu  de  Mars  est  beaucoup  ptus  élevée  que  la  température  moijenne 
de  la  Terre.  La  présence  de  l'eau  agit  donc  avec  beaucoup  plus  d'effet  là  otj  elle 
se  rencontre.  Nous  pouvons  comparer  Mars  ;\  un  vaste  désert  équatorial  où 
l'eau  est  indis|)ensable  pour  produire  des  plantes  et  des  lleurs. 

Llemarquous  encore  certaines  taches  ijui  ne  sont  ni  dans  les  régions  sombres, 
ni  dans  les  régions  claires,  mais  pour  ainsi  dire  dans  les  deux.  Ces  taches,  con- 
trairement aux  autres,  ne  semblent  pas  rondes,  mais  anguleuses;  elles  se  trouvent 
toutes  aux  points  oti  les  canaux  des  régions  claires  débouchent  dans  les  sombres. 
Deux  de  ces  dernières  apparaissent  dans  les  deux  dessins  do  yi.  Douglass,  une 
ù  l'embouchiti'o  du  Typlion.  l'autre  à  celle  du  l'hison  dans  la  mer  Icarienne.  Toutes 
deux,  sans  aucun  doute,  ressemblent  à  des  oasis,  mais  elles  peuvent  être  consi- 
dérées aussi  comme  des  sortes  de  stations,  de  réser\oirs,  pour  le  cours  des 
eaux  dans  leur  circulation  à  travers  les  diverses  régions  de  la  planète. 

Je  ne  m'occui)erai  pas  aujourd'hui  des  régions  claires.  J'ai  voulu  surtout,  par 
l'exemple  de  nos  observations  faites  dans  la  mer  du  LSablier  ou  Grande  Syrte, 
montrer  que  nos  idées  sur  les  mers  martiennes  doivent  être  modifiées;  que  la 
mer  australe  est  une  véritable  mer,  comme  le  prouvent  le  polariscope  et  les  obser- 
vations, mais  ipie  la  mer  du  Sablier  et  les  autres  régions  foncées  intérieures 


oHSKiiVAToiui;  i(t\\  i;i  I.    -  riuui'C.iioNs.  311 

représentent  désormais  pour  nous  des  aires  végétales  traversées  par  des  can.\ii\ 
et  des  chaussées  ou  lignes  de  dessèchement.  Ainsi  s'accroît  graduellement  n-ilrc 
connaissance  de  ce  monde  habité. 

(In  voit  par  relte  étude  que,  pour  le  (•{■Iclire  astronome  américain,  b's 
canaux  sont  de  véritables  cours  d'eau  entretenus  i)ar  les  habitants  de  Mai's 
et  bordés  de  vastes  i)rairies;  iju'ils  traversent  certaini's  «  mers  »  aussi  bien 
que  les  continents,  et  (jue,  comme  conséquence,  ces  «  mers  »  représentent 
non  des  eaux,  mais  des  plaines  vépetalcs.  Les  «  ponts  »  ou  chaussées 
blanclies  qui  traversent  la  mer  du  Saijlier  seraient  des  bandes  de  terre  i)lus 
élevées,  non  fertilist-es  par  les  eaux  et  dépourvues  de  végétation. 

CCXVII.  —  Dou<;l.ass.  —  PiioJi;ciioNs   sur  le   tehminateuu 

ET     MÉTÉOROLOGIE     MARTIENNE. 

Au  même  observatoire  I^owell,  des  observations  nombreuses  oui  été  faites 
sur  les  projections  lumineuses  qui  lii'illeiit  assez  souvent  au  bunl  de  l'in;- 
misphère  éclairé,  le  lonu  du  méridien  du  lever  ou  du  couclnn'  du  Soleil, 
et  dont  il  a  déjà  été  question  plus  haut  (p.  49,  53,  ôii,  7'J,  82,  ];32.  194,  231  ;. 
M.  Douglass,  astronome  à  cet  observatoire,  en  a  fait  une  étude  nouvelle 
il  propos  des  observations  continuées  en  1896.  La  voici  (')  : 

Pendant  l'opposition  de  liS'j4,  le  pôle  sud  de  la  planète  était  fort  incliné  vers 
nous,  et  nous  avons  enregistré  presque  800  irrégularités  dont  3.J0  étaient  des  pro- 
jections. Le  nombre  de  fois  que  ces  projections  ont  duré  plusieurs  heures  et  leur 
disparition  totale  pendant  la  nuit  nous  conduisent  à  penser  qu'elles  sont  dues  à 
des  nuages  se  formant  k  des  altitudes  très  variées,  au  moment  i  ou  très  près  du 
moment  )  du  coucher  du  soleil.  Leur  forme  alors  est  celle  d'un  banc  dont  la  surface 
inférieure  touche  le  sol  à  la  longitude  du  couchant  et  qui  s'étend  vers  le  côté  de 
la  nuit,  en  se  développant  dans  une  direction  presque  horizontale,  s'éloignant  di- 
rectement du  Soleil  et  s'élevant  de  plus  en  plus  eu  dehors  du  terminateur. 

D'après  certaines  observations  spéciales,  il  semble  probable  qu'à  des  altitudes 
très  basses  cette  condensation  peut  se  produire  au  moins  une  demi-heure  avant 
le  coucher  du  Soleil,  et  quelquefois  les  nuages  durent  toute  la  nuit  et  apparaissent 
sur  le  terminateur  au  lever  de  l'astre,  eu  amas,  à  une  altitude  considérable,  et 
séparés  de  la  surface,  comme  si  les  masses  inférieures  de  vapeur  avaient  été 
précipitées.  Dans  le  cas  spécial  auquel  je  fais  allusion,  nous  avons  observé  ces 
nuages  sur  le  terminateur  au  lever  du  Soleil  deux  matins  de  suite.  Le  premier 
matin,  ils  étaient  à  une  hauteur  de  2i  kilomètres  au-dessus  de  la  surface  et  le 
matin  suivant  à  13  seulement,  après  avoir  varié  d'une  dizaine  de  degrés  en  lati- 

(')  Bulletin  de  la  Société  Astronomique  de  France,  1S97,  p.  'VM. 


31-2  I.A    PLANÈTE   MARS.  1890 

tilde  et  s'être  étendus  en  longitude.  La  luauteur  verticiale  moj'enne  du  banr  de 
nungc  au  coucher  du  Soleil  observée  aux  mois  de  juillet  et  août  1894  a  été  de 
7  kilomètres.  Aux  mois  do  décembre,  janvier  et  février  suivants,  sur  le  termina- 
teur  du  lever  du  Soleil,  elle  était  de  6  kilomètres.  Ces  observations  sont  d'autant 
plus  eiu'ieuses  que  les  nuages  sont  plus  rares  sur  ce  monde  voisin. 

Vai  examiiiniit  la  distribution  des  projections  en  latitude,  nous  on  ti'ouvàmes 
une  accumulation  très  man[uc'e  entre  les  latitudes  W  et  .">0'  Sud.  II  semlile  pré- 
l'érable,  du  moins  pour  le  moment,  de  les  associer  jusqu'à  un  certain  point  avec 
la  chaleur  équatoriale  de  la  planète.  La  saison  martienne  était  alors  avant  le 
milieu  de  loti'  de  l'hémisphère  sud.  et  sur  une  planète  qui  n'a  plus  d'océans  et 
possède  pi'oliahlement  de  vastes  déserts.  la  chaleur  équatoriale  doit  s'exercer 
beaucoup  plus  loin  de  l'éiiuateur  géographique  que  sur  la  Terre  et  atteindre  be;iu- 
coup  plus  rapiilemont  une  plus  grande  distance  en  latitude.  Le  parallèle  —  '13" 
■  orrespond  à  notri?  ceintiu'e  de  nuages  tropicaux  qui  voj'age  ilu  Nonl  au  Sud 
avec  le  Soleil.  La  concentration  des  nuages  à  ces  latitude-;,  pendant  les  mois  do 
juillet  et  août  IS'.H,  a  été  suflisante  pour  couvrir  la  zone  entre  —  10"  et  — 50". 

Le  terminateur  du  lever  du  Soleil  a  été  moins  observé;  on  y  a  fait  environ  le 
tiers  dos  constatations  précédentes. 

Vno  certaine  catégorie  de  projections  d'une  grande  hauteur  et  semblant 
s'étendre  au  delà  du  véritable  bord  a  été  observée  sur  le  terminateur,  dans  le 
voisinage  de  chaque  corne. 

Les  dépressions  qui  constituaient  le  reste  des  huit  cents  irrégularités  et  qui  se 
trouvaient  habilnellement,  mais  pas  toujours,  sur  les  taches  sombres  de  la  pla- 
nète, s'expliquent  mieux  si  on  les  attribue  au  caraclèro  de  la  surface,  c'est-à-dire 
à  sou  man([ue  de  pouvoir  rélléchissant  sous  certaines  conditions.  L'absence  fré- 
quente des  dépressions  a  pu  être  due  à  la  présence  do  brumes  dans  l'air,  ou  de 
vapeurs  se  condensant  vers  la  tombée  de  nuit,  provenant  de  rhiimidité  qui  peut 
exister  en  plus  .grande  quantité  dans  les  régions  foncées  que  dans  les  claires. 

Voici  dans  quelles  conditions  ces  observations  ont  été  faites  :  Premièrement, 
une  atmosphère  à  travers  laquelle  le  bord  et  le  terminateur  pouvaient  se  voir 
comme  des  lignes  bleu  nettes.  Le  plus  grand  nombre  a  été  observé  avec  une 
lunette  de  0"',4,")  d'ouverture  et  un  fo\er  de  X  mètres  et  presque  entiè- 
rement avec  un  (jculaire  donnant  un  grossissement  de  i'i!7.  (Juelques-unes 
furent  vues  avec,  un  grossissement  de  4'2ii.  rendant  hi  majeure  partie  des 
observations,  le  diamètre  de  la  jilanôte  a  été  eiiti-e  11"  et  17";  et  l'angle  entre 
Mars,  la  Terre  et  le  Soleil,  de  ;i7<>  à  Î7°.  La  phase  était  donc  très  sensible.  Lorsque 
cet  angle  a  été  au-dessus  de  37"  le  nombre  des  irrégularités  a  décru  très  rapi- 
dement. 

A  l'opposition  de  IS'.M.;,  le  pide  nord  a  été  légèrement  tourné  vers  nous,  et  nous 
avons  observé  une  ligne  tle  projections  bien  visibles  sur  le  bord  sud  de  la  zone 
blanche  polaire  du  Nord,  c'est-à-dire,  en  général,  entre  les  latitudes  -f-  40°  et 
-+■  ."lO".  La  calotte  polaire  se  voyait  comme  une   petite   tache  sur  le  bord  sud 


ciciuLi.i.  —  (iiiSKit VAT01H1-:  i)i;  ti:ka\io.  313 

de  cette  zone  blanche.  La  zone  blaiiciie  en  elle-inciiio  n'était  pas  la  calotte 
polaire.  Les  projections  observées  sur  sou  bord  siui  indiquent  la  présence  de 
vapeur  d'eau  condensée  en  nuages.  II  est  probable  que  cette  zone  blanche  indi- 
quait une  re'giou  assez  froide  pour  que  les  nuages  pussent  se  former  en  grande 
quantité  pendant  le  jour,  mais  que,  le  long  do  sa  limite  nord,  la  vapeur  aqueuso 
avait  besoin  du  coucher  du  .Soleil  et  de  la  fraîcheur  du  soir  pour  .se  condenser. 

Dans  cette  vue  générale  de  la  mi'téorologie  niartienne,  la  chaleur  solaire  élève 
comme  ici  la  vapeur  d'eau  dans  l'air,  mais  saus  pouvnir  produire  les  niiaïres  sur 
une  grande  échelle  pendant  le  jour,  comme  sur  la  Terre.  Nous  pouvions  nous  y 
attendre  en  considérant  que  sur  Mars  l'auiiosphère  décroit  en  densité  à  mesure 
qu'on  s'élève,  un  tiers  moins  vile  que  sur  la  Terre.  La  vapeur  d'eau  qui,  pendant 
l'été  de  l'hémisphère  austral,  dérive  de  la  fonte  de  la  calotte  polaire  australe, 
est  attirée  vers  les  régions  équatoriales  ardentes  et  s'élève  dans  l'atmosphère. 

Eu  1896,  vers  la  fin  de  l'automne  austral,  ces  aspects  n'ont  pas  été  observés 
sur  une  si  grande  étendue,  peut-être  à  cause  d'un  décroissenient  de  la  provision 
d'eau;  tandis  que,  d'autre  part,  nous  avons  observé  une  couche  de  nuages  s'éten- 
dant  vers  le  uord  de  la  latitude  ^  50"  et  sur  la  bordure  sud  de  celle-ci  où  il 
y  avait  assez  d'humidité  et  de  chaleur  pour  produire  de  la  vapeur  d'eau,  et 
ensuite  assez  de  fraîcheur  pour  la  condenser  aux  heures  du  couidier  du  .Soleil  et 
du  froid  nocturne. 

Voilà,  me  semble-t-il,  la  meilleure  explicaiion  des  irrégularités  observées  sur 
le  terminateur  de  !Mars.  Nous  espérons  que  leur  importance  dans  l'investigation 
climatologiquo  d'une  planète  voisine  conduira  d'autr<'s  observateurs  à  les  con- 
tinuer. 


CCXVIIL    —   C'EliULLI.    —   OliSERV.iTIONS    F.VITES    PE.ND.i.VT 
L'OPPOSITION'  DE   1896-1897. 

M.  Cerulli,  dont  il  a  déjà  été  question  ici  (p.  236),  s'est  construit  en  18!)Û 
un  observatoire  particulier  au  sommet  d'une  colline  voisine  de  Teramo 
(.Ibruzzesi,  colline  à  lac[uelle  il  donna  le  nom  de  l^oUurania  [colline  d'Ura- 
nie).  Cet  observatoire  est  installé  à  400™  au-dessus  du  niveau  delà  mer. 
Son  instrument  principal  est  un  équatorial  de  Cooke  de  0'",41  de  diamètre 
(0",39  d'ouverture)  et  de  6"°,  1.5  de  foyer  ('  ).  Cet  astronome  nous  a  souvent 
fait  part  de  ses  observations  dont  plusieurs  ont  été  publiées  par  la  Société 
.Vstronomiiiue  de  France.  Ses  travau.x  relatifs  à  l'opposition  de  Mais  en  iSilli 

(')  Dans  ces  observations,  l'instrument  a  été  généralement  muni  d'un  grossisse- 
ment de  .îOO.  L'objectif  a  été  quelquefois  diaphragmé,  quand  l'atmosphère  n'était  pas 
très  bonne,  pour  donner  plus  de  netteté  aux  images;  mais  l'auteur  est  porté  à  «  ne  voir 
là  qu'un  avantage  illusoire,  les  détails  plus  vagues  et  aussi  plus  vrais,  se  fondant  alors 
en  une  image  plus  nette,  il  est  vrai,  et  cependant  nitins  complète  et  moins  sûre  ». 


31  i  LA   PLANÈTE   MAKS.  1806 

ont  été  réunis  en   un  volume  (')  dont  nous  allons  extraire  la  substance. 

L'auteur  s'est  d'abord  consacré  à  l'utile  travail  de  prendre  les  positions  pré- 
cises eu  longitude  et  latitude  de  GO  points  de  l'aréograpbie.  C'est  là  une  triangu- 
lation nouvelle  qu'il  a  comparée  à  celle  de  Schiaparelli  et  qui  confirme  la  stabi- 
lité topographique  des  principales  taclies  de  Murs  dans  l'intervalle  de  1877 
à  1897. 

Le  centre  de  la  calotte  prdaire  australe  a  été  trouvé  de  : 

Longitude  d'Aryn 31% 8 

Distance  au  pôle  sud 7",  0 

Précédeininent,  de  IS:>0  à  18'.)4,  le  centre  de  cette  même  calotte  polaire  avait 
été  déterminé  par  M  séries  de  mesures  dill'érentes  à 

Longitude  d'Aryn 34",4 

Distance  au  pôle  sud 5°.0 

La  différence  est  insignifiante. 

l'arnii  les  changements  observés  par  M.  Cerulli  dans  l'aréographio,  nous  signa- 
lerons d'abord  les  aspects  de  la  région  de  la  mer  Lrythrée.  Les  cartes  de  Schia- 
parelli indiquent  là  une  vaste  mer;  une  vaste  région  grise,  dans  laquelle  se 
détachent  des  contrées  plus  pâles,  Argyre,  Noachis,  r'yrrha,  Deucalion.  M.  Ce- 
rulli a  observé  là,  au  contraire,  une  région  assez  pâle  entourée  d'un  cadre  ovale 
foncé  dont  la  partie  supérieure  paraît  nouvelle  et  a  été  nommée  par  lui  Prasodcs 
Mare.  En  examinant  son  planisphère,  on  verra  quu  la  région  Erythrée  s'y  pré- 
sente comme  un  vaste  continent  traversé  d'une  dizaine  de  mers  ou  détroits. 
Cette  longue  uier  Prasodes,  en  forme  d'arc,  a  ét('  vue  pendant  toute  la  durée  des 
observations  (juin  1896  à  février  1897),  tantôt  pliis  sombre,  tantôt  plus  claire. 

L'observation  la  plus  curieuse  peut-être  encore  de  cette  région  est  celle  du 
Sinus  Sabseus.  l'rolongé  par  l'Hellespont,  il  offrit  l'aspect  du  ruban  ondulé  des- 
siné par  Béer  et  Miidlcr  en  18:i0  I  Ln  PkDiàte  Mars,  I,  p.  105)  et  Kaiser  en  18ri-2 
(/ri.,  p.  174)  et  que  j'ai  indiqué  en  1<S79  {Id.,  p.  3i2)  connue  un  des  exemples 
des  variations  opérées  sur  Mars.  Ija  nouvelle  transformation  de  iS9G  est  bien 
certaine  aussi,  et  l'auteur  l'a  pour  aiusi  dire  vue  se  produire  sous  ses  yeux. 
Pendant  les  trois  premiers  mois  d'observation,  c'est-à-dire  jusqu'au  milieu  de 
septembre,  le  lac  d'Yao  faisait  partie  du  l'iiaros,  alors  très  foncé.  Le  lac  d'Yao, 
le  Pharos  et  le  Sinus  Sal)a'us  ne  formaient  qu'une  seule  tache.  Mais  à  partir  de 
septembre,  tout  cela  jirit  furuie,  le  lac  d'Yao  devint  une  tache  ovale  foncée,  le 
Pharos  une  région  ])lanclic,  et  le  ruban  ondulé  se  détacha.  La  baie  fourchue  du 
miTidien  connnença  à  se  montrer  très  nettement  an  mois  d'aoïit,  et  sa  géniina- 
tion,  de  jiart  et  d'autre  d'Ai\\u,  fut  évidente  pendant  toute  la  durée  des  observa- 
tious.  La  distance  entre  les  deux  pointes  ('tait  de  10°. 

(•)  Murte  uel  l.s:)(;-lS'.)7.  Celliu-ania,  1NU8. 


CKUL'LLl.    —    OBSliUVATOlKi:    DK    IKKAMO.  315 

Ces  aspects,  ces  variations  correspondent  Lieu  ;\  ceux  que  l'eau  pourrait  pro- 
duire. Il  est  bien  difficile  de  ne  pas  voir  là  dos  embouchures  de  fleuves  ou 
canaux. 

Que  la  topographie  martienne  soit  précisément  telle  que  la  montre  la  nouvelle 
carte  île  M.  Cenilli,  nous  ne  ladmettrons  pas  plus  que  l'auteur  ne  l'admet  cer- 
tainement lui-même.  La  comparaison  des  observations  prouve  qu'il  faut  faire  la 
part  d'une  équation  personnelle  considérable.  Jamais,  à  aucun  moment,  on  ne 
voit  la  planète  telle  qu'elle  est.  Mais  ces  énormes  différences  ne  peuvent  pas 
èire  entièrement  attribuées  aux  observateurs  :  elles  sont  l'indice  do  variations 
réelles  perpétuelles  dont  chaque  observateur  est  témoin,  d'ailleurs,  pour  peu 
qu'il  suive  attentivement  la  planète  plusieurs  années  de  suite. 

\'oici  encore  une  observation  curieuse.  f^'Atlantide  fut  entrevue  comme  une 
langue  très  blanche  ;\  droite  de  la  mer  des  .^irènes.  le  '21  juin.  Le  -^'î  juillet,  on 
ne  la  voyait  plus  et  l'on  ne  réussissait  pas  à  séparer  la  mer  des  Sirènes  de  la 
mer  Tyrrhénienue.  Le  11  décembre,  l'.Vtlautide  apparaissait  de  nouveau,  d'un 
ton  plombé,  comme  la  Fétontide.  En  janvier,  Fétontide  est  d'un  blanc  d'argent 
et  Atlantide  d'un  gris  de  plomb  qui  va  eu  s'éclaircissant.  En  février.  Atlantide 
irascne  encore  plus  de  clarté  et  devient  aussi  brillante  qu'en  juin.  Voilà  des  faits 
qu'il  serait  facile  de  multiplier  d'après  les  seules  observations  de  M.  Cerulli. 

Le  5  novembre  ISyG,  à  l'Observatoire  de  .Juvisy,  j'ai  été  frappé,  pendant  une 
observation  de  Mars,  de  la  facilité  avec  laquelle  le  Trivium  Charontis  se  présen- 
tait à  la  vue  :  il  était  beaucoup  ]ilus  foncé  et  plus  étendu  que  les  mois  précé- 
dents ('|.  M.  Cerulli  fait  remarquer  de  son  côté  que  cette  tache  était  à  peine 
reconnaissable  en  juin  et  qu'il  en  fut  de  même  jusqu'en  septembre.  En  novembre, 
au  contraire,  elle  se  montrait  sombre  et  irrégulière,  et,  à  dater  de  cette  époque, 
son  augmentation  de  ton  fut  i]ermanente. 

L'auteur  ajoute  :  «  Cette  région  triangulaire  du  Trivium  est  sujette  à  varier  de 
ton  comme  les  trois  principaux  canaux  qui  y  aboutissent,  l'Orcus,  le  Cerbère  et 
le  Stj-x.  » 

11  a  vu  également  les  lignes  foncées  découvertes  par  >L  Lowell  à  travers  la 
mer  du  Sablier  et  ailleurs. 

L;i  carte  de  M.  Cerulli  est  très  riche  en  canaux.  Il  a  revu  la  plus  grande 
partie  de  ceu.x  de  M.  Schiaparelli,  plusieurs  de  M.  Lowell,  et  d'autres 
nouveaux.  Néanmoins,  l'auteur  ne  croit  pas  à  l'existence  réelle  de  ces 
canaux.  '\'oici  ses  objections  principales  : 

Si  les  canaux  étaient  de  véritables  lignes  tracées  à  la  surface  de  Mars,  telles 
que  des  cours  d'eau,  des  crevasses,  des  vallées  revêtues  de  végétation,  ou  des 
courants  marins  légèrement  teintés,  etc.,  on  devrait  d'autant  mieux  les  voir  que 
la  planète   se  rapproche  davantage  de  nous,    et  leur   maximum  de   visibilité 

Vj  Voir  plus  haut,  p.  279. 


316  LA   PLANÈTE   MARS.  IS^fi 

devrait  correspondre  aux  époques  de  minimum  de  distance,  c'est-à-dire  aux 
oppositions.  ')r.  de  juillet  1890  à  février  IS97,  ces  lignes  n'ont,  en  général,  ni 
galène  ni  pordu  de  leur  visibilité.  Lorsqu'on  décembre  la  planète  mesurait  1'.' 
de  diamètri".  elles  n'étaient  ni  plus  larges  ui  mieux  visibles  qu'en  Juillet,  où  le 
diamètre  n'était  que  de  7".  Tiusieurs  canaux  qui,  même  en  décembre,  étaierjt 
d'une  extrême  finesse,  paraissaient  plutôt  élargis  en  février,  qnoique  le  disque 
fût  réduit  do  moitié.  L'inqu't  ssjoii  que  l'observateur  a  gardée  est  que  la  largeur 
angulaire  do  ces  lignes  est  la  même  i)our  un  disi[ue  de  7"  que  pour  un  de  17". 
Ce  ne  sont  donc  pas  là,  selon  lui,  des  lignes'matérielles  d'une  grandeur  définie. 

l'eut-être  pourrait-on  riposter  à  ce  raisonnement  que  si  ces  lignes  sont  d'une 
extrême  finesse,  à  la  limite  de  la  visibilité,  au-dessous  de  toute  mesure,  elles  ne 
sont  vues  que  dans  les  instants  de  parfaite  transparence  atmosphérique,  et  tou- 
jours comme  simples  impressions  sur  la  rétine,  beaucoup  plus  larges  qu'elles  le 
sont  en  ré.dité,  et  (jue,  dans  ce  cas,  leur  largeur  ne  doit  pas  augmenter  en  raison 
géométrique  ilu  rapprochement. 

L'auteur  objecte  en  second  lieu  que  si  les  lignes  existaient  réellement  sur  la 
planète  on  devrait  les  voir  d'autant  mieux  que  la  rotation  de  la  planète  les  amè- 
nerait [dus  pi-ès  du  méridien  central.  Ce  fait  ne  se  produit  pas.  .\insi,  entr(î 
autres,  le  Titan  parait  très  lin  au  méridien  central,  tandis  (|u'il  se  montre  fut 
large  à  30°  dedistance.  Il  en  est  de  même  des  fragments  que  l'on  distingue  mieux 
loin  <lu  ceiitri"  que  tout  près. 

Comme  conclusion  théorique,  M.  (JeiuUi  propose  d'admettre  que  les 
canaux  de  .Mars  ne  sont  autie  chose  ijiie  des  lignes  de  plus  grande  ombre 
perçues  par  l'iidl  à  travers  des  légions  parsemées  de  taches  obscures,  c'est- 
;i-clire  que  l'u,'!!  relierait  arliliciellemeat  entre  elles  des  taches  existant  à  l;i 
surface  de  la  planète,  mais  invisibles  jjour  nous  dans  leur  vraie  forme. 

L'auteur  nous  avait  déjà  adressé  l'expliration  suivaule  des  canaux  de 
.Mars  com[>ari;'s  à  certaines  lignes  lunaires  (  ')  : 

Alors  que  !(_■  disque  de  Mars  nous  parait  le  i)lus  riche  en  lignes  ur;elquis 
mois  après  r(q)iiusition  ,i,  la  distance  île  cette  [jlanète  à  la  Terre  n'est  guère  infé- 
rieure à  300  fois  celle  d(!  la  Lnne.  Si  nous  eniploycjns  alurs,  à  l'examen  de  Mars, 
un  télescope  grossissant  000  fois  —  iimite  extiémo  que  les  aréngraphes  n'at- 
teignent presqui;  jamais  —  la  distance  de  ^Llrs  nous  ijaraitra  r('ilnite  à  ".— ,  soit 

f)l)0 

la  moitié  de   la  distance   de  la  Lune.  l/é>tude  de  .Mars,  à  l'aide  du  télescope  le 
plus  puissant,  s(!   fei'a  donc  dans  des   coiuiitii.ins  identiques  à  celles  où  a  lieu 
l'étude   de  la  l-une,  observée  avec   une  siinpU;  jumelle  de  théâtre,  qui  grossit 
seulement  deux  fois. 
Cela  posé,  si  nous  dirigeons  une  jumelle  sur  la  Lune,  un  phénomèiuj  curieu 


X 


(') 


)  Bulletin  de  la  Société  Astronomique  de  Fi-ance,  18'J8,  p.  270. 


;i:ni 


OUSKKN  ATOIKK    DK    TKllAMO. 


317 


viendra  iuiiurdiatciuent  émcrveillor  nos  roi;ards.  Ce  globe  nous  apparaît  sillonm' 
de  li.irnes  droites  en  grand  nonilire,  parsemées  de  iioyanx,  et  axant,  avec  les 
canaux  de  Mars,  la  plus  grande  ressemblance  d'où' la  figure  ci-contri',  o''i  je  n'ai 
tracé  que  les  lignes  principales). 

En  dehors  donc  des  canaux  de  Mars,  udus  avons  aussi  des  canaux  tic  lu  Lune. 
et  rien  ne  semble  plus  plausible  iine  d'admettre,  pour  ces  deux  catégories  do 
lignes,  des  origines  communes,  ei  une  signification  identique,  vu  que  leur 
apparition  se  fait  dans  des  circonstances  analogues. 

Or,  les  canaux  lunaires  de  la  jumelle  [qui  n'ont  —  cela  s'ent'ud  — rien  de 
commun  avec  les  raies  brillantes  que  le  télescope  nous  révèle  sur  la  l.unei 
peuvent  être  parfaitement  interprétés. 

Il  suffit,  pour  cela,  de  recourir  à  une  carte  de  la  Lune,  ou  bien  de  substituer 
le  télescope  à  la  jumelle.  On  voit  alurs  que  les  lignes  lunaires  ne  Sdiit  en  réalit'' 
que  de  purs  et  simples  alignemenis 
de  taches  isolées,  que  la  jumelle  unus 
pi'ésentait  d'ab  ird  comme  reliées 
entre  elles  et  fiumant  ainsi  une  ligne 
continue.  En  vertu  de  notre  analo- 
gie, nous  sommes  donc  amenés  à 
supposer  que  les  canaux  de  .Mars  ne 
Sont,  eux-mêmes,  que  tle  simples  ali- 
gnements de  taches  semblables  à 
celles  que  nous  montre  le  télescope 
sur  la  Lune.  La  même  analogie  nous 
i.iduit  aussi  à  croire  que  sitôt  que 
les  progrès  de  l'optique  nous  permet- 
tront de  substituer  aux  télescopes 
actuels  des  instruments  plus  puis- 
sants, les  canaux  de  Mars  perdront 
aussi  la  Qgure  des  lignes  qui  les  rend 
aujourd'hui  si  mystérieux  et  si  inté- 
reisants,  tout  comme  la  pci-d^nt  les  canaux  de  la  Lune,  observés  dans  lajum  die, 
canaux  qui  disparaissent  sous  l'aHion  du  téleseopi^ 


I-'ie.  -311. 


I-i;.'nes  liiiiaire>  vues  a  la  juiiii-llc  : 


(/.  F;  M|-,-iiliti-    i.  tthieule  lU-  1  On-.iil  des  TeilipL-u-N. 
ti,  Extreinilf  inlérifiir^  «le  l.i  Mer  lU-^  Nuvfs. 
r.   Extia-iiiitt^  sup -ni-'ure  de  la  Mfi'  d  •  la  Sûréiiitc, 


M.  (.'.erulli  adoide  egaleaient  celte  assiiiiilalion  dans  son  Ouvrage.  11  rap- 
pelle qae  dans  ses  premiers  dessins  do  la  Lune  (  l(Ji5:,  Fontana  donnait  le 
nom  de  fontaines  aux  grands  cratères  de  Tycho,  Copernic,  Arislanjue,  iH--.. 
et  de  rivières  aux  rayons  qui  en  émanent.  II  ajoute  :  «  E  notevole  corne  il 
feiiomeno  reale  délie  strisce  chiare  si  mescoli  col  fenomeno  illusorio  délie 
strisce  oscure,  dando  origine  ad  imniagini  assai  bizari-e  »,  Xuus  avons  ces 
d.'ssins  de  Fontana  sous  les  yeux  et  iu)iis  n'y  retrouvons  pas  facilemenl  les 


318  >  LA   PLANETE   MARS.  •  189r, 

lignes  sombres  auxquelles  M.  CeruUi  fait  allusiou  (').  II  nous  semble  aussi 
qu'en  appelant  fontaines  ces  cratères,  Fontana  s'est  un  peu  souvenu  de  son 
propre  nom.  Nous  ne  retrouvons  pas  non  plus  sur  la  Lune  les  lignes  du 
croquis  lie  M.  i',rrulli.  Mais  son  raisonnement  reste  incontestalile  :  nous  ne 
voyons  pas  encore  iMars  avec  plus  davanlages  que  nous  ne  voyons  la  Lune 
dans  la  plus  modeste  jumelle,  et  très  certainement  ses  véritables  détails 
nous  écbappent.  Nous  n'en  avons  encore  qu'une  esquisse  optique. 

Entrons  maintenant  dans  (juelques  détails  snr  les  imporlantes  et  soi- 
gneuses oliservalions  de  M.  Cerulli.  A  la  date  du  l'"''  septend:ire  189G,  il 
ri'sumait  conimi;  il  suit  ses  oliservalions  du  mois  d'août  (-)  : 

Xeiije  australe.  —  L'extrémité  sud  du  disque  a  été  vue  blanchie  parle  voisi- 
na.^'e  de  ces  neiges,  entre  les  îles  de  Thulé;  mais  do  la  calotte  australe  propre- 
ment dite,  rien  de  sûr.  Un  tel  fait  ne  peut  être  attribué  entièrement  a  la  dirticulté 
lie  la  [lerspective.  Il  semble,  au  contraire,  que  les  neiges  polaires  australes,  déjà 
en  diminution  eu  juin  et  juillet,  sont  presque  arrivées  ;\  leur  fusion  complète. 
Le  solstice,  austral  a  eu  lieu  le  I3juillet. 

Neige  lioréale.  —  Quelques  ramilicatioiis  du  noyau  jioiaire  sont  apparues 
le  2ô  août,  jour  où  j'ai  observé  pour  la  première  fois  une  traiiiéc  lumineuse  an 
nord,  sous  l'Elysée  (w  —  2L')"),  et  cette  apparition  s'est  maintenue  plusieurs 
jours  successifs. 

Mers  el  Conlinenls.  —  La  coubuir  des  u.ers,  au  sud  du  (iraiid  I  )iaphraL;ine. 
n'a  pas  paru  plus  accusée  que  celle  des  continents  au  nord  de  cette  région. 
Seulement,  le  détroit  de  la  mer  Krythrée,  qui,  panant  de  la  Corne  d'Anunon, 
court  au  sud  entre  l'IIellas  et  la  \oachide,  el,  appelé  llellespont  sur  la  première 
carte  de  Schiaparelli,  s'est  montré  assez  l'onci'  en  juin  et  juillet,  au  point  d'olTrir 
l'aspect  d'un  beau  panaebe  élargi  vers  le  haut  et  interromiiu  certainement  par 
un  espace  court  sous  la  latitude  —  30°  (terre  ib^  \'ao).  Va\  août,  l'Ilellespimt  ne 
s'est  pbis  distingué  de  la  mer  austra,le,  pi'ut-è'ti'e  ;i  cause  de  l'obliquité  visuelle. 
De  rilespérie,  on  a  eu  une  vue  splendide  le  2i  août.  Elle  présentait  un  ton  à  peu 
près  uniforme  sur  tout  sou  iiarcours,  jusqu'à  l'Eridan,  et  l'on  pouvait  eoncbire 
que  la  division  observée  en  I8'.I4  par  le  prolongement  du  .\antus  n'existait  plu^ 
(Lisque  de  9";  agrandissement  de  50ii  bds.i  Mais  l'IIellas  ne  s'est  pas  montrée 
aussi  nette  qu'en  bSll.'i .  Son  contour  était  dilïus  et  inceitain  pendant  les  mois 
de  juin  et  juillet;  eu  août,  la  limite  droite  (orientale)  paraissait  mieux  définie 
que  l'orientale. 

Canaux.  —  Outre  les  canaux  vus  eu  juin  etjuillet  (Cerbère,  liîcstrigon.  Titan. 

(')  Nous  avons  repi-oduit,  l'un  d'eux  an  'ruine  1  de  eut  Ouvrage,  p.  10.  —  tlomparei' 
aussi  les  58  dessins  de  la  Lune  vue  à  l'u'il  nu  que  j'ai  publiés  au  liulleli)i  de  lu  Snciélé 
Axlronoiiiique  de  Fraiifr  ilc  l'année  l'.IOl).  Ils  ne  conlirnient  pas  l'assiniilalioii  iuiagi- 
mic  par  M.  Cerulli,  et  il  en  est  de  niéine  des  petites  plioloi^rapliios  de  la  I.une. 

(')  .\sir.  Nach.  3384,  23  octobre  1696. 


3Î0  LA  PLANÈTK  MAItS.  1896 

Gigas,  Sirèiio,  Araxe,  Ccrauniiis,  Agathothcmon,  Gatige,  Indus),  j'ai  pu  identifier 
l'IIiddcknl,  le  Géhou,  M'^uiilirate,  le  Pinson,  le  Léthé,  l'Astaboras,  l'Astusape, 
l'Astapus,  le  Xanthus,  la  lioreosyrtis  et  la  Nilosyrtis:  cette  dernière,  pâle,  et 
comme  un  i)roIongeraent  di'  la  Grande  Syrte,  qui  se  trouvait  sans  doute  à  son 
maximum  d'étendue.  Le  Cerbère,  très  droit ,  large  et  loncé,  a  peut-être  montré 
quelque  indice  de  géminatiou. 

Le  même  astronome  ré.sumait,  à  la  date  du  1"  octobre,  les  observations 
suivantes  faites  en  septembre  (')  : 

Il  y  a  ou  ce  mois,  à  Teramo,  dix-neuf  nuits  claires  favorables  aux  études  aréo- 
graphiques. 

Neige  liorénle.  —  Une  subtile  cabHte  blan'dio  a  été  vue  constamment  émer- 
g.'ant  au  nord  de  l'extrcunitc  de  la  phase  obscure.  Dans  les  derniers  jours  de 
septembre,  un  petit  nrclwllo  noir  marquait  la  limite  australe  de  cette  calotte, 
ce  qui  muntrail  que  la  liquéfaction  de  cette  neige  boréale  était  déjà  commencée. 

Les  des  de  Tliulé  I  et  II,  Novissima  et  .'Vrgyre  H  ont  été  bien  vues. 

Le  Sinus  Auiiius  a  été  vainement  cherché  dejuin  à  septembre.  Toute  inter- 
ruption entre  Icarie  et  Thaumasia  est  effacée.  Le  phénomène  n'est  pas  nouveau. 
Il  s'est  di''j;l  manifesté  dans  les  oppositions  observées  par  Kaiser,  et  également 
en  1885.  Ainsi,  le  Golfe  Aunins  est  par/'ois  visible  et  parfois  invisible. 

Le  L:ir  du  Soleil  a  parj  très  pâle  cette  année  et  rapetissé.  De  plus,  sa  forme 
ovale  ne  se  montrait  pas  ini  largeur  dans  le  sens  des  latitudes,  mais  en  hauteur 
dans  b-  sens  du  méridien.  C'est  encore  là  un  nouveau  changement. 

Grande  Syrie.  —  L'auteur  a  déjà  remarqué,  dans  sa  Note  précédente,  que  celte 
vue  avait  présenté,  en  1894,  nu  maximum  d'étendue.  Cette  remarque  est  coniir- 
iiii'e  par  la  suite  des  observations.  .Mors  que  culminait  la  pointe  de  la  Crande  Syi  te 
((«  =  285"),  la  rive  gauche  se  montrait  parfaitement  symétrique  de  la  rive  droite, 
liuac,  cette  partie  de  la  Libye  avait  temporairement  cessJ  d'exister  à  l'état  de 
continent. 

Le  lac  Mœris  offrait  l'aspect  d'un  petit  bouton  attaché  au  littoral  est  de  1 1 
Grande  Syrte  qui,  par  conséquent,  avait  envahi  toute  la  région  occupée  jiar  le 
bras  du  Nepenthès. 

Couleur  de-<  ('mtUnenis.  —  Les  continents,  au  nord  du  c.rand  l)iaphragme, 
ne  sont  pas  tous  de  la  môme  couleur  et  présentent  divers  contrastes  de  teintes. 

Lorsque  la  Grande  Syrte  i)asse  au  méridien,  on  reinaniue  un  fort  contraste 
ciUre  le  Idanc  sale  des  coutinenls  à  gauche  cl  le  jaune  granulé  de  roux  des 
conlinenls  à  droite. 

Des  canaux  tels  que  celui  des  l'aiménides  et  le  Gigas  séjKirent  des  régions  de 
tons  dilfi-reats,  la  contrée  au  nord  des  canaux  étant  légèrement  plus  foncée  que 
celle  au  sud. 

t'y  Asir.  A'ac/i.  3391,  4  j  uivicr  1SJ7. 


Ci;i<ri.LI.    -    OliSKHVATOlKI-:    1)1-    TF.ltAMO.  3-21 

A  leur  contact  immédiat  avec  le  (iraïui  l)iapliraij;me,  les  continents  boréaux 
se  montrent  plus  blancs,  d'où  il  résulte  que  les  renions  foncées  de  la  mer  des 
Sirènes,  delà  Grande  t^yrte,  du  golfe  Sabanis,  du  golfe  dos  Perles  et  du  golfe  do 
l'Aurore  présentent  vers  le  nord  nue  légère  bordure  argentée  de  largeur  uni- 
forme. 

Au  voisinage  du  limbe  ou  du  terminateur,  non  seulement  certaines  lies  ont  la 
propriété  de  blanchir,  telles  que  Thulc;,  Argyre,  llellas.  mais  on  pont  dire  que 
le  phénomène  est  commun  à  tous  le^  continents,  dans  une  mesure  plus  ou  moins 
granile.  L'observateur  a  vu  resplcMidir,  près  du  terminateur,  la  terre  d'lsi!<, 
l'Amazone,  et  surtout  l-;ilom.  Ce  deraiei'  oll'rait  nettement  l'impression  d'être 
comparable  à  la  neige  polaire.  De  plus,  le  lac  du  Soleil, la  pointe  orientale  de  la 
mer  des  Sirènes  se  distinguaient  facilement  au  bord  du  limlie.  Ainsi,  les,  terrra 
martiennes  ont  la  propriété  de  parai Iro  plus  blanches  avec  une  farln  obliquité. 

Les  Canaux.  —  Les  plus  faciles  à  voir  en  septembre,  même  en  forte  obliiiuité', 
ont  été  le  Gange,  l'Agathodœnion,  le  Nectar,  l'Iris,  le  Cerauniiis,  le  Gigas,  le  Titan . 
le  Cerbère,  l'HephaîStus,  le  Boreosyrtis,  le  Nilosyrtis,  l'IIi  idekel.  le  Ckdiou. 
rOxus  et  rindus. 

Un  peu  moins  faciles,  mais  toutefois  évidents,  se  sont  montrés  le  Dardauus,  le 
Chrisorrhoas,  le  Fortune,  rEosphorus,  le  Pyriphlegeton,  l'Luménides,  l'Araxe. 
les  Sirènes,  le  Gorgon,  le  Laestrigon,  le  Triton,  le  Léthé,  le  Thoth,  le  Proto- 
nilus,  l'Astaboras,  le  Phison,  l'Euphratc  t  peut-être  double  i,  le  Deuteronilus, 
l'Hydraotes,  la  Jamuna,  le  Nilokeras. 

Très  difficiles  à  reconnaître  :  l'Oronte,  le  Typhon  et  la  Croix  de  l'Hellas. 

Outre  les  canaux  décrits  ci -dessus,  trois  autres  ont  été  observés  et  identiiiés 
avec  la  Carte  Lowell  de  1894  : 

1°  Ulysse,  qui  va  de  la  pointe  m-ientale  de  la  mer  des  Sirènes  au  Ceraunius, 
bisséquant  l'angle  entre  l'Araxe  et  le  Sirenius; 

"2"  Sitacus,  qui  réunit  la  première  corne  du  golfe  Sabrt"us  avec  la  pointe  de  la 
Grande  Syrte; 

J»  Daradax.  qui  réunit  la  bouche  de  l'Euphratc  avec  celle  de  l'Hiddekel. 

Enfin,  le  même  observateur  nous  Hiisait  i);irt  dans  les  termes  suivaiils  de 
ses  dernières  observations  ('    : 

1.  —  Les  ramifications  de  la  neige  boréale  ou,  si  l'on  préfère,  «  les  hr.iuil- 
lards  »  de  l'hémisplière  nord,  ont  présenté,  vers  la  fin  de  novembre,  un  des 
aspects  les  plus  remarquables  du  disque.  (Jn  a  vu  alors  ces  brouillards —  des 
taches  d'un  blanc  jaunâtre  —  arriver  presque  eu  contact  avec  la  ligne  très  foncée 
du  Proto  -  et  du  Deutero-Nilus,  et  nous  cacher,  en  s'y  superposant,  la  partie 
la  plus  boréale  de  la  Mer  Acidalienue.  A  la  droite  de  cette  dernière  région  — 
sous  le  Dardanus  —  ou  voyait  les  neiges  se  retirer  brusquement  au  Nord.  11  est 

('■  Société  Aslronûiiiique  de  Fraiici',  1S'.)7,  p.  '233. 

F.,  II.  21 


32-2  LA   PLANÈTE  MARS.  1896 

bon  de  rappeler  qu'eu  189i  aussi,  co  fut  dans  le  méridien  de  cette  mer  que  les 
neiges  boréales  commencèrent  à  faire  leur  apparition  sur  le  disque. 

II.  —  La  mer  Erythrée  n'a  pu  être  bien  résolue  dans  ses  lignes  compo- 
santes qu'en  décembre.  On  a  constaté  que  cette  région  consiste  en  cinq  larges 
canaux,  tous,  à  l'exception  d'un  seul,  très  peu  foncés.  Le  canal  foncé  n'est  autre 
chose  que  le  golfe  Sabaais  qui,  se  raccordant  avec  la  partie  la  plus  boréale  de 
rilellespout,  reconstitue  nouvellement  le  «  Ruban  ondulé  »  de  Madier.  [Voir 
votre  Ouvrage,  Mars,  p.  105,)  Mais  plus  encore  qu'aux  dessins  de  Madier,  Mars 
ressemble  dans  cet  endroit-là  à  ceux  de  Lockyer  et  à  la  carte  de  Kaiser  (1864), 
Je  trouve  aussi  une  ressemblance  avec  la  carte  de  Kaiser  dans  la  forme  coudée 


Fig.  213.  —  Mars,  le  ■,;  janvier  IS'j;,  à  W'  : 
Ll-  iiilian  uiululé  du  Mailler,  Golfes  Sabeeub  et  du  Méridien. 


(le  laNilosyrtis,  quoique  ce  canal  ne  montre  plus,  dans  son  milieu,  l'interruption 
observée  par  l'astronome  de  Leyde. 

m.  —  La  résolution  de  la  mer  Erythrée  en  des  canaux  est  une  première 
confirmation  do  la  découverte  de  lignes  dans  les  régions  sombres,  faite  ]iar 
MM.  Douglass  et  Lowcll,  en  1894.  Mais  il  y  a  bien  d'autres  régions  obscures 
sillonnées  par  des  lignes,  et  l'on  a  vu,  par  exemple,  deux  lignes  en  croix  relier 
transversalement  le  Sinus  Titauum  avec  Mare  Cimmerium  (Padargus  et  Ilarpa- 
sus  de  Lowcll).  Un  autre  canal,  identique  peut-être  avccrHeratemis,  de  Lowell, 
marque  le  i)rolongeinent  du  Titan  à  travers  la  mer  des  Sirènes,  etc.,  etc.  Sur  la 
(irande  Syrte  aussi,  il  y  a  des  lignes  d'ombre  très  larges  et  foncées, 

IV,  —  \'crs  la  (in  d'octobre  s'élargirent  rapidement  les  canaux  aboutissant  au 
■Privium  Charontis  et  ceux  ([ui  délinissent  le  blanc  ovale  d'Elysium,  Ces  lignes 


CEUULLI.  —  OIîSERVATOlUi:   1)1-    TKUAMO.  323 

atteignirent  un  tel  degré  d'évidenco  que  Imir  r('gion  devint  tout  de  suite  une  des 
plus  fariles  de  Mars. 

Le  Triviuui  ajjparut  nettement  défini  conmic  le  i)oint  de  rencontre  de  liui* 
canaux,  dont  trois  très  larges  et  parfois  doubles  (  voir/ig.  il'ii.  Ces  canaux  doubles, 
j'ai  pu  les  examiner  plusieurs  fois  et  j'ai  constaté  que  leur  fond  est  plus  foncé 
que  le  reste  des  terres  boréales,  de  manière  que  je  serais  amené  à  envisager 
les  canaux  doubles  comme  de  larges  canaux  aux  bords  bien  marqués. 

XiiivE.vLX  r..\NAUX  (M.  —  J'ai  le  plaisirdevousannoucer  que,  parmi  les  nombreux 
canaux  que  je  viens  d  observer,  il  y  en  a  deux  qui  semblent  nous  promettre  un 
nouveau  pas  dans  la  connaissance  de  ce  monde  voisin.  Ces  deux  canaux,  dont, 


Fiir.  m.  —  .Mais,  le  l'.l  janvier  18!l7,  â  lO^SO"  : 
Les  mers  ries  Sirènes  et  Cinuiiérieniie.  Le  Trivium  Cliarontis. 

jusqu'au  moment  de  les  apercevoir,  je  ne  soupçonnais  pas  l'existence,  ne  figurent 
pas  sur  la  Carte  de  Scbiaparelli  :  ils  ont  été  découverts,  il  y  a  deux  ans. 
par  M.  Lowell.  à  Flagstafï,  et  ils  s'appellent  Ulysse  et  Sitacus.  L'Ulysse  prend 
son  origine  à  la  pointe  orientale  de  la  mer  des  Sirènes  et  court  en  ligne  droiio 
jusqu'au  Ceraunius:  le  Sitacu.s  relie  —  en  ligne  droite  aussi  —  la  première  corne 
du  golfe  Sabœus  avec  la  pointe  de  la  Syrtis  major  (-1. 

Ce  qu'il  y  a  d'étonnant  en  ceci,  c'est  que  ces  canaux  sont  très  évidents.  Ulysse 
n'étant  pas  moins  visible  que  les  canaux  environnants,  Sirenius  et  Araxe.  et  le 
Sitacus  surpassant  en  visibilité  l'Euphratc  et  le  Phison. 

C;  Voir  la  Carte  aréographique  de  M.  Lowell  (p.  liO)  :  le  canal  Ulysse  porte  le  u'  116 
et  le  Sitacus  le  u°  "bi. 

(-)  Société  Astronomique  de  France,  1896,  p.  308. 


3-2.i  LA   PLANÈTE   MARS.  iS% 

,Ie  vous  soumets  la  qiiestiou  de  savoir  comment  des  lignes  pareilles  aient  pu 
rester  cachées  pendant  sept  ou  huit  oppositions  (parmi  lesquelles  il  y  en  a  eu 
de  très  favorables,  soit  pour  la  ilir("etiiin  de  l'axe,  soit  pour  l'amplitude  du  disque  i 
à  un  observateur  tel  que  M.  Schiaparelli  ? 

Ne  pensez-vous  jias  que  nous  sommes  ici  en  présence  d'une  intéressante  caté- 
fforie  de  phénomènes  martiens'?  Des  lignes  nouvelles  a|iparaissent  sui'la  planète, 
le  mot  "  nouvelles  »  n'ayant  pas  ici  le  sens  qu'on  lui  donne  ordinairement  en 
Astronomie.  Ce  no  sont  pas  tout  simplement  des  canaux  que  l'on  a  aperçu  eu 
189i  pour  la  prenjière  fois,  mais  ce  sont  bien  des  canaux  qui  jusqu'à  1894  n'exis- 
taient pas. 

Je  soumets  ces  questions  à  l'auteur  de  Ln  Plaui'te  Marx. 

Cet  exposé,  i)his  long  ijue  de  cmituiiie,  des  oliservalioiis  du  .-^.ivant  astro- 
nome do  Teraino,  nous  montre  en  quelque  sorte  la  genèse  de  ses  travaux 
el  des  conclusions  qu'il  en  a  tirées.  Nous  pourrions  encore,  en  parcourant 
son  Mémoire  de  18'J8.  faire  quelques  reniari[urs  intéressantes,  el  nous 
croyons  même  devoir  les  ajouter  ici.  Pour  toiU  ce  (jui  suit,  nous  engagenns 
le  lecteur  à  confronter  les  descriplions  avei'  la  cai-le  puldiee  plus  liaul 
(p.  319). 

La  région  comprise  entre  le  l'rasodes  H  l'ilellespont  jouit  de  la  projiriété 
d'être  claire  lorsqu'elle  se  présente  de  face  et  foncée  lorsqu'elle  se  présente 
obliquement.  (Jette  modification  de  ton  a  d'autres  exemples. 

A  gauche  du  Sinus  Sabanis.  le  l'haros  a  changé'  réellement  de  tnu.  D'aljord 
foncé,  en  juin  I.S',)G,  il  réunissait  le  Sinus  Saba.'us  an  littoral  di'oit  de  la  r.rande 
Syrte.  11  en  était  de  même  en  juillet  eton  août.  Mais  en  septembre  il  était  blanc 
rt  formait  la  si'paratiou  indiquée  sur  la  c.-u'le.  Ainsi  s'explique  le  changement 
d'aspect  du  Sinus  Saba.nis. 

La  duplicité  de  la  Corne  d'Aryn  était  bii'n  visible  en  août,  au  méi-idien  cen- 
tral. Mais,  lorsque  l;i  rotation  emportait  ce  point  à  .jù"  on  40"  de  distance  de  ce 
mi'ridien,  on  ne  la  distinguait  plus  guère,  non  pas  seulement  à  cause  de  l'obli- 
quiti-,  mais  pariée  que  le  promontoire  entre  li>s  deux  cornes  s'assombrissait. 

Le  lac  (l'Yao  no  s'est  ilétaché  comnu^  l''iy^  fonré  (pi'à  partir  du  milieu  de  sep- 
tembre :  jusqu'alors  il  était  réuni  au  l'haros.  La  novembre  et  décemljre,  c'était 
une  belle  tache  foiic.i'(.',  nettement  délinie. 

Le  golfe  de  l'Aurore  varie  avec  l'oliUipiili'  :  il  |i;irait  d'autant  plus  foncé  qu'on 
le  voit  plus  obliquemi'iU. 

Les  mers  lOrythrc'c  et  di,'  Leucalion  u  ont  ('té^  séparées  qu'à  partir  du  vil)  no- 
vmdire.  La  terre  de  l'yrrha,  qui  les  sf'pare,  n'a  c'té'  visible  qu'à  [lartir  de  cetti' 
date,  (diangement  réel. 

1)0  1877  à  IS96,  la  région  f'ryt,hr('o  s'est  gradu(.'llenient  alVaiblie  de  ton.  E:i 
1S77,  elle  était  très  foncée  (Cn!en,  Schiaparelli,  etc.).  C'était  une  <■  mer  »  incon- 


CKllUr.I.I.  UliSEUVATOlKI-    DE   Tl-KAMO.  325 

testable  d'aspect.  Aujourd  hiii,  l'aspect  est  continental;  il  ne  reste  que  quelques 
traînées  grises.  Variation  réelle. 

Observé  du  13  août  au  11  février,  l'Euphrate  s'est  montré  mieux  visible  dans 
l'obliquité  qu'en  culinination.  En  obliquité,  large  et  foncé;  au  méridien,  clair  en 
son  milieu  et  dédoublé. 

L'Hiddekel  et  le  Gehon  très  faciles  en  août  et  septembre,  à  ce  point  que  Ion 
jiouvait  se  demander  comment  ils  n'ont  pas  été  vus  avant  Scliiaparelli.  Le 
l.S  .septembre,  en  obliquité,  Ammon  étant  au  méridien,  ils  paraissaient  plus 
foncés,  mais  confondus  en  une  seule  trainéi-,  1  Edon  qui  les  sépare  étant  devenu 
s(imbre  en  vision  oblique. 

1-e  Gang-e  s'est  montré  plus  clair  au  méridien  qu'en  obliquité,  et  ses  bonis  se 
détachaient  alors  en  deux  ligues  parallèles,  comme  l'F^uphrate. 

I.e  Pliasis  s'assombrit  aussi  en  obliquité,  s'éclaircit  au  méridien. 

Le  lac  du  Soleil  a  été  très  difficile  à  voir  en  position  centrale,  trop  éclairci.  et, 
au  contraire,  sombre  et  facile  eu  grande  «diliquité.  Il  a  donc  la  même  constitu- 
tion physique  que  le  Phasis.  les  colonnes  d'Hercule,  etc. 

Le  n  novembre,  le  lac  de  la  Lune  passant  au  méridien  central,  le  Gange  et  le 
Clirysorrhoas  se  présentaient  avec  le  même  angle  :  les  deux  canaux  offraient  la 
même  largeur  et  le  même  aspect,  et  doubles  tous  les  deux.  En  décembre  et 
janvier,  le  Chrysorrhoas  diminue  de  largeur,  offrant  l'aspect  dessiné  sur  la  carte. 

Le  Sireuius  ne  reste  pas  identique  à  lui-même  pendant  la  rotation  de  la  pla- 
nète, plus  large  en  obliquité,  plus  fin  en  culinination. 

La  mer  des  Sirènes  est  une  des  régions  martiennes  les  plus  faciles  ;i  bien 
voir,  même  quand  le  disque  n'a  que  7'.  Elle  n'est  pas  uniforme  de  ton;  c'est  plu- 
tôt une  agglomération  de  taches  qui  varient  avec  l'obliquité. 

Les  variations  de  l'Hespérie  dépendent  en  grande  partie  de  celles  des  mers 
Tyrrhénéeune  et  Cimmérienne 

Dans  la  soirée  du  4  janvier,  par  une  atmosphère  de  calme  absolu  et  d'admi- 
rable transparence  où  Mars,  affranchi  de  toute  vibration,  semblait  comme 
enchanté  »  incuntato  ".  le  Léthé  parut  perdre  son  aspect  linéaire  et  se  méta- 
morphoser en  un  système  compliqué  et  indi'chin'rable  lie  minuscule.s  petites 
taches. 

L'Euripe  s'est  montré  pour  la  première  fois  le  13  juin,  un  [leu  avant  sa  cidmi- 
nation,  comme  une  grande  tache  foncée  orientée  du  nord  au  sud  et  plantée  eu 
forme  de  drapeau  sur  la  petite  Syrte.  Le  drapeau  était  nettement  terminé  à 
gauche,  mais  se  perdait  à  droite  en  un  ton  indécis.  Le  10  juillet  ou  le  revit  sépa- 
laut  deux  régions  claires  d'égal  ton  et  nettement  détini  des  deux  côtés.  En  sep- 
tembre il  était  bien  détini  à  droite  et  nébuleux  à  gauche.  En  décembre  il  se  mon- 
tra formé  de  deux  lignes  courtes  parfaitement  symétriques  par  rapport  au 
méridien  de  la  petite  Syrte  et  offrant  la  figure  de  la  lettre  û.  Transformation 
remarquable  et  absolument  certaine. 

L'Hellas.  qui  était  rose  en  1894,  est' devenue  blanche  en  ISO.J,  et  est  restée 


3iC  LA  PLANÈTE  MARS.  1896 

lilaiiclii' en  I8!l(;  ot  1S97.  On  a  cru  apercevoir,  mais  difficilement,  des  traces  de 
1'A1j)1h'c  et  du  Pénëe. 

Nous  avons  tenu  à  détacher  ici  ces  observaliotis  remarqualiles  parce 
qu'elles  mettent  en  évidence  les  changements  réels  qui  s'effectuent  constam- 
ment sur  la  planète,  ainsi  que  les  variations  apparentes  dues  à  l'obliquité  ei 
à  !a  rotation,  lesquelles  consistent  en  nssoniln-issemcnis  de  certaines  régions, 
cl  en  n-l.itirrisseiin'iits  de  certaines  autres,  peut-èlre  un  peu  par  contraste. 

Quant  à  la  nouvelle  interprétation  des  canaux  présentée  par  M.  Cerulli, 
elle  n'est  pas  sans  offrir,  elle  aussi,  plus  d'une  difficulté,  et  c'est  ce  que 
M.  Schiaparelli  a  tenu  à  discuter,  de  son  côté,  dans  un  intéressant  article 
SLu-  ce  sujet  ('). 

L'illustre  astronome  de  ^iilan  montre  d'aliord  qu'en  ce  qui  concerne  la 
mer  Tyrrhénienne,  M.  Cerulli  a  réuni  à  cette  mer  la  région  foncée  qui 
constitue  l'isthme  supérieur  del'IIespérie,  ce  qui  n'est  qu'une  interprétation 
et  non  une  modification  physique.  11  montre  ensuite  qu'en  18'J6-18971e  Léthc 
n'a  pas  ete  vu,  ou  très  faiblement,  et  que  ce  (jue  .M.  Cerulli  appelle  le  Léthé 
est  le  Thoth,  tandis  que  ce  qu'il  appelle  Thoth  est  l'Athyr,  etc.  De  même, 
le  Kison  de  Cerulli  n'est  pas  celui  des  cartes  de  Milan.  Ces  confusions  sont 
assurément  regrettables;  car  l'aréograpliie  commence  à  être  un  peu  com- 
pliquée. 

Arrivant  à  l'observation  que  les  canaux  et  certains  détails  de  la  planète 
sont  moins  évidents  à  leur  passage  au  méridien  central  que  vus  oblique- 
ment, M.  Schiaparelli  déclare  qu'il  l'a  faite  plusieurs  fois  lui-même, 
nolainnient  en  ce  qui  concerne  le  Nœud  Cordien  et  le  lac  du  Soleil.  Mais, 
pour  lui,  ce  fait  ne  contredit  jias  l'existence  des  canaux,  car  il  se  présente 
lorsijue  les  régions  environnant  les  tai-hes  deviennent  plus  claires  en 
api)roclianl  du  bord,  de  sorte  que  la.  plus  grande  visibilité  des  lignes 
foncées  s'accroît  ainsi  /)''/•  contrusU:,  et  non  par  suite  de  la  constitution 
inirinsrijue  de  ces  lignes. 

jja  théorie  de  M.  Cerulli  est,  en  elfcl,  (jue  les  canaux  ne  sont  que  des 
impressions  optiques  de  notre  vue  rtniuissaut  entre  elles  des  taches  sombres 
alignées  séparées  par  des  régions  chairs.  Quand  ils  passent  au  méridien 
central,  les  régions  claires  dominent,  s'idargissent  un  peu  par  irradiation, 
ei  diminuent  le  ton  fonce  apparent  d('S  canaux. 

11  resterait  encore  à  expliquei'  pouri[uoi  les  lâches  en  question  sont  ainsi 
alignées. 

Une  la  \isibiliti'  des  canaux  s(jit  la  mi"'me  pniir  un]grand  eloignement  que 

(')   Vierlrljatirxscln:  d.  Aslronoui.  Gaxctlsi-luifl,  1.  .\.V.Vi\',  p.  39-51. 


sciiiAT  MiKi.i.r    —  i.i-o  ukrnm:u.  327 

[lOLir  un  potit,  pour  un  disque  de  7"  que  pour  un  de  17",  c'est  une  difficulté 
que  M.  CeruUi  élève  contre  l'existence  réelle  des  lignes,  et  cherche  à 
résoudre  en  disant  que  Tœil  réunit  tant  bien  que  mal,  dans  les  deux  cas, 
des  choses  incomplètement  visihles.  M.  Schiaparelli  assure  que,  pour  lui 
aussi,  ce  ne  sont  pas  les  époques  d'opposition  et  de  plus  grande  proximité 
qui  ont  été  les  meilleures,  mais  celles  où  la  planète  est  plus  éloignée  et  plus 
petite  ;  mais  il  attribue  ce  paradoxe  à  ce  que  les  observations  faites  au  cré- 
puscule du  matin  ou  du  soir,  dans  une  demi-lumicre,  et  même  de  jour,  sont 
préférables  aux  observations  du  milieu  de  la  nuit,  non  seulement  à  cause 
de  cette  clarté  diffuse  qui  calme  l'irradiation  de  la  planète,  mais  encore 
parce  que  l'atmosphère  est  plus  tranquille  et  les  images  meilleures.  11  en 
est  de  même  pour  les  étoiles  doubles,  telles  que  C  Hercule,  -  du  Cygne,  S  du 
Cygne,  etc. 

M.  Schiaparelli  déclare  donc  que  ces  deux  grandes  objections  de  M.  CeruUi 
reçoivent  par  là  une  explication  satisfaisante  :  que,  d'autre  part,  l'assimi- 
lation des  aspects  de  Mars  à  des  lignes  lunaires  imaginaires  n'est  pas  sou- 
tenable,  et  que  les  déductions  de  l'auteur  sont  très  hypothétiques.  Le 
«  réseau  tri gonomé trique  »  des  lignes  martiennes  n'est  pas  encore  expliqué. 

Quant  aux  régions  qui  blanchissent  avec  l'obliquité,  s'il  se  forme  là  des 
étendues  de  gelée  blanche  (La  PUmétc  Mars,  t.  I,  p.  100),  l'explication  serait 
toute  trouvée. 

CCXIX.  —  LÉO  Brexner.  OiiSEitVATOiiu:  de  Lussinpicgolo  iIstriei  ISOfi-lSOT. 

M.  Léo  Brenner  nous  a  adressi'  de  l'Observatoire  de  Lussinpiccolo  (Istriei 
les  descriptions  et  les  dessins  qui  suivent,  résumant  l'ensemble  de  ses 
observations  pendant  la  morne  opposition  ('). 

Le  premier,  pris  le  7  octobre  189G,  à  lô''  15"'  (temps  moyeu  de  l'Europe  centrale). 
et  avec  un  grossissemeut  de  i'ti  fois,  représeute  la  planète  au  moment  où  son 
145"  degré  de  longitude  passe  au  centre  du  disque  (phase  assez  prononcée, 
diamètre  =  l'I").  On  y  distingue  nettement,  de  gauche  à  droite,  un  segment  de 
la  Thaumasia,  l'Aonius  Siuus,  les  mers  des  Sirènes  et  Cimmérienne,  plus  bas  le 
circulaire  Trivium  Charoiitis,  plus  bas  encore  le  parallélogramme  de  la  Propon- 
tide  I  fig.  "215  I. 

Dans  le  second,  pris  le  30  novembre  à  10'',  avec  des  grossissements  de  310  et 
de  410,  la  phase  n'est  plus  visible,  la  planète,  mieux  en  opposition  et  plus  rappro- 
chée de  nous,  a  un  diamètre  de  17".  On  la  voit  par  le  Î90«  degré  :  en  haut  les  terres 
Ausonia,  Hellas,  Noachis  et  de  Deucalion:  au-dessous,  les  mers  Tyrrhénienne, 

(')  Société  Astronomique  de  France,  18!)7,  p.  4il. 


3?8 


LA    l'LANETK   MARS. 


dsflr. 


Ailriatiqup  et  F^rythrée  H  le  Sinus  Sabanis,  puis  la  Grande  Syrte  traversée  par  les 

pciiils  dont  il  a  été  question,  entre  les  terres  Libye,  d'Isis  et  Aeria.  {fig.  210i. 

Dans  le  troisième,  pris  le  9  décembre,  ;\  9",   par  un  grossissement   de  HIO,  le 


Fig.  21...  —  .Voiiiiis  Sinus  ft  mer  des  Sirènes. 


Kig.  2\6.  —  Grande  Syrie  cl  mer  Er.\  llirée. 


Fig. '^17     -    ,Mei- ('iinm:-rii-iinr,  rn\  ium  ("lianintis 
et  l>nj|uMili.lc- 


Fig.  ,M.S.  —  l'elile  S.vrte  el  Ciranile  Syrte. 


diamètre  est  de  17",  la  lonjjiinile  est  de  lO.'i»,  sensiblement  colle  du  Trixiuiu 
Charontis  et  de  la  l'roponli.io.  (Jn  y  voit  en  entier  la  mer  Cimmérienne  avec  les 
deii.K  isthmes  Atlantis  et  Ilesperia  qui  la  séparent  des  mers  des  Sirènes  et  Tyr- 
rhénienne  l  jig.  217  I. 

I)ans  le  quatrième,  pris  le  .i  janvier  1897,  ;\  ."i''  i")'",  avec  un  .Grossissement  de  410, 
la  planète  s'éloigne.  Sa  phase  commence  à  s'indiquer  du  coté  opposé.  Son  dia- 


I.IÎO   BlîK.NMilt.    A    I.ISSIM'K.COI.O    (ISTlUEi 


329 


inèlre  n'est  plus  que  de  1  î".  Elle  se  présente  ;\  son  260'-  de  longitude.  On  i-ctruuve 
la  Cirande  Syrte  avec  ses  trois  ponts  et  la  terre  d'Ilellas,  mais  avec  des  régions 
plus  orientales  :  la  l'etite  Syrte,  la  mer  Tliyrrénienne  i)resque  en  entier, 
rilesijcric,  le  commencement  de  la  mer  Cimmérieune  (/iy.  218). 


Fis-  019.  —  I"  août  1896.  ),  ==120'. 


Fig.  '2'20.  —  l-^'  .septembre. 


I9C°. 


Kig.  2îl.  —  8  .-eiitoiiibre  1S96,  lt)''4û" 


Fig.  2-','.  —S  ^.■l.^eIclLll■c  18'Jii.  l'Ji' 


Tontes  ces  régions  sur  les  quatre  de.ssius  sont  traversées  jiar  des  canaux  qu'il 
est  facile  d'identifier  avec  les  cartes  de  MM.  Schiaparelli. 

A  ces  dessin?,  M.  Brenner  a  ajoute  les  deux  suivants  pour  certains  détails 
d'ensemble  : 


Sur  le  premier  {fig.  219  i,  fait  le  I"'  août,  à  IStiiO"'  (heure  de  Greenwiclii,  on 
voit  les  canau.-v  sui%ants  :  1  Stcropes;  2  Glaucus;  o  Phlegethon  ( .' i  4  Ceraunius. 


330  LA  PLANÈTE  MARS.  18% 

5  Iris  (?i;  6  Phasis:  7  Araxe  (?);  S  Euiuenides;  9  Gigas.  An  premier  moment, 
rautt'ur  avait  itientific  !  avec  Titan  et  2  avec  Achéron,  mais  leurs  positions  ne 
correspondaient  pas  avec  celles  do  la  Carie  di^  schiaparelli,  non  plus  que  celle 
de  5  et  7.  11  a  eu  recours  alors  à  la  Carte  du  Lowell  et  a  trouvé  que  1  et  2 
correspondaient  beaucoup  mieux  avec  les  canaux  Steropes  et  Glaucus  do 
Lawell.  Il  De  même  5  et  7  pourraient  être  plutôt  le  canal  Ulysse  de  Lowell. 
Mais  alors  3  devrait  être  un  nouveau  canal,  car  la  Carte  de  Lowell  ne  marque 
pas  une  cunununication  directe  à  cette  place.  Au  reste,  il  est  intéressant  de  voir 
le  Ccraunius  étendu  comme  une  mer!  » 

Sur  un  autre  dessin,  pris  le  2  août,  on  voit  les  canaux  :  Krinnanis,  Steropes, 
Glaucus,  Ceraunius,  Iris,  Fortuna,  Gorgon  (?)  et  un  nouveau  canal,  situe  entre 
Eumenides  et  Pyriplilegethon.  Le  sei)tième  canal  .serait  aussi  [dutôt  un  nouveau 
canal,  situé  entre  Gortjon  et  Sirenius,  que  lo  Gorgon  lui-même. 

Un  autre  dessin  montre  les  canaux  :  Herculis  ColumuEe,  Simoïs,  Lœstrygon, 
Tartarus,  Orcus,  Erebus,  Propontis,  Titan,  Acheron,  Pyriphlegethon,  Gigas,  Eu- 
menides,  Araxe  ;  la  Propontis  est  aussi  sombre  que  le  Trixium  Charontis;  Laes- 
trygon,  Tartare  et  Erèbe  paraissent  doubles. 

Le  second  dessin  ci-dessus  [fuj.  22U),  pris  le  \"  septembre,  à  19''30"',  temps 
moyen  de  Greenwicb,  contient  les  canaux  :  1  Simoïs;  2  Scamander;  3  Titan: 
4  Tarlare;  .'i  Lœstrygon:  6  ('erbère;  7  .îCthiiijis  :    H  Eunostos  (/)  :   0   Hybkeus(?); 

10  Boreas  (1);  11  vEsacus;  12  Gynde  (?):  '3  Alcyonius  (?):  M  Styx;  15  Hadès; 
i6Plutus;  17  Erebus;  18  Urcus:  19  Eumenides;  20  un  nouveau  canal  unissant 
Plutus  avec  Alcyonius.  4,  5,  12  et  13  paraissent  êtr.;  doubles.  «  Or,  les  positions 
de  9,  10,  12  et  13  ne  correspondi'ut  jias  parl'aitement  avec  celles  de  la  Carte  Schia- 
parelli  (et  non  plus  avec  celles  de  Lowell),  de  façon  qu'il  n'est  pas  impossible 
que  ces  canaux  soient  de  nouvelles  formations.  Mais  la  question  ne  se  laisse  pas 
encore  tranclier,  parce  que  ces  canaux  sont  très  voisins  du  liudje.  Néanmoins  ce 
réseau  de  canaux  était  plus  distinct  que  les  environs  du  pôle  austral,  où  il  ne 
m'était  jias  possible  de  voir  avec  certitude  si  la  partie  brillante  était  encore  la 
calotte,  ou  plutôt  une  p;irtie  blanche  de  la  planète.  Car  déjà,  le  2,t  août,  la  calotte 
était  invisible,  .le  jjense  donc  ((ue  les  t;ielies  marquées  sur  les  deux  derniers  des- 
sins no  sont  qu'une  blancheur  plus  intense  du  limbe.  Le  Trivium  (21)  et  Pro- 
pontis (22)  .sont  très  intenses,  eux  aussi,  dans  le  dernier  dessin.  » 

Note  additionnelle  de  M.  Brenuer  : 

(1  Le  M  septembre,  je  lis  trois  dessins  de  Mars,  dont  l'examen  me  montra  les 
canaux  suivants  :  1  Agatlioda'mon;  2  Phasis;  3  Nilokeras:  4  Gauge  (très  large, 
sans  doute  dnublei;  j  Nil  (de  niênio)  ;  0  Ccraunius  (ressemblant  à  une  mer); 
7  Chrysorrhoas  ;  S  iMirtuna:  9  li'is;  10  Glaucus  (  canal  de  Lowel):  11  llranius; 
12  Gigas;   13  Araxe:   li  Pyriphlegeten  ;  ITi  un  nouveau,  canal,  unissant  le  lac 

11  liiblis  l<'oiis  »  avec  l'embouchure  d'un  autre;  nouveau  canal  (Uil  dans  la  mer  des 
Sirènes;  lOJco    nouveau  canal,   unissant   l'enilicjuchure   de    !.">  avec  le  lac  de  la 


^^^?5S.  5SoSS^^£^g. 


•^     »=.     o     o     ri     -3 

O       *V~i        -q-       r-->       t^*        — 


332  lA  PLA.NËTI'    M  A  US.  189G-I897 

Lune  (vil:  17  Elison  iim  des  canaux  de  M.  LowcUi;  18  un  nouveau  canal, 
formant  la  continuation  de  l'Elison  ;  19  Titan:  21  Acheron  ou  Phlegethon.  On 
voit  aussi  les  lues  ilu  Soleil  (-'•^i,  Titlmnius  et  l'ilo  Ar^'yre  I  lOll).  Les  calottes 
polaires  étaient  très  brillantes,  bien  ((ue  je  ne  sache  si  c'était  vraiment  la 
neige  ou  si  la  blancheur  du  limbe  m'a  trompi'':  car  je  doute  qu'on  ait  pu  voir 
encore  la  neige  australe,  et  la  neige  boréale  doit  avoir  été  cachée  dans  la 
partie  sombre  du  globe.  A  cause  de  cela,  les  lignes  ponctU(''cs  sur  les  dessins 
ne  marquent  que  les  parties  les  plus  brillantes  du  limbe  (M. 

Dans  ces  canaux  si  multipliés,  n'y  aurait-il  pas  quelque  illusion  d'optique? 

L'astronome  de  Lussinpiccolo  a  réuni,  en  un  planisphère,  toutes  ses 
observations  de  l'opposition  1896-1897.  Nous  avons  liésité  à  publier  ici  ce 
planisphère,  parce  iju'il  nous  paraît  avoir  laisse  trop  de  part  à  la  subjecti- 
vité persoruielle,  et  uiontrer,  notamment,  des  canaux  si  nombreux  qu'ils 
donnent  l'impression  de  n'avoir  pas  le  caractère  d'objectivité  réelle.  Il  nous 
semble  que  .M.  Léo  Brenuer  a  enregistré  là  toutes  les  lignes  apparues  à  ses 
yeux  en  des  dates  différentes,  et  dont  un  grand  noud^re  peuvent  avoir  reçu 
double  emploi  à  cause  de  la  difficulté  de  l'orientation  exacte  et  précise. 
Le  Trivium  Cbarontis,  par  exemple,  se  rencontre  au-dessous  de  la  mer 
fiimmérienne,  comme  un  centre  d'irradiation  de  17  canaux  ;  de  la  pointe  de 
la  mer  des  Sirènes  irradie  un  éventail  de  9  autres;  un  autre  éventail  de 
7  canaux  part  de  l'origine  duPhison  et  de  l'Euplirale  au  Sinus  Sabœus,  etc.  : 
c'est  beaucoup  !  Les  illusions  sont  faciles,  et  M.  Lowell  en  a  donné  un 
autre  exemple  dans  ses  observations  de  Vénus  et  des  satellites  de  Jupiter. 
Nous  n'insérons  pas  moins  ce  planisphère  dans  notre  étude  générale 
comparée,  afin  de  ne  rien  omeltri'.  et  même  au  point  de  vue  spécial  de  la 
discussion. 

Oaelle  dilTérence  frappante  entre  ce  planisphère  et  celui  de  M.  GeruUi  ! 

Décidément,  tous  ces  aspects  sont  à  la  limite  de  la  visibilité,  —  et  plu- 
sieurs même  im  peu  au  delà! 

En  complément  des  observatimis  di'  M.  Breuner.  M.  Faiith  écrit  de  son 
observatoire  de  Landstuhl  que,  le  2  novembre  1890,  il  a  reconnu  l'extrémité 
droite  du  Phlegra,  l'.Aeolis  et  l'Eridan,  le  i  novembre  l'Aeolis  et  probable- 
ment rAethioi)s.  Oculaire  muni  d'un  verre  rouge  pour  tempérer  l'éclat.  On 
a  jiu  identifier  7(1  détails  de  la  Carte  de  Mars,  y  compris  34  canaux.  L'au- 
teur croit  avoir  dédoublé  le  Phison.  La  région  de  Deucalion  a  paru  ratta- 
chée à  gauche  avec  celles  de  Xisuthriis  et  de  ,hii)et  ('-). 

(')  Mars-lieobachtungen  18'JG-1S'J7,  uufdcr  Manoru  Stcrnwarle.  in  Lussin  Piccolo. 
Berlin,  lb98. 
[■)  Aslr.  N:whr.,  n"  ;iil8,  29  avril  18<J7. 


COMAS   SOI.A.   A   BAIiCELONE.  333 

CCXX.  —  .litsÉ  Comas  Sola.  —  Ouseiivations  faitks  a  Baucf.lone. 

M.  Coma  Sola  nous  a  adresse  de  liarcelone  les  ol)sei-vations  suivantes  : 

Bien  que  iieiulant  cette  opposition  le  temps  ail  été  peu  favorable,  j'ai  pu  pro- 
liter  d'un  certain  nombre  de  nuits  pour  obtenir  des  résultats  qui  otïrentje  crois, 
quelque  intérêt  scientifique.  J'ai  employé  mon  excellente  lunette  Bardou  de  lUS""", 
armée  d'un  grossissement  de  i'.O  fois.  Comme  toujours,  je  ne  représente  dans 
mes  dessins  que  ce  que  j'ai  vu  en  toute  sûreté,  en  faisant  toujours  des  etïorts 
pour  n'avoir  à  tenir  aucun  compte,  dans  mes  observations,  de  ce  que  je  savais  de 


Fig.    224.   —    Mars,    le    I"   j.iiiviei-    IS'.I7.     I.a    moi-    thi    Sablioi-. 
Le  Ruban  ondulé  de  Màdl*;'.  Golfes  Saliaîus  cl  du  McikUeii. 

la  planète,  afin  d'éviter  tout  préjugé,  chose  que  je  regarde  comme  essentielle 
pour  l'avancement  de  nos  connaissances  sur  Mars.  Une  partie  de  ces  observations 
a  été  faite  en  compagnie  de  mon  ami  M.  !..  Hudaux,  qui  a  pu  les  confirmer. 

Iians  le  récit  suivant,  je  rendrai  compte  brièvement  de  mes  principales  obser- 
vations : 

Commençant  par  la  Grande  Syrte,  je  dirai  seulement  que  cette  mer  a  présenté 
son  aspect  liabitiiel,  c'est-à-dire  assez  foncé,  surtout  vers  les  baies  des  canaux 
I  circonstance  qu'on  observe  dans  toutes  les  mersi,  notanunent  dans  celle  du  Nilo- 
syrtis,  qui  paraissait  noire  quelquefois.  Ce  canal  a  été  faible  (  uoyc:  le  dessin  du 
["■  janvier)  dans  son  extrémité  inférieure;  j'ai  constaté,  le  1''' janvier,  un  point 
noir  qui  pourrait  bien  s'identifier  avec  le  Palus  Colœ  de  M.  Schiaparelli  1 1879  i 
ou  avec  la  tache  noire  observée  en  18S1-1SS;;  par  le  D'hotte  Bœddicker.  La  Boreo- 
syrtis  est  apparue  confuse  par  sa  proximité   du  bord  de  la    planète.  Le  lac 


334 


LA   PLANÈTK   MAKS. 


1890-1 8'.)7 


Mœris,  quoique  très  difficilo,  a  été  parfois  bien  visible,  i  Voyez  le  dessin  du  10  dé- 
cembre,   I''  lin   matin. i]  1,'Ausonia  très  vague,  réduite  presque  à  une  terre  gri- 


Fig.  ':-,'5.  —  Mars,  le  10  dOL-eiiihrc  1S96,  a  V'  du  )iki1iii  : 
Partie  iicciiU-atale  de   la  mer  du  SaliUei'.   Uégiuii   d■I^is, 

sàti'c,  tantôt  paraissant  une  jiointe  de  la  Libye,  tantôt  une  ile  entre  celle-ci  et 
llell.is,  tantcM  uii    isthme  reliant  ces  deux  terres.  Dn  voyait  aussi,  il'ordinaire. 


Fi^'.  Î2li,  —  Mars,  le  lU  déeeinbre  IS'Jfi,  a  '.ii'.iO™  sou-    ïn\i«ui  Cliaronlis. 

une  autre  ile  on  isthme  entre  IL'llas  et  Uanimunis  Ccirnu  (Japygia '.'i.  La  région 
cl'Isis  a  été  généralement  très  blanche,  surtout  près  du  bord  de  la  planète, ^posi- 


COMAS    SOLA.    A    liAliCKI.DNR.  335 

lion  dans  laquelle  cette  terre  faisait  l'effet  d'iiu  point  aussi  brillant  que  les  taches 
polaires.  Mais  ce  qui  a  été  le  plus  notable,  c'est  l'éclat  de  la  Libye,  région  généra- 
lement très  grise,  comme  on  sait;  elle  a  toujours  été  blanche,  presque  autant 
que  la  région  d'isis.  (  Voyez  le  dessin  du  10  décembre,  I"  du  matin,  qui  repré- 
sente une  forme  très  curieuse  de  cette  partie  de  la  planète.)  Le  récent  change- 
ment de  ton  de  la  Libye  est,  à  mon  avis,  une  preuve  de  plus  que  les  régions 
foncées  de  Mars  ne  sont  pas  des  mers,  au  moins  en  général,  parce  qu'il  parait 
difficile  d'admettre  que  des  régions  aussi  étendues  que  la  Libye  puissent  être 
assujetties  à  de  telles  inondations  et  immersions.  Ce  phénomène  ne  pourrait-il 
être  dû  à  un  effet  do  végétation  ? 

Les  bords  de  l'Aeria  et  de  l'Edom,  très  clairs,  comme  presque  tous  les  bords 
continentaux;  l'Arabie  quelquefois  très  rosée.  L'Euphrate,  le  Protonilus  et  le 
Typhonius  sont  des  lignes  estompées;  le  lac  Ismenius,  elliptique  par  perspective 
et  assez  foncé.  Deucalonis  Regio  jaunâtre  et  plus  claire  vers  son  extrémité  occi- 
dentale; le  l'î'' janvier,  cette  région  était  traversée  par  un  canal  qui  paraissait  la 
continuation  de  l'Euphrate.  Relias,  très  blanche,  surtout  vers  sa  partie  boréale  : 
Noachis,  Argyre  et  Ogygis  blanches,  et  difficiles  à  bien  observer;  la  mer  Ery- 
thrée forme  une  bordure  foncée  au  nord  d'Argyre,  semblable  à  la  bordure  qui 
limite  les  taches  polaires.  La  région  de  Pyrrha  a  été  également  bien  visible, 
blanche  et  aussi  accusée  que  la  région  de  Deucalion. 

Sinus  Sabœus  a  présenté  l'aspect  ordinaire;  la  baie  du  Méridien,  foncée,  se 
voyait  très  difficilement  fourchue.  Hiddekel,  (lehon  et  Deuteronilus  sont  des 
estompages  ;  l'Indus  très  visible,  assez  net  et  large,  communiquant  avec  le  Lac 
Niliacus,  qui  est  extrêmement  foncé,  même  très  près  du  bord  de  la  planète. 
Hydaspes  et  Jamuna,  vagues,  mais  faciles  à  voir.  Nilokeras  diflus.  et  le  Gange 
très  facile,  de  même  que  le  lac  de  la  Lune,  visible  comme  une  tache  ronde.  La 
Thaumasia  se  confond  presque  avec  la  mer,  surtout  dans  sa  partie  australe.  Le  lac 
du  Soleil  est  resté  presque  toujours  invisible  ou  difficile  ;  rarement  il  a  été  assez 
foncé  pour  être  facilement  observé.  Agathod»mon  et  les  lacs  Tithonius  et  Phœnicis. 
comme  d'habitude.  Les  terres  de  Mare  Chronium  forment  des  bandes  claires  dans  l.i 
partie  australe  du  disque  de  la  planète.  Dans  la  région  continentale  on  soupçonne 
souvent  grand  nombre  de  détails,  mais  ce  sont  des  images  tellement  pâles  et 
fugitives  qu'il  est  impossible  de  les  préciser.  CHgas,  Titan.  Tartare  et  L;estrygon 
apparaissent  comme  des  bandes  larges  et  pas  toujours  visibles;  ils  pourraient 
bien  être  doubles.  Le  Trivium  Charontis  a  été  d'une  visibilité  remarquable  {voyez 
le  dessin  du  10  décembre,  Oi-SO"»  soir);  dans  son  centre  on  voyait  un  noyau  noir. 
L'Orcus  était  très  estompé;  mais  le  Cerbère,  le  Styx,  l'Hyblseus  et  l'Eunostos, 
assez  nets  et  foncés,  fermaient  bien  le  polygone  qui  limite  l'Elysium,  région  qui 
a  paru  toujours  très  claire.  Eu  bas,  on  voit  Propontis,  et  à  droite  l'Hephœstus. 
peu  foncés  l'un  et  l'autre.  Les  mers  des  Sirènes  et  Cimmérienne  ne  présentent 
aucune  particularité  notable.  L'Hespérie  est  assez  blanche  et  étroite  (  roye:  le 
premier  dessin). 


336  I.A   PLANÈTE   MAIîS.  1896-1897 

Les  neiges  pokaires  australes  ont  été  très  évidentes  dès  ma  première  observa- 
tion (ô  juilletl,  quoique  petites:  leur  diamètre  avait  environ  20°.  Elles  ont  été 
visibles, endiniiuuant  toujours, jusqu'au  13  septembre;  le  1(>  dece  mois  je  n'ai  pas 
pu  les  apercevoir.  La  bordure  foncée  n'étaitpas  aussiaceusée  que  d'autres  années. 

Quant  aux  neiges  polaires  boréales,  jamais  je  n'ai  pu  les  voir  d'une  manière 
certaine;  souvent  j'ai  constaté  des  régions  claires  vers  le  pôle  boréal,  mais  elles 
n'avaient  pas  l'aspect  frappant  et  caractéristique  des  taches  polaires.  Ce  fait 
rare  et  important  indi(pierait  que  le  refroidissement  et  la  condensation  polaires 
n'aui-aient  pas  été  suflisauts  cette  année  pour  jiroduire  des  neiges  ou  nuages 
abontlants.  ceux-ci  entrant  pour  une  lionne  partie,  à  mon  avis,  dans  les  effets 
qui.'  nous  observons  sur  les  taches  polaires  de  Mars. 


CCXXl.  —  H.  P.vrxoT  JuHKUT.  —  Ouseuv.vimuns  F.\n-HS  .\  S.vn  Fki.ii; 
D1-;  (iuixoLS.  r.i.HiiN.v  I  KsPAf.xi:  I. 

Nous  avons  reçu,  d'autn'  ]jai-t,  irp-spagné,  les  iil)prrv:ili(iiis  suivantes  de 
M.  ['aL\nl  .luliert. 

-janvier  l^'JT,  à  10'':  longitude  Kl"  i/î;/.  ?-?7i.         l-'qu.itori;il  Secrétan-Mailbal. 
de  0"'  -JO  : 


.ifX;' 


:     ■  Kig,  17'.  —  Ahirs,  le  .'  jiUiviiM-.  ;i  10''  : 

La  mer  KrvIhrt'C,  Irs  yolIVs  Sabti'U-i.  <\u  MniiliiMi,  Jcs  Perles  cl  île  r.\ui'Oi'C. 

Image  excellente;  couleur  rougc-briqiie  d'autant  plus  claire  (pie  l'image  est 
plus  calme.  Les  mers  sont  plutôt  bleues  que  verdâtres. 

La  calotte  polaire  est  d'un  blanc  éclatant. 

La  baie  du  Méridien  est  très  somlire:  !<■  promontoire  Mdom  semble  ]dus 
lii'illaot  que  le  reste. 


l'ATXOT   JUBEltT.    A    GIÏROXA.  337 

Le  lac  Niliacus  et  la  nier  A'-idalienne  sont  très  foncés  et  séparés  par  le  pont 
d'Achille  que  l'on  distingue  parfaitement. 

La  mer  Erythrée  présente  des  variations  de  ton  fort  difficiles  à  saisir  :  très 
sombre  près  des  continents  et  de  Noachis,  elle  l'est  moins  près  d'Arfiyre,  vers 
l'occident.  Les  régions  de  Dcucalion  et  de  l'yrrha  sont  à  peine  moins  sombres 
qne  la  mer  et  séparées  du  continent  par  une  banile  ]ilus  foncée.  La  région  de 
l'yrrlia  est  la  plus  visible,  quoique  les  deux  soient  fort  difficiles. 

Canaux  :  l'hison.  large  et  sombre;  l-^uphrate,  mince  et  plus  difficile:  Iliddekel 


/- 


\ 
\ 


\ 


Fig.  238.  —  Mai-s,  le  19  janvier,  à  10'' 30"  : 
Le  Trivium  Cliaronlis  et  la  mer  Cimniérienne. 

et  GehoD,  larges  et  sombres,  surtout  ce  dernier;  Oronte  ne  se  voit  pas:  Indus, 
très  foncé  et  large;  .lanuina,  large  et  estompé  vers  l'occident. 

Remarque  :  le  long  de  Noachis  s'étend  une  bande  sombre  en  forme  de  canal, 
traversant  la  mer  Erythrée.  Il  ne  s'agit  pas  d'un  effet  de  contraste  dû  à 
Noachis,  car  cette  bande  s'étend  au  delà  dans  les  deux  sens;  serait-ce  l'OccaHu.s 
de  Lowell'? 

19  janvier,  à  lO^-SO'":  longitude  -IVl"  tfxj.  2-2Si  :  Bonne  image  et  de  teinte  excel- 
lente par  instants. 

La  mer  des  Sirènes  et  le  golfe  des  Titans  sont  fort  sombres....  I.'.Vtlantis  se 
voit  par  moments.  La  mer  Cimmérienne  est  très  foncée,  surtout  dans  son  littoral 
nord,  car  vers  le  Sud  elle  devient  estompée  et  semble  s'étendre  sur  Electris 
et  Eridania,  que  l'on  ue  distingue  que  vaguement.  Le  Trivium  Charoutis  est  très 
étendu  et  donne  l'idée  d'une  mer:  il  est  tout  aussi  sombre.  Sou  aspect  est  fort 
remarquable  et  semble  formé  d'un  noyaxi.  très  foncé  produit  par  la  rencontre 
des  canaux,  enveloppé  dans  une  sorte  de  pénombre  un  peu  plus  claire  et  qui 
F.,  IL  2-- 


338  LA  l'LANf:TE  MARS.  1896-1897 

donne  à  l'ensemble  l'aspect  de  la  patte  d'un  palmipède  avec  ses  membranes 
réunissant  les  doigts. 

Canaux  :  Tartare  très  large,  parait  double  par  moments  ;  L.TStrygon,  très  mince, 
mais  foncé;  Cerbère,  double:  Styx,  excessivement  large  et  envi'loppé  dans  la 
pihiornbre ;  Hyblanis,  fort  difficile.  I^e  Xanthus  est  très  large  et  presque  noir; 
il  semble  traverser  l'IIe.sjxTie  et  se  jeter  dans  la  mer  Cimmérienne  qui,  par 
instants,  laisse  voir  une  région  assez  claire  correspondant  à  Cimmeria. 

La  calotte  polaire  est  brillante,  quoique  perdue  dans  l'éclat  du  limbe. 

Précédemment,  lo  même  astronome  nous  avait  écrit,  à  la  date  du  20  no- 
vembre 1896  : 

.Te  viens  de  lire  dans  les  Astr.  Nach.,  n"3386,  votre  dépêche  du  11  annonçant  la 
grande  étendue  et  le  dédoublement,  observé  à  Juvisy,  du  Trivinrn  Cliaroutis. 

Le  2  courant,  je  fus  également  frappé  par  son  étendue  et  sa  visibilité;  je  ren- 
trais de  voyage  et  n'étais  nullement  préparé  à  l'aspect  que  Mars  devait  m'ofîrir. 

Voici  un  résumé  de  mon  registre  : 

«  Novembre  2,  à  10'" 30"';  long.,  200",  oculaires,  100  et  200. 

»  Image  relativement  tranquille. 

»  La  mer  des  Sirènes  est  très  sombre,  et  son  littoral  nord  tranche  nettement 
sur  la  Meninonia.  Le  golfe  des  Titans  est  sunbre  et  bien  marqué. 

»  L'Atlantis  ne  so  voit  pas  et,  k  sa  place,  les  mers  paraissent  moins  foncées, 
sans  toutefois  être  claires. 

»  La  mer  Cinnnérienne  vers  l'occident  est  aussi  f(jrt  S(.imbre,  quoique  moins 
(|uc  la  nier  des  Sirènes;  son  littoral  nord-est  net  et  bien  défini. 

"  La  mer  Chronienne  se  voit  difficilement,  et  les  deux  Thulé  sont  brillantes. 

»  Près  du  centre  de  l'image,  on  remarque  le  Trivium  Charontis,  très  étendu, 
fort  sond)re  et  ayant  un  axprct  (étoile.  Du  centre  partent  quatre  larges  rayons 
qu'on  ne  peut  tracer  guère  plus  loin  du  point  de  départ,  et  qu'on  pourrait 
identifier  comme  position  avec  les  canaux  Styx,  Cerberus,  Tartare  et  Orciis. 
Le  Trivinm  (Uinrontis  est  aussi  évident  et  aussi  foncé  que  les  mers,  et  l'ocu- 
laire 100  le  montre  parfaitement. 

»  .J'ajouterai  aussi  que  je  fus  ('■touni'  île  \<.)ir  le  littoral  nord  des  mers  tran<'lier 
si  nettement  sur  l'iniagc,  lorsque  le  littoral  sud  était  vague,  estompé  et  semblait 
envahir  le  Phactontiset  l'IOridania.  (  M-,  environ  un  mois  auparavant,  le  li  octobre, 
j'avais  remarqué  juste  le  contrairo  :  la  mer  Cinunérienne,  très  sombre  au  sud, 
tranchait  nettenicnl  sur  l'Eridania,  tandis  qu'au  nord  elle  devenait  vague  et  à 
liçiiic  estompée. 

ij  .le  vous  adresse  inclus  un  croquis  do  l'observation  en  question  (').  « 

(')  Ce  croquis  montre  le  Trioiiim  Cltaronlis  i\  |ieu  [jro.s  tel  qu'on  l'a  vu  plus  haut, 
sur  mon  des.sm  du  5  novembre. 


PATXOT  JUBERT.  -   PEYRA.  339 

A  propos  do  cette  même  région  martienne  ilu  Tririiim  (Iwronlis. 
)\.  A. -A.  Wonaszer  nous  adressait  aussi  les  observations  suivantes  de 
l'Observatoire  de  Kis-Kartal  : 

Le  dessin  ci-dessous  a  été  fait  le  14  novembre  dernier,  de  0''  à  10''  du  soir 
(temps  moyen  de  Kis-K;irtali  avec  un  rc'fracteur  de  7  pouces^  et  un  grossis- 
sement de  -200  à  300  fois. 

L'air  était  d'une  grande  pureté,  ce  qui  est  rare.  On  distinguait  nettement  hî 


Fig.  ■':l'^.  —  Mars,  le  14  iiciVLMalii.',  .l.-  V'  a  lu*-  ;   Le  golfe  fies  Til.in- 
et  le  Triviiiin  Charontis  ('). 

golfe  des  Titans  lAi   sur  la  mer  des  Sirènes,  ;\  l'cmbuucluire  du  Tartarc,  qui  un 
instant  s'est  montré  ]iarfaitoment  double,  l'embouchure  du  L.'estrj^gun  iB:   sur  la 
mer  Cimmérienne,  et  enfin  le  Trivium  Charontis  i  Cl. 
Le  pôle  nord  était  d'une  blancheur  très  vive. 

CGXXn.    —    ThYRA.    SoclET.A.    DEl'.LI   SPETTROSCOPISTI. 

Les  Mémoires  de  cette  Société  ont  pu])lie  (A'uL  XXM,  Rome,  18',I7)  des 
observations  signées  n.  Peyra,  faites  à  l'aide  d'un  é(|uatorial  de  0"',2i  de 
Merz  (sans  indication  de  lieu),  et  accompagnées  de  Iti  dessins.  Oculaires 
positifs  du  micromètre  à  fils,  grossissant  300  et  400  fois,  et  munis  d'un 
verre  jaune  (juand  l'astre  était  trop  brillant.  En  voici  le  résumé  : 

L'observateur  constate  que  la  plupart,  «  la  inaggior  parlf  »  des  configurations 
des  Cartes  de  Schiaparelli,  ont  été  vues  sans  difficulté,  ainsi  que  les  canaux 

(')  Comparer  ce  dessin  avec  celui  que  j'ai  pris  le  5  novembre  (p.  277}. 


340  l-A   l'LAM'TK   MAUS.  1896-1897 

piiucipaux.  Pas  de  gf^iuinations  certaines,  si  ce  n'est  celle  du  Trivium  Charontis, 
l'iirmée  de  deux  noyaux  noirs  bien  marqués. 

l^a  rive  gauche  de  la  mer  du  Saljlier  >i'i'lendait  jusqu/nu  Inc  Mœris.  qui  n'en 
était  qu'une  sorte  de  renflement. 

L'Helias,  très  blanche.  Des  deux  canaux  en  croix,  ou  n'a  aperçu  que  l'Alphée, 
et  une  seule  fois,  le  2  janvier.  ■  '      ■  '  ■ 

L'Hellespont.  et  son  raccordement  avec  la  partie  sud-est  du  golfe  Sabœus,  a 
toujours  été  vu  comme  un  objet  parfaitement  défini.  Le  Serpentin  a  été  vu 
comme  prolongement  de  la  terre  de  Deucalion,  qui  parfois  s'est  montrée  blanche 
comme  la  Xoacliide,  Argyre  et  la  terre  d'Ogygie. 

Sans  difficulté  ont  été  reconnus  le  Gehon,  riliddekel,  l'Oxus.  l'Indus.  la 
Jamuua,  le  Gange,  le  Nilokeras,  le  .lourdain  et  le  Callirhoe. 

Le  lac  du  Soleil  est  resté  très  pâle,  et  on  le  distinguait  mieux  dans  le  voisi- 
nage du  bord  ([uau  méridien  central. 

Le  lac  de  la  Lune  et  le  Chrysorrhoas  ont  toujours  été  facilement  vus. 

Quant  àTElysium,  la  gradation  de  ton  qui  des  bords  lumineux  s'assombrissait 
vers  le  centre,  donnait  l'illusion  d'un  pays  en  relief  sur  le  niveau  général  de  la 
phmète  (  ').  Styxet  Cerbère  larges;    Hy bleus  et  Eunostus  moins  foncés. 

Bien  marqué,  le  C'yclope  traçait  exactement  un  méridien  de  la  planète  partant 
lie  l'intersection  d'Eunostus  et  du  Cerbère. 

Trivium  Charontis,  formé  de  doux  noyaux  dans  la  direction  de  l'Orcus. 

Pas  d'ile  Cimmérienne.  Hespérieet  Ausonie  très  évidentes,  au  contraire. 

La  neige  [lolaire  boréale  a  été  observée  sous  l'aspect  d'un  subtil  segment 
lumineux  au  bord  du  disque,  ^'ers  la  lin  de  février  et  en  mars,  le  pôle  bon'al 
s'iiiclinant  davantage  vers  nous,  elle  se  montra  mieux  définie,  sous  la  forme 
d'une  calotte  entourée  d'une  bordure  foncée. 

Comme  on  le  voit,  ces  observations  s'accordent  avec  les  précédentes. 
Plusieurs  configurations,  le  lac  du  Soleil,  le  golfe  Aonius,  le  Pliasis,  PAraxe, 
le  Nœud  Gordieu  étaient  plus  marqués  eu  vision  oblique  qu'au  méridien 
central.  L'Elysium  paraissait  en  relief  ('  .  Le  rivage  gauche  de  la  mer  du 
Sablier  s'éliMulait  jusqu'au  lac  Mœris  adjacent.  Plusieurs  variations  bien 
constatées.  Uédoublemeiil  du  Trivium,  etc. 

Nous  croyons  utile  de  compléter  cette  description  par  quelques-uns 
des  dessins  de  l'auteur,  placés  dans  l'ordre  des  longitudes  aréographiques. 
Uemar(juer  sur  le  troisième  du  premier  rang  la  forme  de  la  mer  du  Sablier, 
dont  nous  venons  de  jiarler;  sur  les  deux  |)remiers  du  second  rang,  l'aspect 
de  ri';iysium;  sur  les  deux  premiers  du  troisième  rang,  le  lac  du  Soleil 
\uisin  du  limbe:   sur  le  dernier,   la  neige  boréale. 

(')  Voir  plus  haut  (p.  595)  l'uLiscrvation  analogue  de  M.  Perrotin. 


l'i:VH\.     -    SDCIK  lA    DEGLI    SPETTIiOSC.OlMST! 


341 


Fi;;    Jiïn. 


1"'  janvier. 


2  janvie  ■. 


12  janvier. 


13  janvier. 


17  janvier. 


■28  févrer. 


i!o  janvier. 


17  mars. 


CrOOI'IS  de  M.4R3    EN   18117,    PAR    D.   Peyba. 


3/(2  LA  PLANETE  MARS.  1896-1S97 

CC.WIIL  —  QuENissET.  —  Observations  faites  a  l'Observatoire 
DE  LA  Société  astronomique  de  France. 

Ces  observations  oui  été  fiiiles  ù  l'aide  de  la  lunette  de  Kii™"",  objectif 
exrelleiil  d(.'  M.  Mailliat.  (jrossissements  employés:  2"20  fX  300.  En  voici  le 
i-csumé. 

10  novembre  IS'JC),  à  Ifiiô"";  X  =  140°.  La  mer  des  Sirènes,  au  méridien  central, 
est  très  foncée.  A  son  extrémité  occidentale,  on  remarque  l'embouchure  de 
l'Araxe;  à  l'Est,  les  canaux  Giflas  et  Titan,  mais  surtout  le  premier.  Tout  contre 
la  mer  ries  Sirènes,  au  Nord,  on  observe  nne  région  très  blanche. 

\'crs  le  centre  du  disque,  on  voit  une  longue  traînée  grisâtre  perpendiculaire- 
ment au  méridien  central,  l'Euménides  et  l'Orcus  jirobablement,  assez  la^rges. 

La  calotte  polaire  boréale  est  très  brillante,  quoique  assez  petite,  ainsi  que 
tout  le  limbe  oriental. 

10  novembre,  à  I»''-,'0"|;  À  =  I."i4"  :  On  aperçoit  très  nettement  sur  le  limbe 
oriental  une  tache  assez  foncée  :  Trivium  Oharontis,  et  un  nouveau  canal,  le  Tar- 
tare,  qui  se  rend  de  Mare  Sirenum  à  Trivium  Cliarontis.  Un  peu  plus  bas  et  non 
loin  lie  la  calotte  polaire  on  voit  une  tache  plus  faible  :  Propontis  sans  doute. 

Au  sud,  on  commence  à  voir  l'extrémit':  de  Mare  Cimmerium,  mais  on  ne 
l'emarque  pas  encore  sûrement  Atlantis. 

Les  continents  sont  d'un  beau  jaune  orangé,  excepté  au  sud  de  Mare  Sirenum, 
où,  comme  je  l'ai  dit  dans  la  précédente  observatKui.  ou  observe  une  région 
blanche. 

!■,'  novembre,  à  li''40'";  /.  =  ni":  Marc  Sirenum  est  au  méridien  central. 
Celte  mer  est  assez  sombre.  On  'remarrpie  toujours  au  Nord  une  tache  assez 
blanche. 

Les  canaux  Araxe,  Sireuius  et  surUjul  le  Titan,  à  l'Lst,  sont  bien  visibles. 

'Vers  le  centre,  l'Orcns  et  l'Euménides  i  ces  deux  canaux  sont  le  iirolongement 
l'un  de  l'autre;  très  larges  et  grisâtres. 

La  tache  polaire  boréale  ne  se  remarque  pas  aussi  bien  c)ue  le  10  novembre, 
mais  à  l'Ouest,  on  voit  très  bien  une  tache  grise,  vague,  qui  doit  être  le  Lacus 
Hyperboreus. 

Le  limbe  oi'iental  est  toujours  très  brillant:  le  terminatenr  est  sombre. 

I"J  novembre,  à  I7''35"',  X  =  -,'13"  :  Mare  Cimmerium  passe  au  méridien  central, 
assez  foncée,  à  peu  près  comme  Mare  Sirenum.  A  l'Est,  on  commence  à  voir 
rilespérie,  assez  pâle,  et  au-dessus,  le  commencement  de  Mare  Tyrrhenum. 

Vers  le  centre,  parfaitement  bien  visible,  Trivium  Charontis,  et  un  peu  pins 
au  Nord,  l'i'opontis.  On  voit  sûrement  le  Cerbère. 

Les  deux  lacs  Trivium  Charontis  et  l'ropontis  semblent  reliés,  quand  la  vision 


SOCIÉTÉ  ASTi{(t\()Mion,  m;  i  uance. 


3-i:? 


est  absolument  nette,  par  une  faible  traiitée:   lladès?  mais  l'observation   n'en 
étant  pas  certaine,  je  ne  l'ai  pas  indiquée  sur  mon  dessin. 


lu  iiovembreJlS96,  à  lli--::.!"'.' 


10  ni.vciubi-e  18%,  a  121" 20". 


\:  ii.jMiiil.ie  ISM,  a  I2i'40'».  12  ijuveciilire  ISSfi,  à  [V'Xi" 

Kig.  2:il.  —  OtiservatioDs  de  M.  Ouéuissci  a  ]a  Sockié  as(ronoiMic|iie  île  Kiaiice. 

Au  pôle  nord  ou  voit  une  légère  tache  grisâtre,  Lacus  Ilyperboreus  probable- 
nii-'Ht.  La  calotte  polaire  n'est  pas  bien  distincte. 


CCWIV.    —   OliSEUV.^TEURS   DE    LA    LililTISH    .iSTRONOMICAl,  ASSOCIATION 

flS9(i-18;)7)  Cl. 

Les  observateurs  inscrits  dans  cette  Commission  ctaient,par  ordi'e  alpiia- 
]jrti(iue,  MM.  E.-M.  Antoniadi,  G.-T.  Davis.  W. -F.  Gale,  H.-F.  Griftiths,  W.-J. 
Hall.  P.-H.  Kempthorne,  W.-H.  Maw,  J.-\V.  Meares.  A.  Mee,  P.-B.  Moles- 

ç  )  Hoporl  of  (/!'•  Section.  Published  feliniary  l.S'JS. 


3U 


LA  PLANETE  MARS. 


1S913-IS97 


worth,  l'abbé Moreux,  J.-M.  OlTord,  T. -E.-R.  Phillips,  J.  Rheden,  C.  Roberts, 
JI.-.T.  Townshend  et  Stanley  Williams.  Le  Rapport  suivant  est  dû  au  pre- 
mier de  ces  observateurs,  directeur  de  la  Section. 

La  description  de  la  surface  martienne  pendant  la  durée  de  ces  observa- 
tions peut  être  résumée  de  la  façon  suivante. 


A.  ]H  décembre  l«:ti;.  I.on;;.    --  '.t.)",  I.at,  —  5",  (J.-W.  Mi-arcs.  ) 

11.  27  janvier   18117.  I.oni;.    =  lili".  I.at.   —  7".  (T.-E.-R.   Phillips.). 

C.       3  décembre   1S'.I6.  I.i>ng.   —  i»:y.  I.at.   —  2".  |.\,   Mi-e.l 

1).  23  iléoemhre  IN'.ie.  I.ons.    =  :iV>".  I,:it.  —  G°.  (P. -11.   Muleswortli.). 

Fig.  2u2.  —  Uessiusilo  .M:u's  pris  en  18!K)-1S'J7  p:ir  les  meinbre.s 
de  la  liritisfi  Astronomical  Association. 


La  baie  du  Méridien  a  oll'ert  sou  aspect  habitueb  Eu  général,  le  ruban  était 
sombre,  mais  lorsque  les  images  étaient  très  calmes  on  voyait  apparaître  le  faible 


lilUlISH    ASTH(>MtMl(  At.    ASSOCIATION. 


343 


demi-ton  connu  sous  le  nom  de  Xisuthri  Regio.  Une  ta.;he  blanche  très  brillante 
marquait  l'emplacement  du  promontoire  d'IMom,  d'après  les  observations  de 
MM.  Molesworth,  Kempthorne.  l'hillips  et  Meares.  In  faible  canal  de  Daradax 
de  M.  Lowell)  séparait  cette  région  du  reste  d'Edom.  Les  trois  principaux  lacs 
au  nord  du  Sinus  Sabœus  ont  été  vus  par  plusieurs  observateurs  ;  ces  estompages 
sont  :  Ismenius  Lacus,  Dirce  Fons  et  Sirbonis  Palus.  Aucun  changement  notable 
sur  la  région  de  Deucalion.  Yaunis  Regio  est  à  peine  indiquée  sur  les  dessins, 
tandis  que  Noachis,  Argyre  et  Ogygis  Regio  ont  souvent  paru  réunies  ensemble. 
Tue  teinte  gris  pâle  caractérisait  la  coloration  de  la  nier  Erythrée. 

Le  golfe  des  Perles  s'est  montré  pâle,  le  golfe  de  l'Aurore  un  peu  plus  foncé 
peut-être.  Il  a  été  diffleile  de  séparer  clairement  Xiliacus  Lacus  de  Mare  Acida- 
lium.  Cette  dernière  mer 
était  d'un  noir  d'encre  au- 
dessus  do  la  calotte  polaire, 
se  montrant  de  beaucoup 
la  tache  la  plus  foncce  de 
la  planète.  Pyrrha»  Regio  et 
Protei  Regio  étaient  très 
vagues,  mais  le  blanchi- 
ment d'Argyre  avec  l'obli- 
quité a  frappé  tous  les  ob- 
servateurs. 

M.  Molesworth  a  constaté 
que  le  lac  Tithonius  a  sem- 
blé doublé  par  l'Agatho- 
dasmou.  Rien  de  particulier 
sur  le  lac  de  la  Lune,  si  ce  n'est  sa  couleur  foncée,  plus  foncée  en  réalité  que  le 
lac  du  Soleil.  C'est  M.  Meares  qui  a  eu  le  plus  de  succès  avec  ce  dernier;  ses 
dessins  le  montrent  allongé  de  l'est-nord-est  à  l'ouest-sud-ouest.  M.  Molesworth 
constate  que  le  lac  du  Soleil,  dont  la  coloration  était  d'un  gris  bleu  sombre  en 
décembre  1891)  et  janvier  1897,  a  pâli  en  fi-vrier,  pour  di.<paraitre  presque  au 
mois  d'avril.  «  Cet  affaiblissement  du  lac.  dit  l'observateur,  a  été  accompagui- 
»  d'un  assombrissement  progressif  de  Thaumasia,  rendant  cette  dernière  confuse 
»  et  presque  invisible.  »  On  n'a  pas  vu  la  belle  Péninsule  Dorée,  disparue  depuis 
1894.  Il  en  a  été  de  môme  du  golfe  Aonius,  disparu  d'une  manière  si  étrange 
depuis  189Î.  Le  lac  du  Phénix  a  été  vu  sans  difficulté  par  MM.  Meares  et  Mo- 
lesworth. 

En  général,  le  golfe  .Voulus  est  une  tache  peu  accusée;  son  extension  sombre 
dans  Dsedalia  en  I877-IS79  a  été  un  phénomène  en  quelque  sorte  exceptionnel. 

M.  Meares  a  dessiné,  le  12  décembre  189G,  la  mer  des  Sirènes  comme  s'ou- 
vrant  entièrement  dans  la  mer  Australe.  Ce  curieux  aspect  a  été  souvent  repré- 
senté par  les  observateurs  et  constitue  un  exemple  frappant  de  la  facilité  avec 


Fi-; 


■223.  —  LAW.ue  du  Mériilien  en  1896-1807, 
d'apros  -M.  Moleswoi-tli,  a  Ceyian. 


84C 


LA    l'LANETE    MARS. 


1896-1897 


laquelle  on  peut  se  tromper  dans  les  observations  de  ^lars.  Atlantis  a  offert  son 
aspect  habituel.  On  a  remarqué  que  la  région  connue  sous  le  nom  de  Nœud  Gor- 
dien, qui,  dans  les  circonstances  ordinaires,  se  présente  sou";  la  forme  d'un 
Aagiie  e.stomjiage,  parait,  dans  dus  conditions  plus  avantageuses,  résoluble 
en  un  réseau  de  canaux  très  lins.  Aniazonis,  Phaethontis  et  les  iles  de  Thulé  ont 
été  vues  blanches  près  du  limbe.  ■        '•  •     '     .  '      .1    .  ' 

La  mer  Cimmérienne  a  préseiit('  quelques  changements   remarquables,  car, 
apri's  avilir  offert  l'aspect  que  lui  a  donné  M.   Schiaparelli,  avec  la  longue  île 

Cimmeria,   on   ne  voyait,   le   li   dé'- 


Deunalionis 

If- 

-    Ai.--,.iatom      î^ 
Prom    ^   C 

C   h  1  y   S  e 

s       0,. 

1: 

"i---:".,,,*^ 

iTîaétis.       ^ 

.«'-""' 

M  e  r  i  g  0  s 

o-    ,                         1 

3 

-,5 

N 

'•  ''  cembre  l<S9i'i.  que  deux  taches  très 
sombres,  dont  l'une  était  située  ;V 
l'embouchure  du  canal  des  Lœstry- 
gons,  l'autre  à  l'extrémité  suivante  do 
la  mer  Cimmérienne.  M.  Moleswortb 
a  cru  diviser  l'ilo  Cimmeria  longitu- 
dinalement  en  trois  longues  bandes 
de  terre,  llesperia  a  été  vue  avec  la 
plus  grande  facilité  pendant  toute 
l'opposition  ;  mais  Mare  Chronium 
]iar  un  nombre  restreint  d'observa- 
teurs. Comme  d'habitude,  Electris 
ot  l'>idaiiia  paraissaient  blanches 
dans  le  voisinage  du  limbe.  Elysium  a 
été  noté  cooime  plus  ('datant  que  les 
régions  environnantes,  surtout  vers 
le  Trivium  Charontis,  où  l'ceil  était 
frap]!!'  jiarune  tache  brillante.  Quant 
au  Trivium  Charontis.  MM.  Grifiith 
et  .M(des\vorth  semblent  bien  confir- 
mer la  duplicité  en  taches  rondes 
signalée  plus  haut. 

Syrtis  Parva  n'a  rien  présenté  de  bien  remarquable,  et  l'on  n"a  pas  pu  recon- 
naître d'estompage  sur  la  Libye,  qui  était  très  jaune.  .Aucune  trace  de  la  fameuse 
neige  atlantique.  Le  lai-  Mirris  n'existait  pas  à  cette  opposition  autrement  que 
comme  une  simple  b;iio  de  la  mur  du  Sablirr,  M.  'l'ownshend  a  remarqué  que  la 
pointe  septentrionale  de  la  Grande  Syrte  était  dédoublée.  Coloe  Palus  a  été  entrevu 
par  quelques  observateurs.  Œnotria  parait  être  une  tache  soumise  à  des  varia- 
tions rapides.  M.  Molesworth  a  esquissé  vaguement  la  lapygie.  Enfin,  les  deux 
ponts  de  M.  Lowell,  réunissant  Hidlas  ou  une  terre  au-dessous,  à  la  Corne 
d'Ammon  et  à  la  Libye  respectivement,  ont  été  vus  par  la  grande  majorité 
des  observateurs,    llellas   blanchissait  toujours  avec  l'obliquité. 

Le  Rapport  contient  on  outre  (juciques  oliservations  de  taches  blanches. 


y\f;.  '.'A  — LegollL'des  Perles ell'liuliis en  IKHIi-IS'.i 
d'après  M.  Mnlesworih.  à  Ceyiau. 


BKITI 


ASTIIOND.MICAL    ASSOCIATION. 


34: 


io5 


Ainsi,  M.  Meares  en  a  signalé  une  sur  Cydonia.  vers  20"  do  longitude  et 
.");5"  de  latitude  boréale.  M.  Moleswortli  a  vu,  de  plus,  une  toute  petite  tache 
Manche  dans  le  golfede 
l'Aurore,  qui  ne  corres- 
pondait pas  avec  Protei 
Uegio.  M.  l'hilliiis  en 
signale  une  troisinne 
sur  Neith  Kegio,  missi 
brillante  que  les  neii/es 
imlairrs.  Eulin , M .  Otfi ird 
a  remarqué  un  poini 
srlntilliint  roinmc  nui' 
,  toile  sur  Hellas,  ce  qui 
nous  rappelle  les  taches 
a  ualogues  vues  par 
M.  Schiaparelli  en  1881- 
1882  sur  la  même  ile 
[La  Vlanétc  Mars,  t.  I, 
p.  355.  ) 

On  a  également  aperçu  des  projections  brillantes  sur  le  terminateur. 
Ainsi,  le  3  novembre  1896,  M.  Phillips  en  a  remarqué  une  (;/(  sud-ouest.  Le 
22  novembre,  M.  Maw  en  a 
vu  une  autre  vers  305°  de 
longitude  et  60"  de  latitude 
boréale.  Le  1"  février  1897, 
M.  Molesworth  en  a  aperçu 
une  incontestable  surXoachis 


T    h    a     1-  :  s-     I     5 


Fig.  2;i;i.  —  Le  lao  du  Soleil  tu  18!16-18'J7. 
d'après  M.  Molesworth,  â  Ceylan. 


ou  Argyre.  Eulin,  M.  Maw  en 
signale  une  autre  vers  75°  de 
longitude  et  35"  de  latitude 
australe,  observée  le  7  fé- 
vrier 1897. 

Les  membres  de  la  Com- 
mission ont  observé  en  tout 
106  canaux  : 


25S" 


zS5' 


5oo 


o     n     i     a 


%P^KlS^- 


2. M 


.5 

N  255- 


'j?^^ 


3o- 


270 


285" 


3oo° 


Fig.     :3ti.    —    La    Libye    en    1su6-isa7 
d'après  M.  Molesworth,  u  Ceylan. 


iEsacus,    .Ethiops ,    Agatlio- 
dfciuuu,  AlcN'ouius,  Alpheus,  .\.mbrosia,    Anienthes,    Antajus,  Auubis,  Arases. 
.Vsoauius,  .VstaLoras,  Astapus,  Astusapes,  Avernus,  Boreas,  Callirrhoe,  Cerau- 


348  LA  PLANÈTE  MAltS.  189()-18!n 

niiis,  Cerberus,  Chrysorrhoas,  Cj-clops,  Darclaïuis,  Deuteronilus,  Eosphoros, 
Erebus,  Eumenides-Orcus,  Eunostos,  Euphrates,  Eiiripus,  Fortuna,  Galaxias, 
Gaiigcs,  Gehon,  Gigas,  Gorgon,  Hades,  Ilcn-ulh-Cohiinnœ,  Iliddekel,  IlybliiMis, 
llydaspes,  Hydraotes.  Januma,  laxartes,  Indus,  Jordaiiis,  Iris.  Issedon,  Lrcs- 
trygon,  Lethes,  Xectar,  Nepenthcs,  Nilokei-as,  Xilus,  ()rûntes,  Oxus,  Pactolus, 
l'oueus.  Phasis,  l'hison.  Plilegethon,  l'hitus,  Protonilus,  Pyripblegethon,  Sca- 
iiiandcr.  Simois,  Sirenius,  Styx,  Taiiais,  Tartariis,  Thoth,  Titan,  Triton, 
Typiioaiiis,  Urauius,  Xanthus,  un  antre  canal  sur  Aeria,  Asopus,  B;etis,  Brontes. 
Daradax.  Dargamanes.  Elison,!  Ilelisson,  Ilypsas,  Ilyscus,  Nendrus,  Thyanis, 
et  uu  autre  Nilolieras,  plus  18  canaux  inédits  que  l'on  ne  peut  pas  identifier 
avec  les  Cartes. 

Ou  a  de  même  signalé  P2  nouveaux  lacs. 

Ce  rapport  est  accompagné  de  plusieurs  dessins,  dont  nolve  fig.  232  repi-é- 
seule  les  quatre  principaux,  faisant  le  tour  de  la  planète. 

Parmi  les  dessins  de  détails,  ceux  du  capitaine  Molesworth  sont  particu- 
lièrement suggestifs.  Son  insirumenl  esl  un  télescope  de  0'"."23.  Il  observe 
à  Ceylan,  sous  un  ciel  admirable,  ll'élait  pour  l'iiistcirien  de  la  planrie 
Mars  un  devoir  de  les  reproduire  ici. 

Tout  en  faisant  la  plus  large  part  aux  illusions  possibles,  ces  dessins 
manifestent  une  fois  de  plus  les  variatidis  réelles  qui  se  produisent  actuel- 
lement à  la  surface  de  la  planète.  Les  environs  du  lac  du  Soleil  coutinueul 
à  en  montrer  un  remarqualile  exemple,  et  le  dernier  dessin  confirme  bien 
l'extension  de  la  rive  gauche  de  la  mer  du  Sablier  jusqu'au  lac  Mœris  envahi, 
ainsi  que  le  cap  qui  s'avance  en  coin  et  qui,  sur  cette  petite  carte,  a  reçu 
le  nom  d'Abyssinie. 

Nous  consacrerons,  à  la  tin  de  ce  Volume,  un  chapitre  spécial  à  ces  varia- 
tions aussi  curieuses  qu'incoutesta])les. 


CC.K.W.  —  J.  Gledhu.l.  —  (.)iisi:itVATii)\s  FAcrns  a  l'Ouskuvatouie  Ciiosslev. 

liHiiMiaisuu:,  llAiacAX  (  '  ). 

(>es  observations  ont  été  faites  à  l'aide  d'un  iriplr  objectif  de  'J  pnuces 
i0"',23)  consiruit  par  les  (qiticiens  ('.didic  and  Sons.  d'York,  rem[iliii;anl 
«  avec  de  grands  avantages  »  l'objeclil'de  '.I  pouces  ~  du  même  observatoire. 
Grossissements  :  2'i0,  300  et  330. 

Elles  s'idendcut  (lu  19  décembre  JSlKi  au  Ui  mars  l.S',)T. 

Nous  n'y  trouvons  rien  qui  s'ajoute  notablement  aux  précédentes.  Une 
remarque  très  souvent  inscrite  jiar  M.  Ciledhill  dans  ses  notes  est  (jne  le 

(')  Moiillili/  XulicfS  of  llie  lio>j;tl  A>!lroiiomic:il  Socielu,  1897,  p.  033. 


PROJECTIONS.    —    POLE    AUSTHAI..  349 

bord  précédent  lui  a  paru  plus  blanc,  plus  brillant  que  le  bord  suivant. 
Cette  supériorité  s'étendait  parfois  jusqu'au  cinquième  du  demi-diamèlrr 
de  la  planète.  L'observateur  signale,  d'autre  part,  que  [)ar  la  longitude 
centrale  230°,  le  disque  ne  présentait  aucune  trace  de  coloration  rougeàtro 
(  1;)  janviert.  On  lit  aussi,  à  la  date  du  17  Janvier  (/.  ^=  -liT"),  que  la  mer  du 
Sablier  est  très  foncée  et  que  nulle  coloration  rouge  ne  se  montre  sur  le 
disque.  Le  18  janvier  (À  =:  I8i°)  :  région  centrale  rouge  pâle.  Le  26  janvier 
(>.  =  82")  :  aucune  couleur  rouge. 

Le  cap  polaire  nord  s'est  montré  très  brillant  le  2:1  janvier  ('/.  =  173"  , 
ainsi  que  le  7  février  (À  =  Soi")  et  le  9  (À  =  91°). 

«  Nasmyth  Inlet  bas  not  yet  been  seen  tliis  opposition  »,  écrit  l'auteur  à 
la  date  du  20  janvier.  M.  Gledhill  continue  de  suivre  les  dénominations  de 
la  carte  Green  ^t.  I,  p.  275  :  cette  «  passe  de  Xasmytb  »  correspond  à 
Protonilus  et  Ismenius-Lacus.  Même  remarque  le  16  février,  ainsi  que 
pour  Lassel  Sea.  la  mer  du  Sablier  étant  au  méridien  central. 

CCXXVL  —  \\'.  ,T.  HussEY.  —  Phojection  suh  le  terminateur  de  Mars. 

Les  Astronomische  NachrichUn  ont  publie  la  dépèche  suivante  adressée  du 
mont  Hamilton  le  28  août  ISOn  : 

Ce  matin  (août  27,  16''45'",  heure  du  Pacifique),  j'ai  observé  une  brillante  projcc 
tion  sur  le  terminateur  de  Mars,  vers  50°  de  latitude  sud  et  275°  de  longitude.  Cette 
position  place  la  projection  très  près  de  la  région  appelée  Chersonèse,  ou  sur 
elle-même.  Des  projections  analogues  ont  été  observées  ici  eu  1890,  1892  et  18''4. 
C'est  la  première  notée  pendant  cette  opposition-ci.  ^\^  .1.  IIlssev. 

A  rapprocher  des  observations  exposées  plus  haut,  de  MM.  Lowell  et  Do>;- 
glass  (p.  311),  ainsi  que  de  celles  de  MM.  Phillips.  Mawet  Molesworth   p.3i7 

CCXXVII.  —  0.  LoHSE.  —  La  tache  POi.AUtE  austhai.e  de  Mars  ('). 

Comme  on  l'a  vu  plus  haut,  M.  (jeruUi  a  iditenu  pour  la  position  du  centre 
do  la  neige  polaire  de  Mars  en  juin  et  juillet  189C  : 

Longitude '27», (;±  5°,G 

Distance  polaire ">",li  rr  0°,0 

M.  Lobse  a  conclu  comme  position  moyeiuie  de  la  même  tache  polaire  : 

(')  Aslr.  Nachr.,  3394,  4  janvier  tSDT,  et  I^ablication  34  des  Aslrophysikalischen 
Ob^ervatoriums  zu  Potsdam. 


350  LA  PLANÈTE  MARS.  -  189G-18'.)T 

Longitude il",  !3  ±  3-,M 

Distance  polaiie 5',f>6  ±  0",  18 

D'on  il  résulte  que  depuis  cent  ans  la  position  est  restée  invariable. 

La  disparition  à  la  fin  d'octobre  1894,  ajoute  l'auteur,  et  sa  réapparition 
subséquente  montrent  que  la  neige,  après  avoir  été  fondue,  se  reforme 
précisément  au  même  endroit.  Cette  constatation  a  son  importance. 


CCXXVIII.  —  .Iames  E.  Keeler.  —  Observations  spectroscopiques 
DE  Mars  en  18%-1897  (')•        - 

Nous  avons  assisté,  dans  l'e.xposé  des  observations  de  1894,  à  une  longui' 
discussion  sur  la  valeur  do  l'analyse  spectrale  en  ce  qui  concerne  la  démons- 
tration de  l'existence  de  la  vapeur  d'eau  dans  l'almosphere  de  Mars.  Cette 
discussion  s'est  continuée  depuis,  notamment  entre  MM.  Campbell  et  .lewell, 
mais  sans  apporter  aucun  argument  nouveau,  puur  ou  contre,  et  il  nous  a 
paru  superflu  d'y  revenir. 

Pendant  l'opposition  de  1896-1897,  des  observations  nouvelles  ont  été  faites 
par  M.  Keeler,  aux  monts  AUegheuy.  En  voici  le  résumé  : 

Des  photographies  satisfaisantes  ont  été  obtenues  pendant  les  nuits  des  13  et 
16  décembre  189G  et  13  février  1807,  par  un  ciel  considéré  comme  très  pur.  Les 
spectres  de  Mars  et  de  la  Lune  ont  été  comparés  avec  la  plus  grande  précision 
possible.  Le  IG  décembre,  les  durées  de  l'exposition  ont  été  :  Lune  ITi  minutes. 
Mars  ^7  minutes,  les  deux  astres  étant  à  une  très  grande  hauteur.  Tempéra- 
ture î'o;  humidité  relative  77  pour  100.  Plusieurs  plaques  ont  été  obtenues,  siu- 
lesquelles  les  spectres  de  Mars  et  de  la  Luno  sont  presque  exactement  égaux 
comme  dimension  et  comme  intensité. 

Les  spectres  obtenus  dans  ces  expériences  s'étendent  jusqu'aux  régions  des 
bandes  de  la  vapeur  d'eau.  Aucune  différence  ne  peut  être  trouvée  entre  les 
deux  spectres.  Le  résultat  est  donc  négatif. 

Il  est  juste  d'ajouter  que  les  conditions  atmosphériques  de  l'est  des  Etats-L^nis 
sont  loin  d'être  parfaites.  Les  expériences  sont  à  continuer. 

CC.XXLX.  —  Mesures  du  DiA.Nnrnu:  et  ai'i.atissemen'I'  r-). 

A  riielioiiielrc  de  llepsold  île  l'Oliservatoire  de  (jottingue,  le  profi.'sseur 
■Wilheui  Scliur  a  pris  des  mesures  ilu  diauiélre  les  2,  11,  It!  et  17  dé- 
cembre 1890.  Le  résultat  est,  [)0ur  l'unité  de  ilistanco  : 

('1  TIti'  nslropliysical  Joiirn.il.  T  'MS,  mai  1S!)7. 

{"•)  Moiillitij  .Xoticcu,  janvier  18'J7.  Astr.  Nnchr..  3'iOr),  février  1S07. 


niAMKTIU:.    —    >  \Ti:i  I  ITKS.  35t 

Diamètre  étiuatoriil 0",53 

Diamètre  polaire '■)". 32 

Aplatissement -^ 

Cet  aplatissement  nous  paraît  bien  l'ievé  iiour  la  rotation  de  la  planète. 
D'autre  part,  M.  G.  A.  Young  avait  olitenn  les  valeurs  suivantes  en  1894  à 
l'équatorial  de  0"',58  de  l'Observatoire  Halsted  : 

Diamètre  polaire 9",7W  ,       

,         ■'  .'57 
Diamètre  équatori-u . .    9",  /Gy  * 

L'irradiation  peut  augmenter  le  diamètre  de  d',  1. 


CCXXX.  —  fJATELLITES. 

Le  6  décembre  189G,  à  10''  l'9"  du  soir  et  à  13''  7"'  (temps  de  PoulkovoK 
M.  Kostinsky  a  réussi  à  obtenir,  au  réfracteur  photographique  de  0'",  33  de 
cet  observatoire,  de  bonnes  photographies  du  satellite  extérieur  de  ^lars, 
Deimos,  qui  ont  permis  de  déterminer  exactement  sa  position,  concordante 
d'ailleurs  avec  celle  que  M.  Renz  mesurait  en  même  temps  au  grand  équa- 
torial  de  O^jTG.  La  distance  du  satellite  au  centre  de  la  planète  a  été,  pour 
les  deux  positions,  de  48", 89  et  57",  18.  Durée  de  pose  :  lo  et  25  minutes  ('  . 

Les  observations  faites  du  C")  octobre  au  15  novembre  1896  sur  les  posi- 
tions du  premier  satellite,  l'Iiobos,  ont  montré  à  M.  Campbell  qu'il  est 
beaucoup  plus  éloigné  de  la  planète  à  son  élongation  orientale  qu'à  son 
élongation  occidentale.  C'était  le  contraire  en  1877,  lorsqu'il  fut  découvert 
par  M.  Asaph  Hall.  La  ligne  des  apsides  de  cette  orldti'  tourne  donc  assez 
vite. 

Il  paraît  en  être  de  même  pour  l'orbite  du  second  satellite  Ih-inios:  mais 
le  fait  est  moins  facile  à  déterminer,  parce  (jue  cette  orbite  est  presque 
circulaire,  tandis  que  la  première  est  assez  elliptique. 

CCXXXl.  —  C.-A.  Young.  —  Mars  est-ii.  habité  i-i. 

Au  mois  d'août  1894,  M.  Holden,  Directeur  de  l'Observatoire  Lick.  m'a  fait 
l'honneur  de  traduire  dans  les  l'ublimllons  of  Ihe  Asn-oiioinical  Sorlcly  of  lin- 
Pacific  t  YI,  37',  un  article  que  j'avais  adresse  à  cette  Association  en  réponse 

{')  Astr.  Nachr.,  3469,  5  nov.  1897.  Le  même  astronome  a  photographié  le  satel- 
lite de  Neptune  le  4  février  1899.  Ce  satellite  est  de  13'  grandeur  et  la  distance  était 
de  15'.  Durée  de  pose  de  30  à  45  minutes. 

(  =  )  Publications  of  the  Astr.  Society  of  the  Pacific,  déc.  189r.,  from  Bosloa  Herald 
of  18  october. 


352  I.A   PLANÈTE    MA  US.  1897 

à  celui  qu'elle  avait  publié  coulre  la  thèse  générale  de  la  pluralité  des 
mondes  habités.  J'avais  imaginé  là  une  lettre  d'un  citoyen  de  Mars  trouvée 
dans  un  aérolithe  tombé  sur  le  bureau  de  la  Société  Astronomique  du 
Pacifique,  démontrant  par  a-hb  que  Mars  est  le  seul  monde  habitable  ('). 
Toujours  le  raisonnement  du  poisson  auquel  j'ai  plus  d'une  fois  fait  allu- 
sion. Cette  discussion  s'est  continuée  d'année  en  année  dans  les  revues 
scientifiques  américaines. 

Le  professeur  Young,  aussi  connu  en  Europe  (ju'en  Amérique  pour  ses 
grands  travaux  astronomiques,  discute  dans  cet  article  les  diverses  conclu- 
sions que  j'ai  publiées  sur  les  conditions  d'halntabilité  de  la  planète  Mars, 
ainsi  (jue  celles  de  ^I.  Lowell.  Le  point  ijui  lui  paraît  le  jilus  embariassant 
est  la  ([uestion  de  la  tempei'ature,  qu'il  paraît  considérer  comme  nécessai- 
rement très  basse.  Il  admet  pourtant  l'e.vistence  d'une  végétation  étendue, 
expliquant  les  aspects  des  mers  et  des  canaux.  L'article  ne  conclut  pas. 
Mars  pourrait  être  habité  par  des  êtres  absolument  différents  de  nous.  C'e^t 
ce  que  nous  disons  depuis  longtemps. 

M.  Young  paraît  un  peu  sceptique,  sans  l'être  cependant  tout  à  fait.  .Vu 
fond,  il  ne  nie  rien.  Cette  étude  laisse  l'impression  ipi'il  n'est  pas  ridicule 
de  chercher. 


CC.\.\.\11.  —  .].  JOI.V.  —  Sun  L'ORIGl.NE  DES  C.WAUX  DE  M.\RS  (-). 

M.  le  professeur  Joly,  membre  de  la  Société  Royale  de  Londres,  Secré- 
t.iire  honoraire  de  la  Société  Royale  de  Dublin,  propose  d'admettre,  dans 
celle  étude,  que  les  canaux  de  Mars  ont  pour  origine  le  passage  de  petites 
[ilanètes  capturées  par  l'attraction  de  Mai's  à  l'état  de  satellites  et  graduelle- 
niiMii  lonilif^^  à  sa  surface.  La  longueui-  de  la  courbure  de  ces  lignes,  leurs 
dédoublements,  les  taches  foncées  ou  oasis  marquant  leurs  |ioints  d'inter- 
section, ont  conduit  l'auteur  à  l'hypothèse  suivante  : 

La  planète  Mars,  k  (hvorses  époques  de  sou  histoire  passée,  aurait  capturé  de 
petits  satelHtcs,  de  (Huieusions  couiprises  entre  Phobos  et  Ccrès.  Pour  expli- 
(picr  les  différentes  courbures  des  ligues,  l'auteur  suppose  que  la  rotation  de 
Mars  a  été  autrefois  beaucoup  plus  courte  que  de  nos  jours  et  que  la  circulation 
des  satellites  a  pu  être,  la  plupart  du  temps,  rétrograde  relativement  à  la  rota- 
tion de  la  planète. 

(')  Ces  deux  nrtiples  ont  6\é  publiés  d.iiis  mon  petit  livre  h'éi'as  (Hoilés,  33"  édition, 
1901. 
(")   The  sciciilific  Tr:iiiK:ii-lions  of  llic  Uoijnl  Dabliii  Sucietij.  auùt  liS'J?. 


JOLV. 


OUKJIM-    I)i:S   CANAIX. 


353 


Il  faudrait  admettre  l'existeuce  do  125,000  astéroïdes  pour  forniei' une  masse 
égale  k  celle  de  la  Terre,  en  supposant  ces  astéroïdes  de  la  valeur  de  Cérès.  Il 
Y  eu  aurait  dans  l'espace  une  quantité  considérable.  Plusieurs  peuvent  avoir  une 


I  0-05 


g  0-11 


110         100         yo  6f  70  60  oO  40  iO         :iO  10  0    St]ij;L;^rLj 

Fig.  237.  —  DistribulioQ  de  la  pression  atmospliéri'iue  au-dessus  de  la  surface  de  Mars  (M- 

excentricité  assez  forte  pour  les  jeter  sur  Mars,  et  il  ne  serait  pas  impossible 
que  les  deux  satellites  eussent  cette  origine. 

Un  petit  satellite  solide  se  mouvant  près  de  la  surface  agira  sur  elle  par  attrac- 
tion et  l'alïectera  par  une  sorte  de  perturbation  de  marée.  Immédiatement  au- 


(')  Le  mile  =  1609°- 
F.,  II. 


23 


354  LA   PLANETE   M  A  US.  1807 

dessous  (lu  satellite,  l'action  est  verticale  et  tend  à  élever  légèrement  la  croûte 
solide  lié  la  planète. 

'l'ont  satellite  circulant  lentement  autour  de  Mars  exerce  une  attraction  qui 
peut  déterminer  un  soulèvement  de  la  croûte,  la  masse  de  la  planète  n'étant  pas 
complètement  refroiilie.  Il  a  donc  pu  se  former  un  cône  de  soulèvement  dont 
l'axe  renconirait  le  satellite  et  dont  la  base  était  un  cercle  limité  par  un  contour 
produisant  des  crevasses  sur  le  sol  de  la  planète.  En  admettant  un  satellite  d'un 
diamètre  double  de  Phobos,  la  plus  rapprochée  des  deux  lunes  de  Mars,  situé  à 
une  distance  de  100  kilomètres,  sa  force  de  soulèvement  était  d'à  pou  près 
300  tonnes  par  mètre  carré,  exerçant  une  attraction  caiiahlo  de  déplacer  une 
croûte  circulaire  de  3.J0  kilomètres  de  diamètre,  soit  1100  kilomètres  de  tour 
environ.  Ce  circuit  peut  produire  une  et  même  deux  fentes  parallèles  qui,  se 
répétant  un  grand  nombre  do  fois,  et  dans  des  régions  fort  diverses,  déterminent 
un  système  de  craquelures  ou  de  failles  circulaires  termini'i^s  par  une  ou  même 
par  deux  fentes  parallèles. 

L'atmosphère  a  une  action  comme  milieu  résistant,  même  en  admettant  que 
sa  densité  ne  soit  égale  qu'au  se]itième  de  celle  de  l'almosplière  terrestre.  La 
ligure  précédente  montre  la  distribution  de  la  pression  au-dessus  de  la  surface  de 
Mars.  Les  pressions  sont  indiquées  en  millimètres  de  mercure  pour  la  pesanteur 
terrestre  (supposed  to  be  uuder  lerrestrial  gravity).  La  température  di;  l'atmo- 
sphère de  Mars  est  supposée  à  0"  G.  Les  cercles  montrent  les  hauteurs  de  Phobos 
à  deux  altitudes  au-dessus  de  la  surface.  A  la  hauteur  de  65  miles  (105  kilomètres), 
on  voit  que  la  pression  du  milieu  résistant  est  de  0"'"',8. 

L'auteur  a  fait  l'expérience  de  lancer  liorizoutalemeut  îles  balles  de  revolver 
au-dessus  d'une  couche  de  poussière  de  lycopode  répandue  à  la  surface  d'une 
plai(ue  de  verre.  La  vitesse  de  la  balle  était  d'environ  230  mètres  |)ar  seconde. 
La  balle  passait  au-dessus  de  la  poussière  à  une  distance  un  peu  supérieure  à 
son  demi-diamètre.  L'effet  produit  par  ce  passage  était  un  canal  égala  deux  fois 
et  demie  le  diamètre  de  la  balle,  bordé  par  deux  talus.  On  peut  imaginer  par 
là  ([uels  seraient  les  elfets  produits  dans  une  atmosphère  mi-me  moins  dense  par 
un  boulet  de  SU  kilnnietres  de  diamètre  animi'  d'une  vitesse  de  OoilO  mètres  par 
seconde.  IjC  sable  et  la  terre  désagrégée  seraient  séparés  rn  tranchées  bordées  de 
talus  écartés  à  i'iO  kilomètres. 

11  se  serait  donc  pi'oduit  sur  la  |ilanète  d(Mix  iidineuces  contraires  :  une  éléva- 
tion lie  la  croûte  causée  par  l'attraction  des  satellites,  et  un  double  talus  séparé 
par  une  tranchée.  Dans  cette  hypothèse,  les  «  canaux  »  de  Mars  seraient  des 
lignes  de  haulinir.  L'auteur  cherche  ensuite  à  expliquer  le  ton  foncé  variable  de 
ces  lignes  par  la  variation  îles  précipitations  atmospheriiiues  eu  une  atmosphère 
rare  et  froide,  et  pauvre  en  vapeur  d'eau. 

M.  Joly  discute  ensuite  l'elTet  combiné  de  la  rotation  di;  la  planète  et  do  la 
r('Volution  des  satellites  pour  [iroduire  la  coui-biu'e  des  lignes,  ([ui  b)nt  um'pailie 
du  tour  du  globe  de  Mars.  Ses  courbes  théoriques  présentent,  eu  elVot,  une  ana- 
logie remar((uable  avec  les  canaux  des  cartes  de  M.  Lowell. 


nr  i.iiioNDKs    —  i.'At.K  [i\:  MA  us.  sr,5 

Crtio  liypHliicse  l'Sl  i)riL;in;:lr  <H  savanlc:  mais  elle  iinii-  [lai'ail  la  moins 
prcilialilr  lit'  loiiti's  piuir  ri'.\[ilir,aliciii  du  pniiili'iuc  ili' ces  fanitMix  caiiauN. 
F.Ue  mei'itail  Unitflois  il'a\(iir  sa  jilace  ici. 


CCXXXIII.  —  R.  DU   LiiioxnÈs.  —    I.'ace  he   Mahs  i'i. 

M.  Ir  \  icumti'  du  Li.LîOiidiJs,  roluncl  d'aitillerie  et  mallirmalinrn  dislin- 
gué,  luin  satisl'ail  des  li\  [tolliest.'s  rusmdgoiiiijues  do  Ivant.  dr  I.aplare  et  de 
Paye,  qui,  en  etfel,  laissent  l/eaurnup  à  désirer,  imi  a  émis  uin'  miuvidle 
sensililemeiit  ditriTCide.  Dans  eetir  iiduvelle  liy[)otliesi.',  la  [dancte  Mars, 
au  lien  de  s'être  l'ormre  avant  la  'l'ciTê,  se  serait  t'oi-mce  en  ni("me  leniiis 
qu'elle,  on  [leut-ètre  même  après.  Xnus  n'snmerons  li'  tra\ail  du  savant 
colonel  en  extrayant  de  son  Unvr.igi'  les  points  les  [ilus  e>sentiels. 

Ilijpotiu'se  dr  Kanl.  —  Kaiit  est  le  premier  autear  qui.  à  imtre  eomiaissaiiee, 
ait  cherché  à  expliquer  luécaniqiieuieiu  la  foi-iiiaiioii  du  syslèuie  solaire  suivant 
les  lois  de  la  gravitation  universelle.  Siin  point  de  départ  e^t  des  j)his  siniph.'s; 
le  voici,  d'après  la  traductiou  qu'en  doinie  M.  Faye  dans  sou  livre  :  Sur  l'( hiijine 
ilu  Moiidf.  p.  13 1  : 

«  Admett'PUï  i|n'à  l'origlue  la  niaiière  du  Soleil  et  des  planètes  ait  été  répaudue 
)>  dans  tout  l'espace  interplanétaire  et  qu'il  se  soit  trouvé  quelque  part,  la  où 
»  le  Soleil  s'est  formé,  une  légère  prépondérance  de  deusiie  et  par  suite  d'at- 
»  traction.  Aussitôt  une  tendance  générale  s'est  |irononcée  vers  ce  poiut  ;  les 
»  matériaux  y  ont  aiilué  et.  peu  à  peu.  cette  masse  première  a  urandi.  Bien  que 
••  des  matériaux  de  densité  différente  se  trouvassent  partout,  cepeudaui  les  plus 
»  lourds  ont  dû  particulièrement  se  presser  dans  cette  région  centrale;  car, 
»  seuls,  ils  ont  réussi  ;i  pénétrer  à  travers  ce  chaos  de  matériaux  plus  légers  et 
'  à  s'approcher  du  centre  de  la  gravitation  générale.  Ur,  dans  les  mouvements 
•<  qui  devaient  résulter  de  la  chute  inégale  de  ces  corps,  les  résistances  pro- 
>'  duites  entre  les  particules  se  gênant  les  unes  les  autres  n'ont  pu  être  si  faci- 
»  lement  les  mêmes,  en  tous  sens,  qu'il  n'en  soit  résulté,  çà  ou  là,  des  déviations 
'  latérales.  En  pareil  cas  s'applique  une  loi  générale  des  réactions  mutuelles  des 
->  corps,  à  savoir  que  ces  corps  se  détournent  en  tâtonnant,  pour  ainsi  dire, 
>>  jusqu'à  ce  qu'ils  aient  trouvé  le  chemin  de  la  moindre  rt'sistance.  Ces  dévia- 
1)  tions  latérales  aboutissent  donc  forcément  à  une  circulation  commune  dans  le 
»  même  sens  et  dans  la  même  région.  Et  même  les  particules  dont  le  Soleil  a 
»  été  formé  lui  sont  parvenues  atl'eetées  déjà  par  ce  genre  de  déviatiiin.  eu  sorte 
'■  que  le  corps  résultant,  le  Soleil,  s'est  tniuvé  animé  d  une  rotation  dans  le 
■•  même  sens.   » 

{')  Formation  méca/iii/ae  du  Systinnc  du  Monde,  l'.'u-is.  tS'.'î. 


3;)6  LA    PLANÈTE    iVIARS.  1897 

M.  l'ave  fait  suivre  cet  exposé  des  rélluxions  snivanlos  : 

0  C'est  ici  (m'est  l'erreur...  Kn  rejetaul  toute  idée  d'un  tourbillonnement  pri- 
u  niitif,  eu  ne  tenant  compte  que  de  l'attraction  et  des  actions  mutuelles  des 
»  corpuscules  de  la  nébuleuse,  li's  mouvements  de  circulation,  possibles  éga- 
"  lemout  dans  les  deux  sens,  se  |  rmluiront  eyalemenf  dans  les  deux  sens  à  la 
>i  l'ois.  l'arnii  les  molécules  de  cette  vaste  nébuleuse,  les  unes  prendront  leur 
I'  droite,  les  autres  leur  gauche;  mais  alors  si  vous  considérez  les  aires  décrite.? 
>'  par  les  rayons  vecteurs  de  toutes  ces  nébuleuses  et  projetées  sur  un  plan 
»  quelconque,  ces  projections,  les  unes  positives,  les  autres  négatives,  parce 
Il  qu'elles  sont  décrites  en  sens  contraire,  auront  une  somme  rigoureusement 
»  nulle.  Ainsi  le  veut  la  Mécanique  ;  or  cela  ne  ressemble  pas  du  tout  au  système 
B  solaire.   « 

Ces  observations  sont  justes,  mais  nous  lerons  voir  iinil  n'est  pas  nécessaire 
de  recourir  à  un  tijurbillonnement  initial  pour  .■irriver  à  l'état  actuel  du  système. 
11  faudrait,  d'ailleurs,  trouver  l'explication  de  ce  mouvement  tourbiUonnaire  qui 
peut  avoir  lui-même  une  cause  mécanique.  Il  est  infiniment  plus  simple  de  ne 
rien  préjuger  sur  les  mouvements  initiaux;  cela  dispense  de  toute  hypothèse 
auti-e  que  l'intervention  divine  à  laquelle  on  es(  toujours  obligé  d'avoir  recours. 

Hi/pollièse  de  Laplarp.  —  Ce  grand  géomètre,  frappé  de  cette  circonstance 
que,  dans  le  système  solaire,  tous  les  mouvements  connus  de  son  temps  étaient 
de  même  sens,  a  cru  pouvoir  en  attribuer  l'origine  à  la  condensation  progressive 
d'une  nébuleuse  aniiui'e  d'une  véritable  rotation.  11  suppose  que,  dans  l'état 
primitif,  l'atmosphère  du  Soleil,  dilatée  par  une  chaleur  excessive,  s'étendait 
au  delà  des  orbes  de  toutes  les  planètes  et  (lu'elle  s'est  resserrée  ensuite  jusqu'à 
ses  limites  actuelles.  La  force  centrifuge  développée  par  la  rotation  empêche 
cette  atmosphère  de  s'étendre  indéfiniment.  A  mesure  que  le  refroidissement 
resserre  toute  la  masse  et  condense  à  la  surface  de  l'astre  les  molécules  qui  en 
sont  voisines,  le  mouvement  de  rotation  augmente;  la  force  centrifuge  équato- 
riale,  devcnani  ainsi  plus  grande,  balance  la  pesanteur,  et  l'atmosphère,  en  se 
retii-ant,  abandonne  successivement  des  zones  de  vapeurs  dans  le  plan  de 
l'équateur.  C(>s  /.ones  forment  des  anneaux  concentri(iues  (|ui  donnent  ensuite 
naissance  aux  planètes. 

Cette  hypothèse  a  été  accepti'e  avec  enthousiasme  et  enseignée  pcmlaut  long- 
temps presipie  à  l'égal  dune  v('rité  démontrée.  Les  découvertes  récentes  sont 
venues  la  contredire.  M.  Faye  en  a  fait  une  juste  criliiine. 

//;//)()//ié,se  de  M.  Faije.  —  VA\q  se  dill'ércncie  île  la  précédente  en  ceci  : 
M.  l''aye  étend  sa  théorie  à  l'Univers  entier  i[u'il  suppose  d('pourvu  de  chaleur 
d'origine.  L'incandescence  du  Soleil  et  des  étoiles  résulte  de  la  concentration  de 
la  matière    primitivement  disséminée  dans  l'espace  sous  forme  de  chaos.  Les 


DU    l.KiONDi'S.    —    I.AiiK    \)V.    MARS.  357 

comètes  el  les  étoiles  lilantcs  proviennent  eiuiinie  le  Soleil  et  les  planètes  d'un 
même  lambeau  de  ce  chaos.  Ces  divers  lambeaux,  composés  de  particules  plus  ou 
moins  ti'nnes,  mais  indépendantes  dans  leurs  mouvements,  n'ont  rien  de  commun 
avec  la  nébuleuse  de  Laplace  composée  de  s,'a/.  ou  do  vapeurs  élastiques. 

Au  surplus,  voici  le  ])oint  de  dé'part  de  toute  la  llié'oi'ie,  tel  (|u'il  est  donné  ;)ar 
l'auteur  Ini-mèine  : 

«  A  l'origine,  l'Univers  se  réduisait  à  un  cIuids  g'<'n('ral  excessivemeiil  rare, 
"  formé  de  tous  les  éléments  de  la  chimie  terrestre  [ilus  ou  nuMus  mêlés  et  con- 
0  fondus.  Ces  matériaux,  soumis  d'ailleurs  à  leurs  attractions  mutuelles,  étaient 
»  dès  le  commencement  animés  de  mouvements  divers  qui  en  ont  provoqué  la 
•)  séparation  en  lambeaux  ou  nuées.  Ceux-ci  ont  conservé  une  translation  rapide 
»  et  des  giratioMs  intestines  extrêmement  lentes.  Ces  myriades  de  lambeaux 
0  chaotiques  ont  donné  naissance,  par  voie  lie  condensation  progressive,  aux 
»  divers  Mondes  de  l'Univers.  » 

Ces  deux  dernières  hypothèses  ont  donc  ceci  de  commun  qu'elles  font  dériver 
le  système  solaire  d'une  nébuleuse  jiossédant  à  l'origine  un  mouvement  tour- 
billonnaire  plus  nu  moins  régulier,  soit  une  rotation,  soit  des  girations  intestines 
dirigées  dans  le  même  sens  et  dans  le  même  plan.  U  semble,  en  etTet,  (pi'il  ne 
puisse  en  être  autrement,  étant  donné  le  mouvement  actuel,  circulaire,  direct, 
de  toutes  les  planètes.  Nous  ferons  remarquer  cependant  que  cette  conception, 
résultant  d'une  idée  préconçue,  nuit  à  la  vraisemblance  de  l'une  ou  i'auti'e 
hypothèse.  Que  demande-t-on  à  une  théorie  ccjsmogonique':*  C'est  de  nous  faire 
remonter  jusqu'à  un  état  initial  de  la  matière  tel  qu'on  ne  puisse  concevoir  un 
état  antérieur  ni  même  plus  simple. 

Toutefois,  le  point  de  départ  admis  par  M.  Faye,  si  on  eu  excepte  les  girations 
intestines,  doit  être  celui  de  toutes  les  théories  cosmogouiques  ayant  pour  base 
la  communauté  d'origine  des  Mondes  de  l'Univers.  Cette  communauté  d'origine 
parait  d'ailleurs  suftisamment  attestée  par  l'incandescence  des  étoiles  et  la 
presque  identité  de  leur  composition  ehimii|ue.  Si  l'on  veut  remonter  jusqu'au 
commencement,  avant  que  les  forces  qui  régissent  la  matière  aient  pu  modifier 
la  répartition  initiale,  il  faut  bien  prendre  pour  point  de  départ  la  diffusion  de 
cette  matière  dans  l'espace  et  pousser  cette  diffusion  jusqu'à  ses  dernières 
limites,  puisque  la  principale  des  forces  naturelles,  l'attraction  universelle,  est, 
comme  le  fait  observer  M.   Faye,   l'opposé   de  toute  tendance    à   la  diffusion. 

D'autre  part.  l'Univers  étant  composé  u'une  multitude  innombrable  île  corps 
qui  se  meuvent  dans  tous  les  sens,  suivant  les  lois  de  l'attraction,  il  est  néces- 
saire de  faire  remonter  la  source  du  mouvement  jusqu'à  l'origine  ;  mais  on  doit 
s'abstenir  de  faire  aucune  hypothèse  sur  la  grandeur  et  le  sens  des  mouvements 
initiaux.  Si  l'on  astreint  quelques-uns  d'entre  eux  à  suivre  une  loi  systématique, 
on  admet  implicitement  qu'ils  peuvent  être  dus  à  nue  cause  antérieure,  ce  qui 
oblige  à  remonter  plus  haut. 


3d.S  la   l'I  A.M:TE   m  Ali  s.  1807 

llijjxiUièie  prupiii^ri' .  —  C'est  dune  un  point  définitivement  acquis  qu'il  faut 
prendre  la  matière  eu  mnuveinent  et  la  dill'user  sans  limite  dans  l'espace  actuel- 
lement nci'upé  ])ar  les  corps  célestes,  et  udus  devons  poser  en  principe  que  : 

.4  l'origiue,  l'i' nivprs  se  rrdnisait  h  lui  rhuos  gihu'rnl  extrêmement  rare, 
fiirmé  d'i-h'iiients  dirers  tnii.<  eu  tmix  sens  et  soumis  à  leurs  attrucliuns 
mutuelles. 

I^uis  nous  ajoutons  imniédialemont,  comme  conséquence  de  cet  état  initial  : 

Cl'  cliHOs  s'est  partaijé  en  lan^beaux  i[iii  imt  donné  naissance,  par  voie  de 
conden.'iation  progressive,  à  tous  les  Mondes  de  l'Uniners. 

Comme  on  le  voit,  cette  liypotlièse  ne  dilicre  de  celle  de  M.  Faye  que  par  la 
su]ipression  des  i^irations  intestines.  Nous  voila  revenus  aux  idées  de  Kaut,  aver 
le  mouvement  en  plus,  non  pas  le  inouxement  r(\i,rulier  de  la  rotation  ou  des 
Idurltilliins,  mais  le  mouvement  sans  cirilre  apparent. 

Supposons  qu'il  ait  existé  dans  l'immensité  de  ce  chaos  une  région  relati- 
vement peu  agitée,  dans  laquelle  la  matière  ait  été  répartie  d'une  façon  sensi- 
blement uniforme,  et  où  la  circulation,  ]jrosi|ue  égale  en  tous  sens,  se  soit  faite, 
en  outre,  sans  trop  changer  la  disposition  générale  des  éléments.  Nous  avons 
tout  lieu  de  croire  que  les  premiers  rudiments  du  monde  solaire  se  sont  formés 
dans  une  telle  région,  (.'ette  probabilité  deviendra  une  quasi-certitude,  si  nous 
I)arvenons  à  montrer  que  dans  la  mém(>  région  les  déchirures  du  chaos  ont 
donné  naissance  à  un  lambeau  de  forme  ;t  peu  près  ronde.  Il  semble  bien 
l)riiuvé,  en  elVet,  que  le  système  solaire  ne  peut  provenir  que  d'une  nébuleuse 
ayant  eu  autrefois  la  figure  d'un  sphémide  plus  ciu  moins  aplati;  c'est  la  seule 
manière  d'expliquer  les  mouvements  circulaires  des  planètes.  Or,  dans  la  région 
que  nous  considérons,  où  tout  est  à  peu  près  symétrique  en  tous  sens,  matière  et 
mouvements,  il  est  certain  que  la  surface  de  rupture  présentera  la  même  symé- 
trie et  se  ra[ipriirhera  de  la  forme  sph(Tn[Ui'.  De  [tins,  cette  figure  sera  relati- 
vement stable,  puisque,  par  hypothèse,  la  ciri-ulatitni  interne  ne  change  guère  la 
disposition  générale  des  éléments. 

On  conçnit  aisément  que  la  comicmsation  de  cette  masse  ait  pu  produire  un 
monde  assez  semblable  au  nôtre,  Cdiuprenaut  ime  étoile  centrale  pré|iondérante 
animée  d'une  rotation  lente  et  entoun'e  de  satellites  ayant,  pour  la  plupart,  des 
orliiles  circulaires.  .Mais  ce  (|u'ou  s'e.\|/lique  niuins  faeilement.  —  si  on  ne  peut 
pas  l'aine  intei'venir  une  rotation  initiale,  —  c'est  le  passage  de  la  forme  sphé- 
rique  du  début  à  la  liguri'  plate  ipii  est  la  caractéristique  du  système  actuel. 
Cette  difficulté  disparaîtra  immédiatement  si  l'on  admet  le  moindi'e  défaut  de 
sphéricité,  tel  qu'un  aplatissement  primorilial  à  peine  sensible  de  toute  la 
Hiasse.  On  verra  que  la  coexistence  de  cet  aplatissement  avec  les  chocs  inté- 
rieurs suffit  |)our  produire  la  déiormation  cherchée.  Ces  chocs  paraissent 
il'ailliMirs  inévitables  entre  uKiléculos  dont  les  plans  de  circulation  ]iassent  tous 


DU    I.K.ONDI^S.    -      l.AdI-:    1)1-:    MAliS.  3J'.l 

par  le  centra  et  dont  les  orbites  se  croisent  eu  tous  sons  ihuis  chaque  plan. 
Leur  premier  effet  sera  de  précipiter  une  partie  de  la  matière  vers  le  centre  : 
la  densité  diminuera  indélinimcnt  jusqu'à  devenir  nulle  dans  les  régions  supé- 
rieures en  commençant  par  les  plus  ('loignées;  elle  augmentera  d'une  façon 
continue  dans  les  régions  centrales,  sans  dépasser  une  limite  linie.  Le  sphé- 
roïde se  partagera  ainsi  on  couches  de  densité  décroissante  depuis  le  centre 
jusqu'aux  extrémités  du  rayon.  A  cause  de  la  régularité  approchée  de  la  masse 
à  l'origine,  les  chocs  se  produiront  à  peu  près  symétriquement  autour  du  centre, 
et  les  couches  d'égale  densité  devront  i)réseuter  une  certaine  symétrie  par  rap- 
port à  ce  même  centre.  Mais  la  masse  ayant  perdu  son  homogénéité,  les  orbites 
des  molécules  vont  se  déformer  et  il  arrivera  iiue  : 

Le  sphéroïde  s'aplatira  jusqu'à  prendre  la  forme  lenticulaire  ; 
Le  plan  de  symétrie  de  cette  lentille  deviendra  le  lieu  de  rassemblement  des 
matériaux  qui  circulent  à  proximité  ; 

Cette  agglomération  de  matière  sous  forme  de  disque  mince  provoquera,  entre 
les  circulations  de  sens  opposé,  une  collision  qui  amènera  la  disparition  de  l'une 
•d'elles  dans  le  plan  de  symétrie  ou  équateur,  et  l'établissement  d'une  rotation 
dans  ce  même  plan  ; 

En  même  temps,  le  disque  équatorial  se  rompra  suivant  des  lignes  circulaires 
de  moindre  densité.  Les  anneaux  ainsi  formés,  dans  lesquels  la  circulation  n'est 
pas  encore  uniformisée,  se  résoudront  eu  planètes  séparées. 

La  masse  des  planètes,  leur  âge,  l'inclinaison  de  leur  axe,  le  sens  et  la  durée 
de  leur  mtation,  et,  en  général,  tous  leurs  éléments  seront  déterminés  d'après 
leur  distance  au  Soleil,  comme  conséquence  mécanique  de  la  âgure  initiale  du 
lambeau  chaotique. 

Grâce  à  la  conservation  des  mouvements  circulaires  et  à  leur  symétrie  par 
rapport  à  l'équateur,  une  grande  partie  des  matériaux  ayant  échappé  à  la  concen- 
tration générale  ont  pu  se  rassembler  en  nu  petit  nombre  de  grosses  masses, 
les  planètes;  alors  que  l'autre  partie  était  dispersée  en  un  grand  nombre  de 
petites  niasses,  les  comètas. 

Il  est  bien  certain  que  le  rassemblement,  dans  un  même  ]dan,  de  tous  ces 
éléments  animés  de  mouvements  divers  et  même  opposés,  engendrera  un  conflit 
entre  les  circulations  de  sens  contraire.  La  plupart  des  matériaux  du  disque 
équatorial  sont  distribués  en  amas  qui  se  meuvent  sur  des  circonférences,  mais 
il  existe  aussi  de  petites  agglomérations  et  des  molécules  isolées  dont  les  mou- 
vements sont  absolument  quelconques.  Il  y  aura  des  chocs  violents,  soit  entre 
les  amas  dune  même  circonférence,  soit  entre  les  amas  et  les  masses  plus  petites 
dont  les  orbites  allongées  coupent  ces  circonférences.  Un  des  premiers  effets  de 
ces  chocs  sera  de  pnjvoquer  une  poussée  générale  de  toute  la  matière  du  disque 
équatorial  vers  le  centre.  Le  résultat  final  sera  de  faire  disparaître  du  plan  de 
l'équateur  tous  les  luouvements  autres  que  les  mouvements  circulaires  et  de 
même  sens.  L'équilibre  ne  peut  évidemment  subsister  entre  molécules  animées, 


SCO  LA   PLANËTE   MARS.  1897 

dans  iiu  nicme  plan,  île  mouvements  divers  dont  la  somme  des  aires  n'est  pas 
nulle,  que  s'il  s'établit  dans  ce  plan  une  rotation  unique  dirigée  dans  le  sens  de  la 
circulation  prépondérante.  Ici,  cette  rotation  affecte  une  forme  spiralolde,  tant 
à  cause  des  chocs  intérieurs  qui  font  converger  la  matière  vers  le  centre,  que 
par  l'accroissement  lent,  mais  continu,  de  la  pesanteur  interne. 

C'est  encore  au  conflit  des  circulations  de  sens  opposés,  joint  aux  variations 
de  la  densité,  qu'est  due  la  rupture  du  disque  équatorial  et  sa  transformation  en 
planètes  séparées. 

Ce  disque  se  contracte  par  suite  des  chocs  qui  font  converger  les  amas  vers 
son  centre.  Il  en  est  de  même  du  reste  de  la  nébuleuse  ;  toutefois  la  concentration 
de  celle-ci  est  plus  lente,  parce  que  la  matière,  étant  moins  agglomérée,  s'y  meut 
plus  librement.  Dans  ce  mouvement  qui  pousse  toute  la  masse  vers  l'intérieur, 
la  densité  diminue  indéfiniment  jusqu'à  devenir  nulle  dans  les  régions  supé- 
rieures, et  augmente  constamment  vers  le  centre. 

Ainsi,  /('  pre)i}ii'r  gros  rasscmblcmeut  de  matière,  à  l'intérieur  de  la  nébu- 
leuse, prend  naissance  sur  la  circonférence  du  maxiniuni  île  ilemité.  Ce  globe 
planétaire,  grâce  à  sa  formation  hâtive  et  à  sa  position  rapprochée  du  centre, 
s'accroitra  encore  en  attirant  à  lui  une  partie  des  matériaux  voisins;  il  pourra 
donc  acquérir  une  masse  prépondérante  parmi  tous  les  autres  globes  du  système. 
Il  parait  inutile  tl'ajouter  que  la  planète  qui  en  sortira  s'appellera  Jupiteh. 

Le  second  rassemblen^enl  un  peu  important  devra  se  former  aux  confins  du 
même  système. 

En  résumé,  le  disque  équatorial  se  rompra  nécessairement  et  donnera  nais- 
sance à  un  certain  nombre  de  grosses  planètes  extérieures,  dont  la  plus  volumi- 
neuse et  probablement  la  plus  ancienne  sera  la  plus  rapprochée  du  centre  ;  pour 
les  autres,  plus  éloignées,  la  formation  sera  successive  de  Textérieur  à  l'inté- 
rieur. Entre  ces  grosses  planètes  et  le  Suleil,  il  s'en  formera  également  d'autres, 
jdus  petites,  et  même,  dans  le  voisinage  rapproché  de  la  planète  principale,  il  n'y 
aui-a  que  des  corpuscules  planétaires  se  mouvant  oliliquemeut  sur  des  orbites 
excentriques.  Pour  ces  petites  planètes,  la  formation  devra,  comme  pour  les 
autres,  débuter  par  l'extérieur;  toutefois,  il  pourra  arriver  que  celle  de  Mars  soit 
retardée  par  l'influence  de  Jupiter. 

D'après  cela,  les  planètes  seraient  rangées  au  point  de  vue  de  leur  âge  dans 
l'ordre  suivant  : 

.Iri'lTKIt   ou    NeI'TUNK. 

UllANtJS, 

S.'\TlHtNE, 

La  Thure, 

Maus  '! 

'VÉNUS, 

Mekcuhe. 


DU    LlGOM)f;S.    —    L'AGE    DK    MAKS.  301 

Telle  t'sl  la  reinarqualili'  h\iiollièsf  nouvelle  Je  M.  Du  Lit;nniles.  Elle 
nous  intéresse  ici  en  ce  ijui  concerne  l'âge  de  Mars,  et  voici  sur  ce  point 
spécial  la  conclusion  qui  en  a  été  déduite  par  M.  l'abbé  Moreux  : 

l'our  évaluer  l'âge  de  Mars,  on  s'est  toujours  appuyé  sur  l'hypothèse  de  Laplace. 
Or.  celle-ci  n'a  pas  été  corroborée  et  a  été  même  contredite  par  les  découvertes 
modernes.  Il  a  donc  fallu  abandonner  et  l'hypothèse  et  ses  conséquences. 

La  nouvelle  théorie  cosmogoni([ue  de  >L  le  colonel  Du  l^igondès  rend  assez 
bien  compte  de  la  plupart  des  particularités  eoimues  du  système  solaire.  Reje- 
tant a  priori  tout  mouvement  systématique  initial  —  rotation  ou  tourbillons  — 
comme  contraire  au  principe  même  de  l'hypothèse,  ^L  Du  Lif^'oiulès  admet  sim- 
plement que  les  planètes  proviennent  de  la  condensation  d'une  nébuleuse  à  peu 
près  ronde,  quoique  légèrement  aplatie,  à  l'intérieur  de  lacjuelle  les  mouvements 
auraient  eu  lieu  presque  également  et  en  tous  sens.  C'est  même  à  cette  égalité 
approchée  que  la  nébuleuse  doit  sa  ligure  initiale. 

M.  Du  Ligondès  démontre  ensuite  que  la  nébuleuse  s'aplatit  de  plus  en  plus, 
en  même  temps  que  se  forment  dans  son  intérieur  des  condensations  locales. 
Par  suite  de  l'aplatissement  progressif,  la  plupart  de  ces  condensations  vont  se 
réunir  dans  le  plan  de  l'équateur  pour  donner  naissance  d'abord  à  des  anneaux, 
puis  aux  globes  planétaires.  Ur,  il  est  clair,  d'après  le  principe  même  de  l'at- 
traction universelle,  que,  toutes  choses  égales  d'ailleurs,  l'importance  de  ces 
globes  augmentera  avec  l'ancienneté  des  agglomérations  qui  leur  auront  donné 
naissance.  Les  premiers  globes  en  formation  deviendront  aussi  les  plus  volumi- 
neux. Jupiter,  la  plus  grosse  de  toutes  les  planètes,  serait  en  même  temps  la 
plus  ancienne.  Entre  ce  géant  du  nnmde  planétaire  et  le  rioleil,  c'est  le  système 
Terre-Lune  qui  est  prépondérant;  ce  doit  être  également  le  plus  ancien  de  tous 
les  systèmes  inférieurs.  Dans  la  zone  intermédiaire  occupée  pai'  Mars  et  la  mul- 
titude des  petites  planètes,  les  matériaux  tiraillés  en  sens  divers  ont  eu  quelque 
peine  à  se  réunir  :  la  dispersion  des  petites  planètes  sur  des  orbites  excentriques 
et  fortement  inclinées  en  est  la  preuve. 

Mars  a  donc  eu  à  la  fois  sa  formation  ralentie  et  sa  masse  amoindrie  par  les 
actions  opposées  de  Jupiter  et  de  la  Terre  :  c'est  une  planète  de  formation  rela- 
tivement récente.  Elle  est  venue  bien  après  la  Terre,  à  l'époque  de  la  naissance 
des  planètes  inférieures,  'Vénus  et  Mercure,  sans  toutefois  qu'il  soit  possible  de 
dire  si  elle  est  plus  jeune  ou  plus  âgée  qu'elles.  Comparée  à  Venus  qui  semble 
entourée  d'une  épaisse  couche  de  nuages  et  de  vapeurs,  la  planète  Mars  avec  son 
atmosphère  raréfiée  presque  toujours  limpide  nous  paraît  plus  avancée  dans  son 
évolution,  plus  vieille  en  un  mot.  Mais  la  durée  d'évolution  d'une  planète  dépend 
à  la  fois  de  la  masse  de  cette  planète  et  de  la  quantité  de  chaleur  qu'elle  a 
emmagasinée  au  cours  de  sa  formation.  Or,  d'après  la  théorie  de  M.  Du  Ligondès, 
à  égalité  de  masse,  cette  quantité  varie  à  peu  près  en  raison  inverse  de  la 
distance  de  la  planète  au  Soleil.  Par  unité  de  masse,  elle  serait  donc  environ 
moitié  moindre  pour  Mars  que  pour  Vénus;  de  plus,  a  cause  de  la  petitesse 


362  LA   1- LA. Ni:  TE   .M  Alt  S.  1897 

relative  Je  Mars  et  de  son  éloiguement  du  SuleiL  elle  doit  se  dissiper  plus  vile. 
Toutes  ces  raisons  s'ajoutent  pour  hâter  la  marche  vers  le  refroidissement  final. 
Ainsi  Mars,  astre  à  évolution  courte,  est  moins  ancien  que  la  Terre  et  peut-être 
aussi  que  Vénus  dont  la  ]iruvision  de  chaleur  d'origine  plus  grande  se  dissipe  en 
outre  plus  lentement.  Sans  préciser  l'époque  à  laquelle  remonte  sa  formation, 
on  peut  supposer,  eu  sapi)uyant  sur  la  dernière  théorie  cosniogonique,  que  la 
plujjart  des  éléments  dont  il  est  composé  étaient  encore  disséminés  dans  la 
région  qu'occupe  auiourd'luii  son  orbite,  alors  que  d'un  côté  le  globe  terrestre 
commençait  déjà  à  prendre  figure,  pendant  que  de  l'autre,  le  grand  Jupiter, 
depuis  longtemps  formé,  brillait  il'un  vif  éclat. 

M.  Liu  Ligondès  a  ajouté  a  cette  étude  un  essai  sur  la  cûuslitatiou  phy- 
sique de  Mars  i ')  qui  peut  être  résumé  connue  il  suit  : 

l'ius  (pie  toutes  les  autres  planètes.  Mars  a  certainement  le  privilège  d'éveiller 
la  curiositr  du  publia-,  qui  s'intéresse  à  lastronoiiiie.  Ce  Monde  voisin,  que  la 
plupart  des  sa^'ants  considèrent  comme  plus  ancien  que  la  Terre  et  servant 
peut-être  de  demeure  :\  des  êtres  doués  de  raison,  dont  la  surface  nous  apparaît 
sillonnée  de  mystérieu.x  canaux  destinés  suivant  ([uelques-uns  à  rèpirtir  avec 
une  sage  économie  sur  un  sol  menacé  de  rester  à  l'état  de  désert  aride  l'eau 
provenant  de  la  foute  des  neiges,  nous  attire  invinciblement  à  cause  de  la  res- 
semblance que  nous  lui  supposons  avec  notre  propre  Monde.  Les  astronomes  de 
tous  les  pays,  favorisés  d'ailleurs  par  la  proximité  relative  de  Mars,  aiment  ù  diri- 
ger leurs  instruments  vers  cette  petite  planète,  espérant  toujours  y  surprendre 
quelque  manifestation  de  la  vie.  certains,  eu  outre,  que  le  résuitatde  leurs  obser- 
vations sei-a  accueilli  a\ec  empressement  par  tous  ceux  qui  ne  disposent  pas 
d'instruments  assez  puissants  pour  faire  eux-mêmes  d'utiles  recherches.  Ainsi 
s'expliquent  la  faveur  dont  jouissent  auprès  du  iiublic  certains  (Juvrages  tels  que 
La  Plnni'tc  Mars  de  M.  Flammarion,  devenu  ajuste  titre  un  livre  classique,  et 
plus  récemment  Murs  de  M.  Lowell,  qui  résume  les  observations  faites  à  l'Obser- 
vatoire de  Flagstatï  (Arizona). 

Toutefois,  il  faut  avouer  que  nombre  de  questions  relatives  à  la  constitution 
physiiiuo  de  Mars  attendent  encore  une  solution  satisfaisante  ;  la  climatologie, 
en  particulier,  est  restée  à  l'état  de  mystère  inexpliqué.  Sur  Mars,  les  neiges 
polaires  s'étendent  en  hiver  moins  que  sur  la  Terre;  en  été,  elles  fondent  avec 
plus  de  facilité  que  les  nôtres,  aux  rayons  du  Soleil.  En  dehors  des  calottes 
polaires  dont  le  diamètre,  à  leur  maximum,  ne  dépasse  guère  50",  on  ne  voit  pas, 
comme  ii.'i,  des  régions  dites  tempérées  dont  les  hauts  plateaux  sont  couverts  de 
neiges  éternelles,  i'e  fait  doit  paraître  absolunujnt  extraordinaire,  car,  en  raison 
de  sa  plus  grande  distance  au  Soleil,  Mars  reçoit  à  peine  lus  f  do  la  chaleur  que 
cet  astn;   nous  envoie,  et    nous  avons  tout  lieu  de  croire  ((ue  la  densité  de  son 

(')  Bullrliit  lie  la  Suciélc  hclijr  (lAsh-onoinie.  IS9s. 


1)1"  i.ii;i)Nt)(:s.  —  i.A  CONSTITUTION  iMivsiuri-  m:  maiîs.    3r>3 

atmosphère  :ui  niveau  du  sol  atteint  à  jieine  la  nn)itié  do  celle  de  l'airau  -ioniniet 
de  l'Himalaya.  S'il  est  vrai  que  Mars  euiiiruntc  au  Soleil  toute  sa  chaleur  de 
surfaee,  l'eau  ne  semble  pas  pouvoir  y  subsister  autrement  qn';\  l'état  de  irlaee. 

Ou  a  tenté,  il  est  vrai.  d'explii[uer  la  douce  tcmpi^rature  qui  rè.nne  sur  Mars  ]iar 
la  présence  dans  son  atmosphère  de  substances  douées  de  la  propriété  d'absorber 
les  rayons  caloritiques  solaires.  Un  a  voulu  d'abonl  faire  intervenir  la  vapeur 
d'eau  qui  possède,  à  un  haut  degré,  ce  pouvoir  absorbant .  I, a  conséquence  immé- 
diate d'une  grande  quantité  de  vapeur  d'eau  dans  son  atmosphère  serait  la  for- 
mation constante  de  nuages.  Or,  nous  n'en  voyon.s  presque  jamais. 

En  vain  voudrait-on  remplacer  la  vapeur  d'eau  absente  par  d'autres  gaz  jouis- 
sant des  mêmes  propriétés  absorl.iantes.  Outre  que  l'existence  de  ces  gaz  dans 
l'atmosphère  de  Mars  est  très  problématique,  leur  principal  effet  serait  de  faire 
bénélicier  la  planète  d'un  climat  analogue  à  celui  de  nos  contrées  maritimes. 
Or.  dans  les  régions  du  globe  terrestre  oii  l'atmosphère  est  chargée  d'humidité, 
la  différence  de  température  entre  le  jour  et  la  nuit  est  presque  insensible.  Sur 
Mars,  au  contraire,  les  variations  diurnes  de  la  température  d'un  lieu  iléterminé 
semblent  nettement  accusées,  et  elles  dépendent  de  la  hauteur  du  Soleil  au- 
dessus  de  l'horizon.  La  preuve  de  cette  assertion  résulte  des  apparences  mêmes 
de  la  planète,  ilont  le  disque  présente  une  gradation  lumineuse  allant  du  centre 
vers  le  contour. 

La  blancheur  circulaire  qui  limite  riiômisphère  éclairé,  tourné  vers  nous  pen- 
dant les  périodes  d'opposition,  est  ilue  vraisemblablement  au  dépiit,  pendant  la 
nuit,  d'une  abondante  rosée  ou  gelée  blanche  qui  fond  presque  entièrement  vers 
le  milieu  de  la  journée. 

L  atmosphère  transparente  de  Mars  ne  remplit  donc  pas.  autour  de  la  planète, 
l'office  d'enveloppe  protectrice  contre  le  rayonnement  nocturne,  comme  le  fait 
pour  nous,  par  exemple,  une  mince  couche  de  nuages. 

En  résumé,  les  régions  martiennes  qui  correspondent  à  nos  zones  torride  et 
tempérées.  ]iarai3sent  jouir  du  même  climat  ipie  le  nord  de  la  France  pendant 
les  beaux  jours  de  novembre  ou  de  février.  Le  peu  détendue  des  neiges  polaires 
à  la  lin  de  l'hiver  qui.  pour  l'hémisphère  austral,  dure  3.'^1  jours,  leur  fonte  facile 
aux  rayons  du  Soleil  d'été,  prouvent  que  le  climat  de  la  zone  glaciale  est  relat  i- 
vemeut  doux.  Par  comparaison  avec  la  Terre,  la  dilféreuce  de  température  est 
généralement  plus  sensible  entre  le  jour  et  la  nuit,  et  moins  tranchée  en  latitude. 

La  preuve  que  le  rayonnement  nocturne  agit  sur  Mars  autant  que  sur  la  Terre 
étant  faite,  il  reste  à  trouver  la  source  de  chaleur  capable  d'empêcher  les  eaux 
de  passer  à  l'état  de  neiges  éternelles.  Le  Soleil  est  manifestement  iusuflisant. 
5-i  l'on  désigne  par  le  nombre  100  la  quantité  totale  de  chaleur  reçue  par  Mar» 
dans  le  cours  d'une  année  de  687  jours  de  'l'i  heures,  cette  somme  se  partage 
ainsi  pour  chaque  hémisphère: 

63  pendant  la  période  d'été  ,d'un  équiuu.'ie  ,i  l'autre ':. 
37        »  »        d'hiver  »  " 


364  LA   PLANÈTE   MARS.  1S9T 

PoLir  riicmisphère  boréal,  dont  l'été  dure  381  jours  et  l'hiver  306,  la  moyenue 
diurne  est  de  : 

r;^  =  0.1  G5  pour  l'été; 

37 
•TT-;  =0,121  pour  l'hiver. 

Sur  la  Terre,  la  quantité  de  chaleur  reçue  eu  un  temps  donné  est  2, 32  fois 
plus  grande  que  sur  Mars.  Pour  une  année  de  365',  Oô,  elle  est  de  : 

2.32  X  100  X  365, ^o  _ 

687  -  '*^- 

Cette  somme  se  répartit  entre  l'hiver  et  l'été,  sur  chaque  hémisphère,  à  peu 

près  de  la  même  manière  que  sur  Mars. 

'Jn  a  donc  pour  Tété  : 

123  X  63      „  ,,, 
^ÔI^  =  "''■•• 
et  pour  l'hiver  : 

123  x37       ,.  -, 
^on-  =  ""^'- 

Sur  notre  hémisphère,   dont  l'été  dure  186  jours  et  l'hiver  17'.),  la  moyenne 
diurne  est  : 

-7^  =  U,416  pour  I  été, 

100 


et 

'lÔ.ÔI 

TtIT 


:  0,254  pour  l'hiver. 


Ainsi  nous  recevons,  sur  notre  hémisphère,  |ienJant  une  journée  d'hiver,  une 
<iuantité  de  chaleur  représentée  par  0,254,  cc^ntre  0,165  seulement  que  le  Soleil 
envoie  à  l'hémisphère  boréal  de  Mars  pour  un  jour  d'été,  soit  plus  des  |.  Cepen- 
dant, sur  Terre,  les  neiges  d'hiver  descendent  au-dessous  du  4.")""'  iiarallèle,  et 
sur  Mars  la  calotte  polaire  disparait  presque  complètement  après  le  solstice 
d'été.  Il  fuut  absolument  que  le  supplément  de  chaleur  qui  empêche  la  surface 
de  la  planète  de  rester  constamment  glacée,  été  comme  hiver.  Diennc  de  l'inté- 
rieur. 

Notons  d'abord  que  cette  hypothèse  rend  parfaitement  compte  de  la  faible  dif- 
férence de  la  température  qui  paraît  régner  entre  les  latitudes  à  la  surface  de 
Mars.  La  ehuteur  de  fond  est  fournie  par  la  planète;  le  supplément,  variable 
avec  les  saisons  et  l'heure  du  jour,  vient  du  soleil. 

Que  sa  ni  les  c:uinu.x  y 

Les  cauùux  sunt  le  résultat  de  fissures  produites  par  le  retrait  de  lu  couche 
superficielle  de  Mars  sous  l'action  du  refroidissement  extérieur  (M. 

Nous  entendons  déjà  les  géologues  protester  contre  uuo  théorie  diamétralement 
opposée  à  celle  des  phénomènes  ((u'ils  ont  coutume  d'observer  à  la  surface  du 

(')  Voir  déjà  cette  hypothèse  des  crevasses,  t.  1,  p.  ,')77  et  580. 


nu   I.KIONDÈS.    —    LA   CONSTITUTION    l'll\Slon':    l)K    MARS.      3G5 

globe  lorresire.  ç^uriiDtic  planète,  les  grandes  inégalités  du  sol  sont  géiiéralenieiit 
dnes  à  des  plissements  de  r('corce  occasionnés  par  le  retrait  du  noyau  sur  lequel 
cette  écorce  s'appuie.  Coniment  supposer  que,  sur  Mars,  l'enveloppe  solide 
puisse  devenir  trop  étroite  puur  recouvrir  enlièreiaent  son  noyau?  La  raison  de 
cette  apparente  contradiction  se  trouve  dans  la  diversité'  des  <!ircnnstauees  qui 
ont  présidé  à  la  naissance  des  deux  planètes. 

D'après  notre  théorie,  la  Terre,  planète  ;\  formation  i-apiile,  a  dû  passer  par 
l'état  ga/.eux  avant  d'être  le  Idoc  liquide,  incauilescent,  mais  sur  le  point  de  se 
solidilier  intérieurement,  dont  l'histoire  appartient  à  la  (iéologie.  En  se  solidi- 
fiant, l'écorce  emprisonna  :\  son  inté'rieur  un  noyau  liquide  ;\  très  liante  tempé- 
rature, destiné  à  diniinner  lieaucou])  de  volume,  soit  par  refroidissement,  soit 
par  les  éruptions  volcaniques.  Le  mode  de  formation  do  cette  écorce  devait  la 
préserver  de  toute  contractimi  ultérieure.  De  même  que  les  glaçons  charriés  par 
un  fleuve  tinisseut  par  se  prendre  en  une  seule  masse  sous  l'action  persistante 
du  froid,  ainsi  les  premières  scories  ilottant  à  la  surface  du  globe  terrestre  ont 
dû  former  d'abord  une  mince  enveloppe  à  peu  près  continue  et  encore  chaude. 
Puis,  le  refroidissement,  ou  toute  autre  cause,  venant  à  crevasser  la  surface, 
aussitôt  les  matières  demeurées  fluides  au-dessous  de  cette  pellicule,  s'échappant 
à  travers  les  fissures,  en  ont  garni  les  vides.  La  continuité  de  l'écorce  a  pu  ainsi 
rester  assurée  jusqu'au  moment  où  son  épaisseur  est  devenue  suffisante  pour 
lui  procurer  une  stabilité  relative;  sa  température  était  alors  assez  basse  pour 
que  sa  surface,  protégée  contre  le  rayonnement  extérieur  par  une  épaisse  couche 
de  gaz  ou  de  vapeurs,  fût  à  l'abri  d'un  refroidissement  rapide.  Par  contre,  le 
noyau,  composé  de  liquides  extrêmement  chauds  et  de  gaz  comprimés  retenus 
eu  dissolution,  n'a  pas  tardé  à  se  contracter  dans  son  enveloppe,  obligeant 
celle-ci  à.  se  doubler  pour  se  maintenir  au  contact.  Telle  est  la  cause  générale  de 
la  formation  des  chaînes  de  montagnes. 

Mais  pour  Jlars,  notre  théorie  de  la  formation  lente  conduit  à  uu  mode  de  con- 
traction tout  opposé.  C'est  à  M.  l'abbé  Moreux  que  revient  l'honneur  d'avoir,  le 
premier,  mis  en  lumière  cette  divergence. 

Si  Mars  s'est  formé  lentement,  on  peut  dire  qu'à  toutes  les  phases  de  sa  vie 
astrale  les  matériaux  qui  venaient  s'ajouter  au  noyau  déjà  formé  ont  opéré  leur 
condensation  d'une  façon  plus  régulière;  la  chaleur  développée  devait,  en  elVet, 
être  moins  intense  que  dans  le  cas  d'une  agglomération  rapide,  et  la  contraction 
avait  le  temps  de  se  faire  au  fur  et  à  mesure  de  la  formation. 

Les  derniers  amas,  ceux  de  la  couche  superficielle,  se  nainissaient  donr  à  un 
noyau  qui  devait  fort  peu  se  contracter  par  la  suite. 

Considérons  maintenant  cette  dernière  couche  au  moment  où,  se  refroidissant 
à  son  tour,  elle  est  prête  à  se  solidifier.  Si  rien  ne  la  protège  contre  h'  i-:iyonne- 
meut  extérieur,  elle  jierdra  vite  sa  chaleur  d'origine  et  celle  qu'elle  a  |iu  acqué- 
rir au  contact  de  la  couche  sous-jacente;  en  se  refroidissant,  elle  ternira  à  se  res- 
serrer, et  bientôt  elle  deviendra  trop  petite  pour  envelopper  le  noyau  (pi'elle 


3G(i  LA    l'LA.NETE   MAHS.  1897 

recoiivr.-iit.  Elle  bera  cloni"  obligée  de  '«'  remiiller  absdluinent  comme  une  argile 
c(ui,  en  séchant,  perd  de  son  volume,  et  ne  peut  plus  garnir  la  surface  sur 
laquelle  elle  repose. 

Les  premières  cassures  ont  dû  former  ces  réseaux  si  fins,  à  l'apparence  fugi- 
tive, dont  les  observations  récentes,  celles  de  M.  Schiaparelli  et  de  M.  Lowell  en 
particulier,  nous  ont  ap|:iris  l'existence.  Les  réseaux  plus  apparents,  les  canaux 
plus  larges  et  d'aspect  |.ihis  durable  proviennent  sans  doute  des  cassures  formées 
postérieurement  dans  im  milieu  plus  résistant.  Cela  nous  explii|uerait  [lourquoi 
ils  sont  plus  stables  et  uiieux  définis. 

l'etniiiTidu  rc.  —  La  nu-nie  théorie  de  la  formation  lente  it  de  la  jeunesse  de 
.Mars,  après  nous  avoir  donné  rexplicatidu  des  canaux,  va  iiuus  l'aire  connaître 
coUHuent  la  température  douce  et  assez  égale  i|ui  règne  à  la  surface  de  la  planète 
peut  être  entretenue,  en  partie,  par  la  chaleur  interne.  .Nous  savons  que  des 
géologues  éminents.  s'appuyant  sur  la  mauvaise  conductibilité  des  roches  ter- 
restres, Contestent  la  possibilité''  de  faire  intervenir,  dans  rexjili':'atiim  ihi  idié- 
nomène  paléothermal,  la  chaleur  emmagasinée  à  l'intérieur  de  la  Terre.  D'après 
eux,  il  a  sulfi  d'une  épaisseur  assez  faible  de  l'écurce  solide  pour  empêcher  le 
passage  de  la  chaleur  à  travers  cette  écorce.  Tente  discussicm  sur  ce  sujet  serait 
ici  stiperfiue,  car  il  n'est  pas  permis  d'attribuer  :i  priori  aux  roches  martiennes 
une  constitution  physique  semblable  h  celle  de  nos  terrains.  Tout  fait  croire,  au 
contraire,  que  d'une  planète  à  l'autre  il  y  a  des  différences  essentielles.  C'est  du 
moins  ce  qui  ressort  de  la  comparaison  des  densités. 

Pour  la  Terre,  la  densité,  voisine  de  î,.''  à  la  surface,  augmente  progressive- 
ment jusqu'au  centre  otl  elle  s'élève  à  10,  et  la  moyenne  est  ."i,.!.  Cette  variation 
se  trouve  assez  bien  représentée  par  la  formule 


P.^-?I^) 


dans  laquelle  o  est  la  densité  de  la  couche  du  rayon  li  et  p,,  la  densité  centrale. 
H  est  ualurel  d'appliquer  à  la  planète  .Mars,  liont  les  éléments,  peu  différents 
de  ceux  du  globe  terrestre,  paraissent,  eu  outre,  arrivés  au  même  degré  de  con- 
densation, la  formule  trouvée  pour  la  Terre.  Il  faudra  seulement  changer  le  coef- 
ficient de  R'-.  rii  l'aplatissement  de  Mars  ('dail  bien  connu,  la  valeur  île  ce  coef- 
licieut  serait  facile  à  calculer.  Malheureusement  les  anciennes  mesures  sont  très 
discordantes  et  donnent,  pour  la  plupart,  un  chiIVre  incompatible  avec  la  théorie 
de  la  gravitation.  D'après  M.  Lowell,  ces  divergences  doivent  être  attribuées  à 
la  frange  crépusculaire  qui  alb;<'tc  inégalement  les  deux  diamètres,  polaire  et 
equatorial,  et  l'aplatissement  réel  peut  être  i\\é  à  ,,J  ;.  fhi  adoptant  ce  chiffre,  "H 
trouve  pour  la  variation  de  densité  ù  l'intérieur 

1-î^'V 


lu     l.K.dNhI.S     -    LA    CONSTITUTION    IMlVSIuri-;    HH    VAKS.      Ml 

La  densité  moyenne.  3,!il.  est  ("elle  de  la  couche  i|ui  a  pour  carré  de  son 
rayon  ?.  (,)n  a  donc,  pour  déterminer  les  densiti'S  au  centre  et  à  la  surface,  les 
deux  équations 

3,01  =.  I  p„, 

et 

1 
p.  =  ô  p<" 

d'où 

et 

?,  =  --S- 

<.)n  Voit  i[ue  la  densité  du  sol  de  Mars  est  au  moins  e.^ale  à  celle  de  i:n<  terrains 
et  que  la  variation  de  densité  île  la  surface  an  centre  est  moitié  moindre  qu'à 
l'Intérieur  de  la  Terre. 

Ce  résultat  n'est  pas  fait  pour  nous  surpreiulre.  A  moins  d'admettre,  eu  eflfet, 
que  les  planètes  soient  composées  de  matéj'iaux  absiduraent  incompressibles,  la 
densité  centrale  doit  aiiuincnter  avec  le  nombre  des  couches  qui  pèsent  les  uni-s 
sur  les  autres.  Toutes  choses  égales,  d'ailleurs,  la  densité  moyenne  des  iilauètes 
et  les  variations  de  densité  à  leur  intérieur  ue  peuvent  que  s'accroître  avec  leur 
masse.  Or,  ou  sait  que  la  Terre  est  près  de  7  fois  plus  volumineuse  que  Mars,  et 
que  sa  m.-isse  est  environ  9  fois  et  demie  plus  grande. 

En  outre,  par  suite  de  la  lenteur  qui  a  présidé  a  leur  réuuimi,  le'^  matériaux 
de  la  planète  Mars  sont  répartis  d'une  façon  plus  uniforme  à  sou  intérieur.  Cha- 
cune des  Couches  successives  du  globe  en  voie  de  formation  a  jiu.  a\aiit  l'arri- 
vée de  la  couche  suivante,  perdre,  avec  une  partie  de  sa  chaleur  d'origine,  un 
peu  de  sa  fluidité  première. 

Le  mélange  de  tous  ces  matériaux,  dont  la  consistance  visqueuse  était  encore 
accrue  par  la  pression,  se  prétait  mal  à  une  séparation  complète  de  tous  les  élé- 
ments dans  l'ordre  décroissant  de  leur  densité  depuis  le  centre  jusqu'à  la  sur- 
face. D'une  couche  à  l'autre,  la  composition  a  peu  varié  et  il  est  permis  de  croire, 
en  raison  de  l'origine  commune  de  toutes  les  planètes,  que  le  fer,  qui  prédomine 
à  l'intérieur  du  globe  terrestre,  se  trouve  répandu  en  abondance  dans  toute 
l'étendue  du  globe  de  Mars,  et  contribue,  pour  une  large  part,  à  accroître  la  den- 
sité des  roches  superficielles.  Cette  opinion  emprunte  une  grande  vraisemblance 
à  la  couleur  rougeàtre  des  ré'gions  claires  de  Mars  que  >L  Lowell  assimile  à  des 
déserts,  couleur  qui  parait  due  à  la  présence  d'une  grande  quantité  d'iixyde  de 
fer  dans  le  sol  de  la  planète. 

La  croûte  solide  de  >Lars  est  donc,  selon  toute  probabilité,  composée  d'élé- 
ments parmi  lesquels  les  composés  ferrugineux  occupent  une  large  place.  Mais 
si,  à  la  surface  du  globe  terrestre,  les  roches  ferrugineuses,  d'apparence  com- 
pacte, atteignent  des  densités  voisines  de  .5,  sur  Mars,  les  roches  similaires, 
formées  sous  l'influence  d'une  attraction  beaucoup  plus  faible,  doivent  se  présen- 
ter avec  une  structure  toute  dift'érente,  analogue  ;i  celle  de  la  i)ierre  ponce,  et  il 


368  LA    PLANETE    MARS.  18'.)7 

n'est  pas  sui'prenanl  de  voir  leur  densité  rester  inférieure  à  'i.  Leur  structure 
poreuse  les  rend  évideninieiit  perméables  à  l'eau.  Cette  perméabilité  du  sol 
martien,  jointe  à  sa  constitution  métallique,  lui  permet  de  se  laisser  facilement 
traverser  par  la  clialeur  venant  de  l'intérieur.  Les  couches  superflcielles  de 
Mars  ne  forment  pas,  comme  l'écorce  terrestre,  une  enveloppe  compacte,  à  peu 
près  impénétrable  pour  les  liquides,  isolant  presque  entièrement  de  l'extérieur 
le  noyau  miUallique  en  fusion.  Sur  Mars,  l'eau  peut  descendre  jusqu'à  une 
grande  profondeur  dan«  le  sous-sol  et  permet  un  échange  continu  de  calorique 
entre  l'intérieur  et  la  surface.  Ces  échanges  se  font  naturellement  par  les 
anciennes  fissures  de  l'écorce,  aujourd'hui,  sans  doute,  comblées  par  les  éboulis, 
mais  restées  néanmoins  plus  perméables  que  les  autres  parties.  La  chaleur  de 
surface,  qui  se  dissipe  incessamment  par  l'effet  du  rayonnement  nocturne,  peut 
donc  se  roni.uveler.  en  pai'tie.  aux  dépens  du  noyau  central,  (iràce  à  l'appoint 
diurne  fourni  par  le  Soleil,  la  température  de  la  planète  .se  maintient  encore  à  un 
degré  assez  élevé  pour  permettre,  au  moins  dans  certaines  régions,  le  dévelop- 
pement de  la  végétation.  Lu  vain  voudrait-on  cherchi-r  ailleurs  la  cause  pour 
laquelle  la  planète  Mars  n'est  pas.  comme  le  croyait  l'illustre  physicien  Fizeau. 
un  désert  de  glace. 

D'après  ces  données  et  ce  que  nous  savons  d'autre  part  sur  les  diver.s  aspects 
de  la  surface  de  Mars,  il  devient  possible  de  trouver  une  explication  plausible 
des  phénomènes  observés.  Les  régions  sombres,  désignées  sous  le  nom  de  ca- 
naux  et  de  mers,  sont  les  parties  de  la  surface  où  vient  affleurer  l'humidité  tiède 
montant  de  l'intérieur  à  travers  les  fissures  de  l'écorce.  Le  scil  meuble,  échaufl'é 
en  même  temps  par  les  rayons  d'un  Soleil  que  ne  voile  aucun  nuage,  se  prête 
merveilleusement  au  développement  d'une  riche  végétation.  Ces  végétaux,  quels 
qu'ils  soient,  dont  les  racines  plongent  dans  le  sous-sol  humide,  et  dont  les  par- 
ties aériennes  absorbent  les  rayons  solaires,  entretiennent  constamment  au- 
dessous  d'eux  une  température  douce  qui  permet  à  l'eau  de  rester  à  l'état  de 
vapeur.  Pendant  le  jour,  la  vapeur  qui  enveloppe  ces  «  forêts  »,  échauffée  par  le 
Soleil,  peut  demeurer  iuvisilile;  mais  aussitôt  que  le  Soleil  s'abaisse  sur  l'hori- 
zon, l'humidité  qui  s'élève  au-dessus  des  hautes  cimes  se  condense  en  givre  ou 
en  brouillard.  Les  régions  qui  nous  apparaissent  sombres  à  leur  passage  au 
milieu  du  disque  doivent  donc  devenir  blanchâtres  quand  elles  se  trouvent  près 
des  bords. 

Ce  qui  caractérise  surtout  les  taches  sombres  do  Mars,  c'est  leur  variabilité 
d'aspect.  D'une  opposition  à  l'autre,  elles  peuvent  passer  du  gris  clair  à  la  teinte 
vert  foncé.  lii;auciiup  de  canaux  disparaissent  à  certaines  époi|ues  et  ils  ne  sont 
jamais  visibles  tous  à  la  fois.  Cette  atténuation,  ou  môme  cette  disparition  com- 
plète des  taches  et  des  lignes  qui  sillonnent  l;i  planète  Mars,  semble  co'incider 
avec  la  saison  d'hiver.  l'hi  général,  les  oppositions  de  teintes  sont  plus  tranchées 
et  les  contours  sont  mieux  définis  dans  celui  des  deux  hémisphères  qui  est  en 
été.   D'après   M.    Flammarion,  »  le  froid  voile  la  surface  de  Mars,  la  chaleur  la 


DU   Lir.ONDKS.    —   I.A  CONSTITUTION    PllYSlulK    1)1-    MARS.      369 

clarifie...  l,';itiaos|ilii^re  par;iii  l'I.iire  aii-ilessus  des  mers  iiuérieurcs  pcDdant  les 
mois  qui  suivent  immédiatement  le  solstice  austral  ».  Or,  les»  mers  intérieures  » 
sont  presque  tontes  dans  rhémis|ihôre  austral,  ut  c'est  précisé-meut  après  le 
solstice  d'été  de  cet  hémisphère  que  le  sol  doit  y  être  le  plus  échaufle  par  les 
rayons  du  Soleil. 

Tous  ces  changements  s'accordent  parlaitonient  avec  notre  hy]iothèse  que  les 
taches  sombres  de  Mars  sont  produites  par  une  VL'gi'tation  pui^gamment  déoe- 
loppée.  grâce  à  l'humidilé  tiédi'  iiiontant  du  sol  meuble.  Il  est  d'ailleurs  un  phé- 
nomène qui  vient  confirmer  notre  théorie  de  l'oritrine  souterraine,  on  pour  mieux 
dire  .<ous-»i;irti''iiue,  des  brunies  ((ui  voilent  quclqueldis  les  régions  sombres  de 
Mars.  Nous  voulons  parler  du  prolongement,  par  une  demi-teinte  gris  clair,  des 
canaux  à  travers  ces  mêmes  régions,  t'es  prcdongements  sont  surtout  visibles 
lorsque  les  canaux  aiiparaisseut  élargis  ou  dédoublés,  c'est-à-dire  lorsqu'ils 
doivent  être  enveloppés  d'une  buée  qui  rond  leur  observation  difficile  et  leur 
mise  au  point  très  incertaine.  Si,  comme  nous  h;  croyons,  les  <i  mers  »  corres- 
pondent aux  régions  de  la  surlace  sillonnées  par  les  fines  cassures  du  début,  et 
si  les  canaux  nou^  montrent  remplacement  des  crevasses  plus  récentes,  formées 
après  l'épaississement  de  lëeorce,  ces  crevasses  se  prolongent  nécessairement  à 
travers  les  «  mers  »,  et  l'humidité  qui  s'en  échappe  doit  se  condenser  au-dessus 
de  ces  prolongements,  comme  elle  le  fait  le  long  des  canaux  proprement  dits. 

Un  autre  caractère  de  certaines  taches  de  Mars  est  l'instabilité  des  contours. 
Plusieurs  changements,  tels  que  le  glissement  du  lac  Mœris  vers  la  grande  Syrte, 
et  la  disparition  lente  de  l'.Vurea  Clierso  dans  le  golfe  de  l'Aurore,  ont  été  obser- 
vés d'une  façon  indubitable  depuis  ([uelques  années.  D'aussi  grandes  déforma- 
tions dans  ce  qu'on  appelle  les  »  rivages  >>  prouvent  que  le  sol  de  Mars  manque 
de  consistance,  qu'il  est  aûparemment  sablonneux  comme  le  Sahara,  sur  les  pla- 
teaux, et  marécageux  dans  les  vallées.  Toutes  ces  constatations  tendent  à  nous 
confirmer  dans  l'idée  que  la  surface  de  la  planète  est  composée  de  matériaux 
plus  ou  moins  spongieux. 

N'avons-nous  pas  d'ailleurs,  plus  près  de  nous,  dans  la  Lune,  nu  exemple  frap- 
pant de  la  perméabilité  des  matériaux  de  certains  corps  célestes'?  Suivant 
MM.  Lœwy  et  Puiseux,  dont  la  compétence  sur  les  questions  lunaires  est  indis- 
cutable, quelle  que  .soit  la  théorie  cosmogonique  à  laquelle  on  se  rallie,  on  ne 
peut  voir  dans  la  Lime  autre  chose  qu'une  sorte  d'extrait  de  la  Terre.  Les  élé- 
ments qui  ont  contribué  à  la  formation  de  la  Terre  doivent  donc  se  retrouver 
aussi  sur  la  Lune ,  mais,  en  raison  de  la  pesanteur  plus  faible  là  qu'ici,  l'ag- 
glomération des  matériaux  est  moindre,  leur  densité  moyenne  est  plus  faible 
I  3,38  au  lieu  de  5,55  I  et  ils  ne  forment  pas  des  roches  aussi  compactes  que  celles 
de  l'écorce  terrestre.  La  preuve  de  ce  fait  géologique  se  voit  dans  la  configura- 
tion de  la  surface  lunaire.  Il  est  probable,  il  est  même  certain  qu'il  y  a  eu  autre- 
fois de  l'eau  sur  la  Lune;  cependant,  nulle  part  on  ne  voit  trace  de  ces  érosions 
avec  lesquelles  nous  a  familiarisés  l'aspect  des  montagnes  terrestres.  Les  eaux 
F..  II.  ii 


370  I.A    l'LA.NRTK    MAUS.  m: 

paraissent  avdir  |)i'nptr(''  ppii  ;\  peu  à  l'intérieur.  al)solinnent  corame  les  jiUiies 
qui,  tombant  siu'  un  terrain  très  perméable,  s'infiltrent  ilans  le  sous-sol  sans 
raviner  la  surface. 

Or  la  densit('  moyenne  de  Mars.  8, '.M ,  se  rapprorlie  beaiioonp  de  celle  de  la 
Lniie,  3,;i8.  Il  est  donc  excessivement  vraisemlilablc  d'admettre,  comme  nous 
l'avons  fait,  que  les  matériau.x  n'y  forment  pas  des  roches  très  compactes,  et  que 
ces  roches  sont,  au  contraire,  facilement  traversées  par  les  eaux.  La  surface  de 
Mars,  dépourvue  en  apparence  de  reliefs  hauts  ut  escarpés,  répond  tout  à  fait  à 
l'idée  que  nous  nous  faisons  d'un  sol  poreux  et  friable. 

Va  phénomène  qui  peut,  à  juste  titre,  être  qualifié  d'inexplicable,  c'est  l'exis- 
tence de  (I  nei.yes  polaires  »à  la  surface  de  Mars,  en  l'absence  presque  com]dète 
de  nuages  dans  son  atmos|)liére.  La  neige  résulte,  eu  etTet,  de  la  condensation 
cristalline  de  l'eau  ]jassée  d'abord  à  l'état  de  vajieur.  Ce  passage  ne  peut  avoir 
lieu  sans  l'intermédiaire  de  la  chaleur.  Or.  d'une  part,  il  n'existe  pas  à  la  surface 
de  Mars  de  grandes  nappes  d'eau  susceptible^  d'être  transformées  en  vapeurs, 
et,  d'autre  part,  la  faible  chaleur  reçue  du  Soleil  par  la  planète  serait  incapable 
d'opérer  cette  transformation.  On  ne  voit  d'ailleurs  sur  Mars  aucun  indice  de 
cette  circulation  aéro-tellurique  de  l'eau  qui  fait  que  sur  la  Terre  l'eau  des  mers 
s'élève  sous  forme  de  vapeurs  et  de  nuages  ilans  les  hauteui-s  île  l'atmosphère  et 
se  porte  vers  des  régions  froides,  où  elle  est  convertie  on  pluie  ou  en  neige, 
pour  revenir  à  l'océan  par  les  fleuves.  Aussi  les  astronomes  (jui  prétendent  que 
les  canaux  sont  alimentés  par  l'eau  pn. venant  de  la  fonte  des  neiges  polaires 
restent-ils  fort  embarrassés  lorsqu'il  s'agit  d'expliquer  comment  cette  eau  retourne 
aux  pôles. 

l'roctor  est,  je  crois,  le  premier  i  '  i  qui  ait  substitué  à  l'hypothèse  des  neiges  mar- 
tiennes celle  de  la  gelée  blanche;  et  encore  fait-il  nue  exception  pour  les  régions 
polaires.  Du  reste,  sa  théorie  basée  sur  la  supposition,  démontrée  maintenant 
fausse,  que  toute  la  chaleur  de  surface  de  Mars  vient  du  Soleil,  n'est  plus  admis- 
sible. Le  rayonnement  solaire  occasionnerait  nécessairement  sur  Mars,  comme 
sur  la  Terre,  une  circulation  aéro-tellurique  de  l'eau,  et,  dès  l'instant  qu'il  est 
bien  prouvé  que  cette  circulation  n'existe  pas,  il  faut  en  arriver  à  cette  conclu- 
sion obligée  que  les  <•  neiges  »  se  forment  sur  place.  Ce  ne  sont  pas,  à  propre- 
ment parler,  des  «  neiges  ».  mais  des  dépots  plus  ou  nmins  abondants  de  givre  ou 
de  gelée  blanche  produits  par  l'humidité  qui  s'échappe  du  sol.  Sur  Mars,  la  cir- 
culation aqireuse  est  exclusivement  tellurique.  Eu  vertu  de  son  poids,  Veau  pé- 
nètre, comme  (die  a  di'i  le  iiiwo  à  l'intéi-ieur  île  la  Lune,  (/.ui.s  les  profondeurs  du 
sous-sol  poreux;  elle  se  réchauffe  au  contact  du  noijau  central,  remonte  à  la  sur- 
face, où  elle  se  transforme  eni-apeur.  Puis,  cette  vapeur,  incapable  de  se  main- 
tenir dans  une  atmosphère  glacée,  se  condense  immédiatement  et  retombe  sur 
le  sot.  Si  cidui-ci  est  réehautVé  par  les  rayons  du  Soleil,  l'eau  ne  se  congèle  pas; 
elle  retourne  dans  le  sous-sol  puiir  l'tre  remplacée  à  la  surface  par  de  l'eau  plus 

(')  Ou   |pliitùl   MATiHUii    W'ii.LiA.Ms  (r.iir  p.  101). 


r.dSMorjONIK   DE  T.A    l'I.ANETI-   M  \li>.  371 

chaude  venant  tic  l'inténeur,  et  ainsi  do  suite.  Mais,  pendant  les  longues  nuits 
polaires,  les  produits  do  la  (Condensation  se  déposent  sur  le  sol  en  cristaux  de 
glace.  Ils  ne  peuvent  toutefois  s'accumuler  en  masses  épaisses;  car  les  couches 
successives  forment,  les  unes  pour  les  autres,  un  manteau  protecteur,  et  l'équi- 
libre s'établit  entre  le  refroidissement  de  la  partie  supérieure  et  réchauffement 
de  la  couche  qui  repose  directement  sur  le  sol  de  la  planète.  Grâce  à  cet  écliauf- 
fenient.  aussitôt  ipie  le  Soleil  reparait  ;i  llioi-izoïi  de  l'un  ou  de  l'antre  piile,  les 
neiges  prises,  pour  ainsi  dire,  entre  deux  feux,  fondent  avec  la  plus  grande  faci- 
lité. Ainsi  nou.s  voyons  dans  nos  climats,  même  pendant  les  plus  rudes  hivers, 
les  neiges  accumulées  sur  les  toits  des  maisons  habitées,  fondre  sur  le  versant 
exposé  au  midi. 

Kn  résumé,  cm  peut  dire  que  la  théorie  de  /a  jeunesse  relative  de  Mars  rend 
compte,  d'une  façon  très  satisfaisante,  de  tous  les  phénomènes  observés  sur  la 
planète.  Nous  croyons  surtout  devoir  |)rotester  contre  la  thé'orie  qui,  s'appuyant 
sur  l'absence  probable  de  montagnes  à  la  surface,  voudrait  en  conclure  ([ue  cette 
fdanète  est  plus  ancienne  que  la  Terre,  parce  que  son  sol  est  déjà  nivelé  par  les 
eaux.  Pour  soutenir  cette  thèse,  il  faudrait  d'abord  prouver  que  la  nature  du 
sol  se  prête  au  ruissellement  des  eaux.  Or  le  contraire  nous  semble  plus  près  de 
la  vérité.  Là-bas,  les  eaux  doivent  s'infiltrer  à  l'intérieur  sans  ruisseler,  et  elles 
n'ont  pas  l'action  érosive  que  nous  leur  prêtons  par  compaFaison  avec  ce  qui  se 
passe  sur  la  Terre. 

Datis  cette  liypiithèse,  Mars  serait  ]ilus  jeune  que  la  Terre:  sa  surface 
serait  poreuse;  sa  chaleui-  intérieure  sei-ait  encore  assez  intense  pour  agir 
à  la  surface  en  penétr.mtce  sol  poreu.x  :  les  canaux  seraient  des  crevasses; 
les  «  mers*)  seraient  des  forêts  entreteiuies  par  la  chaleur  et  les  vapeurs  sou- 
terraines; les  neiges  polaires  proviendraient  de  la  vapeur  d'eau  montée  de 
l'intérieur  et  fondi'aient  en  été,  sin)ples  gelées  blanches,  sous  la  double 
influence  de  la  chaleur  iiitcrieui'e  et  des  rayons  solaires.  Cette  hypothèse 
est  remarquablement  ingénieuse.  11  importe  ici  de  tout  étudier,  de  tout 
comparer.  Nous  avan.:ons  ainsi  graduellement  dans  l'élucidation  de  notre 
problème  martien. 

La  théorie  cosmogonique  de  Laplace  n'est  assurément  pas  démontrée.  Ce 
que  nous  devons  reconnaître  avec  certitude,  c'est  l'unité  d'origine  des  pla- 
nètes du  système  solaire  ;  elles  font  partie  d'un  même  ensemble  régi  par  le 
Soleil.  Mais  quant  au  mode  de  formation,  on  peut  le  discuter. 

Tout  d'abord,  au  lieu  d'admettre  avec  Faye  que  le  chaos  primordial  était 
formé  «  de  tous  les  éléments  de  la  Chimie  terrestre  plus  ou  moins  mêles  et 
confondus  »  (Origine  du  Monde,  p.  357),  on  peut  penser,  au  contraire,  qu'à 
l'origine  la  substance  était  une,  et  que  les  corps  que  nous  qualifions  de 
simples  sont  des  condensations,  sous  divers  modes,  de  cette  substance  pri- 


372  I-A    l'LANKTK    MAI! S.  18^17 

niitivc.  I.'liyilrogène,  l'oxygènij,  l'àzoïe,  le  carbone,  le  ïev.  le  iiiekel, 
le  soiliuiii,  le  plomb,  eU'.,  sont  des  espèces  minérales  issues  de,  la  sub- 
stance simple  primordiale,  des  associations  d'atomes  combinés,  arrangés 
sur  divers  modes,  de  même  que  plus  tai-d  se  sont  formées  les  espèces  végé- 
tales et  les  espèces  animales. 

D'autre  part,  il  est  assez  difficile  d'admettre  que  des  anneaux  se  soient 
détachés  de  la  nébuleuse  solaire  en  rotation,  par  suite  de  la  prépondérance 
de  la  force  centiifuge  sur  l'attraction  centrale,  si  l'on  rétléchil  aiix  f.iibles 
niasses  des  planètes  (à  l'exception  de  Jupiter)  et  si  l'on  dissémine  par  la 
pensée  ces  masses  le  long  de  l'anneau  dont  elles  seraient  la  n.'presentation. 

La  masse  de  la  Teri-e,  par  exemple,  qui  est  de  .")'.).") 7 '.130  i|uintillions  de 
kilogrammes,  devrait  être  répartie  le  long  d'un  anneau  de  93()  millions  de 
kilomètres,  ce  qui  représente  6360  trillions  de  kilogramnies  par  kilomètre 
linéaire  ou  636(i  milliards  de  kilogrammes  par  mètre  de  longueur.  Ce  n'est 
]ias  insignifiant  assurément,  mais  c'est  peu.  La  Lune  y  ajouterait  ^).  En 
donnant  à  cet  anueau  le  diamètre  de  la  Tei're,  nou^  formons  un  cylindre 
comprenant  70000  Terres  juxtaposées,  plus   les  vidi's  separateui-s,  dont  la 

densité  serait 

â.:i  >  ;;    _      Il      _       t 
3  X  TOUUO  ^  -7111000  ~  -Juiiuu' 

Or,  1  litre  d'air  pèse  ls'',3  et  1  litre  d'eau  lOOO  grammes  La  densité  de 
cet  anneau,  par  rapport  à  l'air,  sera  donc 

1  I.:!         1 


'2UO0O  '    1(10(1         jCi 

c'est  à  peu  près  la  moitié  de  la,  densité  île  l'Iiydrogène. 

Pour  la  planète  Mars,  dont  la  masse  n'est  cpie  le  dixième  du  globe  terrestre 
et  qui  devrait  être  répartie  sur  une  longneurde  1  426  millions  de  kilomètres, 
on  a  439  trillions  de  kilogrammes  par  kilomètre  linéaire  de  l'anneau,  et  un 
cylindre  du  diamètre  de  Mars  aurait  [lour  densité  ,4t  '-^^  ''i  densité  de  l'air. 

Poiii-  Neptune  nu  aurait  3487  trillions  de  kilogrammes  par  kilomètre  et 
une  densité  de  ^J-j  pour  la  composition  du  cylindre  d'un  diamètre  égal  à 
celui  de  Neptune. 

Ces  ijuautités  s(nU  faibles  propurtiDUuellemenl  à  la  grandeur  de  la  nébu- 
leuse solaire  [irimitive.  et  ces  detachenumls  d'anneaux  nesnnl  pasvraisem- 
blaliles. 

D'autre  part,  il  aurai!  fallu  ijuaprès  la.  bu'matiou  du  preuiier  anneau, 
celui  de  Neptune,  par  exemple,  si  singulièrement  faible,  la  nelnileusese  fût 
contractée,  sans  nouvelle  perte  de  matière',  juscju'à  l'orbite  d'Uranus,  c'est- 
à-dii'e  presque   de  nioilii'  (do  30  à    llt\   et    d'Urainis  à   Saturne,  de   moitié 


rOSMOCONIF.    1)1".  I.A   IM.ANr.TI':  M  Mis.  :f73 

justo,  ou  à  peu  prés  (de  l'J.",'  a  l(,ô).  Pourquoi  un  paieii  éUit  d'êquilibri', 
persistant  pendant  un  temps  iinnieiise,  et  res  brusques  renversements  du 
rapport  de  la  jii'avité  à  la  forée  centrifuge?  La  nébuleuse  en  coiUraetion 
aurait  du  aljandonner  une  série  d'anneau.x  succi'ssifs  e.xtrèiiK.Miienl  imin- 
lireu.x. 

Il'emiuents  tréouietres,  notamment  Roche,  de  Montpellier,  ont  savamment 
discute  la  question  sans  la  résoudre.  Pour  moi,  il  me  semble  que  le  plus 
simpli'  est  de  coiisiiiéier  les  planètes  comme  le  résultat  de  condensations 
formées  flanx  riniériciir  de  la  ucliuleuse  ju-imitive.  C'était  Phypotlièse  de 
Kaut  (';■ 

Les  nébuleuses  de  l'univers  sidri'al  nous  ollVeiil,  d'ailleurs,  des  e.xemples 
confirmatifs  de  cette  conce|ition.  Ou  n'en  voit  jias  montrant  un  ou  plusieurs 
anneau.x  détachés:  on  en  connaît  plusieurs,  au  contraire,  dans  l'iiUèrieur 
descjiielles  des  condensations  évidentes  se  manifestent.  La  furnie  en  spirale 
du  gi'and  nombre  indique  le  mouvement  séculaire. 

Dans  l'hypothèse  de  Laplace,  la  planète  xMai-s  est  nécessairement  anté- 
rieure à  la  Terre  et  de  lieaucoup  [dus  ancienne.  Etant  donnée  l'infériorité  de 
sa  masse  et  de  son  volume,  elle  aurait,  d'autre  part,  parcouru  plus  vile  les 
phases  de  son  évolution  et  se  serait  refi'oidie  rapidement.  Absolument  et 
relativement,  elle  serait  donc  incomparablement  plus  àgi;e  (jue  la  Terre. 

Dans  la  seconde  hypothèse,  les  plus  fortes  condensations  et  les  plus  éloi- 
gnées du  noyau  centi-al  seraient  les  pkis  anciennes  (.lupiter,  Neptune, 
Uranus,  Saturne),  et  Mars  pourrait  être  plus  jeune  (fue  la  Terre.  Toutefois, 
en  raison  de  sa  faible  masse  et  de  son  petit  volume,  il  pourrait  être  relali- 
remenl  plus  âgé.  La  Lune  est  une  fille  i)lus  vieille  ijue  sa  mère. 

l'.eiie  hy(iothèse  des  condensations  intérieures  me  parait  depuis  bien 
des  années  déjà  devoir  l'emporter  sur  celle  des  anneaux  détachés  par  l'excès 
de  la  force  centrifuge.  Parmi  les  objections  présentées  à  la  théorie  de  Laplace, 
nous  pouvons  remarquer  ici  celle  (jue  M.  Maurice  Fouche,  astronome 
adjoint  à  l'Observatoire  de  Paris,  a  signalée  à  l'Académie  des  Sciences  il  y 
a  plus  de  vingt  ans.  \o\c\  celte  note  substantielle  (*i. 

J'ai  cru  iiitérc<.saiii  de  l'aire  ressortir  ime  conséquence  de  la  théorie  de  Ijaplace 
qui  m'est  venue  à  l'idée  à  la  suite  d'une  conversation  avec  >L  Flanunarion. 

En  18(14,  David  Trowbridge  avait  déjà  appelé  l'atlention  sur  la  condensation 
contrale  très  forte  que  devait  posséder  vers  son  centre  la  nébuleuse  prindtive, 
mais  les  résultats  (jue  nous  allons  développer  paraissent  lui  avoir  (-cliaii 


pue. 


(')  Voyez  WoLF.  Le:i  hypolhéses  cosmoqoniques,  p.  153. 

(-)  Comptes  rendus  de  l'Académia  des  Science-'',  ".'4  novembre  lSiS4. 


374  ~       LA   IM.AM:!!'    M.VKS.  1897 

Si  la  iii'liulcnsc  solaire  s'était  comlensée  de  manière  à  rester  semblable  à  elle- 
mèiiie,  sunuiDinent  d'inertie  I  =  X /ii/'- aurait  varié  proportiounellenieut  au  carré 
du  rayon  équatorial,  et,  le  moment  des  quantités  de  mouvement  lol  devant  rester 
constant,  on  aurait  eu  aux  deux  époques  d'abandon  de  deux  anneaux  successifs: 

,    .,  ,  ,  a- 

(0  a  -  =  (o;i-  ou  tu   =  (o  -— • 

a  - 
Mais,  d'après  la  troisièni<_'  loi  de  Kepler,  on  a,  au  c?oiitraire, 

Cette  valeur  étant  plus  petite  que  la  précédente,  et  le  produit  (ol  restant  con- 
stant dans  tous  les  cas,  il  faut  que  I  soit  plus  grand  qui'  si  la  distribution  des 
densités  était  restée  la  même.  <Jr  il  est  bien  é' vident  que,  pour  une  même  ma^se 
et  un  même  rayon,  I  sera  d'autant  plus  petit  que  la  condensation  vers  le  centre 
sera  plus  prononcée.  Il  faudrait  donc  que  dans  la  nebulense  île  Laplace,  non  seu- 
lement la  condensation  centrale  n'eût  pas  fait  de  progrès  depuis  la  formation  de 
la  première  planète,  mais  qu'an  contraire  la  distribution  dfS  densités  y  fiit 
devenue  de  plus  en  plus  uniforme.  On  remarquera  que  cettte  marche  des  phéno- 
mènes est  exactement  l'opposé  de  celle  qu'admet  M.  Fayo. 

En  prenant  pour  unités  le  rayon  de  l'orbite  terrestre,  la  niasse  du  Soleil  et  le 
jour  moyen,  le  moment  total  des  quantités  de  mouvement  du  toleil  supposé 
homogène  (  ce  qui  eu  exagère  la  valeur  i  est  égal  à 


''=É^^i{^y=-^ ''''''''''''■ 


Celui  de  l'ensemble  des  planètes  i;  m  m  a-  est 

271  X  lt,()(MillO'.)i;l  ICj. 

Le  moment  total  jioiir  tout  le  système  est  alors 

2-  X  ll.OlIlliItl'.l'.Hi.Vi. 

<_ir,  celui  d'un  ellipsoïde  homogène  de  même  masse  i[ue  le  Soleil,  s'étendant 
jusqu'à  l'orbite  de  Neptune  et  toiu'nant  avec  la  vitesse  angulaire  actuelle  de  cette 
planète,  serait 

''t 


60  1S1 


X  f  X  30,0(1    =  -.'-x  0,00(i04, 


résultat  do  plus  de  si.\  cents  fuis  plus  grand  que  le  lu-écêdent.  On  voit  quelle 
énorme  condensation  il  fan'  accepter  pour  réduire  le  moment  d'inertie  à  la  six- 
centième  partie  de  ce  qu'il  eût  éU;  dans  le  cas  d'hoinogéneilé. 

Mais  il  y  a  plus  :  imaginons,  connue  l'hypothèse  la  plus  simple,  que  la  uélm- 


MAUKIC.K    l-OLt:iir..     -    I    IIYIM) TIIKSE    DK   I. AI'I.ACK.  375 

leuse  ait  été  composée  ilo  deux  parties  lionioi.'(''iifis  elli|isoïdales,  couceiitri(iues 
et  semblables:  un  noyau  oomlenso  de  rayon  ét(uatoriai  h  et  île  densité  f,  et  une 
atmosphère  de  rayon  extérieur  a  et  de  densité  7.  l'our  le  calcul  des  moments 
d'inertie,  on  peut  remplacer  les  couclies  ellipsoïdales  par  des  couches  sphéri(]ues 
de  même  masse  et  de  même  éi]uaienr,  de  sorte  cpie  0  et  s  représenteront  non  les 
densilés  réelles,  mais  celles  qu  aurait  la  matière  si  elle  élail  dilaté-e  uiiifni-mi'- 
ment  dans  les  sjilicres  correspon'iante>.  l,a  masse  du  système  éiant  connue,  on  a 

M  =  -  -[ph"-^  7(a3  — />|)|  =  ^ttN. 

Le  moment  total  des  quantités  de  mouvement  .''U.  est  aussi  connu  : 

On  déduit  de  ces  éqnatious,  en  posant  p  —  i  =  0'. 

(  0  b'^  -H'  =  K. 

Si  l'on  suppose  a  connu,  û  reste  Irnis  quantités  h,  p',  -  à  déterminer,  et  l'on 
n'.i  que  deux  équations.  Xiuis  profiterons  de  l'indétermination  pour  rendre  5 
maximum.  Le  maximum  de  7  correspond  au  minimum  de  p'6'  t(ui  représente,  au 
facteur  |-  près,  la  masse  iiui  s'est  condensée  dans  le  noyau  en  plus  de  la  masse 
de  même  densité  que  l'atmosphère.  1  >r  nu  tire  des  équations  ; 

Le  minimum  a  lieu  pour  b  =  0,  le  noyau  est  de  dimension  infiniment  petite; 
mais  la  densité  y  est  infiniment  gi-unde,  et  ia  masse  condensée  est 

s     ■  •:!  •-!     a^  .5     a  2 

Le  rapport  de  la  masse  atmosphérique  à  la  masse  totale  serait  donc 

4_  J^  K 
3  '"  a=  M  ■ 

Or  K  peut  être  facilement  calculé,  à  l'époque  d'émission  de  l'aunean  (|iu  a 
formé  Neptune,  d'après  la  valeur  nuinériqne  déjà  trouvée  poiu-  .:."'R , 

■2tK  =  —  ,"»l\.  -  =  —  —  X  ti.iHMiul  =  -^  ^  u,r,oisi. 

A  1  origine,  la  masse  de  l'atuiusphère  de  la  nébuleuse  aurait  été  au  plus 

f-—=  U.nOlt.66. 
â     a- 


376 


LA   PLANÈTE   MARS. 


1897 


Ce  résultat  dépasse  à  peine  la  masse  de  toutes  les  planètes  réunies,  et  c'est 
uno  limite  supérieure.  Il  faudrait  donc  que  toute  l'atmosphère  de  la  nébuleuse 
se  fût  successivement  réduite  en  planètes,  ce  qui  est  bien  difficile  à  admettre.  Il 
y  a  Iri  une  difficulté  très  sérieuse  contre  la  théorie  de  Laplace. 

D'après  tout  ce  qui  précède,  il  nous  semble  (jue  l'on  doit  admettre  comme 
Ires  probable  la  formation  des  planètes  dans  riulerieur  de  la  nébubuise  so- 
laire, et  ne  plus  considérer  Mars  comme  nécessairement  antérieur  à  la 
Terre. 


CCXXXIV.  —  Abbé  Moheux  et  Du  Ligondès.  —  Les  C.\n.\ux  de  Mars. 

(In  a  vu  au  pi'emier  volume  (p.  5811  les  ex[iériences  essayées  en  18911, 
sur  mon  invitation,  par  le  géologue  Daubrée,  directeur  de  l'École  des 
Mines,  vice-président  de  la  Société  Astronomique  de  France,  pour  repro- 
duire   des    cassures   analogues  aux   canaux   de    Mars   sur  des  globes  de 


niclal  lin  de  caoutchouc  dont  on  faisait  variei-  le  volume.  Malgré  toutes 
li's  pri'canlions  prises,  maigre  Ions  les  essais.  Daiibree  ne  put  obtenir  par 
i-iinti  aciion  rien  ijui  ressemblât  aux  canaux  île  Mars,  en  supi)Osanl  (|Ue  ces 
canaux  russent  été  à  l'fu'igine  des  cassures  de  la  planète.  Mais,  en  intio- 
duisaiit  dans  les  ballons  de  l'eau  sons  une  pression  qui  ci'oissait  graduel- 
lenienl,   ces  globes   finirenl    jiar   [U'i'senlei-   des    brisures    rectilignes   dont 


MOKEIX 


LES   CANAUX    DE    M  AU  S. 


377 


rentrecroiseineut  ,yéomélrique  reproduisait  assez  bien  rapparoiice  du  réseau 
marlieu. 


Fig.  239. 


M.  l'abbé  Moreux  a  repris  les  expériences  de  Daubrée.  en  moditiant  le 
mode  opératoire  et  eu  faisant  varier  l'épaisseur  de  la  couche  enveloppe  de 


Kig.  iH)- 


ses  ballons.   Ceux-ci,   préalablement  gonflés  à  l'air   et   enduits  de  plâtre 


378  •      LA   PLANETE   MARS.  1897 

liiiniiiJe.  élaienl  ensuite  suspendus  sous  la  cloche  d'une  machine  pneiinia- 
lique.  Dès  que  ia  pression  commençait  à  diminuer,  le  volume  des  ballons 
augmentait  .uraduellement,  on  voyait  l'enveloppe  se  fendiller,  et  l'on  arrê- 
tait au  moment  voulu  pour  photographier. 

Les  /;,'/.  'J38  et  "239  représentent  ces  expériences. 

M.  Du  Ligondès  a  essayé  de  comideler  ces  expériences  en  se  plaçant  dans 
des  conditions  qui  se  rappi'ochaient,  autant  que  possible,  de  la  réalité.  X  cet 
effet,  il  a  recouvert  d'une  coucdie  uniforme  de  terre  à  mouler,  ayant  12  à 
13  millimétrés  d'épaisseur,  un  gbdie  de  [)làlre  de  \~h  luillimétres  de  dia- 
mètre environ.  Il  a  ainsi  obtenu  nw  sphère  ayant  à  peu  pi'ès  "20  centimètres 
(le  diamètre,  composée  d'un  noyau  incompressible  et  d'une  enveloppe 
susceptible  de  se  rétrécir  par  dessiccation.  .4u  bout  de  vingt-(juatre  heures 
il'exposition  dans  un  local  chauffé,  l;i  dessiccation  ayant  paru  complète,  on  a 
[iholograpliie  le  globe  crevasse  sur  plus  de  la  moitié  de  sa  surface  i/i</.  "2401. 
Ici,  l'enveloppe  étant  plus  épaisse  que  celle  des  ballons,  les  fentes  sont 
beaucoup  plus  larges  et  moins  nombreuses. 

On  observe  une  analogie  apparente  entre  ces  cassures  et  celles  qui 
silbiumnl  la  planète  Mars,  u  La  ilitrérence  essentielle  iiroviendrait  de  ce  que. 
la  surface  des  globes  en  expérience  n'ayant  suld  aucun  remaniement  exté- 
rieur, les  cassures  sont  i-estées  iniacles.  tandis  que  les  crevasses  de  Mars, 
dégradées  par  les  agents  d'éro-ion,  auraient  perihi  leurs  arêtes  vives.  Une 
partie  des  matériaux  se  serait  éboulée  à  l'iutrrifur,  formant  ainsi  des 
vallées  plus  ou  moins  larges  et  peu  prcifondes.  » 

.  CC.X.X.W.  —  Flammarion.  —  'Variatioxs  certaines  sur  NLars  ('). 

[/existence  de  variations  certaines  arrivant  actuellenn>nt  à  la  surface  de 
.Marsest  d'une  grande  importance  pour  notre  cimnaissauce  de  celle  planète. 
.\  celles  qui',  j'ai  déjà  signalées,  il  mi>  parait  utile  d'ajouter  un  dessin  résu- 
mant les  observations  faites  sur  le  rivage  de  gavudie  de  la  mer  du  Sablier. 

D'après  les  observalious  cn'.npari'es,  faites  depuis  IS77,  iiotaiiniieiU  par 
MM.  Schiapnrelli  k  Milan,  Greeii  à  Madèi-c.  Stanley  Williams  .'i  Biàghton,  Lnwell 
â  Flagstaff,  lirennor  à  Lnssinpicolo,  Walier  (laie  à  Sydney,  Molesworth  à  Ceylan. 
l'iullips  à  Yesoil,  Meares  ^'i  Calculta.  Keniptliorne  à  Berkshire,  ainsi  que  par 
les  nôtres  à  Jiivisy,  etc.,  ce  rivage  s'est  di'^placé  d'année  en  année,  connue 
on  le  Voit  snr  le  plan  ci-dcssons  {fi<j.  'IW  |.  De  ISiil  à  1S77,  cette  «  mer  »  était 
fort  étroiie  et  à  sa  gauche  se  détachait,  assez  loin,  nn  lac,  le  lac  Mœris.  réuni  à  elle 
par  une  traînée  sombre.  Puis,  ce  rivage  oriental  alla  en  s'elargiss;uit.  lin  1879  ei 

(')  Annii.iiri'  Axlronouiique  pour  l'an  1898  (novemlire  1897). 


VAUIATIONS  (  I-UIAINKS  S  l  li   MAUS. 


379 


ISSÎ.  il  atteignait  déjà  la  moitié  de  la  distance  primitive  qui  séparait  la  mer  du 
lac.  V.n  I88i,  en  1890.  il  touchait  presque  le  lac.  Eiitin,  à  l'opposition  du  dé- 
cembre 1896,  le  lac  a  été  entièrement  envahi  !  Ht  même,  eu  fait,  ce  n'est  pas  seule- 
ment la  mer  qui  s'est  déplacée,  c'est  aussi  le  lac  qui  a  marché  vers  la  droite:  ils 
paraissent  avoir  fait  chacun  une  partie  du  chemin  !  Et  ce  n'est  pas  1;\  un  léger 
mouvement.  Sur  cette  carte  1  millimètre  repré'sente  ;i7  kilomètres.  l,a  variation 


MER 


DU 


SABL/ER^ 


%  J  R«i' 


1-^    i. 


V 


■s 


Fii,'.  ■J4I .  —  (  ai'te  niuntiant  k-;^  \a^!;ttilln:^  «.•bsfivecs  dans  la  retri<iii  «U-  lu  mer  ilii  Salilter 
et  du  lac  Mœris.  lEi-lifUe:  I  inilluiietre  =37  kilonietivs.) 


dont  il  s'agit  s'étend  donc  sur  H90  kilomètres  de  l'Est  à  l'Ouest  et  sur  2400  du  Xord 
au  Sud.  C'est  plus  du  double  de  l'étendue  de  la  France.  Que  penser  de  pareilles 
transformations! 

Inondations'  Végétation"?  Mais  n'oublions  pas  que  la  nature  martienne  diffère 
delà  nature  terrestre,  malgré  l'analogie  des  jours,  des  saisons  et  des  climats.  Et 
puis,  nous  ne  voyons  pas  exactement  ce  qui  s'y  passe.  —  \'oilà  une  plauète  qui 
nous  donnera  encore  bien  des  soucis  avant  il'être  entièrement  connue. 


380  LA   PLANÈTE   MAKS.  1897 

Déjà,  M.  Scliiuparelli  a  sisrnalé  à  l'attention  cette  curieuse  variation  du  rivage 
oriental  de  la  niei-  ilu  Sablier  i '•!)//.  tome  I,  Ùhservations  lie  1888,  p.  439). 


ccXXW'l.  —  AiuiHÉNiis.  —  Influence  de  l'acide  cahbomoue 

SUR    LA    TE.MPÉHATURE    DES    PLANÉTE8    (M- 

Résumant  une  savante  couimniiicalion  faite  à  l'Académie  royale  des 
Sciences  de  Suéde,  par  le  professeur  Ai'rhénins,  M.  Holden  expi.ise  ici  l'in- 
fluence de  l'acide  carlionique  sur  la  température  de  l'atmosphère. 

L'importance  de  la  constitution  de  l'atmosphère  sur  le  climat  a  été  éialdie 
par 'ryndall  (-1.  Fourier.  Poudlet,  Arago,  Langley  ont  montré  que  lalmosphère 
terrestre  agit  à  la  façon  d'une  serre  pour  conserver  à  la  surface  de  la  Terre  la 
chaleur  venant  du  Soleil.  Toutefois,  dans  un  récent  mémoire.  Langley  a(hiiet 
que,  même  dépourvue  d'atiiKjsphèi'e  sensible,  la  Lune  peut  avoir  une  tempéra- 
ture moyenne  .le  45°. 

Dans  l'atmosphère  terrestre,  e'pst  la  vapeur  d'eau  et  l'acide  carbonique  qui 
agissent  a\  ec  le  plus  d'efticaciti'  pour  conserver  la  chaleur  solaire. 

La  température  saccruit  en  progression  arithmétique  quand  la  quantité  d'acide 
carbonique  s'accroit  eu  progression  géométrique.  C'est-à-dire  qu'elle  devient 
•2,  4,  0,  8  fois  plus  élevée  si  la  quantité  d'acide  caibonique  devient  4,  8, 16,  32  fois 
plus  grande. 

(  )ii  n'a  encore  trouvé  aucune  explication  certaine  de  l'époque  glaciaire.  La 
Terre  s'est  refroidie,  puis  s'est  réchauffée.  La  température  des  zones  polaires  a 
été  supérieure  de  8"  G.  à  9"  ('.  à  la  teinpéralin-e  actuelle.  Ensuite  la  glace  est 
revenue,  et  l'on  constate  mi'Mue  la  succession  de  idusieurs  périodes  glaciaires. 
L'irlauile,  l'.Viigleterre,  la  Hollande,  le  Danemark,  la  Suède,  la  Norvège,  une 
partie  de  la  Russie,  de  l'.Vllemagne  et  de  l'.Vutriclie  ont  été  sous  la  neige.  En 
mi'Uie  temps,  les  glaciers  des  Alpes  descendaient  sur  toute  la  Suisse  et  sur  une 
partie  de  la  f'rance  cl  de  l'.Vutriche.  11  on  était  <le  même  eu  d'autres  contrées, 
notamment  dans  r.\mériquc  du  Nord.  La  température  moyenne  devait  être  de  1" 
à  .>  inférieure  à  la  température  actuelle.  I,  humanité  existait  déjà  lors  de  la 
dernière  époque  glaciaire. 

Le  calcul  montre  que  la  température  des  régions  s'élèverait  de  8"  à  9°  si  l'acide 
carbonique  augmentait  de  .'  fois  et  demie  ou  ;U"ois  sa  valeur  actuelle.  Pour  amener 
la  température  de  l'âge  glacian-e  enire  le  -iO''  ei  le  50''  <legré  de  latiiude.  il  suffi- 
rait que  la  i|uantité  d'acide  carboui(|iiP  répandue  dans  latmosplière  ilescendit  à 
U,ij,',  U,.")U,  U,.'i.")  de  sa  valeur  actuelle. 

(')  AKtroiiiiiiiic:tl  Society  of  Ihi'  I':icitic,  isy?,  |..  li. 
(-')   Vnir  plus  liHUl.  p.   IbH,  IG'J,  -HiG. 


A.'iRHEMUS.   —   AC.inK   C  A  K  HnMUL"  K    KT   TKM  1' K  MA  I  tli  li.         381 

Coininent  cette  variation  dans  la  quaiititt'  il'acide  carljiiiiiqiJK  aiiiail-elio  pu  se 
produire  ? 

Le  professeur  Hiigboin  Ta  calculé.  En  admettant  que  la  quantité  moyenne 
d'aci  le  carbonique  répandue  dans  l'aliuosphère  représente,  en  volume, 
(i.O.i  pour  100,  un  trouve,  en  poids,  0,0i.')  pour  100.  nu  0,3.'rJ  millimètre  de 
pression,  ou  Ojiiid  gramme  d'acide  carbonique  par  ceniimétrc  carré  de  la  sur- 
face de  la  Terre.  Réduite  en  carbone,  cette  quantité  donnerait  une  couche  d'en- 
viron 1  millimètre  d'épaisseur  sur  la  surface  du  globe. 

Les  roches  terrestres  contiennent,  à  l'état  de  carbonates,  au  moins  i.^000  fois 
plus  de  carbone  qu'il  n'y  en  a  dans  l'air,  car,  si  toute<  ces  roches  éiaieui  à  la  sur- 
face du  sol,  elles  s'élèveraient  à  plusieurs  centaines  de  mètres.  Chaque  moh'Ciile 
d'acide  carbonique  de  cette  masse  de  roches,  aujourd'hui  fixée  minéraleinent, 
a  existé  autrefois  dans  l'atmosphère.  Il  y  faudrait  ajouter  le  carbone  aujourd'hui 
fixé  dans  la  houille. 

La  ijuantité  d'acide  carbonique  atmosphérique  a  considérablement  varié. 
Actuellement  elle  est  produite  par  les  exhal  lisons  volcaniques,  —  la  combustion 
des  météores,  la  décomposition  des  orgauisMies,  les  végétaux,  etc.  La  ni<-r  agit 
aussi,  suivant  les  températures. 

yi.  Arrhénius  pense  «[ue  les  variations  séculaires  dans  la  quantité  d'acide  car- 
bonique atmosphérique  sont  une  meilleure  explication  îles  variations  de  la  tem- 
pérature terrestre  que  celle  des  variations  ]ios>ibles  de  la  quantité  de  \apeur 
d'eau  atmosphérique  et  que  l'hypothèse  de  C.roll,  établie  sur  les  variaiioiis  sécu- 
laires de  l'excentricité  de  l'orbite  terrestre. 


Il  nous  a  paru  iiiiporlaut  de  résuiuer  ici  ce  curieux  Mémoire  du  savant 
suédois,  a  cause  de  rapplicalion  possilde  Je  ses  ciuiclusions  a  la  temijera- 
lure  de  Mars.  Il  sulTirait  d'adinetlre,  en  effet,  que  l'almosphere  martienne 
fiit  plus  riche  que  la  nôtre  eu  acide  carboniijue    ''  pour  admettre,  eu  mèmi- 

(')  Nos  lecteurs  savent  que  l'acide  carboni^ine  (CO-j  (  l'uxyde  de  carbuiie  =  CU)  est 
un  gaz  incolore,  transparent,  élastique,  d'une  saveur  aigrelette  et  d'une  odeur  légè- 
rement piquante.  Sa  densité  est  de  L529.  L'eau  en  dissout  environ  son  volume  sous 
la  pression  ordinaire  et  davantage  sous  une  pression  plus  forte  fexemple  :  l'eau  de 
Sellz). 

Il  se  liquéfie  sous  la  pression  de  36  atmosphères,  à  la  température  'le  0°.  C'<^st  un 
liquide  incolore,  très  Huide.  soluble  dans  l'alcool  et  dans  l'éther,  insoluble  dans  l'eau. 
Ce  liquide,  en  passant  à  l'état  gazeux,  produit  un  fn.id  considérable  :  70'  au-dessous 
de  zéro. 

Lorsqu'on  dirige  un  jet  d'aride  carbonique  liquide  sur  une  capsule  oe  verre  ou  dans 
une  boite  métallique,  une  portion  du  liquide  se  condense  sur  les  parois  de  la  capsule 
ou  de  la  boite,  et  l'on  obtient  ainsi  de  l'acide  carbonii|ue  solide  sous  la  forme  de  flo- 
cons neigeux.  La  température  de  ce  corps  esi  d'environ  78°  au-dessous  de  zéro;  mais 
on  peut  l'abaisser  davantage  encore  en  le  mélangeant  avec  de  l'éther.  L'intensité  du 
froid  produit  par  ce  mélange  est  telle  que  des  masses  considérables  de  mercure  peuvent 


;JS2  LA    PLANKTE   MAKS.  1897 

triiips,  que;  ses  climats  fiisscul  assez  cliamls  —  et  même  la  itréscnce  de 
l'acide  carlioiiique  piiurrait  elle-iuème  coniliattre  l'hypollièse  de  la  neige 
jiolaii'e  carliiiniijiie. 


CCXXWII.  —  .loHNSTdNE  Stonev.  —  L'at.mosphf.he  de  Mahs  (M- 

M.  .[(dinsloiie  Sloney,  iiiemln-e  de  la  Société  royale  dr  Londrrs,  vice-iirési- 
d'Mit  de  la  .Société  physii|ue.  s'est  sprcialemeiit  a[iiili(]ué  à  Tétudi'  matlié- 
iiialiiiui'  di's  atmosphères  planétaires  par  la  Ihéorii'  cinétique  des  gaz,  l'iude 
commencée  i)ar  lui  oés  Tannée  1867  iSociété  royale  de  Londres,,  conti- 
nuée en  1870  (Société  royale  de  Diiblinl  et  poursuivie  depuis  en  maintes 
circonstances.  Dans  le  Mémoire  de  1897,  il  pose  les  loi  fondamentales  de 
la  tlii'orie  i;inetit|i;e  des  gaz  et.  en  l'appliquant  à  la  Lune  et  à  Mars,  notam- 
ment, conidut  que  notre  satellite  ne  peut  pas  posséder  d'atmosphère  parce 
qu'il  ne  jjeut  pas  retenir  de  molécules  animées  d'une  vitesse  de  "2380  mètres 
par  seconde  et  que  les  molécules  de  l'air  ont  \uie  vitesse  supérieure  à 
celle-là.  Pour  la  planrte  Mars,  drjut  il  considère  avec  raison  le  cas  comme 
présentant  un  intérêt  exceptionnel  «  one  of  exceptional  inlerest  ».  il  conclut 
que  toute  molécule  animée  d'une  vitesse  de  4803  mètres  par  seconde  s'échap- 
perait de  son  attraction:  (jue.  par  conséquent,  l'atmosphère  de  cette  planète 
ne  peut  pas  contenir  de  vapeur  d'eau:  que  sans  eau,  il  n'y  a  [las  de  végé- 
tation pnssilile;  (jiK^  sans  végétation,  il  n'y  a  pas  d'oxygène  libre;  etquel'at- 
mosjihère  martienne  doit  être  composée  d'azote,  d'argon,  et  de  dioxyde  de 
carbone  (acide  carboniijue). 
L'acide  carbonique  pourrait  se  condenser  à  la  surface  du  sol  sous  forme 

être  congelées  en  qiielqi-ies  secondes;  c'est  ainsi  que  l'on  est  parvenu  à  reproduire  avec 
du  mercure  solidifié  des  pièces  de  monnuie,  des  médailles,  des  statuettes,  etc. 

A  la  pression  de  760"",  l'acide  carbonique,  sous  forme  de  flocons  lilancs.  marque 
—  78";  c'est  de  l'acide  carbonique  à  l'état  liquide. 

On  peut  ohtenir  de  l'acide  carbonique  li(|iiide  à  la  pression  de  -'i",)3""  et  à  la  tempéra- 


ture  de 

-  80"  : 

;  suus  la  pression 
» 

de 

Ti9 
188 
137 
80 
61 
35 
30 

à 

la  t. 

îm|ipral 
» 

;ure 

de 

-  85 

-  87 

-  91 

-  95 

-  99 
-107 
-110 

A  la  surface  de  Mars,  la  pression  est  extrêmement  faible.  Elle  serait  de  l:i(i"""  si  les 
masses  étaient  proportionnelles  {voir  p.  160). 

(')  Of  uhiiosiihori's  tipon  planets  and  Sulellites  (The  scienti/ic  Transactions  of 
tlie  ltn>i:il  liiihlin  Society,  novembre  1897). 


\.F.<    \TM(»SIMIF.r!FS   DTS   PI.  A  Ni:  TK  S.  383 

de  neige,  de  gelée  bl.inche  ou  de  glace,  ei,  lorsqu'il  s'évaporerait  ensuite, 
s'écoulerait,  à  cause  de  sa  densité,  le  long  des  vallées,  occupant  les  plaines  et 
poussant  son  chemin  an-dessous  de  l'azote.  Lps  brumes,  les  neiges,  les 
gelées  en  seraient  les  nianil'i'statious,  iM  son  écoulenient  de  jiarl  et  d'autre 
des  chaînes  de  montagnes  expliiiuerail  les  aspects  que  l'on  a  pris  pour  des 
oanau.x.  Ceu\-ci  seraient  des  chaînes  dominant  le  iirouillard  d'acide  carlio- 
niijue. 

Nous  allons  examiner  en  di'lail  la  savante  théorie  du  physicien  anglais. 

CC.X.X.WIli.   —    l^A    THÉORIE   CINÉnouE    DE    LA    CONSERVATION  DES  A  I MOSPHÈHES . 

La  théorie  développée  par  M.  .loiuistone  .Stoney  semble  permettre,  à  pre- 
mière vue.  de  rvsoudre  [lar  !e  calcul  toutes  les  questions  relatives  à  la 
conservation  et  à  la  composition  des  atmosphères  planétaires,  si  Ton 
connaît  seulement  l'intensité  de  la  pesanteur  à  leur  surface  et  les  tempéra- 
tures qu'elles  ont  traversées  dans  le  cours  du  temps.  Elle  est  basée  en  entier 
sur  la  théorie  cinétique  des  gaz  et  sur  la  connaissance  de  la  vitesse  que 
devrait  posséder  un  corps  se  mouvant  librement  dans  l'espace,  pour  sortir 
de  la  sphère  d'attraction  de  la  planète  et  l'abandonner  définitivement. 

Or,  la  tliéorie  cinétique  des  gaz  nous  donne,  pour  chacun  d'eux,  la  vitesse 
moyenne  de  leurs  molécules  et  la  loi  suivant  laquelle  les  tliverses  vitesses 
se  répartissent  entre  l'ensemble  de  leurs  ultimes  particules.  Elle  établit  des 
relations  entre  la  vitesse  moyenne  et  la  température,  ou  la  masse  molécu- 
laire, la  valeur  du  chemin  parcouru  eu  moyenne  par  une  molécule  entre 
deux  chocs  consécutifs;  bref  elle  nous  fournit,  en  apparence,  tous  les  élé- 
ments du  problème  que  M.  .lohnstone  Stoney  s'est  propose  de  résoudre. 
Cette  considération  individuelle  de  la  molécule  transforme  le  problème  de 
Laplace  en  un  simple  problème  de  mécanique  particulaire,  dont  la  solution 
apparaît,  à  piemière  vue,  comme  facile  à  découvrir.  Nous  verrons  cepen- 
dant (jue  ce  problème  cache  encore  des  difficultés  très  grandes,  et  que  la 
théorie  cinétique,  qui  n'est  pas  démontrée,  mais  qui  est  acceptable  par  le 
grand  nombre  de  faits  qu'elle  permet  d'expliquer,  devient  douteuse  préci- 
sément pour  son  application  au  problème  qui  nous  intéi-esse  ici.  Nous  allons 
en  résumer  les  princii)es. 

Théorie  cinétique  des  ya: .  —  Cette  théorie  envisage  les  gaz  couuue  coustitués 
par  des  sphères  élastiques  se  mouvaut  eu  tous  sens  avec  une  grande  vitesse, 
s'entrechoquaut  et  rebondissant  les  unes  sur  les  autres,  frappant  le»  parois  des 
vases  qui  limitent  la  masse  gazeuse,  et  produisant  ainsi,  par  ces  chocs  multiples 
et  sans  cesse  répétés,  la  pression  que  les  gaz  exercent  sur  leur  enveloppe,  et 


384 


LA    PI.ANETK   MARS. 


1897 


tlont  1111  mesurft  la  vuleur  i,'l(jbale.  Le*»  vitesse»  imlividiielies  des  molécules 
diffèrent  de  l'uoe  à  l'autre,  et  leur  ensemble  o^t  régi  par  les  lois  de  la  probabilité 
dont  la  forme  a  été  indiquée  par  Maxwell.  Ces  vitesses  se  iiruupent  autour  d'une 
valeur  déterminée,  qui  est  leur  valeur  la  plus  probable,  vnleur  différente  de  la 
inovonne,  par  la  raison  que  la  plus  petite  vitesse  ne  peut  pas  être  inférieure 
à  zéro,  tandis  que  la  plu>  u'rande  peut  i-roiirt*  théoriipiement  au  delà  de  toute 
limite. 

L'énergie   thermique   d'un   gaz  t'tant  considérée  comme   reiiri'sentée  par   la 
somme  des  énergies  cinétiques  de  ses  molécules,  c'est-à-dire  par  la  somme  des 

produits   — Y-"    la  vitesse  moyenne  est  proportionnelle  à  la  racine  carrée  de  la 

température  ;  et,  l'énergie  moyenne  dans  un  mélange  étant  supposée  également 
répartie  entre  les  divers  gaz  qui  le  constituent,  la  vitesse  moyenne  des  molécules 
est,  pour  chaque  gaz,  inversement  proportionnelle  à  la  racine  carrée  de  la  masse 
moléculaire. 

La  répartition  des  vitesses  entre  les  diverses  molécules  d'un  même  gaz  est 
donnée  par  la  formule 

■4  i"-    ,j  -  ^ 


y  = 


\'—.  a^ 


Cette  expression  donne  la  probabilité  de  l'existence  d'une  vitesse  comprise  entre 
t;  et  V  -\-  du,  en  l'onction  de  la  vitesse  la  plus  probable  ï,  et  de  constantes  numé- 


FiL-.  i«. 


riques.  En  d'autres  tonnes,  considérons  un  nombre  N  très  grand   de  molécules 
iVun  même  ga/  constituant  un  mélange  visililemeni  homogèue  ;   il  existera,  k  un 

■1  N  /  '-'  .'-  ..  -    '-  '  '-'" 

cdiiiprises  entre  n  et  u  -i-  di-. 


moment  donne,  N  i/(/i;  ou   '-'—(-)    '■       ="   —  molécules  possédant  des  vitesses 


l.KS  ATMOSPHERES    DES    PLANETES.  385 

La  représentation  numérique  de  cette  formule  est  donnée  par  une  courbe  de 
l'aspect  représenté  dans  la  figure --iî.  L'abscisse  du  maximum  est  a,  son  ordonnée 

A  partir  du  maximum,  la  probabilité  tombe  rapidement  de  cjiaque  côté; 


e-v'z 


elle  est  nulle  à  zéro,  mais  ne  retrouve  une  seconde  valeur  nulle  qu'à  l'infini.  Kn 
d'autres  termes,  toutes  les  vitesses  sont  théoriquement  possibles,  sinon  pro- 
bables. L'ordre  de  probabilité,  pour  diverses  valeurs  de  i-,  est  donné  dans  le 
Tableau  suivant  : 


V 

Proh.-ihililé  de  u 

a 

Probabilité  de  » 

■2. .  .  . 

..      0,2  =  0,2 

:i 

. .     3.1ir'=0,003 

i 

..     5.  itr' =  0,000  005 

.*>.... 

.  .     1.10"' =  0,000  000  001 

().... 

..     3. 10""  =  0,000  000  000  000  03 

.    7.ur"'     

8.    . 

.    3.10'"          .          

',)..  . 

..      1.10""       

10..,. 

..  l.lû--    

On  voit  que  cette  probabilité  diminue  avec  une  extrême  rapidité  lorsque  la 
vitesse  devient  très  grande.  Ainsi,  on  ne  rencontrerait  pas  toujours  une  molécule 
sur  un  milliard  possédant  une  vitesse  quintuple  de  la  moyenne;  il  faudra  réunir 

10*'  molécules  pour  en  rencontrer  une  pos.sédant  une  vitesse  égale  à  10 -• 

Le  chemin  moyen  des  molécules  est  régi  aussi  par  les  lois  des  probabilités; 
la  probabilité  pour  qu'une  molécule  décrive  un  libre  parcours  au  moins  égal  ;i  .v 


est  e~  ',  l  étant  le  chemin  moyen  décrit  par  im  grand  nombre  de  molécules  du 
même  gaz  à  la  même  pression.  Sur  10.1  molécules,  37  décriront  au  moins  le  che- 
min moyen;  2  feront  le  quadruple;  mais  il  faudra  considérer  un  milliard  de 
molécules  pour  en  trouver  deux  qui  fassent  d'une  seule  traite  vingt  fois  le  che- 
min moyen. 

Les  valeurs  absolues  des  vitesses  et  des  parcours  libres  ont  pu  être  déter- 
minées. Trois  vitesses  caractéristiques  peuvent  être  envisagées  pDur  un  gaz 
donné  à  une  température  déterminée  :  la  première  est  la  vitesse  la  plus  pro- 
bable oc,  correspondant  au  maximum  de  la  courbe  Je  répartition  îles  vitesses  ;  la 
seconde  est  la  vitesse  moyenne,  ou  moyenne  des  vitesses  de  toutes  les  molécules 
considérées  ;  la  troisième,  enfin,  est  la  vitesse  correspondant  à  l'éuergie  moyenne, 
désignée  aussi  sous  le  nom  de  vitesse  du  carré  moijen.  Pour  ioxygèue  à  0",  ces 
trois  vitesses  sont  respectivement  377,  42.5  et  401  mètres  par  seconde.  Le  par- 
cours moyen,  inversement  proportionnel,  pour  un  même  gaz  à  une  température 
K.,  IL  V> 


386  LA  PLANÈTE  MARS.  1898 

donnée,  à  la  pression  à  laquelle  ce  gaz  est  soumis,  est  de  l'ordre  de  Oh-,  I  pour 
l'uxygène  à  0°  et  sous  la  pression  atmosphérique  normale. 

Le  nomlire  des  chocs  qu'une  molécule  subit  par  seconde  est,  dans  les  mornes 
coaditioas,  de  l'ordre  de  quelques  milliards. 

Ces  nombres  doivent  être  rapprochés  de  celui  qui  exprime  les  grandeurs  molé- 
culaires ou  plutôt  les  <listances  des  molécules,  d'où  se  déduit  immédiatement  le 
nombre  des  molécules  contenues  dans  l'unité  de  volume  d'un  gaz.  A  0",  et  sous 
la  pression  atmosphérique  normale,  ce  nombre  est  de  l'ordre  de  10'-^  p(jur  tous 
les  gaz. 

Pour  rhydrogèue  et  l'héliurn,  dont  la  molécule  est  respectivement  16  et  8  fois 
moins  lourde  que  celle  de  l'oxygène,  les  vitesses  sont  plus  grandes  dans  lu  pro- 
portion des  racines  carrées  de  ces  nombres.  Aux  températures  élevées,  les  vi- 
tesses augmentent  aussi,  de  telle  sorte  que  l'on  peut  établir  le  Tableau  suivant 
pour  les  vitesses  du  carré  moyen  en  mètres  par  seconde  : 

TEMI'ÉRATUllES. 
GAZ.  0» 

1 .  Hydrogène 184  4 

2.  Hélium 1305 

l(i.  (_)xygène 41;.  1 

22.  Acide  carbonique  3'Jo 

Criliqiie  de  la  Ihiorie  ciniiiijtie  aiipli'/iiér  aux  cas  prrseutaiil  une  probabilité 
tirs  faible.  —  Dans  l'établissement  des  formules  l'egissant  la  [irobaliilite 
d'une  vitesse  ou  d'un  chemin  moyen,  on  est  parli  de  la  considération  d'un 
nomlire  très  grand  de  molécules  reunies  dans  un  espace  clos  et  susceptibles 
lie  venir,  à  un  moment  donné,  au  i-onlact  l'uni' de  l'autre.  On  a  trouvé  ainsi 
la  forme  mathématique  d'une  loi  indiquant  le  nomltre  relatif  de  molécules 
ibiiit  la  vitesse  est  comprise  entre  deux  limites  données,  ou  dont  le  parcours 
libre  exrelc  une  vitesse  donnée,  ^hiis,  de  même  que  toutes  les  formules  de 
la  théorie  des  prohaliilités,  ces  fornuiles  ne  peuvent  être  considérées  comme 
rigoureuses  ou  tout  ou  moins  suflisanuni'iil  afqirocliées  que  lorsqu'elles 
s'apiiliijuent,  d'une  part,  à  un  nombre  inunense  de  cas  et  lorsque,  d'autr 
jiart,  les  probabilités  partielles  (ju'elles  révéb'nl  ne  tombent  pas  au-dessous 
d'une  certaine  limite.  La  théorie  suppose  que  chaque  molécule  peut  arriver, 
à  un  uionient  donne,  à  agir  sur  chacune  di'  celles  qui  sont  enfermées  avec 
(die  dans  la  même  i.'uceinle  :  elle  su|qiose  donc,  l'Ulre  les  diverses  molé- 
cules considérées,  une  ceitaiue  diqiendance  telle  que  chacune  d'entre  elles 
soit  susceptible  de  commaiuler  à  im  monienl  donné  la  vitesse  ou  le  libre 
[larcours  de  chacune  des  autres. 


r>i]ù» 

lOOÛ- 

ÎÛJO» 

MiiU" 

4000» 

3103 

;!'.i8-? 

33  M 

G3S7 

7-?95 

il'Jd 

;'81S 

:i76G 

4:, -20 

r.lG3 

77r, 

90.". 

1330 

t."]97 

18-2'. 

OCil 

S'iO 

1134 

1301 

1  ."l 'i  b 

■e 


l.KS   ATMOSl'lli:iU:s   l)i:s  IM.  V.NKIKS.  387 

Or,  si  nous  considérDiis  des  vitesses  très  gramlrs  ou  des  pni'cours  lilu-i's 
très  étendus,  nous  arrivons  à  des  chiffres  de  prnli.ilulite  si  faillies  ([u'ils 
correspondraient,  {Uii- exeniide,  à  une  nioléi-ule  dans  plusieui's  kilomètres 
cubes  d('  gaz  à  la  pression  atmosphérique.  Une  telle  prnbaldlile  est  sans 
aucune  signification  physique.  Une  molécule  qui,  par  accident,  possède  une 
vitesse  extrême,  ne  peut  pas  être  considérée  comme  agissant  réellement 
sur  l'équilibre  d'une  niasse  gazeuse  éloignée,  et  dont  toutes  les  particules 
resteront  toujours  soustraites  à  son  intluence  directe  ou  indirecte. 

S'il  est  vrai  que  cette  vitesse  est  encore  contenue  dans  la  formule,  bien 
(]u'avcc  une  probabiliti'  infinn;,  on  peut  légitimement  se  demander  si  elle 
se  trouvait  déjà  dans  b.-s  idées  sur  lesijuelb/s  la  fornuile  a  été  établie.  La 
réponse  corri^'cte  à  cette  question  semlile  èlr(.'  ni'galive.  En  elfet,  la  formule 
a  été  établie  pour  représenter  le  mieux  possible  la  répartition  des  vitesses 
ou  des  libres  j  arcours  au  voisinage  des  valeurs  les  plus  pi-obables  de  ces 
éléments,  et  elles  s'appliquent  avec  une  parfaite  rigueur  aux  états  qui  ne 
s'en  éloignent  pas  beaucoup.  Mais  les  cas  extrêmes  peuvent  fort  bien 
n'exister  que  dans  la  formule  elle-même  ijni.  par  sa  forme,  n'admet  (jue 
deux  impossibilités,  zéro  et  l'intini. 

Un  exemple  familier  aux  astronomes  fera  mieux  connaili'i'  le  sens  de 
cette  restriction  :  Supposons  (ju'un  bon  observateur  pointe,  au  micromètre, 
un  objet  situé  dans  le  champ  d'une  lunette  on  d'un  microscope.  Ses  pointés 
successifs  s'écarteront  les  uns  des  autres,  tout  en  se  groupant  autour  d'un 
pointé  moyen  qui  sera  considéré  comme  donnant  la  valeur  la  plus  probable 
de  la  position  du  |ioint  observé.  Considérant  l'ensemble  des  observations, 
on  pourra  déterminer  les  constantes  de  la  formule  de  Laplace  appliquée  à 
ce  cas  particulier,  et  l'on  en  déduira  la  valeur  nunu'rique  de  la  probabilité 
que  présente  une  observation  donnée.  Or  la  formule  de  Laplace,  dont  la 
forme  est  très  semblable  à  celle  de  Maxwell,  conduit  à  admettre  la  possibi- 
lité, très  improbable  il  est  vrai,  d'oliservations  quelcomjues  faites,  jiar 
exemple,  en  dehors  de  l'intervalle  des  lils  du  micromètre,  on  même  en 
dîhors  du  champ  de  la  lunette  ou  du  microscope. 

Malgré  la  formule,  l'observateui'  est  bien  persuadé  que  ces  pointes  ne 
sont  pas  seulement  très  jhmi  probables,  mais  i-igoinruscmen!  impossibles; 
i]u'aprés  des  millions  ou  des  milliards  de  mesures,  il  n'aura  jamais  dépassé 
certaines  limites,  pour  les  jucUes  la  formule  donne  une  probabilité  faible, 
mais  non  pas  nulle. 

Dans  le  cas  des  molécules  gazeuses,  nous  serons  naturellement  conduits 
à  admettre  que,  si  des  vitesses  extrêmes  sont  parfois  atteintes,  elles  le  sont 
indépendamment  des  conditions  indiquées  par  la  fornuile,  et  nous  nous 


388  LA    PLANÈTE    MARS.  •  1898 

garderons  d'appliquer  celle  dernière  anx  probaliililés  trop  faillies.  Pour 
celles-ci,  ou  bien  nous  consiib'rerons  les  vitesses  correspondantes  comme 
n'existant  pas,  et  nous  n'en  tiendrons  pas  compte  pour  le  calcul  de  la  possi- 
bilité de  conservation  ou  de  dissémination  des  atmosphères,  ou  bien  nous 
trouverons  à  ces  vitesses  des  causes  indépendantes  de  la  simple  probabilité 
indiquée  par  la  théorie  cinétique. 

Les  actions  électriques,  les  effcls  de  la  lumière  ultraviolette  et  diverses 
causes  extérieures  à  la  phméte  considérée  peuvent  communiquer  momen- 
tanément à  un  .groupe  de  molécules  des  vitesses  très  grandes. 

Nous  connaissons  des  vitesses  de  particules  matérielles  très  supérieures 
à  celles  qu'il  serait  nécessaii'C  de  considérer  pour  expliquer  l'éloignemenl 
indétini  d'un  corps  céleste.  Les  particules  échappées  des  substances  radio- 
actives, les  rayons  calhiiili(jiies,  (jui  jouent  ccrlainemenl  un  rôle  important 
dans  les  aurores  polaires,  font  intervenii'  des  vitesses  qui  se  cliifl'rent  par 
mille  et  centaines  de  mille  kilomètres  par  seconde  ;  mais  ces  phénomènes 
sont  complètement  indépendants  de  ceux  que  considère  la  théoiie  cinétique 
et  doivent  être  traités  à  part. 

Cela  dit,  reprenons  l'etudc  des  Mémoires  de  M.  Jolinstone  Sloney. 

Malgré  les  restrictions  que  nous  avons  été  conduit  à  faire  pour  les  cas 
extrêmes,  il  paraît  certain  que  la  théorie  cinétique  reste  applicable  à  la 
conservation  des  atmosphères  si  l'on  reste  dans  les  conditions  auxquelles 
repondent  les  hypollièses  sur  lesquelles  repose  celte  théorie,  c'est-à-dii'e  si 
l'on  considère  des  vitesses  dont  la  probahililé  donnée  par  les  formules  ne 
descend  pas  au-dessous  d'une  certaine  valeur,  que  l'on  peut  admettre  petite 
sans  cependant  aller  jusqu'à  des  nombres  qui  ne  semblent  plus  avoir  de 
sens,  a[iplii|ués  à  des  phénomènes  naturels.  Cette  restriclion  laisse  encore 
une  large  place  à  ra[q;irécialion  personnelle,  c'est-à-dire  à  l'arbitraire. 
Espérons  que  nos  idées  là-dessus  pourront  un  jour  se  mieux  préciser.  Pour 
le  moment,  nous  pourrons  admettre,  par  exemple,  que  la  théorie  cinétique 
ne  s'applique  jilus  à  des  probabilités  inférieures  au  milliardiôme,  ce  qui 
exclurait  la  cDiisitb'i-alion  de  vitesses  sup('u-ieures  au  (jiiintuple  de  la  vitesse 
la  [lins  proliable.  Si  dt'  l(dles  vitesses  existent  réellement  pour  un  nombre 
appréciable  de  molécules,  nous  considérerons  qu'elles  sont  dues  à  des  causes 
étrangères  au  mouvement  thermique,  el  nous  les  écarterons  de  ces  consi- 
dérations. 

L'è'tal  actuel  des  aliiiosplières  planétaires  dépend  non  seulement  des 
conditions  ([ui  régnent  aujourd'hui  à  leur  surface,  mais  plus  encore  des 
t'onditions  passées.  L'application  de  la  théorie  cinétique  devra  donc  tenir 
comple  des  températures  antérieures  de  la  surface  des  planètes  et  de  la 


LKS   ATMOSPllkRES   DES   IM.AN  ETI-S.  389 

durée  du  refroidissement  ;  il  ne  faut  pas  oublier,  en  efTet,  que  ces  considé- 
rations se  fondent  sur  desprobal)ilités,  c'est-à-dire  sur  des  phénomènes  qui, 
dans  le  nombre  immense  de  ceux  ijui  se  produisent,  sont  souvent  on  infime 
minorité.  Pour  que  la  succession  de  ces  pbénomènes  rares  puisse  engen- 
drer des  effets  appréciables,  il  faut  les  faire  agir  pendant  de  longues  périodes 
où  ils  s'accumulent  ;  et,  comme  la  probaliiiité  absolue  d'une  vitesse  donnée 
diminue  en  même  tem[)S  que  le  nonijire  total  des  molécules  [U'ésentes, 
l'évasion  graduelle  des  molécules  doit  se  ralentir  d'autant  plus  que  le 
départ  des  plus  rapides  abaisse  constamment  la  proportion  des  molécules 
animées  de  grandes  vitesses. 

Soit  B  une  planète  ou  un  satellite,  l'accélération  de  la  pesanteur  à  sa  surface, 
due  à  l'attraction,  sera,  écrit  M.  Johustone  Stoney  i  '), 

M 

M  étant  la  masse  de  la  planète  on  du  satellite  et  U  son  rayon. 
Le  potentiel  du  la  gravitation  à  cette  même  surface  sera 

Ce  potentiel,  K,  exprime  l'énergie  cinétique  accumulée  par  unité  de  masse 
par  un  petit  corps  tombant  de  l'intlui  à  la  surface  du  globe  considéré.  De  là 

V  étant  la  vitesse  acquise  par  un  petit  corps  tombant  de  l'intîni.  Si  un  projec- 
tile est  lancé  avec  cette  vitesse,  il  partira  dans  l'infini,  s'éloignera  pour  ne 
jamais  revenir. 

Appliquons  ces  considérations  à  la  Terre. 

I.e  rayon  équatorial  de  la  Terre...  U  =  6378  kilomètres. 

La  hauteur  de  l'atmosphère /(  =    '^OO         >> 

La  pesanteur  à  l'équateur,  à  la  li- 
mite de  l'atmosphère g—       9"',TS1 

La  vitesse  à  récjuateur  (hie  à  la  rota- 
tion lie  la  Terre «  =  404'"  par  seconde. 

La  vitesse  dont  il  famlrait  animer  un  corps  pour  le  lancer  hors  de  la  Terre  est 
1101.^  mètres  par  seconde. 
La  rotation  du  globe' meut  un  point  E  isur  l'équateur,  à  la  limite  de  l'atmo- 

(')  The  Asirophyxical  Journal,  janvier  1îS98,  p.  ■25-05. 


390  L,V   PLANÈTE   MARS.  1898 

sphère)  au  taux  de  478  mètres  par  seconde.  De  là  une  vitesse  de  11  015 — 178 

=  10-"i37  mètres. 

Cette  vitesse  suffira  si  la  molécule  est  lancée  dans  la  direction  dans  laquelle 
elle  était  entraînée  par  la  rotation.  Et,  finalement,  «si  un  fort  vent  d'ouest  souffie 
là,  ajoute-t-il,  cette  vitesse  critique  pourra  être  réduite  à  lO.'iOO  mètres  ». 

Telle  est,  d'après  M.  Johnstone  .Stonej*.  la  vitesse  minimum  dmit  une  molécule 
doit  être  animée,  à  la  limite  de  l'atmosphère,  pour  s'échapper  de  l'espace. 

Cette  théorie  conduit  l'auteur  a.u.\  résultais  suivants  pour  les  différents 
corps  du  système  solaire. 


SUR   LA   LL'ffE. 

Le  rayon  r  =  1738  kilomètres. 

Le  rapport  de  sa  masse  à  celle  de  la  Terre  —  —  0,0t'?3.T. 

Sa  période  de  rotation  1'  =  23G0591  secondes. 

En  calculant  u',  la  vitesse  minimum  nécessaire  pour  envoyer  un  projectile  hors 
de  l'attraction  de  la  Lune,  on  trouve  i.'i80  mètres  par  seconde,  tandis  que  sur  la 
Terre  ce  chiffre  est  de  llOl.'i  mètres,  lequel  même,  par  le  mouvement  de  rota- 
tion et  les  tempêtes,  peut  descendre  à  105i)Û  mètres.  Par  conséquent,  ajoute  l'au- 
teur, des  gaz  plus  denses  peuvent  s'écliaiipcr  du  globe  lunaire  avec  la  même 
facilité  que  l'hélium  de  la  Terre  si  ,o',  leur  masse  moléculaire,  est  plus  grande 
que  celle  de  lliélium,  dans  le  rapport  du  carré  de  It),."!  au  carré  dei',38,  c'est-à- 
dire  si  les  molécules  sont  19, r>  fois  plus  lourdes  que  celles  de  l'hélium,  ou.  i-e  (jiii 
est  la  nii'Miic  chose,  3'J  fois  plus  lourdes  que  cidles  de  l'hydrogène.  Donc  rii\.lio- 
gène,  l'oxygène,  l'azote  et  la  vapeur  d'eau  doivent  s'échapper,  et  il  en  est  de 
même  de  l'arlife  carlionique,  de  l'argon,  etc.,  puis(iue  tous  ces  gaz  sont  moins 
de  39  fois  jdus  lourds  que  l'hydrogène.  Et  c'est  d'autant  plus  bùr,  que  la  tempci- 
rature  du  sol  lunaire  est  certainement  inférieure  à  G6"  au-dessous  de  zéro.  Les 
expériences  do  lord  Rosse  faisaient  même  descendre  le  minimum  jusqu'à  — 280". 

Il  en  résulterait  que  les  gaz  et  vapeurs  ipii  ont  pu  se  produire  sur  la  Lune  aux 
temps  primitifs,  lorsqu'elle  (■tait  voi.sine  de  la  Terre,  doivent  avoir  ('té  pour  la  plus 
grande  partie  transportés  sur  la  Terre,  si  celle-ci  était  déjà  assez  froide  pour  les 
retenir.  Les  molécules  échapp(''es  de  la  Lune  depuis  que  sa  distance  est  plus 
considérable  sont  en  général  devenus^s  in(U'penilaiites  et  circulent  en  ainieau 
autour  du  Soleil,  anneau  dont  l'orbite  terrestre  est  la  ligne  centrale.  Il  y  a  là 
aussi  les  molécules  d'hydrogène  et  d'hélium  échappées  du  globe  terrestre.  Plu- 
sieurs de  celles-ci  peuvent  même  s'être  affranchies  du  système  solaire. 


i.i-s  ATMOsrin-iii;s  i>i:s  pi.ANtTEs.  391 


SUR   MKnCL-RE. 

/■  =  iloii  kildiuètres, 
~  =0,065. 

Rotation  inconnue. 

Si  la  rotation  est  éyale  à  l'année,  soit  de  8.S  jours,  u  =  '2  mètres;  si  elle  est 
de  -24  heures,  u  =  175  mètres. 

La  vitesse  minimum  d'échappement  des  gaz  i-,  serait  sur  Mercure  de 
16i3  mètres  par  seconde,  si  la  planète  éaait  immobile;  elle  est  de  4Gil  mètres  si 
la  période  de  rotation  est  de  88  jours:  elle  est  de  4168  mètres  si  la  rotation 
s'eirectuc  en  "24  heures. 

Il  en  résulte  que  p  (la  densité  du  gaz  qui  s'échappera  de  la  planète  comme 
l'hélium  de  la  Terre)  =  10, '25  dans  l'hypothèse  de  88  jours  et  U  dans  l'hypothèse 
de  24  heures,  en  admettant  toujours  — 66"  pour  la  température. 

Si  la  température  est  plus  élevée,  ce  qui  est  probable,  les  valeurs  précédentes 

de  p  doivent  être  augmentées  dans  le  ra|iiiurt  -— ^> 

La  conclusion  est  que  «  l'eau,  dont  la  densité  est  9,  ne  peut  certainement  pas 
exister  sur  Mercure.  Ses  molécules  s'envoleraient  immédiatement  » . 

Il  est  même  probable  que  «  l'azote  et  l'oxygène,  avec  leurs  densités  de  l'i  et  16, 
disparaîtraient  graduellement  ». 

Quelle  que  soit  donc  l'atmosphère  que  Mercure  ait  pu  retenir,  «elle  n'a  dû 
garder  aucun  des  éléments  de  l'atmosphère  terrestre,  excepté  peut-être  l'argon 
et  l'acide  carbonique  ». 


III. 


SUR   VE.NUS. 

Cette  planète  est  si  semblable  à  la  nôtre,  comme  masse  et  comme  volume,  et 
aussi  comme  atmosphère  apparente,  qu'elle  n'en  diffère  pas  non  plus  au  point  de 
vue  du  sujet  qui  nous  occupe.  Probablement  plus  jeune  que  la  Terre,  elle  pos- 
sède encore,  sans  doute,  la  chaleur  des  temps  primitii's,  et  la  vapeur  d'eau  doit 
y  dominer. 


392  LA  PLANETE  MARS.  1898 


IV. 

SUR   MARS. 

L'application  de  ces  théories  à  la  planète  Mars  est  d'un  intérêt  exceptionnel. 
Nous  avons  pour  cette  planète  : 


?■  =  3372  kilomètres, 


—  =0,1074, 
u 


Il  (vitesse  à  i'équateur  due  à  la  rotation)  =  239'"  par  seconde.  D'où  l'on  tire 

i)  =  5042'" 

pour  la  vitesse  minimum  suffisante  pourenvoyer  un  projectile  hors  de  l'attraction 
de  Mars,  en  cas  d'immobilité  de  la  planète,  et 

w'=  Il  —  u  =  4803"', 

pour  la  vitesse  relative  suffisante  dans  le  cas  de  la  rotation,  certaine  d'ailleurs, 
de  88643  secondes. 

Il  eu  résulte  que 

p  =  'J,57 

pour  la  densité  du  gaz  qui  s'échapperait  de  Mars,  à  la  température  de  —  60°  avec 
la  même  facilité  que  l'hélium  le  fait  pour  la  Terre. 

Comme 

9.r.7  _    207 
0     ~  104,7' 

il  s'ensuit  que  la  vapeur  d'eau  doit  s'échapper  de  Mars  à  la  température  absolue 
de  194", 7,  c'est-à-dire  à  — 78°, 3  centigrades,  aussi  librement  que  l'hélium  s'échappe 
de  la  Terre  à,  la  température  de  —  CG". 

L'eau,  dans  laquelle  p  =  9,  ne  peut  pas,  d'aiirès  M.  Johustone  Stoney,  existera 
la  surface  de  Mars. 

Les  gaz  dont  les  densités  sont  de  14  uu  10  restent  peut-être  adhérents.  Les 
neiges  polaires  de  la  planète  conduisent  à  penser  que  l'acide  carbonique,  pour 
lequel  p  =  22,  existe  là  eu  grande  quantité. 

L'atmosphère  de  Mars  serait  principalement  composée  d'azote,  d'acide  carbo- 
nique et  d'argon.  Sans  eau,  il  ne  peut  exister  de  végétation,  au  moins  telle  que 
celle  de  la  Terre,  et,  dans  l'absence  de  végétation,  il  n'est  pas  probable  qu'il 
reste  de  l'oxygène  libre. 

L'acide  carbonique,  le  gaz  le  plus  condensable  d'une  telle  atmosphère,  se  com- 
porterait d'une  manière  bien  dilïérente  de  celle  dont  l'eau  se  comporte  sur  notre 


l.i:S   .MMOSPIIÉRKS  DES   PLANÈTES.  393 

planète.  L'eau,  à  l'état  de  vapeur,  est  plus  légère  que  les  autres  constituants  de 
uotre  atmosphère  et  tend  à  s'élever;  sa  condensation  en  nuages,  soit  sous  forme 
de  gouttelettes  d'eau,  soit  sous  forme  d'aiguilles  de  glace,  se  produit  à  des  alti- 
tudes plus  ou  moins  grandes.  C'est  ce  que  ne  pourrait  faire  l'acide  carbonique. 
Au  contraire,  sa  densité  le  conduirait  !i  se  réjjandre  au  fond  d'une  atmosidiôre 
d'azote.  Il  formerait  sur  le  sol  de  la  neige  ou  delà  glace,  car  il  ne  produirait  pro- 
bablement pas  de  pluie  et  dans  son  évaporation  subséquente  glisserait  le  long 
du  sol,  descendant  à  travers  les  vallées,  occupant  les  plaines,  au-dessous  de 
l'azote,  avec  lequel  il  se  mélangerait  peu.  Les  brumes,  les  neiges,  les  gelées 
blanches  et  les  évaporations  consécutives  rendraient  bien  compte  des  divers 
aspects  présentés  au  télescope  par  cette  planète,  encore  si  imparfaitement  vue 
d'ailleurs.  A  ses  plus  grands  rapprochements,  assez  rares,  elle  reste  encore 
140  fois  plus  loin  de  nous  que  la  Lune.  Des  brouillards  le  long  des  plaines  basses, 
correspondant  aux  lits  de  nos  océans,  et  des  chaînes  de  montagnes  ressortant 
au-dessus  de  ces  couches,  une  bordure  de  brumes  le  long  des  flancs  de  ces 
chaînes,  correspondraient  assez  bien  à  ce  qu'on  entrevoit.  De  grands  dépla- 
cements de  vapeurs,  résultant  de  la  distillation  vers  chaque  pùle  alternativement, 
s'accorderaient  aussi  avec  le  reste  des  observations. 

Cet  e.xposé,  que  j'ai  traduit  aussi  lidèlemeut  que  possible,  est  Uiut  à  fait 
digne  de  notre  attention,  car  cette  liypothcse  expliquerait,  en  eftel,  un  cer- 
tain nombre  des  aspects  martiens.  Mais  n'oublions  pas  (jti'il  y  a  à  la  base  de 
ce  raisonnement  une  pétition  de  principe.  L'auteur  pose  ces  prémisses  : 
«  Puisque  l'bydrogène  s'échappe  de  la  Terre,  ses  molécules  doivent  en 
nombre  suffisant  atteindre  la  vitesse  de  J0500  mètres,  (jui  est  tJ,5.j  l'ois  plus 
grande  que  la  vitesse  du  carré  moyen  (  1603)  de  ce  gaz  à  la  température  de  6G" 
au-dessous  de  zéro;  et  puisque  l'hélium  s'échappe  aussi,  ses  molécules 
doivent  atteindre  cette  même  vitesse  qui  est  9,27  fois  supérieure  à  celle  du 
carré  moyen  dans  l'hélium  ». 

Nous  ne  contestons  pas  la  valeur  de  la  formule.  C'est  encore  là  une  autre 
question.  Mais  même  en  l'admettant,  la  théorie  cinétique  des  gaz  a-t-elle 
cesse  d'être  une  hypothèse!  Qui  est-ce  qui  prouve  que  l'hydrogène  et  l'hé- 
lium sont  animés  de  ces  vitesses"?  Oui  est-ce  qui  prouve  que  ce  sont  ces  vi- 
tesses qui  sont  causes  de  leur  absence  dans  l'atmosphère  terrestre"?  Et  dans 
l'application  de  cette  théorie  à  la  planète  Mars,  qui  est-ce  qui  prouve  que 
sur  celte  planète  les  molécules  de  la  vapeur  d'eau  atteignent  la  vitesse  de 
4803  mètres'? 

Mais  continuons. 


394  LA   PLANETE  MAKS.  1898 


V. 


SUR   JUPITER. 


Nous  avons  pour  cette  planète 


Rayon  uquatorial,  ;•  =  VtVt  tJSTX  =  70  I7U  kilomètres, 

Rotation,  P  =  35  7-28  secondes, 
masser     ^3,,^^^ 


niasse 


D'après  ces  donnt^os,  la  vitesse  à  réquateur  (</)  due  au  mouvement  de  rota- 
tion =  12337  kilomètres  par  seconde. 

La  vitesse  minimum  (v)  dont  un  projectile  ilevrait  être  animé  pour  s  échapper 
de  la  planète,  si  celle-ci  était  eu  repos,  est  de  5'J570  kilomètres  par  seconde. 

La  même  vitesse,  en  tenant  compte  de  la  rotation  (  f'  =  r  —  w),  est  de  17 233  ki- 
lomètres par  seconde. 

La  densité  du  gaz  (p,)  qui  s'échapperait  de  Jupiter  à  la  température  de  —  GG"  C. 
avec  la  inéme  facilité  que  l'hélium  s'échappe  de  la  Terre  =  0,099  de  la  densité 
de  l'hj'drogène. 

La  densité  d'un  gaz  (p»)  qui  resterait  ittarlié  à  .Uipiter  comme  l'eau  h  \'énus 
serait  =  0,373  de  la  densité  de  l'hydrogène. 

L'autenr  en  conclut  que  des  gaz  d'une  densité  inférieure  à  -nj  de  celle  de  l'hy- 
drogène s'échapperaient  de  Jupiter,  et  que  cette  planète  peut  conserver  des  gaz 
dont  la  densité  serait  supérieure  au  tiers  de  celle  de  1  hydrogène.  IJlle  peut  donc 
conserver  tous  les  gaz  connus  des  chimistes,  notauiment  tous  ceii.'i  qui  existent 
dans  l'atmosphère  terrestre,  et  de  plus  ITiélinm  et  l'hydrogène,  et  tous  les  élé- 
ments entre  l'hydrogène  elle  liihium,  que  la  Terre  peut  avoir  perdus.  L'o.xygéne 
doit  avoir  ét('  entièrement  employé  à  la  production  de  l'eau. 

M.  .h.iliiisliuii'  Sluiiry  n'a  jias  tenu  foni[)te  de  hi  liante  leiiipi'ralun.'  jiro- 
liaide  arliiclle  de  la  planète. 

VL 

SUR   SATUllNE,    UR.\N'IS    ET   NEPTUNE. 

(■  =  61  OGO  kilomètres  pour  Saturne. 
21700  »  ■>      t'ranus. 

'26  340  »  ..     Neptune. 

Les  masses  =  93.328  pour  Satuiaie. 
14.700  pour  Uraiius. 
1G.8G3  pour  Neptune. 


LES   ATM0S1'HI:HI£S    des   PLANETES.  395 

Pour  les  rotations  admettons 

36864  secondes  pour  Saturne. 
3t;000  ■■  ..      Uranus, 

36000  ■>  »      Neptune. 

On  trouve  alors  pour  les  notations  qui  prc'cèdeat  : 
Vitesse  de  l'équateur 

{(ti  =  IO,ilî  kilomètres  pour  Saturne, 
1 ,31 1  »  »      Uranus, 

4,.")y8  <>  0      Nfjitune. 


Et 


((,•)  =  34,;i'î    kilomètres  pour  Saturue    i 

■21,61  »  »     Uranus     .  en  reiios. 

2?, 60  »  »     Neptune  ) 


Et 


v'i  =  f  —  U)  =  24 ,508  kilomètres  pour  Saturne    i 

17,299  1)  »      L'ranus     -  en  mouvement. 

18,002  »  »      Neptune  ) 

En  divisant  ces  derniers  nombres  par  9,27,  on  trouve  la  vitesse  du  carré 
moyen  des  yaz  qui  peuvent  s'échapper  aus^5l  librement  que  l'hélium  de  la  Terre, 
et,  par  la  formule  de  Clausius,  la  densité  \^,\  : 

=  0,37  de  la.  densité  de  l'hydrogène  pour  Saturne, 
=  0,74  u  »  "      Uranus, 

=  0,68  ■>  "  »      Neptune. 


Et  pour  s..  : 


=  1,39  fois  la  densité  de  l'hydrogène  pour  Saturue, 
=  2,78     »  »  "  »      L'ranus. 

=  2,57     u  »  ■>  »      Nejitune. 


VIL 

SATELLITES  ET  PETITES  PLANÈTES. 

Ces  corps  sont  si  petits,  que  si  leur  densité  atteignait  même  celle  du  [datiue, 
dit  l'auteur,  ils  ne  pourraient  retenir  aucune  atmosphère. 


39f,  LA  PLANÈTE  MARS.  1898 

VIII. 

(JUE    DEVIENNENT   LES  MOLÉCULES    ÉCHAPPÉES   DES   l'LANÈTES'.' 

La  vitesse  de  la  Terre  sur  son  orbite  est  d'environ  30  kilomètres  par  seconde. 
Le  potentiel  du  Soleil  à  la  distance  de  la  Terre  est  représenté  par  le  carré  de 
ce  nombre  si  l'on  exprime  la  masse  du  Soleil  en  unités  de  gravitation. 

K  =  --  =  'JOO, 
r 

j)i  étant  la  masse  du  Soleil  et  r  le  rayon  de  l'orbite  terrestre. 

Nous  avons  dCjh  trouvé,  pour  le  potentiel  de  la  Terre  à  la  limite  de  l'atmo- 
sphère, 

M  w'"-       1?1 

Par  conséquent,  le  jiotentiel  du  Soleil  et  de  la  Terre  est  égal  à  960,5. 
•   Ce  nombre  est  égal  à  —  i  u  étant  la  vitesse  minimum  qui  enverrait  un  projec- 
tile dans  rinfini  si  le  Soleil  et  la  Terre  étaient  immobiles.  l)onc 

V  —  y/{'i  X  9bU,a|  =  43,83  kilomètres  par  seconde. 

Si  le  projectile  est  envoyé  dans  la  direction  vers  laquelle  la  Terre  voyage,  il 
est  déjà  animé  d'une  vitesse  de  30  kilomètres  par  seconde  (celle  de  notre  pla- 
nète), de  sorte  qu'il  lui  suffira  d'une  vitesse  de  13  k.  83  dans  cette  direction 
pour  s'échapper. 

Comme  une  vitesse  de  11  kilomètres  sufiit  pour  envoyer  une  molécule  hors  de 
notre  atmosphère,  il  ne  peut  arriver  que  rarement  ([u'une  molécule  la  quitte  avec 
une  viiosse  supérieure  à  13  k.  83,  et  jiar  conséquent  toutes  les  molécules 
qui  ont  quitté  la  Terre  sont  restées  dans  le  système  solaire  et  circulent  comme 
des  planètes  ind('pendantes  autour  du  Soleil.  La  même  conclusion  s'applique  au 
cas  des  autres  planètes. 

Telle  esl  la  tliéorie  de  M.  .loliiislone  Sloncy.  C'est,  eu  (|ueli]uo  sorle,  iiuc 
théorie  nialliruiaLi(jue  de  la  composition  chiiiii(|ue  des  alniospherrs  [ilané- 
Uiires.  11  élait  inii)ossible  de  ne  pas  l'étudier  ici  avec  toute  l'allentioii 
qu'elle  mérite;  mais  elle  est  loin  d'être  indiscutable  et  nous  ne  pensons  pas 
(jui'  l'on  puisse'  l'arcrpler  coiiiuie  ilénujiilrée. 

L'auteur  a  clierclu'  à  déterminer,  pai'  l'oliservation  directe,  le  multiple 
de  la,  vitesse  du  carré  moyen  assez  l'i'iMiuent  i)our  iju'il  intervienne  de 
manière  appréciable  dans  la  dissipation  des  aluiosphères.  Il  constate  que 


'■    '  Li:S   ATMOSIMlKKrS    I)  l- S   IM.A  N  l-TES.  397 

la  Lune  n'a  pas  d'atmosphère,  alors  qu'une  vitesse  de  2380  mètres  par 
seconde  est  nécessaire  pour  qu'un  projectile  s'en  échappe. 

L'hélium  est  rare  sur  la  Terre,  bien  que  des  sources  radioactives  en 
déversent  des  quantités  appréciables  provenant  de  la  décomposition  de 
l'émanation  du  radium.  L'hydrogène  s'y  trouve  aussi  eu  (juantité  extrènio- 
ment  minime.  Mais  la  présence  simultanée  dans  l'atmosphère  terrestre  de 
grandes  quantités  d'hydrogène  libre  et  d'o.xygène  est  difficilement  admis- 
sible, en  raison  de  leur  tendance  extrême  à  se  combiner.  Quant  à  l'hélium, 
si  faible  qu'en  soit  la  proportion  dans  l'air,  l'atmosphère  entière  en  contient 
environ  dix  milliards  de  tonnes,  quantité  que  les  sources  radioactives 
emploieraient  probablement,  au  taux  actuel,  dos  milliards  d'années  à  pro- 
duire. 

Si  la  proportion  d'heliinn  à  la  surface  de  la  Terre  a  été  un  jour  plus  forte, 
ce  que  rien  ne  prouve,  il  se  peut  que  la  majeure  partie  du  gaz  se  soit 
échappée  à  une  époque  oi'i  la  température  de  la  Terre  était  très  supérieure 
à  sa  valeur-  actuelle.  A  1000°  par  exemple,  une  vitesse  égale  à  4  fois  celle 
du  carré  moyen  serait  suffisante  pour  permettre  à  une  molécule  située  à  la 
limite  de  l'atmosphère  de  s"écha[iper. 

La  faible  proportion  de  l'hélium  dans  l'atmosphère  ne  prouve  donc  en 
aucune  façon  qu'il  s'en  échappe  à  l'époque  actuelle,  et  n'autorise  nullement 
à  admettre  qu'une  vitesse  égale  à  9,27  fois  celle  du  carré  moyen  doive  être 
considérée  comme  fréquemment  réalisée. 

Quant  à  notre  planète  Mars  et  à  la  vapeur  d'eau,  à  la  température  de  6li" 
supposée  par  M.  Johnstone  Stoney,  la  pression  de  l'eau  gazeuse  qui  enve- 
loppe les  cristaux  est  d'environ  0"",02  de  mercure.  La  masse  relative  est 
donc,  sous  la  pression  atmosphérique  normale,  égale  à  tôtôô  environ  de  la 
masse  de  l'air  dans  lequel  elle  se  trouve  répandue. 

Mais,  à  mesure  qu'on  s'éloigne  des  cristaux  de  glace,  sa  densité  relative 
diminue,  parce  que  la  saturation  n'existe  nécessairement  qu'au  voisinage 
immédiat  de  ces  derniers.  En  fait,  des  observations  recueillies  dans  la 
haute  atmosphère  ont  souvent  révélé  une  assez  grande  sécheresse  relative, 
qui  s'explique  par  la  jirécipitation  de  l'eau  solide  ou  liquide  dès  que  la 
saturation  est  dépassée. 

Pour  pouvoir  quitter  l'atmosphère  martienne,  la  vapeur  d'eau,  entourant 
les  cristaux  de  glace  en  suspension  dans  un  air  encore  suffisamment  dense, 
et  dont  elle  ne  constitue  guère  plus  de  rolîoô  '^^  ^'-^  masse,  aurait  donc  à 
s'élever  sans  pouvoir  jamais  dépasser  beaucoup  cette  proportion,  puisqu'à 
partir  du  moment  ou  l'on  s'est  éloigné  des  derniers  cristaux  de  glace,  les 
lois  régissant  les  mélanges  gazeux  subsistent  seules. 


39S  LA   l'LANÈTK   MAUS.  •  1898 

Lrs  nioli'cult's  d'ism  soiil  ildiic  extri'iiit-'ineiit  ilisséiiiinées  dans  le^^  cinicheHi 
siipi'Ticurijs  de  ratmosfjlnM-c,  et  li'ur  vilesse  nioyonne  éUint  à  cellt3  des  midi'-- 
{•nli's  d'azDle  dans  la  propoi-li(.ni  de  1,25  à  1,  (in  n'en  trouvera  guère  plus 
(jne  di;  molécules  d'azole  qui  t^oicnl,  dans  des  condilions  leur  permettant  de 
s'échapper.  Remanjuons  enfin  que,  si  la  nqiarlition  des  corps  à  la  surface  de 
Mars  est  sensiblement  la  même  que  sur  la  Terre,  l'eau  s'y  est  trouvée  à 
riirigine  en  (juantite  très  supérieure  à  celle  de  l'azote. 

Il  sérail  admissible  qu'elle  se  fût  échappée  en  notable  proportion  à.  une 
température  élevée,  où  la  pression  de  sa  vapeur  était  considérable.  Mais, 
dans  les  conditions  actuelles  de  la  température,  sa  conservation  indéfinie 
est  à  peu  près  certaine. 

Celte  théorie  a  d'ailleurs  été  déjà  l'nbjrt  de  plusieurs  discussions  imiior- 
lautes.  A  l'université  de  Vebraska,  aux  États-Unis,  M.  S.  H.  Cook  m  a  fait 
l'objet  d'une  analyse  critique  (')  que  nous  allons  parcourir. 

L'auteur  reproche  à  M.  Stoney  d'avoir  oublié  de  déterminer  [lar  la  théorie 
cinriique  le  nombre  relatif  de  molécules  ijui  auraient  une  vitesse  suffisante 
]M>i!r  s'échapper  de  la  Terre  ou  des  autres  planètes,  en  ayant  à  vaincre  l'in- 
lluence  d'un  milieu  résistant.  Tout  milieu  résistant  oppose  une  inlluence 
retardataire. 

Les  calculs  de  M.  Cook  le  conduisent  à  des  résultats  tout  dilîérents  des 
précédents.  Nous  ne  reiiroduisons  pas  ici  ces  formules  un  peu  compliquées, 
mais  voici  les  nombres  obtenus  : 


V. 

(.                r. 

Ail- 

Acide 
carbonique 

(. 

r. 

/,             I-. 

Sur  la  Lune  . . . 

km 

.     2, m) 

km 

(1,470 

^-  2.-iO" 

l,2i 

—  lo" 

'',■ 

'27  i"     0,0 

»     Mercure... 

.       4,408 

0,8'.)i 

—  209 

2.  1 

894 

9,2 

1371      12,1 

»     Vénus  . . .  . 

9,450 

1,909 

-      20,; 

■.     .-.,18 

.■,0:11 

19,3 

7403     20,  r. 

>'     Mars 

.       4,803 

0,9(JO 

—  I9.-J 

'2,00 

1139 

'•) ,  il 

1807     13,3 

1.    la  Terre... 

.     10,.=. 

'2,100 

-    201 

.'i  .7 

9937 

'21,7 

11117     29,2 

y  est  l;i  vitesse  critique  en  kilomètres  par  snîiinde;  r  est  la  vitesse  moyenuo 

de  hi  Miidéculo  (  —  .]  ',  f  est  la  températinv^  do  la  couche  extérieure  de  l'atino- 

splière  en  degrés  centigrades,  et  r  le  rapport  de  la  vitesse  critique  à  la  vitesse 
uioyeunc. 

Ce  tableau  montre  que  sur  la  I.une  une  atmosphère  d'hydrogène  s'échapperait 
avec  sa  couche  extérieure  à  la  touqx'rature  de  —  250",  une  atmosphère  d'air  à  la 
température  de  —10°,  et  une  d'aciile  carbonique  à  la  température  de  -^  274". 

(')  On  Ihc  cscajie  of  gases  irmu  pl.aictary  utmosplieres  accordiag  to  the  liinetic 
tlieory  1.  7'/ie  Astru]>hijsiful  Jourii:tl,  .hinuary  l'jOO). 


I.KS    ATM(»>PnÈKi:S    l)i:S    IM.ANKTES.  399 

Pour  Mercure,  la  couche  extérieure  serait  à  — -209°  pour  l'hyiirogèiio,  à  -;- 894" 
pour  l'air  et  à  -i-  laTi"  pour  l'acide  carbonique.  Les  nièinos  liiniies  seraient 
-  ÎO"..",,  —  ',0:A"  et  —  7403"  pour  Venus;  et  pour  la  Terre  elles  seraient  +  '291", 
-^  9937,  -f-  li  'i  i7",  Pour  la  pl,-inète  Mars,  ces  mêmes  limites  seraient  —  195"  pcjur 
l'hydrogène,  -s-  1  139"  pour  l'air  et  -i-  1807"  pour  l'acide  carbonique. 

Des  conclusions  précises  ne  pourraient  être  déduites  pour  la  composition  réelle 
des  atmosphères  planétaires  que  si  nous  connaissions  la  température  des  pla- 
nètes et  le  gradient  de  leurs  atmosphères.  .,  Il  semble  néanmoins,  écrit  l'auteur, 
qu'ime  atmosphère  analogue  à  celle  de  la  Terre  ne  pourrait  pas  subsister  à  la 
surface  de  la  Lune,  mais  le  pourrait  à  la  surface  des  planètes.  La  Terre  et  les 
grosses  planètes  pourraient  non  seulement  conserver  des  atmosphères  dazote  et 
d'oxygène,  mais  même  d'hydrogène  et  d'hélium.  » 

Ces  résultats  sont  hien  (lilforents  de  cou.v  des  calculs  de  M.  .lohnstone 
Stoney  ('). 
.\ussi.  comme  on  pouvait  s'y  attendre,  celui-ci  a  répondu  [-). 

«  M.  Cook,  écrit-il,  me  reproche  de  n'avoir  [las  établi  mon  argument  sur  la 
détermination  par  la  théorie  cinétique  du  nombre  relatif  des  molécules  (jui 
auraient  une  vitesse  suftisante  pour  les  faire  s'échapper  des  atmosphères  plané- 
taires. C'est  vrai.  La  raison  en  est  que  nulle  détermination  de  ce  genre  n'existe, 
excepté  celle  que  j'ai  produite,  dans  laquelle  les  données  étrangères  à  la  théorie 
cinétique  sont  employées  pour  compléter  les  enseignements  de  cette  théorie.  Ces 
données  auxiliaires  sont  :  !'  que  la  Lune  n'a  pas  conservé  d'atmosphère,  et 
2'  que  la  Terre  et  Vt^nus  ont  conservé  la  vapeur  d'eau  dans  leurs  atmosphères.  » 

Nous  allons  résumer  cette  réponse. 

L'auteur  déclare  d'abord  que  lorsqu'il  s'est  occupé  pour  la  première  fols  du 
jiroblème  il  espérait  en  trouver  la  solution  dans  la  loi  de  Maxwell  sur  la  distri- 
bution des  vitesses  des  molécules  dans  les  gaz  sous  les  conditions  normales, 
mais  que  lorsqu'il  vint  à  considérer  le  vrai  sens  physique  de  cette  loi  et  ses 
limites  il  trouva  qu'il  s'arrête  juste  où  l'on  aurait  besoin  de  l'appliquer,  c'est-à- 
dire  dans  cette  région  extérieure  d'une  atmosphère  de  laquelle  seule  les  molé- 
cules peuvent  s'échapper. 

De  longues  considérations  sur  les  difficultés  de  l'observation  des  oscillations 
et  des  vitesses  des  molécules,  dans  les  expériences  de  laboratoire,  dans  le  radio- 
mètre  de  Crookes,  dans  la  fumée  de  tabac,  dans  les  mouvements  browniens,  etc., 
conduisent  l'auteur  à  être  moins  afflrmatif,  semble-t-il,  que  dans  son  premier 
travail. 

Il   revint  sur  le   nn'me   sujet,  discuté  d'autre  part  eu  Angleterre  par  le  pro- 

(')  M.  Bryan  a  )>ulilii'.  <l'autre  pan,  une  série  d'objections  analogues  dans  la  revue 
anglaise  Nature. 
{')  The  aslropliysical  Journal,  May  l'JOO. 


400  LA  PLANÈTE   MARS.-  '  1898 

fesseur  Bryan  (')  et  le  soumit  à  une  nouvelle  analyse  (").  La  question  parait 
d'autant  plus  compliquée  qu'elle  est  étudiée  avec  plus  de  soins. 

D'après  les  calculs  de  Maxwell  et  de  Boltzinann,  les  molécules  de  l'air  se  mou- 
vraient si  rapidement  qu'au  fond  de  notre  atmosphère  les  rencontres,  les  chocs 
de  ces  molécules  entre  elles  s'élèveraient  pour  chacune  d'elles  à  sept  ou  huit 
millions  par  chaque  millième  de  seconde!  .Mais  quelle  infinie  variété  dans  les 
chocs  des  molécules  gazeuses!  Exposons  un  mélange  d'égal  volume  d'hydrogène 
et  de  chlore  à  la  lumière  difTuse  et  un  autre  à  la  lumière  solaire.  Dans  la  première 
condition,  les  gaz  se  combineront  lentement  et  formeront  de  l'acide  chlorhydrique. 
En  d'autres  termes,  l'échange  des  atomes  chimiques  entre  deux  molécules  qui  se 
rencontrent  dépend,  en  lumière  diffuse,  de  quelque  procédé  inusuel  de  rencontre 
qui  n'arrive  que  très  rarement  au  point  de  vue  moléculaire.  En  lumière  intense, 
cette  sorte  de  rencontre  est  encore  rare  au  point  de  vue  moléculaire,  mais 
la  combinaison  des  gaz  s'opère  avec  une  rapidité  explosive.  Dans  les  deux 
cas,  après  un  laps  de  temps  suffisant,  la  réaction  est  complète.  Chaque  molécule 
est  maintenant  de  l'acide  chlorhydrique,  c'est-à-dire  que  ce  genre  très  rare  de 
rencontre  a  atteint  chaque  molécule  d'hydrogène  et  de  chlore  existant  dans  le 
mélange. 

La  marche  des  molécules  est  donc,  en  fait,  le  résultat  d'une  action  inextri- 
cable de  causes  diverses. 

Les  estimations  et  les  déterminations  du  nombre  des  molécules  existant  dans 
un  gaz  à  la  température  et  à  la  pression  normales  diffèrent  beaucoup  les  unes  des 
autres,  mais  peuvent  toutes  être  résumées  dans  l'énoncé  suivant  : 

Dans  un  centimètre  cube  de  gaz,  à  la  température  et  à  la  pression  normales,  il 
y  a  plusieurs  trillions  de  molécules,  le  mot  «  plusieurs  »  restant  assez  vague,  mais 
compris,  cependant,  entre  10  et  liMiQ. 

Pour  l'air,  en  particulier,  ce  nombre  est  compris  entre  8  et  1100.  Dans  un 
dixième  de  millimètre  cube,  le  nombre  des  molécules  d'air  est  de  plusieurs 
billions.  Et  comme,  d'après  Maxwell,  chaque  molécule  d'air  éprouve  de  7  000  à 
8000  millions  de  rencontres  par  seconde,  en  un  vingt-cinquième  de  seconde, 
chaque  molécule  d'air,  au  fond  de  notre  atmosphère,  éprouve  environ  300  millions 
de  rencontres. 

Les  molécules  d'air  ne  peuvent  pas  abandonni'i-  l'atmosphère,  à  moins  qu'elles 
n'appartiennent  à  des  régions  supérieures,  car  elles  seraient  arrêtées  par  l'armée 
des  autres  molécules.  Pour  mettre  un  peu  de  clarté  dans  son  examen  —  que 
l'auteur  a  peut-être  tort  de  considérer  comme  pouvant  être  d'ordre  mathéma- 
tique —  l'atmosphère  est  supiiosée  partagée  en  autant  de  couches  qu'il  y  a  de 
lettres  dans  l'alphabet,  A  étant  l'inférieure,  où  nous  vivons,  etZ  l'extérieure,  Y  la 
seconde  à  partir  du  haut,  X  la  troisième,  etc.  La  couche  extrême  Z,  à  la  limite 
même  de  l'atmosphère,  est  caractérisée  par  une  absence  presque  totale  de  ren- 

(')  Proceedinfjs  of  llie  royal  Socii:tii  for  April  r.)Ol). 
{■)  The  asIrojilK/sical  Joarn:d,  June  l'.iOO. 


LKS  A  TMOSlMir.lU'S  OKS  l'I.A  NK  TKS.  401 

contres  gazeuses,  les  moleriiles  ([iii  l'orcupeiit  arrivent  du  lIcssous  et  sont  si  sd- 
parées  qu'elles  peuvent  à  peine  se  rencontrer.  Un  grand  nombre  d'entre  elles 
décrivent  dos  trajectoires  elliptiques  et  redescendent  dans  la  couche  Y.  Si  quel- 
ques-unes décrivent  des  trajectoires  liyperboliiiues,  elles  quittent  l'atmosphère 
terrestre,  et  plusieurs  de  celles  qui  circulent  ellipti'pienient  peuvent  aussi  s'en 
affranchir  si  elles  s'éloit:nent  assez  pour  subir  rinlliionre  perturbatrice  du  Soleil 
ou  de  la  Lune. 

Il  peut  s'en  échapper  aussi  des  cou'iu's  V  et  .X,  mais  incomparablement  moins. 
Ces  trois  couches  sont  toutes  d'une  grande  profondeur,  à  cause  do  la  raréfaction 
de  l'air  aux  altitudes  supérieures.  Elles  passent  insensiblement  l'une  dans  l'autre, 
mais  peuvent,  néanmoins,  être  aussi  distinctes  dans  l'atmosphère  que  le  sont  le 
menton,  les  joues,  les  tempes  et  le  front  dans  la  tii;ure  humaine,  quoiipi'il  n'y  ait 
aucune  ligne  de  démarcation  définie. 

D'après  cet  exposé,  presque  toutes  les  molécules  ([ui  s'échappent  de  l'atmo- 
sphère terrestre  proviennent  des  couches  extérieures,  de  10  à  ?0  kilomètres  à 
partir  d'en  haut.  La  loi  de  Maxwell  ne  s'applique  plus  à  ces  régions.  La  loi  de 
cet  échappement,  si  nous  pouvions  la  découvrir,  ('crit  l'auteur  «  wouUl  doubtless 
be  utterly  unlike  Maxwell's  law  or  either  of  its  successors  ». 

Il  ajoute  qu'il  faudrait  aussi  tenir  compte  de  l'exposition  de  ces  molécules 
extérieures  à  l'action  directe  de  l'énergie  lumineuse  et  calorifique  du  Soleil,  qui 
n'est  plus  modérée  par  sou  passage  à  travers  l'atmiisphère. 

M.  Johnstone  Stoney  conclut  que  :  I"  c'est  une  erreur  de  supposer  que  la  loi  de 
Maxwell  gouverne  la  distribution  des  vitesses  dans  cette  zone  exté'rieure  de 
l'atmosphère,  de  laquelle  seule  les  molécules  s'échappent;  i"  (}uo  la  vraie  loi  de 
distribution,  quelle  qu'elle  soit,  n'a  qu'une  connexion  partielle  avec  le  taux 
d'émigration,  à  cause  des  conditions  et  des  circijnstances  variables  de  la  jjosition 
des  molécules. 

Finalement,  l'auteur  ne  se  llatte  pas  d'avoir  liMuive  une  loi.  Il  déclare 
seulement  qu'il  raisonne  a  poslrriori  sur  ces  deux  faits  d'obsorvation  : 

1°  Que  la  Lune  est  actuellenient  sans  atmosphère; 

2°  Que  la  Terre  a  été  capable  de  retenir  la  vaiieur  d'eau  d.ins  son  atmo- 
sphère. 

Et  que  l'état  actuel  de  nos  connaissances  en  Physique  moléculaire  ne 
permet  pas  d'établir  de  loi  a  priori. 

Un  appendice  sur  «  la  manière  d'être  di'  l'hélinm  dans  l'atmosphère  ter- 
restre »  est  ajouté  aux  considérations  précédentes,  dans  le  but  de  déter- 
miner si  nous  devons  attribuer  les  neiges  polaires  de  Mars  à  l'eau  ou  à 
l'acide  carbonique.  Il  ne  nous  paraît  guère  plus  sûrement  l'onde  que  tout 
ce  qui  précède,  mais  notre  devoir  est  de  ne  rien  négliger. 

L'hélium  s'échappe-t-il  de  la  Terre'?  L'essai  de  réponse  à  celte  question 
F.,  IL  26 


402  LA    l'LANÉTE   MAllS.  1S9,S 

jiar  la  lliéorie  cinèlique  des  gaz  n'ai^porte  aucune  lumière,  avoue  l'auteur. 
On  pmil  choisir  une  autre  méthode,  a  posicriori,  basée  sur  l'expérience,  en 
ohsci-vanl  les  conditions  actuelles  de  l'existence  de  rhélium  sur  notre  pla- 
nète. Les  faits  aiiportés  à  noire  connaissance  paraissent  indiquer  que 
riiélium  s'échappe  encore  lenlemcnt  de  la  Terre  et  que,  a  forliori,  il  a  dii 
s'échapper  plus  librement  pendant  les  premiers  âges  cosmiques,  hes  don- 
nées sur  lesquelles  cette  conclusion  repose  sont  maintenant  plus  plcinemenl 
et  plus  detinilivement  connues  qu'elles  ne  l'étaient  lorsque  l'auteur  a,  pré- 
senté celle  opinion  comme  probable.  Elles  changent  presque,  dil-il,  la  pro- 
babilité en  certitude. 
Voici  ces  données.  ■  . 

1»  La  proportion  eu  volume  de  l'argon  dans  l'air  sec  est  d'environ  1  pour  100. 
Le  volume  du  néon  représente  environ  un  millième  de  celui  de  l'argon,  et  le 
volume  de  l'hélium  environ  nii  dixième  ou  ini  vingtième  de  celui  tlu  néon. 
Par  conséquent,  le  vulume  de  l'hélium  dans  l'air  sec  se  trouve  entre  -^^  et  -^ 
du  volume  de  l'argon. 

2°  L'argon  et  l'hélium  sont  fournis  à  ratnios]dièro  par  les  sources  chaudes; 
l'argon,  en  général,  par  toutes  les  sources  chaudes  qui  contiennent  des  gaz  atmo- 
sphériques, et  l'hélium  par  quelques-unes  d'entre  elles  (sources  radioactives). 

3"  Dans  ces  sources,  l'argon,  comme  l'oxygène  et  l'azote,  peut  être  simplement 
du  gaz  qui  arrive  à  l'atmosphère  par  les  eaux,  l'u  litre  d'eau,  dans  les  conditions 
normales,  absorbe  : 

Environ  45''"'°  d'oxygène  de  l'air  en  contact, 

—  15"''  d'azote, 

—  40'™'  d'argon, 

—  14""'  d'iiélium. 

Nous  pouvons  donc  nous  attendre  à  trouver  dans  la  pluie  les  proportions 
suivantes  : 

''0  9 

^  x4,:.  d'oxygène, 


78,1 

100 

1 


X  1 ,5  d'azote, 


X  i       il  artrun. 


et  de  I  à  2  millionièmes  x  1 , 4  d'hclium. 

Ces  propcirlions  se  retrouvent  à  |ieu  [ii'ès  dans  les  niv/.  des  soui'cos  chaudes, 
pour  l'oxygène,  l'azote  et  l'argon.  Mais  l'hélium  s'y  trouve  dans  la  jjroportion 
de  ,',  de  l'ar^ion,  c'est-à-dire  3lltl0  à  0000  fois  jdus  ([u'on  ne  devrait  en  trouver 
s'il  provenait  de  l'atmosphère. 


^^v  i.Ks  A  r\i()sriii;Ki:s  i)i;s  i'i.\m:ii-:s.  403 

.4»,  Ce  grand  excès  de  riiélium  diiu^  queliiues  sources  a  sans  doute  une  origine 
minérale.  L'urauium,  entre  autres,  renferme  de  l'hélium.  Un  n'en  ])ourrail  dire 
autant  pour  l'argon. 

5"  L'argon  qui  est  .fourni  à  l'alniosplière  par  le.s  sources  cliaudcs  jiarait  ]U'0- 
venir  en  princii>e  de  l'aiinosphère  et  lui  être  restitué.  Au  contraire,  il  semble 
qu'il  Y  ait  une  addition  continuelle  d'iu'dium  de  lu  terre  solide  à  l'atinnsphère  qui 
le  perd. 

En  conséquence,  on  peut  conclure  que  l'excessivemeut  petite  quantiti;  diiélium 
qui  existe  dans  l'atmosphère  est  de  l'hélium  qui  s'eu  va,  et  qu'il  y  eu  aurait 
davantage  s'il  ne  s'en  échappait  pas. 

Donc,  conclut  l'auteur,  l'argon  ne  s'échappe  pas  de  notre  planète,  mais  l'hélium 
s'en  échappe,  et,  par  conséquent,  la  vapeur  d'eau  doit  s'échapper  de  la  planète 
Mars,  et  ainsi  nous  en  déduisons  que  les  ïie(';/c'.s  polaires  de  ce  moiule  sont 
probablement  formées  d'acide  carbonique. 

Telle  est,  dans  son  ensemble,  l'argumentation  de  M.  .Inhustoue  .•>loney. 
Nous  avons  voulu  l'exposer  tout  entière,  sans  en  rien  celer,  quoique  ce 
long  travail  soit  plutôt  aride  —  pour  nous,  traducteur,  comme  pour  le 
lecteur.  Mais  il  importait  d'avoir  sous  les  yeu.x  ce  raisonnemeul,  plus  ou 
moins  mathématique,  afin  d'éclairer  notre  recherche  indépeudaiile. 

11  nous  semble  que  ces  arguments  ne  suffisent  pas  encore  pour  nous 
convaincre  que  les  neiges  manieunes  sont  l'ormées  d'acide  cai-liouiiiue. 
C'est  longuement  travaillé,  assurément,  mais  en  fait  de  iirenrrs,  nous 
soumies  encore  plus  exigeanis.  Prendre  pour  base  de  raisiuinemeiU  ijue 
riiélium  s'échappe  de  notre  almo-sphère,  c'est  audacieux,  puisqu'idle  en 
contient  quelque  chose  comme  dix  milliards  de  tonnes,  llien  uc  prouve, 
non  plus,  que  si  la  Lune  a  j)erdu  son  atmosjihère,  c'est  parce  ijue  celle-ci 
s'est  envolée;  elle  a  pu  être  alisorbi'e,  au  contraire.  Enfin,  examinée  en 
elle-même,  la  tliéorie  cinéli<]ue  des  gaz  reste  toujours  une  hijpulhcse. 

Nous  anticiperons  un  peu  sur  l'ordre  chronologique  de  cet  exjiosë  en 
ajoutant  ici  l'objection  à  la  même  théorie  qui  nous  a  été  adressée  par  M.  le 
colonel  du  Ligondès. 


CCXXXIX.  —  Iiu  Liiio.NDHs.  —  Les  .\T.\iosPHi-;Ri;s  ui:s  planèi-es  i'i. 

Ou  a  souvent  cherché  h  expliquer,  en  s'appuyant  sur  la  théorie  cinétiqui\  l'ab- 
sence de  gaz  légers  dans  les  atmosphères  planétaires.  Suivant  cette  hypothèse, 
les  molécules  gazeuses  sont  animées  de  vitesses  dirigées  dans  tous  les  sens, 
variables  d'une  molécule  à  l'autre,  mais  présentant  la  même  valeur  moyenne  dans 

t')  Bullciin  de  la  f^ociëlé  Astronomique  de  France,  juin  1903. 


40i  LA   PLANÈTE   MARS.  1808 

toute  l'étendue  de  la  masse,  si  la  température  est  constante.  C'est  au  choc  des 
molécules  extrêmes  qu'est  attribuée  la  pression  exercée  par  le  gaz  sur  les  parois 
de  son  enceinte.  La  pression  et  le  nombre  de  molécules  contenues  dans  un  volume 
(l'inné  étant  connus,  on  peut  calculer  la  vitesse  moyenne,  l'our  l'hydrogène  à  la 
température  zéro,  elle  est  d'environ  IS'iO  mètres  par  seconde.  Elle  est  d'autant 
moindre  pour  les  autres  gaz  que  leur  densité  est  plus  grande.  Mais  il  y  a  des 
molécules  dont  la  vitesse  est  bien  supérieure  à  la  moyenne,  et.  si  elles  se  trouvent 
à  la  limite  de  l'atmosphère,  elles  peuvent  sortir  de  la  sphère  d'attraction  de  leur 
planète  et  se  diffuser  dans  l'espace.  Il  ne  serait  donc  pas  surprenant  que  l'hydro- 
gène ait  quitté  l'atmosphère  terrestre  et  qu'aucun  gaz  ne  soit  resté  autour  de  la 
Lune. 

A  ce  compte,  on  peut  se  demantler  pourquoi  les  comètes,  à  la  surface  desquelles 
la  vitesse  critique  est  excessivement  faible,  ne  sont  pas  déjà  et  depuis  longttemps 
toutes  dispersées;  comment  aussi  les  planètes,  qui  ont  été  formées  par  des  agglo- 
mérations successives  de  vapeurs  et  de  gaz  portés  à  une  haute  température, 
n'ont  pas  vu  leurs  matériaux  se  dissiper  avant  même  d'être  réunis.  Cette  contra- 
diction a  sans  doute  échappé  à  ceux  qui  s'appuient  sur  la  théorie  cinétique  pour 
dire  que  les  astres  ne  peuvent  pas  conserver  d'atmosplière.  En  voici  l'explica- 
tion : 

La  lui  de  Mariotte  est  une  conséquence  de  la  théorie  cinétique  des  g;iz.  Si  le 
volume  est  réduit  de  moitié,  le  nombre  des  molécules  venant  frapper  les  parois 
sur  une  surface  donnée  est  doublé  et  la  pression  aussi.  En  appelant  p  la  pression, 
p  la  densité  et  /(  une  constante,  on  a 

p  =  Il  p. 

Imaginons  une  sphère  gazeuse  de  rayon  a,  en  équilibre,   et  soit  x  le   rayon 

d'une  couche  sphérique  d'épaisseur  infiniment  petite  dx  prise  à  son  intérieur.  Un 

petit  cylindre  droit  de  base  S  et  de  hauteur  dx  découpé  dans  cette  couche  a  pour 

niasse 

piidx. 

La  masse  de  la  iietite  sphère  de  rayon  .v  sur  laquelle  il  reiiose  est 

.J%xU 


4-/     px-\lx. 
■'a 


L'attraction  mutuelle  est  égale  au  produit  de  ces  deux  masses  divisé  par  le 
earré  de  la  distance  au  centre  .v  ('  ) 


/i-'.Sd.v    /■ 


/"  px-^dx. 


('  )  La  sphère  de  rayon  x  agit  comme  si  toute  sa  niasse  était  transportée  au  centre; 
quant  à  la  partie  extérieure  au  cylindre,  elle  n'exerce  aucune  action  sur  lui. 


LES  ATMOSPUKRES  DE>  PLANÈTES.  405 

L'accroissement  de  la  pression  à  riatérieur  de  la  sphère  ou  la  diflërentielle 
de  la  pression  est  donc 

-zdx   /•' 


dp= 3r—  /    p.v^dv, 

«- 0 


avec  le  signe  —  puisque  la  pression  varie  à  l'inverse  du  rayon. 

Si  l'on  fait,  d'après  la  loi  de  Mariette,  p  =  Zip,  l'équation  précédente  est  satis- 
faite en  posant 

Pour  déterminer  la  constante  k,  on  écrira  que  la  somme  des  masses  élémen- 
taires de  toutes  les  couches  de  rayon  .v,  depuis  .\-=0  jusqu'à  .v  =  a,  c'est-à- 
dire  : 


-0 

est  égale  à  la  masse  tutale  M  supposée  connue  : 

M  =  4-|    ,-.v2d.v  =  2fea. 


D'où 


2  a 


et 

M 

2  a 

Or,  dans  notre  sphère  gazeuse,  à  la  distance  a,  l'accélération  de  la  gravité  est 


M 

il  = 

On  a  donc 


^  =  ^- 


P  _  [1^1  _  "■  <7a 

Mais  2ga  est  précisément  le  carré  de  la  vitesse  critique  à  la  surface  de  la 
sphère;  d'autre  part,  la  pression  p  est  proportionnelle  au  carré  de  la  vitesse 
moyenne  des  molécules  gazeuses.  Il  en  résulte  que,  d'une  planète  à  l'autre,  les 
vitesses  moléculaires  à  l'intérieur  d'une  couche  atmosphérique  de  morne  densité 
varient  exactement  comme  les  vitesses  critiques.  La  tendance  à  la  dispersion 
des  atmosphères  est  indépendante  de  la  masse. 

Ce  résultat  pouvait  être  prévu.  L'intensité  de  la  pression,  au  moyen  de  laquelle 
on  calcule  les  vitesses  des  molécules,  n'est  pas  autre  chose  que  le  poids  sur 
l'unité  de  surface,  et  comme  à  l'intérieur  d'une  petite  masse  de  gaz  la  pression 
est  à  peu  près  la  même  eu  tous  sens,  elle  doit,  ainsi  que  le  poids,  suivre  les 
variations  de  la  gravité.  D'ailleurs  les  mouvements  moléculaires  étant  sans  doute 


/,0r,  LA   PLAXKTE  MARS.  1898 

uiio  (les  conséquences  de  l'atlraction  universelle,  obéissent  à  la  loi  de  la  chute 
des  graves  :  u- =  igli;  le  carré  de  la  vitesse  est  proportionnel  à  l'intensité  de  la 
pesanteur  à  la  surface  de  chaque  planète. 

C'est  donc  une  erreur  manifeste  d'attribuer  à  la  faiblesse  de  l'attraction  lunaire 
l'absence  d'atmosphère  autour  de  notre  satellite;  il  faut  plutôt  croire  que  la 
porosité  du  sol,  attestée  par  le  relief  de  la  surface,  a  déterminé  l'absorption 
rapide  do  l'eau  d'abord,  ensuite  celle  des  gaz. 

II  est  non  nujins  faux  de  dire  que  l'hydrogène,  l'hélium  et  autres  gaz  légers 
ont  quitté  la  Terre  pour  se  concentrer  autour  du  Soleil.  81  ces  gaz  avaient  le 
pouvoir  (le  dilTusion  qu'on  leur  prête,  aucun  astre  ne  serait  capable  de  les  rete- 
nir, l.a  thiMirio  cinétique  repose  sur  l'exactitude  de  la  loi  de  Mariette.  Or,  au  delà 
d'un  cerlaiii  degi-é  de  raréfaction,  la  diminution  de  la  pression  est  plus  rapide 
que  celle  de  la  densité;  c'est  une  preuve  que  les  vitesses  moléculaires  décroissent 
aussi.  .\u\  limites  de  notre  atmosphère,  où  la  température  est  très  basse,  ces 
vitesses  sont  donc  loin  d'atteindre  les  chilTres  que  la  théorie  donne  pour  les 
couches  inférieures. 

En  résumé,  les  calculs  et  raisonnements  sur  les'iuels  on  s'appuie  pour  expli- 
quer, d'a]irès  la  théorie  cinétique,  l'absence  do  gaz  légers,  ou  même  l'absence 
totale  d'atmosphère  autour  des  planètes  et  de  leurs  satellites,  ]iaraissent  dénués 
de  tout  fondement. 

Ces  idijeciions  faites  là  la  conservation  dos  aggionK'rations  comôtaires  sont 
sérieuses;  il  ne  faut  pas  oublier  cependant  : 

I"  Une  les  comètes  peuvent  être  cmistilui'es  [lar  des  gaz  de  forte  densité; 
leur  ('Indo  spoctroscopique  révèle,  en  elTet,  les  raies  propres  aux  hydrocar- 
I  11  très; 

•J"  Hue,  dans  la  théorie  de  la  dissipation,  le  facteur  temps  joue  un  rôle 
très  [irepoiidcrant  si  l'on  ne  se  trouve  pas  dans  les  conditions  nii  une  forte 
fraction  des  molécules  ]iossède  la  vitesse  d'échappement.  (Jr,  les  comètes 
sont,  dans  l;i  iiuijeun'  partie  de  leur  parcours,  telleuient  éloignées  du  Soleil, 
que  li'ur  leniperalurc  est  exhrmement  basse,  et,  aux  époques  oi'i  leur  tempé- 
rature s'élève,  par  exemple  au  voisinage  de  celle  de  la  Terre,  la  durée  en 
est  trop  courte  pour  que  l'on  puisse  envisager  une  sérieuse  tendance  à  la 
dissi]i:iiiou. 

L'ensemble  des  objections  s'ajoute,  m'^annu^ins,  à  celles  que  nous  avons 
précédemment  exposées. 

CCXL.  —  Le  dédouih.i;.\ie.nt  dks  canaux  de  Maus. 

Nous  avons  vu,  par  les  observations  de  M.  Schiaparelli  et  d'autres  astro- 
nomes, (jue  parfois,  et  pendant  des  temps  assez  longs,  les  canaux  de  Mars 


1.1-;    DKlHUItLHMKM     DKS    C.VNALX.  Ul7 

se  niiinlrriit  ilouhlos.  Les  deux  iiouvraux  canaux,  toujours  parallrles  eulro 
eux  coumic  îles  rails  de  clieuiiu  di>  fer,  iiHViuil  des  l'carleuieiils  el  des  lar- 
geurs variables,  et  il  arrive  que  l'uu  des  diuix  u'oecu|ie  pas  exacteuient 
l'einplaceuieut  du  canal  antérieur  au  dédouldeuienl. 

Ce  l'ait  est  si  extraordinaire,  si  iucouipréhensibje,  que  la  |u-eiuiére  idée 
qui  se  présente  à  notre  jugement  est  qu'il  n'est  pas  réel,  i^i'il  dnit  y  avoir 
là  quelque  illusion  d'optique.  Comnieiit  admettre,  en  eiri_'t,  qu'un  canal  de 
plusieurs  centaines  et  même  de  plusii'urs  milliers  de  kilomètres  de  lon- 
gueur s'efTace  pour  produire  à  sa  place  diuix  canaux  plus  ou  Tunins  ana- 
logues éloignés  à  des  centaines  de  kilouielrrs  l'iui  dr  l'aulre'  (jui'  la  Srinc 
cesse  de  couler  à  Paris,  pour  être  remplacée  par  deux  cours  d'eau  coulant 
aussi  de  l'est  à  l'ouest,  l'un  passant  par  Nancy,  lleims  et  Amiens,  l'autre 
par  Màoon,  Tours  et  Saiut-Malo'? 

En  admettant  (|ue  les  canaux  existent,  c'est-à-dire  (jue  la  surface  de  Mai-s 
soit  vraiment  recouverte  d'un  réseau  de  lignes  fines  (quelle  i(ue  soit, 
d'ailleurs,  la  nature  de  ces  lignes),  on  est  porté  à  penser  que  leur  dédou- 
blement est  une  apparence  et  non  une  réalité. 

.l'ai  proposé  d'admettre  iM  que  ces  dédoublements,  ces  géminations  pou- 
vaient être  des  elTéts  causi'S  par  ralmusjihéie  île  Mars,  comme  il  arrive  chez 
nous  pour  les  parhélies  et  les  parasélénes,  images  secondaires  du  Soleil  et 
de  la  Lune  produites  par  de  la  vapeur  d'eau  cristallisée  en  petits  prismes 
de  neige  dans  les  hauteurs  de  l'atmosphère.  Il  peut  se  faire  que  dans  l'at- 
mosphère de  Mars  certains  gaz,  certaines  vapeurs,  certains  états  de  l'air 
produisent  une  double  réfraction  rappelant,  par  exemple,  celle  du  spath 
d'Islande. 

Les  canaux  ne  se  dédoublent  pas  tous  dans  la  même  région  :  quelques-uns 
restent  simples,  tandis  que  leurs  voisins  se  dédoublent.  Les  elTets  observés 
peuvent  dépendre  de  la  température  des  régions  aériennes.  Ces  gémina- 
tions, d'autre  part,  se  manifestent  en  certaines  saisons  el  non  en  d'autres. 
Les  nouveaux  canaux  sont  parfois  très  larges,  parfois  très  étroits.  Tontes 
ces  variations  peuvent  avoir  pour  cause  l'état  de  l'atmosphère. 

Il  y  aurait  une  autre  cause  encore  plus  simple,  c'est  que  les  observateurs 
seraient  tout  simplement  dupes  d'une  illusion  d'optiijue  due  à  une  mise  au 
point  défectueuse,  ce  défaut  de  mise  au  point  faisant  réellement  paraître 
doubles  des  lignes  simples  observées  soit  à  l'œil  nu,  soit  à  l'aide  d'instru- 
ments. Nous  allons  passer  en  revue  cette  explication,  en  en  suivant  autant 
que  possible  l'ordre  chronologique. 

Au  mois  de  juin    18'jl,  mon  savant   ami  Adolphe  de   lîoë,  astronome  à 

('}  Tome  I,  p.  48S  et  5S8. 


408  lA   PLANETE  MARS.  '  189S 

Anvers,  m'ailressuit  la  lettre  suivante,  que  je  publiai  dans  VAsironomie  du 
l"  juillet  : 

«  Mon  cher  ami, 

»  Li'  dédoublement  des  canaux  de  Mars  ne  résulterait-il  pas  d'images  secon- 
daires qui,  dans  certaines  conditions,  se  forment  dans  notre  œil? 

»  Voici  une  expérience  d'une  incxprinialjlo  simplicité.  Regardez  d'un  leil  une 
ligne  droite  tracée  à  l'encre  sur  une  feuille  de  carton  ou  de  papier  blanc  (au  dos 
d'une  carte  de  visite),  en  tenant  cette  feuille  en  deçà  ou  au  delà  de  la  vision 
distincte,  verticalement,  horizontalement,  etc.;  puis  épinglez  cette  carte  contre 
le  mur,  faites  de  même  eu  la  regardant  d'un  œil,  à  travers  une  jumelle,  ou  à 
l'aide  d'une  lunette  ;  mettez  hors  du  point,  approchez,  éloignez-vous  ;  faites 
toutes  les  épreuves,  vous  Irourerei  toujours  des  conditions  où  cette  ligne  sera 
vue  douille. 

•  Si  je  prends  un  instrument  muni  de  fils,  en  les  mettant  hors  du  foyer  de 
l'oculaire,  je  trouve  de  nouveau  des  conditions  où  ces  fils  présentent  une  image 
secondaire. 

»  Il  résulte  de  cette  observation  qu'une  ligne  simple  peut  se  voir  double. 

>)  On  me  dira  peut-être  :  »  Mais  vous  forcez  les  choses  ;  vous  coulez  quand 
même  voir  double.  »  Je  réponds  :  «  Les  géminations  sont-elles  autre  chose?  Vous 
souvenez-vous  de  notre  visite  à  l'Observatoire  de  Louvain?  M.  Terby  ne  nous 
a-t-il  pas  assuré  que  ce  n'était  qu'après  une  heure  (je  crois)  d'essais,  qu'il  était 
parvenu  à  voir  une  gémiuation  ?  Ne  peut-on  en  ronclure  que  la  fatigue  de  l'œil, 
qui  altère  momentanément  la  distance  de  la  vision  distincte,  joue  aussi  un  grand 
rôle  dans  toute  cette  fantasmagorie  ?  » 

»  Je  livre  cette  idée  pour  ce  qu'elle  vaut  à  la  tribune  indépendante  et  toujours 
progressiste  de  r^4.s?co)îom(e.  »  Ad.  de  Boe.  » 

Cette  explication  était  à  peine  publiée  que  je  recevais  la  lettre  sui- 
vante : 

«  Au  sujet  de  la  Note  de  ^L  de  Boë,  insérée  au  dernier  numéro  de  la  Revue, 
permettez-moi  de  faire  connaître  à  ses  lecteurs  que  le  phénomène  du  dédou- 
blement qui  s'oi)ère  dans  l'œil  lorsqu'on  regarde  attentivement  un  point  ou  une 
ligne  a  été  décrit  par  moi,  le  premier,  dans  des  Notes  communiquées  à  l'Acadé- 
mie des  Sciences  {')  et  dans  mon  Introduction  à  la  Mineralogia  Micrografica. 

u  Quant  à  chercher  <lans  ce  plionomèrui  la  raison  du  dédoublement  des  canaux 
de  Mar.s,  j'ai  émis  également  celte  idée  dans  une  première  étude  sur  la  Cause  de 
l'équation  personnelle,  publiée  en  lS8û  (-);  nuiis,  pour  arrivera  des  conclusions 
certaines  sur  un  tel  problème,  il  faudrait  conuaitri'  bien  des  détails  concernant 

(')  Voir  Comptes  rendus  des  i  février  et  8  juillet  1SS9. 

(')  Voir  C'rofuca  cienii/ica  de  Barcelone.  .-     '  . 


I.l-    DKDOL'Iil.KMliN  I"    DES    CANAUX.  i09 

les  heures  auxquelles  l'illustre  Directeur  de  l'Obsorvaloire  de  Milau  a  observé 
ces  dédoublements,  riueliuaisou  des  lignes  par  rapport  à  la  verticale  jouant  un 
rôle  décisif  dans  la  production  du  plicnoinèue. 

»  Je  profite  de  cette  circonstance  pour  appeler  sur  ce  point  l'attenlioii  des 
astronomes,  car  le  fait  ijuc  plusieurs  autres  observateurs  exerc('s  et  pourvus 
d'instruments  puissants  n'ont  point  vu  les  choses  comme  M.  Schiaparelli  donne 
lieu  à  penser  que  peut-être  il  ne  s'agirait  là  que  d'un  effet  purement  subjectif. 

"   J.-J.     L.WDERER, 
»  Astnnionie  a  Toito>e  (Espagne).  ■■ 

Cette  lettre  renvoie  aux  Comiilcs  rendus  de  l'Aeadéinie  des  Srienees  des 
4  février  et  s  juilli't  1889.  \'oici  ce  (jui.;  nous  lisons  dans  le  premier  : 

(I  La  Note  que  j'ai  l'honneur  de  roinmuuiquer  aujourd'hui  à  l'Académie  a  pour 
but  de  montrer  que,  entre  des  limites  assez  étendues,  l'équation  personnelle 
tient  à  un  effet  de  diplopie  aisément  mesurable. 

1)  On  pratique  au  milieu  d'un  écran  noir  assez  mince  un  petit  trou  rond  d'un 
demi-millimétre  de  diamètre  environ,  on  le  place  h  la  distance  de  la  vue  distincte 
ou  un  peu  au  delà,  eu  le  projetant  en  même  temps  sur  un  fond  éclairé  ;  on  le 
regarde  de  l'un  des  yeux,  l'autre  restant  fermé,  et  au  bout  de  quelques  instants 
on  saisit  le  dédoublement  plus  ou  moins  complet  de  l'image  du  trou. 

»  Chez  moi,  ainsi  que  chez  un  grand  nombre  de  personnes,  ce  dédoublement 
s'opère  dans  le  sens  horizontal,  de  gauche  ;'i  droite  pour  l'œil  droit,  de  droite  à 
gauche  pour  l'œil  gauche.  Chez  d'autres  personnes,  c'est  dans  un  sens  vertical 
ou  même  incliné.  Une  seule,  parmi  celles  qui  ont  essayé  l'expérience  ('),  uo  s'en 
aperçoit  aucunement.  Ij'intensité  de  l'image  diplopiquc  est  un  peu  moindre  que 
celle  de  \'im:iije  norninlc. 

»  En  faisant  varier  la  distance  de  l'écran  à  l'œil  et  aussi,  si  besoin  est.  le 
diamètre  du  trou,  on  parvient  à  obtenir  par  tâtonnement  la  tangence  des  deux 
images.  En  désignant  alors  par  D  cette  distance,  par  d  le  diamètre  du  trou,  soit 
l'intervalle  allant  du  centre  du  trou  réel  à  celui  du  trou  apparent,  pare^,  la  moitié 
de  l'angle  que  cet  intervalle  sous-teml.  on  a,  en  vertu  de  la  petitesse  de  l'angle  : 

d 

'•'  =  7d- 

»  Si  l'on  examine  le  trou  à  l'aide  d'une  loupe  achromatique,  le  dédoublement 
disparait  par  suite  du  rapprochement;  mais,  en  y  regardant  attentivement,  on 
s'aperçoit  que  l'un  des  bords  de  l'image  est  légèrement  estompé.  C'est  évidemment 
de  ce  côté  que  se  trouve  l'image  diplopique. 

»  Ces  faits  prouvent  que  le  pointé  d'un  petit  disque  lumineux,  d'une  étoile,  se 

(')  Elles  sont  au  nombre  de  26,  parmi  lesquelles  je  citerai  MM.  Jofre  et  Aguileru, 
commandants  de  l'Etat-Major,  Hidalgo.  Garcia,  .1.  Miquel,  olllciers  au  même  corps, 
M.  Miquel,  capitaine  Ju  Génie,  le  D'  Boned,  médecin  à  l'hôpital  de  Valence. 


410  I  A  l'LANKTK   MAItS.  IH98 

fait  non  pas  sur  son  centre,  mais  ;\  droite  ou  à  gauche,  en  haut  ou  en  bas,  selon 
le  sens  de  la  diplopie,  l'œil  visant  tout  naturellement  le  centre  de  l'ensemble 
que  les  deux  images  constituent.  11  s'ensuit  donc  que  la  cause  efficiente  de 
l'équation  personnelle  proprement  dite  réside  dans  cet  effet  physiologique,  ou 
du  moins  que  celui-ci  y  joue  un  rôle  prépondérant. 

»  Envisagée  au  point  de  vue  qui  vient  d'être  exposé,  l'équation  personnelle 
permet  d'expliquer  des  faits  connue  les  suivants,  tlont  la  cause  semblait  fort 
obscure.  D'après  Fœrster  et  Littrow,  le  sens  du  mouvement  de  l'étoile  a  une 
influence  marquée  sur  la  grandeur  de  l'équation  personnelle,  et  M.  Flammarion 
a  fait  remarquer  que  l'œil  ne  juge  pas  de  la  même  façon  les  lignes  inclinées  et 
les  lignes  verticales  ou  horizontales.  En  examinant  les  faits  signalés  par  M.  Rayât 
dans  son  intéressante  Note  sur  les  erreurs  accidentelles  des  observations  de 
passage  ^Comptes  rendus,  IS  juin  I8S8),  on  est  frappe  d'y  découvrir  le  rôle  que 
joue,  dans  ce  genre  de  recherches,  la  déviation  e,,. 

»  L'emploi  de  l'oculaire  coudé  [lerniet  do  s'alTranchir  presque  totalement  de  la 
susdite  déviation.  » 

On  voit  que,  dans  cette  Note,  il  s'agit  du  déJoul)lement  d'un  point.  Dans 
celle  du  S  juillet,  qui  complète  la  précédente,  l'autour  signale  le  dédou- 
blement d'une  ligne.  Dans  les  deux  cas,  ces  illusions  d'optique  peuvent 
évid'-Mument  être  appliquées  à  l'expKcaliou  de  la  géminalion  des  canaux 
de  Mars,  si  ces  canaux  e.rislenl,  comme  lignes  visil.iles,  ou  conune  [loints 
alignés. 

On  peut  lire,  dans  la  p\ililication  lielge  Cirl  cl  Terre  (  18'Jl,  p.  "223,  "2.57,  285 
et  3U7),  une  discussion  sur  le  même  sujet  entre  MM.  de  liué,  Dierckx, 
Schleusni'r  et  Terby.  Ce,  dernier  ne  croil  pasiju'un  astronome  exercé  puisse 
être  victime  de  celte  illusion,  parce  que,  lorsque  les  lignes  fines  sont  vues 
doubles  par  suite  du  mamiue  d'acconnnodation  de  l'œil,  les  grandes  taches 
perdent  de  leur  netteté.  M.  Sclileusncr  croit,  au  contraire,  (jue  l'aspect  des 
grandes  taches  n'indique  rien  d'anormal  dans  la  vision. 

Celle  même  théorie  opli(iue  du  dédoublemenl  de  ces  ligues  énigmati(iues 
a  été  reprise  en  1<S'J8  par  M.  .Vntoniadi,  alors  mon  astronome-adjoint  à  l'Ob- 
servalidre  de  .luvisy.  Cet  observateur  a  fait  sur  ce  point  la  communication 
suivante  à  la  séance  du  2  mars  1808  de  la  Société  .\sti-oncuMi([ne  de  France  : 

Je  voudrais  exposer  en  quelques  mots  l(>s  expériences  entreprises  à  l'Obser- 
vatoire de  Juvi.sy  dans  le  but  de  reprodinre  artificiellement  les  dédoublements 
des  canaux  de  Mars,  expériences  ijui  tendent  à  montrer  le  caractère  optique  du 
phéuoméne. 

Malgré  tout  le  scepticisme  de  plusieurs  autorités  énunentes,  nous  ne  pouvons 
nous  empêcher  de  considérer  les  fameux  canaux  de  Mars  comme  ayant  une 
véritable  existence  objective. 


I.E    DKIXM  lil.EMKNT    UP.S    CAN.VLX.  411 

En  effet,  ces  lignes  énigmatiqnes  sont  recounaissables  sur  les  dessins  des 
premiers  observateurs,  et  déj:'»,  en  lOtîG,  llooke,  rival  de  Newton,  en  a  dessine 
les  doux  plus  marquées  (la  Nilosyrtis  et  la  Boréosyrtis  de  M.  Schiaparelli).  Un 
examen  attentif  des  dessins  publiés  dans  le  grand  ouvrage,  devenu  classique, 
La  Planète  Mars,  nous  a  convaincu  que  if)  des  canaux  actuellement  connus  ont 
été  dessinés  avant  1S77.  Ainsi,  W.  Herschel  en  a  observé  5,  Schrœter  7,  Mœdler  4, 
Galle  11,  Warren  do  La  Rue  6.  Seccbi.  !?,  Lockyor  7,  Kaiser  10,  Dawes  10. 
Green  11  et  Flammarion  7. 

En  comparant  la  position  dos  canaux  dessinés  par  ces  observateurs  avec  les 
cartes  de  M.  Schiaparelli,  nous  trouvons,  en  tenant  compte  de  l'équation  person- 
nelle, une  concordance  remarquable.  L'écorce  de  la  planète  serait  donc  assez 
stable  dans  ses  grandes  lignes.  L'examen  des  contours  des  «  Mers  »  nous  conduit 
d'ailleurs  à  la  même  conclusion.  Cependant  cette  stabilité  est  probablement  loin 
d'être  absolue,  et  certains  changements  de  rivages,  changements  incontestables, 
tels  que  le  glissement  actuel  du  lac  Mœris  vers  la  Grande  Syrte,  ou  la  disparition 
lente  et  progressive  de  l'Aurea  Cherso  dans  le  golfe  de  l'Aurore,  pourraient  bien 
être  dus  à  l'abaissement  des  côtes  en  ces  régions.  Cette  hypothèse,  assez  risquée 
au  premier  abord,  ne  paraît  pas  invraisemblable  quand  on  songe  que  la  densité 
de  Mars  est  faible,  et  que,  par  suite,  la  surface  de  la  planète  pourrait  bien  se 
trouver  dans  une  position  d'instabilité  intermédiaire  entre  la  stabilité  relative 
de  nos  terrains  et  l'instabilité  absolue  de  la  surface  d'une  planète  (telle  que 
Jupiter  ou  Saturne  1  dont  la  densité  moyenne  approche  de  celle  de  l'eau. 

Quoi  qu'il  en  soit,  les  changements  dont  nous  venons  de  parler  s'accomplissent 
lentement,  ce  qui  nous  montre  que  l'écorce  de  Mars  se  trouve  dans  un  état  de 
solidification  assez  avancée. 

En  1877.  .M.  Schiaparelli  revit  presque  tous  les  canaux  observés  avant  lui,  tout 
en  en  découvrant  plusieurs  nouveaux.  Il  a,  depuis,  continué  ses  persévérantes 
recherches  avec  les  admirables  résultats  que  tout  le  monde  connaît.  La  planète 
s'est  montrée  recouverte  d'un  réseau  de  lignes,  dirigées  pour  la  plupart  eu  arcs 
de  grands  cercles  s'entreoroisant  dans  tous  les  sens. 

ic  Ce  n'est  pas  tout,  dit  M.  Schiaparelli,  eu  certaines  saisons  ces  canaux  se 
dédoublent,  ou  pour  mieux  dire  se  doublent.  » 

Pendant  l'apparition  de  1877,  on  n'a  pas  observé  de  dédoublements  ou  gémina- 
tions  des  canaux.  Le  '16  décembre  1871),  M.  Schiaparelli  constata,  non  sans  ([uelquo 
surprise,  que  le  canal  du  Xil  était  composé  de  deux  lignes  parallèles,  réunissant 
le  Lacus  Lunœ  au  Ceraunius.  L'observateur  passa  de  surprise  en  surprise  en 
1881-188-2  :  en  quelques  semaines  la  moitié  des  canaux  étaient  doubles,  et  la 
planète  était  remplie  de  géminations.  de  sorte  que,  du  19  décembre  1881  au 
2î  février  1882,  il  n'en  constata  pas  moins  d'une  trentaine.  En  1883-1885,  il  con- 
stata encore  18  canaux  doubles.  En  188G,  ^L  Schiaparelli  en  a  vu  un  seul.  En  1888, 
on  eu  remarqua  plusieurs.  Enfin,  les  apparitions  de  1890,  1892,  1804  et  1890-1897 
ont  encore  montré  un  certain  nombre  de  ces  dédoublements  énigmatiques. 

La  gémination  n'attaque  pas  seulement  les  canaux,  mais  bien  aussi  leurs  points 


412  LA   PLANKTE  MAfiS.  "i  1S98 

d'intersection,  appelés  lacs  par  M.  Scliiaparclli  et  oasis  par  M.  I^owell.  Si  le  lac 
est  rond,  on  voit  apparaître  à  côté  de  lui  un  simulacre  circulaire  de  lui-même. 
S'il  est  allongé,  il  se  dédouble  en  bandes  parallèles,  dirigées  dans  le  sens  de 
rallongement. 

Tels  sont  les  faits.  Essaj-ons  de  les  interpréter.  La  distance  entre  les  deux 
bras  d'un  canal  double  variant,  d'une  gémination  à  l'autre,  entre  3"  et  10»  ou  lî° 
ou  niéiiic  15»aréocentriques,  et  la  valeur  d'un  degré  sur  Mars  étant  de  fiO  kilomètres, 
on  voit  que  les  deux  lignes  sont  espacées  de  ISO  ;\,  600.  720  ou  même  '.)00  kilo- 
mètres. Et,  comme  le  dédoublement  est  parfois  complet  en  24  heures,  il  faut 
nécossairement  que  la  ligue  parasite  lancée  par  le  canal  primitif  franchisse  au 
plus  vite  ces  distances,  en  allant  se  rangei'  dans  une  direction  rigoureusement 
parallèle  à  celle  de  sou  sosie.  En  plus,  il  arrive  souvent  qu'aucune  des  deux 
ligues  ne  parait  correspondre  avec  le  canal  simple  primitif.  Or,  si  nous  imagi- 
nions pour  un  instant  la  Seine  disparaissant  subitement  pour  donner  lieu  à  deux 
bandes  dirigées  de  Nantes  à  Marseille  et  de  Dunkerque  à  Strasbourg,  en  laissant 
le  pays  intermédiaire  dans  un  état  d'estompage  confus,  nous  aurions  une  idée 
des  déiloublements  des  canaux  de  Mars. 

Nous  allons  voir  bientôt  que  cette  disparition  du  canal  primitif  amenant  la 
formation  de  deux  bandes  de  part  et  d'autre  est  un  principe  fondamental  des 
géminations  optiques. 

Nous  ne  pouvons  certainement  point  adaicttre  ces  [jhénomènes  comme  ayant 
lieu  vraiment  sur  cette  planète,  à  moins  d'obéir  au  goût,  parfaitement  humain, 
pour  les  prodiges.  Mais  il  serait  regrettable  que  ..ette  soif  du  merveilleux  nous 
entraînât  à  des  interprétations  irrationnelles  des  phénomènes  observés.  Lors(iue 
nous  assistons  au  dédoublement  d'une  tache  solaire  par  l'invasion  piiotosphé- 
rique,  ou  quand  nous  observons  des  taches  doubles  sur  Saturne  ou  Jupiter,  nous 
ne  sommes  guère  émerveillés,  car  c'est  là,  précisément  ce  que  nous  pouvons 
attendre  des  surfaces  gazeuses  de  ces  globes  à  densité  voisine  de  celle  de  l'eau, 
surfaces  où  l'instabilité  règne  en  souveraine.  Mais  nous  venons  de  voir  que 
l'écorce  de  Mars  est  bien  autrement  solidiliée,  partant  tout  à  fait  réi'ractaire  à  la 
réalité  objective  des  dédoublements. 

Quant  aux  explications  déjà  énoncées  de  la  gémination,  elles  sont  peu  satis- 
faisantes. M.  Schiaparellî,  qui  croit  que  les  canaux  se  dédoublent  réellement  sur 
Mars,  disait  en  1888  que  «  l'ensemble  des  observations  donne  quelque  poids  à 
rîii('c  que  le  phénomène  doit  être  n'^gb'  par  la  période  des  saisons  de  Mars; 
qu'il  se  produit  principalement  un  paie  après  l'équinoxe  de  printemps  et  un 
peu  avant  l'équinoxe  d'automne;  qu'après  avoir  duré  quelques  mois,  les  gémi- 
nations  s'elTacent  en  grande  partie  à  répo(iue  du  solstice  boréal,  et  dispa- 
raissent toutes  à  l'époque  du  solstice  austral.  La  vérification  de  ces  conjec- 
tures, ajoutait-il,  ne  se  fera  pas  longtemps  attendre,  et  une  première  occa- 
sion de  la  faire  se  présentera  en  1802.  L'opiiosition  de  cette  année  aura  lieu 
dans  les  mornes  conditions  à  peu  i>rès  ([ue  celle  de  1877,  et  il  faiulra  s'atteiulre 
à  une  absence  complète  de  gemmations.  »  .    . 


Li;    Df;i)i)L  lil.l-MKNT    DKS    CANAl'X.  413 

L'apparition  de  180-2  est  venue,  et  l'on  a  vu  plusieurs  déiloublements.  Il  en  a 
été  de  même  eu  1894.  Ainsi  l'hypothèse  qui  subordonne  ces  géminations  aux 
saisons  de  Mars  est  non  seulement  loin  d'être  satisfaisante,  mais  jiaraît  contre- 
dite par  les  faits  eux-mêmes. 

Un  trait  caractéristique  de  l'observation  des  géminations  est  que,  tandis  qu'un 
observateur  consciencieux  voit  un  canal  nettement  double,  un  autre,  non  moins 
digne  de  foi,  le  voit  nettement  simple.  En  1886,  M.  Perrotin  a  vu  doubles  plu- 
sieurs canaux  que  M.  Schiaparclli  voyait  simples.  Ce  phénomène  s'est  répété 
souvent  depuis,  et,  pour  ne  citer  que  les  dernières  observations,  nous  ajouterons 
que,  tandis  que  les  principaux  Membres  de  la  Commission  aréographique  de 
la  British  astronomical  Association  voyaient,  en  1806-1897,  l'Orcus  double, 
M.  Lowell  le  décrivait  comme  a  sûrement  simple  ».  Ces  faits  sont  de  la  plus 
haute  importance,  car,  en  écartant  toute  idée  de  réalité  attachée  aux  gémi- 
nations, ils  nous  mettent  sur  la  voie  de  l'origine  optique  du  phénomène. 

En  1891,  M.  A.  de  Boë  a  attribué  ces  dédoublements  à  des  images  secondaires 
qui  se  formeraient  dans  l'œil  de  l'observateur,  comme  il  arrive,  en  effet,  en 
regardant  une  ligne  droite  tracée  à  l'encre  sur  un  carton  blanc  placé  eu  deçà  ou 
au  delà  de  la  vision  précise. 

Le  principe  du  dédoublement  optique  d'une  ligne  repose  sur  le  fait,  signalé 
par  M.  l'abbé  Moreux,  de  Bourges,  que  la  vue  hors  du  foyer  d'un  ])uint  i/((/.243i 


o 


Fig.  213.  Fig.'244. 

donne  lieu  à  un  anneau  de  diffusion  ifig.  •244).  «  D'oii,  conclut  le  savant  profes- 
seur, une  succession  de  points  —  une  ligne  —  donnera  une  succession  de  ces 
anneaux  empiétant  les  uns  sur  les  autres,  c'est-à-dire  deux  lignes  parallèles  avec 
estompage  inclus.  ■>  M.  l'abbé  Moreux  trouve  l'explication  de  ce  fait  dans  la 
structure  du  cristallin  de  l'œil. 

En  vertu  de  ces  anneaux,  il  est  facile  de  voir  qu'en  doublant,  une  ligne  devrait 
disparaître  pour  donner  lieu  à  la  formation  de  deux  bandes  parallèles,  équidis- 
tautes  de  la  ligue  primitive,  et  avec  estompage  inclus.  C'est  là,  en  effet,  ce  qui 
arrive  en  réalité  {(Ig.  245  et  246).  Le  dédoublement  des  canaux  de  Mars  parait 


Fig.  --lô.  Fig.  m. 

obéir  à  la  même  loi  :  «  En  1888,  dit  M.  Schiaparelli,  j'ai  pu  me  convaincre qu'...i! 
peut  arriver  que  ni  l'une  ni  l'autre  des  nouvelles  formations  ne  coïncident 
avec  l'ancien  canal...  Toute  trace  de  l'ancien  canal  disparait  pour  faire  place  aux 
deux  lignes  nouvelles  »  [La  Planète  Mars,  p.  448).  De  même,  l'estompage  inclus 
entre  les  deux  lignes  est  un  trait  caractéristique,  et  des  dédoublements  optiques 


4l/< 


LA   l'LANÉTE  M  A  11  S. 


1898 


et  de  ceux  de  Murs.  «  J'ai  vu  assez  fréquemment  les  deux  ligues  se  dégager 
simultaudmeut  d'une  nébulusité  grise  plus  ou  moins  intense,  allongée  dans  la 
direction  du  canal;  j'incline  même  à  conclure  que  cet  état  de  nébulosité  est  un 
phénomène  essentiel  dans  la  production  des  gémiuations  »  (p.  451  I. 

Des  taches  rondes  ou  ovales  se  géminent  d'une  manière  semblable  aux  pliéno- 
nièiies  martiens.  Si  la  tache  est  ronde  {fig.  '247)  elle  se  dédouble  }iar  la  vision 
indistincte  en  deux  taches  rondos  j/i;/.  Î4S|,  tandis  qu'une  plus  grande  différence 


t: 


Fig.  247. 


F,g 


focale  nous  ramène  au  cercle  de  diffusion  de  la  figure  24  i.  La  gémiuation  en 
taches  rondes  a  été  observée  par  M.  Schiaparelli  sur  le  Lac  Ismenius  en  1888. 
D'autre  part,  si  le  lac  est  allongé  (/ig.  249),  il  se  géminé  en  bandes  parallèles 
(/((/.  2."iO).  De  semblables  phénomènes  ont  été  observés  par  l'astronome  de  Milan 


Fig.  349. 


Fiff.  2i0. 


sur  le  Lac  Ismenius  en    I8S1-1S82  et  sur  le  Trivium  Charontis  eu  1884  et  1888. 

Si  une  ligne  présente  des  irrégularités  ijig.  251 J,  celles-ci  disparaissent  après 

le  dédoublement  optique.  (Jr,  M.  Schiaparelli  écrit:  «  S'il  existait  quelque  trace 


Fitf.  251. 


Fi^.  25:. 


d'anomalie  dans  le  canal  simple  primitif,  elle  disparait  complètement  après  la 
gémination....  Il  y  a,  en  un  mot,  une  tendance  prononcée  k  l'uniformité  plus 
absolue  et  à  la  suppression  de  tnut  l'iémcnt  irrégulier  »  (p.  450). 

On  remarque  parfois  dans  les  géminations  optiques  que  les  deux  bandes  sont 
d'une  intensité  inégale  (/î;/.  253  et  254).   Les  mêmes  phénomènes  ont  lieu  sur 


Fig.  253. 


Fig 


Mars  :  Kn  ISS,',  la  nouvelle  bande  du  Gange  «  ressemblait  au  Gange,  quoiqu'elle 
fût  un  peu  plus  faible  »  (p.  451  ). 

Un  télescope  de  Iti  centimètres  de  Foucault,  de  l'Observartoire  de  Juvisy,  dont 
nous  nous  sommes  servi  pour  ces  expériences,  montre  que  des  lignes  dirigées 
dans  tous  les  sens  ne  se  dédoublent  pas  avec  leurs  branches  équidistantes.  Il  y  a 


LE    nÉDOUBI.I-MKNT    DKS    ('.ANAIX.  llô 

une  ilircL'tion  do  |irépo;ul('rance  géminatoii'o  pour  ainsi  dii'o,  à  angle  droit  de 
laquelle  les  lignes  ne  se  dédoublent  ([u'avec  une  [dus  grande  erreur  focale.  Ceci 
proviendrait  d'une  sorte  d'astigmatisme.  Ainsi,  dans  les  figures  "ho  et  250,  la 


FifT.  2ÔC. 


ligne  horizontale  est  largement  doublée,  la  verticale  reste  simple,  tandis  que 
l'oblique  a  ses  branches  moins  espacées  que  l'horizontale. 

La  vision  indistincte  de  deux  ligues  qui  se  croisent  {fig.  '2')')  donne  lieu  à  une 


Fi?. 2ô7 


Fig. 258. 


tache  plus  sombre  sur  leur  intersection  {flg.  2.')S).  «  Lorsqu'une  bande  s'élargit, 
on  voit  apparaître  une  tache  sombre  sur  son  intersection  avec  un  autre  canal 
simple,  u 
Si  une  ligne  simple  en  rencontre  une  double,  on  voit  deux  taches  :  "  Parfois 


Fi-,  i^9. 


Fii:,  V>». 


un  canal  nettement  doublé  donne  lieu  ;\  deux  très  petites  taches  par  ses  inter- 
sections avec  un  troisième  canal  simple  ».   Kufm  deux  lignes  doubles  donnent 


.  261. 


Fig.  m:. 


naissance  à  <iuatrii  taches  :   <>  Un  canal  nettement  doublé  donne  lieu  à  'luatre 
taches  par  ses  intersections  avec  un  autre  doublé  »  (Schiaparelli). 


Ifi 


LA   PLANÈTE   MAHS. 


1S9S 


11  ne  reste  maintenant  qu'à  rendre  compte  d'une  dernière  particularité,  le 
dédotihlciiifliit  partiel  de  quelques  canaux,  simples  sur  une  partie  de  leur  cours, 
doubles  sur  l'autre.  C'est  probablement  là  un  cas  de  géinination  inéijale.  En  effet, 
nous  trouvons  que,  dans  des  cas  semblables,  la  branche  manquante  appartient 
toujours  à  une  ligne  très  fine.  Ainsi  sur  la  figure  235,  p.  457  de  La  Planète  Mars. 
le  segment  de   l'IIydraotes    compris  entre  le  Margaritifer  Sinus  et  la  Janiuna 


FifT.  '263. 


Fig.  2f;i. 


(AB,  sur  la  fuj.  2G4  )  est  plus  étroit  que  celui  à  droite,  entre  la  Jamuna  et  le 
Lacus  Iauko  (  lioj). 

Ou  Conçoit  alors  que  si  la  gémination  inégale  réduisait  la  branche  supérieure 
du  segment  AB  à  la  limite  de  la  visibilité,  la  plus  faible  deviendrait  invisible. 
Essayant  l'expérience,  nous  avons  trouvé  cette  explication  confirmée  d'une 
manière  satisfaisante. 

Plusieurs  causes  concourent  à  ce  que  (ous  les  canaux  ne  se  dédoublent  pas 
à  la  fois.  Nous  venons  de  voir  que  la  gémination  inégale  est  déjà  une  cause  de 
0  gémination  scUective  ».  D'autre  part,  la  distance  entre  les  deux  branches  variant 
avec  la  différence  focale,  nous  voyons  que,  dans  le  cas  d'une  ligne  très  large,  le 
dédoublement  ne  serait  obtenu  qu'avec  une  très  grande  erreur  focale,  autrement 
les  deux  images  se  superposeraient  simplement,  sans  se  dédoubler.  Ce  fait 
expliiiuo  pouri[uoi  M.  Schiaparelli  n'a  jamais  dédoublé  le  plus  large  des  canaux, 
la  Nilosyrtis.  De  même,  l'intensité  des  deux  lignes  variant  inversement  avec  la 
différence  focale,  si  un  canal  est  à  la  limite  de  la  visibilité  au  foyer,  son  image 
dédoublée  et  alTaiblii!  n'impressionnera  plus  la  rétine.  Donc  les  apparences  pré- 
sentées par  les  canaux  très  fins  devraient  osciller  entre  la  visibilité  sous  la  forme 
simple  et  l'invisibilité  sous  la  forme  double.  C'est  pour  cela,  croyons-nous,  que 
M.  Schiaparelli  n'a  jamais  dédoublé  les  canaux  très  fins. 

l^a  présence  d'une  direction  de  |irépondérancc  géminatoire  à  angle  droit  de 
laquelle  les  lignes  ne  se  dédoublent  qu'avec  une  grande  différence  focale,  ainsi 
que  nous  l'avons  dit  plus  haut,  est  une  autre  source  de  gémination  sélective. 

])(;  plus,  les  canaux  ne  sont  pas  tous  visibles  siuiultanénieiit.  On  ne  les  aper-' 
çoit  (pie  par  minnents  fugitifs  pendant  lesquels  on  ne  voit  bien  qu'une  petite 
région  du  disque  seulement.  Mais  cette  visibilit('  passagère  peut  être  plus  ou 
moins  distincte.  Ainsi  que  l'a  l'ait  remarquer  M.  Kendell,  c'est  là  la  cause  princi- 


l.K    Hriiurni  KMKNT    DES    f.ANArX.  417 

pale  de  la  géminatioii  sélective,  car  des  dessins  détaillés  de  Mars  ne  peuvent 
guère  prétendre  représenter  la  planète  fi  un  instant  donné,  étant  plutôt  des  f;rou- 
penients  d'impressions  isolées.  Si  le  foyer  se  forme  sur  la  rétine,  le  canal  devrait 
paraître  siuipK';  un  foyer  daos  l'humeur  vitréi-  donnerait  lieu  a  un  dédoulilement 
très  confus;  tandis  qu'au  delà  de  la  rétine  nous  avons  un  dédoulileinent  très  net. 
Et,  si  nous  ajoutons  (]ue  M.  SoliiaparcHi  parle  d'intermitti'ncrg  dans  les  phéno- 
mènes de  la  géinination  (le  mètne  caii;il  paraissant  alternativement  simple  et 
donhle),  et  que  tel  observateur  consommé  voit  un  canal  simple  tandis  que  tel 
autre  le  voit  double  (ces  cas  sont  légion  i.  nous  conclinans  que  le  caractère 
opti(iue  de  ces  dédoublements  est  manifeste. 

Nous  avons  vu  que  la  théorie  qui  subordonne  la  gctnination  aux  saisons  de 
Mars  a  été  réfutée  par  le  fait  qu'on  a  observé  des  canaux  doubles  aux  solstices 
martiens  (l'errotin  et  Thollon  en  |.~^S('i.  Stanley  NN'dliams  et  les  astronomes  de 
l'Observatoire  Lick  eu  IS'.i?  i.  Mais  ce  n'est  pas  là  le  seul  ci'iié  faible  île  celte  hypo- 
thèse. t;i  les  canaux  se  dédoublaient  réellemeni  à  mie  certaine  époque,  ils  de- 
vraient tout  aussi  bien  .ce  i^implifier  à  une  autre,  et  comme  clepuis  IS77  la  planète 
s'est  présentée  à  nous  dans  toutrs  ses  saismis.  nous  aiirioiis  dû  assister  à  cette 
seconde  pliage  du  phénomène.  Mais  il  n'en  a  rien  été.  .\u  commencement  des 
oppositinns.  les  canaux  paraissentd'abord  comme  des  traînées  larges  sans  limites, 
puis  ils  semblent  s'amincir,  pour  se  dédoubler  ensuite  et  restent  doubles  jusqu'à 
la  tin  de  rcipposilion.  \'oilà  des  faits  que  l'hyfiuthèse  des  saisons  n'explique  pas. 
mais  dont  la  théorie  optique  rentl  compte  par  une  acconunodalion  de  l'œil  qui 
d'abord  ne  percevrait  point  ces  détails  qu'une  pratique  de  quelques  semaines 
finirait  par  décelei'. 

Ces  résultats  sont  éloquents,  .\insi.  pour  moi.  ces  canaux  et  lacs  doubles  n'unt 
pas  <re.vi'.s(e»(ce  ohjectice.  Au  lieu  de  chercher  dans  la  eonstituti(m  physique  de 
Mars  l'interprétation  de  lignes  sautant  sous  l'iuipulsion  d'une  scissiparité  magique 
de  ûUO  kilomètres  en  Oi  heures,  ne  ferions-nous  pas  inienx  d'examiner  ce  qui  se 
pas.se  dans  nos  propres  instruments  et  même  dans  nos  yeux?  La  différence  focale 
nécessaire  pour  dédoubler  des  lignes  fines  est  minime  dans  un  instrument  de 
moyenne  puissance,  et  nous  avons  obtenu  des  résultats  incroyables  en  enfonçant 
le  tube  oculaire  d'un  huitième  de  millimètre  seulement. 

(/ette  quantité  est  parfaitement  admissible,  pour  des  observateurs  même  expé- 
rimentés, car  il  y  a  toujours  une  certaine  latitude  dans  la  mise  au  jjoiiit  d'objets 
célestes,  et  l'on  ne  saurait  guère  prétendre  mettre  au  point  sur  Mars  à  un  micron 
près.  D'autre  part,  notre  œil,  ainsi  que  l'a  remarqué  Helmholtz,  est  loin  d'être  un 
organe  parfait.  Le  D'-  Lloyd  Andriegen  a  constaté  dans  ses  études  iniiToscopiques 
que,  lorsqu'il  examinait  de  très  petits  objets  à  la  limite  de  la  visibilité  sous  de 
forts  grossissements,  les  images  se  dédiuiblaient  au  bout  d'un  certain  temps.  Dans 
ce  cas,  l'œil  n'avait  plus  son  mécanisme  accommodatour  dans  un  état  d'activité 
invariable  et  continue,  mais  bien  d'uscillation  ou  d  intermittence.  Parfois  les 
efforts  des  muscles  extérieurs  de  l'œil  donnent  lieu  à  un  autre  genre  de  diplopie 
unioculaire,  transitoire. 

F.,  IL  Ï7 


418  -A   PLANÈTE   MAKS.  1898 

Lors(|ue  la  différence  focale  n'est  pas  très  grande,  les  deux  lignes  sont  d'une 
reinaniuable  netteté,  et  c'csl  là  précisément  le  côté  dangereusement  fallacieux 
du  phénomène. 

Ainsi,  si  Mars  est  couvert  de  «  canaux  ».  la  rision  imparfaite  devra  dédou- 
bler ces  li(ines.  Pareille  vision  indistincte  peut  provenir,  ainsi  que  nous  ve- 
nons de  le  voir  :  1°  d'une  minime  erreur  de  mise  au  point;  2°  d'oscillations 
diplopiques  {fatigue)  de  /'o'i7.  Voila  ce  qui  doit  fatalement  arriver,  et  ce  qui 
arrive  en  réalité. 

Remontant  maintenant  de  l'effet  à  la  cause  productrice,  nous  trouvons  qu'il 
existe  sûrement  des  traînées  linéaires  grises  ou  canaux  sur  Mars,  car.  sans  lignes 
préexistantes,  on  ne  peut  pas  obtenir  de  géminations.  Mars,  couvert  de  canaux 
qui  se  doublaient  en  quelques  heures,  était  un  sphinx  inintelligible  pour  nous. 
Sans  géminations,  la  planète  rentre  dans  la  sphère  de  notre  conception.  Mars 
sillonné  de  cassures  géologiques  ue  serait  pas  un  monde  extraordinaire. 

Dans  cette  explication,  les  canuux  existent  ù  la  surface  de  Mars  comme  des 
lir/nes  bien  visibles,  et  leurs  dédoublements  sont  (le,s  illusions  il'nptiqiie 
pniduites  par  une  mise  au  point  dereçtiieuse  de  l'oculaire,  comme  l'avait 
imaginé  Ad.  de  Koë. 

M.  l'abbé  Moreux,  de  Bourges,  adoptant  la  même  explication,  y  a  ajouté 
les  erreurs  provenant  de  la  construction  du  cristallin  de  noire  œil  et  des 
diverses  couches  atmosidiériquos  de  densités  di\erse3  (M. 

Aux  deux  hypothèses  que  nous  venons  de  passer  en  revue,  la  première 
météorologique,  la  seconde  optique,  s'en  adjoignent  plusieurs  autres  s'y 
rattachant  plus  ou  luoins.  M.  Ferdinaml  Meisel,  astronome  à  Halle,  nous 
avait  adressé  en  1889  la  Note  suivante  qui  réunit  les  deux  (-1  : 

8i  l'on  veut  considérer  l'apparition  ou  la  disparition  d'une  ligne  nouvelle  à 
côté  il'niie  ligne  existant  déjà  et  parallèlement  à  celle-ci  (phénomène  souvent 
observé  par  M.  Scliiaparelli),  comme  la  formation  ou  la  destruction  d'un  objet 
réel  à  la  surface  de  la  planète,  il  est,  sans  aucun  doute,  fort  difticile  de  trouver 
une  explication,  attendu  que  toute  analogie  avec  les  phénomènes  terrestres  nous 
fait  défaut.  On  est  alors  amené  à  se  ilcmaiidcr  s'il  ne  serait  pas  possible  de  se 
rendre  compte  du  dédoublement  des  lignes  île  Mars  par  des  considérations  pure- 
ment optiques,  c'est-:'i-dire  de  ramener  le  problème  .\  la  formation  d'une  image 
double.  .Je  crois  pouvoir  n'^pondre  ici  à  celte  question  par  l'affirniative,  et  je  sou- 
mets aux  savants  celte  tentative  d't\\])licalion.  en  les  priant  toutefois  d'avance  de 
ne  la  considérer  que  comme  un  simple  essai,  .le  suis  loin  de  penser  que  j'aie 
foui-ni  une  théorie  complète  des  phénomènes  en  question  pour  lesquels,  du 
reste,  les  données  manquent  tout  à  fait. 

(')  Voy.  Ilnltrlni  de  la  Société  n.'<lriniomnpie  de  rrauce,  juillet  1S9S. 
(■)  Voy.  VA^lronoiiiir,  188'J,  \i.   iGl. 


LF.    DÉDOUBLEMENT    DES   CANAUX. 


410 


Les  recherches  spectroscopiques  de  Vogel  ayant  établi  que  Mars  possède  une 
atmosphère  très  riche  en  vai)eurd'eaii,  ce  n'est  pas  s'avancer  trop  que  de  prendre, 
au  point  de  vue  physique,  les  expressions  mers,  canaux  que  M.  Schiaparelli 
n'ose  prendre  qu'au  point  de  vue  purement  topographique,  et  d'admettre  ainsi 
que  ces  ?iîe?-s  sont  vraiment  des  accumulations  d'eau  et  que  les  canaux  sont  de 
véritables  rainures  remplies  d'eau.  La  surface  de  ces  puissants  cours  d'eau  doit 
être  le  siège  d'une  èvaporation  excessivement  considérable,  bien  plusijLie  si  elle 
avait  lieu  sur  la  Terre  dans  les  mêmes  circonstances.  L'intensité  des  rayons 
solaires  tombant  normalement  sur  la  surface  de  Mars  est  dans  le  rapport  de 
0,4308  à  1  avec  l'intensité  reçue  par  la  Terre,  et.  d'autre  part,  la  masse  de  Mars 
n'est  guère  que  le  neuvième  de  la  masse  de  la  Terre.  Cette  masse  moindre 
exerce  une  attraction  proportionnellement  plus  faible,  et  par  conséquent  la  densité 
correspondante  de  l'atnaosphère  est  moindre  aussi  que  notre  pression  atmosphé- 
rique. Mais  on  sait  que.  jdus  la  pression  atmosidiérique  est  faible,  plus  le  point 
d'ébullition  de  l'eau  s'abaisse  et  plus  intense  est  l'évaporation  à  une  température 
donnée.  Il  en  résulte  que,  même  à  la  température  basse  qui  règne  probablement 
sur  Mars,  il  doit  y  avoir  une  èvaporation  très  intense  au-dessus  des  eaux. 

La  masse  transparente  de  vapeur  qui  s'élève  au-dessus  de  la  surface  d'un  canal 
se  répand  lentement  dans  l'atmosphère  et,  puisqu'une  nouvelle  quantité  de  vapeur 
se  forme,  s'étend  vers  le  haut  et  par  les  côtés.  Cette  masse  prend  donc,  avec 
plus  ou  moins  de  régularité,  la  forme  d'un  demi-cylindre  dont  l'axe  coïncide  à 


Fis 


E.*sai  li'ixiplii-'atioii  du  dédoublement  des  canaux  de  Mars. 


peu  près  avec  la  ligne  médiane  du  cours  d'eau.  Si  maintenant  nous  admettons 
que,  par  une  cause  quelconque  ayant  son  siège  dans  l'atmosphère,  il  s'opère 
une  surélévation  de  ce  demi-cylindre,  ou,  en  des  termes  plus  exacts,  si  le  rayon 
de  courbure  de  la  section  droite  du  cylindre  est  plus  petit  au  sommet  que  la  hau- 
teur du  sommet  au-dessus  de  la  surface  de  l'eau,  nous  réalisons  les  conditions 
qui  donnent  lieu  à  une  image  double.  Ainsi  que  le  montre  la  figure  ci-dessus,  les 
rayons  émanant  de  l'objet  0  —  la  section  droite  du  canal  —  peuvent  parvenir 
dans  la  lunette  de  l'observateur  terrestre  par  les  chemins  dift'ércnts  O.VB  et  ÛCL). 


420  I-A   l'LANETE  MARS.  18'J8 

La  ilist.auce  des  (Jeux  iuinL;rs,  ainsi  que  leur  position  relative  A  l'objet,  dépen- 
dra non  seulement  de  l'indice  de  refraction  de  la  vapeur,  mais  aussi  de  celui  de 
l'air  environnant,  du  rayon  de  courbure  de  la  surface  de  séparation,  de  sa  hau- 
teur au-dessus  de  la  surface  de  Mars  et  du  déplacement  latéral  du  sommet  de  la 
surface  de  séparation  par  ra]iport  à  l'objet,  de  manière  que  les  différentes  posi- 
tions des  lignes  doublées  se  trouvent  dans  la  prolongation  du  canal  lui-même 
non  doublé.  Si  le  déplacement  dépasse  certaines  limites,  un  seul  rayon  peut 
prendre  la  direction  de  la  Terre  et  le  dédoublement  disparait.  Si,  par  suite  de 
grands  mouvements  dans  l'atmosphère  de  Mars,  la  masse  de  vapeur  est  éloignée 
davantage  de  la  ligne  médiane  du  canal,  il  peut  arriver  que  l'ensemble  des 
rayons  partant  du  point  O,  à  peu  près  dans  la  direction  de  la  Terre,  rencontre  la 
surface  de  séparation  sous  un  angle  si  aigu  qu'ils  subissent  la  réflexion  totale. 
Dans  ce  cas,  la  ligne  disparait  complètement  :  c'est  justement  ce  qu'a  observé 
M.  Schiaparelli. 

Si  la  ligne  du  sommet  de  la  surface  de  séparation  se  trouve  exactement  au- 
dessus  de  l'axe  du  canal  dans  la  direction  de  la  Terre,  nous  devrons  alors,  puis- 
(|u'un  certain  rayon  traverse  la  surface  réfringente  sans  être  dévié,  avoir  trois 
images,  qui  se  fondront  probablement  en  une  seule  image,  large  et  lloue.  11  est 
]irobalile,  du  reste,  que  ces  conditions  géométriques  exactes  ne  se  trouvent 
presque  jamais  remplies  dans  la  réalité. 

Mais  puisque,  d'autre  part,  il  ne  saurait  y  avenir  une  séparation  nette  entre 
l'amas  de  vapeur  et  l'atmosphère  environnante,  et  qu'au  contraire  la  vapeur  d'eau 
doit  se  diffuser  d'une  manière  continue,  et  que  la  densité  doit  aussi  décroître 
depuis  la  surface  île  séparation,  la  déviation  doit  aussi  se  faire  d'une  manière 
continue.  Nous  aurons  donc,  à  la  place  des  droites  AD  et  CD,  des  courbes  qui  les 
toucheront  en  A  et  C.  Mais  cela  ne  change  en  rien  l'essence  du  phénomène. 

Déplus,  plusieurs  observations  de  M.  Schiaparelli  rendent  encore  très  probable 
l'hypothèse  que  le  dédoublement  des  canaux  de  M.irs  n'est  qu'un  phénomène 
optiiiue.  Ce  savant  écrit  que  la  couleur  des  deux  traits  est  la  même  comme 
teinte  et  comme  intensité,  mais  qu'elle  peut  cependant  changer  d'un  dédouble- 
ment ;\  l'autre.  De  plus,  lorsqu'un  canal  double  est  divisé  en  deux  segments  par 
un  autre,  et  qu'un  des  traits  est  plus  large  et  plus  brillant  d'un  côté  du  point 
d'intersection  ffue  de  l'autre,  l'autre  trait  est  tlans  le  même  cas.  Plus  encore, 
l'apparence  d'un  dédoublement  peut  changer  avec  le  temps  et  s'effectuer  en  un 
temps  relativement  court,  avec  des  changements  rapides.  Les  deux  cauaux 
semblent  souvent  se  dégager  simultanément  d'une  niasse  nébuleuse.  Il  a  même 
paru  que  cet  état  nébuleux  est  un  phénomène  fondamental  initial  ilans  le 
dédoublement. 

Il  est  facile  de  voir  que,  si  l'on  admet  les  hypothèses  précédentes,  le  seul  effet 
(|ue  la  rotation  de  Mars  autour  de  son  axe  produira,  sur  l'apparence  des  litrues 
dédoublées,  sera  de  raccourcir  en  perspective  la  distance  des  doux  traits,  ainsi 
(|uc  M.  Schiaparelli  me  l'a  communiqué  jiar  lettre.  Quant  à  la  section  de  la 
masse  de  vapeur  dont  le  rayon  île  courbure  au  sommet  est  plus  petit  que  la  dis- 


LE  i)ÉDOtiu.i:.Mi:\T  i»i:s  canaux.  421 

tance  de  ce  dernier  à  la  surface  de  Mars,  on  pourra  la  considérer  comme  à  peu 
près  parabolinue,  de  sorte  que  la  masse  aura  la  forme  d'un  cylindre  parabolique 
ayant  un  plan  de  symétrie  perpcn<liculaire  à  la  surface  de  la  planète.  Si  mainte- 
nant la  masse,  ayant  cette  forme,  tourne  vers  le  coté  eu  s'ëloignant  du  centre  du 
disque,  le  spectateur  terrestre  se  trouve  en  vue  de  points  dont  le  rayon  de  cour- 
bure va  en  croissant,  de  telle  sorte  que  la  distance  des  deux  imajïes  va  continuel- 
lement en  décroissant  d'une  manière  correspondante.  11  se  produit  donc,  par  la 
rotation  de  la  planète  autour  de  son  axe,  un  changement  dans  l;i  distance  des 
deux  images  tout  ti  fait  semblable  au  raccourcissement  que  produirait  la  pers- 
pective. Cela  rend  encore  plus  frappante  l'illusion  qui  donne  à  ces  lignes  l'aspect 
de  véritables  objets  à  la  surface  de  Mars. 

On  peut  maintenant  se  demander  pourquoi  il  n'y  a  que  les  canaux  qui  se  dé- 
doublent, et  pourquoi  les  bords  des  continents  et  des  iles  ne  paraissent  jamais 
doubles.  Je  crois  que  l'on  peut  facilement  en  donner  une  raison. 

L'énorme  masse  de  vapeur  qui  doit  se  rassembler  au-dessus  d'une  mer  mar- 
tienne doit  avoir  une  surface  à  peu  près  horizontale.  En  général,  cette  surface 
doit  s'abaisser  vers  le  continent,  et,  comme  ici  il  n'y  a  plus  ce  flux  intense  ve- 
nant d'une  ligne  étroite,  conuue  dans  le  cas  d'un  canal,  l'abaissement  est  plus 
graduel,  de  sorte  qu'une  courbure  brusque  de  la  surface  juste  au-dessus  ou 
presque  au-dessus  de  la  ligne  de  côte  doit  être  fort  peu  probable. 

Si  cet  essai  d'explication  ne  répond  pas  encore  à  toutes  les  questions  —  c'est 
ainsi,  par  exemple,  que  je  ne  puis  encore  donner  aucune  raison  pour  expliquer 
la  disparition  des  irrégularités  lors  du  dédoublement,  —  je  crois  cependant  que 
la  partie  essentielle  de  ces  phénomènes  remarquables  s'explique  de  la  manière 
indiquée  par  les  lois  naturelles  connues.  Tant  que  nous  ne  connaîtrons  pas 
exactement  la  hauteur  et  la  densité  de  l'atmosphère  de  Mars,  nous  ne  pourrons 
pas  traiter  plus  complètement  ce  problème  par  le  calcul. 

Ferdin.\nd  Meisel, 

Astronome  à  Halle. 

On  peut  objecter  à  cetlo  hypothèse  qtie,  s'il  y  avait  autant  de  vapeur  d'eau 
dans  l'atmosphère  de  Mars,  nous  devrions  y  voir  des  nuages  fréquents,  ce 
qui  n'est  pas.  Mais  il  pourrait  e.xister  sur  ce  monde  voisin  d'autres  gaz  ou 
vapeurs  produisant  un  elFet  analogue. 

M.  J.  Schneider,  astronome  à  l'Observatoire  de  Potsdam,  a  présente, 
d'autre  part,  la  réfutation  suivante    '1  : 

M.  Meisel  suppose  que  la  partie  de  l'atmosphère  de  Mars  qui  se  trouve  au- 
dessus  d'un  canal  et  qui  est  saturée  de  vapeur  d'eau  possède  un  indice  de  réfrac- 
tion plus  grand  que  la  partie  environnante  moins  humide. 

Il  est  vrai  que  la  vapeur  d'eau  a  \m  indice  de  réfraction  plus  grand  que  notre 

(')   L'Astronomie,  ISyii,  p.  49. 


422  LA    l'LANKTE   AIAKS.  1898 

air,  mais  sa  densité  est  plus  faillie  et  ;l  peu  près  dans  le  même  rapport,  de  sorte 
que,  sous  la  même  pression,  l'indii'e  de  réfraction  de  l'air  saturé  d'humidité  et 
celui  de  l'air  sec  sont  à  peu  près  égaux.  Ils  sont  si  voisins  que  l'on  peut  négliger 
de  tenir  compte  de  l'état  hygrométrique  de  l'air  dans  l'étude  de  ses  propriétés 
optiques  et  notamment  dans  le  calcul  des  réfractions,  ainsi  que  Laplace  l'a  mon- 
tré. Plus  la  pression  cl  la  température  sont  basses,  plus  la  ditTérence  des  deux 
indices  est  faible;  or.  ces  deux  conditions  sont  probablement  réalisées  sur  Mars, 
ainsi  que  M.  Meisel  le  fait  remarquer. 

Même  dans  le  cas  tout  à  fait  invraisemblable  d'une  véritable  ébuUition  de  l'eau 
(une  telle  évajjoration  produirait  inévitablement  dans  les  couches  supérieures  et 
plus  froides  de  l'atmosphère  de  Mars  une  formation  de  nuages  si  intense,  qu'il 
nous  serait  impossible  de  voir  la  surface  de  la  planète),  l'indice  de  réfraction  au- 
dessus  du  canal  ne  dépasserait  que  très  peu  celui  de  l'atmospiière  ambiante.  Des 
différences  considérables  dans  les  indices  de  réfraction  ne  jjourraient  être  ame- 
nées que  par  de  grandes  différences  de  pression,  mais  celles-ci  ne  pourraient  pas 
se  maintenir  assez  longtemps  pour  rendre  compte  du  dédoublement  tel  qu'on  l'a 
observé.  Il  reste  encore  un  cas  auquel  l'explication  de  M.  Meisel  pourrait  s'adap- 
ter :  ce  serait  d'admettre  que  la  majeure  partie  de  l'atmosphère  de  Mars  est 
composée  de  gaz  ayant  des  indices  de  réfraction  bien  plus  faibles  que  l'oxygène 
et  l'azote.  Mais  cela  n'est  pas  probalile  d'après  l'examen  spectroscopique  de  la 
lumière  de  Mars,  et  surtout  d'après  nos  observations  sur  l'atmosphère  de  cette 
planète. 

Il  me  semble  donc  que,  toute  singularité  à  part,  l'essai  d'explication  de 
M.  Meisel  ne  repose  pas  sur  une  base  bien  solide,  d'autant  plus  qu'il  conduirait  à 
admettre  implicitement  un  état  de  tranquillité  de  l'atmosphère  de  Mars  que  l'on 
ne  saurait  concevoir  comme  pratiquement  possible. 

.1.  Schneider, 

Obseivatoii'e  de  Polsdam. 

Nous  avons  vu  [ilus  haut  (p.  951,  une  autre  liypotlirse,  celle  de  M.  Sta- 
nislas Meunier,  qui  attribue  également  les  gêniinatinns  à  un  phcuoniéne 
atmosphérique. 

Les  recherches  d'explication  de  ce  curieux  piiénoniène  ne  se  sont  pas 
arrêtées  là.  M.  Proctor  a,  émis  l'idée  (jue  les  canaux  de  Mars  pourraient 
être  des  fleuvi'S  gelés,  couverts  de  neige,  et  que  celle-ci  l'oiidrait  au 
printemps  le  long  des  bords,  ce  qui  h'ur  dininerail  un  aspect  fiuici'  de  part 
et  d'autre  de  la  ligne  médiane  restant  blanche. 

M.  Lockyer  expli([ue,  de  son  coté,  le  dédoublement  eu  su[iji(isaut  i|ne  des 
i-angées  de  nuages  se  disposeraient  tle  part  et  d'autre  de  la  ligue  centrale 
des  régions  li(iuiiles. 

M.  Schicberle,  astronome  à  l'Observatoire  Lick,  snppose  que  les  lignes 
foncées  appelées  canaux  représentent  des  crêtes  de  chaînes  de  montagnes 


Il':   iif:i)(u;iîi.F.MENT  des  canaux.  iî3 

noires  émergeant  ilo  la  surface  de  mers  claires.  Pour  cet  aslroiiome,  les 
taches  sombres  de  la  planète  seraient  des  continents  et  les  régions  jaunes 
seraient  des  mers,  liy|iothèse  contraire  à  ce  que  nous  observons  en  général 
de  la  nacelle  d'un  ballon  ou  du  haut  des  montagnes.  Les  dédoublements 
de  canaux  seraienl  dus  à  des  crêtes  parallèles  enuTijeanl  des  mers. 

D'autre  part  riu-nre.  M.  l'ecil  Dolmage.  astronome  anglais,  a  rejiris  l'iiy- 
pothèse  que  j'ai  émise  autrefois  du  dédoublement  des  canaux  |iar  l'efTet 
d'une  double  réfraction  atmosphérique.  \'oici  sa  théorie  (')  : 

Par  suite  de  la  dispai-itiuii  de  la  calotte  |iolairc  peiiilaut  l'été  martien,  un  élé- 
ment de  nature  gazeuse  ou  \aporeuse,  ou  une  collection  de  cristaux  minuscules, 
se  dégagent  dans  l'atmosphère  et  se  répandent  sur  la  surface  de  la  ]danète. 
Cet  élément  peut  posséder  par  lui-même  le  pouvoir  de  causer  une  réfraction 
double;  ou  bien  la  ditïérence  entre  le  pouvoir  réfracteur  d'nue  couche  d'un  tel 
élément  —  en  le  supposant  dense  et  très  bas  —  et  celui  de  l'atmosphère  plus 
légère  au-dessus  peut  causer  le  phénomène. 

Un  élément,  tel  que  je  l'ai  slipposé.  émané  de  la  calotte  polaire,  pourrait  se 
répandre  graduellement,  et  sans  doute  avec  une  grande  irrégularité,  jusqu'aux 
régions  équatoriales  de  la  planète.  Les  particularités  des  dédoublements 
paraissent  venir  à  lapiiui  di»  cette  théorie,  de  même  ipie  le  fait  que  les  dédou- 
blements commencent  à  être  signalés  peu  de  temps  après  la  fusion  de  la  calotte 
et  à  croître  en  nombre  (  irrégulièrement)  en  proportion  de  sa  diminution. 

Je  ne  prétends  pas,  en  supposant  le  dégagement  de  cet  élément  h3-pothétique, 
nier  en  aucune  sorte  la  théorie  du  liquide  émis  par  la  calotte  polaire  (pendant  sa 
décroissance  graduelle),  lequel,  se  répandant  à  travers  les  canaux,  leur  cause  au 
premier  abord  un  commencement  de  visibilité.  La  transmission  subséquente  de 
mon  élément  hypothétique  à  travers  les  régions  équatoriales  peut  expliquer  le 
fait  que  les  géminations  se  produisent  à  une  date  un  peu  ultérieure. 

La  double  réfraction  ne  pourrait-elle  être  causée  par  des  vapeurs  inférieures 
dégagées  des  canaux  par  le  Soleil  ?  Ceci  sous-entend  que  ces  derniers  sont  rem- 
plis d'un  liquide  de  quel([ue  valeur. 

Comme  les  dédoublements  n'apparaissent  pas  tant  que  les  calottes  polaires 
demeurent  intactes,  quelque  chose,  par  suite  de  leur  disparition,  s'ajoute  à 
l'atmosphère  martienne  ef  donne  à  cette  dernière  un  double  pouvoir  de  réfrac- 
tion. Puis,  avec  le  retour  de  l'hiver  martien  et  la  réapparition  de  la  calotte,  le 
milieu  qui  produit  cette  double  réfraction  ne  reste  pas  longtemps  dans  l'atmo- 
sphère de  la  planète. 

Des  recherches  devraient  donc  être  faites  sur  les  pouvoirs  réfracteurs  des  mi- 
lieux gazeux  et  similaires  —  par  exemple  du  bioxyde  de  carbone  —  à  des  tem- 
pératures et  à  des  pressions  ditTéreutes  ;  et  de  même  sur  les  effets  des  images  de 

(')  Sociélé  af^lronniniiiiic  de  France,  1898,  p.  396. 


42  i  LA    l' LAN  ETE   M  A  II  S.  IS'JS 

liiïiios  fortement  inarquéuï^,    vues  à  travers  deux   liaudes  de    gaz  séparées,  do 
deusités  très  liifférontes. 

Mais  avant  de  nous  dérider  pour  une  explicaticui  détinilive  du  dcdoii- 
blumnii  di:'s  canaux,  revenons  aux  canaux  eux-mêmes.  Existent-ils? 

A'oici  une  Note  de  M.  Brenner  qui  tente  à  la  fois  d'expliquer  les  canaux 
et  leurs  dédoublements  par  le  génie  des  ingénieurs  de  Mars. 


CCXI.I.  —  LÉO  Brenner.  —  Explication  des  phéno.mènes  de  M.\rs  i'). 

L'hypothèse  l'ickering-Lowell,  qui  considère  les  mers  martiennes  comme  de 
vastes  plaines  végétales,  est  en  rontradiction  complète  avec  les  observations,  et 
l'on  peut  se  demander  s'il  n'y  aurait  pas  une  explication  meilleure  des  phéno- 
mènes observés  sur  la  surface  de  la  planète  Mars.  Je  le  crois. 

Avant  d'essayer  d'expliquer  l'éniyme  martienne,  il  est  bon  de  remémorer  ce 
que  nous  savons  avec  certitude  sur  la  nature  de  la  surface  de  cette  planète. 

Nous  savons  que  Mars  a  une  atmosphère  très  légère  contenant  de  la  vapeur 
d'eau,  et  que,  en  hiver,  ses  ]iôles  sont  entourés  par  des  calottes  fort  étendues 
qui  en  iHé  disparaissent  ou  à  peu  près,  et  i[ui  currespondent  par  conséquent 
sûrement  à  nos  zones  de  neige.  Les  cartes  de  la  surface  de  Mars  nous  montrent 
entre  les  parties  claires  et  les  parties  sombres  une  ligne  de  séparation  qui  cor- 
respond tout  h  fuit  à  nos  lignes  de  cotes.  Au  lieu  de  fleuves,  nous  vuyoïis  un 
réseau  de  lignes  généralement  droites,  exceptioimelleinent  infléchies,  qui  sil- 
lonnent la  terre  ferme  dans  tous  les  sens.  Un  simple  regard  sur  ce  réseau  suffit 
pour  reconnaitre  qu'/7  ne  peut  l'-tre  le  résultat  d'actions  naturelles,  mais  bien 
d'une  iuterventiiin  artilicielle.  et  tout  de  suite  l'idi^e  de  c.-iN.\ux  se  présente  à  l'es- 
prit. En  fait,  si  des  êtres  pensants  avaient  eu  l'intention  de  faciliter  l'accès  d'une 
masse  compacte  de  terre  ferme  au  moyen  de  voies  navigables  artificielles,  utili- 
sables à  la  fois  par  la  navigation  et  par  l'agrirulture.  ils  n'auraient  pu  choisir  un 
tracé  plus  judicieux.  Les  canaux  assurent  en  elïet  les  communications  entre  tous 
les  points  de  la  planète  et  prennent  toujours  le  plus  court  chemin. 

Mais  deux  questions  iiri|)i:)rtantes  se  posent  :  d  abord,  comment  se  fait-il  ((u'au- 
cune  montagne  n'arriHe  le  cours  des  canaux'!*  et  ensuite  pourquoi  les  Martiens 
ont-ils  construit  des  canaux  de  50  à  300  kilomètres  de  large  et,  subséqucmment, 
connnent  ont-ils  pu  réaliser  cette  œuvre  gig.-uitesque  '' 

11  est  facile  de  répondre  sur  le  premier  point.  Mars  est.de  centaines  de  mil- 
lions d'aiHiées  plus  ;ig(;  que  la  Terre;  le  processus  de  refroidissement  a  d'ailleurs 
dû  être  considérabli'ment  plus  rapide  sur  ce  globe  plus  petit,  de  sorte  que  >Lars 
se  trouve  ai'rivé  à  un  stade  de  d('V(doppeinent  qui  ne  sera  atteint  par  notre  i)al- 
nètc  que  dans  des  centaines  de  millions  ilannc-es.  Or,  on  sait  que,  sous  l'action 

(')  Ilulh-liii  (le  lu  Société  nnti'diiDiniiiUf  de  FrsDice  du  1"  janvier    89S. 


lilU-NXI-U.      -    CANM'X    I:T    INliÉNIFlUS    MAUTIKNS.  'ij") 

des  intempéries,  les  montagnes  JiiiiiiiueiK  sans  cesse  et  que,  au  contraire,  les 
vallées  tendent  à  se  C(.Miibler;  ou  l'unçoii  qu'avec  le  temps  ce  double  phénomène 
ait  eu  pour  co[:sc([ueucc  le  nivellement  général  de  la  |danéte,  ce  qui  explique 
qu'aucun  obstacle  n'entrave  le  développement  rectiligne  dus   canaux. 

La  réponse  à  la  deuxième  question  m'a  été  suggér('e  jjar  M.  Holtzliey,  d'Lrfurt. 
qui  appela  mon  attention  sur  les  digues  de  Hollande  dans  lesquelles  je  crois,  on 
elVet,  avoir  trouvé  l'amt  de  Colomb.  Mon  hypothèse  serait  la  suivante  : 

l'ar  suite  du  nivellement  de  Mars,  les  terres  de  cette  planète  ont  été  exposées 
aux  envahissements  de  la  mer,  conlre  lesquels  les  Mnrtiens  se  sont  proté(j('S  à  la 
faro)i  des  Ilollandrtis.  par  réi.iblisseineiit  de  digues.  Ils  ont  d'abord  i)rotégé 
leurs  côtes  de  la  sorte,  puis  ils  ont  vu  (pi'il  conven;iit  de  donner  un  écoulement 
aux  eaux  à  travers  des  canaux.  Ces  canaux  ont  ainsi  un  triple  but  :  ils  doivent 
servir  de  dérivation  pour  les  eaux  de  la  mer,  permettre  la  navigation  dans  tous 
les  sens  et  arroser  la  planète  ilépourvue  d'eau  i';.  l'ar  suite  du  grand  éloigne- 
ment  de  Mars,  nous  ne  voyons  jamais  que  les  principaux  canaux;  les  millions  de 
petits  canaux  secondaires,  et  les  petits  canaux  d'irrigation  qui  conduisent  l'eau 
partout  et  permettent  la  navigation  sur  tous  les  points,  échappent  à  notre  vue 
en  raison  de  leur  petitesse  relative. 

Tous  les  canaux  sont  encaissés  entre  deux  digues  qui  n'ont  pas  besoin  d'avoir 
une  gramle  hauteur  :  quelques  mètres  doivent  suffire  pour  les  plus  grandes, 
moins  encore  pour  les  petites.  Le  travail  reste  d'ailleui-s  le  même,  que  les  digues 
soient  écartées  de  ô  mètres  ou  de  300  kilomètres,  et  la  largeur  des  canaux  s'ex- 
plique par  suite  le  plus  naturellement  du  monde.  L'intensité  de  la  pesanteur 
à  la  surface  de  .Mars  n  est  d'ailleurs  que  0,376  de  ce  qu'elle  est  sur  la  Terre;  il 
ne  faut  pas  non  plus  oublier  que  les  canaux  ne  sont  pas  l'œuvre  de  milliers, 
mais  de  millions  d'années,  et  que  nous  sommes  tout  à  fait  hors  d'état  de  con- 
cevoir ce  que  peuvent  être  les  moyens  techniques  dont  disposent  les  Martiens  (-). 
Qui  pourrait  dire  jusqu'où  ira  l'espi'it  humain  eu  matière  de  découvertes  et  d'in- 
ventions dans  des  millions  d'années? 

L'établissement  d'un  réseau  de  canaux  tel  que  nous  l'observons  sur  Mars  n'a 
donc  rien  d'impossible  ou  d'invraisemblable.  Quant  à  la  duplication  des  canaux, 
je  suis  convaincu  qu'elle  peut  s'expliquer  aussi  d'une  façon  toute  naturelle.  La 
duplication  n'est  i)as  temporaire,  elle  existe  toujours;  c'est-à-dire  qu'il  y  a  une 
quantité  de  canaux  courant  parallèlement  l'un  près  de  l'autre,  ipii  parfois  donnent 
ensemble  l'impression  d'un  large  canal  unique,  mais  parfois  aussi  apparaissent 
séparés.  Souvent  aussi  un  seul  des  canaux  jumeaux  est  visible;  pourquoi'?  Pour 
les  mêmes  raisons  qui  font  que  nous  ne  voyons  jamais  tous  les  canaux  à  la  fois, 

(')  Il  n'est  pas  a"bsohiinent  nécessaire  que  l'eau  des  mers  martiennes  soil  salée;  d'ail- 
leurs, le  fiisse-t-elle,  qu'il  ne  serait  pas  impossible  que  l'eau  salée  fut  une  condition 
de  vit;  pour  les  organismes  martiens  comme  pour  nos  poissons  de  l'Océan.        L.  B. 

(■')  On  peut  penser  que  les  canaux  principaux  ont  été  construits  aussi  b'.rges  pour 
éviter  les  ilébordemeiits;  de  petits  canaux  n'auraient  pas  suffi  pour  recevoir  les  eaux  de 
la  mer;  du  reste  ces  grands  canaux  en  ont  une  quantité  de  petits  à  alimenter.      L.  B. 


420  I.A   PLANETE    MARS.  ISOS 

mais  tantôt  les  uns,  tautilit  les  autres.  (11  faut  chercher  la  cause  de  cette  particu- 
larité dans  une  propriété  spéciale,  qui  nous  est  encore  inconnue,  de  l'atmosphère 
de  .Mars.)  Ma  carte  (p.  331)  indique  une  douzaine  de  paires  de  canaux  jumeaux 
courant  parallèlement,  et  pourtant  je  n'ai  cru  voir  qu'une  fois  deux  de  ces  canaux 
siniultauément.  Les  autres  n'en  existent  pas  moins  comme  je  les  ai  indiqués, 
ainsi  que  l'établissent  non  seulement  mes  propres  observations,  mais  aussi  en 
partie  celles  de  M.  Scliiaiiarelli  et  de  M.  Lowell. 

Le  Gange,  par  exemple,  est  un  canal  double  que  j'ai  vu  tel  moi-même  en  1S94, 
alnrs  que  cette  fois  je  ne  l'ai  jamais  vu  qu'aussi  large  qu'il  est  indiqué  sur  ma 
carte  (  les  deux  bras  réunis  me  donnant  l'impression  d'un  canal  unique),  et  cepen- 
dant je  l'ai  vu  dès  le  20  mai,  plusieurs  mois  par  consi'quent  avant  que,  d'après 
les  idées  admises  jusqu'ici,  dût  commencer  la  duplicati.iu  '  Il  n'y  a  donc  aucun 
doute  à  cet  égard;  les  canaux  dits  «  doubles  »  existent  constamment;  ce  sont  des 
canaux  voisins  parallèles  dont  nous  ne  voyons  pas  toujours  simultanément  les 
deux  bras.  L'idée  quo  la  dupUcilion  doit  être  altriliuée  à  une  mise  au  point 
défectuense  n'est  pas  soutenable,  car  ce  serait  admettre  l'inadmissible  qu'un 
observateur  tel  que  Schiaparelli  ne  saurait  pas  mettre  son  oculaire  au  point. 

Mon  hypothèse  des  diirues  exjdique  aussi  d'autres  particularités  :  à  diverses 
reprises,  on  a  remarqué  que  certaines  régions  i  par  exemple  Lybia,  Hesperia, 
Electris)  apparaissaient  parfois  entièrement  ou  partiellement  obscures;  il  est 
probable  que  cette  teinte  est  due  à  la  rupture  des  digues  et  à  l'inondation  de  cer- 
taines parties  de  territoire,  comme  cela  arrive  souvent  en  Hollande.  Les  iles  et 
presqu'îles  de  la  mer  australe  et  d'Erythrœum  montrent  rarement  des  ligues  de 
cotes  aussi  nettes  que  les  terres  fermes;  cela  peut  s'expliquer  par  la  circonstance 
que  ces  territoires  ne  sont  pas  protégés  par  des  digues  et  sont  par  suite  exposés 
à  des  inondations  qui  couvrent  des  étendues  de  territoires  tantôt  plus  grandes, 
tantôt  plus  petites. 

Le  fait  que  beaucou])  de  canaux  ressemblent  à  de  larges  bras  de  mer  peut  être 
également  expliqué  par  des  ruptures  de  digues  ayant  pour  conséquence  la  sub- 
mersion des  territoires  environnants.  Comme  le  Zuiilerzée.  les  lacs  intérieurs 
peuvent  être  attribués  à  de  grandes  caïastrophes  aux  iligues,  qu'il  n'a  pas  ('té 
possible  de  n-parer,  de  sorte  que  les  riverains  ont  dû  se  contenter  de  construire 
des  digues  autnur  de  la  partie  envahie  puur  éviter  de  nouvelles  inondations. 
Cette  inondation  est  confirmée  par  les  faits  :  le  Trivium  et  le  Propontis  ont 
habituellement  une  configuration  quadrangulaire  ;  or,  cette  année,  le  Triviinn 
m'est  apparu  circulaire,  avec  une  telle  iHendue  que  l'un  peut  admettre  qu'il  s'est 
]jroduit  une  grande  ru[iture  de  digue  ameiiant  une  vaste  submersion. 

Les  petits  lacs  aux  points  de  croisement  des  canaux  doivent  être  considérés 
comme  des  élargissements  voulus  (grands  réservoirs).  La  duplication  présumable 
de  certains  lacs  peut  s'expliquer  par  la  cii-constance  que,  en  temps  de  basses 
eaux,  les  parties  les  plus  hautes  du  rninl  du  lac  i  des  barrages  artificiels  peut- 
être)  font  saillie  hors  de  l'eau,  prennent  l'aspect  de  ponts  et  dounent  l'apparence 
d'une  duplication  du  lac. 


\V  -II.    PI(,Ki:itIN(i.    -    MRRS    lîT    CANAUX.  427 

Enfin  lo  chanireinent  d'intensitf^  do  la  coloi-atiou  des  canaux  s'ox|dique  aussi 
par  riiypothc'se  des  ditruos.  Quand  l'eau  d'un  urand  canal  eoule  dans  les  canaux 
secondaires,  le  canal  principal  s'appauvrit  et  devient,  par  conséquent,  plus  clair; 
il  peut  morne  devenir  assez  clair  pour  cesser  d'être  vi«;ildepour  nous.  Il  redevient 
visible  quand  les  canaux  secondaires  sont  barri's  ou  qu'il  a  reçu  lui-niénie  un 
nouvel  aftlux  de  la  mer. 

Quelque  hostile  que  je  sois  en  général  aux  hypothèses,  je  livre  la  mienne  à  la 
publicité,  parce  i[u'elle  permet  d'expliquer  d'une  façon  toute  naturelle  et  toute 
simple  les  plK'nomènes  en  apparence  énii,'matiqiies  et  incompréhensibles  que 
nous  observons  sur  Mars.  Cette  explication  n'est  pas  contredite  par  les  observa- 
tions, elle  n'est  basée  sur  aucune  idée  inadmissible  :  on  ne  saurait  lii  mandiT 
davantage  a  une  hypothèse. 

Ainsi,  pour  rautein-.  les  canaux  de  Mars  ont  éti'  construits  par  (riialiiles 
ingénieurs. 

A  cette  communication,  qui  avait  été  même  plus  a.uressive  que  ne  le 
montre  l'extrait  précédent,  envers  MM.  I.nwell  el  William  Pickering  jet 
que  nous  n'avdus  [las  entièrement  re[iroduit.' '.  celui-ci  a  répondu,  de 
l'Observatoire  de  Harvard  (JoUege.  dans  les  ternies  suivants  i'): 

J'ai  pris  beaucoup  d'intérêt  à  ce  que  M.  Brenner  avait  à  dire  en  ce  qui  con- 
cerne mou  hypothèse.  Il  expose  sa  manière  do  voir  avec  vigueur,  on  tirant  le 
meilleur  parti  possible  de  ses  oliservations.  De  plus,  sa  théorie,  due  aussi  ;\ 
M.  Holtzhey,  que  les  canaux  ont  été  endigués  et  non  creusés  me  frappe  par  son 
ingéniosité.  Il  y  a  quelques  faits,  cependant,  que  M.  Brenner  semble  ignorer,  et 
sur  lesquels  je  voudrais  attirer  l'attention. 

M.  Brenner  trouve  que  la  teinte  des  mers  est  grise  ou  brune.  En  bSDi.  vers 
l'époque  du  solstice  d'été  de  l'hémisphère  austral  de  Mars,  M.  Lowell  les  a 
trouvées  d'une  couleur  vert  bleu  brillante.  A  mes  yeux,  elles  n'ont  jamais  offert 
cette  teinte,  bien  ipie  nous  nous  soyons  servis  du  même  instrument,  à  la  moine 
époque  ;  elles  m'ont  paru,  la  plupart  du  temps,  d'une  couleur  gris  neutre,  carac- 
térisée. Cependant,  en  liS',)il,  à  l'époque  de  l'équinoxe  de  printemps  de  l'hémi- 
sphère austral,  ces  prétendues  mers  m'ont  semblé  d'un  vert  brillant,  analogues 
à  celui  des  jeunes  feuilles  du  printemps.  En  ISDv'.  à  Arequipa.  les  premières 
observations  ont  révélé  le  même  phénomène.  Mais  au  fur  et  à  mesure  que  la 
saison  avançait  sur  la  planète,  le  vert  s'est  lentement  changé  en  un  gris  mono- 
tone, analogue  à.  celui  que  j'avais  remar(pié  en  I'.t04  à  FlagstafT.  'Vers  la  fin  de 
nos  observations  eu  1894,  la  teinte  grise  a  lentement  passé  au  jaune,  et  la  plupart 
des  taches  au  sud  de  50"  de  latitude  australe  ont  disparu  pour  cette  raison.  Des 

(')  Bullelui  de  la  SocuHé  astronomique  de  France  du  1"  avril  189'J,  p.  171. 


428  I.A    IM.ANÈTK   M  Alt  S.  189S 

obsf'i-vutious  réceutes,  faites  peu  après  l'équiiioxe  d'automne  de  l'Iiémisphère 
ausiral.  accusent  une  teinte  verdàtre  dans  les  régions  comprises  entre  10°  et  20» 
do  latitude  australe.  Mais  cette  teinte  n'est  pas  aussi  marquée  que  le  beau  vert 
de  la  zone  tempérée  australe  pendant  les  observations  de  1890. 

En  ce  qui  concerne  le  prolonyenient  des  canaux  dans  les  «  mers  »,  M.  Brenner 
semble  être  sous  l'impression  que  ce  pliénomèue  n'a  été  vu  que  par  .M.  Douglass. 
Cette  erreur  est  due,  sans  doute,  en  partie  à  M.  Lowell,  qui  a  supposé  que  ces 
canaux  ont  été  découverts  à  FlagstalV.  Mais,  en  réalité,  ils  ont  été  découverts 
par  uiiii  deux  ans  auparavant,  à  Aréquipa,  où  ils  ont  été  vus  aussi  par  M.  Douglass. 
Au  mois  d'août  1892,  j'avais  écrit  que  «  quelques  canaux  très  bien  développés 
traversent  les  océans  ».  Si  ces  aspects  sont  réellement  dus  à  des  canaux  aqua- 
tiques et  à  des  océans  d'eau,  il  semblerait  exister  quelque  contradiction  ici.  Ces 
canaux  étaient  étroits  et  nettement  définis,  et  facilement  visibles  pour  les  deux 
observateurs. 

Si  maintenant  les  prétendues  mers  sont  de  faibles  dépressions,  peut-être  les 
lits  d'anciens  océans,  il  n'y  a  pas  de  raison  pour  que  la  séparation  entre  les 
régions  fertiles  et  arides  sur  Mars  ne  soit  pias  définie  avec  une  netteté  absolue. 
Dans  le  cas  des  déserts  de  l'Amérique  méridionale,  la  délimitation  entre  les 
vallées  fertiles  et  les  eullmes  arides  n'a  souvent  pas  M  mètres.  11  ne  me  parait 
pas  que  l'objection  de  M.  Brenner  que  les  prétendues  «  mers  »  sont  sombres  en 
hiver  et  que,  par  conséquent,  elles  ne  sauraient  être  dues  à  de  la  végétation, 
ait  un  grand  poids.  Nos  forêts  de  pins  sont  aussi  sombres  en  hiver  qu'en  été,  et 
l'on  peut  en  dire  autant  de  la  plupart  îles  régions  fertiles  comprises  dans  des  lati- 
tudes intertropicales.  Comme  nous  ne  savons  absolument  rien  de  la  végétation 
sur  Mars,  je  ne  serais  guère  surpris  si  quelque  astronome  nous  montrait  un  jour 
qu'en  certaines  régions  elle  est  permanente,  en  d'autres,  changeante  avec  les 
saisons,  tandis  qu'en  d'autres  on  recueille  deux  ou  trois  moissons  dans  la  même 
année.  Ce  serait  très  intéressant,  mais  ne  rendrait  pas  à  mon  esprit  l'hypothèse 
moins  probable  :  au  contraire,  ce  serait  plutôt  ce  que  j'attendrais. 

Laissant  ici  les  objections  de  M.  ISrenner,  je  voudrais  maintenant  attirer  l'at- 
tention sur  un  ou  deux  points.  Il  est  presque  certain,  et  c'est,  je  crois,  une 
opinion  généralement  acceptée,  que  l'atmosphère  de  Mars  est  très  raréfiée.  Du 
moment  que  la  neige  fond,  même  aux  pi'des,  il  doit  fairi'  a.s.se;  chaud  à  l'i'(iua- 
teur.  Dans  ces  conditions,  on  devrait  s'attendre  à  une  vaporisation  extrêmement 
rapide  le  jour,  et  à  une  condensation  également  rapide  la  nuit.  En  réalité,  c'est 
:\  ce  fait  qu'est  probablement  due  la  circulation  de  l'eau  sur  la  jilanète,  ainsi  que 
le  constate  la  présence  de  neiges  aux  deux  pôles.  Maintenaid,  s'il  y  a  une  grande 
surface  liquide  sur  Mai's,  ainsi  qu'on  le  croyait  en  général  jusqu'ici,  pourquoi 
l'atmosphère  du  coté  du  jour  do  la  planète  ne  se  saturerait-elle  pas  plus  souvent, 
fiirm;int  des  nuages  7  Cependant,  à  part  au  terminaleur  et  au  linibi',  /es  ?H(,-i;/es 
soiil  n.xlrêmeinent  rares. 

De  jilus,  s'il  y  a  sur  .Mars  une  aussi  grande  quantité  d'eau,  conmienl  se 
fait-il  que  la  planète  ne  soit  pas  munie  d'épaisses  calottes  polaires,  comme  les 


W-ll     r(tKi:HlNG.  —    MF.K?    F.T   CANAIX.  420 

nôtres?  A  une  |iare]llc  distance  du  Soleil,  n'est-il  pas  surprenant  que  la  neige 
disparaisse  entièrement  en  été,  tandis  que  la  notre  reste  avec  une  telle  per- 
sistance? Si.  d'après  mon  hypothèse,  l'eau  ne  s'y  trouve  qu'en  faible  quantité,  et 
surtout  distribuée  [lar  évaporation  et  par  eondensation.  nous  aurions  un  climat 
à  grands  écarts  de  température  sur  la  planète,  avec  des  journées  chaudes  et  des 
nuits  froides.  Les  calottes  polaires  ne  seraient  ainsi  pas  reelieincut  de  la  neige, 
mais  de  la  ijeh'e  blanrhe.  dont  la  profondeur,  au  lieu  d'être  de  plusieurs  mètres, 
ne  serait,  eu  général,  que  d'une  fraction  du  milrc. 

Examinant  enfin  la  question  à  un  autre  point  de  vue,  si  Mars  a  une  atmosphère, 
son  ciel  dtdt  être  plus  ou  moins  brillant  dans  la  journée  et  doit,  par  suite,  être 
réiiéchi  par  les  surfaces  de  ses  mers.  Lorsque  la  lumière  est  réfléchie  de  la  sur- 
face de  l'eau,  elle  est  en  partie  polarisée  dans  toutes  les  directions,  sauf  la  ver- 
ticale. J'ai  examiné  plusieurs  fois,  à  Aréquipa.  la  surface  des  prétendues  «  mers  » 
avec  un  prisme  à  double  image,  et  à  Flagstaiî  avec  le  )iolariscope  Arago,  qui  est 
plus  sensible.  Une  fois  ou  deux,  à  Aréquipa.  j'ai  cru  trouver  quelques  traces  de 
polarisation  dans  une  partie  exceptionnellement  sombre  de  la  Grande  Syrte. 
Comme  ce  phénomène  a  été  constaté  juste  après  la  fonte  de  la  calotte  polaire,  il 
est  possible  qu'il  y  ait  eu  quelf(;'.es  marais  en  cet  endroit.  Cependant,  je  n'eu  ai 
jamais  été  stir,  et  à  Flagstaff,  à  l'aide  d'un  instrument  beaucoup  plus  sensible, 
je  n'ai  pu  trouver  la  moindre  trace  de  polarisation  dans  n'importe  laquelle  des 
prétendues  «  mers  <>.  Mais,  en  même  temps,  l;i  surface  bleu  noir  entourant  la 
calotte  polaire  au  moment  de  la  plus  rapide  diminution  <rétendue  a  montré  une 
polarisation  très  marquée,  ce  qui  confirme  mon  impression  que  le  phénomène 
était  di'i  à  la  présence  de  l'eau  dans  cette  région. 

Je  suis  amené  à  croire  que  les  prétendues  '•  mers  »  ne  sont  autre  chose  que 
des  surfaces  étendues  de  végétation,  que  les  canaux  sont  également  des  sur- 
faces de  végétation,  mais  beaucoui)  plus  restreinte,  qui  se  développe  de  part  et 
d'autre  de  cours  d'eau  comparativement  étroits  et  invisibles,  et  que  les  surfaces 
rougeàtres  sont  des  déserts,  qui,  en  vertu  du  manque  d'eau,  sont  beaucoup  plus 
étendus  que  ceux  que  nous  rencontrons  sur  notre  Terre. 

Les  stations  d'Arequipa  et  de  FlagstafT  sont,  toutes  les  deux,  situées  sur  des 
régions  désertes  élevées  et  ont,  par  conséquent,  en  vertu  de  leur  situation  près 
des  tropiques,  une  atmosphère  extrêmement  favorable  aux  investigations  astrono- 
miques. Dans  ce  cas.  je  crois  que  mes  confrères  et  moi,  nous  avons  vu  la  planète 
dans  des  circonstances  plus  favoraliles  que  celles  de  n'importe  quel  autre  obser- 
vateur. Je  fais  cette  constatation  jiarce  que  je  tiens  à  rappeler  ici  le  fait  que  je 
n'ai  jamais  ru  les  canaux  doubles,  et  je  crois  que  >L  Douglass,  qui  était  avec 
moi  et  à  Aréquipa  et  à  FlagstalL  est  de  la  mémo  opinion,  bien  que  je  ne  puisse 
pas  parler  avec  autorité  sur  son  compte. 

D'autre  part,  l'article  de  M.  Brennera  également  reçu  la  réponse  suivante  : 


.',3(1  LA    IM.ANKTE   MARS.  1898 


CCXIJI,  _  'I'h.  Moheux  et  du  I.igondés.  —  Les  canaux  de  Mars  (•). 

M.  Breniier  croit  pouvoir  écrire  :  "  Quelque  hostile  que  je  sois  en  général  aux 
liypothèses,  je  livre  la  mienuo  à  la  jiulilieiti'.  parce  qu'elle  permet  d'expliquer 
(l'une  façon  toute  naturelle  et  toute  simple  les  phénomènes  en  apparence  énig- 
matiques  et  incompréhensibles  que  nous  observons  sur  Mars.  Cette  explication 
n'est  pas  contredite  par  les  observations,  elle  n'est  basée  sur  aucune  idée 
inadmissible;  on  ne  saurait  en  demander  davantage  à  une  hypothèse.  » 

Discutons  donc  cette  hypothèse. 

Tout  d'abord,  il  s'agit  de  préciser  la  question  et  de  ne  pas  oublier  les  conditions 
que  doit  réaliser  l'hypothèse  scientiliipie.  (  iii  l'a  parfois  comparée  à  une  courbe 
qui  serait  astreinte  il  passer  par  certains  points.  Tout  fait  dûment  constaté 
déteririine  un  nouveau  point  de  la  courbe.  L'allure  de  celle-ci  se  précise  donc 
chaque  fois  davantage,  jusqu'au  moment  où  elle  est  tracée  presque  complètement. 
L'hypothèse  scientifique  doit  s'appuyer  sur  des  faits  certains  et,  si  l'on  emploie 
les  analogies,  ce  doit  toujours  être  dans  les  limites  permises  par  l'induction.  Elle 
deviendra  ainsi  un  levier  puissant  de  l'esprit  humain  et  un  moyen  d'investigation 
de  premier  ordre.  Mais  on  oulilie  trop  souvent  ces  qualités  et,  faute  de  réaliser 
ces  conditions,  bien  des  hypothèses  n'ont  pas  le  droit  d'être  introduites  dans  la 
.Science. 

Nous  en  avons  une  preuve  dans  un  certain  nombre  de  thi'ories  émises  poui' 
expliquer  «  l'énigme  martienne  »  et,  nous  aurons  le  courage  de  le  dire,  l'argu- 
mentation de  M.  Brenner  sur  le  même  sujet  est  ties  faible  en  bien  des  points. 

Dans  le  paragraphe  où  l'auteur  vent  nous  résumer  ce  que  nous  savons  de 
certain  sur  Mars,  nous  trouvons  cette  phrase  :  «  Un  simple  regard  sur  ce  réseau 
(de  lignes  généralement  droites  —  les  canaux  — )  suffit  pour  reconnaître  ([u'il  ne 
lieut  être  le  rc-sultat  d'actions  naturelles,  mais  bien  d'une  intervention  artificielle  ■>. 
<  >r  l,''i  est  précisément  la  question.  Si  un  simph'  regard  suffit,  n'allons  ]ias  plus 
loin  :  tout  dans  la  science  devient  une  alTaire  de  sentiment.  Mue  com|)araison 
va  nous  faire  comprendre.  Supposons  qu'un  liouune,  ignorant  les  merveilles  de 
la  cristallisation,  pénètre  dans  un  laboratoire;  où  est  installé  un  nii(M-i;scope 
solaire.  Une  goutte  d'eau  salée  est  ihqiosée  sur  une  mince  lame  de  verre. 
()  stupeur!  A  mesure  que  s'écoulent  les  minutes,  tout  dans  cette  petite  masse 
d'eau  se  met  eu  mouvement.  Les  molécules,  mues  par  l'attraction,  accourent  de 
tous  Cotés,  se  pn'cipitent  les  unes  vers  les  autres  et  se  groupent  en  cristaux 
multiples,  véritaliles  édifices  d'une  symétrie  extraordinaire.  Le  pauvre  liomme 
se  demande  ([iiels  ressorts  cachés,  ([uel  préparateur,  disons  le  mot,  quel  compère 
est  dissimulé  derrière  l'écran  transparent,  dessinant  à  mesure  ces  merveilleuses 
confignratidiis,  pendant  (|iie  le  sav;uit  contemple  avec  un  Sourire  malicieux  son 
hôte,  ti'op  i:.;iiorant  des  lois  de  la  nalure. 

{' I  Hullrliii  i/c  l:i  Socirif  uslrdnuiiiiijiic  île  Fraiiri-,  avril   IS99. 


TH.    MORKIX    r.T    DU    LUiONDÈS.    —    LKS   CAN'AIX    D  K   M  A  R  >.     431 

Et,  i.liuis  un  lueiuo  ordre  d'idëes,  le  géologue,  devant  ces  coulées  basaltiques, 
se  demaiide-t-il  si  une  intelligence  humaine  a  contribué  à  cet  arrangement?  Est-ce 
que  ces  prismes  hexagonaux  si  réguliers  dont  les  axes  sont  toujours  perpendicu- 
laires aux  surfaces  de  refroidissement  manifestent  autre  chose  que  la  présence 
d'une  loi  constante  présidant  aux  phénomènes  du  retrait'.'  Xon,  encore  une  fois, 
il  n'est  pas  permis  de  penser  que  la  régularité  dérive  toujours  de  l'intervention 
directe  d'une  intelligence. 

M.  Brenner  soutient  sa  thèse  en  s'a|ipuyant  sur  deux  arguments  qui  se  résu- 
ment ainsi  : 

!"  Mars  est  plus  âgé  que  la  Terre  ; 

2°  La  dynamique  externe  a  dû  faire  son  œuvre  et  le  niveler  pres(iue  complè- 
tement. 

L'hypothèse  cosmogonique  de  Laplace  a  servi  de  base  à  cette  opinion,  fort 
répandue  d'ailleurs.  Mais  cette  hypothèse  est  .'i  peu  près  abandonnée.  Nous  avons 
toutes  les  raisons,  au  cmitraire,  de  croire  que  Mars  figure  parmi  les  plus  jeunes 
planètes  du  système  solaire.  Les  découvertes  de  nouveaux  astéro'i'des  entre  Mars 
et  Jupiter,  celle  toute  récente  d'une  petite  planète  circulant  entre  Mars  et  la 
Terre,  tendent  ^  prouver  de  [dus  en  plus,  et  cela  en  dehors  de  toute  hypothèse 
cosmogonique,  que  dans  cette  région  l'agglomération  des  matériaux  planétaires 
a  été  entravée  par  des  actions  opposées  de  Jupiter  et  de  la  Terre;  Mars  aurait 
été  formé  des  débris  ayant  pu  échapper  à  ces  attractions.  Sa  faible  masse,  sa 
position  au  milieu  de  la  grande  déchirure  du  disque  planétaire,  indicpient  suffi- 
samment que  la  concentration  de  ses  éléments,  retardée  longtemps,  est  de  date 
relativement  récente.  D'ailleurs,  s'il  en  était  autrement,  .Mars  qui.  pour  ses 
dimensions,  tient  le  milieu  entre  la  Terre  et  la  Lune  et  se  rapproche  de  cette 
dernière  par  sa  densité,  serait  depuis  longtemps  figé  comme  notre  satellite. 

Ensuite,  si  M.  Léo  Brenner,  qui  est  certes  un  astronome  habile,  voulait  consi- 
dérer la  Lune  quelques  instants,  il  verrait  que  ■<  l'action  des  intempéries  »  n'a 
pas  eu  pour  c-mséquence  un  nivellement  général  de  la  surface. 

Et  quelles  sont  ces  intempéries  dont  parle  >L  Brenner':"  Tous  les  observateurs 
s'accordent  à  dire  qu'on  ne  voit  presque  jamais  de  nuages  sur  Jlars;  l'atmosphère 
y  est  au  contraire  d'une  pureté  et  d'un  calme  remarquables. 

M.  Léo  Brenner  devrait  aussi  nous  expliquer  comment,  dans  son  hypothèse, 
l'eau  provenant  de  la  fonie  des  neiges  polaires  retourne  au  pôle  sous  forme 
de  neige  nouvelle,  puisi[u'il  n'y  a  jamais  de  nuages  dans  l'atmosphère  mar- 
tienne. 

Quant  à  l'aspect  régulier  des  canaux,  il  suffit  d'admettre  une  formation  lente 
de  >L'irs  favorisant  une  grande  homogénéité.  Des  cassures  ont  pu  se  former  sur 
cette  planète  comme  il  s'en  est  formé  sur  la  Lune,  et  ces  cassures  ont  dû  se 
montrer  d'autant  plus  régulières  dans  leur  distribution  que  les  couches  suiierfi- 
cielles  étaient  plus  homogènes. 


432  '  -^   l'I.AM'TK  MAUS.  18118 

Quant  :\  la  i;c'iiiinatiiiu.  iium  qu'en  ilise  M.  Brenner,  imus  cmiliiuierons  à  lui 
aUi-iliiun-  un  caractère  optique. 

Nous  demanderons,  en  terminant,  de  commenter  sommairement  une  plirase 
tirée  encore  du  même  article  :  «  L'idée  avancée  par  trois  observateurs  que  la 
duidi<"ation  doit  <''tre  attribui'e  à  une  mise  au  point  défectueuse  n'est  pas  soute- 
uable,  car  ce  serait  admettre  l'inadmissible  que  de  penser  qu'un  observateur  tel 
que  Schiaparelli  ne  saurait  mettre  son  oculaire  au  point.  » 

Si  M.  lirenner  n'a  que  des  objections  de  ce  genre  à  opposer  à  la  théorie  du 
caractère  optique  de  la  gémination,  il  peut  être  sur  que  cette  hypothèse  fera  son 
chemin.  C'est  sans  doute  une  fine  politique  de  laisser  croire  au  public  que  l'habi- 
leté et  l'autorité  de  M.  Schiaparelli  entrent  en  jeu  dans  l'affaire,  mais  il  suffit  do 
lire  ce  ([ue  l'un  de  nous  écrivait  il  y  a  (pielques  mois  à  ce  sujet  pour  être  éditîé 
sur  notre  pensée  intime  : 

"  Ce  (jue  nous  avons  vu  suflit  pour  montrer  à  quel  point  dniventètre  fréquentes 
les  causes  il'erreur  dans  les  observatinns  astrnuomiques.  L'cdiservateur  le  plus 
consciencieux  peut  s'y  laisser  prendre,  et  je  serai  le  dernier  à  faire  un  reproche 
;Y  M.  Schiaparelli  <le  la  découverte  de  la  Gémination  aiiparmlc  des  canaux  de 
Mars,  'l'ont  au  contraire,  cette  constatation  montre  à  tous  jusqu'où  l'éniinent 
astronome  a  poussé  rinjunéteté  scienîilîque,  en  signalant  des  phéiuunénes  aussi 
fugitifs  et  aussi  difûciles  à  observer,  i' 

A  rencontre  de  M.  Brenner,  nous  ne  ferons  pas  à  M.  Schiaparelli  l'injure  de 
lui  croire  cette  puissance  pres(iue  divine  de  iiouvoir  metti'eau  [Hiiiit  ii  un  dixième 
lie  millimètre  près  l'oculaire  d'une  lunette  de  18  ou  -M  centimètres,  et  de  déter- 
miner avec  autant  d'exactitude  l'endroit  où  se  forme  l'image  d'une  planète,  surtout 
quand  l'atmosphère  est  agitée. 

(Vest  de  la  discussion  que  jaillit  la  liiinierè.  dit  un  vieu.x  pruverfie.  Déci- 
dément, adliuc  siib  jndice  lis  est- 

CC.MJII.    —    FLAMMAIUON.   —    NoiJVEAll    GLOHK    de    la    l'L.VNKTi;    Mahs. 

.V  la  séance  de  la  Société  astroiioniii[ne  de  France  du  i  mai  1808,  le 
président  a  [iresenté  à  la  Société  nu  nouveau  glolie  de  la  planète  Mars, 
imlilié  à  la.  librairie  scientifique  rieil.iu.v.  Nous  e.xtrayons  du  procès-verbal 
de  celte  séance  les  lignes  (jui  coucerneiit  cette  présentation  : 

M.  Klaiumarion  oll're  à  la  Sociét('  le  nouveau  globe  de  la  planète  Mars  qu'il 
vient  de  |iublier.  Sou  |)reinier  glolie  était  paru,  comme  on  s'en  souvient,  eu  188i. 
Depuis  cette  époque,  nos  connaissances  ont  été  avancées  et  modifiées,  et  la  géo- 
graphie de  Mars  ou  arc'ographio  s'est  considi'rablemeut  développée.  11  devenait 
nécessaire  de  construire  une  nouvelle  sphère  représentant  l'état  actuel  des 
découvertes.  I.e  dessin  en  a  été  fait  avec  le  plus  grand  soin,  sous  la  ilircction  de 


FL.WIM  AlilON.    —    (il.OHK    l)K    MAHS. 


•'.33 


M.  Flammarion,  iiar  M,  Antimiadi.  astroniiinc-ail.ioint  h  son  Observatoire.  On  y  a 
représente  tons  les  détails  qui  ont  été  vus  et  vérifiés  par  trois  observateurs  au 
moins. 

Le  globe  de  IS84  mesurait  O'"..!,")  de  circonférence.  Celui  de  1S9S  mesure  0"',i7. 
11  est  du  même  format  que  le  L'iobe  de  la  l.une  public,  il  y  a  une  dizaine  d'années, 


Fig.  2ii6.  —  Nouveau  globe  de  la  iilauele  Mais,  |jul)lie  par  M.   Flammarion  en  t898. 

par  M.  Flammarion.  On  aura  idée  de  son  aspect  général,  très  documenté,  par  la 
petite  photographie  ci-contre  i'). 

Il  est  difficile  d'iJentifier  aticuii  dessin  sans  avoir  ce  globe  sotis  les  veti.x. 


En  terminant  cet  exposé  relatif  au.x  éludes  de  la  période   18'J7-18'J8,  je 
dois  ajouter  que,  sous  l'obligation  d'autres  travau.x  urgents,  je  me  suis 


(')  Ce  globe  de  Mars  se  trouve  à  la  Librairie  Bertau.x  (Thomas,  successeur),  rue  du 
Somnierard.  11,  à  Paris. 

F.,  II.  -^8 


434  LA  PI^ANKTE  MARS.  1898 

trouvé  arrêté  dans  la  rédaction  de  cet  (juvrage,  lorsqu'il  était  déjà  imprimé 
et  lire  jnsqu'à  cette  feuille.  Cet  arrêt  n'a  pas  duré  moins  de  trois  ans 
(juillet  1904-juia  1907). 

Ces  arrêts  et  ces  relards  sont  parfois  utiles,  parce  que  souvent  les  obser- 
vations ne  sont  publiées  qu"après  plusieurs  années.  C'est  ainsi  qu'avant 
il'ouvi-ir  la  période  de  1898-1899,  je  dois  signaler  ici  les  observations  faites 
à  l'Observatoire  de  Moscou  par  M.  S.  lilajko,  en  1896-1897.  que  je  n'ai  reçues 
qu'en  1903  (')•  KHes  ont  été  faites  à  l'aide  d'un  réfracteur  île  Merz  de  0°',27 
d'ouverture,  armé  d'un  grossissement  de  380.  .Vvant  chaque  dessin,  l'auteur 
a  pris  soin  de  ne  pas  prendre  connaissance  de  la  position  de  la  planète  et  de 
ce  qu'il  devait  prolialdement  avoir  devant  les  yeux.  11  a  trouvé  ensuite,  par 
la  comparaison,  ses  dessins  plus  confoi'mes  au.\  Cartes  de  Schiaparelli  iiu'a 
celles  de  Lowell. 

Les  observations  s'étendent  du  17  novembre  1896  au  12  janvier  1897.  En 
général,  les  canaux  ont  été  vus  s'accordant  avec  ceux  de  Schiaparelli.  Dans 
les  dessins  du  "2  décembre,  on  remai-(|ue  au  noi-d  de  Triviuni  Gharontis  un 
canal  qui  descend  à  peu  près  verticalement,  et  dont  la  position  se  trouve- 
rait entre  le  Styx  etl'Hadès.  C'est  prolwblement  l'un  ou  l'autre,  l'inclinaison 
du  disque  faisant,  comme  on  lésait,  varier  considérablement  les  directions 
apparentes. 

Ce  même  soir,  2  décembre,  l'observateur  ainsi  que  le  professeur  Ceraski 
ont  remarqué  un  segment  très  blanc  dans  la  région  boréale.  «  Tout  porte  à 
croire,  écrit-il,  que  ce  sont  les  brouillards  signalés  par  une  dépêche  de 
M.  Flammari(jn,  publiée  dans  les  Aslr.  Nachr.,  n"  339  i.  »  Sur  ce  même  dessin 
le  Lac  .Mcpris  est  net  et  bien  détaché  de  la  Mer  du  Sablier. 

Le  8  décembre,  outre  le  segment  blanc  boréal,  dont  il  vient  d'être  question, 
l'observateur  a  dessiné  une  éclatante  tache  blanche  aucentre  d'Elysium.EUe 
était  encore  visible  16  jours  plus  lard. 

Le  canal  Héphaestns  n'a  pas  été  vli,  quoiqu'il  soit  plus  iirononcé  que  les 
canaux  voisins  sur  les  Cartes  de  Schiaparelli. 

Remar([uons  enfin  qu'aucun  canal  ne  s'y  montre  double. 

Je  dois  aussi  revenir  sur  les  travaux  de  M.  Lowell,  à  propos  de  la  publi- 
cation de  son  Ouvrage  sur  Mars,  ([ui  s'est  trouvé  éclipsé  plus  haut  par 
l'éclat  et  l'importance  des  observations  de  l'auteur  (p.  297-311).  L'intérêt 
principal  de  ce  Livre,  publie  en  1896,  est  d'exposer  les  conclusions  de 
l'habile  astronome  américain. 

Nous   ne   pouvons   mieux  faire,    poui-  résumer  ces  observations,  que  de 
(')  AiinaU's  df  l'Obseyraloive  i.le  Moscou.  |ui|jliée.s  par  Ci:h.\ski,  2'  sOrie,  vol.  IV 


lOWKI.I..  —  M  A  US.  /i33 

tivuluiro  ie'i  le  savant  article  (]ui  leur  a  été  consacre  dans  la  revue  an.nlaise 
Nature  p'dv  M.  T. -S.  Lockvf.m.  \'oici  cet  article  :. 

Il  y  a  environ  trois  ans,  nous  avons  signalé  dans  ces  colonnes  {Xaiure. 
vol.  XVII,  p.  553),  r(_»uvrai,'e  devenu  si  rapidement  classique  de  Camille  Flam- 
marion sur  LaplaniHc  Mnig.  Cet  Ouvrage  est  l'exposé  de  toutes  les  observations 
faites  depuis  les  plus  ancieuues  jusqu'à  nos  jours.  Tout  y  est  discuté  do  main  de 
maître,  comme  on  devait  s'y  attendre.  Depuis  cette  époque,  la  surface  de  la 
planète  a  été  étudiée  par  les  observateurs  des  diverses  parties  du  Globe,  et  leurs 
observations  ont  été  publiées  en  des  journaux  variés  et  en  un  grand  nombre  de 
langues.  Les  observations  les  plus  importantes,  ou  tout  au  moins  les  séries  les 
plus  suivies,  émanent  de  Flagstafï  (Arizonai,  .M.  l'ercival  Lowell  s'étant  à  grands 
frais  muni  de  bons  instruments  et  établi  dans  cette  région  pour  faire  une  étude 
systématique  des  configurations  de  la  surface  durant  l'opposition  de  la  planète 
en  l'année  1894. 

On  peut  d'abord  se  demander  pourquoi  un  observateur  a  choisi  un  endroit  si 
éloigné,  lorsque  tant  d'excellents  instruments  existent  et  fonciionnent  en  des 
régions  beaucoup  [dus  proches.  Or,  pour  une  étude  des  détails  planétaires,  il 
faut,  avant  tout,  une  atmosphère  calme  et  pure,  la  dimension  des  instruments, 
comme  le  dit  M.  Lo-well,  étant  tout  à  fait  de  seconde  iniportance.  Pour  nous  en 
convaincre,  il  nous  suffit  de  nous  rappeler  comment  Schiaparelli,  avec  un 
instrument  de  dimension  moyenne,  fit  ses  belles  découvertes  des  canaux  et  de 
leurs  dédoublements,  lorsque  nul  observateur,  même  avec  des  instruments  deux 
fois  plus  forts  que  le  sien,  n'avait  pu  distinguer  ces  lignes  délicates.  Il  est  bien 
reconnu,  parmi  les  astronomes,  que  cet  observateur  est  doué  d'une  excellente 
vue,  mais  ce  ne  serait  pas  là  une  raison  suffisante  pour  expliquer  ces  grandes 
dilTérences. 

M.  Lowell  désirait  installer  ses  instruments  dans  les  meilleures  conditions 
possibles;  c'est  pourquoi  il  se  fixa  définitivement  dans  l'Arizoua;  non  seulement 
la  planète  pouvait  y  être  observée  près  du  zénith,  mais  l'observation  prouva 
que  l'atmosphère  est  eu  cette  région  plus  pure  et  plus  tranquille  que  partout 
ailleurs. 

L'astronome  américain  a  résumé  ses  observations  et  leurs  conclusions  dans 
son  Livre  i  '  1.  Ces  observations  ont  été  faites  par  lui  et  par  ses  associés, 
M.  W.-H.  Pickering  et  M.  A.-E.  Douglass. 

On  pourrait  penser  tout  d'abord  qu'un  Livre  sur  Mars,  pour  prendre  un  rang 
élevé  dans  la  littérature  sur  l'astronomie  planétaire,  doit  tenir  compte  dans  une 
grande  mesure  des  travaux  antérieurs  faits  par  d'autres  observateurs.  Il  peut  y 
avoir  des  exceptions  à  cette  règle  normale,  et  c'est  le  cas  de  l'observateur 
américain.  M.  Lowell  a  voulu  présenter  sa  magnifique  série  d'observations 
(série  tout  à  fait  unique  sous  le  rapport  du  nombre  de  jours  consécutifs  d'obser- 
vation I  et  en  tirer,  si  possible,  des  conclusions  plausibles.  L'équation  personnelle 

(')  Mars,  by  Perciv.xl  Lowell,  Boston  et  New  York,  189G. 


436  LA  PLANÈTE  MARS.  1898 

semble  jouer  un  très  grand  rôle  dans  l'observation  des  détails  planétaires,  si  bien 
que  plus  cet  élément  sera  éliminé,  en  procédant  par  les  observations  faites  par 
un  seul  astronome  avec  un  seul  instriinient.  plus  notre  savoir  avancera  sur  les 
changements  réels  qui  peuvent  se  produire  à  la  surface  de  la  planète. 

Le  sujet  de  ce  Livre  est  divisé  en  six  Chapitres  et  nous  ne  pouvons  faire 
mieux  que  de  les  examiner  séparément. 

(;)ccupons-nous  d'abord  de  la  forme  de  la  planète. 

I>€  disque  de  Mars  parait  généralement  (en  dehors  des  phasesl  parfaitement 
rond.  Les  mesures  faites  à  l'Observatoire  Lowell  montrent  qu'il  est  aplati  aux. 
pôles.  Presque  toutes  les  mesures  précédentes  donnaient  une  trop  grande 
valeur  à  cet  aplatissement  et  la  théorie  ne  pouvait  les  admettre.  La  raison  de 
cette  apparente  dilîérence  a  été  trouvée  après  une  série  de  mesures  soigneuses 
des  diamètres  polaires  et  équatoriaux. 

L'explication  qui  semble  s'accorder  le  mieux  avec  les  faits  est  que  sur  le  bord 
du  disque  il  y  a  une  frange  crépusculaire  qui  afl'ecte  inégalement  les  diamètres 
équatoriaux  et  polaires.  Le  diamètre  équatorial  paraît  toujours  trop  grand  et 
subit  des  variations  dues  aux  différentes  positions  du  Soleil:  tantlis  que,  dans  le 
cas  du  diamètre  polaire,  les  variations  sont  beaucoup  moindres.  Les  diamètres 
mesurés  sont  eu  fonction  de  la  position  du  Soleil.  Le  calcul  montre  que  l'arc 
minimum  du  crépuscule  s'élève  sur  Mars  à  10». 

On  sait  deiiuis  longtemps  que  cette  planète  possède  une  atmosphère,  et  en 
vérité  il  serait  diflicile  d'expliquer  les  changements  qui  ont  lieu  à  sa  surface 
sans  l'intervention  de  cet  élément.  Cette  atmosphère  est  décrite  plus  loin 
comme  étant  remarquablement  libre  de  nuages,  un  nuage  étant  «  un  phénomène 
rare  et  inaccoutumé  ».  Ce  résultat  est  un  peu  eu  désaccord  avec  certaines 
observations  antérieures,  d'après  lesquelles  des  nuages  ou  voiles  atmosphériques 
paraissent  avoir  été  vus  masquant  les  configurations  géographiques.  Du  reste, 
M.  Lowell  n'affirme  pas  qu'il  n'existe  jamais  de  nuages  sur  Mars,  mais  seulement 
que  pendant  toute  la  durée  de  ses  obsorvatinns  ils  n'ont  jamais  effacé  aucune 
configuration. 

Il  admet  toutefois  que  le  disque  de  la  planète  était  parfois  d'un  éclat  inexpli- 
cable, et  que  de  petits  points  brillants  ont  été  observés,  mais  il  n'a  observé 
aucune  forme  de  masses  aériennes  mobiles.  Qu'il  y  ait  des  nuages  dans 
l'atmosphère,  il  le  déduit  de  certains  phénomènes  visibles  au  terminateur  et 
observés  par  M.  Douglass.  l'endant  l'oiiposition  de  1894,  il  n'y  eut  pas  moins  de 
730  irrégularités  observées  sur  le  terminateur;  quelques-unes  ont  paru  être  des 
projections  lumineuses  et  d'autres  des  obscurcissements. 

'•  11  est  fort  improbaldc  qu'elles  soient  dues  à  des  montagnes,  lorsqu'on  tient 
compte  de  tous  les  faits  concernant  la  planète;  il  parait  plus  simple  de  les 
attribuer  à  des  nuages.  »  ^L  Lowell  discute  ce  sujet  assez  longuement  et  finale- 
ment considère  que  ces  irrégularités  doivent  (">tre  produites  par  la  présence  de 
ces  derniers.  C'est  peut-être  sur  ce  point  que  M.  Lowell  difi'èrc  le  plus  des 
autres    observateurs  de    Mars.   Ces   points    lumineux    vus  sur    le    terminateur 


1.0  W  KL  t..   -  MARS.  437 

depuis  1890  paraissent  iu(ii(iucr  i;i  iJivsence  de  montasaes  sur  la  surface  mar- 
tienne, de  sorte  que  les  déformations  du  terminateur  sembleraient  plus  proba- 
blement dues  à  cette  cause  qu'à  des  bancs  de  nuages. 

Nous  arrivons  maintenant  au  troisième  Chapitre  du  Livre,  la  question  de  l'eau 
«t  des  mers  Toute  la  surface  polaire  blanche  a  été  surveillée  minutieusement 
et  parait  avoir  entièrement  disparu  au  cœur  de  l'été  ('),  fait  qui  n'avait  pas 
encore  été  observé.  Durant  ces  observations,  on  vit  toujours  une  bande  bleue 
suivant  le  cap  lorsrju'il  se  retirait  vers  le  pôle,  montrant  que  l'eau  se  formait 
actuellement  de  la  fonte  des  neiges.  Les  taches  signalées  par  Oreen  et  Mitchell 
ont  été  vues  aussi;  on  trouve  qu'elles  devaient  être  formées  sur  un  sol  à  un 
niveau  plus  élevé  que  celui  des  environs,  sortes  de  talus  recouverts  de  glace  qui 
réfléchissaient  brillamment  les  rayons  du  Soleil. 

L'auteur  a  adopté  un  plan  très  simple  et  très  ingénieux  pour  montrer  au 
lecteur  les  aspects  différents  de  Mars.  Il  a  construit  un  globe  portant  tous  les 
détails  constatés  à  sou  Observatoire,  et  ensuite  photographié  le  globe  de  douze 
<:ôtés  différents  i  -).  .Ainsi  le  lecteur  fait,  pour  ainsi  dire,  un  voyage  autour  de  la 
planète,  chaque  ligne  importante  étant  décrite  dans  le  texte.  Le  merveilleux 
réseau  des  canaux  est  vraiment  saisissant,  et  la  quantité  de  détails  observés 
surpasse  tout  ce  qui  avait  été  obtenu  précédemment. 

M.  Lowell  conteste  l'existence  des  mers  et  nous  apprend  que  des  faits  impor- 
tants conspirent  pour  jeter  de  grands  doutes  sur  leur  caractère  aquatique.  Les 
deux  principaux  sont,  premièrement,  que  des  centaines  de  milliers  de  kilomètres 
carrés  disparaissent  dans  un  espace  de  temps  étonnamment  court,  et,  deuxième- 
ment, que  les  observations  du  polariscope  ne  donnent  aucune  indication  de 
polarisation.  Deux  questions  alors  se  dressent  ici  :  d'abord,  que  devient  l'eau 
provenant  de  la  fonte  des  neiges  polaires  ?  Ensuite,  que  représentent  les  taches 
d'un  ton  bleu-vert  qui  parsèment  la  surface  de  la  planète"?  Ces  dernières  sont, 
d'après  M.  Lowell,  des  plaines  couvertes  de  végétation:  on  a  observé  que  leurs 
tons  changent  avec  les  saisons  de  la  planète;  il  insinue  cependant  qu'autrefois 
elles  ont  été  des  mers,  mais  que  la  quantité  d'eau  a  maintenant  tellement 
diminué  qu'elle  ne  circule  plus  que  dans  les  canaux  profonds. 

Il  définit  les  mers  martiennes  comme  intermédiaires  en  évolution  entre  les 
mers  terrestres  et  celles  de  la  Lune.  Dans  un  tel  état  de  choses,  devant  cette 
diminution  et  cette  rareté  de  l'eau,  «  les  habitants  de  Mars  ont  une  raison  vitale 
d'utiliser  jusqu'à  la  moindre  goutte  toute  l'eau  disponible  qu'ils  peuvent  se 
procurer,  et  paraissent  y  avoir  réussi  par  de  gigantesques  et  savantes  opérations, 
en  établissant  sur  une  vaste  échelle  un  prodigieux  système  d'irrigation  ».  «  S'il 
y  a  des  liabitants,  ajoute  M.  I.o^\■ell,  l'irrigation  doit  être  le  principal  intérêt  de 
leur  existence  ».  Si  nous  portons  maintenant  notre  attention  sur  les  lignes  connues 
sous  le  nom  de  canaux,  il  semble  précisément  que  nous  ajons  sous  les  yeux  ce 
qui  parait    être  le  plus   parfait  système  d'irrigation  imaginable.   Ces   canaux 

(')   Voir  plus  haut,  p.  213,  notre  discussion  à  cet  égard. 
(,')  l'oir  plus  haut.  p.  13-. 


438  LA   PLANÈTE  MAIiS.  1898 

t'tc'ucleiil,  un  véritable  réseau  sur  toute  la  surface  de  la  planète  et  passent  aussi 
bien  -X  travers  les  portions  sombres  que  sur  les  portions  claires  du  disque, 
il'uprès  les  observations  de  MM.  Douglass  et  Schaeberlé.  Ces  canaux  traversent 
les  anciennes  mers  aussi  bien  que  les  continents;  leur  nombre  a  été  doublé  par 
les  observations  nouvelles.  De  plus,  aux  points  où  les  canau.x  se  rencontrent,  on 
a  observé  des  taches  qui  ne  sont  jamais  vues  isolées.  «  Il  n'y  a  pas  de  tache  qui 
ne  soit  réunie  au  réseau  des  canaux,  non  seulement  par  un  canal,  mais  par 
plusieurs.  »  Les  canaux  et  les  taches  semblent  croître  et  décroître  ensemble. 

Ces  canaux  ne  sont  pas  toujours  visibles  sur  la  surface  de  la  planète;  ils 
paraissent  dépendre  des  saisons.  Les  observations  prouvent  qu'ils  subissent  un 
développement  marqué,  et  c'est  là  qu'on  peut  chercher  à  trouver  leur  origine. 
Considérons  ce  «  dévelopj)ement  ••  tel  que  l'a  vu  et  rapporté  M.  Lowell.  Selon 
lui,  les  canaux  varient  en  visibilité  et  non  en  position,  et  leur  visible  développe- 
ment suit  la  fonte  des  neiges  polaires.  Ils  deviennent  distincts  lorsque  la  fonte 
est  déjà  avancée,  et  davantage  encore  à  mesure  que  les  saisons  progressent. 
Ceux  qui  sont  les  premiers  visibles  sont  ceux  du  Sud,  c'est-à-dire  les  plus 
proches  du  pôle  sud.  Mentionnons  ici  que  le  pôle  sul  était  incliné  vers  la 
Terre  pendant  cette  opposition  de  1804.  La  haute  latitude  et  la  proximité  des 
régions  sombres  sont  les  deux  facteurs  principaux  pour  une  précoce  visibilité. 
Les  canaux  qui  se  dirigent  du  Sud  au  Nord  sont  généralement  visibles  avant 
ceux  qui  sont  tracés  de  l'Est  à  l'Ouest. 

Eu  ce  qui  concerne  le  dédoublement  des  canaux,  les  observations  de  M.  Lowell 
l'ont  amené  à  découvrir  que  ce  phénomène  n'arrive  pas  subitement,  comme  ou 
le  croit  généralement,  mais  qu'il  y  a  un  mode  de  développement  dans  sa 
marche. 

«  Dans  le  cas  du  Gange,  dit-il.  un  soupeon  de  gémination  était  visible,  lorsque 
j'y  regardai  pour  la  première  fois,  en  aoiit....  Dans  les  moments  de  visibilité, 
les  deux  bords  se  montraient  plus  sombres  que  ;le  milieu  ;  c'était  un  dédouble- 
ment en  embryon,  avec  une  bande  de  terre  entre  les  deux  lignes  jumelles.  En 
octobre,  la  gémination  était  beaucoup  plus  évidente,  le  terrain  entre  les  lignes 
jumelles  s'était  éclairci.  En  novembre,  on  ne  pouvait  plus  avoir  aucun  doute  sur 
la  séparation  des  deux  lignes.  » 

■Voyons  aussi  (juelle  explication  l'auteur  donne  de  l'origine  et  de  la  duplication 
des  canaux.  L'idée  qu'il  adopte  est  celle  déjà  suggérée  par  iSchiaparelli,  Flamma- 
rion et  Pickering,  à  savoir  :  di:  la  vnijétation.  «  L'eau  arrivant  des  régions 
])olaires  remplit  un  canal,  irrigue  la  campagne  des  deux  cotés  et  arrose  les 
terres  cultivées.  Nous  ne  distinguons  pas  d'ici  les  canaux  proprement  dits,  mais 
seulement  la  végétation  qui  est  due  aux  irrigations  et  qui  s'étend  de  part  et 
d'autre  des  canaux.  Les  lignes  les  |ilus  sombres  représentent  une  croissance 
plus  avancée  de  la  végétation,  causi'e  par  une  distribution  plus  abondante  des 
eaux.  A  travers  les  grandes  taches  sombres,  ou  plaines  végétales,  prairies,  etc., 
les  canaux  sont  visibles  et  communiquent  toujours  avec  ceux  des  régions  plus 
claires.  »  Voilà  pour  les  canaux  et  leur  origine. 


I.OW  F.LL.   —  MARS.  iSil 

Mais  comment  espliiiuer  leur  apparente  iliiplication  ?  M.  Lowell  n'eu  Jonne 
pas  encore  la  solution.  «  Ce  qui  se  passe  exactement...  je  ne  puis  prétendre  le 
dire.  Ou  a  supposé  qu'une  maturité  progressive  de  la  végétation  du  centre  aux 
bords  pouvait  donner  à  une  large  rangée  de  vert  rappareuec  d'être  double.  Il  y 
a  de-i  faits,  cependant,  qui  ne  s'accordent  ])as  avec  cette  explication.  )> 

De  l'extrait  ci-dessus,  on  pont  voir  que  M.  Lowell  n'a  pas  la  prétention  de  tout 
expliquer.  11  semble  toutefois  probable  que,  si  les  canaux  sont  dus  ;\  de  la  végé- 
tation, leurs  duplications  doivent  avoir  une  origine  analogue. 

Un  des  meilleurs  exemples  que  nous  ayons  sur  terre  d'une  grande  étendue 
fertilisée  rapidement  par  l'inondation  d'un  grand  lieuve.  c'est  assurément  la 
vallée  du  Nil.  Cependant,  en  suivant  le.s  phases  que  la  campagne  subit  sur  les 
deux  rives,  pendant  et  après  l'inondation,  il  est  difficile  de  se  rendre  compte  des 
développements  observés  sur  Mars.  Peut-être  le  système  d'irrigation  à  la  surface 
de  cette  planète  a-t-il  été  poussé  à  un  extrême  degré  de  développement:  de  plus 
petits  canaux  parallèles  de'  chaque  coté  et  à  quelque  dislance  des  grands  ont 
peut-être  été  creusés,  afin  d'être  remplis  et  éventuellement  séparés  du  canal 
principal,  lorsque  les  eaux  commencent  à  se  retirer.  De  cette  façon,  la  Terre 
serait  mieux  fertilisée  d'abord  sur  les  bords  du  canal  principal,  puis  plus  tard 
sur  ceux  des  jdus  petits  canaux.  Un  canal  cuminencerait  alors  i)ar  paraître 
simple;  avec  le  temps  il  s'élargirait,  et  définitivement  deviendrait  double,  les 
deux  bandes  les  plus  fertilisées  étant  parallèles,  mais  à  quelque  distance  du 
canal  principal.  Les  canaux  de  communication  entre  le  canal  principal  et  les 
canaux  latéraux,  ou  plutôt  la  végétation  le  long  de  ces  ligues,  seraient  invisibles 
à  cause  de  leur  exigu'ité. 

Une  telle  explication  triomphe  de  la  difficulté  de  décider  pourquoi  certains 
canaux  ne  se  dédoublent  pas.  Ou  peut  admettre,  en  effet,  que,  dans  ce  cas,  des 
canaux  latéraux  n'ont  pas  été  construits,  et  dans  cette  hypothèse  la  gémination 
ne  peut  pas  se  produire. 

Quelle  que  puisse  être  la  véritable  explication,  il  est  certain,  avant  que  ce 
problème  puisse  être  véritablement  résolu,  qu'il  faut  observer  attentivement  la 
manière  dont  les  canaux  se  développent  et  disparaissent. 

Pour  conclure,  nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de  reconnaître  l'ordre  logique 
de  cet  Ouvrage.  L'auteur  établit  sur  un  très  bon  terrain  l'hypothèse  de  la  «  végé- 
tation li.  Il  lui  semble  toutefois  prématuré  de  déduire  dès  aujourd'hui  des 
conclusions  définitives,  et  il  remet  ses  espérances  aux  prochaines  oppositions. 

Ces  observations  ont  beaucoup  ajouté  à  notre  connaissance  des  lignes  énigma- 
tiques  qui  parsèment  la  surface  de  la  planète,  et  la  ,Science  doit  à  M.  Lowell 
une  dette  de  reconnaissance  pour  l'énergie  dont  il  a  fait  preuve  en  établissant 
et  en  conduisant  l'organisation  de  son  Observatoire. 

Son  Ouvrage  ne  s'adresse  pas  uniquement  aux  astronomes  de  profession,  mais 
encore  à  tous  ceux  qui  s'intéressent  aux  observations  do  la  planète  Mars,  car  il 
est  écrit  sous  une  forme  tout  à  fait  populaire.  Les  figures  qui  l'illustrent 
rehaussent  encore  la  valeur  du  Livre. 


440 


LA    PLANKTK   MAltS. 


1898 


Ce  résumé  Ijibliographique  de  M.  ^^'illiam  Lockyei"  expose  exactement  les 
données  essentielles  de  l'Ouvrage  de  M.  Lowell.  Remarquons  sa  théorie  de 
l'utilisation  île  l'eau  par  les  habitants  de  Mars  et  du  gigantesque  système 
d'irrigation  constitue  par  les  canaux.  C'était  l'hypothèse  présentée,  un  pru 
en  plaisantant,  par  M.  Schiaparelli.  ilans  sa  dissertation  de  1895  {voir  plus 
haut,  p.  251-262). 


OPPOSITION  DE  1898-1899. 

Depuis  1892,  la  planète  s'est  d'autant  moins  rapprochée  de  nous  en  cha- 
cune de  ses  oppositions.  Celle  de  1899  représente[la  position  la  plus  éloignée. 
Il  n'est  pas  sans  intérêt  de  nous  rendre  compte  de  ces  diverses  situations 
par  une  figure  appropriée.  C'est  ce  que  l'on  peut  faiie  à  l'aide  du  dia- 
gramme ci-dessous. 


Kis.  Îfi7.  —  Rc'hilions  oiiln'  Mar>  el  la  Terre,  de  1S88  ti  1903. 


OBSli  KVATOIRK   i)I-    JUVISV.  441 

Voici  les  principaux  éléments  relatifs  à  l'opposition  de  1899  : 

Opposition IS  janvier. 

Diamètre  à  l'opposition 14'.  8 

Distance  =  0,6507  ou  gtigROOHO'"". 
Incliné  du  pôle  boréal  :  latitude  du  centre   ■    ll",(). 

Solstice  d'hiver  boréal 1"  juin  1S98.     , 

Ëquinoxe  de  printemps  boréal 7     nov.  1898.         (Voir  p.  '273.) 

Solstice  d'été  boréal 2i      mai  1890.    ' 

Aphélie 9     avril  189». 

Cll\Ll\'.    —  ObSERV.\TIONS    F.\1TES    .\    L'OBSERV.tTOIRE    DE    .luVISY    ('). 

M.  F[..\M.\i.^Riox,  Directeur:  M.  .^ntoni.^di,  .\stronome-adjoiut. 

Les  observations  faites  à  l'ûbservaloire  de  Juvisy  se  sont  étendues  du 
8  juillet  1898  jusqu'au  30  juillet  1899. 

La  planète  s'est  présentée,  à  partir  de  septembre,  avec  une  légère  incli- 
naison du  pôle  boréal  ou  intérieur  vers  nous,  la  latitude  du  centre  du 
disque  étant  de  -+-  12°  à  l'époque  de  l'opposition,  .lu  commencement  des 
observations,  cette  latitude  était  de  — 12°,  de  sorte  que  c'était  le  pôle  sud 
qui  était  incliné  vers  la  Terre.  Le  plan  de  l'èqualenr  est  passé  par  notre 
rayon  visuel  le  20  août. 

Les  images  ont  été,  en  général,  satisfaisantes;  mais,  toutes  les  fois  que 
le  vent  soufflait  de  l'Est,  la  planète  se  montrait  absolument  dépourvue  de 
détails.  Aussi,  la  belle  période  de  soirées  sans  nuages  que  nous  avons  eue 
dans  la  seconde  moitié  de  février,  mais  qu'accompagnait  le  vent  d'Est, 
a-t-elle  été  pratiijuement  inutilisable  au  point  de  vue  de  l'étendue  physique 
de  notre  intéressante  voisine. 

Pour  ces  observations,  l'objectif  Bardou,  de  0'",24  et  3™.Tù.ô  de  foyer,  a 
été  remplacé  par  un  nouvel  objectif  Mailhat,  de  0'°,26  d'ouverture  et  de 
3".  810  de  distance  focale.  Les  grossissements  employés  ont  été  de  145.  224, 
308,  411  et  617  diamètres,  les  oculaires  étant  du  type  négatif,  ou  de  Huygens. 
C'est  le  grossissement  de  308  qui  nous  a  donné  les  meilleures  images. 

Voici  nos  observations  principales.  Nous  avons  désigné  par  w  la  longitude 
du  centre  du  disque  et  par-j  sa  latitude. 

8  juillet  IX'.IS,  llNi'".  Diamètre  =.")",. 'i  (-i-  <u  =  U9".  s  =  —  1 1°. '.t.  Image  assez 
bonne.  — On  ne  voit  pas  de  calottes  neigeuses  aux  pijles. 

(')  Bulletin  de  la  Société  aslroiiomique  de  France,  année  1899,  et  Astronomische 
Nachrichten,  juillet  1899. 

(,-)  Tous  les  diamètres  de  Mars  |iubUés  par  la  (Connaissance  des  Temps  sont 
inexacts,  parce  qu'ils  prennent  pour  base  la  valeur  11",  10  donnée  par  Le  Verrier,  au 
lieu  de  9", 35,  résultant  de  la  discussion  générale  de  Hartwig  [voir  t.  I,  p.  505]. 


442  LA   PLANÈTE  MARS.  1898 

11  juillet.  li'':!."i"'.  Diamètre  =  .'j",().  (0=  4'.)°.  9  =  — 10°.."].  Bonne  image.  —  On 
soupçonne  ([uelques  vagues  e.stompages  dus  à  la  présence  des  (iolfes  des  Perles 
l't  de  l'Aurore. 

l'.i  août,  ll'M)"'.  Diamètre  =0", 2.  10  =  .";l°.  9  =  —  (r,  2.  Assez  bonne  image.  Le 
disipie  de  Mars  n'offre  aucun  détail. 

i:i  septembre,  ly'l.V".  Diamètre  r=  G", 8.  w  =  l.'i'.r.  o  =  -^  6", 2.  Rien  de  sûr.  «  Par- 
l'i.iis.  écrit  l'observateur,  M.  .\ntoniadi,  le  disque  parait  traversé  de  lignes  noires, 
analogues  aux  canaux  vus  par  les  astronomes  de  Flagslaff  sur  Vénus,  sur  Mer- 
cure et  sur  les  satellites  de  Jupiter.  >Lais  ces  apparences  sont  manifestement 
illusoires.  » 

22  octobre.  I  T'i,"]'".  Diamètre  =  8", .5.  10  =  123°.  <p  =  -t-  i;i".7.  Apparition  des  neiges 
polaires  boréales.  A  part  cela,  aucun  détail.  —  A  12"  l.".'",  m  =  1::!1°,  le  centre  du 
disque  présente  de  temps  en  temps  une  tache  grise  subjective,  comparable  à  la 
<  Pilule  ')  de  Fontana  en  ICHlj.  (Voy.  La  Planète  .Vacs,  t.  I,  p.  7.) 

1 1  novembre,  Iv'i'Û'".  Diamètre  =  '.l',8.  10  =  297".  9  =  -^  l.'i",8.  Bonne  image.—  La 
neige  du  pôle  boréal  est  très  évidente.  Ilellas  est  blanche  au  bord  supérieur.  La 
(irande  Syrte  pa.sse  au   méridien  central,  mais  elle  est  peu  intense. 

18  novembre,  1  Mmi'".  Diamètre  =  10", 3.  w  =  217".  9  =  +  \i'r,:\.  Bonne  image,  mais 
liétails  ineertains.  ^  La  calotte  inférieure  est  très  blanche  et  parait,  comme 
d'habitude,  limitée  par  une  bande  sombre,  l^a  Mer  Cimmérienne  se  reconnaît. 

20  décembre,  IOi>0"'.  Diamètre  =  i;î",3.  m  =  269".  9  =^  +  I.V',(;.  Très  bonne  image. 
~  La  calotte  polaire  iulérieure  est  très  éclatante;  elle  est  entourée  d'une  bande 
estompée,  r[ui  devient,  particulièrement  sombre  vers  280"  do  longitude,  non  loin 
du  lac  découvert  en  1896  sur  la  Boréosyrtis  par  M.  Théodore  Phillips.  Les  régions 
de  Neitli  et  t'topia  paraissent  estompées,  ce  qui  donne  à  la  (irande  Syrte  tout  à 
fait  la  forme  d'un  aablicr.  Les  contours  de  cette  mer  ne  sont  pas  bien  définis,  de 
sorte  que  l'on  ne  saurait  les  tracer  vers  la  Libye  et  le  I^ac  Mœris  avec  précision. 
Hellas  est  brillante  au  limbe  austral. 

10'' 40'".  M  =  278".  La  Mer  du  Sablier  parait  maintenant  plus  foncée.  A  gauche 
on  aperçoit  un  estoinpage  excessivement  vague,  qui  pourrait  correspondre  au 
canal  Amenthès  (/i;/.  -,.'08)  (•). 

21  décembre,  0'>  I.")'".  L)iamètre  =  13", .5.  10  =  249".  9  =  -1-  15",.">.  Bmine  image.  — 
ralotte  boréale  très  blanche.  Le  lac  au  sud  des  neiges  est  très  frappant.  La  Mer 
Cimmérienne  se  couche  à  gauche,  taudis  que  la  Grande  Syrte  arrive  par  la  droite, 
llesperia  confuse,  peut-être  par  la  vision  indistincte.  Ilellas  est  blanche  près  du 
limbe.  Boréosyrtis  est  très  développée  et  très  foncée,  se  continuant  vaguement 
jusqu'à  la  Petite  Syrte  par  le  canal  Amenthès.  Lin  estompage  descend  de  la 
pointe  de  la  C.rande  Syrte,  très  foncée,  jusqu'au  lac  de  Phillips.  On  voit  Cyclops 
près  du  terminateur  1//';/.  209). 

9''  i.'i'".  (■)  =  257".  Temps  de  brouillard;  excellentes  images.  —  LaG'rande  Syrte 
est  très  foncée  vers  sa  pointe  inférieure;   on  voit  bien  maintenant  son  contour 

(')  Toutes  nos  figures  sont  proportioiiuelles  à  la  f^raiideur  du  disque  :  3"""  =  1'. 


oiiSKKVA  luiiiH  ni';  jl:visv. 


i4:H 


oriental  ou  de  irauclie  :  la  Libye  est  claire  et  ;.•  L.v  Mu-rU  ne  forme  plus  qu'uni- 
baie  de  la  Mer  du  Sablier.  Au  sud-ouestde  la  Libye,  la  Mer  Tyrrhénieniie  s'éclair- 
cit  pour  former  le  «  Luikc  Pons  ..  de  M.  LowpU,  jusqu'à  la  brillante  llcllas.  La 
Petite  Syrte  est  peu  intense.  La  noirceur  du  lac  boréal  est  considérable.  Indi- 
pendamraentde  la  Boréosyrtis.  ce  lac  envoie  un  autre  canal  à  gauche,  (jui  ne 
parait  pas  correspondre  à  Iloliconius-.Vnian. 

Itl'':i(r".  M  =  eo.Sû.  _  Le  grand  canal  unissant  la  pointe  do  la  Mer  du  Sablii>r  à 


Fis.  iD8.  —  2u  ilecelilbre  t«l8,  lu''  10". 


Kr^.   MJ.   —   H  dc.:cliil.r.-   I,S:)S.   .1'' |.i 


KiL'.  J7Ù.  —  -Jl  .leoi--inbre  189S.  lu' au™.  F12.  ■,';!    —  v.'  .L-reiuhr.- ISJ^.   Il 

,  Dessi.vs  de  Mabs  pris  a  l'Ouseuvatoike  uk  Jcvisï  i;.N   ISUS-ISOli 


la  Boréosyrtis,  qui  était  si  évident  eu  181l('>-i8'.l7  (  '  i.  se  voit  sansdifticulté  i/ij.  îTih 
'i-2  décembre,  ll''l.j"'.  Diamètre  =  i:'.'.."i.  w  =  -,'7(i".  o  =  -^  L5".4.  Bonne  image. — 

(')  C'est  le  canal  marqué  9  sur  la  Carte  pour  I.S'.lO-lS'JT  de  la  page  "^ST. 


44'i  LA    PI.ANfCTE    MAIiS.    ■  ■  1898 

La  calnttn  polaire  l)iir(^ale  est  très  blanche.  Hellas  est  blanchâtre  au  limbe  supi'- 
rieur.  i.a  (irande  Syrte  présente  la  forme  de  Lowell,  avec  une  Libye  claire  et 
sans  le  Lac  Mœris.  On  voit  éiialement  Amenthès,  ainsi  que  le  canal. 

ll''i.'i"'.  (.)  =  -.;77°.  Très  bonne  définition.  —  La  Grande  Syrie  est  admirablement 
définie,  et  se  montre  plus  sombre  vers  sa  pointe  inférieure.  L'estonipage  de  la 
Neith  Regio  complète  la  forme  du  Sablier.  Le  lac  de  la  Boréosyrtis  est  très  frap- 
pant. On  entrevoit  Hhison  et  Amenthès,  larges  et  vagues,  puis  de  temps  en  temps 
un  trait  recourbé  partant  d'Amenthès  pour  se  diriger  vers  l'emplacement  du  Lac 
Mœris  et  qui  parait  correspondre  à  Népenthès  (/i^.  271  ). 

8  janvier  I.S'.W,  10"  0'".  Diamètre  =  ii",6.  w  —  101°.  o  =^  i:r,3.  Excellente  image. 
—  A  part  les  neiges  boréales,  le  disque  ne  montre  aucun  détail.  De  très  vagues 
estompages,  à  peine  perceptibles  au  Sud,  marquent  peut-être  le  Lac  du  Soleil  et 
le  Golfe  de  l'Aurore. 

11''0"'.  t.)  =  115".  —  Un  soup(;onne,  à  gauche,  une  tache  ovale  d'une  faiblesse 
extrême  et  correspondant  au  Lac  du  Soleil.  Aucune  trace  du  Golfe  Aonius.  Cepen- 
dant, adroite,  apparaît  la  Mer  des  Sirènes,  assez  faible,  et  surmontée  de  Phae- 
thontis  brillante.  Geraunius,  bien  qu'admirablement  placé  pour  l'observation,  ne 
se  voit  presque  point.  Un  trait  vague  apparaît  parfois  dans  le  bas  du  disque,  à 
droite  :  c'est  probablement  l'hlegetlion  {jig.  ■.'7'j). 

'.I  janvier,  '.)''30"'.  Diamètre  =  14",7.  w  =  S'".».  <f  =  -t-  13", 0.  Excellente  image,  mais 
pre,sque  pas  de  détails.  —  Un  estouipage  d'une  intensité  très  faible  marque  la 
région  du  Lac  du  Soleil  au  Sud,  tandis  que  la  Mer  Acidalienne  est  assez  sombre 
près  du  termiuatenr  (//;/.  273). 

10'' 0'".  M  =  '.1-2".  —  L'n  trait  gris  à  gauche  indique  la  présence  du  Gange,  abou- 
tissant au  Lac  de  la  Lune.  Ce  dernier  parait  réuni  à  la  Mer  Acidalienne  par  le 
Nilokeras.  très  vague. 

ih  janvier.  9^'i'>"'.  Diamètre  —  14",. ">.  w  =  300°.  o  = -h  I0".0.  Air  agité.  Les 
détails  sont  très  confus. 

10''30"'.  (u  =  3-20".  Image  plus  calme.  —  On  voit  un  lac  au-dessus  des  estom- 
pages entourant  la  calotte  boréale  :  c'est  Colœ  l'alus,  réuni  à  la  Mer  du  Sablier 
par  la  Nilosyrtis.  Celle-ci  parait  peut-être  jdus  droite  que  ne  l'exigerait  la 
perspective.  Le  Sinus  Saba^us  ne  présente  rien  d'anormal;  Xisuthri  Regio  y  est 
à  peine  visible,  mai.s  la  baie  triangulaire  de  l'Luphrate  est  très  remarquable,  et 
il  en  est  de  même  de  la  noirceur  de  la  liaie  Fourchue.  Deucalion  et  les  terres  au 
Sud  sont  enfumées,  mais  Hellas  est  blanche  à  gauche  et  l'on  peut  eu  dire  autant 
de  Pyrriiœ  Regio  ou  Noachis.  La  Mer  du  Sablier  présente  bien  la  forme  de 
Lowell.  Un  point  sombre  apparaît  entre  Aeria  et  Edom;  c'est  le  Sirbonis  Palus 
de  Schiajiarelli.  On  voit  encore  l'Iliddekel,  comme  une  traînée  confuse  et  très 
p;ile.  La  Libye  est  très  brillante  au  lindjc  occidental,  ou  la  Mer  Tijrvluhneinn' 
reste  risihlc,  Irèa  fona'e,  jun<iu'au  bord  du  disiiue.  Cette  observation  est  fort 
intéressante  pour  nos  idées  sur  la  constitution  physique  de  Mars.  car.  eu  nous 
faisant  voir  que  le  pouvoir  lumineux  dilVusif  de  son  enveloppe  gazeuse  peut  de- 


OBSER\  ATiilllK  1>I':  .ir\  l-V.  .iiô 

venir  très  faible,  ou  presque  nul,  elle  nous  nidi  |ue  que  cette  atmosphère  est 
d'une  raréfaction  extrême. 

1 1''0"'.  10  =  3-2S".  —  La  noirceur  de  la  Mer  T\  rrhénienne  jusqu'au  liinhe  est  tou- 
jours frappante.  De  plus,  de  la  Baie  du  Méridien  partent  trois  canaux  values  et 
diffus  :  Gehon.  Hiddekel  et  Sitacus  de  la  Carte  de  M.  Cerulli  [fh/.  îT'ii. 

08  janvier,  G''0'".  Diamètre  =  14". 3.  <o  =  îiS".  ^  =  -i-  lO",  I.  Honne  image.  —  La 


8  ianvier  1899,  lli-O» 


Fig.  ;74.  —  2ô  janvier  IS'.t»,  ll'û".  Fis:,  il'.'.  —  -JS  janvier  1S9!1.  6<-0-. 

Dessins  de  Mars  pris  .v  l'Obslrv.vtoire  de  .Ilmsy  en  1898-18".);'. 


calotte  polaire  est  blanche;  de  vastes  estompages  renloureut  de  tous  côtés.  La 
région  «  continentale  »  d  .fJtheria  est  très  grise,  particulièrement  foncée  vers  les 
extensions  de  la  Boréosyrtis.  Mais  ces  noirceurs  prés  du  limbe  impliquent, 
comme  l'observation  du  iô  janvier,  une  iiuroyable  raréfaction  atmosphérique. 
Hephaestus  est  invisible,  mais  Trivium  Charontis  parait  très  foncé.  Les  canau.x 


4'i()  I.A    PLANÈTE    MA  US..  1899 

(]ri(-'iit;iu\  (1  Klysiiim  i  Cerberus  et  Sty.K)  sont  noir.s.  tandis  que  les  occiilentaux 
(  lOnniistiis  et  IlybLTUs)  simt  beaucoup  plus  ]iàles.  On  voit,  de  plus,  l.a'strygon, 
lladès,  (  M  TUS  et  Cyclops,  tous  confus.  La  Mer  Cimmérienue  ne  présente  rien 
d'anormal,  et  l'estompaye  d'Hesperia  pourrait  être  attribué  à  la  vision  indis- 
tincte. i:ridania  est  d'un  blanc  l.ilcuàtre  près  du  limbe  supérieur  Ipg.  275). 

(;'':iO"'.  w  =  ''■^■'"-  —  Le  Trivium  t'harontis  se  dédouble  optiquement  de  temps  en 
temps,  dans  le  sens  de  La?strygon-Hadès,  probablement  par  le  passage  de  cou- 
rants d'air  de  différentes  températures  devant  l'objectif,  courants  dont  la  densité 
variable  agit  sur  le  foyer.  Mais,  en  vertu  de  la  mauvaise  définition  du  lac,  ces 
dédoublements  sont  très  vagues,  et  échapperaient  certainement  sans  la  plus 
rigoureuse  attention  {fîg.  270). 

2  février,  10'' 0'".  Diamètre  =  l'i",0.  w  =  2 '12°.  'f  =  +  ''"'6-  Bonne  image.  —  La  Mer 
Cimmérienne  se  couche  à  gauche.  Hesperia  paraît  blanche.  La  Petite  Syrte  est 
faible,  mais  la  Mer  du  Sablier  est  foncée  au  terminateur.  On  voit  bien  Trivium 
Charontis  avec  les  canaux  occidentaux  d'Elysium.  Mais  ce  qui  attire  particuliè- 
rement l'attention,  c'est  incontestablement  le  développement  remarquable  de  la 
Boréosyrtis  et  les  estompages  adjacents. 

H''(i"'.  to  =  257".  —  La  blancheur  des  neiges  contraste  avec  l'intensité  des 
estompages  avoisinauts.  Le  lac  de  la  Boréosyrtis  est  très  étendu  et  très  foncé. 
Deux  canaux  viennent  converger  vers  l'extrémité  supérieure  de  la  Boréosyrtis; 
l'un  est  Amenthès;  l'autre  part  de  la  Mer  Cimmérienne,  et  ne  s'identifie  pas  sur 
les  cartes  de  Schiaparelli. 

i  février,  '.)''  1.5'".  Diamètre  =  13", S.  w  —  21  i°.  '■?  =  —  9",  4.  Bonne  image.  —  On 
aperçoit  le  Golfe  des  Titans  en  haut  et  A  gauche,  puis,  vaguement,  Atlantis.  La 
Mer  Cimmérienne  est  grise,  tandis  qu'Eridania  est  blanchâtre  au-dessus.  Le 
Trivium  Charontis  est  à  gauche  du  centre  et  les  canaux  Orcus,  Tartarus, 
Cerberus  et  Styx  en  rayonnent,  le  dernier  très  foncé,  paraissant,  par  moments, 
double.  Cerberus  se  prolonge  jusqu'à  la  Mer  Cimmérienne,  et  l'on  reconnaît 
encore  Cyclops,  Euuostos  et  Hyblanis.  La  moitié  gauche  d'Elysium  est 
blanchâtre.  Les  estompages  de  la  Boréosyrtis  sont  très  accentués  au  limbe 
inférieur. 

10"0"'.  (o  =  225".  —  Indépendamment  des  détails  énumérés  ci-dessus,  on  voit 
encore  Liestrygon  et  .Ksacus.  /Etheria  et  Cebrenia  sont  estompées  {fîg.  277)  (')• 

10  février,  s''45"'.  Diamètre  =  i:i",;i.  w  —  L5:_r.  ta  = -i- ,S°,9.  Air  calme.  —  La 
Mer  des  Sirènes  est  mal  délinie;  un  canal  très  large  la  rencontre  vers  150°  de 
longitude,  mais  parait  plutôt  être  Arduenn;i,  de  M.  I.owell,  que  Corgon,  de 
M.  Schiapuri'Ui.  Le  disque  ne  montre  pas  d'autres  détails,  excepté  Propontis,  en 
bas  et  à  droite,  émergeant  des  estompages  avoisinant  la  calotte  polaire  infé- 
rieure (/('g.  278). 

<.|'"i5"'.  i.j  =  DIS".  —  Electi'is  se  montre  Idanclio  au  liird>e  supérieur.  Le  Trivium 
Cliarontis  apparaît  à  droite.  Tilanum  Sinus  presqm^  au  m(;'ridicu  central. 

(')   Voir  aussi  phis  loin,  p.  4J'J,  lu  Carte  de  lu  i>luaéte  i)endunt  cette  opposition. 


OBSKK  V  A  llMIii:  l)K  .HV  [SV. 


447 


I  l'':fO'".  <o  =  19i'.  —  Allautis  est  vayiie.  La  région  avoisinant  Elysium  est 
estompée,  surtout  au  Nord.  Du  Trivium  Charoiitis,  très  noir,  rayonnent  les 
canaux  Orcus.  Cerberus,  Styx  et  lladôs,  ce  dernier  dirigé  vers  Propontis.  Toutes 
ces  bandes  sont  larges  et  confuses  i/i;/.  -iJT'.lj. 

17  février,  S"(l"'.  Diamètre  -  \rA\.  w  =  79".  o  ^  -f-  8", H.  Assez  bonne  image.  — 


Fis    .'76 


.'S  janvier  1899,  %'''if" 


4  fi-vrier  1899,  Ki' 0'" 


Fig.  :7îs-  —  10  février  1899,  S''  ',i".  Fig.  279.  —  10  février  IS99.  lli-.în. 

Dessiss  de  Mabs  f.aits  en  I898-IS99. 


La  calotte  polaire  est  toujours  assez  étendue  et  parait  entourée  d'une  bande 
grisâtre.  Le  Golfe  de  l'.Vurore  approche  du  limbe  occidental;  son  intensité  est 
peu  accusée.  Le  Lac  du  Soleil,  assez  visible,  est  à  droite  du  méridien  central, 
auquel  il  touche  par  son  extrémité  précédente.  On  ne  saurait  tracer  avec  préci- 
sion le  contour  de  l'Aurea  Clierso;  ou  se  rappelle  que  cette  région,  qui  était  si 
développée   de    1801    à    1877.    s'est    montrée    réduite   à    des    proportions    très 


448  LA   PLANÈTE  MARS.  1899 

restreintes  en  IS'.U.  Le  Lac  Tithoniiis  s'entrevoit  de  temps  en  temps,  bien  que 
l'on  ne  puisse  pas  le  tracer  jusqu'à  Auror;e  Sinus.  Le  Lac  de  la  Lune,  plus  évi- 
d<Mit  i|ue  ceux  du  Soleil  et  Tilhonius,  parait  très  foncé;  c'est  du  reste  là  l'aspect 
(lu'il  a  offert  aux  deux  dernières  oppositions.  On  voit  assez  bien  la  Jamuna, 
très  confuse,  réunissant  le  Golfe  de  l'Aurore  au  Sinus  Acidalius,  puis  le 
I  lange  et  Mlokeras,  diffus  tous  les  deux,  et  formant  les  deux  côtés  égaux  d'un 
triangle  isoscèle  ayant  le  Lacus   Luna'  pour  sommet  et  la  Jamuna  pour  base 

A  certains  moments,  les  détails  deviennent  subitement  confus,  le  bord  de  la 
planète  perd  sa  netteté,  et  le  Gange  et  le  Nil  se  dédoublent  pendant  J  de 
seconde. 

y'':iO"'.  (o  =  101".  —  Il  n'y  a  presque  pas  de  détails.  Le  Golfe  de  l'Aurore  et  le 
Lac  du  Soleil  sont  excessivement  pâles.  \n  contraire,  le  Lac  de  la  Lune  se  montre 
comme  une  tache  noire  isolée  et  visible  du  premier  coup  d'o'il.  Ceraunius 
traverse  le  disque  de  temps  en  temps  dans  le  sens  Nord-Sud  comme  une  traînée 
large,  mais  à  peine  accusée.  Rien  de  particulier  dans  les  régions  de  la  Mer 
Acidalienne,  affaiblie  par  l'obliquité,  ni  dans  celle  du  Palus  Mteotis,  qu'on 
n'aperçoit  que  comme  un  estompago  presque  invisible.  Les  régions  australes  se 
montrent  blanchâtres  au-dessus  de  Thaumasia;  il  esta  remarquer  ici  qu'il  y  a 
une  demi-teinte  dans  la  Mer  Australe,  au  sud  de  Thaumasia,  reconnaissable 
surtout  sur  les  dessins  du  capitaine  Molesworth  eu  1896-1897,  ainsi  que  sur  la 
carte  de  Proctor  (1888),  qui  lui  a  donné  le  nom  de  «  Terre  brumeuse  ».  (Voyez 
Tome  1.  p.  'lOI.)  Il  paraîtrait  donc  que  les  blancheurs  en  question  sont  des  préci- 
pitations de  la  vapeur  d'eau  de  l'atmosphère  martienne  sous  forme  de  gelée 
blanche,  sur  une  terre  analogue  aux  autres  lies  australes  qui  blanchissent  pro- 
portionnellement à  l'obliquité  des  rayons  solaires. 

10''0"'.io=  109".  Image  un  peu  mi-illeure.  —  Mêmes  aspects.  On  voit  toujours 
les  Lacs  du  Soleil  et  de  la  Lune,  le  premier  à  peine  perceptible,  diffus  et  large, 
le  second  tout  petit  et  noir  dans  le  voisinage  du  limbe  occidental.  Indépen- 
damment des  détails  vus  jusqu'ici  ce  soir,  on  recminait  maintenant  l'arrivée  de 
la  Mer  des  Sirènes,  émergeant  du  terminateur.  Il  est  à  remarquer  que  le  Golfe 
Aonius  est  absolument  invisible.  Aucune  trace  de  la  Neige  Olympique,  observée 
vers  129°  de  longitude  et  -i-'2\"  de  latitude,  par  M.  Schiaparelli  en  1879. 

Ce  qu'il  y  a  de  plus  remarquable  actuellement,  c'est  que  le  Lac  du  Soleil  est 
très  pâle,  tandis  que  le  Lac  de  la  Lune  est  très  foncé. 

;'0  février.  (i"20"'.  Diamètre  =  12",:i.  w  =  2S".  o  = -f- 8°..5.  Bonne  image,  bien 
que  l'air  soit  agité  de  temps  en  temps.  —  La  calotte  polaire  est  toujours  assez 
('■tendue,  quoique  sa  dimension  dans  \i-  sens  du  méridien  central  soit  un  peu 
réduite  par  suite  de  la  diminution  de  la  latitude  boréale  du  centre.  L'objectivité 
de  la  bande  sombre  enveloppant  ces  neiges  est  douteuse.  Les  îles  de  la  Mer 
l';rytlir('o  sont  blanchâtres;  on  m;  voit  pas  la  forme  particulière  de  chacime  de 
CCS  terres,  mais  bien  une  blancheur  continue,  sans  limites  précises.  La  Baie  du 
Méridien  va  se  coucher  au  limbe  occidental  :  elle  est  bien  sombre.  Le  Golfe  des 


OHSKI!  V  A  TolItE  UV.  .IIVISV, 


ii9 


l'erles,  beaucoup  plus  i);Ue.  offre  en  petit  le  cuntoiir  do  la  Ciraiule  Syrte 
Aroniatum  l'ronioutoriuui  parait  quelque  peu  ëuioussé.  Le  (lolfe  de  l'Aurore 
n'est  jias  très  sombre.  <Mi  voil|  plusieurs  canaux  mettre  en  communication  ces 
mers  du    Sud  avec  les   réj^ions  a  maritimes  »   septentrionales  :  Gehon,  mince; 


Fil,-,  iso. 


17  février  18119.  8'-0'" 


Fig.   2SI.   —   17  février,  gi"  S^".  .\spcct 
peiuiaut  une  >eC"'n.le. 


Fig.  3SJ.  —  20  février,  (j'  ,'0".  Fig.  2,S3,  —  21  février,  Oi'iâ" 

Vues  tklescopiquks  ue  M.\rs  PRijiEi;  a  l'Observatoire  de  Juvi.sy. 


I"dus.  large  et  diffus:  llydaspes.  le  plus  évident  de  tous;  entîu  .lamuua  et 
Nilokeras,  plus  vagues.  Les  quatre  derniers  aboutissent  au  Lacus  Niliacus, 
qui  est  très  nettement  sépare  de  La  sombre  >L'r  Acidalienne  par  le  Pont  d'Achille 
(r!£7-282i. 

7''0"'.  o)  =  38".  —  Les  détails  sont  moins  faciles  qu'il  y  a  une  demi-heure. 
Cependant  on  voit  un  peu  mieux  la  forme  recourbée  de  Deucalionis  Regio,  séparée 
F.,  IL  29 


450  lA   ri.ANKTE   MARS.  \»99 

de  'riiyiniaiiiata  par  la  traiiiéo  pnnalifonne  bien  coanue.  Indus,  Hydaspes,  Janiuna 
et  NihiUeras  se  voient  toujours;  mais  Gehou  a  disparu,  [^e  Lac  Niliaeus  est  assez 
foncé,  la  Mer  Acidalienne  l'est  encore  davantage.  Le  Pont  d'Achille  est  tout  aussi 
brillant  que  n'importe  quelle  partie  «  continentale  »  de  la  planète;  largeur  du 
0  pont  "  estimée  à  "2"  environ.  La  forme  de  la  Mer  Acidalienne  est  celle  d'un 
parallélogramme,  avec  appendice  à  droite  (Tana'i's).  Ûii  n'y  voit  pas  Sclieria 
Insula  (I88I-18S2),  la  noirceur  de  cette  région  étant  sensiblement  uniforme. 

24  février,  0'M5"'.  Diamètre  =  1 1",8.  (o  =  42".  9  =  ^-  8", G.  Mauvaise  image.  — 
Aspects  analogues  à  ceux  du  20  février  :  Baie  du  Méridien  sombre  à  gaiTche; 
Golfes  des  Perles  et  de  l'Aurore  plus  pâles  au  centre  et  à  droite.  Hydaspes  ne  se 
voit  guère,  bien  que  Indus.  Jamuna,  le  Gange  et  Nilokeras  soient  assez  faciles. 
On  voit  encore  le  canal  Dardanus.  partant  du  Lac  Niliaeus  pour  se  diriger  vers 
rOuest-Nord-Ouest.  Pont  d'Achille  assez  évident;  il  parait  moins  clair  qu'il  y  a 
quatre  jours,  probablement  par  la  vision  indistincte.  La  Mer  Acidalienne  i-essemble 
à  une  cloche,  et  son  intensité  n'est  pas  bien  supérieure  à  celle  du  Sinus  Sabœus 
au  limbe  occidental  ifig.  283). 

10'' 30'".  0)  =  'iT.  Détails  plus  difficiles.  —  Le  Golfe  de  l'Aurore  est  plus  foncé 
que  celui  des  Perles.  Des  canaux  précédents  on  ne  voit  que  l'Indus,  le  Gange  et 
le  Nilokeras,  Le  Lac  de  la  Lune  paraît  plus  foncé  que  le  Lac  Niliaeus.  Achillis 
Pons  facile.  L'aspect  de  la  Mer  Acidalienne  est  très  remarquable. 

H''0'".  10  =  60".  —  Le  disque  ne  montre  que  deux  estompages  confus,  l'un  en 
haut,  l'autre  en  bas,  entre  lesquels  on  croit  apercevoir  un  triangle  aux  cotés  à 
peine  indiqués  :  .laniuna-Gange-Nilokeras  {fig.  284). 

25  février,  9''10"'.  Diamètre  =  M", 7.  w  =  2'r'.9=  -f-8",6.  'Vent  d'est  :  très  mau- 
vaises images.  —  Les  détails  sont  d'une  grande  confusion.  Les  littoraux  de  Thy- 
miamata  et  Chrysé  sont  tout  à  fait  indécis.  Le  Sinus  Sabasus,  le  Golfe  des  Perles 
ainsi  que  celui  de  l'.Vurore  se  confondent  entre  eux  et  avec  les  terres  de  Mare 
Erythrseum.  Mêmes  aspects  de  Mare  Acidalium,  que  l'état  défavorable  de  l'atmo- 
sphère réunit  au  Lacus  Niliaeus.  Le  centre  du  disque  est  traversé  par  l'Indus  et 
i'Hydaspes,  tandis  que  la  .lamuna,  on  ne  peut  plus  vague,  arrive  de  droite  \fig.  285). 

27  février,  6''0"'.  Diamètre  =  11", 5.  w  =  320".  9  =  — 8", 6.  Bonne  image.  —  La 
calotte  polaii'e  boréale  est  assez  étendue.  Hammonis  Cornu  est  presque  au  centre, 
ou  plutôt  un  peu  à  gauche,  ce  qui  correspond  exactement  avec  la  position  théo- 
rique de  l'éiiliéméride  de  M.  Crommelin.  La  Mer  du  Sablier  présente  la  f(jrme 
qui  lui  a  été  donnée  par  M.  Lowell  en  18'.)'i,  c'est-à-dire  auec  un  léger  golfo  » 
iriiiplaceineni  da  iniu-ien  Lac  Mo'iir^.  Gette  mer  est  très  sombre  au  Nord. 
La  Libye  parait  très  éclatante  au  limbe  occidental,  qui,  suit  par  irradiation, 
soit  par  la  noirceur  de  la  Mer  'i'yrrhénienne.  visible  jusqu'au  bord,  forme  une 
proéminence  en  ce  point.  Ilollas,  recouverte  de  vapeurs  précipitées,  est  blan- 
châtre au  Sud.  11  y  a  une  autre  région  insnl.-iire  au  nord-ouest  d'IIellas,  corres- 
pondant à  ^'aonis  Hegio.  Le  Sinus  Sabaïus  est  très  foncé,  particulièrement  vers 
ses  bords,  ce  ([ui  met  en  (Jvidence  la  visibilité  do  la  demi- teinte  Xisuthri  Hegio. 
Deucalionis  Hegio,  ainsi  que  toutes  les  terres  au  Sud,  sont  estompées.  La  Grande 


OBSEUVATOIUE  l)K  .IIVISV. 


451 


Syrte  rayonue  deux  canaux  [lar  sa  pointe  septentrionale  :  le  canal  sombre  dirigé 
vers  la  Bort^osyrtis  et  la  Xilosyrlis,  cette  dernière  aboutissant  à  Coiœ  Palus, 
pour  être  continuée  par  le  premier  segment  du  Nil  (Protonilus).  Les  estompages 
de  la  Boréosyrtis  sont  évidents  au  sud  de  la  calotte  polaire  et  tout  près  du  limbe 
occidental,  taudis  qu'un  estompage  isolé,  situé  vers  O^zt  de  la  longitude  et  de 
-+-  35°^  de  latitude,  parait  répondre  à  IMrce  Fnns  de  M.  Schiaparelli. 


ri<j.  9s'i.  —  -24  ftvrier.  lli'O" 


l'iir.  î^ô.  —  .'ô  février,  y'' 10". 


Fig.  ;'8t;.  —  27  février.  ',''{)'".  Fig.  '287.  —  14  m;ir>,  t)''3U"' 

Vues  telescopiques  de  M.irs  prises  .i  l'Observatoire  pe  Juvi.sy. 


B''30'".  01  =  'ii'".  —  En  plus  des  détails  énumérés  dans  l'observation  précédente, 
on  aperçoit  maintenant  très  bien  Œnotria,  séparant  la  Grande  Syrte  proprement 
dite  de  sa  partie  supérieure  i  Deltoton  Sinusj,  [luis  un  vague  éclaircissement  de 
la  teinte  «  maritime  »  entre  llammonis  Cornu  et  llellas  i»  Solls  Pons  »  de 
M.  Lowelli.  L'Hellespoût  esi,  comme  toujours,  très  foncé.  Le  seul  détail  per- 
ceptible dans  les  demi-teintes  Deucalionis  Hegio  et  Xoachis  est  le  détroit  au  sud 


452  LA   PLANÈTE   MAKS.  189'.» 

de  beucalioiiis  Hegio,  bras  de  mer  recoiiuaissable  déjà  sur  les  dessins  de  W. 
Herschel  et  de  Schrœter  [voir  t.  I,  p.  57,  //y.  iiO,  n'"  16  et  17,  et  p.  76,  fig.  45  et 
46).  llellas  est  plus  blanche  qu'à  Tobservatioii  précédente.  La  forme  fourchue  de 
la  Baie  du  Méridien  n'est  pas  très  marquée,  mais  l'embouchure  triangulaire  de 
l'Euphrate  est  évidente.  Nilosyrtis-Protonilus  portent  trois  lacs  :  Colœ  Palus, 
Lacus  Ismenlus  et  Dirce  Fons,  dont  le  premier  est  le  plus  évident.  Cydonia  parait 
estompée.  Les  canaux  l'hison  et  Oeliou  s'entrevoient  très  difficilement  et  à  de 
rares  intervalles. 

7''Û"'.  (0  =  334".  Magnifique  image.  --  On  voit  incomparablement  mieux  mainte- 
nant le  contour  des  «  mers  ».  Le  littoral  du  Sinus  Sabajus  est  particulièrement 
net,  et  parait  blanc  par  contraste  avec  les  sombres  teintes  avoisinantes  du  golfe. 
Gomme  d'habitude,  la  partie  la  plus  foncée  du  Détroit  Merschel  II  est  la  Baie  du 
Méridien,  dont  le  caractère  fourchu  est  assez  évident.  L'approche  de  la  Mer  Aci- 
dalienne  assombrit  le  limbe  droit  inférieur.  On  voit  vaguement,  mais  comme  de 
simples  traînées  étroites,  Typhonius-Oronte.  Iliddekel,  Gehon,  Pliison,  Euphrate, 
puis,  plus  visibles,  Nilosyrtis  et  Protonilus,  portant  les  lacs  Colœ  Palus,  assez 
net,  Ismenius  Lacus,  plutôt  faible,  et  Dirce  Fons  un  peu  plus  facile  (flg.  286). 

'.l''50"'.  w  —  1G\  Très  mauvaise  image.  —  Les  détailssont  mélangés  en  un  fouillis 
défiant  tout  essai  de  représentation. 

14  mars,  6"3U"'.  t>ianiètre  =  10",  0.  w  =  189°.  '■?  =  -(-  9",  6.  —  La  calotte  polaire  se 
réduit  lentement  et  progressivement.  Les  Mers  des  Sirènes  et  Cimmérienne  sont 
très  vagues  dans  le  haut  du  tlisque  ;  cependant,  on  aperçoit  encore  Titanum  Sinus, 
à  gauche  du  méridien  central  ifig.  287). 

IG  mars,  7"0"'.  Diamètre  =  9",!l.  t»  =  178°.  9  =  -t-  9°,0.  Bonne  image.  —  On  ne 
voit  que  la  calotte  polaire  en  bas,  et  les  Mers  des  Sirènes  et  Cimmérienne,  con- 
fuses en  haut. 

19  avril,  9''28"'.  Diamètre  =  7", 4.  (o  =  25i".  ç  =  -h  14", 6.  Assez  bonne  image.  — 
La  calotte  polaire  boréale  se  réduit  de  jdus  eu  plus;  elle  se  soustend  plus  qu'un 
angle  de  30"  ±.  La  Mer  Cimmérienne  est  à  gauche  ;  la  Grande  Syrte,  très  confuse, 
arrive  de  droite  {fig.  288). 

9''.^8"\  (0  =  2iil'.  —  Les  détails  sont  tout  à  fait  confus. 

27  mai,  10'' 0'".  Diamètre  =  .")",9.  m  =  VÔ7".  o  =  +  20", S.  Mauvaise  image.  —  La 
vue  est  identique  à  la  précédente,  mais  c'est  à  grand'peine  si  l'on  arrive  à  soup- 
çonner l'existence  des  neiges  polaires,  ou  de  la  Grande  Syrte  dans  le  coté  droit  du 
disque. 

30  mai,  9"  \h"\  Diamètre.  =  ,'i",8.  tu  =  217".  9  =  -4-  2P',3.  —  Malgré  l'air  agité  on 
voit  assez  bien  la  calotte  polaire  Nord,  très  réduite  (2j"zh),  puis  la  Mer  Cimmé- 
rienne en  haut,  et  le  Trivium  Charontis  au  centre  et  à  gauche  {fig.  289). 

lO'MV".  (o  =  228".  —  11  ne  reste  plus  que  la  calotte  polaire  do  visible:  encore  est- 
elle  mal  définie,  et  presque  douteuse. 

l"  juin,  9''0"'.  Diamètre  =5'', 7.  w  =  19 i".  0=  +21", 5.  .\ir  agité.  —  La  calotte 
polaire  commence  à  devenir  douteuse.  11  y  a,  une  tache  très  accentuée  et  très 
sombre  au  centre  :  Trivium  Charontis.  La  vision  -indistincte  lui  donne  des  pro- 


OBSERVATOIRK  DE  JIVISV.  453 

portions  colossales.  En  haut,  un  vague  estompai;e  indique  l'emplacement  des 
Mers  des  Sirènes  et  Cininiérienne  {ftg-  290). 

2  juin,  9''20"'.  Diamètre  =  .j",7.  m  —  1S9".  'f,=  —21",".  Mauvaise  iiiiaffe.  -  On 
soupçonne  encore  la  calotte  polaire  Nonl.  Tiiviiim  Charoiilis  et  Mers  supérieures 
comme  hier. 

■17  juin,  9''I9"'.  Diamètre  =5". 3.  w  =  44°.  o  = -+-  23", 7.  lionne  inuii,'e.  —  l'as  do 
calotte  polaire.  Malgré  l'exiguïté  du  dis(|ue  on  distinguo  encore  la  Mer  Acida- 
lienne  et  les  estompages  au  Sud. 

9  juillet,  9''20"'±;.  Diamètre  =  4".9.  w  =  189"  =z.  9  =  — îS^fi.  —  On  voit  que  la 
partie  supérieure  du  disque  est  grisâtre,  à  cause  de  la  présence  de  la  Mer  des 
Sirènes  \ftg.  291  ). 

14  juillet.  9''27"'.  Diamètre  =  4",8.  10  =  143''.  ç  =  -+-  25",8.  —  Même  aspect  que 
le  9. 


19  avril.  30  mai.  1"  juin.  '.1  juillet. 

Fig.  -288-291 .  —  Derniers  dessins  de  M.vrs  en  1899. 


ersion 


23  juillet,  SMS'".   Diamètre   =4",7.  u  =  55"n=.  ç  =  +  26"d=.  —  La  disper 
atmosphérique  fait  un  spectre  de  Mars,  rouge  en  haut,  bleu  en  bas.  Vague  tache 
grise  au  Sud. 

29  juillet,  8"8"'.  Diamètre  =4|.  tu=347'±.  9=  ^2lj°±.  -  Forte  dispersion. 
Estompage  au  Sud. 

30  juillet,  8''  25'".  Diamètre  =  4 1.  m  =  340"  ±.  9  =  -i-  25"  ±.  —  Forte  dispersion. 
—  Estompage  soupçonné  au  Sud. 

On  remarquera  le  manque  de  détails  de  nos  derniers  dessins,  lorsque  la  disque 
de  la  planète  était  inférieur  à  S".  Nous  ne  nous  sommes  jamais  départis  du  prin- 
cipe de  ne  dessiner  que  ce  que  nous  voyions  avec  une  certitude  absolue. 

Discussion  sommaire  des  Observations. 

1"  Diminution  d'étendue  de  l.\  calotte  pol.^ire  «ohéale. 

C'est  le  22  octobre  1S98  que  nous  sommes  arrivés  à  voir,  pour  la  première  fois 
à  cette  opposition,  les  neiges  du  pôle   inférieur,   l/équinoxe  de   printemps  de 


l.A    l'LAXETE   MAKS. 


18011 


1  lir-iiiis|ilière  nùi'il  a  eu  lieu   seize  jours  plus  turii.  Les  neiges  soustendaicnt  au 
(j.'liut  uu  arc  cousiilérable;  puis,  leur  étendue  a  diminué  très  lentement,  à  cause 

lie  la  faible  altitude  du  Soleil  au-dessus  du  pôle 
nord  de  la  planète.  On  pourra  suivre  la  marche  de 
la  fonte  des  neiges  sur  le  dessin  ci-joint  (/(';;,  '.'92). 
ainsi  que  sur  le  Tableau  suivant,  où  -x  est  l'arc 
nréocentrique  soustendu  parla  calotte,  w  la  longi- 
tude du  centre  du  disque  au  inonieiit  de  l'obser- 
\ation,  /(  la  hauteur  du  Soleil  au-dessus  du  pijle 
nord  de  Mars,  et  /  le  nombre  de  jours  si'qjarant 
l'observation  du  solstice  d'été  de  l'hémisphère 
nord. 


Diites. 


II. 


1- 


l.SDS    1 


IS9!) 


2î  octob. 

.     00 

123 

—  3,^2 

214 

jours  avant 

1 1  nov.  . 

.     65 

300 

+  0,7 

I9i 

— 

IS    —  .. 

.     5fi 

"Al 

•2,4 

187 

— 

■:0  déc.  . 

.     4-2 

'200 

8.8 

155 

— 

■21     -  ., 

.      !l1 

■257 

0.0 

154 

— 

oo      

■     '>'i  : 

277 

9.2 

153 

— 

8  janv. . 

.     'r2 

!01 

12.2 

130 

— 

9    -    .. 

.     ÔO* 

Sj 

|-2,5 

135 

— 

':5    —  .. 

.    -.0* 

328 

15,1 

119 

— 

■iS    -  . 

.     « 

•235 

15,6 

116 

— 

•2  fév... 

■1  45 

257 

16.3 

111 

— 

'i    —   . . 

.     40 

2*25 

10.6 

109 

— 

Il)    —  .. 

.     41 

I'.I4 

17.5 

93 

— 

17    -   . 

.     4^2 

04 

18.4 

96 

— 

■20    -   .. 

.     48* 

32 

18,8 

93 

— 

•2'i    -  .. 

.     4'2 

4^> 

19. 'i 

89 

— 

Tù    —  .. 

.     40 

24 

19,5 

88 

— 

•27    ^  .. 

.     40 

3-27 

19.7 

80 

— 

11    IM.'U^S. 

.     35 

|S;) 

21,4 

71 

— 

lô     —     . 

.     .30 

178 

21,0 

69 

— 

l'.i  avril. 

.     30 

'203 

24,3 

35 

— 

30  mai.. 

.     25 

■217 

^-  •25,2 

6 

jours  après 

*   Valeurs  iirolialilemeiit  ixagèrées  par  1  irradiation. 

Ainsi,    peuilaut   les  sept    mois  de  sa  visibilité, 

la    calotte    polaire    a    progressivement   diminué 

d'étendue  au  point  de  n'avoir,  à  la  lin  dos  obser- 
Kig.  'IIVÎ.  —  DimiinUiou  d'i-teiulue 
de    la   calotte   pnlaire  bm-éali;    vations,  qut!  le  sixième  de  la  stirface  qu'elle  occti- 

paît   au  début.    11    convient  d  ajouter   ici    que    le 

bord  de  cette  calotte  s'est  totijours  montré  (hjioitrvu  d'irrégularités,  forin;uit  un 

arc  de  petit  cercle  sensiblement  centré  au  pôle. 


OBSEnVATOIHK  D  K   .lUVISY.  455 

2"  EsQuissi-;  TOPOr,iiArnii,irE  uk  la  planète  kn   1898-1899. 

XOLVEAI.X    CHANr.KMKNTS. 

(a)  lU'ijion  du  Sinus  Sabwus.  w  =  310"  b.  I.j".  La  pointe  fourchue  iK;  la  Haie 
du  Méridien  ne  s'est  pas  montrée  nettement  pendant  cette  opposition.  La  bande 
du  Sinus  Sabœus  a  été  d'un  gris  à  peu  près  uniforme  (/iy.  i'ti  t;  les  h(jnnes  iniagcs 
du  ÎT  février  nous  permirent  de  voir  très  bien  Xisuthri  Retrio  ifig.  -ifid).  La  Haie 
triangulaire  de  l'Euplirate  s'est  montrée,  comme  d'Iiabilude.  assez  l'oiic('o.  Tout 
le  littoral  d'Aéria  et  d'Edom  était  blanc  par  i-ontraste,  sans  doute,  avec  le  ton 
sombre  du  Sinus  Saba'us. 

Le  système  de  canaux  des  régions  continentales,  au  nord  du  Sinus,  n'a  été  vu 
d'une  manière  satisfaisante  que  le  27  février. 

Le  -25  janvier,  nous  avons  pu  reconnaître  Sirbonis  Palus  ;l  l'intersection  des 
canaux  Typhonius  et  Oronte.  Ismenius  Lacus  était  à  peine  indiqué;  Dirce  Kons 
un  peu  plus  évidente. 

Aucune  dilïérence  de  teinte  entre  Ni>achis  et  le  fond  de  la  Mer  Erythrée  : 
toute  cette  région  était  simplement  estompée. 

ibl  Margaritifcr  Sinus.  Auroru'  Sinus,  Marc  AcidaUuni.  o  =  l,','  à  iiû".  Rien 
de  remarquable  dans  les  Golfes  des  Perles  et  de  l'Aurore,  les  demi-teintes  qu'ils 
contiennent  étant  invisibles.  Des  canaux  sillonnant  Chrysé,  l'Hydaspes  nous  a 
paru  le  plus  large  et  le  plus  sombre,  son  aspect  rappelant  les  dessins  de  Secchi, 
eu  1858  l'i.  Le  LaoXiliacus  était  très  nettement  séparé  de  la  Mer  Acidalienne  par 
le  Pont  d'Achille.  La  Mer  Acidalienne  était  encore  la  région  la  plus  foncée  de 
toute  la  planète,  il  est  vrai,  mais  son  intensité  nous  a  paru  moins  accentuée 
qu'eu  IS'.Mi,  bien  iiu'à  celte  époque  nous  la  voyions  à  travers  une  diffusion  lumi- 
neuse plus  considérable.  La  forme  générale  était  celle  d'une  cloche. 

(c)  SoUs  Lacus.  w  =  fiO"  à  P20".  —  Ce  lac  s'est  montré  très  pâle  en  1898-189'.!. 
Le  contour  d'Aurea  (.'herso  était  aussi  très  vague,  de  sorte  que  l'on  ne  saurait 
dire  si  cette  péninsule  présentait  l'aspect  de  ISt'il  à  1877  ou  bien  celui  de  189^-1896. 
Mais  ce  qui  est  certain,  c'est  qu'Aonius  Sinus  était  excessivement  pâle,  n'ofïrant 
guère  sa  pointe  noire  classique  de  1877.  vers  l'embouchure  du  Phasis.  Tithonius 
Lacus  a  été  vu  comme  une  mer  intérieure  sans  communication  avec  les  golfes 
adjacents.  Le  Lac  de  la  Lune  était  le  ]dus  foncé  et  le  mieux  accusé  de  tous  les 
estompages  de  cette  région.  Ceraunins  n'offrait  l'aspect  que  d'une  ombre  excessi- 
vement dilTu.se,  tandis  que  Palus  M;eotis    nous  a  presque  échappé. 

id]  Mare  Sirenuin.  w  =  \-iO"  à  I8U°.  —  Rien  de  particulier  en  ces  régions. 
Sous  la  faible  altitude  du  Soleil,  les  précipitations  delà  vapeur  d'eau  i  sous  forme 
de  gelée  blanche  très  probablement  i  étaient  très  remarquables  sur  Phaéthontis, 
que  nous  avons  trouvée  icivari:ibloment  blauidie  cette  année.  Les  deux  Atlantis 
se  confondaient  en  un  point  unique  diffus. 

Le  pays  au  nord  de  la  Mer  des  Sirènes  était  presque  complètement  dépourvu 

(■)  L;i  ptaneleMary.  l.  I,  p.  138. 


',56  LA    PLANETE   MA  US.  1899 

(le  détails,  los  canaux  (le  Gorgcjii,  ou  i)eLit-('>ti'tî  '<  Arduenua  »  de  M.  Lowell.  Tar- 
tarus  et  <  ircus  venant  seuls  tiMjubler  la  monotonie  de  ces  déserts  jaunes,  .\ucune 
trace  de  N"is  (Jlympica.  Propontis  était  assez  difficile  à  bien  reconnaître. 

(e)  Mnre  Citnmerium  et  Triviinn  Charonlis.  w  =  ISO"  à  '250°.  —  Ha  Mer  Cim- 
niérienne  s'est  montrée  assez  sombre  en  1898-1899,  mais  n'a  pas  présenté  de  traces 
de  gémination.  La  Mer  Tyrrhénienne  était  parfois  plus  foncée  au  bord  du  disque 
([u'au  centre.  Ilesperia  plutôt  confuse.  Comme  toujours,  Elysium  s'est  montré 
plus  clair  (jue  les  régions  avoisinantes,  surtout  vers  le  Tri\  iuiii  Charontis,  au 
point  marqué  B  sur  notre  Carte.  Nous  ne  sommes  pas  arrivés  à  distinguer  la 
forme  triangulaire  du  Trivium  Charontis,  signalée  par  M.  Stanley  Williams.  Ce 
qu'il  y  a  eu  de  curieux  dans  ce  lac.  c'était  sa  visibilité  sur  un  disque  de  5".  7  de 
diamètre  angulaire.  Le  Styx  a  offert  des  traces  de  gémination  le  i  février. 

Un  des  traits  caractéristiques  de  cette  oiiposition  a  été  l'estompage  recouvrant 
tout  le  pays  au  nonl  d'Elysium.  depuis  l'Hadès  jusqu'à  la  Boréosyrti.s,  par-dessus 
l'hlegra,  (.'ebrenia  et  .Etheria.  Il  est  possible  que  la  proximité  de  la  surface  claire 
d'Elysium,  agissant  de  concert  avec  celle  de  l'éclatante  calotte  polaire  inférieure, 
ait  produit  un  effet  subjectif  de  cet  ordre.  Mais  si  le  phénomène  était  réel,  et 
non  un  simple  effet  de  contraste,  nous  aurions  affaire  à  un  changement  subor- 
donné à  la  fonte  des  neiges  polaires. 

(/')  Syrlis  Major,  oj  =250"  à  310".  —  Les  deux  ponts  («  Solis  »  et  «  Lunœ  ») 
dessinés  par  M.  Lowell  en  1^94  ont  été  assez  faciles  à  reconnaître,  le  dernier 
surtout.  Il  en  a  été  de  même  d'fEnutria,  bien  visible  dans  la  SyrtisMajor.  Aucini 
changement  notable  ne  s'est  produit  dans  !a  Mer  du  Sablier  depuis  1897,  où  le 
Lac  Mœris  ne  figurait  que  comme  une  simple  liaie,  avec  une  Libye  brillante. 
Seulement,  le  canal  Nilosyrtis  et  la  grande  bande  unissant  l'embouchuro  de 
l'ancien  Astapus  à  la  Boréosyrtis  |  canal  marqué  H  sur  notre  Carte  de  18911-1897  (') 
et  16  sur  la  Carte  ci-jointe],  renfermant  un  espace  triangulaire  estompé,  complé- 
taient la  forme  en  sablier  de  la  grande  mer,  en  lui  restituant  sou  triangle  infé- 
rieur. IL'itons-nous  d'ajouter  cependant  i|ue,  le  triangle  septentrional  étant 
incomparablement  moins  foncé  que  le  méridional,  cet  aspect  en  sablier  de  la 
Grande  Syrte  n'était  pas  très  frappant,  surtout  à  un  examen  superficiel  de  cette 
région. 

Ija  Nilosyrtis  aboutissait  nettement  au  Coite  Palus.  En  IS'.IIJ,  ^L  Théodore-E.- 
U.  Phillips,  de  Yeovil,  l'un  des  meilleurs  observateurs  de  l'autre  ci'ité  de  la 
Manche,  avait  signalé  la  formation  d'un  lac  considérable  sur  la  Boréosyrtis. 
Nous  n'avons  pas  pu  confirmer  l'existence  do  cet  estompage  h  cette  épo(iue.  Or, 
le  21  (li'cembre  1896,  nos  observations  constatent,  en  effet,  la  présence  d'une 
vaste  tache  grise  recouvrant  toute  la  région  connue  sous  le  nom  d'I'topia,  ainsi 
([u'une  partie  d'L'chronia  :  une  grande  étendue  continentale  parait  s'être 
transformée  en  région  «  maritime  ».  et  il  est  probable  que  la  transformation  a 

(')  Li?  î'i  d(''ceinhre,  j'(iuus  à  Paris,  et  l'observateur,  M.  Antoniadi,  me  signalait  de 
JuviSy,  sur  deii.'c  dessins  pris  à  V'Mt"'  et  à  9''45",  la  présence  d'un  lac  assez  foncé 
situé  au  point  X"  de  la  Carie,  pai-  270"  et  5I'. 


OBSERVATOIRK  DK  JUVISï.  457 

été  subordonnée  à  la  fonte  des  neiges  polaires.  En  même  temps,  la  BordosjTtis 
était  tellement  sombre,  que  la  difFiision  lumineuse  atmosphérique  ne  l'oblitérait 
pas  sensiblement,  même  dans  le  cas  où  la  rotation  l'amenait  au  bord  de  la 
planète  {ftij.  v'TT). 

3°  Les  terres  Qut  BLANC.HrssicNr  .vvec.  i/oni.iQi'rrÉ  des  rayons  solaires. 

Ce  mystérieux  phénomène  a  été  bien  observé  et  à  plusieurs  re|)rises  différentes. 
Le  Tableau  suivant  doiuio  les  principales  de  nos  observations  ayant  trait  à  cet 
ordre  d'apparences  : 

Dates.  Blancheur  au  bord. 

1(^98    11  novembre...  Hellas  blanchâtre  a\i  limbe  supérieur. 

—  18  —         ...  Eridania  d'un  blanc  pâle  au  limbe  supérieur. 

—  20  décembre  ...  Hellas  blanche  au  limbe  austral. 

•       —  20  —  .   .  Aeria-Edom  blanchâtres  au  limbe  oriental. 

—  21  —  ...  Hellas  blanche  au  limbe  austral. 

—  21  —  ...  Aeria-Kdom  blanches  au  limbe  oriental. 

—  -2  —  ...  Hellas  blanchâtre  en  haut. 

18y9      8  janvier Phaélhonlis  brillante  au  iiord,  au-dessus  de  la 

Mer  des  Sirènes. 

—  25      —      Hellas  blanchâtre  au  bord  occidental. 

—  1b      —      Libya-^thiopis  très  blanches  au  bord  gauche. 

—  25      —       Argyre  et  Pyrrbœ-Regio  d'un  blanc  brillant  au 

bord  oriental  supérieur. 

—  '28      —      Eridania  blanche-bleuâtre  au  bord  supérieur. 

—  4  lévrier Eridania-Ausonia  blanchâtres  dans  le  haut   du 

disque. 

—  10      —      Electris  blanchâtre  au  limbe  supérieur. 

—  17      —      Demi-ieinle  au  sud  de  Thaumasia  (ci  Mist  Land  1), 

Procter,  1888),  blanche  au  bord  supérieur. 

—  20      —      Argyre  brillante  dans  le  haut  du  disque. 

—  27      —      Hellas  blanche  en  haut  et  à  gauche. 

—  27      —      Libya-.î;thiopis  brillantes  au   bord   occidental, 

paraissant  ressortir  du  disque  par  irradiation. 

Quant  à  l'explication  de  ces  as])ects,  nous  inclinons  fortement  vers  l'hypothèse 
de  ilathieu  Williams  i, '),  qui  y  voyait  des  précipitations  de  la  vapeur  d'eau  de 
l'atmosphère  de  Mars  sous  forme  de  gelée  blanche.  C'est  ce  qu'il  y  a  de  plus 
simple.  Mais...  c'est  peut-être  autre  chose. 

4°  Transparence  r>E  i.'\tmosphère  martienne. 

Le  ^25  janvier  1899,  nous  constatâmes  que  la  Mer  Tyrrhénienne  se  montrait 
noire  jusqu'au  bord  du  disque,  observation  que  nous  avons  pu  confirmer  plu- 
sieurs fois  plus  tard,  entre  autres  le  27  février (uoir/î;y.  274  et  28fii.  La  Boréosyrtis 
a  aussi  très  souvent  présenté  des  phénomènes  semblables.  Mais,  en  nous  appre- 
nant que  le  pouvoir  lumineux  diffusif  de  l'atmosphère  de  Mars  peut  devenir  très 

(')  Voir  plus  haut,  p.  161 . 


458 


LA  PLANÈTE   MARS. 


1899 


faible,  ou  presque  zéro,  des  observations  de  ce  genre  nous  montrent  cette  enve- 
loiipe  aérienne  comme  étant  presque  entièrement  gazeuse,  sans  particules 
solides  ou  liquides  en  suspension.  Sur  Mars,  le  ciel  doit  donc  paraître  à  peuprès 
noir,  ce  qui  doit  permettre  aux  habitants  de  cette  planète  de  voir  les  étoiles 
l'u  plein  jour. 


Légende  explicative 

de  la  Carte 

I.  —  Principales 

C 

IIelles]iontus. 

111 

—Taches  BLANCHES. 

l'2 

Letlies    ou   Ainen- 

RÉGIONS  JAUNES. 

D 

Mare  Tyrrbenum 

thes. 

E 

Syrtis  Parva. 

a 

Calotte  polaire  bo- 

13 

Nepentliès. 

A     llellas. 

F 

Mare  Cimnierium. 

réale,  limitée  au 

14- 

Boréosyrtis. 

lî     Ausonia. 

G 

Mare   Sirenum,  et 

S.  par    la  bande 

li- 

Heliconius? 

C      OEiiotria. 

0  Titanum  Sinus. 

somlu'e  ;t. 

Ifi 

Grand     Canal     de 

D     Ueiicalionis  Regio. 

II 

.\onius  Sinus. 

? 

Tacheblanciicvers 

IS91. 

E     Groupe    ùe   tlemi- 
teinte.s   du   Mare 

1- 

Solis  Lacus. 

rextrémitê  orirn- 

17 

Nilosyrtis. 

K 

Aurorœ  Sinus. 

taie  (gauche)  d'E- 

18 

.^sclepius 

Erytlira?uni. 

L 

Mari-^aritifer  Sinus. 

lysium. 

l'.l 

Phison. 

!'■     Tliaumasia  Fœlix. 

M 

Mare    Hadriacuin. 

Y 

Bordure     blanche 

2U 

Euplirates. 

(i      Plicetontis. 

N 

Mare  Acidalium. 

subjective  du  Si- 

21 

Typhonius. 

II     Atlantis  let  ir. 

0 

Niliacus  Lacu.s. 

nus  Sab;eus. 

.^■> 

Orontes. 

I       IIe.^|»eria. 

p- 

Luna?  Lacus. 

0 

.•\rgyre,irpséclaiann-. 

23 

«  Sitacus  ». 

K     Eridauia. 

Q 

Tithonius  Lacus. 

•24 

Hiddekel. 

L      Libya. 

R 

Sirbonis   Palus. 

IV.  —  Canaux. 

2J 

Gehon 

M     Elysiuni. 

S 

Iiirce  Fons. 

26 

Protonilus. 

,N-    Phlegra. 
(»'    Cebrenia. 

T 

Ismenius  Lacus. 

1 

La-'strygon. 

27 

Indus. 

V 

Colœ  Palus. 

O 

Ilades. 

28 

Hydaspes. 

P-    .Etheria. 

V 

'  Nouveau    "  Lac   >' 

3 

Orcus. 

29 

Jamuna. 

(j-    Neith  Regio. 

sur  Utopia. 

4 

Tartarus. 

30 

Njlolieras. 

K     Achilis  Pyns. 

X 

Trivium     Charon- 

C.crberus. 

31 

Dardanus. 

S      1'  Luoce  Pons  ". 

tis. 

t) 

Cyclops. 

32 

Ganges  |    iioiibies 

Y 

Proponlis. 

7 

Styx. 

33 

Nilus        (ntévr.  1899 

II  .  —  RÈGIO.NS  IJRISEs. 

Z 

Ceraunius. 

8 

.Ksacus. 
Hyblœus. 

34 

Gorgon    ou   »   Ar- 
duenna»,double'.''.' 

.A     Syrtis  Major. 

m 

Kunostos. 

35 

Callirrhoë. 

/;     Sinus  Sab.L'US. 

ir 

.lUliiops  ? 

3R 

Tanais. 

Xo-n.  _   l'q    asléris(|ue  C)  attache   aux  lettres  de  la  Carte  indique  un  changement   probable, 
deux  astérisques  ("i  un  changement  certain  .survenu  a  la  surface  de  la  planète. 

5°  Les   i:.\n'aU-\. 

Le  nombre  de  ces  lignes  observées  en  1S'.I8-I8'.I'.I  à  Juvisy  a  été  de  36.  La  plu- 
part de  celles-ci  étaient  larges  et  diffuses.  Les  plus  faciles  à  voir  ont  été  la 
grande  bande  île  la  Boréosyrtis,  le  Cerbère  et  le  Styx.  Le  -20  janvier,  nous  assis- 
tâmes à  un  phénomène  qui  nous  a  donné  une  impression  de  subjectivité  dans  la 
visibilité  de  ces  lignes,  lorsque,  après  une  longue  observation  des  régions 
continentales  au  nord  du  Sinus  Sabanis,  oit  l'on  ne  distinguait  aucun  détail,  la 
Haie  du  Méridien  est  suliitenuuit  devenue  le  point  d'émanation  de  trois  lignes 
droites  («  Sitacus  .,  Hiddekel  et  (lehon).  ipii  n'ont  dure  qu'un  instant  et  auraient 
pu  être  considérées  comme  illusoires. 

(Ju(!lques-uiis  des  canaux  vus  pai-  nous  m,'  correspondent  pas  exactement  eu 
position  avec  ceux  des  Cartes  de  MNL  Schiaparelli  et  Lowcll.  Ainsi,  à  gauche  du 
lac  de  la  Boréosyrtis,  on  voyait,  vers  .M)"  fle  latitude  boréale,  une  large  bande, 
dirigée  vers  l'Est-Sud-Est,  qui.  certes,  n'était  ]ias  )Felicoiiius-.\iiiau.  Ensuite,  la 
]iointc  suivante  de  la  Mer  Ciinmérienne  riait  directement  réunie  à  la  Boréosyrtis 


4(50  LA  PLANÈTE  MARS.  189'.l 

par  une  ligne  qui  ne  paraît  pas  être  .Ethiops,  dirigé  sur  les  Cartes  de 
M.  ricliiaparelli  suivant  le  240°  degré  de  longitude.  iEsacus  aussi  ne  parait 
pas  suivre  le  cours  tracé  par  l'astronome  de  Milan.  Par  contre,  le  grand  canal 
unissant  la  pointe  de  la  Grande  Syrte  à  la  Boréosyrtis  n'a  pas  présenté  de  chan- 
gement depuis  l'opposition  de  189G. 

Nous  avons  réuni  sur  la  Carte  ci-dessus  (fig.  293)  l'ensemble  de  nos  obser- 
vations faites  pendant  cette  opposition.  Ces  observations,  réimprimées  ici, 
ont  (l'abord  été  puliliées  au  Bulklia  de  la  Société  astronomique  de  France. 
Nous  avons  également  publié  au.x  Astronomische  Nachricliten  une  comninni- 
cation  spéciale,  mais  elle  ferait  double  emploi  ici. 

M.  Léo  Brenner,  Directeur  de  l'Observatoire  de  Lussinpiccolo.  en  Istrie, 
écrit  que  la  plupart  des  points  nouveau.x  signalés  dans  notre  Carte,  notam- 
ment le  lac  y*,  le  canal  11*  et  le  canal  1.S',  ont  été  découverts  par  lui  en 
1896.  11  ajoute  qu'il  a  vu,  en  1898-1899,  le  Lac  du  Soleil  très  net,  et  que  le 
Cerbère  et  le  Styx  se  sont  montrés  a  lui  plus  foncés  que  le  reste  du  contour 
de  l'Elysium. 

CCXLV.  —  C'ERULLi.  —  Observations  f.mtes  a  l'Observatoire 
DE  Teramo  (')• 

L'auteur,  dont  nous  avons  déjà  exposé  plus  liant  (p.  313-326)  les  impor- 
tantes observations  de  1896,  commence  son  intéressant  Mémoire  par  le 
dilemme  suivant  : 

Deu.x  hypotlièses  peuvent  être  faites  sur  les  taches  de  Mars  et  sur  les  phé- 
nomènes qu'elles  présentent.  Ou  nous  supposons  que  nous  voyons  les  choses 
telles  qu'elles  existent  sur  la  planète,  nu  nous  admettons  que  les  réalités 
sont  inaccessibles  à  nos  instruments  et  n'apercevons  que  des  amas  optiques  qui 
diffèrent  selon  le  degré  de  la  vision.  La  première  de  ces  interprétations  peut 
être  appelée  l'hypothèse  piiysique,  et  c'est  celle  que  l'on  adoiite  généralement. 
La  seconde,  que  l'on  peut  appeler  l'hypothèse  optique,  a  été  énoncée  par  moi  il 
y  a  deux  ans  et  sera  présentée  sous  une  forme  plus  complète  dans  le  présent 
écrit.  Le  télescope  actuel  appliqué  à  l'étude  de  Mars  est  comme  un  œil  qui  voit 
peu.  Lorsque  j'observe  une  tache  sur  Mars,  j,e  me  demande  si  c'est  là  une 
formation  distincte,  délinie,  séparée  des  voisines,  ou  s'il  ne  s'agit  plutôt  d'une 
sensation  complexe  de  l'œil  donnant  l'impression  d'une  individualité  apparente. 
Les  aspects  changent  suivant  les  observations.  lis  ne  sont  donc  pas  réels. 

Nous  pouvons  être  tout  à  fait  de  l'avis  de  M.  Corulli  lorsqu'il  dit  que  nous 
ne  distinguons  pas  bien  la  réalité.  C'est  incontestable,  et  nul  observateur, 

(')  Nuove  ossei-vazioni  di  Marte  (1898-1899),  .S';i;/yio  di  una  iiiti'rprelazione  otticu 
délie  scnsnziom  areoscopirlie.  Colhu-ania.  19(M). 


CEKULl.l.   —  OliSKHVATIONS    KAITKS    A   Tl-HAMO.  ii;l 

croyons-nous,  n'a  jamais  prutondu  le  contraii-e.  Mais  entre  ne  pas  voir 
exactement  les  choses  et  supposer  que  tout  ce  que  l'on  voit  est  faux  et  men- 
songer, il  y  a  quelque  différence.  L'hypothèse  optique  est  hoiine,  et  même 
fort  utile,  l'équatiou  personnelle  de  cha(]ue  observateur  JDue  un  rôle  consi- 
dérable; mais  rhypolhése  physique  ne  doit  pas  être  éliminée. 

Le  savant  astronome  italien  a  observé  comme  moi,  conuiK;  tous  les 
observateurs  de  Mars,  la  variation  d'étendue  des  calottes  polaires.  Qùk  ce 
soit  là  un  précipite  chimique  doul  la  surfaire  est  j)lus  grande  en  hiver 
qu'en  été,  c'est  ce  dont  il  est  assurément  difficile  de  douter.  Est-ce  de  la 
neige  d'eau?  Est-ce  de  la  neige  d'acide  carbonique?  Est-ce  autre  chose? 
Nous  l'ignorons  encore.  Mais  ce  que  nous  n'ignorons  pas,  c'est  sa  variation 
réelle  d'étendue,  c'est  la  relation  de  cette  variation  avec  les  saisons  et  la 
température.  Or,  le  savant  astronome  de  CoUurania  écrit  que.  ■<  dans  la 
théorie  optique,  les  calottes  polaires  sont  des  amas  clairs  dans  le  genre 
de  ceux  que  nous  voyons  à  l'œil  nu  sur  la  Lune  autour  du  cirque  de 
Tycho  11  (p.  93).  Il  me  semble  que  l'obliquité  de  l'illumination  solaire  et  la 
perspective  ne  peuvent  pas  suffire  à  rendre  compte  des  variations  ofiservées, 
dont  \p.  grande  majorité  est  en  relation  évidente  avec  les  saisons. 

Dans  la  Science  comme  dans  la  politique  et  comme  dans  tous  les  juge- 
ments humains,  il  n'est  peut-être  pas  prudent  de  poser  des  dilemmes  et 
d'affirmer  d'un  ton  absolu.  Il  y  a  quelques  années,  un  célèbre  politicien 
français  déclarait  que  la  Révolution  était  «  un  bloc  »,  qu'il  faut  l'accepter 
tout  entière  et  ne  discuter  aucun  détail.  Cette  théorie  du  bloc  a  fait  sourire 
plus  d'un  penseur:  elle  a  disparu  comme  les  modes  de  l'année,  et  récem- 
ment, à  l'inauguration  de  la  statue  de  Lavoisier,  un  autre  républicain' 
(actuellement  ministre  de  l'Instruction  publique)  a  bien  voulu  reconnaître 
(ce  dont  tout  le  monde  était  convaincu  depuis  un  siècle)  que  l'exécution  de 
Lavoisier  a  été  un  crime.  Il  n'y  a  ni  blanc  ni  noir  dans  la  natiu-e  :  il  n'y  a 
que  des  tons  et  des  nuances. 

Il  y  a  sûrement  des  neiges  polaires  sur  Mars,  i]uelle  (jue  soit  d'ailleurs 
leur  nature  chimique;  il  y  a  sûrement  des  variations  dans  les  contours 
des  taches  (par  exemple  la  rive  gauche  de  la  Mer  du  Sablier,  la  Baie  du 
Méridien,  le  Lac  du  Soleil,  etc.).  Ces  variations  ne  sont  pas  imaginaires. 

La  description  des  phénomènes  observés  par  M.  GeruUi  commence  par  les 
aspects  de  la  «  Région  Erythrée  ».  Nous  reproduisons  plus  loin  (fi<j.  i'JA)  la 
Carte  di-essée  par  lui-même  d'après  l'ensemble  de  ses  uljservations  :  il  est 
facile  de  suivre  ses  descriptions  sur  cette  Carte.  L'Erythrée  se  trouve  entre 
les  méridiens  320°  et  20". 

A  ma  grande  sin-prise,  écrit-il,  revoyant  iiour  la  première  fois  lErytlirée,  le 


/,C,o  LA   l'I.ANÊTE   MARS.  1899 

:il  aoiH  IS'.iS,  je  la  trouvai  la  plus  foncée  des  régions  boréales,  et  il  me  sembla 
que  11!  nom  de  mer  pouvait  de  nouveau  lui  convenir.  En  novembre,  elle  était 
encore  plus  sombre. 

l'ne  traînée  droite,  de  1°  h  5°  de  largeur  et  i.ie  ^lO"  de  longueur,  latraverse  de 
riOst  à  l'Ouest.  C'est  là.  une  énigme  fantastique  pour  l'hypothèse  physique  ('). 
VAlc  suit  le  trentième  degré  de  latitude  depuis  la  région  Tyrrhénienne  jusqu'au 
l>ac  du  Soleil.  Sur  le  planisphère,  elle  s'appelle  Nectar,  Nouveau  Nectar,  Deuca- 
lion  et  Africum.  On  voit  là,  de  plus,  cinq,  si.'c  et  sept  canaux.  Argyre  parut  très 
blanche.  Toute  cette  région  était  miou.x  visible  qu'en  18011,  le  pôle  supérieur  ou 
austral  étant  plus  abaissé  vers  nous  d'environ  lu". 

JMi  décembre,  le  diamètre  de  la  planète  arrivant  à  13",  le  Sinus  Sabœus  présenta 
la  forme  curviligne  déjà  signalée  par  Maîdler  en  1830.  Sa  transformation  prouva 
que  ce  sont  là  des  embryons  optiques  et  non  des  taches  physiquement  définies. 

On  remari|uait  là  trois  endroits  plus  sombres  :  Aryn,  bouche  de  l'Euphrate  et 
lac  d'Yao.  Ce  dernier  n'a  pas  paru  ovale  comme  en  1800,  mais  parfois  circulaire 
et  ordinairement  de  profil  incertain.  D'autres  différences  dans  la  distribution  des 
tons  ont  été  remarquées.  I-a  plus  importante  sensation  de  ce  genre  a  été  celle  du 
17  décembre.  En  un  moment  de  pénétration  extraordinaire,  cette  nuit,  le  Sinus 
Sabseus  a  paru  se  résoudre  en  une  série  de  petites  faillies  cunéiformes,  comme  les 
dents  d'iine  scie.  C'était  une  multiiilicatiou  sporadique  de  l'aspect  d'Aryn  et  du 
Golfe  des  Perles,  et  l'on  devinait  qu'il  n'y  avait  encore  là  que  des  formes  optiques 
transitoires  et  non  des  taches  réelles. 

Le  7  septembre,  le  Phison  s'est  montri'  plus  gros  que  d'habitude,  se  raccordant 
avec  le  Sabœus,  et  constituant  ensemble,  au  milieu  du  disque  (longitude  centrale 
étant  l.iiO")  un  grand  arc  éidtémère  qui  ne  dura  que  quelques  minutes.  Le  ÎO  fé- 
vrier (longitude  du  centre  étant  :iO0°),  le  .Sab.'fus.  se  raccordant  avec  le  Neudro, 
montra  également  un  are  éphémère  entre  le  lac  d'Yao  et  la  base  d'Argyre.  Ces 
sensations  étaient  manifestement  produites  par  l'imperfection  de  la  vue.  et  elles 
s'évanouirent  par  une  atmosphère  plus  calme,  (m  ne  pourrait  en  dire  autant  du 
rai-c'>ril  que  le  planisphère  montre  entre  le  Saba^us  et  ITonius,  Cet  aspect  dura 
toute  la  soirée  du  i  mars.  Le  prolongement  du  Sabœus,  d'Ammon  à  Hellas,  doit 
être  la  manifestation  initiale  d'un  système  de  taches. 

La  Baie  du  Mc'ridien,  près  d'Edom,  n'a  pai'u  fourchue  qu'à  ]iartir  du  II  no- 
vembre, le  diamètre  (le  la  planète  étant  '.l",8.  Aryn  paraissait  un  noyau  rond. 
Après  le  dédoublement,  les  deux  cornes  parurent  dans  le  méridien,  comme  en 
189(1.  Le  l."i  novembre,  celle  de  gauche  prolongée  montra  deux  pointes  orientées 
sur  riliddidiel  et  le  Sitacus.  Le  17  décembre,  il  y  en  avait  trois,  la  troisième 
marquant  la  direction  du  Oehon.  L'aspect  d'Aryn  resta  toutefois  avec  sa  forme 
accijutuinée  de  baie  foiu-chue  dans  le  méridien.  Cependant,  le  19  février,  en  le 
r(!Voyant  après  tieux  mois,  uni;  Iransfnrination  inattendue  se  manifesta  dans  ces 
deux  cornes  :  elles  n'étaient  plus  dans  le  méridien,  mais  foriuaient  avec  lui  un 

(')  Très  certainement,  cette  ligne  droite  ii'osl  pas  réelle.  L'œil  de  M,  Cerulli  a  réuni 
là  des  aspects  divers,  et  sa  théorie  est  tout  à  l'ait  applicable  ici. 


CEKLLl.l.   -   OBSi;iiV.\ri(tNS    lAITI-S    A    TKUAMO.  i03 

angle  très  sensihle.  ne  se  dirii^eant  phis  vers  le  (lelion,  niais  se  montrant  ;ï  peu 
près  parallèles  aux  cornes  de  Mariraritifer  Sinus. 

J'ai  essayé  de  ti-adiiire  aussi  exactenieiil  iine  possible,  Uuil  en  les  résu- 
mant, les  descriptions  de  M.  CeruUi.  atin  ijue  l'on  sente  bien  tout  le  soin 
<[ne  l'auteur  a  mis  à  analyser  li>s  muimlres  didails  de  la  surface  de  la 
planète  et  à  se  rendre  compte  de  leur  natur'^.  Sa  description  se  continue 
pour  tout  l'ensemble  du  globe  martien  comme  pour  la  r6,i,'ion  précédente. 
Cet  ensemble  est  représenté  sur  le  planisphère  aréographique  reproduit  ici 
■l\g.  294). 

L'inspection  de  ce  planisphère  montre  que  M.  Cerulli  n'est  pas  affranchi 
d'une  équation  pei-sonnelle,  pas  plus  que  les  autres  astronomes,  et  elle  est 
même  assez  marquée.  Chacun  de  nous  a  vraiment  sa  façon  de  voir,  au 
physic^ue  comme  au  moral,  comme  nous  l'avons  déjà  si  souvent  répété  à 
propos  des  curieux  dessins  de  la  [.une,  ei  ici,  la  Irndance  de  M.  Cerulli  est 
cei-tainement  de  voir  des  lignes,  plus  ou  moins  larges,  etde  les  voir  arrondies. 
Comparez  sa  Carte  à  toutes  les  autres,  vous  aurez  absolument  cette  impression. 

Son  instrument  paraît  excellent.  C'est  un  équatorial  de  Cooke,  de 
15  pouces  et  demi,  c'est-à-dire  de  0'",39,  armé  de  grossissements  de  400  et 
.")00  diamètres.  La  situation  atmosphérique  de  son  observatoire  paraît  éga- 
lement excellente.  En  ayant  scms  les  yeux  toutes  ces  variétés  de  représenta- 
tions, notamment  celles  de  M^L  Schiaparellî,  Lowell  et  Cerulli,  on  est 
vraiment  porté  à  désespérer  di'  ne  rien  connaître  de  sur  avant  bien  long- 
temps encore. 

Et  les  canaux'?  Considérons  par  exemple,  sur  cette  Carte,  IcGehon,  au-des- 
sous de  la  Baie  du  Méridien  et  comparons-le  à  celui  de  nos  Cartes  classiques 
{La  Planète  Mars.  t.  1.  [i.  440):  c'est  à  ne  pasle  reconnaître,  ni  comme  direc- 
tion ni  comme  aspect.  Ici,  il  est  Idanc.  et  le  planisphère  est  plein  de  ces 
canaux  blancs. 

Le  19  février,  écrit  l'observateur,  par  une  bonne  atmosphère,  le  Gehon  se 
présentait  sous  la  forme  dune  véritable  et  sûre  géraiuation.  Les  deux  lignes, 
parfaitement  parallèles,  se  dirigeaient  vers  les  cornes  d'Aryn,  mais  en  formant  un 
très  grand  angle.  Le  Gehou  de  gauche  s'arrêtait  au  Deuteronilns:  celui  de  droite 
allait  se  perdre  près  d'.Vcidalius.  On  n'apercevait  ni  l'Hiddekel,  ni  le  Sitaciis.  Le 
lendemain  iO,  les  deux  Gchon  parallèles  se  voyaient  toujoiu's  parfaitement.  Le  -,'1, 
spectacle  merveilleux!  le  Gehon,  qui  d'abord  s'était  arrêté  au  Deuterouilus. 
l'avait  dépassé  pour  aller  jusque  dans  l'Ortygie;  l'autre  allait  jusqu'à  Calirrhoë. 
Entre  les  deux  lignes,  le  sol  était  d'un  blanc  argenté,  et  parfois  les  deux  Gehou 
étaient  colorés  en  jaune  d'or.  Ces  deux  lignes  jiaraissaient  bien  réelles,  et  je  n'ai 
pu  les  résoudre  eu  points. 


4.G4  I-A  PLANÈTE   MARS.  1809 

(Vcsl  là  uni'  observation  dés  plus  ]ii-é<nses  et  des  plus  curieuses. 
AuliTS  variations  ; 

Lorsque,  dans  le  petit  disipie  du  ;'-  août  189s  i  (i "  i,  j"ai  revu  jp  (iaiige  pour  la 
première  fois,  mon  compagnon  d'observation,  le  professeur  de  Berardinis, 
l'aperçut  comme  moi  et  remarqua  de  plus  que  le  milieu  du  disque  était  occupé 
par  un  W  dont  le  Gange  formait  la  branche  de  gauche  et  le  Chrysorrhoas  celle 
de  droite.  Le  Gange  resta  longtemps  très  large.  Le  •??  août,  il  était  certainement 
aussi  large  que  le  Lac  de  la  Lune.  Le  30  septembre,  on  remarqua  encore  un  V; 
mais,  au  lieu  d'être  formé  par  le  tiange  et  le  Chrysorrhoas,  il  l'était  par  celui-ci 
et  rilydraote  icoir  la  Cartel.  Le  Gange  le  divisait  par  le  milieu.  Le  11  et  le 
12  novembre,  le  Gange  parut  moins  large.  Le  13  décembre,  au  lieu  de  s'arrêter 
au  Lac  de  la  Lune,  il  allait  jusqu'à  Tanaïs.  Le  13  février,  on  le  distinguait  à  peine. 
Le  19,  il  est  large  et  splendide  et  parait  dans  un  lit  d'argent.  Il  est  double. 
Doubles  aussi  le  Lac  de  lu  Lune,  le  Lac  du  Soleil,  le  Nilokeras,  le  Titonius,  l'Iris. 
Le  ?0,  le  Gange  toujours  double. 

La  gémination  du  Sabjeus  a  été  observée  le  23  février. 

Ces  ob.servations  sont  caractéristiques.  Tout  en  sachant  fort  bien  que  nos 
moyens  optiques  ne  sout  pas  suffisants  pour  nous  montrer  les  choses  telles 
qu'elles  sont,  il  est  impossible  de  douter  qu'il  se  passe  sur  Mars  des  change- 
ments incessants  et  considérables.  Et  nous  nous  demandons  pourquoi 
M.  Cerulli  ne  veut  pas  adnielii-e  la  réalité  de  ces  variations,  qui  s'e.^pUquent 
presque  tontes  dans  rhy[iolbèse  qui  voit  là  des  régions  de  végétation  ali- 
mentées par  les  eau.\  provenant  de  la  fonte  des  neiges  polaires. 

Le  Lac  du  Soleil  s'est  montre  double,  connue  il  est  représenté  sur  la  Carte. 
Mais  celte  gémination  n'est  pas  énigiiialique  [>oiir  l'auteur.  «  Il  lago.  écrit-il, 
6  il  baricentro  ottico  dcgli  scuri  sparsi  enini  Taumasia.  »  Il  ajoute  {]u'en 
général  il  est  unique,  mais  (ju'il  rry  a  pas  de  raison  pour  qu'on  n'en 
découvre  pas  plusieurs  à  lucsin'e  que  la  vision  sera  plus  perçante.  On  devra 
distinguer  des  noyau.x  d'oniJu'c  de  plus  m  plus  nomlireux. 

«  Schiaparelli  en  avait  déjà  vu  deux  en  1890;  Lowell  eu  a  reconnu  quatre 
en  1894;  mieux  on  verra  et  plus  ils  seroni  nombreux.  » 

D'api'ès  ces  principes  de  la  théorie  optique  de  M.  Cerulli,  ce  que  l'un  voit 
sur  Mai's,  ce  que  Ton  dessine  sur  les  Caries,  ce  sont  des  réunions  de  points 
mal  dcliiiis  (|ue  notre  ujil  rasseinide  suit  eu  lignes,  soit  en  surfaces.  Un 
grand  nombre  des  variations  signalées  ne  seraient  dues  qu'aux  dilTerences 
do  vision.  Plusieurs  sont  assurément  dans  ce  cas,  mais  non  [)as  toules. 
ConuiU'Ul  douh.'r,  par  exenq)l('.  (|ui'  le  (i.inge  i  ou  les  choses  qui  le  dessin(.'nt1 
n'ait  pas  (Me  plus  large  le  '22  août  i\\\r  rihdiaote,  et  (jue  celui-ci  ii'ait  pas 
augnn.'ulé  d(;  largeur  à  la  lin  de  sefileiiibrc  V  ' 


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466  LA    PLANÈTE   MAKS.  1899 

I,a  l'iraiiiic  Syrte,  l'crit  l'aslroiiome  italien,  est  l'amas  qui  jilus  que  les  autres 
semble  une  foi-me  naturelli;  et  rri)résente  une  image  fuléle  di/  notre  Continent 
africain.  La  théorie  optique  ne  recherche  pas  si  cette  région  estime  mer  ou  une 
terre.  Il  lui  suffit  d'ailmetti-e  que  les  éléments  foncés,  iniliviiluellemeut  invisibles, 
sont,  à  égalité  de  surface,  plus  nombreux  et  plus  intenses  que  dans  les  contrées 
environnantes. 

Au  couimencement  de  septembre,  la  C'irande  Syrte  présentait  un  maximum 
d'ombre  à  sa  pointe,  vers  la  Nilosyrtis.  De  là,  en  allant  vers  le  haut  ou  vers  le 
Sud,  la  couleur  de  cette  tache  se  faisait  plus  claii'C,  jus([u'à  devenir  presque 
blanche  en  approchant  de  l'IIellas.  Cet  aspect  s'était^déjà  présenté  en  1896,  dans 
des  conditions  semblables  de  perspective.  Le  T  septembre,  entre  la  Libye  et 
l'Hellas,  un  canal  clair  était  visible. 

Le  '.'S  février,  la  Grande  Syrte  apparut  pour  la  première  fois  parfaitement 
bien,  avec  une  complexiti'  de  choses  indéchiffrables.  Je  touchai  de  la  main  que 
la  i)lanète  est  d'autant  moins  facile  à  peindre  que  la  vision  est  meilleure.  La 
bouche  de  la  Xilosyrtis  oll'rait  un  maximum  d'oinfti'e,  mais  l'appréciation  devint 
douteuse  lorsque,  dans  un  instant  de  bonne  transparence  atmosphérique,  cette 
bouche  se  résolut  en  trois  noyaux.  De  chaque  côté  de  la  Mer  du  Sablier  se 
montrait  un  lac.  Celui  de  gauche  était  le  Lac  Mœris  ('):  celui  de  droite  réunis- 
sait à  leur  jonction  l'Astusape  et  l'Astaboras  {voir  la  Carte).  Puis,  la  bouche  de 
la  Nilosyrtis  devint  ronde  et  isolée,  et  au-dessus  une  raie  blanche  argentée  la 
sépara  du  reste  de  l'amas.  Le  planisphère  montre  les  nombreux  détails  observés. 

Le  3  mars,  le  Lac  Mceris  ttc  parut  })lus  séparr  de  la  drande  Sijrle  :  la  région 
intermédiaire  était  assombrie. 

NOUVELLES  MESURES    DK    LONdlTUDES. 

o  o 

Bouche  de  l'Hiddekel C5(i,".'  Premier  point  de  la  Mer  des  Sirènes.  136,4 

Bniiche  du  Gehon :i..S  (Jolfe  des  Titans 174.8 

Golfe  des  l'erles 23,0  Cerilre  (hi  Triviiim 201,4 

Lac  de  la  Lune 6J,6  Lac  Mœris 279,4 

Lac  du  Soleil 87.1  Lac  Isnienius 332,9 

.Nous  ne  voulons  pas  repi-oduire  ici  tout  le,  ^'olunle  île  M.  r.ei'uUi,  mais 
umis  avons  icnu  :\  en  oU'rir  la  siilislani'c  V,n  rrsuiné,  l'anlenr  Cdnclut  de  ses 
ojjscrvaliiuis  que  lions  ne  voyons  l'ien  des  choses  réelles  ipii  existent  sur 
Mars,  quelles  i|u'elli^'s  soient,  mais  seulemenl  des  images  optiiiues  [iroduiles 
par  la  rcuninn  île  ces  choses,  claires  on  foncées.  Les  variations  oliservées 
ne  seraient  pas  n'elles,  in;iis  li^  ri'siillat  d'une  vision  plus  un  moins  ]iéné- 
Irante.  Sans  l'avouer  exprcssémenl ,  il  est  pluiot  [lorli!  à  adniclli'i' que  ce 
n'est  pas  l;i  un  momie  \ivanl,  mais  plnlol  un  i;lidii.'  ninrt,  li.xi'.  inallcr.al.de, 
dans  le  ^enre  de  l.i  Lune. 

L'opinion   contraire  paraît   inlininicnl   plus  prolialilc,  loul  en  ailniellant 

(')  Cotte  observation  est  eu  désaccord  avec  les  autres  (voir  p.  460;. 


ci: H II, II.       onsi:i(VM'i()\s  i-\iti:s  a  ti-kamc).  407 

<Iiie    nous    ne    dislini^iious    iiuc    tri'S    iin(jarf;iiloini;nt   les   divers   aspects 
marlicns. 

Je  deinanilei-ai  ici  la  poniiissiou  di,'  protesler  coulre  une  aceiisalion  de 
},[.  (^leruUi.  ciiii  suppose  que  je  vois  dans  Mars  une  planéli'  iilen(i(iue  à  la 
Terre.  Cette  accusali(Hi  est  1res  gracieusement  présentée  dans  son  Livre  ;') 
■mais  elle  n'est  pas  l'ondée.  Il  ne  faut  pas  prendre  à  la  lettre  certains  passages 
■descriptifs  et  les  détacher  isolément  sans  tenir  compte  de  l'ensiuiible  des 
<BUvres  d'un  auteur.  'I.'out  en  posant  eu  principe  i[ue  la  vie  n'existe  pas 
seulement  sur  notre  mi'dioi-rê  [ilanéte,  j'ai  tnujijui's  pris  soin  d'elablir  (jue 
notre  globe  ne  doit  pas  être  considéré  comme  type  de  la  vie  universelle. 
que  la  plus  grande  diversité  doit  distinguer  les  différents  astres,  que 
le  temps  est  le  principal  facteur  de  l'évolution  des  mondes,  que  notre 
■époque  n'a  pas  une  valeur  exceptioiinelle.  et  que  certains  mondes  ne  sont  pas 
^iucore  arrivés  à  la  période  vitale,  tandis  (|ue  d'autres  Tout  passée.  Nous 
pouvons  admettre  aussi  (ju'il  y  a  des  déserts  dans  le  Ciel  aussi  bien  que  sur 
ila  Terre.  .l'ai  toujours  insisté  également  sui'les  dill'ércnnes  de  constitution  et 
de  conditions  des  globes,  et  je  suis  même  actuellemeni,  je  crois,  l'un  des 
derniers  à  refuser  à  l'analyse  spectrale  le  droit  de  [iroclamcr  l'identité 
chimique  des  astres  (voir  notamment  Lumen,  Uranic.  Stella,  Jièves  étoiles. 
Excursions  dans  le  Ciel).  .Te  me  suis  toujours  élevé,  au  contraire,  contre  le 
géomorphisme  aussi  bien  ([ue  contre  la  théorie  anthropocentrique  de  la 
■création.  Mars  ne  peut  pas  ressembler  il  la  Terre.  .Mais  la  différence  inévitable 
■et  nécessaire  delà  constitution  des  êtres  planétaires  avec  les  êtres  terrestres 
n'empêche  pas  que  ces  êtres  puissent  exister,  et  elle  n'empêche  pas  non  plus 
■qu'ils  puissent  avoir  la  faculté  de  penser.  I/espace  inlini  est  peuple  de 
millions  de  soleils  el  de  mondes.  Il  y  a  là  le  passe  et  l'avenir  comme  le  pré- 
sent, et  le  présent  est  aduellement  représente  par  un  numbre  infini  d'huma- 
nités inconnues,  difTerentes  de  la  nuire,  mais  dans  lesquelles  nous  pouvons 
-saluer  nos  sœurs  de  l'inuneusité.  Quant  à  Mai'S,  en  particulier,  tout  nous 
conduit  à  admettre  qu'il  est  plus  avancé  (|ue  la  Terre  dans  son  évolution. 

Mais  non  seulement  la  vie  martienne  ne  [leul  pas  ressembler  à  la  noire  : 
il  y  a  plus,  nos  yeux  ne  sont  pas  constitués  pour  tout  voir,  et  il  peut  exister 
là  des  choses  inaccessibles  à  notre  rétine,  sur  lesijuelles  nous  ni'  pouvons 
■émettre  que  les  interprétations  les  plus  erronées. 

(')  Uno  dei  migliori  servizi  fu  reso  in  questo  deceiiiiio  ail'  areografia  <iair  illustre 
Flammarion,  con  l'aver  riuiiito  nell'  opéra  La  Planète  .Mnr.s.  tiiUi  i  dcsigui  «.lel  pianeta, 
faUi  dal  giorno  in  cui  il  telescopio  ha  cominciato  a  muslrarvi  qiialche  maccliia,  fino  ai 
di  nostri.  L'anima  poetica  del  Flammarion  è  tuita  per  l'areografia  geomorfa.  Leggete, 
per  escmpio,  a  p.  501,  lo  splendido  sqnarcio  :  •>  Il  y  a  dans  la  vie  des  heures  char- 
mantes, etc.  ■>  nel  quale  ^i  [larla  di  .Marte  corne  d'un'  altra  Terra  già  in  parle  explorata. 


.W)i.  LA    PLANÈTE   ^LVRS.  I89'.l 

Mi'iiie  Cl'  (]Uo  uDiiP  viiyoïis.  iioi;s  li.'  voyons  diirei'eniiiient.  Ijomiiarer  enlrc 
elles  nos  ilrux  Caries,  failes  ;i  Juvisy  el  à  Teramo  (fig.  293  el  2'.)i)  :  (juelles 
sliipelianles  (lisseinl)lances  ! 

Les  observations  de  M.  CoruUi  sonl  failes  avec  le  plus  gî'and  soin  et  ont  une 
urande  valeui'  intrinsèque.  C'est  là  l'essentiel,  et  elles  sei'viront  à  accroître 
noire  connaissance  de  celle  planète  voisine,  encore  siènii;nialique.  Travail- 
lons, c-omparons,  discutons. 

Le  même  astronome  a  publié  les  remarques  suivantes  au  Btill/iin  de  l<i 
Soriétr  astronomique  de  France  du  mois  d'août  1899  : 

Le  développement  de  la  Bordosyrtis,  signalé  à  Juvisy  (  '  ),  est  bien  un  de  ces 
phénomènes  que  l'on  observe  mieux  à  quelipie  distance  du  méridien  central  que 
pendant  la  culmiiiation.  Je  vous  envoie  trois  de  mes  derniers  dessins.  Dans  le 
premier,  la  Boréosyrtis  est  à  droite  et  ressemble  à  un  lac  double;  dans  la  second, 
la  Boréosyrtis  est  au  milieu,  montrant  deux  lignes  à  angles  obtus,  bien  foncées; 
dans  le  troisième  enfin,  la  Boréosyrtis,  à  l'extrémité  gauche,  [irend  l'aspect  d'un 
éventail.  <^)uant  ;\  la  Mer  du  Salilier,  elle  offre  bien,  comuioon  l'a  vu  à  Juvisy,  la 
forme  de  Lowell,  mais  cela  tient  à  la  difficulté  de  séparer  le  Lac  Mieris  de  la 
pointe  de  la  Grande  Syrie  (embouchure  de  la  Xilosyrtis  ). 

I)ans  les  soirs  très  calmes,  cette  séparation  s'est  effectuée  presque  totalement, 
et  le  Mœris  est  réapparu  tout  à  fait  semblaDle  ;i  la  cuiller  de  Dawes.  Lntre  le 
Mœris  et  la  Grande  .Syrte  il  ne  restait  qu'une  sorte  de  voile  peu  épais. 

Je  crois  que  nombre  de  variations  que  l'on  observe  sur  Mars  peuvent  s'expli- 
ipier  par  de  légères  différences  dans  l'état  do  notre  atmosidière.  Si  ]ieu  que  l'air 
change,  l'équation  personnelle  varie  beauc(.>up.  11  ne  s'ensuit  pas  qu'il  soit  indis- 
pensable de  dessiuer  Mars  seulement  dans  des  conditions  atmosphériques 
excellentes.  Il  est  même  instructif  île  l'observer  dans  les  circonstances  les  plus 
diverses.  Il  est  très  intéressant,  en  effet,  do  découvrir  la  manière  dont  les  amas 
estompés  de  taches,  correspondant  à  un  état  médiocre  de  l'air,  se  résolvent 
loi'sque  l'air  s'améliore.  Car  si,  l'air  étant  amélioré,  nous  apercevons  encore  des 
détails  ressendjl.ant  à  ceux  que  nous  avions  \  us  dans  l'image  médiocre  d'aupara- 
vant, tout  en  étant  plus  lins  et  déliés,  nous  devons  en  conclure  que  ces  détails 
eux-mêmes,  dans  un  état  encore  plus  parfait  de  l'atmosphère  et  dans  un  télescope 
plus  puissant  que  le  notre,  se  résoudraient  en  des  taches  si'qiarées  et  indépen- 
dantes. En  septembre  189S.  je  vis  sin'ementrLiq>hrate  sur  des  images  matinales  fort 
médiocres:  en  IS'.l'.l,  les  images  de  Mars  ('tant  devenues  magnifiques,  l'Eiiphrate 
n'était  plus  visible,  et  l'on  n'apercevait  à  sa  place  que  quatre  noyaux  d'ombre 
('■chelonnés  entre  remlioiicliurc  de  riOiqihrate  dans  le  Sinus  8ali;eus  cl  la  calotte 
boréale.  J'ai  donc  non  seidement  le  droit  de  considérer  l'Luphralc connue  n'étant 
qu'un  système  de  taches,  mais  mémo  de  soupçonner  que  d'autres  canaux  encore 
peuvent  être  segmentés  dès  à  présent  de  la  mémo  mainère. 

(']   Voir  plus  haut,  p.   i-i;j,  l'observalioii  du  il  deccnnbi-c  ISSIS. 


ci:  ni'i.i.i.  —  ousrKVATioNs  i\rri:>  \  rr.KWin. 


469 


Les  plus  lins  et  les  plus  inicressants  p^irini  ces  caniuix  (  le  plus  admirable  pour 
moi  a  été  le  Geiion)  sont  des  sensations  linéaires  très  simples  ;\  rap])arence, 
mais  bien  complexes  en  réalité.  Décidément,  ce  ne  sont  pas  des  lignes  physiques, 
mais  des  lignes  optir[ues,  c'est-à-dire  des  lip-iies  de  plus  grande  ombre  nous  ré- 


Fig.  -290-297.  —  Dessins  de  la  planéle  Mars  par  M.  CeruUi,  en  1899. 

vêlant  scluhnatiquemcnt  l'existence  dotons  ces  détails  de  la  surface  de  Mars  qui 
surpassent  le  pouvoir  du  télescope  actuel. 

Le  soir  du  llj  mars,  j'ai  vu  à  maintes  reprises  le  l,sestr\gon  se  résoudre  en  trois 
taches,  nettement  séparées.  Elles  ne  semblaient  pas  affecter  la  forme  cii'culaire. 
Le  Tartare  est  disparu,  après  avoir  été  l'un  des  canaux  les  plus  évidents  de  18'.JG. 


Toutes  ces  différences  d'appréciations  montrent  coniliien  imus  sommes 
loin  encore  de  connaître  les  déiails  de  la  géographie  marlieane.  Mais,  quant 
à  I'exsemble,  il  n'est  pas  douteux;  et  nous  ne  pouvons  douter  non  plus  des 
variations,  indiquant  une  vitalité  planétaire  fort  intense. 


''nO  LA   PLANÉTK   MARS.  1899 

t.'C.XLVI.    —    UUSEIIVA'IIOXS    DE   M.   CuMAS   yOLA,    A    BARCELONE. 

Feiuiant  cette  opposition,  les  nuits  sereines  n'ont  pas  été'  nombreuses, 
mais  elles  ont  été  parfois  très  belles.  La  valeur  des  images  n'a  pas  coïnciJé  avec 
la  ti'anquillité  ni  avec  la  pureté  de  l'air,  mais  avec  la  plus  grande  humidité,  phé- 
nomène que  j'observe  toujours  dans  nos  climats.  Plus  élevé  était  l'hygromètre  et 
plus  tranquille  était  l'image.  Les  vents  les  plus  favorables  pour  nous  sont  donc 
ceux  du  Sud  et  de  l'Est,  lesquels  ont  le  plus  soufflé  dans  notre  région  pendant 
cet  hiver.  Le  31  janvier,  par  exemple,  jour  oij  l'image  fut  tout  à  fait  irréprochable 
(on  pouvait  observer  la  région  comprise  entre  Trivium  Charontis  et  Syrti.s  Major), 
nous  avions  sur  notre  Observatoire  le  centre  d  une  forte  dépression  cyclonique; 
le  baromètre  était  à  TiiV"'"  et  un  vent  fort  du  Sud  soutïlait. 

Si  l'on  ajoute  à  ces  circonstances  favorables  la  grande  élévation  de  Mars,  on. 
comprend  que  j'aie  pu  utiliser  t'jute  la  puissance  de  l'équatorial  Mailhat  de  0"',2iî. 
Les  grossissements  employés  n'ont  presque  jamais  été  inféi-ieurs  à  3Û0  fois,  et 
ont  varié  entre  3tl0  et4(i0,  quelquefois  500,  le  plus  souvent  :i-j(i.  D'autre  part,  avec 
mon  4  pouces  de  liardou,  j'ai  pu  confirmer  la  plupart  des  observations  faites  au 
grand  équatorial. 

Dans  le  planisphère  ci  joint  (projection  cylindrique  orthogonale  avec  une  lati- 
tude du  centre  =  -+-  15°)  j'ai  résumé  mes  principales  observations,  qui  ont 
commencé  le  31  août  1808  et  fini  le  -23  février  iS'JO,  mais  qui  n'ont  donné  des 
résultats  etïectifs  dans  les  détails  qu'à  partir  de  dé-cembre.  Les  premières  obser- 
vations se  rapportent  principalement  à  l'extension  des  calottes  polaires. 

A.  Je  n'ai  trouvé,  en  général,  aucune  modification  notable  dans  l'aspect  de  la 
Grande  Syrté  par  rapport  aux  oppositions  dernières.  Son  plus  grand  obscurcisse- 
ment était  vers  l'embouchure  de  la  Nilosyrtis  et  le  long  des  eûtes  de  l'Aeria  et  de 
la  région  d'Isis.  Ce  que  j'ai  vu  de  plus  n  itible  dans  cette  contrée,  c'est  la  Xilo- 
syrtis  et  un  autre  canal  c[ui  p irait  avoir  la  même  embouchure  que  r.\stapus^ 
mais  qui  est  loin  île  suivre  le  même  cours.  Kn  premier  lieu,  la  Nilosyrtis  a  paru 
assez  faible  et  je  n'ai  i)as  |ni  reconnaître  la  courbure  ou  coude  si  caractéristique 
de  ce  canal.  J'ai  souvent  observé  cette  région  pendant  celte  opjiosition,  surtout  à 
la  fin  de  janvier,  et  je  peux  garantir  l'exactitude  du  tracé  qu'on  voit  sur  ma 
Carte.  Quant  à  l'autre  canal,  son  existence  et  sa  position  sont  aussi  certaines.  Il 
avait  la  iiK'me  inlensité'  ipie  la  Nilosyrtis.  Ces  deux  canaux  débouchent  dans  deux 
taches  rondes,  très  foncées  et  li'gèroment  estomiiées,  qui  semblent  se  trouver  sur 
lioréosyrtis.  Le  31  janvier,  avec  une  vision  (jblique,  la  Grande  Syrte  offrait 
l'aspect  de  ileux  entonnoirs  supci-po>és,  un  pour  chaque  canal,  comme  on  le 
voit  sur  ma  Carte.  Si  leurs  traci''s  n'eussent  été  divergents,  on  (n'it  dit  que  la 
Nilosyrtis  était  double., Ce  canal,  par  exception,  était  assez  foncé  le  23 décembre. 

Les  deux  taches  de  Boréosyrtis  ne  correspondent  à  aucun  détail  des  Cartes  de 
M.  Schiaiiarelli.  Les  deux  tadi^s  coiinnes  .pi'on  en  ]niurrait  rapprocher  sont 
-Mcyonius  et  Palus  ('ola^,   mais  il  faudrait  rectifier  leurs  positions.  D'ailleurs,  j'ai 


COMAS  SOI. A.   —  OliSRHVATIONS  A  15  A  UCF  lOM-. 


471 


vu  Palus  Colœ  admirablcTiiieiU,  comme  un  petit  point  noir,  cii  18%,  et  il  se 
trouvait  alors,  comme  le  dessine  M.  Scliiaparelli,  dans  l'cxlromitc  coudée  de  la 
Xilosyrtis.  Le  plus  pmbable  est  que  ces  taches  boréales  sont  variables  et  que 
tantôt  le  liquide  de  fusion  des  glaces  polaires  reoip/i/  un  )).i.ssi'a  ou  un  ,iulri\  par 
suite  de  circonstances  f|ue  nous  ignorons. 

On  verra  dans  ce  n'cit  d'autres  cas  analogues. 

L'Aeria,  comme  toujours,  a  été  très  claire;  lel'liison,  tr^s  ilifficile  et  vague  :  il 
semblait  plutôt  la  limite  de  la  r<'gion  claire  de  IWeria.  Typlionius  et  Drontcs, 
invisibles.  Frotonilus  était  très  l'aible  et  estompé;  faibles  aussi  Lacus  Ismenius 
et  Jordanis.  Sinus  Sablas  n'a  présenté  aucune  modification  sensible.  Le  Pro- 
montoire Edom,  très  clair  et  très  net.  Deucalionis  Kegio  pou  accusée,  et  les 
terres  australes  Hellas.  laonis.  N'oachis,  etc  ,  ap|)araissent  près  du  limbe  austral 
comme  des  taf-bes  Idauchàtrcs  et  mf'lées  sans  doute  avec  des  nuages.  La  Baie  du 
Méridien,  très  foncée,  comme  d'habitude;  l'Hiddekel  et  le  Oehou  ont  été  bien 


■  intiM 


Fisr.  29; 


Planisphère  .le  la  planète  Mar~  en  I898-I,<i00,  pai-  M.  J.  Comas  Sola. 


visibles,  mais  assez  faibles,  surtout  le  premier.  Je  n'ai  vu  non  plus  aucune  cour- 
bure dans  le  i.ïehon;  il  se  dirigeait  en  ligne  droite  au  Lac  Niliacus.  L'Indus 
avait  la  mêmeiutensité  et  la  même  rectitude  que  le  (lehon. 

L'embouchure  de  l'Osus  était  très  visible,  mais  le  canal  était  à  peine  marqué 
dans  l'intérieur  du  continent,  vers  Lacus  Ismenius.  L'aspect  fourchu  de  Marga- 
ritifer  Sinus  lui  donn.-iit  beaucoup  de  l'essemblance  avec  la  IJaio  du  Méridien. 

Mare  Acidalium  a  été  presque  toujours  noire,  ce  qui  contrastait  beaucoup  avec 
le  ton  de  pénombre  de  Lacus  Niliacus.  Cependant,  celui-ci  s'est  montré  assez 
foncé  le  18  janvier.  Les  deux  bassins  étaient  visiblement  sé])arés  par  le  l'ont 
d'Achille;  ce  pont  produisait  l'effet  d'un  massif  montagneux  empêchant  l'eau,  ou 
autre  liquide,  de  la  mer  Acidalienne  de  s'étendre  par  le  Lac  Niliacus.  La  .Mer 
Acidalienne  se  trouvait  en  relation  indubitable  avec  la  bordure  noire  de  la  calotte 
boréale,  c'est-à-din'  avec  l'eau  île  fusion  des  glaces;  on  (louvait  cependant 
constater  parfois  que  la  bordure  de  la  calotte  était  très  légèrement  plus  foncée 
que  celle-là.  Les  bords  du  Lac  Niliacus  et  de  la  Mer  .\cidalienne,  dans  le  ïempé, 
étaient  très  nets;  la  Mer  Acidalienne  présentait  une  protuln-rance  très  visible 
dans  cette  contrée.   La  région  du  Tempe,  très  claire,  surtout  à  coté  de  la  Mer 


47-2  LA  l'LANÈTE  MAHS.  1890 

AcidalicniiP  et  du  Lac  Xiliacus.  J'ai  vu  le  Xilokeras  presque  toujours  très  large, 
sombre  et  ililTus  vers  le  Sud;  il  paraissait  simplement  un  éclaircissement  du  Lac 
Niliacus  qui  se  prolongeait  jusqu'au  Lac  de  la  Lune;  le  19  janvier  seulement,  je 
pus  voir  le  Nilokeras  assez  mince  et  net,  mais  entouré  d'un  estompage. 

.lamuna,  très  fail)le  et  estompée.  La  région  de  (.'hrysé  très  claire.  Le  Gange, 
large  et  peu  foncé;  le  Lac  de  la  Lune.  pâle,  rougeàtre  et  de  grandes  dimensions.  Si 
l'on  compare  mon  planisphère  avec  les  dernières  Cartes  aréographiques  de 
M.  Schiaiiarelli.  on  verra  tout  de  suite  que  rlans  cette  région  et  d'autres  il  y  a  de 
très  sensibles  changements  de  position.  Pour  ma  part,  je  dirai  seulement  que 
dans  le  tracé  de  mon  planisphère,  à  part  les  positions  aréographiques  de  quelques 
points  fondamentaux  que  j'ai  pris  à  M.  Schiaparelli,  j'ai  suivi  exclusivement  mes 
dessins  et  sans  aucune  idée  préconçue.  Je  crois  qu'il  faut  beaucoup  éviter  dans 
ces  observations  les  erreurs  de  système,  lesquelles  sont,  comme  on  le  sait,  les 
plus  redoutables  dans  la  Science.  JJans  cette  pensée,  j'ai  adopté  toujours  la 
règle  de  ne  jamais  regarder  une  Carte  aréographique  avant  d'avoir  fait  d'abord 
mon  ilessin. 

Dans  la  Mer  Lrythrée,  on  voit  des  bandes  blanchâtres  quelquefois  assez  bril- 
lantes :  ce  sont  des  terres  australes. 

Nous  arrivons  maintenant  à  une  région  ('tendue  dans  laquelle  presque  tous  les 
détails  ont  été  estrémemeiit  dilliciles.  J'ai  pu  heureusement  profiter  d'images 
excellentes,  mais  bien  insuffisantes  certainement  pour  déceler  avec  précision  ces 
ombres  qu'un  ceil  exercé  a  peine  à  saisir.  Telles  ont  été  Thaumasia  (sombre), 
Agathodœmon,  le  lac  Tithonius,  le  lac  du  l'hénix,  Nectar,  ( 'hrysorrhoas,  Nilus, 
Ceraunius,  etc.,  et  même  \e  Lac  du  Soleil,  c.xtrârnfment  difficile  aujourd'hui,  et 
si  foncé  et  si  facile  autrefois!  La  plupart  de  ces  détails  sont  des  estompages 
faillies  et  mieux  visibles  en  position  exc('ntrii|ue. 

Lu  revanche,  les  régums  d'i  iphir  et  'l'harsis  blaui'liissaient  en  s'approchant  du 
méridien  central,  ce  qui,  dans  ce  cas.  indiquerait  i[ue  celte  blancheur  est  parti- 
culière au  terrain  et  non  pas  due  à  un  efl'et  de  nuages. 

La  grande  région  continentale,  com|irise  entre  le  méridien  d'Aonius  .Sinus  et 
celui  du  Trivium  Charoutis.  a  été  aussi  d'une  observation  très  difficile,  malgré  les 
images  très  Ijelles  i|uc  j'ai  eues  i[unnd  cette  face  fut  visible  (commencement  de 
février).  Le  Nodus  Cordii  a  éti^  un  estompage  impossible  à  définir,  malgré  tous 
mes  efforts,  l'ai-  moments,  j'.-ii  soupçonné  dans  cmjs  régions  de  très  petits  détails 
foncés,  mais  si  fugitifs  qu'on  ne  pouvait  les  préciser.  Tous  les  canaux  de  cette 
vaste  contrée  étaient  très  faibles,  très  diffus  et  très  larges;  on  ne  voyait  plus 
que  de  grandes  bandes  estompées.  Sous  cet  aspect  j'ai  vu  le  Sirenius,  loCorgon. 
l'Huiiienides  (■;'),  le  Pyriphlegethon,  l'orcus,  le  Titan,  le  Tartare. 

Trivium  Charontis  no  s'est  pas  montri'  aussi  foncé  qu'eu  18'.Ki-l,S'.)7.  mais  toute- 
fois assez  sombre  et  avec  un  peint  noii- centr;il  ;  Cyclops  très  p;ile.  Devant  l'om- 
iiiiuehuri'  ilu  Cyclops,  dans  Mare  Sirenum,  on  voyait,  par  moments,  une  très  petite 
tache  noire;  cette  mer  n'offrait  aucune  particularité  notable.  J'ai  vu  Atlantisavec 
sûreté  une  fois  seulement,  le  0  septembre,  lorsque  le  diamètre  apparent  de  la  pla- 


COMAS  SOLA.  —   ()BSint\  ATIONS  A  H  A  K( .  I.I.ON  R.  473 

nète  était  de  17,0.  Le  canal  Cerberus  otail  très  fonce  et  large  jusqu'à  l'intersection 
avec  l'Aethiops,  dans  laquelle  on  voyait  un  petit  point  noir.  et.  à  partir  de  ce  lac, 
le  Cerberus  s'amincissait  jusqn:^  Mare  Ciramerinm.  Aetliioiis,  faible.  .l'ai  vu  le 
polygone  de  l'iOlysium  avec  la  grandeur  et  la  forme  que  roprc-seute  mou  plani- 
sphère :  je  doute  si  le  canal  du  milieu  est  Galasias.  Ea  tout  cas,  c'est  un  canal  ex- 
trêmement difficile  et  que  Je  n'ai  pu  distinguer  que,  par  moments  et  partiellement, 
le  29  janvier.  L'Eunostos  était  très  faible;  Hyblacus,  Kretum  .Vnian  et  Boreas  se 
confondaient  dans  un  grand  estompage.  I.'Elysiuni  n'a  pas  été  aussi  clair  qu'au- 
trefois; il  blanchissait  à  mesure  qu'il  s'approchait  du  méridien  central;  mais  la 
partie  plus  claire  était  tout  contre  leTrivium  Oharontis,  à  coté  duquel  on  voyait 
une  tache  blanche. 

I^'Hephaestus  est  un  grand  estompage,  mais  il  na'a  paru  plus  haut  en  latitude 
boréale  que  ne  l'indiquent  les  Cartes.  On  voit  nu  tronçon  de  canal  reliant  Ilephaes- 
tus  avec  la  tache  noire  du  canal  gauche  de  Syrtis  Major.  Ce  tronçon  est  diffus 
dans  le  bord  gauche  et  très  net  dans  le  bord  droit.  I^e  Léthé  bien  visible,  mais 
faible;  Triton,  invisible;  Hespérie,  très  blanche  et  très  nette.  Phaetontis, 
Electris,  Eridania,  etc.,  tout  se  confond  dans  le  limbe:  on  ne  voit  guère  que  des 
régions  blanchtâtres,  peut-être  ueigeuses,  impossibles  à  bien  <lessiner. 

La  Libye  a  repris  son  ton  sombre,  après  l'aspect  si  clair  qu'elle  otïrait  en 
18yti-lS97.  Je  continue  à  trouver  son  étendue  et  sa  forme  égales  depuis  mes  pre- 
mières observations  do  1890;  seulement  sa  pointe  boréale  m'a  paru  plus  émoussée 
en  1S98  1899,  ce  qui  transforme  le  Lac  .l/tcris  en  un  golfe,  qu'en  vision  oblique  j'ai 
vu  tout  à  fait  noir.  La  Libye,  près  des  bords  de  la  planète,  était  bien  plus  claire, 
notamment  le  31  janvier,  f  >n  voyait  une  très  faible  traînée  reliant  la  Petite  Syi'te 
avec  le  lac  Mceris.  Dans  la  région  d'Isis,  très  claire,  ou  pouvait  constater  une 
ombre  faible  le  même  jour  (Thot?).  Dans  l'Ausonia  sont  visibles  deux  taches 
rondes  très  blanches  avec  une  baie  absolument  noire  entre  elles  ;  c'est  sans  doute 
l'embouchure  de  l'Euripe.  Elle  était  plus  foncée  en  vision  oblique. 

Les  côtes  continentales  ont  été  très  claires  et  les  contrées  intérieures,  en  géné- 
ral, jauuiàtres,  teintées  légèrement  de  rouge.  Dans  les  régions  foncées,  mais  pas 
très  sombres,  j'ai  ]iu  constater  seulement  une  faible  coloration  bleuâtre.  La 
calotte  boréale  a  été  constammeni  bordée  par  une  bande  très  foncée,  variable, 
plus  ou  moins  étroite  et  tout  à  fait  noire. 

B.  Dans  toute  la  durée  des  observations,  la  calotte  blanche  boréale  a  été  bien 
visible.  Vers  le  pôle  austral,  j'ai  vu,  pendant  les  premières  et  dernières  observa- 
lions,  des  régions  aussi  blanches,  plusieurs  fois,  que  dans  l'autre  calotte,  surtout 
pendant  les  mois  d'août,  septembre  et  octobre  1898  et  février  1899.  La  diminution 
de  ces  régions  neigeuses  ou  nuageuses  australes  a  coïncidé  avec  l'augmentation 
de  la  latitude  boréale  du  centre  du  disque  de  la  planète.  D'après  un  grand 
nombre  de  dessins  faits  avec  tout  le  soin  possible,  j'ai  déduit  les  diamètres  en 
arcs  aréocentriques  de  la  calotte  boréale  pour  une  série  de  jours.  Chaque  résultat 
est  la  movenne  d'une  à  deux  dizaine.s  de  dessins.  Une  cause  de  perturbation  dans 


474  LA  PLANETE   M  AU  S.  IS'J'.l 

ces   mesures  se  trouve  dans  les  nappes  de  nuages  qui  se  forment  souvent  ou 

peut-être  constamment  dans  les  régions  polaires.  J'ai  observé  des  changements 

brusques  de  forme  et  détendue  de  la  calotte  qui  ne  semblent  avoir  d'autre  origine 

que  les  nuages. 

Arc 
aréocentrique. 

1)  novembre  I8'J8 36 

ÎU  janvier  1899 3'i 

7  février  1899 23 

17  février  1899 î'i 

D'après  quelques  séries  d'observations  de  l'angle  de  [losition  de  la  calotte  bo- 
réale en  des  longitudes  aréograjjliiques  différentes,  avec  le  cercle  de  position 
du  micromètre,  j'ai' trouvé  que  cette  calotte  est  centrée  sur  le  pôle. 

Dans  les  premiers  jours  de  février  surtout,  cette  calotte  a  présenté  des  aspects 
notables,  dus  sûrement  en  bonne  pai'tie  à  des  nuages.  J'ai  fait  sur  ce  point  quatre 
dessins  spéciaux.  Dans  le  premier,  on  voit  le  bord  de  la  calotte  irrégulier  et  plus 
clair  iiue  la  partie  centrale,  aspect  qui  me  rappelait  beaucotq)  les  observations 


■34  janvier.  9''. 


y  février,  10'' 30". 


V 


\, 


10  février,  6^.  10  février,  1''. 

Fig.  299-302.  —  Dessins  rie  la  calotte  boréale  île  Mars. 

de  la  calotte  australe  que  je  fis  en  18112,  époque  à  laquelle  j'eus  la  chance  d'as- 
sister à  la  débâcle  des  neiges  australes,  qui  commença  par  la  partie  intérieure 
de  la  calotte,  laissant  depuis  une  barrière  presque  circulaire  de  glaçons  disloqués 
et  brillants;  ce  grand  cliangement  s'effectua  en  (|uelques  jours. 

Le  24  janvier  l.S'.i'.l  (  premier  dessin  i  on  voyait  de  plus,  dans  la  calotte  blanche, 
une  région  plus  ('datante,  indiquée  par  un  cercle  dans  le  dessin  et  qui  se  trouvait 
à  peu  près  dans  la  prolongation  du  canal  gauche  de  la  (irande  Syrte. 

Le  dessin  ilii  '.I  février  moniri'  de  remarquables  ii'i-égularitésdans  les  bords  de 
la  tache  polaire. 

Dans  le  troisième  liessin,  fait  le  Ui  février.  ;\  (i'',  ou  voit  la  calotte  plus  petite 
et  bordée  d'une  région  très  sombre,  puis  un  lilet  blanc;  il  y  avait  encore  une 
tache  blanche  en  haut  et  une  autre  tache  blanelic  ruurbée  dans  le  limbe  avec  une 
région  sombre  intérieure. 


DOLT.LASS.   —    OliSli  K\  ATlONS  A  1  1.  A(iS  T  A  Kl" .  175 

l.e  dei'uier  dessin,  lait  une  heure  ]iiiis  tani  i|ue  le  |iréec'dunt,  moiiire  les  varia- 
tions arrivées  dans  ce  court  espace  de  leui]is.  On  reniar(|uait  aussi,  dans  le 
centre  de  la  calotte,  une  réirion  plus  brillante. 

C.  l'a  phénonn_-ne  des  plus  frappants  pendant  cette  opposition  a  l'té  le  L'rand 
nombre  de  taches  blanches  que  j'ai  observées  sur  les  bords  et  le  terminateur. 

Hn  général,  les  côtes  et  les  îles  ont  paru  très  blanches  sur  les  bords,  surtntii  m 
dedans  ou  auprès  du  terminateur,  sans  doute  par  un  elTet  de  contraste. 

Les  régions  les  plus  remarquables  à  cet  égard  ont  été  ;  Isidis  Hegin.  .Xmenthès, 
Aeria.  Kdom,  Chrysé,  Tenipé,  Icaria,  Tliarsis,  etc..  et  b's  tei-res  australes. 
Parfjis,  surtout  les  9.  10  et  1  1  février,  j'ai  \  u  le  ternnnateui-  borde  d'un  chap(det 
de  taches  blanches  et  de  même  dans  le  bord  o|)posé,  quoique  fn  [uoins  grand 
nombre.  Dans  le  centre  du  disque  il  y  avait  alors  les  rc'gionsdc  Xodusdordii  et 
Titan.  Du  reste,  j'ai  pu  voir  souvent,  même  «mi  culinination.  des  taches  blanoh:'itres 
entre  les  canaux.  Prés  des  taches  foncées  ou  al)outissent  les  deus  canaux  de  la 
Grande  Syrte,  j'ai  pu  constater,  le  :!l  janvier,  eu  vision  oblique,  quelques  points 
brillants  d'une  blancheur  extraordinaire. 

Ces  observations  de  M.  (;ouias  Soin  iiielleiil  l'galemem  eu  evidiMice  les 
différences  altribualiles  aux  observateurs,  quuiciiie  le  fond  du  canevas  resle 
sensildeini'ut  le  même.  Le  dédonljlemenl  de  la  [)oin|e  de  la  Mer  ilii  Sablier 
est  sùreiuenl  un  phénomène  opliiine.  La  p;iliMir  du  Lac  du  Soleil  s'accorde 
avec  nos  observations. 


CCXLVII.   —    DnlclI.ASS.    —     (JBSERV.VTIUNS    E-AITES    A    L.'(.)HSEIt  VATi  llRE     LOWELI., 

A  FLAdSTAFF.  .\lil/.ON.\    (M- 

Pendant  un  récent  V(.)yage  dans  les  Etats  de  l'Lsi.  j'ai  visité  plusieurs  Observa- 
toires, entre  autres  celui  de  Chamberlain  à  I>envei\  li  ibservutoire  Yerkes  à 
Williams  Bay,  l'Observatoire  naval  de  Washington.  lOliservatuire  Flower  à 
Philadelphie  et  l'Observatoire  Harvard  à  Candjridge,  en  faisant,  en  chacur.  d'eux, 
des  observations  de  ^Kars.  le  matin,  de  bonne  heure.  C'est  k  Washington  que  j'ai 
obtenu  les  meilleures  images,  lorsque  Mars  nous  montrait  la  Mer  du  Sablier  et 
les  régions  avoisinantes.  Quelques-uns  des  canaux  étaient  très  distincts,  et 
plusieurs  se  montraient  doubles,  ainsi  qu'on  l'a  observé  maintes  fois.  En  con- 
templant des  images  si  belle's,  il  m'a  seiubb/  qu'après  t(.iut.  notre  prétention 
d'une  atmosphère  exceptionnelle  à  Flagstatl"  pourrait  ne  pas  être  bien  fondée; 
car  nous  avons  été  à  même  de  distinguer  nettement  plusieurs  canaux  en  un 
point  de  l'est  des  Etats-Unis  où  l'on  ne  saurait  s'attendre  à  d('couvrir  les  détails 
les  plus  délicats  des  pl;uiètes.  Mais,  peu  après  mon  retour  à  cet  Observatoire, 

(■',,  Lettre  du  11  février  189'J.  Société  astroiionnque  de  France,  ISW,  p.  ■-'(Ji. 


/i7r,  LA  PLANETE  iMARS.  1899 

nous  avons  eu,  nialtri-r  co  temps  d'hivei",  une  bonne  nuit,  et  l'a-spcct  de 
Mars  s'est  nioutrd  tellement  supérieur  à  la  meilleure  ima.Efc  de  Washington,  que 
la  visiliilité  des  détails  semblait  non  seulement  améliorée  d'une  maniéiY'  quanti- 
tative, mais  même  avoir  été  d'une  qualité  entièrement  difTérente.  La  planète  res- 
sortait de  son  fond  soml^re  comme  une  magnifique  chromolithographie,  où  l'on 
voyait  une  grande  quantité  de  détails  et  un  splendide  mélange  de  vert  doux  et 
pâle,  de  gris  léger,  de  jaune  foueé  et  de  blanc  pui-.  Le  travail  sur  un  objet 
comme  celui-ci  devient  alors  un  véritable  plaisir,  ihi  moins  au  point  de  vue 
artistique. 

L'image  à  Washington  paraissait  d'une  qualité  autre  que  celle  de  Flagstafif, 
Les  couleurs  n'étaient  pas  nettement  définies  et  distinctes  entre  elles,  et  l'on 
aurait  dit  qu'une  teinte  jaunâtre  recouvrait  toute  la  planète.  Il  est  possible  que 
ce  phénomène  ait  été  une  conséquence  de  l'état  atmosphérique  au  moment  de 
l'observation.  (Je  ijui  est  curieux  cependant,  c'est  que  M.  Andersen  a  trouvé  cette 
nuit  mauvaise,  tandis  qu'à  l'Observatoire  Flovver,  où  les  détails  planétaires  ne  se 
voyaient  |jas  facilement,  la  nuit  était  meilleure.  Le  désaccord  provient  de  ce  que 
les  qualités  atmosphériques  nécessaires  pour  [iermettre  la  visibilité  des  détails 
délicats  ne  sont  pas  les  mêmes  que  celles  qui  régissent  de  bonnes  mesures 
micrométriques  d'étoiles  doubles  uu  de  diamètres  jdanétaires  et  sont  invariable- 
ment plus  difficiles  à  obtenir. 

Les  dessins  qui  accompagnent  cette  Note  donnent  l'aspect  actuel  de  la  pla- 
nète. Ils  ont  été  faits  à  différentes  reprises  depuis  le  dernier  jour  de  décembre, 
étant  reproduits  des  originaux  aussi  exactement  que  possible.  On  verra  que  la 
planète  est  pratiquement  circulaire  par  sou  voisinage  de  l'opposition,  qui  a  eu  lieu 
le  IS  janvier.  Toutes  les  observations  antérieures  au  9  janvier  ont  montré  le  ter- 
minateur  uu  peu  plus  sombre  que  le  limbe.  Mais,  à  la  date  du  '.i,  il  [larut  au 
moins  aussi  brillant  que  le  bord,  bien  que  sa  coloration  fût  jaune,  et  non  l.)lanche. 
J'ai  rapproché  cette  teinte  jaunâtre  du  terminateur  du  fait  que  les  régions  de  la 
planète  où  le  Soleil  est  déjà  passé  au  méridien  paraissent  en  général  brumeuses 
et  dépourvues  de  contraste  ilans  leurs  détails.  .Vinsi,  par  analogie  avec  nos 
propres  régions  équatoriales,  où  l'air  est  calme  le  matin,  mais  en  mouvement 
violent  l'après-midi,  je  conclus  qu'il  en  est  de  même  sur  Mars,  l'aspect  brumeux 
étant  dû  à  de  la  poussière  dans  l'air,  et  sa  couleur  au  fait  que  c'est  bien  de  la 
poussière  et  non  point  de  l'humidité.  Le  blanc  des  régions  du  matin  sur  .Mars 
pnivient  de  l'air  jikis  pur  île  cette  heure  et,  peut-être  aussi,  d'un  dépôt  de  gelée 
blanche. 

Tous  les  détails  de  rhcmisphcr<'  nord  sont  bien  développés,  et  les  mers  du 
voisiiiage  de  la  calotte  polaire  se  montrent  très  sombres. 

Si  nous  comjiarons  l'asiiect  actuel  de  la  planète  avec  les  Cartes  et  dessins 
donnés  dans  le  grand  Ouvrage  de  Flammarion  sur  Mars,  muis  trouvons  que  nous 
voyons  maiutcuiant  aussi  loin  dans  les  régions  boréales  de  la  planète  qu'en 
LSSI-ISS'J.  Cependant,  on  distingue  maintenant  |ilus  de  canaux  dans  la  région 
comprise  entre    les  mers   équatoriales  et  la  calolte   polaire    nord  ijui'  sur  les 


nOlMiL.VSS.   —    OliSliU\  .\riu.\S  A   II.A(iST.\Fl'.  477 

de^isins  de  cette  période.  Mais  la  conliguratiou  est  bien  la  iiième.  I, 'aspect  des 
grands  eanaux  ou  taches  sombres  près  de  la  calotte  |iolaJrc  odrc  plgsieurs  points 
de  resseuiblauce  frappante  avec  les  dessins  de  l'errotin  et  'riiollini  faits  en  ISSU, 
et  aussi  avec  la  t'arti.'  générale  de  Scliiaparclli  l'iablie  sur  ses  observations  de 
1877  à  IS8S. 


/ 


«...  « 


31  iluccmbre  IS'JS.  Longit.  34-.\  4  janvier  l8Uy.  Lou-i t.  ■,'!«'.  j  janvier.  Loiigit.  21)1)" 


9  janvier.  Lougit.  208°.  18  janvier.  Lonsil.  17,i".  21  janvier.  I^ojigit.  187°. 

Fig.  ;!03-:J08.  —  Oliservations  de  .Mars.  De.ssins  de  M.  E.  Douglass. 

Il  y  a  eu,  toutefois,  d'évidents  changements  dune  grande  importance,  dont  le 
plus  considérable  est  celui  survenu  dans  le  contour  oriental  ou  gauche  de  la  Mer  du 
Sablier.  Les  changements  dans  cette  région  paraissent  être  séculaires  plutôt  que 
suboi'donnés  aux  saisons,  et,  quoique  variant  probablement  avec  la  saison, 
il  existe  néanmoins  une  différence  marquée  dans  l'aspect,  à  la  même  saison  des 
diverses  années.  De  pareilles  modifications  ont  été  observées  dans  cette  partie 
de  la  planète  depuis  longtemps  déjà.  Flammarion  a  attiré  l'attention  sur  la  diffé- 
rence existant  entre  les  dessins  de  Dawes  en  ISiii  et  ceux  de  Schiaparelli 
embrassant  la  période  1879  à  1888-  Les  oppositions  de  1804  et  de  187'.i  étaient 
semblables  en  ce  qui  concerne  les  saisons,  et  l'aspect  des  taches  aurait  du  être  le 
même  dans  les  deux  cas.  Schiaparelli  lui-même  jiarle  des  chauLrenients  dont  ce 
littoral  a  été  le  siège  pendant  sa  longue  série  d'observatiiuis  i La  planètr  Mur-->, 
p.  4:j'.i  I.  Il  montre  qu'en  1877  la  Mer  du  Sablier  était  très  étroite  dans  le  sens  est- 
ouest,  à  la  latitude  du  Lac  Moi-ris.  De  187'.J  à  iss-.i  la  largeur  avait  doublé.  De  18^4 
à  1888  elle  avait  presque  triplé.  Mes  oljservatious  me  permettent,  en  plus, 
d'annoncer  que  de  ISi):2  à  1896  la  largeur  de  cette  mer  était  d.ecenue  quatre  fois 
plus  grande  qu'en  1877.  Il  est  à  remanjuer  que  ce  phénomène  se  passait  dans  une 


.'iTS  !.A  PLAXETK   MARS.  1899 

oppositimi  pri'sentant  les  niôines  saisons  que  celles  de  is;7  à  ixsi,  lorsque  la 
Craiidi'  Syrte  était  à  sou  minimum  de  largeur.  Pendant  l'opposition  actuelle  de 
IS'.is-ISO'.i,  la  grande  mer  parait  avoir/a  même  configuration  que  de  1879à  1882. 
Comme  déduction  de  ces  faits,  nous  pouvons  dire  qu'en  général  les  variations 
de  la  Grande  Syrie,  dues  aux  saisons,  correspondent  ;i  un  dessèchement;  en  1894 
et  KS'.I6,  ce  dessèchement  est  arrivé  plus  tard,  car  il  y  a  eu,  en  ces  années,  une 
abondance  extraordinaire  d'humidité,  ((ui  s'est  traduite  par  une  teinte  sombre 
persistante  de  la  végétation.  Cette  hypothèse  de  l'abondance  de  l'eau  aux  deux 
dernières  oppositions  est  confirmée  par  le  fait  qu'en  1891  les  projections  sur  le 
terminateur  dues  à  des  nuages  ont  été  extrêmement  nombreuses. 

La  Libye,  qui  était  autrefois  si  remarquable  par  son  éclat,  a  été  encore  vue 
cette  année  très  brillante.  J'ai  observé  une  bande  blanche,  presque  continue, 
s'étendant  de  la  Libye,  à  travers  la  région  de  la  Neige  Atlantique  de  Schiapa- 
relli,  jusqu'au  nord  de  Nilosyrtis.  En  un  point  situé  près  de  l'extrémité  boréale 
de  ce  canal,  j'ai  aperçu  une  tache  brillante,  sur  sou  bord  méridional.  Le  promon- 
toire Edom  s'est  montré  avec  sa  visibilité  habituelle.  J'ai  en  plus  aperçu  une 
fois  une  ligne  longue,  très  étroite  et  brillante,  vers  la  limite  méridionale  extrême 
de  la  calotte  polaire,  aux  longitudes  de  la  Mer  du  Sablier  et  de  la  Baie  du  Mé- 
ridien. 

Elysiuni  se  présente  comme  dans  les  anciens  dessins  d'il  y  a  vingt  ans,  c'est- 
à-dire  entouré  d'un  cercle  de  taches  sombres,  résolubles  cependant  en  canaux  et 
oasis.  \u  lieu  des  canaux  doubles  du  côté  sud-est,  j'ai  eu  l'impression  d'un 
système  de  canaux  inclinés  sous  des  angles  faibles  et  formant  des  triangles; 
ainsi  Cerbère  est  apparu  comme  un  triangle  isoscèle  étroit,  avec  son  sommet 
pointu  vers  le  Sud-Ouest,  et  il  en  est  de  même  de  Hadès  dont  la  pointe  est  dirigée 
vers  le  Suil. 

Indépendamment  des  canaux  observés  sur  les  régions  continentales,  les 
dessins  nous  en  montrent  quelques-uns  dans  les  parties  sombres  de  la  planète 
aux  mêmes  positions  à  peu  près  que  ceux  notés  en  1891  et  1890.  En  vertu  de 
l'éclaircissement  ou  du  dessèchement  notable  de  la  région  de  la  Grande  Syrte, 
nous  avons  pu  distinguer  des  détails  d'un  puissant  intérêt,  surtout  dans  les  parties 
les  plus  sombres  de  la  grande  mer.  Sans  doute,  l'étude  de  ces  régions  est  rendue 
ingrate  par  l'inclinaison  au  delà  de  nous  du  pôle  sud.  ce  qui  ne  nous  permet  de 
les  voir  que  sous  une  obliquité  considérable.  Les  mers  plus  australes  que  la 
Grande  Syrte  montrent  dans  leur  système  canaliforme  une  analogie  très  grande 
avec  ce  que  nous  avons  observé  pendant  les  deux   dernières  oppositions. 

D'autre  part,  les  régions  boréales,  telles  que  la  Mer  Acidalienne,  le  Lac  Nilia- 
cus,  le  Ceraunius,  etc.,  se  \'oient  avantageusement,  montrant  une  structure  de 
canaux  semblable  à  celle  des  taches  sombres  de  l'IuMnisphère  austral. 

Nous  pourrions  rapprocher  ici  de  notre  sujet  i(ucl(iues  points  d'une  inqiortance 
historique,  i'^n  ISG;',  Lockyer  et  d'autres  ont  pris  quelques  dessins  montrant  des 
traînées  mal  délinies  et  sans  importance  dans  les  régions  somlires.  lOn  1877,  Van 
l'jrtiiorn,  se  servant  d'un  instruincÈit  il'uu  peu   plus  de   1  pouces  d'ouverture,  a 


OUSKItVATI-ntS  m-,  \  \  BRITISII  ASTHONOMICAI.  association.  17'.) 

dessiné  des  traiiiëcs  caiialiformos  oiiierfreaiit  de  la  Grande  Syrtc  dans  la  direc- 
tion du  Sud  et  du  Sud-(Hiest.  La  première  de  ces  traînées  est  probablement  le 
canal  vu  plus  taril  par  \I.  I"ickering-en  IS',l-2,  et  auquel  il  a  donné  le  nom  générique 
de  o  Système  tluvial  ». 

C'est  le  -2'i  juin  IS',1-..'  que  M.  l'ickering  a  dessiné  pour  la  première  fois  un 
canal  dans  une  région  sombre.  Los  16  et  17  du  mois  suivant,  il  revit  le  même 
canal  s'étendre  de  la  Grande  Syrte  vers  la  calotte  polaire  australe  en  envoyant 
des  branches  de  part  et  d'auti'e,  ce  qui  lui  fit  donner  à  cette  configuration  la 
dénomination  de  «  Système  fluvial  ».  Ces  résultats  ont  été  publiés  dans  l'automne 
de  la  même  année.  Du  16  juillet  au  22  septembre,  M.  Pickeringet  moi,  nous  avons 
été  à  même  de  prendre  sis  dessins  montrant  ce  genre  particulier  de  canaux. 
M.  Schîeberle,  de  l'Observatoire  Lick,  eu  a  dessiné  un  certain  nombre,  en  les 
notant  comme  des  <■  aspects  distincts  »  de  la  planète,  et  en  appelant  l'attention 
sur  les  traînées  de  la  région  sombre. 

Nous  n'avons  pas  pu  faire  jusqu'à  présent  des  observations  d'irrégularités  au 
terminateur  pendant  l'opposition  actuelle.  En  18'.lî,  nous  en  avons  vu  un  nombre 
considérable;  en  ISlii.  elles  étaient  extrêmement  nomltreuses;  en  1896,  il  y  en 
avait  encore  plusieurs,  tandis  qu'à  présent  elles  seudjlent  très  rares.  Cesprotubé- 
ranees  sont  intéressantes  et  importantes  au  point  de  vue  de  notre  étude  de  la 
météorologie  de  la  planète. 

A  propos  de  ces  observations,  M.  Lowell  a  publie  une  nouvelle  Carie  des 
résultats  obtenus  a  son  Observatoire,  pendant  l'opposition  de  1896-1897, 
plus  approchée  et  plus  nette  que  celle  publiée  plus  haut  (p.  303),  et  que 
nous  oITrons  à  nos  lecteurs  en  tirage  à  part  ,  '  .  La  iiremière  a  été  réduite 
d'après  une  épreuve,  tirage  sépia,  que  l'auteur  nous  avait  remise  lui-même 
eu  même  temps  que  celles  de  1898-189'J  et  de  1900-1901,  dont  il  nous  a 
été  impossible  de  tirer  ûes  épi'euves  satisfaisantes  eu  typographie.  Nous 
-sommes  d'autant  plus  heureux  de  reproduire  cette  nouvelle  Carie,  que  la 
reproduction  de  la  première  a  été  très  défectueuse. 


CCXL\'ni.  —  Observateurs  de  la  Bp.itisu  astronomical  Associatiox. 

Nous  avons  vu  que  la  Société  astronomique  de  I-'rance  compte  une 
sœur  laborieuse  dans  la  British  astronomical  Association,  fondée  en  1890 
«  dans  le  but  d'associer  les  observateurs,  surtout  les  possesseurs  d'instru- 
ments de  moyenne  puissance,  et  d'eu  organiser  le  travail  ».  Xotre  voisine 
d'oulre-Manche  possède  déjà  plusieurs  Gjmmissions  fort  actives,  pu- 
bliant  régulièrement  des  Mémoires  sur  le  Soleil,  la  Lune,  les  phtnètes, 

(')  La  place  chronologique  de  cette  Carte  est  page  303. 


480 


LA  l'L.WKTK  M  A  H  S. 


I.S'.I'.I 


les  comiMes,  les  inetrorcs,  etc.  Os  travaux  soûl  exécutes  par  un  j;raud 
iioiiilire  iroljsci'Vateurs,  iiiunis  (l'iiistruiiieuts  excellents  et  peu  coiileux,  et 
disséniincs  un  peu  sur  toute  la  Terre.  Les  l'i'sultals  acquis  jusiju'ici  sont 
lies  plus  encourageants. 

La  direction  de  la  Sertion  pour  l'observation  de  la  [daiiéle  .Mars  a  été 
contiée  à  M.  Autoniadi,  dont  nous  avons  déjà  remarqué  leUapporl  exposant 
les  travaux  de  la  (Commission  pendant  l'opposition  do  1890- LS'JT.  \'oici  un 
ri'sumé  du  Rapport  conci'rnant  l'opposition  de  1898-1899  ('). 

La  visil)ilité  des  dill'ereuts  détails  de  la  surface  martienne  a  ete  classée 
dans  l'ordre  suivant  a  l'ijjjservatoire  Lowell.  pour  un  diamètre  de  10"  à  18'' 
de  la  planele  ri  un  inslrnmeut  de  "24  pouces: 


l'ar   M.  Lowell. 

tl.  Image  sans  contour  bien  défini. 

L  Linibi' ondulant.  Caps  jiolaires  et 
taches  foncées  reconnaissables, 
mais  troubles. 

'.'.  Limbe  calme.  Taches  foncées  assez 
bien  définies.  On  croit  par  mo- 
ments distinguer  les  canaux. 

3.  Canaux  mieux  délinis.  Les  doubles 
se  voient  comme  rubans  larges. 

i.  Canaux  évidents.  On  devine  que 
plusieurs  sont  doubles. 

â.  Lignes  des  cotesabsolument  nèfles. 

Cl.  (  )asis  visibles. 

7.  De  plus  pi'tils  détails  se  manifestent. 

8.  Les  canaux  doiddes   se  nnuitrcnt 

bien  séparc'S. 
',).  Tous  les  détails  a]iprochent  de   la 

netteté  de  la  gravure. 
10.  Image  absolument  calme  et  nette. 


l'ar  M.   Doui.LASS  (-). 

0.  l'ianète  large  et  confuse. 

1.  Limbe  indéfini  à  1' lires.   Mers  vi 

sibles.  l'ôles  blanchàires. 

'.;.  Limbe  indéfini  à  O'.ô  près.  Les  ca- 
naux larges,  tels  que  le  Gange, 
.\gathoda"'mon,  sont  visibles. 

:j.  La  baie  fourchue  du   .Méridien   se 

devine. 
1.  La  baie  fciurchue  e>t  clistiacte. 

Tl.  Contours  du  Sinus  Sabœus  bien 
distincts. 

G.  On  devine  par  moments  le  Phison 
et  l'Euphrate. 

7.  Le  l'hison  et  l'Kuphrato  bien  dis- 
tincts. 

S.  On  devine  lUux  par  moments. 

'.I.   haix  distinct. 

10.  I)aix,  les  oasis  et  les  autres  canaux 
Iiarfaitement  distincts. 


Tous  b's  iibservatcui's  accoulnnu'is  à  l'étude  de  Mars  nnuarquonuit  l'iden- 
tité de  Ces  deux  eclielles. 


(•)  Piddisliful  febniary  1901. 

(')  A.-Ji.  DoccL.'iss,  ficiiles  of  seeiiuj  {l'opulur  A!<li-onomij,  iu\i\  ISViS). 


OBSERVATEUliS  DE  I.A  BRITISIl    ASiltoNOMIC,  \l.  ASSdClATlON.  4.^1 

La  réjiion  du  Sinus  Sabanis  n'a  pas  pré^icntf'  ilc  uii)ilitiration>!  liioa  remar- 
quables eu  celte  opposition:  Xisutliri  Hei,'i()  s'y  voyait  parfois,  n>ais  le  promon- 
toire d'Edom  s'est  montré  très  blanc,  l'omme  en  l8il6-IS!',l7.  !,a  région  au  nord 
de  la  baie  du  Méridien,  comprise  entre  les  canaii\  lliddekel  et  rieiion,  a  paru 
légèrement  estompée.  Le  lac  l-;ineniiis.  dont  le  déplacement  en  loiiijritude  a  été 


A.  Cl  février  lS9b.       Longitude  =    ôfi".  Latitude  = -;-   'J»  i  P.-H.  Xempthorue) . 

B.  23  février  isyo.       Longitude  =    67».  Latitude  = -f    11»  (ïitanley  Williams  1. 

C.  01  décembre  1898.  Longitude  =  ISO".  Latitude  =  -  U-  (T.-E  -R.  Phillîpsl. 

D.  25  janvier  1893.      Longitude  =  293°.   Latitude  =  -f  11»  (A.   Mee  i. 

Fig.  309-312.   —  Dessi.ns  de  M.\rs  pris  pesd.int   i.'opposrno.N   de  I.S'.i'J 
par  les   .Membres  de   la  Brilish   Aslronomic;d  .ls.socia(ioH. 

si  étonnant  en  1888,  semble  être  retourné  à  sa  po!>ilion  primiliKe.  car  une 
moyenne  des  déterminations  de  position  le  place  vers  3S")°,  ce  qui  est  sa  situation 
normale.  Il  en  a  été  de  même  du  lac  Arélhusa,  observé  à.  Ceylau  avec  un  téles- 
cope de  12  pouces  de  Calver.  par  M.  Mcdeswortli.  Les  régions  de  Cydonia  Dios- 
curia  et  .\rabia  ont  paru  estompt-es.  les  canaux  au  sud  formant  la  lisière  de  ces 
demi-ton<. 

K.,  II.  .  31 


84?  I.A  PLANETK  .MAIÎS  1899 

Rieu  de  particulier  dans  le  golfe  des  Perles,  dont  la  surface  a  paru  iiniformé- 
riuhiieiit  gi-ise;  mais  le  goll'e  de  l'Aurore  a  offert  plus  de  détails.  M.  Moleswortli 
l'a  vu  traverse  par  des  canaux,  tandis  que  .\1.  Atkins  va  distingué  certains  demi- 
tons,  correspondant  au  Caicusi  de  M.  Lowell  et  à  l'Ugygèa  de  M.  Cerulli.  M.  Hall 
a  même  dessiné  ce  dernier  avec  un  instrument  de  4  j  pouces  d'ouverture  seule- 
ment. (^)uant  au  lac  Xiliacus,  il  était  distinctement  séparé  de  la  mer  inférieure 
par  le  pont  d'Achille,  h'autre  pari,  M.  l'hiilips  sendile  avoir  observé  Siloe  Fons 
un  peu  plus  à  l'est.  La  mer  Acidalienne  a  toujours  jiaru  la  tache  la  plus  foncée  de 
la  planète  en  18'.i.S- l.S'.i'.l.  Toutefois,  son  intensité  semble  avoir  été  moindre  qu'à 
l'oppositiiiU  précédente.  Les  îles  de  la  mer  Erytlirée  ont  été  bien  reconnues; 
Pyrrlise  Regio,  Frotei  Regio  et  Argyre  étaient  faciles  à  distinguer. 

Le  blaiichissementde  celtedernière  avec  l'obliquité  a  été  tout  à  fait  remarquable. 
0  Toutes  les  fois  qu'.\rgyre  était  au  limbe,  dit  M.  Phillips,  elle  était  absolument 
comparable  eu  éclat  aux  neiges  polaires.  » 

Le  lac  df  la  Lunn  était  pi  II  ^fnci  If  à  (listing  lier  qiio  celui  du  S(il  cil.  Titlionius  a  été 
vu  dédoublé  par  M.  Molesworth,  le  dédoublement  étant  en  taches  rondes.  Il  est  pos- 
siblequele  canal  d'Agathoda'mon  soit  constamment  double,  bien  que  cette  manière 
de  voir  ne  soit  pas  entièrement  justiliée  par  certaines  observations  antérieures.  Un 
faibledetni-ton  semblait  recouvrir  la  région  de  Thaumasia.  Comme  en  1896-1897,  on 
n'est  pas  arrivé  à  percevoir  la  péninsule  Dorée  aussi  bien  que  le  golfe  Aonius  ('). 
Le  lac  du  Phénix  est  signab^  comme  uiie  tache  «  petite  et  ronde,  visible  sans 
difficulté  pendant  toute  la  dui-ée  des  observations  »,  par  M.  Molesworth.  Tempe  a 
été  vue  blanche  jiar  plusieurs  observateurs,  et  il  est  intéressant  de  rapprocher 
cette  observation  des  dessins  antérieurs  de  Kaiser  et  de  Schiaparelli  (t.  I,  p.  181, 
pq.  118,  et  p.  ."lil,  ftij.  -fi3).  Mœotis  Palus  est  un  marais  très  pâle.  Enfin,  Ogygis 
Uegiii  a  été  vue  unie  au  promontoire  des  Arômes  par  un  ligament  clair.  Au  sud  de 
Thaumasia,  il  paraît  exister  une  terre  vague,  à  laquelle  le  nom  de  Dia  a  été  donné. 

Les  mers  des  Sirènes  et  Ciiiunérienne  n'ont  rien  offert  de  frappauten  1898-1899, 
et,  comme  d'habitude,  les  terres  au  sud  de  ces  taches,  Phaethontis,  Electris  et 
Erldania,  semblaient  être  très  blanches  près  du  limbe.  Le  Nœud  Gordien  s'est 
présenté  comme  un  estonipage  des  plus  \'agues.  MM.  Molesworth  et  Phillips 
sont  ai'rivés  à  bien  distinguer  les  lacs  parsemant  le  canal  Eumenides-Urcus. 
Propontis  était  simple,  non  double  à  cette  opposition. 

llesporia  s'est  montrée  légèrement  >  stompée.  La  mei'  Tyrrhénicnne  a  présenté 

('!  !>(■  r,'i|i[MjrliMir  f.iil  ioiiiar(|iier  les  aiitii-siiggestinns  l'rèquentos  des  oliservateurs  de 
Mars,  en  signalant  iiuu  M.  Lt'O  BreiunT  a  dessim-,  en  lS!)'i,  la  poiiinsnle  Dori'c,  et  le  golfe 
Aonius.  tris  que  ces  yspects  ont  et.-  ri'|irêsenirs  siu-  les  (lartes  de  M.  Schiaparelli,  ot 
cela  k  une  i-poqiir  où  ils  étaienl  invisibles.  "  Liîs  planètes,  dit  railleur,  ne  doivent  pas 
être  dessinées  telles  ipi'elles  devraient  tnre,  mais  telles  qu'elles  sont.  »  Nous  nous 
rangeons  vulouticrs  à  cette  remarque.  Mais  nous  avons  constaté  plus  haut,  à  propos 
du  lac  M(i:ns,  ooiriliiin  il  est  oiflicile  d'être  affinnatif,  l'un  voyant  ce  que  l'autre  ne 
voit  pas.  (le  ipi'il  y  a  de  pins  sur,  comiiie  variation,  pcndaiil  celte  op|iositioii,  c'est  l'af- 
l'aililisseiiii;iil  du  lac  du  Soleil  et  rassoiuhrisseuicnl  du   lac  de  la  I-une. 


OBSI-HVATI-rUS  l)K  LA  liUlTISll  ASTHONOMICAL  ASSOCIATION. 


483 


son  aspect  liabitiicl.  Un  dos  traits  cara('térisli([ues  de  cette  opposition  de  Mars  a 
été  la  grande  l)laneiienr  d'Klysiuni.  Comme  en  I8".K)-18'.I7.  l'extrémité  précédente 
ou  occiilentale  de  cette  immense  surface  polygonale  était  excessivement  blanche  ; 
mais  les  observations  do  la  Commission  tendraient 
à  prouver  que  cette  blan.iiour  a  été  variable. 

Parmi  les  observations  les  plus  curieuses,  si- 
gnalons celle  de  M.  Stanley  Williams  sur  le  Tri- 
vium  Charontis.  11  n'a  pas  paru  double,  mais 
semblait  avoir  une  forme  triangulaire,  avec  inté- 
rieur plus  clair,  coumie  s'il  eût  été  com|)osé  de 
plusieurs  canaux  enlacés. 

Hepha>stus  ne  parart  pas  avoii-  eu  l'intensitf' 
que  l'on  remarque  sur  les  dessins  de  M.  Schiapa- 
relli.  Les  terres  de   l'blegra,  Cebrcnia   et  .i;theria    étaient    toutes   estompées. 

Les  deux  Ponls  do  M.  Lowell,  réunissant  Libya  et  llammouis  t'ornu  respec- 
tivement à  Hellas,  étaient  vaguement  indiqués.  11  en  a  été  de  même  des  demi-tons 
lapygia  et  Œnotria.  Les  observateurs  ne  sont  pas  d'accord  sur  la  forme  de  la 
Grande  Syrte.  dont  la  pointe  inférieure  a  été  vue  émoussée,  par  >L  Molesworth, 
et  très  effilée,  par  les  autres  observateurs.  Une  traînée  grise  canaliforme,  corres- 


■:-■?'•■      'ysiuc»       Cyclcfs 

Fis.  :î13.— Le  Tnviimi  Chaioutis  en 
mars  18y9.  Dessin  de  M.  Stanley 
William, 


Fiff.  314. —  La  mer  du  Sablier  en  novembre  IS'.iS. 
Dessin  de  M.  Molesworth 


pondant  au  Dosaron  de  M.  Lowell.  a  été  vue  traversant  l'éieudue  grise  de  la 
mer  du  Sablier,  par  MM.  Attkins  et  Molesworth.  M.  Fliillips  a  répété  son  obser- 
vation de  1896-189"  relativement  au  pont  séparant  la  Grande  Syrte  du  Nilosyrtis. 
Le  lac  Mœris  a  été  vu  comme  un  simple  golfe  de  la  mer  du  Sablier;  en  même 
temps,  la   Libye   n'était  pas  estompée,  mais  brillante.  Colœ    Palus  a  été   bien 


m  I.A  PLANETE  MAUS.  189'.l 

observé.  KiiMn  les  régions  do  Neith  et  l'topia  étaient  recouvertes  d'un  estompage 
des  plus  faibles. 

M.  Mok'swortli  a  pu  redécouvrir,  le  '.)  novembre  18'.I8,  la  célèbre  Neige  Atlan- 
tiiinc  observée  par  M.  Sehiaparelli,  à  Milan,  de  1877  à  I88"2,  et  disparue  depuis. 


Fig.  :îl5    —  La  mer  liu  .Sablier  eu  janvier   18'.I9 
Dessin  île  M.  Philips. 

Cette  petite  taclie  blanche  est  intermittente.  C'est,  sans  doute,  une  montagne, 
rarement  couverte  de  neig;-\ 

La  décroissance  de  la  neige  polaire  boréale  est  ensuite  discutée  longuement 
dans  ce  Rapport.  .\u  moaisn' du  solstice  d'été  boréal,  le;  neiges  sous-tendaient 
encore  un  arc  de  i'y.  M.  Molesworth  croit  avoir  vu  cette  calotte  recouverte  de 
nuages  en  18'.I8.  Le  contour  du  cap  n'était  pis  régulier,  mais  échancré  sur  plus 
d'un  point. 

()ii  a  vu,  en  tout,  ll'.l  canaux:  on  18,iS-l8'r,i,  dont  8'i  appartenant  aux  Cartes  de 
^L  Si'l;iapar<dli.  Les  voici  : 

Adaiii;is,  .Esacus,  .Etlnops,  .\gallioJ;i!inv)ii,  Alcyoïiitis,  Araeiithès,  Aiithœeus,  Anubis, 
.\nion,  Asclepiiis,  Astaboras,  Asta|uis,  Asiusapes,  Alhyr,  Horeas,  Boréosyrlis,  C-a\- 
lirrboe.  Cei'auniiis  (double),  Cerbère  (doidjle),  Cbaos,  Chrysorrhoas,  Glarius,  Cyclops 
(iliiuble;,  Darilaïuis,  Deulerunilus,  l'^ospboros,  ICrohus,  iMimenides-Orcu?,  Kunostos, 
{'".upliidt's,  Kui'ipus,  ICurotas,  Fcvos.  Fortuiia,  Cala.xias,  Ganges  (double),  Gehon 
(double).  Gigas,  (jorgoii,  Grauicu.s,  (Jyii  les,  llailes  iilouble),  Hebrus,  Heliconius, 
Hiddekcl,  Hyblœus,  Hydaspcts,  Hydraotes,  lanuiiia  (double).  laxartes,  Indus,  lordanis, 
Jris,  Issedou,  Kison,  Laîslrygoii,  Letlies.  Nectar.  .N'epenlbés,  Nilokcras  (double),  Nilo- 
syrtis.  Niliis  (doulde),  Oroules,  O.xus,  Pactolus.  l'iiasis,  Pbisou,  Phlegetbou,  Pierius, 
Plulus,  l'oros,  ProtoÈiilus,  Pyriplilegellion.  iSirenius.  Styx,  Tanais,  Tartarus,  Tlioth, 
Titan.  Triton,  Typbouius,  Uranius.  Xaulbiis,  Xeiiius;  six  autres  canaux  appartenant  à 
la  C-arte  ib;  M.  Low(dl  :  Arosis,  Bronies,  Cantabras,  l^lison,  Eulauis,  Ilypsas;  cinq  canaux 
déjà  vus  <']!  1896-1897  pHur  la  première  fois;  enfui. quatre' nouvelles  lignes  inideutitiablps. 


OBSERVATliUUS  \)\:  LA   lilUriSll   A>TIUiN(  iMH  AI.  ASSOCIATION.  48:. 

M.  Kempthorne  ;i  constaté  que.  lo  plus  .souvent,  les  canaux  lui  apparaissaient 
comme  formant  le  liord  de  demi-tons. 

On  a  découvert  t-galement  dU  nouveaux  lacs. 

M.  Molesworth  a  observé  des  projections  sur  le  termiuateur,  surtout  dans 
Baltia.  le  1.")  août  !.S'J8.  I.c  même  observateur  relate  que  les  mers,  qui  étaient 
très  pâles  en  août  I8'.)8,  n'ont  commencé  à  s'assombrir  qu'en  septembre  ([11  io\irs 
après  le  solstice  et  48  jours  avant  Ti-quinoxe).  «  Cette  pâleur  des  mers,  dit  l'obser- 
vateur de  Ceylan,  n'était  pas  due  à  des  nuages...,  c'était  un  changement  dans  les 
mers  elles-mêmes.  » 

Ce  Rapport  se  termine  par  les  considérations  suivantes  : 

1°  Nous  ne  saurions  préciser  l'âge  de  Mars.  Si  la  planète  était  jeune  et  sa  sur- 
face encore  chaude,  il  n'y  aurait  pas  de  condensations  aux  pôles,  tandis  que 
d'un  autre  côté,  l'observation  ne  fait  pas  précisément  un  glacier  de  Mars. 

i"  L'atmosphère  est  beaucoup  plus  transparente  qu'on  ne  le  croit  d'habitude, 
permettant,  quelquefois,  aux  taches  d'être  visibles  avec  toute  leur  intensité 
jusqu'au  limbe.  11  est  probable  que  sa  densité  est  aussi  très  faible.  On  ne  saurait 
affirmer  qu'il  flotte  des  nuages  dans  un  pareil  milieu.  Mais  des  condensations 
superficielles  i comme  de  la  gelée  blanche)  sont  hautement  probables. 

3°  En  admettant  la  théorie  de  M.  Johnstone  Sioney,  sur  l'absence  de  vapeur 
d'eau  à  la  surface  de  Mars,  on  arrive  à  la  conclusion  que  la  température  moyenne 
de  la  planète  serait  basse,  et  cela  conformément  aux  exigences  de  la  loi  du  carré 
delà  distance.  Mais  si,  au  contraire,  les  calottes  polaires  représentent  de  la  neige 
ordinaire,  la  température  moyenne  ne  semblerait  pas  bien  éloignée  du  zéro 
centigrade.  Toutefois,  flans  ce  cas,  l'atmosphère  de  Mars  devrait  contenu-  quelque 
gaz,  bien  diathermane  à  la  chaleur  lumineuse  du  Soleil,  mais  fortement  ather- 
mane  pour  la  chaleur  sombre  réfléchie  de  la  surface.  C'est  dans  ce  cas  seulement 
que  la  planète  pourrait  être  habitée  par  des  êtres  analogues  à  ceux  qui  peuplent 
la  Terre. 

4"  Étant  donné  que  le  contraste  doit  nécessairement  accroître  l'éclat  des 
régions  approchant  le  limbe  (ce  qui,  sur  Mars,  se  traduit  par  un  changement  de 
couleur  de  l'ocre  au  blanc  i,  le  phénomène  des  terres  qui  blanchissent  avec 
l'obliquité  doit  être,  eu  partie  du  moins,  subjectif.  S'il  était  essentiellement 
objectif,  nous  aurions  alors  la  preuve,  pour  ainsi  dire,  que  les  rayons  solaires 
subissent  une  absorption  considérable  dans  l'atmosphère  marlienne,  du  moment 
que,  sous  une  épaisseur  atmosphérique  croissante,  la  chaleur  du  Soleil  est 
beaucoup  trop  atténuée  pour  empêcher  la  condensation. 

,-j°  Nous  savons  aujourd'hui  qu'un  nombre  considérable  de  canaux  forment  les 
limites  de  faibles  demi-tons.  Le  fait  est  significatif,  bien  qu'il  soit  dangereux,  à 
présent,  de  généraliser  sur  ce  point  et  de  considérer  tous  les  canaux  comme  des 
bords  d'estompages. 

fi"  Indépendamment  des  changements  affectant  les  calottes  neigeuses,  l'évi- 
dence en  faveur  de  l'objectivité  des  changements  observés  sur  Mars  est  très 


4Si;  LA  PLANÈTE  MAHS.  1899 

f,'i'aiu]e.  Pour  n'en  citer  qu'un  cas,  remarquons  qu'en  I883-LSS4  la  Boréosyrtis  a 
litïert  l'aspect  d'une  hnndf  (Hroite  entourée  d'une  surface  brillante.  Or.  pendant 
ro|iposition  analogue  de  l.X'.KS-ISll'.l,  une  iinnicnse  quantité  de  miitière  sombre 
rnc.nivrait  au  mointi  dix  fois  la  siu-l'a'-e  occupée  par  la  bande  de  l88:-!-l88i.  De 
pareille.s  divergences  semblent  bien  en  dehors  des  erreurs  d'observation.  lOt  si 
des  changements  sur  une  échelle  aussi  gigantesque  se  produisent  en  un  point 
donné  de  la  planète,  ils  sont  à  même  d'affecter,  sous  une  l'orme  plus  ou  mcdiis 
atténuée,  toute  autre  partie  du  sol  martien. 

7"  Enfin,  les  phénomènes  observés  sui'  les  «  mers  »  nous  b>nt  vdir  que  celles-ci 
ne  sont  probablement  pas  des  mers,  car  la  variabilité  en  contours  et  eu  intensité 
n'est  pas  la  caracté'ristique  îles  surfaces  liquides. 


CC.XLl.X.—  .1.  <JlEDUII,L.  —  <)BSERV.\TIOXS    F.MTES   .\   L'Ob<ER V.\TOIIiE  CliOSSLEV, 

Bermerside,  H.\lifa.\, 

PENDANT   l'opposition    DE    18'.t8-18'.l'.l    (')■ 

Ces  observations  ont  été  faites  avec  rinstrunient  décrit  précédemment 
(p.  348),  du  19  décembre  1898  à  la  fui  de  mars  1899.  en  quarante  nuits. 
Dans  ses  descriptions,  l'auteur  continue  d'adopter  les  dénominations  de  la 
Carte  de  Green. 

La  Kaiser  Sea  ou  mer  du  Salilier  a  souvent  paru  s'éclaircir  lorsque  la  rota- 
lion  l'amenait  dans  le  voisinage  du  bord.  Sa  région  boréale  s'est  toujours 
montrée  très  foncée.  La  mer  Campani  <  mer  .\cidalieiine)  a  jiarutrès  foncée, 
llenaété'de  même  du  détroit  d'Herscbel  II  (Sinus  Sabanis).  de  la  mer 
Delambre  (Boréosyrtis),  ainsi  que  la  baie  l'ourcluie  du  Méridien;  la  Passe  de 
Xasniytli  (Protonilus)  et  la  mer  Lassell  (tsmenius  Lacus)  n'ont  élé  aperçues 
i]ue  dans  les  cas  de  conditions  atmosphériques  parfaites. 

La  bordure  australe  du  cap  polaire  a  paru  foncée  (■21  février!.  En  général, 
les  continents  ont  présente  un  ton  chaud,  surtout  h'  continent  lieer  (.\eria, 
Aralda). 

Une  [u-ojectiou  brillanic  a  (Mi>  idiservceet  étudiée  avec  soin  le  "24  janvier, 
vers  9'';iÛ"'.  sur  le  Irruiinateur,  aussi  évitlente  iju'un  satellite  de  .lupiter 
lorsijn'il  se  irouv(_'  en  contact  avec  le  bord  de  la  planète.  Sou  diamètre  était 
d'environ  0'',-"),  et  l'angle  de  ]iosition,  coiiipli'  du  cenire  du  cap  polaire  nord, 
rtail  d'environ  \M",  c'est-à-dire  (lu'elle  si^  trouvait  dans  le  (]uadrant  sud 
suivaid,,  vei's  le  pôle  sud.  Elle  resta  visilile  jiendant  une  heure  environ.  Cette 
nuit  du  "Jt  janvier  a  (M.i;  la  meilbnire  de  luules  comun'  deliiiilion.  Il  est 
probable  que  ces  projcclions  oui  olii  plus  l'ri'qui'ules,  mais  (dVaceiiS  clans 
l'imprci'is  du  lerminalenr. 

{•  )  M'jiillilij  Molice!',  mai  181)!),  p.  493. 


OBSERVATEIUS  l)l-   I.A  SOCIKTii  ASTHoNOMinil-    DK  I  liANCK.  iS7 

COL.  —    Oi!Si;iiv\Ti;rns  DK   i.a  Sociktk  astronomuiii-:  de  Fkance. 

MM.  iJiii'iiissi.'L  liiiilanx.  LiluM'l  (Uil  lail  iiiH'  si''rii'  d'olisorval  imis  (|ui 
Concordent  l.iirn  avn-  1rs  in-iTrdi'uios. 

Le  "2  février  ISII'J,  M.  Qii<MUS'<et  a  oiiiciui  une  photOLfiaphio  (|ui,  uirraiidie 
h  fois,  mesure  'M"'"  de  diamètre.  La  mer  du  Saljlior  y  esi  vi.<il)le,  ti-ianii-le  très 
larye,  ainsi  que  la  calotio  pulairt;  boréale,  fort  i)lanche,  et  ressortant  du  iJisque 
par  irradiation.  Nous  avons  essay*'  de  reproduire  cette  phoio^i'apliie  pour  l'im- 
pression, par  pliototfravure,  mais  sans  pouvoir  obtenir  de  résultat  satisfaisant. 

«  J'ai  note  pendant  cette  opposition,  (M-rit  M.  Rudaux.  la  i^rande  visibilité  des 
détails  entourant  immédiatement  la  calotte  polaire  l)oréale,  entre  autres  un  petit 
lac  que  j'ai  dessiné  le  11)  ilécembre  1,'^iS.  Ce  jour-là,  la  Grande  Syrte,  au  centre 
du  disque,  se  montrait  très  sombre,  comme  toujours,  dans  sa  pointe  boréale,  et 
sans  trace  aucune  du  lac  M(eris.  L'.\menthès,  prolonf,'eant  la  Boréosyrtis,  se 
montrait  comme  un  vague  estompage,  pourvu  d'un  petit  lac  grisâtre  à  sa  ren- 
contre avec  le  nouveau  canal  qui  a  éti'  découvert  eu  i8'.l■p-l^^'.l7  à  l'Observatoire 
de  Juvisy.  Ln  liant  du  disque,  llellas  l'ait  l'etïet  dune  tache  polaire. 

i>  Cette  observation  se  trouve  en  tous  points  ccinforuie  à  celles  qui  ont  l'té 
faites  simultanément  h  Juvi.sy. 

'>  Le  b  janvier  LSII'.I,  l'image  étaut  encore  e.Kcellente,  j'ai  observé  la  r('gion 
située  vers  le  méridien  100'.  Les  régions  (lolaires  boréales  étaient,  n.atiu'elle- 
ment,  les  plus  facilement  visibles,  mais  avec  un  certain  aspect  confus  et  grisâtre 
qu'il  faut  attribuer  à  la  grande  quantité  île  canau.x  qm  sillonnent  cette  région. 

■'  C'est  le  Tanaïs  qui  limite  la  calotte  polaire,  qui  parait  s  retendre  sur  Xerigos. 

»  Le  Ceraunius  monte  au  milieu  du  tlisque  et  les  estompages  qui  le  coupent 
paraissent  répondre  à  Phlegeton,  Dardauus-.\cheron,  avec  un  lac  à  leur  rencontre. 
De  ce  lac  part,  vers  Tana'is,  un  estompage  gris  qui,  se  reliant  confusément  avec 
la  base  de  Ceraunius,  change  l'aspect  de  cette  région,  faisant  ainsi  une  sorte  de 
mer  de  ce  grand  golfi'.  » 

AL  Libert  remarque,  de  son  côté,  que  l'Ilellas  se  voy.-iif  fort  biiMi  et  que  sa 
couleur  était  sensiblement  moins  rouge  que  celle  du  reste  île  la  planète. 

»  La  Libye  était  particulièrement  jaune;  c'était  la  jiartie  la  plus  rouge  du 
disque  de  la  planète. 

»  La  Grande  Syrte  ou  mt-r  du  Sablier  était  très  foncée,  surtout  dans  sa  jiartie 
centrale.  Elle  semblait  avoir  encore  augmenté  d'étendue.  Le  Xilosyrtis.  bien 
visible,  m'a  semblé  rejoindre  le  Colne  l'alus  presque  invisilde;  .\eria  ou  conti- 
nent Copernic  était  très  foncé;  c'était  une  des  parties  sombres  de  la  ]ilaiu'-'te.  Le 
Sinus  Sabai-us.  ou  golfe  Kaiser,  avait  sou  aspect  ordinaire;  l,-i  baie  du  Méridien 
était  netteinent  fourchue;  la  région  de  Deucaliou  était  très  nettement  délimitée. 

»  Nous  avons  aperçu  une  seule  fois  le  lac  ilu  Soleil.  Quant  au  Trivium 
Charontis,  je  l'ai  plusieurs  fois  reconnu;  son  centre  avait  la  forme  d'une  tache 
très  noire.  » 


488  LA  PLANÈTE  MARS.  1890 


CCLI.   —    FaUTH.    —    (OBSERVATIONS    TAITES    EN     IS'J'JI'). 

M.  Pli.  Faulh  adresse,  de  son  observatoire  de  Landsluhl,  le  résumé  de  ses 
études  sur  la  planète. 

Mes  observations  pendant  l'opposition  de  1898-1899  ont  été>urbordoances  aux 
pliotographies  lunaires  que  j'avais  entreprises,  et  j'ai  dû  choisir,  d'autre  part,  les 
heures  où  la  planète  avait  une  position  favorable.  Il  y  eut  17  recherches  fructueuses 
entre  le  -23  février  et  le  28  mars,  avec  un  objectif  Pauly  de  7  pouces,  presque 
toujours  avec  un  agrandissement  de  -233.  Pour  ue  subir  aucune  influence,  je  pris 
soin  de  ne  pas  consulter  la  Carte  de  Mars  avant  les  observations  et  d'ignorer  les 
Ephëmérides. 

Malgré  ces  circonstances  difficiles,  je  soumets  ci-joint  deux  dessins  sur  lesquels 
il  m'a  été  possible  d'identifier  les  détails  avec  les  aspects  de  la  Carte  de  Brenner 
de  I89l>-1897  |  publiée  p.  331). 

"Voici  les  aspects  qui  paraissent  différer  des  dessins  de  cette  Carte,  et  qui 
pourront  faire  l'objet  de  comparaisons  ultérieures.  (Les  chiffres  entre  parenthèses 
indiquent  les  numéros  dp  la  Cart<'  de  Brenner.) 

1.  Le  23  et  1p  2.1  février,  on  remarqua  sui  le  terminateur  un  aplatissement  très 
distinct.  Peut-être  occupait-il  la  place  du  Sinus  Aurorœ.  entre  les  plaines  claires 
d'Argyre  et  de  Chrysé,  et  s'explique-t-il  simplement  par  des  causes  aréogra- 
phiques  et  physiques. 

2.  D'une  clarté  spéciale  brillèrent  :  le  23  février,  Hollas  et  Argyre  ;  le  2ii  février, 
Libye  et  Hellas;  le  28  février,  Hellas:  le  h  mars,  Thylé  II;  le  13  mars,  la  région 
d'est  de  Ceraunius,  arrondie;  le  l.î  mars,  de  nouveau  ces  derniers,  mais  en  forme 
conique  jusqu'au  Lacus  Fucinus;  de  plus  Elysium,  arrondi;  le  16  mars,  peut-être 

'l'barsis;  les  2.">  et  28  mars,  Argyre  et  <Jgygis. 

It.  .\usonia  boroalis  aiiparut  les  211  et  27  février  etle  5  mars,  extraordinairement 
élroite,  mais  allongée  vers  l'est-ouest;  le  canal  Kuripus  (58)  était  très  large. 

i.  .lapygia  était  dirigé  vers  Ausonia  borealis  et  réunie  à  Terranuva;  nenotria 
sembla  aussi  adhérente  aux  précédents.  (Dessins  des  23,  26,  28  février. i 

.5.  '\'aonis  Regio  de  Schiaparelli  s'est  nuintrée  en  forme  de  langue  longue  et 
large  jus(pie  vers  Noachis.  mais  i)lus  teriK'  que  les  régions  avoisinautes  (2ti,  27, 
28  février). 

().  Aciiillis  Pons(19'i)  a  toujours  été  visible,  avec  le  Lacus  Niliacus  et  Aci- 
dalium,  les  23  et  2.")  février;  même  tout  à  fait  semblable  aux  dessins  de  Schiapa- 
relli des  1  février  et  11  mars  188'i  et  du  9 juin  1890. 

(')  Aulvoiiomixclnt  Naclirichteu,  ii"  :i'M.  7  août  18'.)0. 


KAITII     -  OliSKIîVATiONS  1  \irKS   \   I  WIiSHIII.  .iS'.l 

7.  Xisiitliri  Itegio  (^O'.li  était  clairenieni  visible  les  i'.^.  -'.'),  H'i  et  -.'T  février. 
S.  Je  perdis  de  vue  .lasuu  (Si  i  \c  :,  mars,  à  mon  i^raiid  étonueiiieiit.  et  il  fut 
redessiné  les  12  et  13  mars. 


23  février  ISII'.I,  a  6''  :»"■  ^  =  m\-.  15  jiiars  lsa9.  a  U''oO'".  a  =  ITi". 

Fig.  :il6-;!IT.  —  Dessins  de  Mars,  par  M.  Fauth, 


9.  Hiddekel  iT'i)  manque  aussi  d'une  manière  frappante  sur  le  dessin  du  >'o  fé- 
vrier, où  Géhon  (66)  se  voit,  mais  fort  p.àle;  le  '2.')  février,  il  en  est  apparu  quelque 
indice;  le  -^B  février,  il  fut  distinct  et  foncé. 

10.  Cerberus  (3ti),  qui  a  été  vu  les  5  et  IJ  mars  avec  certitude,  ne  l'a  été  le 
r>  mars  que  faiblement  et  d'une  manière  incertaine. 

H.  Nilokeras  (  I  Ui  manqua  le  i.i  mars,  tandis  que  Jamuna  (7'.)-80i  était  visible. 

12.  Tithonius  I.acus  (!8;M  n'a  pas  été  remarqué. 

13.  Il  arriva  plusieurs  fois  que  Je  pris  des  parties  de  deux  canaux  pour  un  seul, 
telles  que  les  2i;,  27  et  28  février  Fliison  et  T}-phon.  le  23  février  Hydraotes  et 
Zaratliustra,  le  28  février  .\sclepius  et  Astapus.  le  2ô  mars  .\sclepins  et  Athyr, 
qui  semblaient  être  reliés  en  forme  de  courbe.  Le  23  février,  m'apjiarut  un  canal 
qui  commençait  au  Sinus  Sabaeus  et  s'étendait  en  courbe  vers  la  pointe  Aéria, 
vers  Japygia.  Ce  canal  est  peut-être  nouveau. 

14.  Egalement  nouveau  serait  un  canal  qui  reliait.  le  28  février,  les  embou- 
chures de  Phison  et  ,\stusapes. 

l.T.  Il  se  pourrait  que,  le  2.7  mars,  un  canal  dans  la  direction  de  3.-1»  de  longitude 
aurait  été  parallèle  avec  Hydaspes  (77). 

16.  Cantabras  f33"l.  qui  jusqu'à  présent  n'a  été  mentionné  que  par  Brenner  et 
t'erulli.  a  été  distinctement  visible  le  23  février. 

Toutes  ces  remarques  nous  donnent  l'impression  de  rarlalinns  impor- 
tantes arrivant  à  la  surface  de  la  planète. 


100  LA  TLA N ETE  MAKS.  1899 


COI. II.  —  William  H.   Pk.kerixi;.  —  ■MétéoroloitIE  martienne, 

d'après  les    PHOTO(iRAPHIES. 

M.  William  II.  Pickering  a  publié  en  1903,  au  Tome  LUI  des  Annales  de 
l'Observatoire  de  Harvard  Collège,  un  Mémoire  sur  les  caraclères  de  la  Météo- 
rologie martienne,  qui  peuvent  être  conclus  des  photographies  de  la  planète 
prises  à  Cambridge  en  1888  et  au  Mont  Wilson  en  181)0,  à  l'aide  du  télescope 
Boyden,  de  13  pouces  (nous  en  avons  déjà  parlé  au  Tome  I,  p.  464).  Tout 
d'abord,  l'auhMir  a  pris  soin  de  représenter  la  forme  du  disque  martien 
avant  et  après  l'opposition,  par  la  figure  ci-dessons,  dans  laquelle  les  lettres 
S  en  haut  et  N  en  bas  indiquent  res[)ectivement  le  Sud  et  le  Nord,  la  lettre 
P  à  gauche,  le  côté  précédant  et  S  à  droite,  le  coté  suivant.  Rappelons  que 
le  côté  précédant  indiijue  l'Ouest,  dans  le  sens  astronomique,  et  l'Est,  dans 
le  sens  géograiihiiiue  terrestre.  La  tète  de  tlèclie  tracée  au  centre  de  la 
figure  du  milieu  indique  la  direction  delà  rotation  de  la  planète,  et  les  trois 
nombres  90",  0°  et  270",  la  direction  dans  laquelle  les  méridiens  sont 
comptés.  Avant  l'oiipositiem,  nous  voyons  le  terminatciir  du  coucher  du 
Soleil,  et  après  celui  du  lever.  Ces  esquisses  peuvent  s'ajouler  comme  coni- 
plémi'ut  à  nos  ligures  056,  257  et  258  du  Tome  1. 

Dans  les  premières  photographies,  faites  au  printemps  de  l'aïuiéc  1S88,  les 
régions  polaires  de  Mars  ne  manifestent  aucune  trace  de  blancheur,  quoique  des 
nuages  soient  visibles  dans  les  régions  ëquatoriales.  Le  pôle  nord  de  la  planète 
était  alors  toin-nè  vers  nous.  Des  nuages  se  montrèrent  au  pijle  nord,  à  une  date 
de  la  saison  martienne  correspondant  au  JT  juillet  terrestre,  l'étendue  couverte 
mesurait  environ  IJOO  miles  en  diamètre. 

L'auteur  signale  un  grand  nombre  de  cas  de  nuages  étendus  dans  le  voisinage 
des  deux  pôles. 

Le  terminatcur  occidental  s'est  montré  le  plus  nuageux,  ce  ipii  s'explique  par- 
faitement par  la  fraîcheur  correspondant  au  cimclier  du  Soleil. 

Le  ternunati'ui'  ui'icuial  est  monis  nuageux,  mais  d  l'est  aussi,  ce  qui  fait 
suiiposer  que.  dans  la  rareté  de  l'iUniosphère  martienne,  la  condensation  pourrait 
bien  durer  tonte  la  nuit. 

Les  Idvers  sur  Mars  sont  jjIus  miaujcux  que  les  éiés.  C'est  assez  naturel. 

lài  18(11),  on  a  vu  la  neige  atteindre  HG"  de  latitude  australe  et  une  date  mar- 
tienne qui  correspond  à  notre  21  août.  Le  i)i]|c  nord  était  \  peu  près  libn^  de 
nuages. 

Immédiatement  après  le  solstice  d'été,  le  pôle  parait  libre  de  nuai;es  comme 
de  neige.  Mais  il  est  possible  que  le  cap  polaire  soit  trop  exii^ii  i)our  être  pho- 
tographié. 


DIAMKTKE    K T  .Vl'L.VÏISSKM  KNT.  491 

La  zone  tempérée  australe  a  souvent  des  images  le  matin,  et  ilevicnt  très  claire 
dans  l'après-midi.  C'est,  sans  doute,  i)lutiit  de  la  iiclèe  Idanclic  ijue  dos  nuages, 
laquelle  fondrait  au  Soleil. 

Une  tache  blanche  assez  grande  a  été  photograpliiée  en  I8HU  et  IS'.i;',  par  21,")" 
de  longitude  et  3U"  de  latitude  australe,  sur  Buroas,  a  l'est  de  l'rnpunlis.  iClle  a 

S 

P      ^     270l <- ^9o'     p.    S 

E*   i  \  J        \  °  J        \  I^^M' 

-  N 

Avant  Opposition  Après 

F}!-'.  31.S.  —  Phases  .Ir  M:i\-.  Icruiiiiatoiir.  oricntati'iii , 

duré  plus  d'un  mois.  M.  Pickering  l'attribue  aune  tenÈ|iéte,  ;\  un  cyclone.  —  Je 
pencherais  plutôt  vers  de  la  neige. 

Selon  l'auteur,  les  nuages  de  Mars  sont  jaunes.  l,a  tncsure  <le  leur  hauteur  a 
donné  l."i  miles,  ou  -..'lOOti". 

Les  aeut'piiotographies  du  disque  niarlien  piildiéos  dans  ce  Mémoire  ne 
valent  guère  (jtie  par  leur  interprétation  et  sont  trop  confuses  pour  être 
reproduites  ici. 

CCLin.  —  Diamètre  et  .aplatissement  (')• 

Nous  avons  déjà  signalé  plus  haut  ip.liôO)  les  mesures  prises  [lar  M.  ^^'. 

Schur,  à  l'Observatoire  de  Gottingen,  pendant  l'opiiosition  de  189(j-1897.  A 

l'époque  de  ropposition  de  1899,  arrivée  le  18  janvier,  des  mesures  prises 

également  àlhéliomètredeRepsold,  par  le  mouvement  vertical  et  horizontal 

des  images,  à  l'aide  d'un  oculaire  à  prisme  l'cnversant.  ont  donné  à  railleur 

les  résultais  suivants  : 

Diamètre      Diamètre  a  — 1> 

équatorial.       polaire.  Ditl'éreiice.         a 

il  Janvier G, 370  i'i,-.;7:.  u,0;i.j...  ^.. 

23     —      li.is,".  c.iiS-,'  n,in:;.   .        ^.^- 

20      —       6.28.")  li.U."!  iM'iii...         — 

t")  Monihbj  Xotices,  mars  1899,  p.  330. 


492  LA  PLAXKTE  MAKS.  1899 

Ces  mesures  confirment  celles  de  1896.  L'aplatissement  serait  ^^^  ce  iiui 

est  considérable,  comme  déjà  nous  l'avons  l'ail  remarquer  pour  les  mesures 
précédentes. 

La  moyenne  des  deux  séries  (')  donne,  pour  la  distance  1  : 

Diamètre  équatorial 9", 55 

—        polaire 9",3.") 

Aplatissemeut t^ 

M.  Ernst  Hartwig  a  contesté  (Monthly  Notices,  mai  1899)  la  valeur  de  ces 
nombres,  en  faisant  remarquer  que  l'observateur  n'a  pas  tenu  compte  des 
erreurs  probables  qui,  dans  ces  mesures,  s'élèvent  assez  haut.  Au  mois  de 
septembre  suivant,  il  a  publii'  [Astr.  Nachr..  3594'  les  mesures  htdiomé- 
triques  exécutées  par  lui-même  à  l'Observatoire  de  Strasbourg  en  1879,  et 
à  l'Observatoire  de  Bamberg  en  1890,  1894  et  1899,  avec  l'axe  vertical,  l'axe 
horizontal  et  l'axe  incliné.  Elles  se  résument  ainsi  ; 


Diamètre 

D 

iainètre 

polaire. 

en 

[uatorial. 

Aplal 

tissenient. 

1879 

9,364 

9,i4o 

1 
H6 

1890 

9,303 
9, -270 

9,435 
9,370 

i899 

71 

Ces  diamètres  sont  réduits  à  l'unité  de  ilistance.  L'auteur  conclut  que  la 
valeur  d'aplatissement  la  plus  probable  est  — • 


CCLIV.  -  J.  Hartmann.  —  ÉcLAr  iu:lai'|['"  de  Mars  et  de  Jipiter  ('). 

Lors  de  la  conjonction  de  [Mars  avec,  .lupiler,  au  mois  d'octobre  1883, 
Lohse,  à  Potsdam,  avait  essayé  de  ididlographier  les  deux  planètes  et  trouvé 
pour  leur  rapport  d'éclat 

.lnpiter 


Mars 


=  I.ii77. 


En   il'autres   termes,  .lupiter  était    plioli)gi-a[ihiquement   d'une  grandeur 
n,r)(ii  plus  iirillaul  ([ue  Mars  (24  octobre  1883). 

(')  A.S/I-.  Nachr.,  3569,  20  mai  1899. 

(-)  Siiznnij^benchh'.  dwr  hgl.  .blinde  mi  a  der  Wis^.  zn  lierlin,  juillet  1899. 


J.   Il  A  HT. MANN.   -   M  Alt  S  F.T  .lUIMTER.  493 

du  jieiit  ailiiirltri',  ou  [irincij".',  iju*'  ih'u.x  soiirrfs  de  ImuiiTc  sunt  pliolo- 
i:i'ai)hii]ueinenl  ét^alenient  brillantes  lm-S(iu'elli's  ]iri)iliiisenl  sur  la  un'uie 
plaque  un  noirrissenicnl  égal  dans  nn  temps  égal. 

Si  lies  rayons  de  même  longueur  il'onde  venant  de  la  lumière  des  deux 
soui'ees  sont  comparés  entre  eu.\,  comme  dans  le  cas  du  photomèlre  sjiectral, 
ce  théorème  est  un  axiome.  On  peutadmetlre.  d'autre  part,  (jue  deu.x  rayons 
homogènes  de  cTifférentes  longueurs  d'onde  protluiront  un  noiroissemeut 
égal  dans  le  même  temps. 

l'ar  d'ingénieux  dispositifs.  M.  Hartmann  a  ri'ussi  à  prenilrc'  des  pliolo- 
graphies  comparables  de  la  Lune.de  Ju|>iter  ei  d^  '\Iars,  pendant  les  mois 
de  mars  et  de  mai  1899,  et  a  trouvé  les  dilVereiuN's  suivanios,  suivant  les  di- 
verses longueurs  d'onde  : 

.1  11  |u  ter  — Lune.  Mars  —.Jupiter. 
-Hi.-27  -T-0.15 

1.41  '     0.07 

1.47  it.Il 


M 

ais  — 

l.iiiie. 

47ti  —  4Jt  u,u 

-f-  1 

.42 

448  -  428 

1 

.48 

423—411 

1 

.01 

Moyenne  ^  0. 1 V 

r/est-à-dire  que  .lupiter  est  de  0,12  grandeur  plus  brillant  que  Mars  dans 
la  région  lileue  et  violette  du  spectre.  Si  nous  réduisons  ce  résultat  à  la 
distance  moyenne  des  deux  planètes  au  Soleil.  .Jupiter  n'est  plus  que  de 
0,02  grandeur  plus  brillant  que  Mars,  de  sorte  ([ue  l'éclat  de  la  surface  des 
deux  planètes  est  sensiblement  le  même.  D'après  cela,  le  rapport  de  l'albedo 
de  Mars  à  celui  de  Jupiter  peut  être  estime  à  1  :   1 1,9. 

La  comparaison  de  l'albedo  relatif  ci-dessus,  avec  les  résultats  des  autres 
observateurs,  est  intéressante.  Si  l'on  prend  pour  unité  l'albedo  de  Mars 
on  a  : 

D'après  les  mesures  photouiétriques  de  Miiller  de  la  partie  visuelle  du  spectre: 
Albedo  de  .lupiter  =  2,8. 

D'après  les  mesures  ci-dessus  entre  À  'ni',  et  >.  111    : 
Albedo  de  Jupiter  =  11. '.J. 

D'après  les  clichés  photographiques  de  Lohse,  dans  lesquels,  outre  la  région 
bleue  et  violette  des  mesures  précédentes,  les  rayons  ultra-violets  ont  également 
ajouté  leur  action  : 

Albedo  de  Jujnter  =  18.8. 

Ces  nombres  montrent  que  l'albedo  de  Jupiter  surpasse  de  plus  en  plus 
celui  de  Mars,  à  mesure  que  décroissent  les  longueurs  d'onde. 


/i'j4  LA  PLANÈTE  M. A  US.  1899 

CGI  A'. —  A. -M.  JLvïTDON  ( ').  —  La  vitksï^e  de    rotation  de  RLmis 

EST-ELl.E    VARIABLE"? 

Les  cousiilérations  originales  qui  suivent  sont  dignes  de  trouver  place 
ici.  Ne  Méglii:eoiis  rien  imur  reuiiii-  et  comparerions  les  éléments  possibles 
de  la  ci.iu naissance  de  cette  voisine  du  (;iel. 

.\iix  oppositious  favorables,  la  plauète  Mars  descend  à  50  millions  de  kilo- 
mètres de  nous.  Les  occasions  de  bonnes  observations  sont  assez  fréquentes 
]ioiir  que  les  astronomes  aient  quelque  idée  de  la  surface  et  des  climats  des 
portions  diverses  du  globe.  On  en  coimaît  assez  sur  les  caps  polaires  pour  les 
considérer  comme  formés  de  neige  ou  de  glace  et  rejeter  comme  inutile  toute 
hypothèse  contraire.  Ils  ont  un  diamètre  presque  identique  avec  celui  des  zones 
glaciales  et  S(]nt  approxiinativement  centrés,  dit  l'auteur,  sur  les  pôles  de  la  pla- 
nète. Quand  l'hémisphère  nord  est  dans  une  position  analogue  à  celle  qui,  sur  la 
Terre,  produit  l'été,  le  cap  boréal  disparaît  et  le  cap  austral  croit  graduellement 
jus([u'à  sa  pleine  étendue.  Mais,  quand  nue  demi-année  martienne  s'est  écoulée, 
le  cap  septentrional  devient  très  étendu,  tandis  que  le  cap  sud  diminue  lentement. 
L'équateur  de  la  planète  est  incliné  de  24"50'  sur  le  plan  de  son  orbite,  d'oii  il 
résulte  que  ses  zones  glaciales  sont  semblables  à  celles  de  la  Terre,  sauf  qu'elles 
sont  un  peu  ptus  étendues. 

L'année  a  une  longueur  un  peu  supérieure  à  vingt-deux  de  nos  mois;  de  là, 
l'iiiver  arctique  doit  durer  environ  onze  mois.  La  planète  est  plus  éloignée  que 
nous  du  Soleil,  et  ce  fait  doit  produire  des  hivers  plus  froids  et  plus  longs,  par 
rapport  à  l'année,  que  ceux  que  nous  subissons  sur  la  Terre. 

Les  Cartes  représentent  Mars  connue  n'ayant  qu'un  océan  de  quelque  réelle 
étendue,  situé  presque  complètement  dans  l'hémisphère  sud.  Pendant  que  le  cap 
neigeux  septentrional  se  forme,  la  jdus  puissante  influence  du  SoleU  se  fait 
sentir,  précisément  au  sud  de  l'équateur,  dans  cette  partie  de  l'océan  située  dans 
la  zone  tnrride.  Doin",  la  va])eur,  qui  finalement  se  convertit  en  neige  et  forme 
le    cap,    doit    venir  principalement,   sinon    entièrement,  de  l'hémisphère  sud. 

Maintenant,  ce  grand  vnUi d'eau  est  transporté  aux  régions  polaires  par  le 

moyen  de  ratmosphère.  Ici,  sur  la  Terre,  les  nuages,  qui  véhiculent  l'humidité 
entre  des  lieux  très  éloignés,  ne  paraissi'ut  pas  ag-ir  le  moins  du  monde  sur  le 
mouvement  de  rotation.  i,)uels  que  soient  les  résultats  produits  par  ce  fait,  s'ils 
sont  néL,digeal)les,  ils  ihdvent  être  plus  ou  moins  assinniables  au  frottement  des 
marées  et  pourraient  diflicilement  accélérer  la  rotation. 

Quand  I'imu,  ((ui  vient  de  l'oci-an  au  voisinage  de  l'équateur,  (|uitte  la  plac<' 
qu'elle  occujiait  sin'  la  sphère,  la  vitesse  du  mouvement  de  la  planète  en  ces 
régions  lui  avait  donné  un  moment  consiihirable;  qu'une  partie  de  son  énergie  se 
dissipe  ou   non   pendant  le  long  parcours   vers    le    Nord,    toujours    est-il    que 

(')  Astrunotnical  Socielij  of  the  Pacific,  1809. 


A. -M.  MATTOON.  ~  VITKSSl-:  Dlî  ItOTATlON.  4;iô 

lorsqu'elle  se  pose  île  nouveau  sur  la  planète  elle  occupe  une  position  i)eaucoup 
plus  rapprocliéc  de  Taxe  de  la  sphère  tournante,  et  le  liras  de  levier  qu'elle  avait 
pour  agir  sur  ce  corps  est  si  réduit  qu'elle  ne  peut  pas  rendre  la  force  qu'elle  a 
emportée.  Ici,  dins  sa  nouvelle  position,  son  mouveniont  dû  à  la  rotation  du 
globe  est  très  lent. 

1/liiver  martien,  dans  les  régions  |iolaires,  n'a  iiuère  moins  do  onze  mois  de 
longueur,  jirès  de  deux  fois  ("elles  des  sais'>nscorres|)on(iantes  des  zones  glaciales 
de  la  Terre. 

Acceptant  l'estimation  de  M.  C.\Mi'BiiLi.,  que  l'atmosphère  de  Mars  n'a  pas 
une  densité  supérieure  au  quart  de  celle  dans  laquelle  nous  vivons  et.  eu  même 
temps,  tenant  compte  du  fait  que  la  surface  occupée  par  l'eau  sur  la  planète  n'est, 
toutes  proportions  gardées,  que  les  §  de  la  surface  océanique  de  la  Terre,  on 
peut  estimer  que  la  hauteur  moyenne  de  la  neige,  quand  le  cap  boréal  est  à 
son  maximum,  ne  surpasse  certainement  pas  0"'.60.  Séjournant  pendant  un 
temps  aussi  long,  sans  être  aucunement  déplacée,  la  neige  se  tasse  et  devient 
extrêmement  dure.  Même  en  tenant  compte  de  ce  que  la  pesanteur  à  la  surface 
n'est  qu'une  fraction  de  ce  qu'elle  est  sur  la  Terre,  le  volume  de  l'eau  produite 
représentera  une  grande  proportion  du  volume  d'une  telle  neige,  quand  le  prin- 
temps amènera  sa  fusion.  Des  expériences,  faites  sur  de  la  neige  comprimée 
modérément,  montrent  que  le  volume  de  l'eau  produite  est  environ  les  ^  de 
celui  de  la  neige.  Le  professeur  riCKEiUNO,  en  1892,  signalait  que  le  cap  a 
couvert  les  régions  polaires  jusqu'à  C"i"  de  latitude  nord.  C'est  une  zone  d'un 
rayon  de  •2.')"  et  approximativement  centrée  sur  le  pôle. 

La  Ctéométrie  montre  qu'une  telle  aire  est  égale  à  la  hauteur  de  la  zone  multi- 
pliée ]iar  la  circonférence  d'uu  grand  cercle,  l'osant  les  nombres  pour  une 
planète  dont  le  rayon  est  de  3380""",  nous  trouvons  que  l'aire  du  cap  égale  à  peu 
près  6700000'""'.  Cette  surface,  multipliée  par  la  hauteur  moyenne  de  la  neige, 
estimée  k  O^.iiO.  donne  un  volume  de  4  trillions  de  mètres  cubes,  qui  produiront 
1  (lOO  billions  de  mèires  cubes  d'eau.  Nous  sommes  liabitu(''s,  dans  nos  expériences 
de  laboratoire,  à  regarder  l'eau  comme  pesant  liiOO*"  le  mètre  cube.  Mais,  sur 
Mars,  la  pesanteur  n'est  seulement  que  les  -["j  de  ce  qu'elle  est  ici;  c'est  pour- 
quoi I'"'  d'eau  pesé  là,  à  l'aide  d'un  peson  à  ressort,  n'aomiserait  qu'un  poids  de 
38U'''.  Le  cap  entier  pèse  donc  60S  trillions  de  l<ilograin)neA. 

La  planète  est  un  ellipso'ide  aplati,  dont  le  diamètre  équatorial  est  d'environ 
GTtiO""',  le  diamètre  polaire  étant  moindre  d'une  trentaine  de  kilomètres.  Le  calcul 
montre  que  le  volume  d'uu  tel  solide  est  d'onvirun  Kid  liillions  de  kilomètres 
cubes.  La  densité  moyenne  de  la  Terre  est  ."1,:!.^.  Celle  de  Mars  n'en  est  que 
les  j—;.  et.  l'intensité  de  la  pesanteur  n'y  étant  que  les  i'^"*;  de  ce  qu'elle  est  sur 
la  Terre,  il  en  résulte  que  !■"'  de  la  matière  cimsiituani  cette  jilanète  pèse  à  sa 
surface  5580  X  0,73  X  0,38  =  1548'-^  En  multipliant  co  nombre  par  le  volume 
exprimé  en  mètres  cubes,  nous  trouvons  que  Mars  pèse  un  peu  moins  de 
248  sextillions  de  liilogrammes. 

Maintenant,  si  nous  voulons  déterminer  l'inthieuce  du  cap  neigeux  sur  la  pla- 


490  l.A  PLANE  11-    MARS.  1S'.I9 

nète.  nous  devons  séparer  leurs  poiils  l'un  de  l'autre.  Les  chilTros  que  nous 
venons  de  donner  représentent  le  poids  total  de  la  sphère.  Si  l'on  retranche  le 
cap  polaire,  on  trouve  environ  '247  (i80  quintillions  de  kilogrammes. 

D'après  la  Mécanique,  le  moment  est  le  produit  de  la  masse  par  la  vitesse. 
Mais  la  vitesse  de  Mars  duo  à  la  rotati(Ui  n'est  pas  celle  de  la  pai'ticnle  la  pins 
rapide  située  sur  l'équateiir,  ni  celle  d'une  particule  située  sur  l'axe  où  la  vitesse 
est  nulle;  c'est  celle  d'un(^  particule  moyenne  située  quelque  part  entre  ces  deux 
extrêmes.  Or,  les  hémisphères  nord  ou  sud  peuvent  être  considérés  comme 
engendrés  par  la  révcdntion  d'un  quart  d'ellipse  autour  du  demi-petit  axe. 
La  particule  moyenne  de  ce  quart  d'ellipse  sera  nécessairement  située  à  son 
centre  de  gravité.  L'hémisphère  opposé  à  celui  considéré  le  prender  donnerait 
la  même  distance  que  l'autre,  du  cenire  de  gravite  au  petit  axe,  et  la  particule 
moyenne  de  toute  la  planète  serait  située  au  milieu  de  la  ligne  joignant  les  deux 
centres  de  gravité.  Ainsi,  pour  Mars,  le  rayon  de  giration  aurait  une  longueur' 
égale  à  la  distance  de  ce  point  à  l'axe  polaire  de  la  jilanète.  Par  le  calcul,  nous 
trouvons  que  le  rayon  clierché  est  de  14:i4''"','2;  c'est  le  rayon  du  cercle  décrit 
pendant  une  rotation  de  Mars  par  la  particule  moyenne,  rotation  protluisant  le 
jour  martien  qui,  actuellement,  est  de  886'i'2',ri7.  Un  simple  calcul  arithmétique 
montre  que  la  vitesse  de  cette  particule  est  de  Kl!'",  l'ii'il  TllMTSi  par  seconde. 
Puisque  le  moment  e.st  le  produit  de  la  masse  par  la  vitesse  et  que  ces  deux 
facteurs  uous  sont  connus,  la  planète,  à  l'exclusion  du  cap,  a  un  moment  de 
i-'.MHO  sextillionfi  de  kilogrammètres,  nombre  composé  de  26  chiffres. 

Or,  à  son  maximum,  le  cap  couvre  une  zone,  cejitréi^  sur  le  pi'de,  d  un  rayon 
de  "25".  Concevons  deux  méridiens  opposés  et  un  plan  coupant  la  sphère  suivant 
ces  méridiens;  le  cap  sera  partagé  en  deux  moitiés  et  sa  section  présentera  la 
forme  d'un  croissant,  bissecté  par  l'axe  de  la  planète,  lin  de  ces  deux  demi- 
croissants  peut'  être  considéré  comme  un  triangle,  dont  deux  des  côtés  sont  des 
arcs  de  cercle  de  2.'j°  de  long  et  décrits  par  des  rayons  un  peu  plus  grands  que  le 
demi-grand  axe  de  la  planète.  Le  calcul  montre  que  ce  rayon  a  presque  exacte- 
ment Lili'.là'""  de  longueur.  Li;  troisième  coté  du  triangle  est  une  ligue  droite  dont 
la  longueur  est  égale  à  la  hauteur  de  la  neige  au  pôle.  Cette  demi-section  de  la 
glace  polaire  n'est  pas  un  triangle  dans  la  commune  acception  du  terme,  mais 
elle  s'en  rapproche  assez  pour  que  la  lui  introduite  soit  applicable.  l)'a]irès  la 
Mécanique,  le  centre  de  gravité  de  ce  quasi-triangle  se  trouve  sur  la  médiane 
(ici  c'est  un  arc)  au  tiers  de  la  distance  de  la  base  au  sommet.  Ceci  la  place  à  8"20' 
du  pôle.  La  Trigonométrie  montre  que  la  distance  tlecepointà  l'axe  de  la  planète 
est  de  402''"'.  La  vitesse  du  cap  neigeux  due  au  mouvemeut  de  rotation  du  la 
planète  est  celle  de  ce  pcunt  qui,  dans  un  jour  martien,  à  la  vitesse  actuelle, 
décrit  un  cercle  do  492'""  de  rayon  en  88G42',  (i7.  Il  en  résulte  que  la  vitesse  par 
seconde  est  do  :!i'", 87.  Les  facteurs  nécessaires  pour  trouver  le  moment  du  cap 
sont  maintouant  couiuis,  et  leur  produit  nous  donne  2l2tt0  irillions  de  kilo- 
gramniètres  pour  les  matériaux  composant  le  cap  gisant  dans  les  régions 
arctiques. 


A. -M.  M.VTTOON.   —  VITESSE  DE  ROTATION.  497 

Uu  très  graad  nombre  de  canaux  se  dirigent  directement  des  régions  polaires 
nord  à  l'océan.  M.  Lowell  émet  l'iiypothèse  que  ces  lignes  sont  des  étendues 
de  pays  recouvertes  de  végétation  luxuriante  et  que  le  sol  est  rendu  productif 
par  un  cours  d'eau  central.  Il  conclut  que  ces  canaux  conduisent  le  fluide  produit 
par  la  fonte  des  neiges  du  cap,  tluide  retournant  à  l'océan.  Que  cette  osplicatioa 
soit  la  véritable  ou  non,  si  la  vapeur  qui  devient  neige  et  va  former  ces  caps 
provient  de  l'océan,  elle  doit  trouver  un  chemin  pour  y  retourner;  autrement  il 
ne  faudrait  pas  un  grand  nombre  d'années  pour  le  vider  de  tout  son  contenu. 
Comme  cette  masse  d'eau  est  presque  entièrement  située  dans  l'hémisphère  sud, 
le  courant  annuel  d'eau  provenant  des  régions  arctiques  doit  croiser  l'équateur 
pour  atteindre  l'océan.  Quand  elle  est  à  ce  point  de  croisement,  cette  neige 
fondue  atteint,  par  suite  du  mouvement  de  rotation,  une  vitesse  égale  à  celle  de 
la  plus  rapide  particule  de  la  planète. 

Quand  le  cap  nord  est  en  voie  de  formation,  l'hémisphère  sud  est  eu  été,  et 
l'évaporation  de  l'eau  qui  forma  la  matière  composant  le  cap  se  produit  au  sud 
de  l'équateur,  principalement  dans  la  zone  torride.  On  peut  admettre  que  la 
vapeur  vient  d'une  distance  moyenne  de  iû"  au  sud  de  l'équateur.  Pour  que 
l'équilibre  soit  conservé,  elle  doit  nécessairement  retourner  aux  points  d'où  elle 
est  partie.  .Mors,  tout  ce  qui  influence  le  courant  d'eau,  dans  son  parcours  de 
l'équateur  à  'M"  au  Sud,  peut  être  contrebalancé  dans  le  parcours  de  v'O"  de  lati- 
tude nord  à  l'équateur.  Par  conséquent,  1  etTet  total  serait  produit  à  JO"  de  latitude 
nord.  Là,  le  rayon  de  giratioa  est  de  HITS*^",'.!!;  la  vitesse  de  la  surface  à  cet 
endroit,  trouvée  comme  ci-dessus,  est,  actuellement,  de  2v'4",i)7  par  seconde. 
Alors,  le  moment  du  cap,  quand  ses  matériaux  sont  retournés  à  leur  place 
primitive  dans  le  lit  de  l'océan,  est  de  136  780  trillions  de  kilograinmètres.  .Mais, 
le  moment  du  cap  gisant  dans  la  zone  glaciale  était  de  v'ISUO  trillions  de.  kilo- 
granimètres.  D'où  l'accroissement  du  moment  a  été  de  11.5581»  trillions.  Cet 
accroissement  l'a  été  au  détriment  du  moment  de  la  planète,  et  ce  que  le  cap  a 
gagné,  la  planète  l'a  jierdu. 

Il  est  évident  que  la  quantité  totale  des  matériaux  composant  la  planète  et  le 

cap  n'est  pas  variable:  elle  est  constante.  Or,  puisque  le  moment  est  le  produit 

de  la  masse  par  la  vitesse,  si  le  moment  décroit,  il  doit  en  résulter  une  diminii- 

liou  de  vitesse.   Pour  trouver  ce  que  ce   facteur  devient  dans  ces  ni)uvoll(>s 

conditions,  nous  devons  diviser  le  nouveau   moment  par  la  niasse  totale.  En 

employant  les  chiffres  précis,  et  effectuant   la  division  indiquée,   le  quotient 

est  de  10I°",661694I87  |)ar  seconde.  Or,  c'est  la  vitesse  de  la  particule  uioy.-une, 

qui  est,  comme  nous  l'avons  montré  plus  haut,  à  li31'"",2.  Quand  des  particules 

décrivent  le  même  cercle  à.  des  vitesses  différentes,  les  temps  sont  inversement 

proportionnels    aux  vitesses.  D'où  la  nouvelle  vitesse  est  à   l'aMcionne  comme 

l'ancienne  période  est  à  la   nouvelle.  En  posant    les   valeurs,   nous  avons    la 

proportion 

10l.iii'dij'.)ll87  :  101,661703  784  ::  88642,67:  88642,76. 

Cela   nous    montre  que  le  jour   est   allongé   de  0',0'.J   par  le  transport   des 
F.,  II.  32 


4iN  .-■  LA  PLANETE   MARS.  IS9* 

ûiati'  :es  formant  le  oap,  île  l'océan  au  pôle  nord,  et  retour.  Sans  doute,  le  cal^ 
suiJ  in'''''  ace  d'une  certaine  quantité  le  mouvement  de  rotation,  mais  les  condi- 
tions dans  lesquelles  il*agit  sont  très  différentes  de  celles  du  cap  nord  et  ne 
peuvent  pas  être  -discutées  ici.  Si  le  cap  nord  produit  l'effet  que  nous  venons 
d'indiquer,  il  suffirait  de  080 UOO  années  martiennes,  soit  1  27001)0  des  nôtres,  pour 
changer  la  longueur  du  jour  de  17  heures.  Cela  équivaut  à  dire  qu'il  y  a  environ 
1;'75000  années  terrestres,  le  jour  martien  avait  pu  n'avoir  qu'une  durée  de 
7''37">-22%(37,  durée  plus  courte  que  celle  de  Pliobos,  le  satellite  intérieur  de  Mars. 

Il  y  a  sans  doute  une  certaine  influence  exercée  par  la  vapeur  en  suspension 
dans  l'atmosphère,  pendant  qu'elle  effectue  son  voyage  vers  le  Nord,  du  lit  de 
l'océan  à  son  emplacement  de  long  séjour  dans  les  régions  polaires.  L'impulsion 
que  la  rotation  lui  aurait  donnée  rendrait  son  mouvement  plus  rapide  que  celui 
des  terres  situées  au-dessous  d'elle,  quand  elle  approcherait  de  la  zone  glaciale,- 
et  un  vent  de  Nord-Est  en  résulterait.  Quoique  les  vents  alizés  ne  paraissent  pas 
avoir  influence  sur  la  rotation  de  la  Terre,  il  serait  possible  que  le  frottement 
de  cette  atmosphère  chargée  de  vapeur  accélérât  légèrement  le  mouvement 
de  rotation  de  Mars. 

Tous  les  auteurs  de  systèmes  cosmogoniques  s'accordent  pour  admettre  que 
les 'planètes  ont  commencé  leur  existence  indépendante  à  une  température  très 
élevée,  et  se  sont  refroidies  graduellement  par  le  rayonnement  de  leur  chaleur. 
Quand,  puur  la  première  fois.  Mars  vit  un';  cluite  de  neige  au  pôle,  la  quantité 
tombée  dut,  en  vérité,  être  tout  à  fait  insignifiante.  La  hauteur  de  0"',60  qui  a 
a  été  employée  dans  notre  estimation  n'a  pas  été  atteinte  avant  ([ue  ces  chutes 
de  neiges  se  soient  produites  pendant  peut-être  un  million  d'années  ou  plus.  Ce 
fait  n'est  cependant  pas  un  argument  contre  nos  déductions.  Il  montre  simple- 
ment que  les  forces  qui  ont  été  employées  à  ralentir  le  mouvement  de  rotation  de 
la  planète  ont  eu  besoin  d'un  temps  plus  long  pour  accomplir  leurs  résultats. 

Maintenant,  on  peut  dire  que  les  matériaux  formant  le  ca|)  neigeux  ne 
viennent  pas  de  l'océan,  mais  de  quelque  autre  source.  Sûrement  il  faut  qu'ils 
viennent  de  quelque  part.  L'évaporation  de  l'eau  doit  se  produire  où  il  y  a  assez 
de  chaleur  pour  la  causer.  La  neige  ne  peut  pas  provenir  du  pôle,  ni  d'une  source 
située  sous  le  cap.  LUe  descend  de  l'atmosphère.  Elle  doit  provenir  de  quelque 
masse  d'eau  située  plus  près  de  l'équateur  que  le  cap.  Dans  ce  cas.  la  valeur  du 
calcul  précédent  reste  entière,  car  l'eau  doit  retourner  aux  régions  d'où  elle 
provient,  sans  quoi  l'océan  serait  bientôt  épuisé. 

Comme  les  influences  contraires  totalisées  sont  insuffisantes  à  rétablir  ce  qui 
a  été  enlevé,  la  vitesse  de  rotation  doit  être  diminuée  et  le  jour  de  .Mars  doit, 
lentement  mais  sûrement,  croître  en  longueur. 

'  Ces  cousitb'rations  sont  iiitêressaules.  (..'"oiiino  l'aiiteiir  par;iisse  pkilùl 
un  alislracleur  d(.' (iuiiiless(Mice,  elles  sont  assez  curieuses  pour  u'èlre  pas 
passées  sous  silence.  l'^ttulions  loul. 


SC.III  AI' AltKl.l.l.    -  (UNSIDÉKATIO.NS  SIH  I.A  IM.ANKTK.  49'.l 


CCLVl.     —    SCIIIAPAIIELLI.  —    CuNSlDKHATlONS    Ï^L  li    I.A    l'I.WKTE    MaRSC). 

M.  Scliia|iari'lli.  iloiil  li's  vin>:>  sur  Mars  sont  Idujuurs  si  iutiTOSsaïUes  à 
suivre,  a  [lublic,  en  18!I0.  un  article  à  propos  du  preuiiiu' N'oluine  des  .4n/i'(/s 
of  Ihe  Lowell  Obscrralonj.  (jue  uuu>  avons  examine  [ilus  haut  eu  détail 
(p.  108-13.")).  Eu  voici  le  résume  : 

Commençant  par  les  caps  polau-cs.  il  reniai-que  d'alicinl  (pie  leur  nnnk'  de 
forniatinii  ei  les  phases  île  leur  di'veloppeinent  nous  sont  entièrement  inconnus, 
et  uuus  le  resteront  sans  doute,  car  ils  s'accomplissent  pendant  la  longne  nuit 
qui  enveloppe  ahirs  chaque  pôle.  Mais  le  |irocédë  de  leur  désagréi^ation  peut 
être  suivi  sans  trop  de  difficultés,  sans  que  l'inclinaison  de  l'équateur  de  la  pla- 
nète, relativement  à  notre  ligne  île  visicni,  approche  dn  maxinuun  de  sa  valenr, 
ce  qui  est  arrivé  en  1894. 

C'est  ]iar  l'élude  persévérante  que  nous  arriverims  à  la  connaissance  de  la 
nature  physique  de  la  i)lanète  et  à  l'intiTprétation  de  ses  singuliers  phénomènes. 
Le  cap  polaire  boréal  est  encore  pln.s  instructif  ((ue  l'austral,  car  il  se  dévelonpe 
à  une  large  étendue  sur  les  régions  jaunes  que  nous  avons  coutuiue  d'appeler 
u  continentales  ».  La  hande  formée  adhérente  à  son  liord  est  en  relation  directe 
avec  le  système  de  canaux  et  de  lacs  du  voisinage.  .\  mesure  que  la  tache 
blanche  diminue  sous  l'action  des  rayons  solaires,  il  se  [troduit  là  des  variations 
considérables,  dont  la  connexion  avec  les  phases  successives  dn  cap  esi 
évidente. 

-arrivant  aux  canaux,  M.  Scluaparelli  avoue  que  leur  nature  nous  reste  encore 
absolument  inconnue,  malgré  toutes  les  théories  ingénicLises  qui  ont  été  ('mises. 

Les  géminations  du  (lange,  du  Nectar,  de  l'Euplirate,  du  Phison  et  du  lac  du 
Soleil  sont  particulièrement  remarf[uables. 

Mars  nous  donne  plutcjt  en  ce  moment  un  embarras  de  richesses.  Imaginons 
trois  ou  quatre  cents  lignes,  tracées  dans  tous  les  sens,  à  la  surface  d'un  globe, 
qui  ne  mesure  que  quelques  secondes  de  diamètre  apparent.  L'identité  des 
lignes  vues  par  ditTérents  observateurs,  presque  aux  mêmes  endroits,  est  très 
souvent  douteuse.  La  difficulté  de  voir  exactement  et  de  localiser  avec  précision 
les  coordonnées  des  deux  extrémités  peut  facilement  donner  lieu  à  des  confu- 
sions et  à  des  erreurs.  Si  nous  ajoutons  à  cela  les  variations  fréquentes  que  ces 
lignes  présentent,  dans  leurs  aspects  et  dans  leurs  degrés  de  visibilité,  étant 
tantôt  fines  et  étroites  et  tantôt  larges  et  diffuses,  quelquefois  doubles,  souvent 
tout  à  fait  invisibles,  nous  ue  serons  pas  surpris  devoir  la  même  ligne  obser- 
vée, par  deux  hommes  ditTérents,  d'une  manière  différente,  regardée  par  eux 
comme  deux  objets  distincts,  ou.  à  l'opposé,  de  voir  deux  objets  différents 
confondus  en  un  seul. 

(')  Reprinted  froni  >>cience,  niay  j,  1S99. 


500  LA  PLANÈTE  MARS.  1899 

L'auteur  arrive  ensuite  aux  lignes  foncées  qui  traversent  les  régions  sombres 
appelées  «  mers  »,  et  dont  il  a  déjà  signalé  quelques-unes.  A  Flagstaff,  ces  lignes 
ont  été  observées  et  reproduites  avec  grand  soin  par  M.  Douglass,  qui  paraît 
avoir  un  œil  très  sensible  et  très  exercé  pour  ces  sortes  d'aspects. 

Les  projections  peuvent,  en  général,  être  attribuées  à  des  illusions  d'optique, 
causées  par  la  proportion  différente  de  l'illuniiiiation  solaire  oblique,  qui  nous 
est  renvoyée  des  diverses  régions  traversées  par  le  terminateur.  Toutefois,  un 
certain  nombre  de  ces  irrégularités  ne  peuvent  être  expliquées  que  par  l'existence 
d'élévations  ou  de  dépressions,  à  la  surface  de  Mars,  et  d'autres,  par  des,  nuages 
très  élevés.  Ces  investigations  sont  d'un  grand  intérêt  pour  notre  connaissance 
de  la  nature  de  ce  monde  et  de  son  atmosphère. 

Il  nous  faudrait  sept  oppositions  consécutives  de  la  planète,  ainsi  observées, 
pour  mettre  sous  nos  yeux  l'ensemble  des  phénomènes  martiens,  sept  au  moins, 
car  les  saisons  sont  encore  plus  variables  et  plus  différentes,  d'une  année  à  l'autre, 
sur  cette  planète  que  sur  la  Terre. 


CCLMI.  —  Communications  .wec  Mars. 

Lanc  de  mes  lectrices,  ou,  pour  mieux  dire,  la  mère  d'un  de  mes  lecteurs 
enthousiastes,  M'^'Guzman,  de  Bordeau.x,  a  eu  la  généreuse  idée  defonder, 
en  souvenir  de  son  fils,  enlevé  prématurément  à  son  amour  maternel,  un  pri.x 
de  100000  francs  légué  à  r.4cadémie  des  Sciences,  dans  le  but  de  récompenser 
celui  qui  aura  trouvé  le  moyen  d'établir  une  communication  entre  la  Terre 
et  un  autre  monde. 

Malheureusemeut,  M.  Guzman  suivait  avec  une  telle  passion  tous  mes 
écrits  sur  la  planète  Mars,  qu'il  était  convaincu  que  notre  humanité  ne  tar- 
derait plus  guère  à  communiquer  avec  sa  voisine  du  ciel,  que  le  problème 
était  déjà  posé  et  à  moitié  résolu,  et  sa  vénérable  mère  a  eu  l'idée  bizarre 
d'excepter  Murs  de  ce  magnifique  concours  ! 

.\vouons  que  mettre  hors  de  concours  la  seule  planète  qui  paraisse  en 
situation  d'y  participer,  c'est  de  la  dernière  originalité.  L'humanité  terrestre 
est  vraiment  stupéfiante,  même  dans  les  classes  au-dessus  de  la  moyenne. 

Peut-être  la  fcuidatrice  a-t-ellc  eu  le  désir  d'inunortaliser,  d'élcrniser,  le 
nom  de  sou  fils. 

L'.\cailémie  a  accepté  le  jirix,  non  sans  hésitation  et  sans  discussions 
variées  ;  et  elle  a  ])ieii  fait.  11  illustrera  longtemps  le  nom  de  Guzman,  car  si 
j;unais  ou  parviiTit  à  établir  une  première  communication,  il  est  probable 
que  ce  sera  précisément  avec  Mars.  Heureusement,  les  intérêts  du  capital 
seront  a[Fpliqués  à  l'eiicouragemeiit  des  progrès  de  r.A.stronomie. 


()l>rOSlTU)N  l)F.   l'.KKi-l'.iOI.  501 

L'Acadéiuio  a  pulilic,  pour  la  preniièi'C  fais,  le  17  décembre  1900,  la 
proimilgalion  de  ce  prix,  dans  les  termes  suivants  : 

PlilX     l'iEIillK    (lUZMAN. 

«  M™'  Clara  Goguet.  veuve  (liizman.  a  léi;iié,  à  rAcadéiuie  des  Sciences,  une 
somme  de  cent  mille  francs  pour  la  fondation  d'un  prix  qui  portera  le  nom  de 
Prix  Pierre  Guzman,  en  souvenir  de  son  fils,  et  sera  dccerné  à  celui  qui  aura 
trouvé  le  moyen  de  conmiuniquer  avec  un  astre  antre  que  la  planète  Mars.  / 

»  Prévoyant  que  le  prix  de  ceiil  uiille  franco  ne  serait  pas  décerné  tout  do 
suite,  la  fondatrice  a  voulu,  jusqu'à  ce  que  ce  jirix  soit  gagné,  que  les  intérêts  du 
capital,  cumulés  pendant  cinq  années,  formassent  un  |)rix,  toujours  sous  le  nom 
de  Pierre  Guzman,  ijui  serait  décerné  à  un  savant  français  ou  étranger  qui 
aurait  fait  faire  un  progrès  important  à  l'Astronomie. 

»  Le  prix  quinquennal,  représenté  par  les  intérêts  du  capital,  sera  décerné, 
s'il  y  a  lieu,  pour  la  première  fois  en  1905  (  '  )•  " 


OPPOSITION  DE   lUdO-lUOI. 

Retournons  un  instant  au  diagramme  de  la  figure  -2i\l .  p.  410.  repi'esen- 
tanl  les  relations  entre  Mars  et  la  Terri',  de  1888  à  lllii:î,  ih  nous  jugenms 
exactement  des  conditions  arêograpliique>  ilr  rop[insition  a  laquelle  nous 
arrivons  ici.  En  voici  les  principaux  éléments  : 

Date  de  l'opposition i'2  févriei-  1901. 

Diamètre  à  l'opposition 14". 2. 

Distance  =  0,6774  ou  1009.30000'"'. 
Incliné  ilu  pôle  boréal  :   latitude  du  centre -i- iO», 9. 

Équinoxe  de  printemps  boréal 25  septembre  1900.     j 

Solstice  d'été  boréal 11  avril  1901. 


Vnir  p.  273. 
Aphélie 24  février  1901 . 


Équinoxe  d'automne  boréal 11  octobre-  1901.  1 


CCLMII.  —  OiisiiRv.vTiONS  F.\iTi;s  .\  l'Observ.\toihe  de  .Iuvisv  (-). 
M.  Fl.\m.m.\r!ox,  Directeur:  M.  ANTO.vi.-iDi.  .\strunome-adjoint. 

Cette  oppo>ition  est  la  plus  défavorable  de  toutes  ati  point  do  vue  de  la 
distance,  car  la  planète  est  à  son  aphélie.  Sa  distance  inininmm  ne  descend 

(')  Il  a  été,  en  effet,  cette  année-là.  décerné  en  parlie  (douze  mille  francs)  à  M.  Per- 
rotin,  Directeur  de  l'Observatoire  de  Nice,  mort,  j>r''niaturémeni,  en  1904  (représenté 
par  sa  veuve),  et  pour  le  reste  à  M.  Fabry,  astrouoine  à  l'Observaioire  de  Marseille. 

(■}  Sociélé  astronomique  de  France,  février,  mai-s,  avrU,  mai  et  août  1901. 


502  LA  PLANÈTE  MAKS.  1900 

pas  au-ilf'ssous  de  100  millions  de  kilomètres,  et  son  diamètre  maximum 
dépasse  à  peine  14"  ('). 

Mais  elle  a  un  avantage  :  c'est  de  nous  montrer  l'axe  de  la  planète  très 
incliné  vers  nous  (de  21°)  par  son  pôle  inférieur  ou  boréal  (le  moins 
connu),  pendant  l'été  de  cet  hémisphère.  (Le  solstice  d'été  arrive  le 
11  avril.  Relativement  à  la  Terre,  on  est  donc  là  en  juin.)  C'est  là  une 
situation  intéressante  pour  l'observateur  terrestre. 

Un  autre  avanlage,  c'est  qu'en  ces  oppositions  aphéliques,  la  planète 
s'élève  fort  au-dessus  de  notre  horizon  et  plane  dans  la  constellation  du 
lAiin,  tandis  qu'en  son  périhélie  elle  est  très  basse  (Sagittaire). 

L'étude  de  ce  monde  voisin  est  ponctuellement  suivie  à  l'Observatoire  de 
•luvisy.  Nous  présenterons  ici  les  principales  observations.  Elles  n'ont  pu 
être  influencées  par  aucune  autre,  car  elles  ont  (au  HuUetin  de  la  Société 
astronomique  de  Ffniire)  signalé  les  choses  martiennes  à  mesure  qu'elles 
se  sont  olfertes  elles-mêmes  à  nos  constatations. 

Équatorial  de  0'°,-24:  grossissements  de  218,  JOO,  lOÛ  et  600  (celui 
de  300  a  donné  généralement  les  images  les  plus  neltes).  Les  meilleures 
heures  d'observations  ont  été  celles  (jui  précèdent  le  lever  du  Soleil. 

i'.j  octobre  1900,  à  .V'âiV"  du  matin.  Diamètre  =  6",?.  to  =  l'i".  o  =  ^  19", 7  {'-). 
Air=IV(^).  —  Planète  encore  éloig'née;  disque  très  petit;  on  distingue  la 
calotte  polaire  boréale,  qui  sous-tend  un  angle  d'au  moins  60".  lOhe  est  elliptique; 
la  baude  qui  l'entoure  est  très  sombre.  .Mare  Acidaliinn  doit  être  au  méridien 
central,  mais  les  estompagcs  sont  tro[)  vagues  pour  qu'on  puisse  les  identifier 
avec  certitude.  La  phase  est  très  marquée  :  0".(i-2  (/î;v.  :il9i. 

?-2  décembre  1900,  7"0'"  du  matin.  D  =  9".4.  w  =  190".  o  =  -^2:i°.2.  Air=n. 
\'ent  faible  du  .SriO.  Nuages.  —  La  calotte  polaire  est  elliptique.  La  bande 
autour  est  très  foncée.  L'n  faible  estompage  parait  avoir  envahi  tout  l'hémisphère 
boréal  visible,  moins  Elysium  et  Amazonis.  Cette  immense  étendue  grisâtre  est 
limitée,  au  Sud,  par  les  canaux  Erebus,  Styx  et  Chaos,  et  aboutit  au  Trivium 
Charontis,  dont  l'iiuensité  n'est  cependant  pas  très  remarquai)le.  La  région  la 
plus  foncée  pai'aît  être  l'angle  formé  par  l'Iladès  et  h'  Styx.  La  l'ropontis  est 

(')  Les  diamètres  publiés  par  la  Connai.'^sauce  des  7'e)/i;).s- coiumiient  d'être  niexacts 
{coir  p.  '141  ). 

(-)  Pour  abréger,  nous  désigiieruiis  par  w  la  longitude  du  centre  du  ilisipie  et  par  o 
la  latitude  de  ce  centre. 
{'■')  Nous  avons  adopté  l'éclielle  suivante  pour  la  qualité  des  images  : 

I  ---  .\ir  exceptionnellement  calme.  Image  d'une  beauté  rare. 
11  -  Air  très  calme,   frès  bonne  image. 

III  =  Air  souvent  agité.  Bonne  im.age. 

IV  —  Air  assez  agité.  Image  ordinaii'e,  plutôt   médiocre. 
V  =^  Air  très  agile.  Image  mauvai.se. 

La  ili-rnii-re  catégorie  (V)  constilue  un  ensemble  de  circonstances  météorologiques 
perinelt.iiii  tout  juste  la  prise  d'un  dessin  de  ipielque  utilité. 


oiiSKin  Aittiiii';  i>i':  .irvisv 


503 


aussi  éviLloiile  que  le  Triviuiii,  bien  ([u'cnvoloppce  <le  toutes  parts  jiar  la  demi- 
teinte  «  marécageuse  »;  les  lacs  d'Hécate  et  Styniphale  sont  visibles,  mais  avec 
la  plus  grande  difficulté.  Do  temps  à  antre,  une  liirne  fine  et  très  noire  parait 
émerger  de  la  Propontis  dans  une  direction  occidentale,  et  parallèlement  à 
Chaos  :  c'est  (iranicus-dyudes.  Le  Cerbère  est  très  marqué;  le  Cyclops  moins. 
L"ue  vague  traînée  grise  descend  en  conrbe  du  liant  du  disque;  c't'St  le  Titan. 


23  octobre  1900,  à  b^  50"  malin. 


22  décembre,  T'O"  matin. 


:>  iau\iiT  lyol.  "'■  lO"  luatin.  I  i  mumit  l'.'Ol.  '-..'i'"  malin 

Fis.  .'!ia-;î2-.>.  —    DE5SINS   BE    MaBS    l'RIS    .\    I.'()BSER\.4rillRE    DE   .luvijï    EN    I900-I'.'01. 


selon  toute  proiiabilité.  La  mer  Cimmérienne  est  sombre  au  Sud;  la  per-pective 
réduit  considérablement  sa  largeur.  Enfin,  plus  haut  encore.  Llectris  est  très 
brillante.  Tliase  ;  0',80  {fig.  :JÎ0). 

h  janvier  l'.iOI.  7"l(r.  D=10".(;.  i.o  =  l\i\  ç  =  — ■::!'■. 0.  Air  =  IV.  parfois  V. 
Temps  froid  i  —  i)"i.  Bi-ise  du  N.  —  La  mer  Acidalienne  parait  moins  foncée  qu'à 
la  dernière  opposition,  l-^lle  se  confond  vaguement  au  Sud.  avec  le  lac  Niliaque. 


5n/i  LA   PLANÈTE  MARS.  l%n 

la  uinuvaisc  qualité  de  l'image  rendant  le  pont  d'Achille  invisible.  Le  golfe  de 
l'Aurore  est  sombre  dans  le  haut  du  disque,  dont  le  bord  sud  cependant  est 
marqué  par  une  tache  [blanche  :  Protoi  ou  Ogygis  Regio.  Au  centre,  le  lac  de  la 
Lune  est  confus,  ainsi  que  le  Gange  et  le  Nilokeras,  larges  tous  les  deux. 
Phase  =  0",7,-)  {/ig.  3?1|. 

10  janvier,  7''20'°.  —  Le  bord  précédent  de  la  mer  Acidalienne,  vers  50"  de  lati- 
tude nord,  passe  à  mi-chemin  entre  le  limbe  et  le  terminateur  de  la  gibbosité. 

Même  jour,  7"34"'.  D  =  W'J.oi  =22».  <p  =  -f- 22", 8.  Air  =  III,  parfois  IL  Brouil- 
lard. Brise  de  TE.  —  La  mer  Acidalienne  se  présente  comme  un  grand  carré 
sombre;  mais  elle  est  plus  pâle  vers  le  Nord  (Baltia).  Callirrlioë  forme  la  limite 
australe  des  «  marécages  "  polaires.  Il  en  est  de  même  de  Tanais,  à  droite.  Le 
point  du  bord  précédent  de  la  mer  Acidalienne,  vers  h(i°  de  latitude,  passe  au 
méridien  central  en  ce  moment,  ce  qui  lui  donne  la  valeur  de  22°,  17.  d'après 
l'excellente  éphéméride  de  M.  Crommelin.  M.  Schiaparelli  a  trouvé  les  coor- 
données suivantes  pour  le  point  en  question  : 

Carte  de  1883-1884 20° 

1886 22 

»         1888 21 

de  sorte  que  la  différence  entre  l'éphéniéride  et  l'aspect  de  la  planète  est  insen- 
sible, restant  tout  entière  en  dedans  des  erreurs  d'observation.  Le  Pont  d'.'\chille 
est  estompé,  probablement  à  cause  de  la  mauvaise  qualité  de  l'image.  Le  lac 
Niliaque  nous  parait  beaucoup  moins  foncé  que  la  mer  Acidalienne.  Il  est  diffi- 
cile de  décrire  exactement  sa  forme;  mais  elle  serait  plutôt  elliptique,  allongée 
de  l'Est  à  l'Ouest,  avec  sa  moitié  inférieure  plus  sombre  que  la  moitié  supé- 
rieure. Le  lac  de  la  Lune  est  bien  visible  à  droite;  il  est  réuni  au  lac  Niliaque 
par  le  Nilokeras  large  et  sombre.  L'Indiis  et  le  Gange  sont  pâles,  Hydaspes  un 
peu  plus  foncé.  .lamuna  et  Gehou  sont  encore  plus  éviilents,  mais  larges  et  diffus. 
Ce  dernier  i)arait  courir  presque  en  droite  ligne  à  la  mer  Acidalienne,  ainsi  que 
l'a  remarqué  M.  Williams  en  ,1899.  La  «  tète  de  canard  »  du  Sinus. Sabanis  est 
très  sombre,  presque  aussi  somW'e  que  la  mer  Boréale,  et  le  détroit  parait  très 
incliné  sur  l'équateur.  Margaritifer  Sinus  est  également  assez  foncé,  mais  bien 
moins  que  le  Sinus  Sabasus.  Aromatum  Promontorium  est  plus  émoussé  que  sur 
les  Cartes.  Noachiset  Argyre  s'aperçoivent  comme  deux  taches  blanches  au  bord 
.supérieur.  Phase  :  0",7(i  ifuj.  322). 

Les  quatre  petites  figures  319-322  <mt  été  dessinées  à  la  même  échelle  (pour 
le  format  de  ce  Livre),  afin  que  l'on  juge  exactement  de  la  variation  du  diamètre 
apparent. 

11  janvier,  7"  i;,"'.  D  =.  Il", 2.  to=  16°.  ti  =  -4-22".8.  Air  =  III.  Brise  du  S.-E. 
Brouillard.  —  La  planète  se  présente  à  peu  près  connue  hier,  mais  avec  plus  de 
détails.  Ou  voit  maintenant  qu'au-dessous  de  l'embouchure  de  Callirrhoë,  la 
mer  Acidalienne  se  dirige  vers  le  Nord-C)uest  (laxartes).  Baltia  aussi  est  plus 
évidente  qu'hier  malin,  et  il  en  est  de  même  du  pont  d'Achille.  Le  contour  pré- 


OBSEKVATOlKt:   DE  JUVISV.  505 

cèdent  de  Marc  Acidalium  l'ait  un  angle  de  10"  environ  avec  le  méridien.  Le  la<; 
Niliaque  est  foncé  au  Nord,  pâle  au  Sud.  Il  est  précédé  d'un  autre  lac,  rond  et 
plus  petit  :  c'est  la  fontaine  de  Siloe,  où  le  Gehon  arrive  en  droite  ligne  du  Sinus 
Sabanis.  Pendant  un  instant,  nous  avons  eu  une  impression  de  géminatiun  de  ce 
canal.  L'iliddckel  est  évident,  ainsi  que  le  Janiuna.  Llndus  et  l'Hydaspe 
paraissent  plus  faibles.  Deuterouilus  ne  se  distingue  que  comme  le  bord  d'un 
estompage  très  pâle  recouvrant  Cydonia.  I^a  région  fourchue  du  Sinus  Saba^us 


iMg    o2J.  —  Aspect  telesfupic|ue  de  la  planète  Mars,  dans  l'aurore  du  11  jaiiviei-  V.Wt. 

est  aussi  foncée  que  la  mer  .\oidalienne.  mais  le  détroit  l'est  moins,  tandis  que 
le  Golfe  des  Perles  est  encore  plus  faible.  Comme  hier,  Noachis  et  .\rgyre 
brillent  au  liinbe  austral.  Phase  =  0".68  (fhj.  32:îi. 

Nous  avons  pu  identifier  vingt  canaux  jusqu'à  la  date  du  li  janvier  :  Titan, 
Cyclops,  Cerberus.  Erebus,  Styx,  Chaos.  Hades,  Granicus,  Gyndes.  .Esacus, 
Ganges,  Jainuna.  Xilokeras,  Gehon.  Hiddekel.  Indus,  Hydaspes.  Callirrhoë, 
laxartes.  Tana'is.  A  part  le  Gyndes.  les  autres  se  sont  montrés,  en  général, 
larges  et  diffus,  visibles  avec  la  plus  grande  attention  seulement. 


506  LA    PLANÈTE   MARS.  1001 

La  fusion  lie  la  neige  polaire  va.  bieutôl  se  manifester.  L'équinoxe  du  printemps 
de  riiéniisphère  boréal  de  Mars  est  arrivé  le  ih  septembre  1000:  le  solstice  d'été 
arrivera  le  M  avril,  connue  nous  l'avons  dit.  et  l'équinoxe  d'automne  le  11  octobre. 
11  est  à  remarquer  que,  dès  maintenant,  un  estompago  gris  très  prononcé  se  ma- 
nifeste depuis  le  bord  de  la  calotte  polaire,  le  long  des  canaux,  jusqu'à  Protonilus 
et  Deuteroniliis. 

L'état  1res  favoralde  des  roudilions  ;uniosphéri()ucs  pendant  cet  hiver 
nous  a  permis  d'obtenir  des  résultats  supérieurs  à  tous  ceu.x  que  nous 
avons  pu  acquérir  pendant  les  cinq  dernières  oppositions  de  la  planète,  et 
cela  malgré  la  grande  distance  à  laquelle  Mars  est  passé  de  nous  en  cette 
opposition  a[)liélique.  Le  fait  est  d'autant  plus  important  et  plus  intéressant 
que  l'hémisphère  boréal  de  .Mars,  actuellement  tourne'  vers  nous,  est  en 
plein  pi-intemps. 

Voici  la  suite  des  observations  : 

14  janvier  1901.  7"20"'.  Diamètre  =  11"..').  w  =  34î".  9  =  +22°.7.  Air  =  IVetV. 
Vent  faible  de  l'est.  Température  =  —4", 5.  —  La  calotte  polaire  est  elliptique. 
Malheureusement,  le  vent  d'est  voile  les  détails  en  les  confondant.  On  distingue 
cependant  la  nier  Aiidalienne  à  droite,  tandis  que  les  «  marais  »  ou  estoinpages 
de  la  calotte  présentent  un  accroissement  d'intensité,  à  gauche,  vers  Dioscuria. 
Le  Sinus  Sab;eiis  est  très  confus.  Le  haut  du  disque  est  marqué  par  une  blan- 
cheur :  Noachis.  Chrvse  est  également  blanchâtre  au  bord  droit. 

15  janvier,  7^20'".  Diamètre  =  IIm;.  (.0  =  .333".  y  =  -r-  22". 7.  Air  =  III.  Tempé- 
rature =  — -5". 5.  Les  estoinpages  autour  de  la  calotte  polaire  s'étendent  en 
s'affaiblissant  jusqu'à  Protonilus  et  Deuteronilus.  où  ils  sont  arrêtés  net.  Ainsi 
ces  canaux  n'apparaissent  que  comme  formant  le  bord  de  régions  d'a/6edos  diffé- 
rents. Mare  Acidalium  se  lève  à  droite,  mais  son  intensité  n'est  pas  très  grande. 
Les  Lacs  Ismenius  et  Arethusa  sont  très  difficiles  à  reconnaître,  le  deuxième 
surtout.  Far  contre,  Coloe  Palus  est  facile.  La  Grande  Syrte  se  couche  au  termi- 
nateur;  elle  est  séparée  du  Sinus  Sabaeus  par  un  ligament  clair  («  Solis  Pons  «  de 
M.  Lowell).  Les  fourches  du  Sabœus,  ainsi  que  son  extrémité  occidentale  i  '  )  sont 
très  sombres,  mais  le  détroit  l'est  moins,  par  la  présence  de  Xisuthri  Regio. 
Noachis  est  blanche  on  haut.  Chrvse  à  droite.  —  Canaux  :  Nilosyrtis,  pâle.  — 
«  Sitacus  "  (Uerulli),  très  évident.  —  (Wdion,  large.  —  Euphrate-Aruon-Kison 
apparaissent  comme  une  ligne  noire  fendant,  de  temps  en  temps,  le  disque  en 
deux.  —  ProtoMilus-Deuterouilus,  bords  il'estouipage  au  Nord.  —  Pierius  et 
Callirrboè,  très  évidents,  larges  et  sombres  {fig.  324). 

Le  Sinus  Salix'us  était  complètement  séparé  de  la  mer  du  Sablier  par  un  liga- 
ment blanc.  Lu  1802,  Schiaparelli  a  vu  la  mer  des  Sirènes  ainsi  fendue,  et  il  est 

{')  RapijeloMs  ici  que  nous  nous  servons  des  tenues  Est  et  Uuest  ilaiis  leur  sens 
ai'éographiqiie.  Ainsi,  une  tache  à  gauche  d'une  autre  est  à  l'est  de  celle-ci;  elle 
la  précède  dans  le  mouvement  de  rotation  diurne. 


onSKKVATdlIU.   l)F.   JIVISV. 


■i07 


probable  que  le  phdnoino>ne  observé  ce  matin  est  du  même  ordre.  Un  estoiupage 
fort  remarquable  s'étend,  dans  la  partie  inférieure  du  disque,  jusqu'à  Protonilus 
et  Deuteronilus.  Cet  estompage  n'existe  pas  sur  les  Cartes  de  .Schiaparelli,  de 
sorte  qu'il  est  très  possible  que  sa  formation  soit  subordonnée  à  la  fonte  des 
neiges  boréales.  On  voyait  ainsi  estompée  dernièrement  toute  la  région  au  nord 
et  à  l'est  d'Elysium.  ce  que  Schiaparelli  ne  montre  pa3  non  plus.  11  est  à 
remarquer  aussi  que  plusieurs  canaux  occupent  la  place  de  séjjaration  entre 
régions  de  différents  albados. 


Fij;.  3ii.    —    Mars  dans  la  matinée  ilu  \i  janvier  1901.  a,  iui;ious  claires. 


■2'i  janvier.  2-,"';'0"".  Diamètre  =  lî",  i.  w  =  liO".  a  =  -i-  ■22». 4.  Air  =  II.  Image 
très  calme,  et  pourtant  dépourvue  de  détails.  Brise  insignifiante  de  l'Est,  mais 
le  courant  supérieur  vient  du  Sud-Ouest.  —  Palus  Mœotis  se  détache  à  peine  de 
l'estompage  polaire.  La  mer  des  Sirènes  se  distingue  près  du  bord  austral  du 
disque  {fig.  3ibi. 

•25  janvier,  22"0"'.  Diamètre  =  12",t;.  m  =  98".  9  =  -i-  22",.i.  Air  =  IV.  Vent  assez 
fort  du  Sud-Sud-Ouest.  Cirri  à  l'Ouest.  —  Cerauuius  se  détache  très  vaguement 
des  estompages  polaires.  Le  lac  du  Soleil  est  petit,  mais  visible  au  Sud.  Le  golfe 
de  l'Aurore  se  couche  au  terminateur.  Image  également  sans  détails  {fig.  320|. 


508 


LA   PLANETE   MARS. 


7  février,  23'' 15'".  Diamètre  =  13",' 


=  1° 


?■■ 


1901 
■  21°,  6.  Air  =  IL  Grande  sé- 


rénité. L'image  est  superbe,  et  les  contours  des  mers  se  montrent  avec  une  admi- 
rable netteté,  mais  les  canaux  sont  invisibles.  On  voit  bien  que  la  partie  fourchue 
du  Sinus  Sabaeus  est  la  région  la  plus  foncée  de  la  planète,  étant  plus  sombre 
que  la  mer  Acidalienne.  Cette  dernière  est  incontestablement  moins  sombre 


Fig.  325.  —  23  janvier,  '2'2'''20». 


FiR.  320.  —  -'ô  janvier,  2îi'0» 


Fiu.  .1J7.  —  :  r.'vrier,  îiîMj-. 

OllSERVATlONS    IIE    MaKS    IN    lUHI,    FAITES    A    l'OBSERVATOIRE    DE    .TUVISY. 


qu'en  1<S99.  Le  golfe  des  Perles  est  assez  marqué,  tandis  que  Deucalionis  Uegio 
est  beaucoup  plus  foncée  que  les  régions  continentales.  Chryse  est  blanche  à 
droite  (/if/.  'A21  ). 

10  février,  2I"50'".  Diamètre  =  13",8.  w  =  314".  o  =  -h  21'*,ô.  Air  I  et  IL  Brume 
Quelques  cirrus  avec  légère  brise  du  Nord-Cjucsl.  —  La  bande  sombre  qui  entoure 
la  calotte  polaii'o  a  diminué  d'intensité,  mais  un  vaste  estompage,  d'une  intensité 
très  faible,  s'étend  le  long  des  canaux,  jusqu'à  l'rotoniluset  Deuteronilus.à  l'Ouest, 


dRSF.RVATOIRE    DE   .lUVISY.  509 

jusqu'à  la  mer  Acidalieniie.  réduite  par  la  perspective  à  un  arc  sombre.  Coloe  Palus 
se  fait  remarquer  comme  une  Errandc  tache  grise,  de  forme  elliptique.  Uu  estom- 
page  plus  étendu,  mais  [dus  faible,  se  voit  encore  plus  au  nord,  nou  loin  de  la  ca- 
lotte polaire.  Le  lac  l.smenius  est  certain,  mais  difficile  à  bien  distinguer;  c'est  une 
ellipse  dont  le  grand  axe  est  dirigé  de  ri']st  à  l'Ouest.  Le  lac  .\retluisa  est  encore 
plus  petit  et  plus  difficile.  Il  nous  semble  que  la  Grande  Syrte  est  séparée  de  la 


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Fig.  32S.  —  Aspect  de  Mars  le  10  février  1901,  à  ■21''50» 
Délevmiiialions  de  longitudes  : 

Tache. 

Portus  Sigeus  3. 

Lacus  Isiiieiiii.is  03 


P;(3S;iE:e 

Lniigîtmle 

au  ini-ri.lii-n  central. 

déduiti;. 

23»    ô" 

332-47' 

23''  12- 

334M8' 

Nilosyrtis  par  un  pont  lumineux.  La  forme  de  la  Syrte  est  bien  celle  que  lui  a 
donnée  M.  Lowell  en  1894,  mais  la  présence  d'un  estumpage  entre  les  canaux 
Nilosyrtis  et  «  Nasanion  »  i')  complète  sa  figure  de  î^ablier,  en  lui  restituant  son 

{')  Nom  donné  par  nous  au  grand  canal  observe  a  Juvisy  en  IS9L>-IS97,  reliant  la 
pointe  nord  de  la  mer  du  Sablier  à  la  Boréosyrtis,  dans  une  ilireciion  N-E.  C'est  le 
canal  qui  porte  le  numéro'  9  de  la  Carie  de  1.S97  (p.  286),  et  le  numéro  IB  de  notre 
Carie  de  1899  (p.  459).  Les  Nasamous  (Oi  Nao-aawv;:)  cialeiil  une  peuplade  habitant  le 
sud  de  la  Cyrénaïque.  non  loin  de  la  Graïuie  Syrte  de  la  mer  intérieure. 


510  I-  A  PLANÈTE   MARS.  i;)OI 

cône  inférieur.  Le  Sinus  Sabanis  est  très  .sombre  à  droite,  tandis  que  son  détruit 
présente  la  demi-teinte  de  Xisuthri  Regio.  Le  contour  du  Sinus  parait  à  peu  près 
identique  à  la  forme  que  lui  a  donnée  M.  Lohse  en  1884  (')•  l'ortus  Sigeus  u'est 
pas  très  évident.  Argyre  brille  au  bord  supérieur,  et  Cliryse  est  également 
blanche  nu  bord  suivant.  —  Canaux  :  Nilosyrtis  et  «  Nasamon  »,  bords  d'un 
pstompage  dans  Neith  Regio.  —  F'rotonilus  et  Deuteronilus,  bords  d'estompage 
au  nord.  —  Pierius  et  Callirrlioë.  bords  d'un  estompage  plus  intense  et  plus 
voisin  du  pôle.  —  Boréosyrtis,  large  et  sombre.  ^  Euphrate-Arnon,  très  difti- 
eiles.  —  Gehon,  large;  bord  de  la  blancheur  à  droite.  -^  Hiddekel.  très  difficile. 
—  «  Sitacus  »  (Cerulli),  facile.  —  Typhon-cJronte.  très  faibles;  probablement 
bords  d'un  estompage  imperceptible  au  Nc.ird.  —  Phison,  large  (pourrait  être 
double).  —  .Vstaboras,  étroit  et  faible.  Tous  ces  canaux  sont  vus  isolément,  l'un 
après  l'autre,  la  visibilité  de  chacun  durant  à  peine  une  seconde.  La  plupart  ont 
été  ainsi  entrevus  à  plusieurs  reprises  (//j.  :iî8i. 

Nous  remarquons  que  les  faibles  demi-tons  disparaissent  avec  les  forts  ocu- 
laires. 

Même  jour.  v!:i''0"'.  w  =  :i3-".  .\ir  =  11.  —  Nous  notons  les  passages  suivants  au 
méridien  central  : 

Tarlir,  Passage.  Longitude. 

Portus  Sigeus 23\j'"  33-2",  47 

Isnienius  Lacus , ■23'' 1 '2"  334°,  18 

La  deuxième  détermination  offre  un  intérêt  spécial,  car  la  longitude  de  ce  lac, 
qui  était  de  335", '27  en  18SC,  s'est  élevée  à  3 il",  86  en  1888,  différence  ([ue  M.  Schia- 
parelli  considère  comme  étant  bien  en  dehors  des  erreurs  d'observation.  11  résul- 
terait donc  de  cette  mesure  que  le  lac  aurait  dû  retourner  h  sa  première  place 
depuis  1888!  Mais  ces  déterminations  no  sonr.  ])as  sans  quelrjues  incertitudes. 
Comparez  Isnienius  Lacus  et  Dirce  Fous  sur  notre  globe  et  sur  notre  Carte 
do  1899  :  les  positions  ue  sont  pas  identiciues.  Vérifications  intéressantes  à 
renouveler. 

13 février, -'-^''O"'.  Diamètre  =  14". 0.  w  = -291".  9  = -F- -.M". 3.  Air  =11-1  II. Tenip.  =  — 7". 
Vent  du  NNL  faible.  —  Les  estompages  avt)isinant  la  calotte  polaire  ne  sont  pas 
moins  remarquables  que  ces  derniers  jours,  et  la  vaste  tache  grise  sur  la  Boréo- 
syrtis est  un  peu  à  gauche  du  centre.  Goloe  Palus  est  toujours  très  marqué.  La 
(irande  Syrte  présente  bien  la  forme  lowellienne;  seulement  le  lac  Mœris  avance 
plus  profondément  dans  les  terres  qu'en  ces  dernières  années.  La  Libye  affecte 
une  forme  anormale,  présentant  une  pointe  vers  le  Sud-Ouest  et  un  léger  golfe 
vers  le  Sud.  Syrtis  Parva  très  marquée  à  gauche,  et  il  eu  est  de  même  de  Hellas 
au  bord  suil,  dont  la  blancheur  n'est  pas  cependant  frappante.  Le  pont  observé 
le  10,  séparant  la  Grande  Syrte  des  estompages  au  Sud,  est  facile  ;\  reconnaître. — 
Canaux  :  Am<;ntlies,  très  facile.  —  «  Nasamon  >>  et  Nilosyrtis  avec  Protoiiilus, 
bords  de  l'estonipage  polaire.  —  Pierius  et  llelicoiiius,  facile.  L'embouchure  de 

(')  La  plu, ivU-  Mars,  1,  |..  :(',J7. 


OB?KKVAT01RE   Ml-    .lUVISV. 


,11 


l'Astusapes  est  au  liiéridieu  maiiitoiiaiit.  ce  (|ui  lui  cinime  une  longitude  de  290°,5r) 
{fig.  SM,. 

Ileinarquons  la  l'orme  altérée  de  la  Libye.  Cette  reinarqual>le  région  présente 
en  ce  moment  une  curieuse  corne,  a,  dirigée 
vers  le  Sud-Ouest,  ayant  ensuite  subi  un  ren- 
foncement   bizarre  en  h.   EWe   parait    parfois 
quelque  peu  estompée. 

Il  est  intéressant  de  comparer  ce  contour 
avec  !e  contour  moyen  habituel  MX.  ajoute 
ici  en  ponctué. 

15  février.  O'MO"'.  Diamètre  =  ll'O.  w  =  313°. 
■i  =  -f-  ii-X  Air  =  m.  Vent  faible  du  Nord. 
Stratus.  Temp.  =  —  7".  —  Les  estompages  autour  de  la  calotte  poluiie  s'éten- 


H' 

l 

a 

Li 

t  V  C 

^ 

K^ 

m 

-j 

froto n  ilui 


V*  !•*<]  Cecrcpi 


pi  A 


Fig.  3GÛ.  —  .Mars,  le  13  lévrier  1901,  à  'ii'O" 
D  =  14", 0.  u  =  291'.  •-  =  -:-  îl-3. 


dent  toujours  jusqu'à  Protonilus.  etc.  La  grande  tache  grise  au  nord  de  Coloe 
Palus  est  très  évidente  i  ')•  Rien  de  particulier  dans  ra.spect  de  la  (iraiide  Syrte 

(')  Est-ce  un  nouveau  lac.  une  nouvelle  oasis,  un  marécage  épaissi?  Quelle  que  soit 
sa  nature,  il  y  a  là  un  nouveau  témoignage  de  variations. 


51-,'  LA   PLANÈTE   MAU^i.  1901 

et  du  Sinus  Sabaeus.  qui  se  montrent  dépourvus  de  détails.  Hammonis  Cornu 
passe  au  méridien  vers  O''!")"",  ce  qui  donne  comme  longitude  la  valeur  314", 68. 
Même  jour,  -21" SO-».  tu  =  -266°.  Air  =  III.Temp.  =  —8°. 5.  Brise  du  Nord.  —  La 
calotte  polaire  ne  paraît  pas  sous-tendre  plus  de  3.")".  Le  grand  estompage  gris 
sur  la  BoréosyrLis  est  très  évident,  et  la  région  grise  s'étend  toujours  jusqu'à 
Nilosyrtis  et  «  Nasamon  »,  dont  la  Grande  Syrte  est  cependant  séparée  par  un 
pont  clair.  La  Libye  affecte  bien  la  forme  dessinée 'il  y  a  deux  jours,  avec  pointe 
au  .Sud-(  )aest.  Hespérie  est  plus  étroite  que  sur  les  Cartes  de  M.  Scliiaparelli.  La 
mer  Cimmérienne  se  termine  en  cigare.  —  Can.iux  :  «  Nasamon  »,  Nilosyrtis. 
bords  d'estompage. —  Amenthes  et  Adamas.  larges  et  diffus  {fig.'i2\]. 


Kig.  331.  —  Ij  février,  JP'aj'". 

La  l'etite  Syrte  est  passée  au  méridien  à  \.'1''0"',  ce  qui  porte  sa  lougtitude 
à  V.J.S".:i9. 

.Mi'nie  jour,  ■.;3''1.5"'.  m  =  ;"J1".  Air  =  I\'.  —  Déterminations  de  longitude  : 

'I.utie.  H.is>aiîr.  Longitude 

(jrand  estoiiipage  sur  Boiéosyrlis '^■.;''2Û"';=        277'',8S± 

(Jrande  Syrte,  pointe  nord 22  50  285,19 

Coloe  Palus 23  .50  299  ,  SI 

Ces  beures  peuvent  être  estimées  à  S  minutes  près,  avec  une  approximation 
de  •-'"  aréocentriques. 

\  la  îisle  précédente  des  canaux,  il  l'aiil  iiiaiiilenanl  en  ajouter  l'J  autres, 
ce  ([ui  ptH'le  le  nombre  de  ces  lignes  vues  a  Juvisy,  jusqu'au  15  février,  à 
3'J  :  Prolonilus,  Deuleroiiilus,  Nilosyrtis,  linrcosyrlis,  »  Sitacus  »  (CeruUii. 
Euphi-ates,  Arnon,  Kisoii,  Pierius,  llei'annius,  Phlegetlion.  «  Xasaniou  », 
Uronles,  Typhon,  Phison,  Aslaboras,  Anienlhcs,  Heliconius  et  Adamas. 

Les  asjjecls  les  plus  remarquables  de.  la  planète  ont  été,  en  ievi'ier  19(11, 
ainsi  que  nous  venons  de  le  voir,  les  insensibles  demi-tons  de  riiéniisplierc 


OBSF.HV  AiOllU-    ni-    JUVISY. 


sn 


septentrional,  sur  lesquels  on  n'a  peut-être  pas  suffisamment  attiré  l'atten- 
tion jusqu'ici,  le  pont  séparant  la  (irande  Syrte  de  la  Xilosyrtis,  visible  déjà 
depuis  189(),  la  forme  altérée  de  la  Libye  et  le  nouveau  «  lac  n  sur  la  lioréo- 
syrtis.  La  pâleur  relative  d(t  la  nier  Acidalicnne  est  nu  autrr  phéiKunène  des 
plus  curieux.  Kn  I89G-1897,  nousavons  vu  cette  mer  noire  commcde  l'encre; 


Fi.;    J3;.  —  18  février,  21'';2ô" 


Fisj.  333.  —  18  février,  ■ri'ic" 


Fig.  334.  —  -2\   février,  21i'45'».  Fig.  33.i.  —  2Î  lévrier,  6M)". 

Ob3lhv.\tion3  de  Mars  en  1901,  F.iiTEs  A  lObservatoire  de  JfVISV. 

en  1898-1899,  elle  était  plus  pâle;  cette  année,  son  intensité  a  encore  diminué. 
Ainsi,  l'idée  que  nous  exprimions  il  y  a  deux  ans  en  disant  (jue  »  l'intensité 
de  cette  mer  varie  inversement  avec  la  hauteur  du  Soleil  au-dessus  de  son 
horizon  »  est  pleinement  confirmée  par  l'observation.  L'intensité  des 
«  mers  »  parait  donc  varier  en  raison  inverse  de  la  hauteur  du  Soleil  au- 
dessus  d'elles,  comme  si  elle  était  une  fonction  de  la  durée  de  l'insolation. 
F.,  IL  33 


51  i  LA    IM  A.NETK   M  AH  S.  1901 

(les  v;iriatii)iis  sont  f:iil]lr's  dans  la  znne  éiiuatoiiale,  presque  coiislaïamenl 
exposée  aux  rayons  d'un  soleil  verlical.  Mais  les  taches  à  latitudes  élevées, 
telles  (jue  la  hum-  Aeidalieune,  deviennent  plus  claires  à  la  suite  d'une 
longue  ius(daliou  (M.  Il  y  aura  là  d'importantes  lemarques  à  faire  sur  les 
saisons  marlienues. 

\  oici  la  suili'  des  obsi'rvations  : 

IS  février  l'.ioi.  ■:{'•■;:>"•.  Diamètre  =  li",  I .  -u  = -.'38".  -.>  =  — -.'l-.O.  Air  =  II. 
N'eut  du  uiiril.  —  La  calotte  polairr  inlérieiu'e  si;  réduit  de  plus  en  plus,  et  la 
bande  sombre  qui  l'eatoure  est  luoins  marquée  qu'eu  ces  derniers  temps.  L'n 
estumpage  très  faible  s'étend  des  rérfioDS  polaires  jusqu'aux  confins  méridionaux 
de  Phlei;ra.  Cebrenia  et  .Etlieria;  son  intensité  augmente  vers  Utopia  et  la 
Boréosyrtis.  Elysium  est  moins  hlnnc  qu'en  IS'JG-IS'.IT  et  1S'.)S-1899,  il  est  jaune; 
ses  limites  au  Nord  (Chaos)  et  au  Xord-Ouest  iHybUr-us)  sont  à  peine  visibles. 
Mais  Eunostos,  Styx  et  Cerberus.  le  dernier  surtout,  sont  évidents  au  premier 
coup  d'oeil.  Rien  de  jiarticulier  dans  l'aspect  du  Triviuni  Cliarontis,  si  ce  n'est  sa 
pâleur  relative.  En  effet,  ce  lac  parait  aussi  avoir  (Hé  afî'ecté  par  la  décoloration 
des  taches  grises  de  l'hémisphère  septentrional.  Mare  Gimmerium  est  assez  foncée 
et  Ilesperia  paraît  étroite  et  estompée.  Aeria  est  blanche  au  limbe  droit,  et  il  en 
est  de  même  d'Ernlania  au  Sin;l.  de  Zepliyria  et  .\mazonis  à  gauche.  La  (irande 
Syrte  est  très  sombre.  Canaux  :  Cerbère,  double;  contrairement  à  ce  qui  a  été 
observé  jusqu'ici,  les  deux  branches  se  continuent  jusqu'à  la  mer  Cimméricnne ; 
ces  branches  ne  sont  pas  d'égale  intensité  :  celle  du  Nord  est  plus  intense  que 
celle  du  yud.  —  C.\clops,  large  et  ditïus.  —  Eunostos,  très  marqué.  —  /Ethiops, 
pâle.  —  .\damas  ("  l'seudosethiops  »  de  M.  CeruUil,  facile.  —  Boréosyrtis,  très 
foncée.  —  «  Nasamon  ».  évident.  —  !-^tyx,  mariiué.  —  ,'Esacus.  faible.  —  Hades 
parait  comme  le  bord  d'un  estompage  dans  l'hlegra.  —  La^stry^iun.  bord  d'iuie 
blancheur  voisine  du  limbe  {fig.  o'ii). 

■Kl  février,  '.'r'-JS"'.  Diamètre  =  l'i",'-:.  <o  =  -.'•.'!".  v  =  -^  -U°.'J.  Air  =  111.  Vent  du 
Nord-Est.  —  L'estompage  sur  Boréosyrtis  et  l'topia  est  manpié,  mais  moins 
peut-être  qu'en  1899.  La  l'égion  faiblement  ombrée  s'étend  jusqu'à  /Etheria, 
Cebrenia  et  l'hlegra.  et  parait  limitée  par  des  canaux.  Elysium  est  bien  limité 
au  Nord-Est,  au  Sud-Est  et  au  Sud-Ouest.  -Mais  c'est  h  peine  si  l'on  distingue  ses 
conhns  Nord  et  Nord-(_)uest.  I.p  pentagone  est  légèrement  blanchâtre  vers  Tri- 
vium  Charontis.  La  mer  Ciuunérienne  est  assez  sombre  eu  haut  et  elle  est  sur- 
montée par  la  brillante  JOridania.  A  droite,  Libya  est  blanche.  Ou  voit  encore 
l'ropontis.  lleralcs  Lacus,  ■>  l'amlxHis  Lacus  »  i  CeruUi  )  et  llopiia'stus,  le  dernier 
à  p(dne  indiipié.  Canaux  :  Cerbéri'.  liouble.  —  C>clops,  ililVus.  —  Eunostos, 
f.acile,  llybkcus  et  Chaos,  à  peine  indiqués.  —  .Esacus,  large.  —  Siyx,  double; 
bord  (l'estompage  dans  Phlegra.  —  Ilades,  bord  d'estompage  dans  la  même 
région.  —  Lœstrygon,  très  mince.  —  tircus.  large  et  indécis  (/(';/.  .'vilii. 

(')  Voir  aussi  rulisei'vaiioii  de  M.  Wisliccuius  (;u  ISyO  :  La  plani'Ui  Mars,  I,  |<.  4St. 


OliSKKVATOlItl-:    DK    .ILVISV.  .M') 

-,'1  février.  -T'O"".  Uiamt>tre  =  H',;'.  w  =  •;;0i>".  o -=  — -.'O'-S.  Air=  II.  l'as  de 
vent;  calme  absolu.  —  Les  ombres  dans  l'hleirra  et  Cebrcuia  sont  difficilement 
visibles;  Trivium  (liarontis  et  l'ropoutis.  sombres.  Ilecates  Lacus  passe  à  peu 
près  au  méri<lien  centra!,  ce  ipii  lui  donne  une  loniiitude  de  ■JOti". 48.  La  mer 
Cimuiérieniic  présente  sa  forme  liabituelle.  L^lysiuui  est  léirèremeut  blanc  à 
gauche,  tandis  qu'Kriilania  et  Libya  brillent  au  limbe.  C;nianx  :  Cerbère,  double 
jusqu'à  Cyelops    —  <ycloi>s,  faible.  —  Eunostos.- évident.   —  Chaos,  faible.  — 


Pig.  336.  —  Aspoet  telcscopii|ue  de  la  plaiiele  Mars,  le  20  février,  a  21'- -.'•■°. 

Sty.x  et  Hades,  bord.?  d'estompage;  le  premier  peut  être  double.  —  (trous,  large. 
—  Un  autre  canal  parait  relier  Propontis  à  la  calotte  polaire  i  l'ig.  :>!•'!  i. 

Même  jour,  2l''4r)"j.  t.j  =  -2l7".  Air  =  IL  —  Indépendamment  des  détails  énu- 
mérês  ici,  on  voit  maintenant  ileux  petits  lacs  contiirus  à  la  calotte  polaire,  l'un 
à  droite  dans  Uchronia.  l'antre  à  gauche,  vers  ['ancluiia  i.\rsenius  Lacus i. 
Elysium  paraît  fendu  en  deux  par  un  canal  qu'on  ne  voit  pas  sur  les  Cartes  de 
Schiaparelli.  Canaux  a  ajouter  à  ceux  de  l'observation  précédente  :  Choaspes, 
larire.  —  Ileliconius.  noir  et  mince.  —  HybUvus.  ditïus  'l'ig.  -IM). 


516  LA  PLANETE   MARS.  l'.Hil 

•:î  février,  (?0"'.  Diamètre  =  M".-?,  to  =  338°.  9  =  -h  ■?0°,8.  .\ir  =  IV.  —Planète 
trop  voisine  de  l'horizon  occidental.  .Vussi  les  détails  sont-ils  confus  et  indistincts. 
l.a  mordu  Sablier  se  couche;  la  baieilu  Méridien  s'avance  vers  le  centre  (/îy.  335). 

A  la  liste  des  trente-neuf  canau.v  vus  jusqu'au  1.5  février,  un  peut  ajouter 
■  les  si.x  suivants  :  Eunoslos,  /Etliiops,  Lœstrygon,  Hybheus,  (Jrcus  et  Clioaspes. 

Un  phénomène  intéressant,  révélé  par  nos  dernières  observations,  est  le 
jaunissement  d'Elysium.  Cette  région,  si  Idanche  en  189(5-1897  et  1898-1899, 
s'est  montrée,  en  ces  derniers  temps,  a  peine  un  peu  plus  claire  i[ue  les 
régions  jaunes  continentales  de  la  planète  (')•  H  est  probable  que  l'altitude 
du  Soleil  y  est  pour  quelque  chose,  ainsi  que  dans  la  décoloration  de  la  mer 
Acidalienne.  En  effet,  si  les  blancheurs  des  années  précédentes  étaient  dues 
à  des  condensations  de  vapeur  (gelée  Idanche)  sur  un  plateaa  élevé,  i)ar  un 
Soleil  assez  éloigné  du  zénith,  on  peut  supposer  que  le  Soleil  vertical 
de  1900-1901  nuit  à  cette  condensation,  soit  par  la  l'aible  ép^nsseur  atmo- 
sphérique traversée  par  le  rayon  incident,  soit  par  l'échaulTement  du  sol  à 
la  suite  d'une  longue  exposition  au  rayonnement  de  l'astre  central. 

Cette  étude  des  saisons  martiennes  devient  de  plus  en  plus  précise.  Le 
solstice  d'été  de  l'hémisphère  boréal  arrivera  le  11  avril  prochain.  Déjà 
nous  assistons  à  la  fonte  des  neiges  polaires  qui,  maintenant,  diminuent  de 
jour  en  jour  avec  une  grande  rapidité. 

Suite  des  observations  : 

14  mars  l'.tOI,  'ilM."."'.  Diamètre  =  13", 4.  w  =  34".  -i  =  -^  iO",0.  .\ir  =  111  et  IV. 
Légers  nuages.  Vent  faible  de  l'Kst.  —  La  calutte  p(daire  Nord  est  beaucoup  plus 
réduite  qu'i'i  la  dernière  observation,  sous-tendant  à  peine  2.")°  de  diamètre. 
La  zone  autour  des  neiges  est  assez  marquée.  La  mer  Acidalienne  est  très  fraj)- 
pante  au  méridien  central  et  ressemble  à  une  poire.  Nous  sommes  très  surpris 
de  voir  les  demi-tons  Baltia  et  Nerig(js  presque  aussi  éclat.-iiits  que  les  régions 
continentales,  ce  qui  donne  à  la  mer  Acidalienne  la  forme  dessinée  par  Burton 
il  y  a  une  trentaine  d'années  et  non  celle  observée  par  M.  Schiaparelli  de  1884 
à  18'.l0.  Le  p(jnt  d'Achille  est  évident,  tandis  que  le  lac  Niliacus  est  bien  plus 
pâle  que  la  sombre  mer  Boréale.  Les  mers  au  Sud  sont  légèrement  confuses. 
Régions  circompolaires,  si  peu  connues,  particulièrement  étudiées  ce  soir.  — 
Cannux  :  Outre  l'Iaxartès,  très  noir  et  large,  visible  au  premier  coup  d'œil, 
signalons  Tanaïs,  facile.  —  Nihdieras.  très  sombre.  —  .laiiiuna,  dilïïis.  —  Indus, 
Hydaspes  et  Gehon,  très  vagues  (/('g.  337). 

■22  mars,  18'' JO'".  Diamètre  =  12", 7.  (o  =  280".  (p  =  -1-  19°, 9.  Air  =  IV  ou  V.  Vent 
du  Nord-Nord-Hst.  —  I..-i  calotte  iiolaire  est  un  peu  plus  large  qu'à  la  date  du  8 

(')  On  peut  rapprciclier  de  cos  aspects  ceux  i|in  ont  é.lé  observes  en  1884,  p;ir  M.  Schia- 
parelli, sur  la  mer  Erythrée  et  sur  la  mer  des  Sirènes,  qui  se  iiunitraient  alors  plus 
pâles  et  comme  recouvertes  d'une  sorte  de  brume. 


OBSERVATOIIU'    UV.   JUVISV.  517 

et  quelque  peu  indécise.  La  Grande  Syrto  est  très  maniufîe  A  droite  du  centre. 
La  Libye  apparaît  sous  la  forme  signaU-e  par  nous  dernièrement.  Toute  la  réijion 
au  nord  de  «  Xasamon  »  et  Nilosyrtis  est  estompée,  avec  une  condensation  grise 
sur  Utopia.  .\eria  est  blanche  au  limbe  droit. 


24  mars,  19"  lO".  Diamètre  =  \i",:).  m  =  ;'(;7". 


19", 9.  .\ir  =  III.  Sérénité. 


Brise  insensible  du  Xord.  —  La  calotte  polaire  présente  une  étendue  bien  plus 
grande  qu'il  y  a  quelques  jours,  avec  des  bords  mal  définis.  La  région  avoisi- 
uante  est  faiblement  estompée  sur  une  imiuense  surface  vers  le  Sud.  .Veria  est 
très  blanche  à  droite,  et  la  Grande  Syrte  avec  la  Libye  et  les  mers  Tyrrhénienne 
et  Cimmérienne  ne  présentent  rien  de  particulier.  LeTrivium  Charontis  se  couche 
au  limbe.  Mais  le  lac  sur  Utopia  est  très  marqué,  constituant  le  point  de  départ 
d'une  géminatiou   grossière  au  nord-est  île  la  mer  du  Sablier,  gémiaation  qui 


Fig.  337.  —  Régions  circornpûl.iire 


i~ti;iles  de  Mars,  le  14  mars  1901. 


s'étend  jusqu'à  la  jonction  des  bandes  convergeant  du  Sud.  -  Canaux  :  Casius, 
double:  très  accentué.  —  »  Pseudoa.'thiops  »  de  M.  CeruUi,  facile.  —  .\menthes, 
large.  —  Eunostos,  dilïus.  —  Cerberus.  très  large  et  noir.  —  Sty.\.  très  large.  — 
Chaos  et  Hyblaeus.  bords  d'estompage.  -  ..  Nasamon  i'  et  Nilosyrtis,  bords 
d'estompage  dans  Xeith  Regio.  —  Ileliconius.  très  large.  —  Boréosyrtis,  évi- 
dente. —  Python,  mince  et  noir. 

3(1  mars,  19"?l)"'.  Diamètre  =  IL ,. S.  -u  =  vM.'r'.  2  =  +  -20".  I.  .\ir  =  V.  Tempête 
violente  du  Sud-Sud-Oiiest.  La  calotte  polaire  est  toujours  grande  et  mal  limitée, 
ce  qui  montre  que  l'agrandissement  subi  le  -J-J  se  maintient.  On  aperçoit  fugiti- 
vement Trivium  Charontis  et  Propontis.  ainsi  que  le  lac  .Vrsenius  et  les  estom- 
pages  de  l'hémisphère  inférieur.  Libya  brille  sur  le  lerniinatcur. 

4  avril,  19''-2U"'.  Diamètre  =  11", 5.  w  =  170".  •--  =  -r-\'0',j.  Air  =  V.  Nuages.  Veut 
faible  du  Nord-Ouest.  —  Malgré  la  mauvaise  qualiic  des  images,  ou  voit  claire- 
Dieut  que  la  cause  ayant  produit  l'agrandissement  de  la  calotte  polaire  des  jours 
derniers  a  cessé  d'agir,  la  calotte  se  montrant  maintenant  plus  petite  que  jamais 


'i\^  L\  PL  A  M- TE   MAKS.  1901 

et  très  l»ieii   liinit('o  par  ilos  estornpagus  sombres,   l'ropontis  sur  le  méridien; 
mais  on  ne  ciistiiiiiue  rien  de  précis. 

7  avril.  t'.i"0'".  Diamètre  =  11",-,'.  <o  =  138".  o  =  —  ;'0".:1.  Air  =  II  ou  III.  Cahne. 
—  I.a  calotte  ]i(]laire  est  extrêmement  lilanclie  et  ressort  superbement  sur  le 
l'nnd  jaune  lilc  mur  de  la  planète;  le  b(jrd  des  neiges  est  assez  net.  Ceraunius  et 
Propontis  avec  Trivium  C'iiaroutis  se  détachent  vaguement  des  grisailles  entou- 
rant la  calotte  polaire.  Kn  liant,  mor  îles  Sirènes.  I,e  canal  Tiiau  tr.-iviM'se  le 
disque  du  Nord  au  Sud. 

L'agraadissi'iiii'iit  subit  des  neiges  du  -^2  au  :iO  mars  est  un  phénomène 
très  curieux.  Il  est  possible  que  nous  ayons  eu  là  sous  les  yeux,  soit  une 
i'ormation  de  légers  uuagi'S  voilant  les  régions  sombres  situées  au-dessous, 
soit  une  précipitation  snperticielle  d(' vapeur,  telle  (]ue  de  la  geiee  Idaiiche, 
sur  une  grande  étendue  autour  de  la  calotte  polaire.  Le  solstice  d'été  est 
arrivé  le  II  avril,  et  les  neiges  polairi'S  diminuent  avec  une  très  grande 
ra[iidilé.  Leur  diaaietre  ne  d(''passe  pas  maintenant  une  vingtaine  de  degrés, 
10°  de  part  et  d'autr(_'  du  ]]ôle. 

IS  avril  l'.ioi.  l'.i"iO'".  Diamètre  =  llj",-.'.  oj  =  Kr.  o^-r  ■.'l",0.  ,\ir  =  1\'.  Ciel 
brumeux.  Brise  très  faible  du  Sud-Ouest.  —  La  cabitte  polaire  parait  très  réduite. 
La  mer  .Vcidalienne  est  bien  visible,  un  peu  à  gauche  du  méridien  central;  mais 
sa  partie  australe  et  orientale  est  senle  foncée;  l'.altia  et  Xerigos  sont  il  peine 
plus  grises  que  Tempe.  Les  mers  au  Suil  sont  confuses,  ei  il  en  est  de  même  des 
canaux  dans  les  régions  centrales  du  disque  (/ly.  'A.Wj. 

■.'0  avril,  l'.i"iO"'.  Diamètre  =  lu".0.  lo  =  -,'7".  -i  =  -  •,'!».•,'.  Air  =  \'.  Vent  d'Lst 
faible.  Nuit  très  transparente.  —  L'aspect  est  com|)arable  à  celui  du  l.'^.  mais 
l'air  est  plus  agité^  et  les  taches  moins  avancées  sur  b'  dis<pie.  (leliou  assez  facile 
de  temps  en  teMq)S. 

Vl  avril.  -.'II"!!'".  Diamètre  =  hi",0.  w  =  -,'3".  ■■?  =  —  -.'l",-,'.  .\ir  =  V.  Vont  d'Est; 
nuit  brumeuse.  Température  très  élevée.  —  Il  \  a  très  peu  de  détails. 

■,'3  avril,  r.i"ô(r".  Diamètre  =  li", 8.  w  =  •.'".  ^  = -i- ;'l".  1.  .\ir  =  I  et  II.  Calme. 
Légers  cirrus.  Excellente  image  à  travers  les  nuages.  —  La  calotte  ])olaire  sous- 
tcnd  eûcore  '.'à".  Elle  est  très  blanche,  et  se  voit  du  premier  coup  d'œil.  Malgré 
l'exiguïté  du  disque,  les  di'dails  sont  très  visibles.  Ainsi,  la  mer  .\iMdalienne 
all'ecte  la  forme  d'une  poire,  à  droite  du  méridien  central.  Tcjutc  la  région  à  l'Est 
(Cvdouia,  Dioscuria  et  Cecnqda)  est  estiunpee  jusipi'à  l'rotiiuilns.  Le  lac  Isme- 
nius  est  très  facile,  cnunue  une  petite  ellipse  noire.  La,  lontame  Silo/'  est  un  peu 
plus  difficile  à  distinguer.  Les  fourches  du  Sinus  Sab;uus  sont  très  marqué'es.  et 
la  baie  du  Méridien  est  ])lus  foncée  que  la  mer  .\cidalieniie.  (in  voit  encore  le 
petit  Portiis  Sigeus.  ci>iniiie  une  légère  entaille  du  littéral  iiil'ériiMir  du  Sinus 
Sabaîus.  Dciicalidiiis  liegio  est  très  estumpée.  (  )ii  reconnait  dislineteimnit  les 
i;anaux  suivants  :  lliddrhcl,  Hnlion,  Indus,  Denli'ronilus  >it  Callirrho'-  (fiy.  'SM\. 

l'.t  mai.  -.'I"::!!'".  Diamètre  =  8",0.  w  =  lil".  v  =  ^-  ''■'°,''-  .\ir  ^  IV.  —  La  calotte 


OliSKUV  \ TOIltl-    Dl'    .1UVI>V. 


.•|1',) 


polaire  esc  encore  graiiilo  ;  •,'(!"  au  nioins.  On  no  vciit  inio  Aas  ostoin])aues  très 
vagues  (/(;/.  :>'iOi. 

v'  juin.  -.'-."'O'".  l)ianiotre  =  7".:^.  "j  —  1  i".  'i  —  -t-  •,'i".S.  Air  -^  l\'.  —  l.a  ralotli' 
polaire  inloriour;'  snu^-Ieml  l'iiciiro  ■,'()'  (le  iliàniéti'c  Mci-  Aciilalieuue  tros  con- 
fuse ;\  L'auclie. 


Fis;.  :;38.  —  IS  avril  l'JUI.  a  l'Ji'lU-. 


Fig.  XV.t.  —  Z\  avril,  a  Ifl'."*'. 


l-i^.  :ViU.  —  19  mai.  a  2l":ii>-.  Fig.  :ni.  —  'J  juin,  a  ■:2''i)". 

OdsEBV.ITIONS    de    MaB?    en    I'.IDI,    F.^ITES    .\    lOhsEII  VATOIIIE    DE  JUVIiV. 

'.I  Juin,  ■,';"'0"'.  Di.-um'tre  ^  7",  0.  w  =  lîllT".  •-  =  -  -.'.'i".  ■.'.  Air  =111.  \'eiit  ilo  l'Ouest 
très  faible.  Quelques  éclair^  à  l'horizon.  —  La  ealuUo  ixilaire  sous-tond  encore  -.'O". 
Le  «  radical  »  l'orme  par  la  Grande  Syrte  et  \r  Sinuv  ^;ab.-eiis  est  très  marqué, 
malgré  ITMoiguement.  11  y  a  une  blancheur  au  pôle  sud.  due  à  la  présence 
d'Hellas  (//'!/.  iWi- 

On  renia i-i] liera  ijuc  ces  derniers  dessins  no  nioiiln.'nl  pas  beaucoup  de 
détails. 


r)2l)  LA   PLANÈTE   MARS.  1901 

Résumé  général.  —  Les  deu.\  Caries  annexées  à  ce  travail  représentent 
l'ensemble  des  dessins  pris  à  Juvisy  pendant  cette  apparition  aphélique,  et 
montrent  que  l'éloignement  de  la  planète  et  la  petitesse  de  son  disque  n'ont 
pas  autant  nui  qu'on  aurait  pu  le  craindre  au.\  recherches  aréographiques. 

Carte  de  Mars  ex    1900-1901. 
Discussion  succincte  des  observations. 

La  nouvelle  Carie  de  la  planète,  dressée  sur  la  projection  de  Mercator, 
que  nmis  ollVons  ici  à  n(.is  lecteurs,  i-ésume  les  dessins  de  Mars  pris  à  Juvisy 
du  1-2  octobre  1900  au  10  Juillet  1901. 

Comme  les  pôles  sont  reji'tés  à  l'iiitini  dans  la  jtrojection  de  Mercator,  et 
l'iant  donne  (jin'  la  drfin'nialion  îles  laclies  A  haute  latitude  y  est  considé- 
rable, nous  avons  tenu  à  représenter  la  zone  boréale  de  la  planète,  de  -+-  30" 
<le  latitude  au  [tnlr,  par  la  projection  stéri;'ogi-aplii(iue  {/ig.  34'2i. 

L  —  Influence  de  la  direction  du  vent  sur  la  qualité 
DES  images  télescopiqdes. 

Nous  avons  eu  soin  de  noter,  à  chaque  observation  de  la  dernière  opposition, 
la  direction  et  la  l'orce  du  vent,  la  li-ansparence  du  ciel,  ainsi  que  tous  les  phé- 
nomènes niétdoroloyiqucs  susceptibles  d'a\oir  (|uelque  rapport  avec  la  qualité 
de  l'image  dans  la  lunette. 

Uu  verra,  par  le  Tableau  suivant,  où  la  délinition  optique,  correspondant  aux 
diverses  directions  du  vont,  est  exprimée  sur  une  échelle  de  0  à  10  (  1(1  représen- 
tant une  iuiai^e  idéale,  et  (I  !a  plus  mauvaise  iuiaLie  possible),  (pie  c'est  lorsque 
nous  observions  ^Lars  à  travers  le  brouillard,  par  un  temps  calme,  que  nous 
avons  eu  les  meilleures  vues  en  1900- 1 '.HU ,  et  que  c'est  bien  le  vent  d'Est,  avec 
ses  images  troublées,  qui  nous  a  donne  les  i-ésultats  les  plus  défavorables  pendant 
cette  période. 

Qualité  uiDjctiiH^ 
des  iiuu^c^  trlo^cupiqucs 
IHiei-lioii  ilii  vciil.  {  cclielle  de  0  ù  lu). 

Calme;  planète  vue  dans  le  brouillard 8,5 

Calme;  planète  vue  à  travers  des  cirrus 8,0 

Calme  absolu  au  niveau  du  sol,  avec  ciel  pur 7,5 

Vent  du  Nord  faible .5,4 

»         Nord-Nord-I<:st  faible 3,8 

Nord-Est  faible .i,5 

Est  faible 2, 2 

»         Sud-Est  tuilile .'i,0 

.Sud-Sud-Ouost  faible 4,5 

»        Snd-Ouesl  faible 3,1 

»         Ouest  faible 5,0 

"         Nord-Ouest  faible 3,8 

Eclairs  dits  de  chaluur 6,0 

'reiupèle  du  Sud-Sud-Ouest,  lors  du  calme  relatif  au  moment 

du  l'ôclaircie  du  maximum  de  la  dépression 0,0 


5Î^^ 


OBSIRVATOIRK   DV.  JUVISV. 


521 


Jamais  les  images  n'ont  été  bonnes  pendant  nne  tempête,  ou  même  un  vent 
un  peu  fort.  Et  comme  l'équatorial  est  parfaitement  abrité,  il  est  impossible 
d'attribuer  les  ondulations  optiques  pendant  les  grands  vents  à  des  mouve- 
ments de  l'instrument. 

William  Herschel  a  cependant  écrit  :  «  Le  vent  ne  nuit  pas  h  la  netteté  des 
images   télescopiques.   Par  des  vents  violents  on   peut  se  servir  de   pouvoirs 


Fig.  342.  —  Les  latitudes  boréales  de  .Mars  après  le  solstice  d'été  ilOOll- 

amplificatifs  très  considé'rablos.  pourvu  que  le  ])ii'd  de  l'instrumeiit  ne  soit  pas 
ébranlé.  »  C'est  avec  raison  qu'.\.rago  a  contesté  la  valeur  de  cette  affirmation, 
eu  disant  que  «  le  vent  doit  jiroduire  un  mauvais  elTet.  en  mêlant  enire  elles 
des  couches  atmosphériques  de  différentes  températures  »  (  '  i. 


Cl  Analyse  historique  et  critique  du  la  Vie  cl  dea  Travaux  fie  .sic  William  Hers- 
chel. 


r.-,'?  LA  PLAN  ET K  .\L\liS.  l'JUl 

II.    —    Dl.MINUTItiX    d'étendue    DE    LA    CALOTTE    POLAIRE    HORÉALE. 

Les  neiges  soiis-tendaient,  au  début,  uu  arc  considérable,  puis  leur  étendue  a 
diminué  assez  régulièrement  jusqu'à  la  dernière  observation,  en  juillet.  On 
pourra  suivre  la  marche  de  la  fonte  des  neiges  sur  la  ligure  suivante,  complétée 
par  le  Tableau,  oii  la  deuxième  colonne  représente  l'arc  aréocentrique  sous- 
tendii  par  la  calotte,  la  troisième  la  longitude  du  centre  du  disque  au  moment  de 
l'observation,  la  quatrième,  la  hauteur  du  Soleil  au-dessus  du  pôle  nord  de  Mars, 
et  la  cinquième,  le  nombre  de  jours  séparant  l'observation  du  solstice  d'été  de 
l'hémisphère  nord. 


l'.iOO. 


l'.iOl. 


r,ar 

tîeur 

1 i:ilii>lf 

llaulfiii' 

.I.Mir. 

•  lu  Cai' 

p.,  1,1  ire. 

ilil  n'TiIri' 

.lu 

:i\anl  nu  api'é: 

Iialc. 

<lil  di>,|iie. 

Soirll. 

II*  .ol>lice. 

Octobre 

Il 

. .     7o"± 

i200± 

12.5" 

-H    3','7 

—  181 

)) 

V':! 

.  .      05  -:>-- 

3900  + 

24 

+    5.9 

—  170 

Décenilji'e 

-i-") 

. .    Ifi 

2700 

1 90 

+  10.4 

—  110 

.lanvier 

5 

. .     i-2 

2520 

02 

+  18,4 

—  90 

1 

10 

.  .      'lO 

2700 

•l'i 

+  19,0 

-  91 

» 

11 

.  .      'lO 

2760 

10 

-.-l'J,ï 

—  90 

0 

14 

.  .      i3 

2580 

.]  i2 

+  19,5 

—  .S7 

') 

15 

. .      \-i 

■.■.5^20 

:i33 

-,-19.7 

—  86 

» 

■23 

. .      53 

25S0 

120 

+20,6 

—  78 

0 

■25 

.  .      iO 

2400 

,      98    , 
'    109    ( 

+20.8 

—  76 

Février 

7 

..      3S 

2280 

1 

+22.2 

—  03 

'> 

10 

..     37 

2220 

s   314    , 

1  .ni  \ 

+22 , 1 

—  011 

') 

13 

. .     3S 

2280 

291 

H -22. 7 

—  57 

') 

15 

. .     31 

2040 

313  et  278" 

+22,9 

—  55 

» 

18 

..     32 

19-20 

23S 

-23,1 

—  52 

1) 

■20 

. .      ^'.I 

1740 

221 

+23.3 

-  50 

■î 

21.    ... 

..     31 

1800 

,   200   , 
1   217   * 

+23,4 

—  49 

.. 

■1.1  _  _ 

, ..     31 

180(1 

338 

+23,4 

—  '18 

Mars 

li 

. .     25 

1500 

3'i 

+24.6 

—  28 

.) 

0-) 

. . .     25 

1.500 

280 

+24.9 

—  -20 

>> 

Vi 

. . .     30 

1800 
1920 

207 
2 1 5 

+25,0 
+'25.1 

—   18 

» 

30.... 

. . .     32 

—  12 

Avril 

i .... 

■>■> 

1320 

170 

+25,2 

—    7 

0 

7.  . .  . 

. ..      30  ± 

1 800  -t-- 

138 

+25,2 

—     4 

0 

18.... 

. . .     25 

1500 

i() 

i25,2 

+    7 

1» 

20.... 

. . .     25 

1500 

27 

+25,1 

+    i) 

0 

21.... 

. . .     23 

1 380 

23 

+•25,1 

+  10 

)) 

23.... 

. . .     25 

1 500 

«> 

+25,1 

+  12 

Mai 

lit.... 

•)•) 

1200 

l'il 

-K24.1 

+  38 

t) 

20.... 

22 

1320 

li 

+23,5 

-i-  45 

.luin 

y.... 

. .  .     20 

1200 

307 

+■22.4 

+  59 

» 

2'i.   .. 

. . .     H) 

900 

119 

+■26,0 

+  74 

.(iiillcl 

() 

...     14 

840 

33 

-i-26,2 

+  86 

^    s3  cet.  1900 


OliSI-.UV  ATdllU;    UK   Jl'VISV. 

Si  l'on  coin  pare  co  Tableau  à  celui  (juc  luius  avous  publié  pour  IS'.iS 
trouve  que  la  uiarclic  du  phénomène  a  été  com- 
parable pendant  les  deux  oppositions  successives. 
Au  Aolslice  d'Otr,  les  ito.igiis  hori'alos  sous-len- 
dent  encore  plus  do  >'()"  de  diamètre.  Seulement. 
eu  éfrard  à  l'exiguïté  du  disque  en  r.tOd-l'.lOl, 
1  irradiation  peut  avoir  exaiçéré  les  dimensions 
ries  neiges  un  peu  plus  :\  la  dernière  opposition 
qu'à  l'avant-dernière. 

\os  observations  do  IS'.Ni  ont  déjà  mis  en 
l'vidence  le  phénomène  que,  pondant  leur  fonte, 
les  neiges  lancent  parfois  autr^ur  d'elles  des  blan- 
cheurs éphémères,  en  recouvrant,  eu  partie  ou 
intégralement,  le  bord  de  la  véritable  calotte  (  '  1. 
Or,  cette  année,  ce  phénomène  s'est  produit  en- 
viron une  quinzaine  de  jours  avant  le  solstice 
d'été  boréal,  et  a  duré  une  semaine.  Li'  bord  des 
neiges  qui,  le  •,'■.'  mars  dernier,  était  très  net.  est 
resté  indéfini  du  ■,'!  mars  aux  premiers  jours 
d'avril.  En  même  temps,  le  diamètre  de  la  con- 
densation polaire  avait  grandi,  et  son  éclat  a 
paru  diminué,  ce  qui  tendrait  à  prouver  (|Ui' 
l'albedo  de  ces  blancheurs  serait  inférieur  :i 
celui  de  la  véritable  calotte  |)olaire. 

Si  la  bande  sombre  qui  entoure  les  neiges  est 
un  sol  continental,  on  peut  attribuer  les  blan- 
cheurs en  question  à  une  vaste  précipitation  de 
gelée  blanche.  Dans  le  cas  contraire,  nous  pour- 
rions les  considérer  comme  des  formations  de 
brouillards,  ou  même  de  nuages. 


Ô-23 

IS'.i'.i.  on 


14  j'anr.    lyoi 


1 5  févr 


J""^ 


SI  avril 


r'^ 


19  mai 


111.    —    IIÉTEli.MlNATIO.SS   DE   POSITION 
DE   CERT.\INS   POINTS    DE    LA    SURFACE    DE   MaRS 

Nous  avons  pu  obtenir  les  neuf  mesures  sui- 
vantes de  quelques  points  de  la  planète  : 

■'^*-  .^»»'»  (I*-  lii  l;iclie.  Lt)n;.'il.     I.arii 

1.  Bord  précédent  de  la  mer  .\cidalienne.  'i'^  —on 

i.  Pointe  de  la  Petite  Syrte -258  —  S 

:!.  Centre  approximatif  de  II  Copais  I.acusu.  27S  -^57 

4.  Pointe  nord  de  la  Grande  Syrte i;.s4  +!',) 

(')   Voir  plus  haut.  p.  Î89. 


r>. 


■2^  juin 


rv 


6  juillet 


niiiiinution  d'étendue  des  neiges 
horeales  de  -Mar.';  en  ImOO-1901. 


5îi  LA  PLANETE  MARS.  1901 

N".  Nom  de  la  tarhe.  I.ontîituiie.      Lalittide. 

o  o 

5.  Emboiicliure  de  l'Astaboras 291  ('  -t-ll 

6.  Centre  de  Coloe  Palus 299  -*-41 

7.  Pointe  de  la  Corne  d'Amraon 313  — 13 

8.  Pointe  du  Port  Sigée 333  —8 

0.  Centre  du  Lacus  Ismeniiis 33'i  -i-39 

Ces  mesures,  dont  l'erreur  maximum  ne  saurait  dépasser  3°,  montrent  :  !"  la 
grande  précision  des  Cartes  de  Schiaparelli,  et  2°  l'exactitude  des  éphéniérides 
de  M.  Croinmelin. 

IV.  —  Esquisse  topogr.4phique  de  la  pl.4nète  en  IOOO-1'.IOI. 

NOUVE.A.U.X   CHANGEMENTS. 

Ia\  Région  du  Sinus  Sahreus.  —  La  baie  fourchue  du  Méridien  s'est  montrée 
excessivement  nette  et  accusée  à  la  dernière  opjiosition.  Elle  fonstituait  la  tacha 
la  plus  foncée  dp  la  planètp.  comme  au  temps  où  Béer  et  Madler  construisirent 
leur  carte.  Xisuthri  Regio  est  restée  assez  vague.  Le  littoral  du  Sinus  Sabœus 
vers  Edom  Promontorium  était  gracieusement  recourbé  en  arc  de  grand  rayon. 
Ismenius  Lacus  n'était  pas  un  objet  très  difficile,  mais  il  n'en  a  pas  été  de  même 
d'Arethusa  Lafus. 

(()!  Margarilifer  Sinus,  Aurorn'  Sinus  et  .l/ace  Acidalium.  —  Le  golfe  des 
Perles  était  plus  foncé  peut-être  qu'en  183S-I8'.I',).  Deucalionis  Regio  aussi  nous 
a  paru  plus  .sombi'e  que  d'iialiitudo.  La  fontaine  de  Siloë  était  d'une  ob.servation 
assez  facile.  Le  pont  d'Achille  a  toujours  été  visible,  mais  le  lac  Niliacus  s'est 
montré  bi^aucoup  plus  pâle  que  la  mer  Acidalienne.  Cette  dernière  était  un  peu 
moins  foncée  qu'en  1899,  ce  qui  corrobore  l'hypothèse  d'un  changement  de  ton 
siihordODnr  aux  saisons  de  la  pianote.  No.s  récentes  observations  nous  ont  con- 
firmé dans  l'idée  que  l'intensité  de  cette  mer  varie  inversement  avec  la  hauteur 
du  Soleil  au-dessus  d'elle.  Les  observations  de  190.'1  seront  précieuses  à  cet 
égard.  L;i  forme  de  la  mer  Acidalienne  rappelait  celle  d'une  poire,  la  pointe  en 
bas.  Baltia  et  Xerigos  étaient  à  peine  plus  grises  que  Tempe,  ce  qui  isolait  en 
quelque  sorte  la  mer  .Vcidalieune  dans  les  régions  contineulalcs  de  l'hémisphère 
nord. 

(  et  Lac  du  Soleil.  —  Ce  lac  a  été  d'une  observation  très  difficile,  et  la  position 
inclinée  de  la  planète  ne  contribuait  guère  à  accroître  sa  visibilité.  Le  Palus 
Mœotis  était  aussi  une  tache  faible.  Toute  cette  région  de  Mars  a  été  observée 
dans  di'>.  <;onditic)ns  très  désavantageuses. 

(d)  Mare  Sirenuni.  —  Rien  de  particulier  iri.  Atlantis  presque  invisible. 

(e)  Mare  Cinnneriuin  et  Triviuni  Cliaionli>^.  —  Aucune  trace  de  Cimnieria 

(')  Eu  I.ST'J,  M.  Schiaparelli  a  trouvé  pour  ce  pnini  la  valeur  29',)°,llj,  supérieure  de  8° 
à  la  iiOlre.  Nous  pensons  que  c'est  là  une  eri'eur  Iy|pographi<pie,  au  lieu  de  292°,  16,  car, 
sur  sa  Carte  de  1879,  raslronome  de  Milan  place  l'embouchure  de  l'ancien  Aslaboras 
(devenu  plus  tard  Astusapes)  vers  292°,  et  non  a  299". 


OBSERV  ATOlflK    UV.  .UVISV.  525 

Insiila.  Hesperia  est  restée  vague  peudaiit  tonte  l'opposilioii.  Klysium,  mal  limité 
au  Nord  et  au  \ord-Ouest.  nous  a  semblé  bien  moins  blanc  qu'en  KS'.lti-IS'.)7 
et  l898-t8it9,  probablement  à  cause  de  la  plus  grande  élévation  du  Soleil  n'oppo- 
sant aux  condensations  nuageuses.  Tri vium  Charoutis  a  participé,  d'autre  i)art,  à 
la  décoloration  des  taches  de  ILémisplière  boréal,  car  il  n'était  pas  plus  foncé 
que  l'ropontis. 

(/■)  (ir.inde  Syrtc.  —  Les  deux  ponts  dessinés  par  M.  Lowell  en  1  S'.)  1  étaient 
assez  difficiles  à  distinguer,  celui  de  gauche  surtout.  Il  en  a  été  de  même  d'Œno- 
tria.  lapygia.  et  d'autres  demi-tous  de  ces  parages.  En  même  temps,  llellas 
n'était  peut-être  pas  aussi  blanche  que  l'exigeait  sa  position  si  élevée  dans  le 
disque. 

Le  lao  Mœris  a  toujours  paru  former  uue  baie  avancée  de  la  mer  du  Sablier, 
bieu  qu'il  soit  parfaitement  possible  qu'il  en  fût  séparé  par  un  ligament  clair  que 
nous  n'aurions  pas  distingué.  La  Grande  Syrte  était,  en  outre,  complètement 
détachée  de  Nilosyrtis  par  un  pcmt  blanc,  auquel  nous  avons  donné  le  nom  de 
«  .V(/('  Pons  »,  vu  qu'il  recouvre  une  partie  de  la  grande  artère  du  Xil,  la  plus 
importante  peut-être  de  toute  la  planète  ('i.  Ainsi  que  nous  lavons  observé 
en  l8"J8-18'.t9,  le  canal  Nilosyrtis  et  notre  «  Nasamon  »  i-}  formaient  ensemble 
les  côtés  d'un  autre  triangle  grisâtre,  semblable  à  la  Grande  Syrte,  mais  ren- 
versé, ce  qui  restituait  à  la  mer  du  Sablier  sou  affluent  inférieur. 

Les  estompages  signalés  par  M.  Phillips,  dès  1896,  au  nord  de  ces  régious, 
étaient  très  bien  placés  pour  l'observation  en  l'JOI,  et  nous  constatâmes  que  le 
■I  nouveau  lac  sur  Utopia  »,  dont  nous  parlions  à  la  dernière  opposition,  avait 
une  existence  objective  certaine.  Son  centre  semblait  situé  vers  iîS"  et  ^57". 
Nous  avons  donné  à  cette  vaste  étendue  grise  le  nom  de  «  Copais  Lacus  •  ('). 
On  a  ici  affaire  à  un  changement  certain  survenu  dans  ces  régions  depuis  1888 
et  1890,  car,  si  ce  demi-ton  avait  existé  réellement  pendant  ces  oppositions,  il  ne 
serait  pas  resté  inaperçu  par  un  observateur  aussi  habile  que  >L  Schiaparelli. 

La  grande  intensité  de  la  Boréosyrtis  en  1898-1899  s'est  maintenue,  quoique 
atténuée  en  1901. 

Conclusion  générale  :  La  surface  Je  la  planète  varie  cunstaunnent.  Effets  de 
l'eau'?  végétation'?  marécages  ?  Les  saisons  y  entrent  pour  une  large  part. 

V.  —  Les  demi-tons  de  l'hémisphère  boréal. 

Nos  Cartes  actuelles  diffèrent  sur  un  point  fondamental  de  celles  de  M.  Schia- 
parelli ;  c'est  que  toute  la  calotte  polaire  de  l'hémisphère  nord,  depuis  -i- 45°  de 

(')  On  se  rappelle  qu'en  1877  M.  Schiaparelli  a  baptisé  du  nom  de  Nil  l'immense 
canal  unissant  la  pointe  de  la  Grande  Syrte  a  Ceraunuis,  et  furmé  aujourd'hui  descin'i 
segments  de  yilosyrtis,  Premier  Nil,  Deuxiftne  Nd,  Corne  du  NU  et  Nd  propre- 
ment dit. 

(')  Voir  plus  haut,  p.  ô09. 

(^)  A  cause  de  sa  proximité  du  canal  Heltconius. 


Sefi  l.A    PLANfifTE   MARS.  l'.lOI 

latitude  mnyeniio  jiisqu'nu  ihjIc.  iii>iis  a  paru  recouverte  d'uu  insensible  demi- 
ton,  limité  au  Sud  partout  ]iar  des  canaux  (  '). 

Il  convient  d'ajouter  que  nous  ne  sommes  pas  les  premiers  à  voir  Mars  de  la 
sorte,  et  que  MM.  ivreen,  Knobel  et  Lolise  nous  ont  précédés  dans  cette  voie. 
I,çs  divergences  sur  ce  point  sont-elles  réelles  ou  subjectives?  Tel  observateur 
I)cut  voir  des  ligues  très  fines,  tandis  que  tel  autre  les  manquera,  tout  en  y  soup- 
çonnant des  estompages  invisibles  au  iiremier.  11  nous  parait  probable  que  ces 
insensi))lcs  demi-tons  sont  réels. 

\'l.  —  Les  Tc:nnKs  qui  hi.anchissknt  avec,  i.'ohliquité. 

Ce  beau  phénomène  a  été  bien  observé,  et  à  i)lusieurs  reprises  dill'érentes, 
eu  l'.lDO-r.Hll.  Le  Tableau  suivant  contient  les  principales  de  nos  observations 
ayant  trait  à  cet  ordre  d'a|iparences  : 

h.iles.  Itlam  lifiii  ;ui   bord. 

l'.lIKi.   Déi'einbi'e  'iJ Electris  blanche  au  liord  sud. 

l'.iill.  .l.iuvier         -'i Ogygès  Hegio  Ijlanche  au  .Sud. 

10 Noachis  blanclie  au  Sud. 

1,  Argyre  blanche  au  Sud. 

>j  Ldom  blauch.Ure  au  terniiuateur 

1)  Il Nuachis  blmii-lie  au   Sud. 

»  Argyre  blanche  au  Sud. 

1)  Kdoui  blanchâtre  au  teruiinateur. 

0  Tempe  blanchâtre  au  limbe  droit. 

1.  11 Chryse  blanchâtre  à  droite. 

»  1.') Noachis  blanche  en  haut. 

..  Chryse  blanchâtre  au  liTiibe  suivant. 

1)  23 Icnria  Idaiicho  au  termiualeui'. 

Février         7 Chryse  blanche  ,à  droite. 

u  1(1 Thymiainala  blanche  au  liiulu-. 

1)  ...   Argyre  ('olatante  en  haut. 

))  Ki Hellas,  légèrement  blanchâtre  au  Sud. 

Il  l.'i Aeria  blanche  â  droite. 

»  IS .\usonia  bl.'iiichâtre  en  haut. 

1.  Aeria  blanche  â  droite. 

(')  G'imme  coucliisiou  de  ses  observatiMiis  de  Issii.  M.  Schiaparelli  indiquait  déjà  les 
points  suivants  : 

La  calulle  polaire  l>oi'éale,  du  (JU'  degré  au  pôle,  montre  des  régions  d'aspects  diffé- 
rents : 

1°  Surfaces  jaunes  continentales,  s'étend.-nit  du  ,'iiu  degré  de  longitude  au  i(l'  sur  une 
longueur  de  MO"; 

-'°  Taches  grises  comparables  aux  mers  de  l'autre  hémisphère,  telles  (pie  la  mer 
Jioréale  et  le  lac  Hyperboreus; 

:!•  Deini-teiiiles  analogues  aux  terres  de  Mare  l'^rythraniui,  telles  que  Ballia-Nerigos, 
l>emuria,  Paiichaia,  Uchronia,  et  entourées  d'estompages  plus  ou  luoins  larges  i,  Lacus 
Arseniiis,  Cepliissus,  (iyndos).  Toutes  ces  régions  sont  assujetties  à  de  très  grandes 
variations  de  tons. 

Mais  on  viit  qu'il  n'y  est  guère  question  des  demi-tous  insensibles  envahissant  les 
ri'gions  continentales  de  l'hémisphère  nord. 


OnSKRVATOlUH   DK    HVISY 

I>alc>,  lîliiiirlu'ur  uii  luird 

VM)\.  Février        IS Zepliyria  lilaiichàlre  à  gaïu-ho. 

■•  Amazonis  lilanc'hàtre  à  gauche. 

»  '.'(1 Libya  blanche  au  limbe  droit. 

>■  Kridaiiia  blanche  eu  liaiil. 

"  ■'! Libya  blanche  a  droite. 

i>  Eridania  blanche  au  Sud. 

Mars  ',''.! .Veria  blanche  à  droite. 

"  2i Aeria  blanche  à  droite. 

■  .311 Libya  blanche  au  terniinatenr. 

.luin  '.I HoUas  très  brillante  au  Sud. 


527 


IjGS  principales  terres  qui  ont  ëti'  vues  blanchissant  avec  l'obliquité  sont  indi- 
quées par  lia  b  sur  la  Carte. 

\ll.    —    l,i:s    lANAI  \. 

Le  nombre  de  ces  lignes  vues  à  Juvisy  ou  I'.iO(l-l".M)|  est  de  .')0,  dont  40  corres- 
pondent à  des  canau.\  de  M.  Schiaparelli,  une  à  ceux  de  M.  CeriiUi,  tandis  que  les 
trois  autres  sont  nouvelles. 


I. 

.  Carte  de  M.  ScMiArAHiiLi.i 

I. 

Adanias  «  Pscudo-.^-'thiops 

0 

.•Esacus. 

.•i. 

.-Etbiops. 

4. 

Anienlhes. 

5. 

Arnon. 

6. 

Astaboras. 

7. 

Boréosyrtis. 

8. 

Gallirrhoë. 

9. 

Casius. 

10. 

Cerauiuus. 

11. 

Cerberus. 

11 

Chaos. 

13. 

Choaspes. 

14. 

Cyclûps. 

lô. 

Deuteronihis. 

16. 

Erebus. 

17. 

Eunostos. 

18. 

Enphrates. 

19. 

Gala.Kias. 

20. 

Ganges. 

21. 

Gehou  J. 

22. 

Gehon  11. 

23. 

Granicus. 

24. 

Gyndes. 

2,i. 

Hades. 

2ii. 

Helifonius, 

27. 

Hiddekel. 

2S. 

Hvblœns. 

29. 

Hydaspes. 

.30. 

laniuiui. 

31. 

laxarles. 

32. 

Indus. 

33. 

Kison. 

34. 

La'strygon. 

35. 

.Nilokeras. 

.30. 

Nilosvrtis. 

37. 

Orcus. 

38. 

0  routes. 

39. 

Phison. 

40. 

Phlegethon. 

41. 

Pierius. 

42. 

Protonilus. 

43. 

Styx. 

44. 

Tanaïs. 

45. 

Titan. 

4r,. 

Typhonins. 

II.  Cahti;  de  m.  CEiifi.i.i. 

47.  (c  Sitacus  ». 

IIL   NoIIVEAU.X   r.AX.MX. 

48.  n  NasamoM  ». 

49.  «  Perniessus  »  ;  '  ' . 

50.  0  lihyndacus  u  (-). 


(')  'O  Ikp(j.r,G-'jô;.  fleuve  de  Béotie,  tout  près  du  mont  llélicon. 

{■)  'O  'P-y/ix/.o-,.  fleuve  de  Bithynie,  qui  se  jette  dans  la  Propontide. 


528  .     LA  PLANETE  MARS.  1901 

Ainsi  iju'oii  le  voit,  pour  le  baptême  des  iKniveaux  canaux  nous  nous  sommes 
inspirés  de  la  nomenclature  des  contrées  voisines. 

Environ  un  quart  des  canaux  observés  à  Juvisy  formait  le  bord  et  comme  la 
lisière  de  demi-tons  d'une  intensité  très  faible. 

Nous  avons  remarqué  trois  géminations  seulement,  dont  deux  frappantes,  celle 
du  Cerbère,  dont  les  deux  traits  se  prolongeaient  jusqu'à  la  mer  Cimmérienne. 
ot  celle  du  Casius,  visible  sans  difficulté.  Le  Styx  a  été  soupçonné  double  ^i 
plusieurs  reprises,  mais  il  ne  s'est  jamais  présenté  composé  de  deux  traits  paral- 
lèles nets  et  bien  espacés,  comme  les  deux  canaux  doubles  dont  nous  venons  de 
parler. 

Telles  sont  les  principales  observations  (jue  nous  avons  pu  faire  à  .luvisy 
pendant  celte  opposition. 

Dans  le  Tome  XXXII  des  Annales  de  l'Obseï  vaiolre  de  Harvard  Collège, 
M.  William  Pigkeri.vg  a  discuté  loniuiemenl  les  observations  faites  à 
l'Observatoire  de  .luvisy  par  M.  Antoniadi  et  par  moi  sur  celte  curieuse  et 
énigmatique  planète  Mars,  et  se  déclare  préparé  à  adopter  l'explication 
optique  de  la  gémination  des  canaux,  fondée  sur  une  mise  au  point  de 
l'oculaire  un  peu  ditrérente  du  foyer,  mise  au  point  qu'on  serait  porté  à 
continuer,  lorsi[u'on  a  observé  une  gémination.  précisément  dans  l'idée  ([ue 
le  dédoublement  est  réel  et  doit  être  vu.  M.  Pickering  fait  remarquer, 
néanmoins  qu'il  y  a  sûrement  des  objets  doubles,  par  exemple  le  dédou- 
blement du  Trivium  Charontis  dont  j'ai  observé  les  préludes  le  5  no- 
vembre 1896  et  que  M.  Antoniadi  a  vu  ensuite  netteiuent  double  rini]  jours 
plus  tard  {voir  plus  haut,  p.  280).  Ur,  M.  Pickering  déclare  avoir  constaté 
la  même  duplicité  àArequipa.  Elle  ne  parait  ilouc  pas  plus  douteuse  que 
celle  de  la  baie  du  Méridien,  quoiijue  variable. 

L'explication  optique  des  géminations,  quoique  fort  ingénieuse,  ne  doit 
pas  ëti'e  acceptée  à  la  légère.  Ne  nous  pressons  pas. 

CGLIX.  —  MiLL0CH.\u.  —  Observations  faites  a  l'Observatoire 

DE  Meudo.v  (  I). 

M.  Millochau  a  [)u  observer  Mars,  cette  année,  à  plusieurs  reprises,  avec 
la  grande  lunette  de  0"',83  de  POliservatoire  de  Meudon;  mais  il  n'y  a  eu, 
dans  le  mois  de  février,  que  quatre  nuits  où  l'état  des  images  ait  permis 
de  distinguer  de  petits  détails.  Voici  le  résumé  des  observations  : 

12  févri<!r,  0"0"'.  —  .\ir  un  peu  agité,  assez  boiuies  images  par  instants.  Em- 
ployé un  oculaire  donnant  le  grossissement  -WO. 

(')  Sociét(''  astronomique  de  France,  octobre  l'JOI. 


M 1 1.1. oeil  Ai; 


OltSKKVATOllil-;   liL   .mi;l:i)(>n. 


.".;"J 


Les  boriLs  de  la  Uraiulo  ïJyrle,  du  Sinus  Sakous  et  de  la  liaie  du  Méridien,  cùié 
nord,  sont  nets  et  bien  tranclu's;  des  deux  nointes  de  la  baie  du  Méridien  se 
détachent  deux  proloimements  faibles  et  estompés  (Hiddelud  et  (lehon).  La 
réirion  séparant  Mar-aritilVr  Sinus  de  la  baie  du  Méridien  est  faiblement  teintée. 

Coloe  Palus,  Ismenius  Lacus  et  Dirce  Kons  ont  leur  partie  centrale  assez  foncée 
et  leurs  bords  tbius  et  estompés;  l'rotonilus  et  henteronilus  les  réunissent,  ("à- 


Fis 


?Ai.  —  12    évrier.  Qi'O"' 


Fig.  34."'.  —  '2J  février,  0''0'» 


Fig.  :j4ti.  —  i-2  février,  i-i'-M".  Ki-.  ;;47.  —  18  avril,  SPSJ". 

OBr;ERV.\TlONS    UE    M.\RS   EN    IO(JI,    F.\ITES    -WEC    L.\    GRA.XDE    LOEriK    DE    L'(.)H5EK\  ATOIRE   III^    .MEIIDON. 


lotte  polaire  forte  à  bords  nets;  à  l'Est,  .VcliiUis  Pons  et  Lacus  Xiliacus  ifig.  .'i'iii. 
2-'  février  0''0"'.  —  .\ir  calme,  assez  bonne  netteté,  avec  moments  de  vision 
excellente;  ciel  un  peu  brumeux;  grossissement  130.  ,Ie  vois  d'une  manière  con- 
tinue, et  très  nettement,  deux  ponts  blancs,  étroits,  dont  un  très  court,  sur  Cer- 
berus  '[iii  est  large,  avec  des  bords  nets  et  traii'diés.  L'Elysium  est  blanchâtre. 
F.,  IL  34 


oHO  '  l.\   IM.AXETIi  MARS.  1901 

>laro  Ciinmeriiiin  est  travcrst'-e  par  nu  canal  très  sombre,  en  forme  de  virgule 
renversée,  et  qui  rejoint  Mare  Tyrrhenum  en  traversant  l'Hespérie.  La  Grande 
Syrtc  semble  être  limit<'e  par  les  mêmes  rivages  qu'en  1896.  Coloe  Palus,  Pseboas 
I.arus  et  Astusapes  sont  visibles  près  du  bord  nord-est  ifig.  :ii.")). 

•,'•,'  IV'vrier  '2:i''.')5"'.  —  Grossissement  l.'io.  Netteté  moins  lionne  ([ue  le  jour  pré- 
cédent; on  voit  encore  liien  les  dc'tails. 

Cerberus  étant  plus  |irés  du  nirridien  central,  le  pont  qui  semldait  très  court 
le  '.M  lévrier  parait,  maintenant,  [u-esque  aussi  long  que  l'auli-e. 

Le  canal  traversant  Mare  Ciinmei-ium  est  toujours  bien  visible,  l'asiiect  général 
est  d'ailleurs  absolument  le  même  que  la  veille  {fig.  :H46i. 

18  avril  il'':!."!'",  -  Grossissement  :i;'(i.  air  aitité.  L'état  des  images  ne  permet- 
trait pas  de  voir  de  canaux.  Phase  marquée.  La  calotte  polaire  est  très  petite, 
ses  bords  du  côté  est  sont  mal  délinis. 

A  l'Ouest  le  l'ont  d'.Vchille  et  Xiliacus  Laciis.  au  Sud  .\uror;e  Sinus,  Solis 
Lacus  et  Tithonius  Lacus  ;  dans  la  partie  nord-est  du  disque  se  voit  une  sorte  de 
grisaille  mal  définie,  produite  par  Luii.'e  Lacus  et  les  canaux  voisins  (fig.  34Ti. 

L'observateur  ajoute  qu'il  a  eit  iietlement  ceUe  année  l'impression  que 
les  observations  de  1899.  avec  la  iiiênie  Itmelte.  lui  avaient  déjà  produite. 
Il  a  vu  les  canaux  comme  une  sorte  de  chapelol  île  petites  masses  sombres, 
irréguliéres,  ayant,  eti  plus  l'aihb,'.  l'aspecl  sigtiab'  le  1"2  février  pour  Isme- 
nius  Lacus. 

Le  grossissement  de  43(1  currespond  a  ntie  image  d'tnie  grande  intensité 
liitnineuse,  rolijeclif  ayant  0"',83  de  rliamètre  et  16'"  de  distanci'  focale. 

Les  detix  ponts  traversant  le  Cerliére  sont  remarquables.  L'auteur  ((^jui  se 
trouve  auprès  de  moi  ;iu  moment  ou  j'écris  cette  page)  s'en  decdare  absolu- 
ment sur,  ainsi  que  de  la  configuration  au-dessus  de  l'Elysium. 

GCLX.    —    (OBSERVATIONS    DE    M.    .1.    GO.\r.-VS    SOL.^,    X    B.\RCEI.ONE    (G. 

Les  observations  continuent  dignenienî  celles  (|uo  nous  avons  publiées 
jilus  hatit. 

LUes  ont  coiunieni'é,  écrit  l'auteur,  aux  premiers  jours  de  décembre  1900,  pour 
fiinr  en  mai  l'.tOI  ;  elles  mit  été  faites  avec  l'éqnatorial  Grubb  de  (i  pouces  armé 
<le  grossissements  \ariaiit  entre  350  et  50t)  fois;  presque  toujoin-s  j'ai  employé 
des  oculaires  négatifs,  mais,  quelquefois,  me  servant  du  micromètre  poiu* 
déteriiiinor  l'angle  de  position  de  la  calotte  boréale,  j'ai  fait  usage  d'un  ocidaire 
positif  grossissant  350  fois,  qui  donne  de  très  ijelles  images.  Les  nuits  d'observa- 
tion ont  été  de  3fj,  dont  10  environ  tout  à  fait  splendides. 

La  baie    du  Méridien,  de  même  ipie  .Sinus  Sab;eus.  par  l'ctlet  île  l'inclinaison 

(')  SoriOti^  nxlronoiniiiue.  <li;  France,  nov.  l'.iOl.  et  /l'ca/  Ac<t(le)nia  de  Ciencins  ij 
Arles  (le  liarrclnni',  l'rvrier  I'.t0'2. 


t.UMAS    SOI.A.   -  OHSEKV.VTIONS   A    HAKCKI.ONr;.  .Mil 

de  Mars,  n'ont  pas  ofTert  île  détails  aussi  inaniiiûs  quo  pendant  les  bonnes  opposi- 
limis,  mais  lenr  inieusité  était  bien  accusée.  Je  n'ai  jamais  pu  bien  définir  la  bifur- 
cation pointue  de  la  baie  du  .Méridien  :  j'ai  vu  seulement,  comme  dans  les  précé- 
dentes oppositions,  la  baie  allongée  et  dilTuse  vers  le  Gehon,  tandis  que  l'Hiddekel 
présentait  l'aspect  d'une  ombre  vague  ;\  peine  perceptible.  D'ailleurs,  je  vois  tou- 
jours le  Gebon  suivre  une  direction  différente  de  celle  indiquée  dans  les  cartes 
courantes  de  la  planètv  Mars.  A  l'intersection  de  l'Oxus  r?i  avec  le  Gebon,  j'ai 
remarqué,  le  10  février,  une  petite  tacbe  foncée. 

Deucalionis  Regio  bien  visible;  Indus  (court  et  droit);  J.-unuiia  et  Gan<;e 
faibles.  .Vcidalium  Marc,  séparée  du  lac  Xiliacus  par  le  pont  d'Acbille,  est  bien 
plus  foncée  que  Xiliacus;  son  ton  était  presque  noir.  Le  10  février,  ou  voyait 
un  point  brillai}t  dans  Acidalium  Mare,  sûrement  Sclieria  I  de  Scbiaparelli. 
Lacus  Isinenius,  très  facile  et  foncé,  de  même  que  Doutei'onllus.  qui  .-ipparaissait. 
le  li  février,  Sous  l'aspect  d'une  bande  bleu.'itre  bien  aecus<'e,  se  continuant  a 
gauclie  par  le  l'rotonihis. 

Nilokeras  est  apparu  presque  toujours  comme  une  bande  pénombraie  très  lartre. 
sorte  de  prolongation  estomiiée  du  lac  Niliacus.  le  reliant  avec  le  lac  di;  la  Lune  ; 
mais,  le  -26  décembre,  ou  le  soupçonnait  double,  et,  le  3  février,  avec  une  image 
sidendide,  on  voyait  doubles  le  XiloUeras,  le  Nilus  et  le  Geraunius,  et,  de  plus, 
formés  de  points  noirs,  le  la<'  de  la  Lune  et  l'intersection  du  Geraunius  avec  le 
Gigas.  olïrant  en  tout  un  aspect  très  semblable  h  quelques'  dessins  de  Scbiaparelli. 
Mais  je  dois  remarquer  que  ces  déd(jublements  «'taieot  très  difficiles  à  voir,  vagues 
et  mal  dêtînis.  Ils  consistaient  en  une  légère  augmentation  d'obscurité  de  ces 
canaux,  très  larges.  a\'ec  des  bords  diffus.  En  même  temps,  ou  voyait  le  lac 
Tithouius  assez  foncé  et  le  lac  du  Phénix  petit,  et,  comme  des  traînées  estom- 
pées extrêmement  difficiles,  Chrysorrhoas.  Fortuna  et  Iris.  On  soupçonnait  le 
lac  du  Soleil  comme  une  faible  tache  grise  près  du  bord  austral. 

Toute  la  grande  i-égion  continentale  qui  suit  maintenant  a  été.  comme  toujours, 
(l'une  grande  difficulté.  La  carte  i /'';;.  348  i  qui  accompagne  cette  Note  donnera  une 
idée  de  tout  ce  que  j'ai  pu  voir  dans  cette  immense  région.  Les  canaux  tels  que 
'ritau,  Orcus.  Gigas,  'l'artarus,  et<'.,  sont  simplement  des  estompages  très  faibles, 
compliqués  et  difficiles;  Xodus  Gordii  est  nue  ombre  diffuse.  Dans  l'intersection 
du  Titan  et  d'Orcus  i'?i.  j'ai  pu  observer  plusieurs  fois  un  petit  point  noir.  Mais  ce 
qu'il  y  a  de  plus  remarquable  dans  cette  région,  c'est  Propoutis.  A  part  sa  grande 
extension  et  son  obscurcissement,  j'ai  pu  voir,  toutes  les  fois  que  l'image  était 
bonne,  deux  points  noirs  vers  son  centre,  entourés  d'une  sorte  de  pénombre 
foncée. 

Dans  leTrivium  Charontis  on  voyait,  commetoujours,  un  point  noir  à  son  centre, 
mais  cette  observation  exige  une  image  parfaite.  Quant  à  l'Elysium.  j'ai  pu  l'ob- 
server dans  de  très  bonnes  conditions  atmosphériques,  sans  voir  jamais  double 
aucun  des  canaux  qui  l'entourent.  Ces  canaux  ont  été,  eu  général,  très  larges  et 
bien  visibles.  Dans  liuiersection  du  Cerbère  et  d'Eunostos  on  distinguait  un 
lac,  conformément  à  ce  que  j'avais  observé  déjà  en  18'.iy  avec  un  é([uatorial  de 


r>3-: 


LA  IM.AN  J:TE  mars. 


190f 


'.}  pouces.  (  »n  voyait  aussi  uue 
tadic  L'i'isàtre  au  milieu  de 
l'Elysiuin.  (|ui  ccrrespondait, 
peut-être,  à  Galaxia.  mais  qui 
n'avait  |ias  le  moindre  aspect 
d'un  l'anal  ;  elle  présentait 
plutôt  un  asi)ert  radial  vers 
les  lacs  cJii  févriei'i.  Enfin,  la 
réiiion  de  l'Elysiuin  ajiparait 
1  dans  mes  dessins  avec  une 
3    grandeur  bien   plus  oonsidé- 

1  rahie  que  dans  la  plupart  des 
j  autres  dessinsque  j'ai  pu  vdir. 
i^  Cyclops,  .Ethiops  et  I.éthé 
^  à  peine  visildes.  Ilesperia.  fa- 
^  cilo  et  paraissant  se  continuer 
?:    avec   Ausonia.    Alcyonus  est 

2  1res  l'once,  de  même  que  le 
^'  canal  le  reliant  avec  Ileplia'S- 
§    tus,  qui  apparaît  comme  une 

.     ta<;he  l'unde  très  sombre. 

-         N'eus  ari'ivDiis  maiteuaut  à 

~    la  région  de  la  ('■rande  Syrte. 

i    Cette  \  aste  mer  a  otïert  l'as- 

i    ]iect  habituel,  a\ec  la  hil'ur- 

^-    cation  que  J'ai  sit:nalée  depuis 

<     I8'.l'.l.    Mais    les  deux   canaux 

S    bifurques,   l'un,  le  Nilosyrtis 

=     et  l'autre, celui  que  MM.  Flam- 

ï.    niarion  et  .\ntniiiadi  ont  nom- 

';    nié   Xasaniou,  sont  très   fai- 

^     blés  et  moins  accusés  qu'en 

^     IS'.I'.I.  Cependant,  les  lacs  aux- 

"     quels    ils    aboutissent    conti- 

-ij 

■2     nuentàêtre  ti'ès  foncés.  Celui 

de  tfauche  est  .\lcyonus.  iléjà 
cité,  et  celui  de  droite.  Colœ 
Palus,  qui  est  tout  :\  fait  noir, 
res.sortant  dans  l'image  téles- 
co|d<[ue  comme  un  point  d'en- 
cre de  Chine.  La  présence  de 
ce  point  a  été  signalée  par  moi 
de])uis   roiii>osition   de    1S',I7. 


COMAS    SOLA.  —  OliSKIiVA  l'KiNS    A    li  MU.  i;  I.DNiï.  :>:i3 

I.a  (-'■rauilo  Syrte  et  t'Uis  ses  environs  sont  actiielleniont  tri's  diilerents  des  cartes 
courantes  de  Mars. 

La  Liliye  est  petite  et  peu  claire,  et  le  lac  Mu-ris  très  difticile.  Tiiotli  i?i.  l'hison 
et  Eiiplirate  sont  très  faibles.  On  voyuit  aussi  CKnotria.  Vers  le  hoicl  sud  de  la 
planète,  Xoaehis.  généralement  claire,  se  dc'tacluiit  par  sa  blancheur. 

Projertion:<  lirithtuti'^-  —  KUes  n'ont  pas  été  si  nombreuses  qu'en  ISl.ltt.  I,c 
?3  janvier,  à  ■,'•,"' :îI>"',  ou  aperçut  dmix  petits  points  éclatants  nii  terniiuateur  (>t 
placés  dans  r.\rcaili(/.  l'rés  du  Pyriplilegetlion  et  dans  l'.Xrcailie  aussi  ou  pouvait 
remarquer,  le  ;'3  janvier,  une  tache  très  brillante  vers  le  milieu  du  disque;  le 
2.')  janvier,  cotte  tache  se  détachait  sur  le  tei'minateur  avec  nue  très  intense 
blancheur. 

Entre  autres  régions  très  brillantes,  il  faut  citer  Ophir,  partie  nord  de  l'Aeria, 
partie  sud-ouest  de  l'Elysium.  Isidis  Itegio  et,  en  iféiiéral.  les  bords  des  mers. 
Dans  le  planisphère,  les  rétrious  les  plus  lu-ilhiuies  sont  indiquées  par  des  lignes 
poiutillées. 

Calotti;  pobiirr-  liiirè.ili'.  —  Cette  c;ilotte  a  pri'senté  presque  toujours,  comme 
d'habitude,  uu  rebord  très  foncé,  surtout  dans  la  période  de  plus  rapide  diminu- 
tion ou  fusion  des  glaces.  Dans  ce  rebord  obscur  j'ai  vu  quelquefois  îles  î.i  et 
"25  janvieri  des  [joiuts  noirs,  au  noi'd  de  l'rcqioutis.  Mais  le  rebord  avait  presque 
disparu  quand  la  calotte  neigeuse  s'est  transformée  en  une  petite  tache  blan- 
châtre, peut-être  fiu-mée  de  nuages  seulement. 

Je  donne  ci-dessous  la  'l'able  des  dimensions  de  !a  calotte  iléduite  île  mes 
dessins  faits  avec  tout  le  soin  possible.  .\  partir  du  28  mai'S,  on  remarque  une 
subite  augmentation,  qui  nest  jias  due  à  de  véritables  neiges  ou  glaces,  mais, 
probablement,  .'i  des  nuages.  A  partir  de  ce  même  jour,  la  calotte  fut  sujette  à 
de  grandes  variations  d'étendue  :  sa,  blancheur  n'était  pas  si  intense  qu'aujiaravaut. 


3  déceiiil) . 

■i.'> 

9        —     .. 

'iS 

11         -     .. 

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12        -     .. 

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13        -     .. 

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3  janvier.  . 

37 

8        -     .. 

3.-) 

11        -     .. 

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Halos. 

Kleniliie 

0 

IWI.'S. 

rU'iMliie 
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Iirilos 

rk'ii.i- 

13  J.iuvier 

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25 

février . 

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avril  . 

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2.)      -     . . 

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3  février. 

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—     . . 

20 

Angle  de  positii>ii  (^'  /<•(  'alotte  huréale.  —  .Vtiu  de  conlirmer  le  contrage  po- 
laire de  la  calotte  quand  eUe  était  petite,  j'ai  détermine  son  angle  de  position 
les  1,").  17.  r.l,  21.  22  et  2X  mars  et  1 ,  4  et  10  avril.  En  comparant  les  résultats  que 
j'ai  obtenus  avec  les  angles  donnés  par  l'éphéméride  de  M.  Crommelin,  je  ne 
trouve  aucune  ditTéi'ence  systématique,  sinon  de  simiiles  erreurs  accidentelles; 


ô34  I.A  PLANÈTE   MARS.  1901 

c'est-ù-dire  que  la  calotte  boréale  a  été  sensiblement  centrée  au  pùle,  eu  admet- 
tant les  l'iéments  adoptés  par  M.  Croiiinielin. 

Coiisiih'raiions  générales.  —  Les  considérations  générales  que  je  pourrais 
l'aire  sur  mes  observations  seraient  exactement  les  mêmes  que  celles  que  j'ai 
l'aites  dans  d'autres  oppositions  et.  par  cette  cause,  je  n'y  reviendrai  pas. 

Mais  je  crois  devoir  insister  sur  deux  ([uestions  importantes  :  les  changements 
et  les  canaux. 

.Sur  les  changements,  je  diiis  dire,  comme  impression  personnelle,  qu'après  les 
sept  oppositions  de  Mars  que  j'ai  observées  avec  toute  assiduité,  et  laissant  à  jjart 
toutes  les  variations  imput.ibles  aux  atmosphères  de  Mars  et  de  la  Terre,  à  la 
dilVérence  des  instruments  employés  et  à  l'inclinaison  du  rayon  visuel  sur  le  pl;ui 
de  l'équateur  de  Mars,  je  n'ai  remarqué  aucun  changi'mcnt  certain  dans  les 
détails  topographiques  de  cette  planète.  Je  crois  que  l'impression  d'un  uiènie 
observateur  a  beaucoup  plus  de  poids  que  la  comparaison  des  observations  faites 
par  des  observateurs  ditt'érents,  affectées  toutes  d'une  sorte  d'équation  person- 
nelle qui  doit  fausser  la  comparaison  de  ce  genre  de  travail. 

Cii  n'est  i)as  notre  opinion.  l'i.uir  nous,  les  changenieuts  sont  reids. 

\'oici  les  explications  <lonnrM_'s  par  l'auteLir  sur  les  canaux  (')  : 

Depuis  l'opposition  de  IS'.IO  jusqu'à  celle  de  IS'.iii  inclusivement,  j'ai  étudié 
>Lirs  dans  toutes  les  occasions  possibles  avec  une  excellente  limette  de  108""",  et, 
pendant  l'opposition  de  1891),  j'ai  suivi  la  même  planète  au  moyen  d'un  très 
bon  réfracteur  équatorial  de  0™,'22.  Avec  ce  dernier  instrument,  j'ai  mesuré 
des  étoiles  doubles  jusqu'à  0",  iO  d'écartement,  et  le  premier  a  donné  des  preuves 
do  sa  grande  perl'ection.  Ces  instruments  sont  donc  comparables  avec  reux  qu'ont 
employés  d'autres  observateurs  dans  les  études  de  Mars. 

L'observation  des  canaux  de  Mars  ayant  toujours  été  l'objet  de  mon  attention, 
je  me  permettrai  d'exprimer  mes  idées  personnelles  sur  ces  canaux,  sans  aucun 
préjugé,  dans  l'espoir  qu'elles  seront  utiles  à  la  Science. 

L'impression  princi|iale  que  m'ont  faite  les  canaux,  c'est  qu'ils  sont,  en  général, 
larges,  estorap(''S.  et  le  plus  souvent  très  faibles,  quoi(iue  la  jdupart  semblent 
suivre  des  tracés  géométriques.  Il  y  a  parfois  des  canaux  très  foncés  et  minces 
ij'en  ai  vu  quelques-uns  I  ;  mais  l'inmiensi'  majorité  des  canaux  qu'on  peut  voir 
ave-  un  huit  pouces,  par  une  image  parfaite,  ItMliamètre  apparent  de  Mars  étant 
de  11"  environ,  ou  avec  iiu  quatre  pouces  et  un  diamètre  app.'ireut  ibuible,  sont 
faibles,  larges  et  estompés.  .M.  Schiaparelli  et  bon  nombre  d'observateurs  ont  fait, 
d'ailleurs,  la  uiême  reiuarque.  Maintes  fois,  tandis  que  je  voyais  les  limites  des 
coniiiieiits  avec  une  netteté  irréprochable,  les  canaux  l'taieiit  vagues,  diffus,  ce 
ipii  proine  que  ces  aspects  étaient  objectifs. 

.\  iiiun  avis,  presque  tous  les  dessins  de  Mars,  surtout  depuis  les  très  célèbres 

(')  Hnlh-tin  lie  la.  ■<oi:icté  aulronomiciue  de  France,  l'.liil,  p.   1-^2. 


COMAS    SOI. A.  —  OHSKin  ATlONS    A    H  A  lU.  K  I.HNi:.  .".3.". 

et  belles  observaiiuns  de  M.  Schiaparelli.  nous  donnent  nne  fausse  idée  de  la 
réalité;  je  crois  i|Me,  ces  <k>rniers  temps,  ou  a  dessiné  trop  de  ligm'>>  minces  et 
jéomiHriques  sur  le  dii^quc.  de  cette  pUméle.  ('"est  sans  doute  inévitable  ;  mais 
il  faut  reconnaître  que.  <lans  les  dessins.  pres(|uc  tout  esi  plus  accusé  qu'on  ne 
le  voit.  D  autre  part,  ou  dessine  des  détails  ilansun  disque  i[ui  est  4,  C,  10  fois  plus 
gros,  à  la  distance  de  la  vision  distincte,  que  limage  télescopi(|ue  <le  Mars  vue 
avec  un  fort  grossissenieni.  Il  en  résulte  que  l'idée  que  nous  nous  faisons  de  la 
planète  par  rapport  au.\  petits  détails  est  alors  tout  à  fait  contraire  à  la  réalité. 
Nous  examinons  souvent  un  dessin  ou  une  carte  aréogra|)liique  dans  lesquels  on 
pourrait  apprécier  les  détails  jusqu'à  0""",2  détendue,  et,  dans  ce  cas.  nous  oublions 
fréquemment  que  cette  étendue  représente  ilans  la  réalité  une  valeur  angulaire 
deO'.0:i  ou  0",0:<  tout  au  plus.  .lai  \u  bon  nombre  de  canaux  dessinés  qui,  par 
rapport  au  disque  de  la  planète,  n'avaient  pas  plus  deO',(i7  de  lar>jeur.  les  obser- 
vations étant  faites  avec  des  télescopes  de  0'",  !('>  à  0'",  ■.*").  et  quelques-uns  qui  ne 
dépassaient  pas  0",0o  observés  ave<'  un  miroir  d'ur\  peu  plus  de  9  pouces,  ("est 
absolument  impossible,  et  je  crois  que  ce  serait  suivre  une  mauvaise  route  que 
de  construire  des  bypothèses  sur  l'inspection  de  ces  dessins. 

11  me  semble  donc  que  si  nous  envisageons  la  question  des  canaux  en  obser- 
vant directement  la  planète  et  tenant  compte  de  toutes  les  causes  qui  peuvent 
affecter  ces  apparences,  la  question  change  complètenieul  et  se  simplilie  beau- 
coup. 

Mon  idée  a  toujours  été  que  la  plus  ou  moins  grande  régularité  que  petivent 
présenter  les  canaux  n'a  d'autre  origine  que  la  petitesse  des  détails  observés  et 
les  imperfections  de  la  vue.  Du  reste,  la  même  opinion  a  été  exprimée  par  M.  ('e- 
rulli  dans  sou  récent  travail  sur  Mars.  Cependant,  j'accepte,  comme  on  verra  plus 
loin,  que  les  grandes  lignes  ou  bandes  martiennes  qui  sortent  des  baies,  quoique 
très  imparfaitement  vues,  sont  des  unités  physiques.  Pour  me  convaincre  des 
idées  exposées  plus  haut,  j'ai  fait  diverses  expériences.  J'ai  dessiné  d'une  manière 
capricieuse  et  à  grande  échelle  des  détails  quelconques,  m  lis  ayant  soin  que  les 
esquisses  générales  fussent  semblables  à  certaines  régions  de  Mars,  comiue,  par 
exemple,  la  Grande  Syrte  ou  le  polygone  de  l'Elysiuni;  puis,  j  ai  regardé  dans  la 
chambre  obscure  ces  dessins  en  réduisant  l'image  jusqu'à  ce  qu'elle  paraisse  de 
la  même  grandeur  que  l'image  télesco[uque.  Le  lésultat,  comme  ou  pouvait  le 
prévoir,  fut  absolument  frappant,  et  chacun  peut  facilement  le  répéter.  Malgré  la 
grande  netteté  de  l'image  donnée  par  l'objectif  photographique,  netteté  bien 
supérieure  à  celle  de  l'iinase  télescopique.  puisque  dans  le  pieiuicr  cas  on  sup- 
prime l'atmosphère  et  ramplification.  la  tendance  des  détails  à  se  ri'gulariser  ei 
à  prendre  des  aspects  géométriques  est  tout  à.  fait  manifeste.  Oe  cctti.'  façon,  j  ai 
reproduit,  avec  une  ressemblance  extraordinaire,  différents  aspects  de  Mars. 

Arrêtons-nous  un  moment  sur  les  grands  détails  martiens.  Tout  observateur  de 
Mars  connaît  bien  les  lignes  régulières  que  dessinent  les  contours  de  cette 
planète,  ronds  comme  ceux  de  Chryse,  Memnouia.  ou  doucement  ondulés  comiue 
ceux  d'Aeria;   droits  comme  ceux  de  Mare  Sireunm  et  Mare  Cirnmerium,  que, 


53ii  LA  PI^ANÈTK  MARS.  1001 

(Ian<  certains  dossins,  on  représente  comme  de^  rectangles;  droits  aussi  comme 
Atlantis  on  légèrement  courbés  comme  Hesperia  :  tout,  dans  Mars,  semble  géo- 
métrique. De  même  les  terres  circulaires  ou  elliptiques  comme  llellas  et  Thau- 
masia,  les  lacs  rmids  comme  ceux  du  iSoIeil,  de  la  Lune,  ou  rectangulaires  comme 
l'ropontis  (dans  quelques  dessins);  les  ponts  absolument  droits  aussi,  comme 
ceux  dWchille.  ilu  Soleil,  des  Ktoiles.  etc.  :  bref,  dans  la  planète  Mars,  tout  parait 
plus  (ju  uiiuns  régulier,  aussi  bien  le  tracé  des  canaux  que  les  contours  aréogra- 
pliiques!  I.a  raison  est  toujours  la  même  :  tout  provient  d'une  visibilité  imparfaite. 
Nous  Voyons  seulementune  esquisse  optique  de  la  planète,  c'est-à-dire  les  grandes 
ligni'g  tiioiicniios  de  tous  les  détails  de  Mars. 

Ces  idées  sont  contii'mées  par  d'autres  faits.  M.  Schiaparelli  a  dessiné  sur  Mer- 
cure des  détails  semblables  à  des  canaux;  M.  P.  l.uwell  a  dessiné  sur  Vénus  des 
canaux  tout  à  fait  semblables  à  ceux  de  Mars;  M.  Douglass  a  vu  aussi  des  canaux 
sur  le  [u-emier  satellite  de  Jupiter. 

On  pourrait  citer  d'autres  exemples,  mais  cela  suffit  sans  doute  pour  montrer 
que  la  régularité  des  détails  planétaires  peut  être  parfaitement  une  conséquence 
de  leur  iietitesse  et  des  diflicult('s  de  la  visibilité.  Cette  régiilariti'  pourrait  avoir 
pour  origine  une  ou  plusieurs  lois  naturelles,  in;ilgi-('  les  variations  ou  pertur- 
bations ijue  celle-ci  comporte  dans  son  développement.  Si,  à  ces  considérations, 
nous  ajoutons  les  exagérations  presque  inévitafiles  des  dessins,  on  comprendra 
bi(Mi  l'aspect  prodigieux  lic  cet  ine.vtricabb  réseau  de  lignes  qui  ap|iarait  dans  les 
Cartes  de  Mai-s. 

Partant  de  ces  principes,  l'explication  des  c-maux  martiens  peut  être  naturelle, 
sans  avoir  recoiu's  à  des  liy])Otlièses  gratuites  ou  très  prid)léniatiques.  Je  no  pré- 
tends ilé'velopper  aucune  théorie,  car  nos  connaissances  sur  Mars  sont  encore 
trop  insuffisantes  pour  (-ela;  je  ne  ferai  qu'exposer  une  suite  d'idées  qui,  jusqu'à 
présent,  ne  semblent  pas  en  contradiction  avec  ce  que  nous  savons  et  qui  réu- 
nissent Sous  une  uii'Mue  doctrine  quelques  opiiiions  déjà  é'mises  sur  cette  ques- 
tion. 

Je  noterai,  d'abord,  (|ue,  dans  le  disque  de  Mars,  il  faut  tenir  compte  de  trois 
espèces  de  taches  :  taches  claires  (blanches,  jaunes,  rosées,  ocrées,  etc.);  taches 
foncées,  formaiu  la  plus  grande  partie  des  n'gions  appelées  «  mern  »,  et  enfin  les 
taches  très  foncées  et  noires.  Celles-ci  se  trouvent  principalement  dans  les  baies  et 
lacs,  suivent  en  génér;il  les  cotes  et  forment  hnijoun^  les  extrémités  des  canaux. 
Je  crois  qu'on  doit  reg.anler  les  r<'giiuis  claires  comme  des  terrains  élevés,  souvent 
couverts  île  brnme,  de  brouillard,  de  neige  ou  bien  de  glace  dans  les  caps  polaires. 
Ces  terrains  élevés  seraient  stériles  par  le  froid  et  la  rareté  de  l'atmosphère.  Pour 
les  régions  foncées,  (ui  peut  les  suii|ioser  b.asses  et  peuplées  de  vc'gétation  ;  enlin, 
les  régions  noires  seraient  des  bassins  ])leins  d'eau  (ou  autre  liquide),  laquelle 
serait  devenue  très  rare  déjà,  comme  couséiinence  naturelle  de  l'ancienneté  delà 
planèti'.  I')n  tout  cas,  l'hypothèse  cosmogoiiique  de  M.ilu  I.igondès,  qui  assigncà 
Mars  une  formation  beaucoup  plus  récoulo,  ii'appi userait  aucun  obsta(de  sérieux  à 
la  r.arcti'  de  l'eau  martienne,  ]irésoinptioi:  ipii,  d'un  .-uUre  cot('^  contii'Uierait  toutes 


COMAS    SOLA.  —  OItSKIt  VATIONS    A    li  A  UC.Kl.nM;.  .-,:i7 

les  observations.  La  classiiicatimi  (|iio  j'ai  l'aile  des  taches  île  Mars  ri>n'espi)iiil.  en 
quelque  sorte,  ;\  celle  de  M.  I.nwell.  mais  je  u'aecepte  auruiii'  iiilei-vi'uticpn  artifi- 
cielle dans  la  distributidii  des  eaux,  et  je  suppose  que  toute  l'eau  martieiuie 
se  trouve,  par  voie  uatui-elle,  en  eommunieation  superlicielle,  souterraine  ou 
atmosphérique. 

Quant:'!  la  particularité  que  les  mers  présentent  (le  mot  jnerest  employé  ici  par 
convention  l  d'('tre  en  ^'énéral  plus  roncé'(;s  pri'-s  des  côtes  claires,  je  crois  que  cet 
effet,  qui  n'est  jias  sûrement  de  contraste,  s(>raii  un  résultat  d'une  des  lois  de 
Guyot  et  Dana,  modiliée  p:ir  M.  de  l.apparcnt  rt  ap]diquéc  :\  Mars.  (''ost-A-dirc 
qu'à  coté  des  irramles  altitudes  se  trouvent  les  |>lus  prid'ondes  di'pressions,  dans 
lesquelles  se  serait  réunie  la  faible  (piantité  d'rau  ((ui  reste  sur  la  planète  Ce 
phénomène  peut  aussi  être  inlUiencé  pai-  b"  ton  foncé  des  eaux  de  filtration  des 
montagnes  ou  hauts  plateaux  voisins,  etc.  Ces  mêmes  raisons  expliquent  sans 
doute  la  teinte  somiu'e  des  taches  jirés  des  calottes  polaires,  pendant  la  périoile 
de  fusion  des  glaces,  et  la  bordure  très  foncée  ((ui  >uit  celles-ci  à  mesure  qu'elles 
se  rétrécissent.  Imi-dure  indiquant  l.'i  pi'ésence  t\r  terrains  inondés. 

Quoique  la  visibiliti;  de  cette  planète  soit  très  déi'ectueuso,  il  faut  avouer  cepen- 
dant qu'il  existe  certaines  unités  ]diysiques  ([ui,  vues  imparfaitement,  alïectent 
des  formes  pins  ou  moins  linéaires  ou  des  bandes  i-elativement  réi,''ulièi-es.  Ce 
sont,  du  moins,  les  grands  canaux  qui  sortent  des  baies  et  relient  celles-ci  avec 
des  lacs  ou  mei's,  comme,  par  exeni]>le.  le  Nilosyrtis.  l'Indus,  le  Gange,  etc., 
canaux  faciles  à  voir,  en  général,  et  licmt  l.i  plupart  .avaient  été  observés  avant 
M.  Schiaparelii.  flans  la  même  catéirorie  d'unités  physiques,  il  faut  placer  quel- 
ques canaux  qui  sont  sans  doute  des  vallées  intérieures  étendues  comme  leNilo- 
keras.  le  Styx,  le  (  'erbère,  l'Eunostos,  l'Hyblacus.  l'es  derniers  entourant  la  région 
do  l'Elysée,  qui  est  pridiablement  un  plateau  très  élevé,  de  même  que  les  can.aux 
qui  sont  de  simples  d(''troits.  comme  .\scanius,  Scamandre,  Xanthus,  Euripe,etc. 
Ces  canaux  (je  souligne  ce  mot,  car  ce  sont  sûrement  des  unité's  ]diysiques  i  pour- 
raient être  ilus  à  des  affaissements  du  terrain,  par  suite  de  la  cimtraction 
continue,  au  long  des  lignes  de  moindre  rési.stance.  l'ar  cette  raison,  ou  voit  les 
canaux  relier  de  préférence  les  pointes  des  baies  des  mers  et  des  bassins  lacustres. 
Comme  conséquence  de  ratTaissement  du  terrain,  la  vie  végétale  pourrait  se  déve- 
loiqier  dans  les  vallées,  il  pouiT.aii  aussi  pénétrer  de  l'eau  dans  queb.[nes-unes  de 
celles-ci;  ces  dernières  seraient  les  c;()i,-u/.Y  noirs  i  souvent  par  intermittences) 
et  les  premières  les  handes  faiblex.  bien  que  dans  celles-ci  il  puisse  couler  de 
l'eau,  m;iis  en  trop  faible  quantité  pcjur  être  visible  d'ici. 

Il  seudjle,  en  ert'et.  que  Mars  a  dû  être  le  siège  de  plissements  ou  contractions 
analogues  à  cmix  do  la  Terre.  D'un  autre  côté,  sur  notre  planète,  nous  voyons 
se  nianil'ester  aussi  (|iielques  lois  géométriques,  quoique  très  boideversées  dans 
les  détads.  par  exemple,  les  continents  scuit  pointus  vers  le  Sud  et  les  mers 
pointues  vers  le  Nord,  et  l'on  voit  une  certaine  opposition  diamétrale  des  mers  et 
continents  i  de  même  (|ue  sur  la  planète  ^lars  i.  sorte  de  défiunnation  tétraédrique 
tendant  à  former  des  facettes  polyédrnjiies.  Il  semble  donc  que  la  géoloi^ie  inar- 


■''38  |,A    PLANÈTE   M  Alt  S.  1901 

tienne  doit  ôtn;   comparable  h  celle  de  la  Terre,    mais   consiilérablement   plus 
avanci'e. 

Tuntelois,  à  l'heure  actuelle,  l'oxplication  ^éolog-ique  de  ces  apparences  est,  à 
mon  avis,  secoudaire;  c'est  l'affaire  des  géologues  de  recherclier  la  cause  la  pins 
jirobalde  de  la  morphologie  martienne.  L'important,  en  premier  lieu,  est  de 
démontrer  qu'une  loi  géologique  peut  être  l'origine  des  aspects  des  canaux, 
malgré  la  régularité  que  dans  certains  cas  ils  peuvent  présenter. 

Il  reste  à  expliquer  encore  les  canaux  secondaires,  ce  réseau  compliqué  de 
lignes  que  chaque  opposition  augmente  davantage.  Ces  lignes,  à  mon  avis, 
peuvent  avoir,  en  partie,  la  même  origine  que  les  cannux,  c'est-à-dire  être  des 
grandes  failles  du  terrain;  mais  la  plupart  n'ont  pas  d'autre  origine,  je  crois,  que 
les  petits  détails  topographiques  que,  par  une  vision  imparfaite,  l'ceil  relie  entre 
eux.  (M  pourrait  encore  admettre  comme  origine  de  ces  canaux  les  nuances  du 
terrain  ou  do  l'atmosphère,  les  limites  des  régions  claires  et,  très  souvent,  des 
images  subjectives,  le  tout  beaucoup  exagéri;  dans  les  ilessins.  Une  preuve  de 
la  vision  imparfaite  et  du  caractère  douteux  du  plus  grand  nombre  de  ces  détails 
si  délicats  se  trouve  dans  les  ènoriries  divergences  qu'on  remar(|ue  entre  les 
flessins  d'observateurs  différents  faits  au  même  instant.  Par  une  illusion  explicable 
aussi,  on  voit  fréquemment,  dans  les  intersections  de  ces  canaux,  des  nœuds  ou 
lacs.  Les  canaux,  tels  (pie  nous  les  voyons,  sont  donc,  pour  la  plupart,  des  images 
fausses,  fantasmagoriiiues,  qui  disparailrdent  sûrement  si  nous  iiouvions  voir 
la  surface  do  Mars  à  quelques  centaines  de  kilomètres  de  nous. 

Quant  aux  variations  qu'on  a  observées,  avec  sûreté,  dans  les  terres,  mers, 
canaux,  etc.,  idlcs  peuvent  avoir  une  facile  explication  ilans  les  nuages,  brouil- 
lards, pluies  et,  surtout,  dans  l'état  des  glaces  polaires,  c'est-à-dire  dans  les  varia- 
tions climatologiques  et  météorologiques  qui  intiiieraient,  en  dernier  lieu,  sur  le 
régime  hydrographique  et  sur  la  végétation.  La  ce  ([ni  concerne  les  canaux  dans 
les  mors,  on  j)eiit  faire  les  mêmes  réMexions  que  pour  les  canaux  continentaux. 
Les  taches  blanches,  près  du  limbe,  seraient  des  nuages  ou  brouillards,  et  la 
grande  visiliilit('!  des  canaux  et  autres  détails  ([u'on  observe  (|uelquel'ois  loin  du 
méridien  central  poiUTaient  s'expliquer  |)ar  l'elTet  de  contraste  plus  accusé  des 
environs  nuageux  et  plus  blancs  en  vision  obli([ue;  on  ponri'ait  encore  les  expli- 
quer par  le  raccourcissement  des  canaux,  (jui  aurait  pour  effet  do  montrer  comme 
des  lignes  délié(\s  des  zones  ou  bandes  largos  et  estompées. 

.b;  crois  (pie,  dans  tout  cet  exposé,  il  n'y  a  pas  de  contradiction  avec  aucun 
principe  scienliliiiue  reconnu,  et  il  donne  pleine  et  facile  explica!i(m  des  phéno- 
mènes observés  jusqu'à  eu  jour.  Reste  cependant  une  difficulté  qu'cm  rencontrera 
toujours  dans  toutes  les  hypothèses  iniagin;diles  :  c'est  la  gemin.ation.  l'eut-etre 
cet  étonnant  phénomène  est-il  dû  à  des  bandes  de  nuages  i]ui  se  disposent  au 
long  des  vallées;  peut-être  est-il  dû  à  des  piiénomènes  de  double  réfraction,  ou 
à  des  vallées  voisines  sensiblement  parallèles,  ou  simplement,  en  partie,  à  la 
fatigue  oculaire  cl  à  des  illusions':'  Sur  ce  phénomène  de  la  géminati(ui,  je  n'ai 
aucune    impression    personnelle.  piiis(pie  jamais  je   n'ai    pu    f)bserver    ((uelipie 


OBSEUVA'KUIU-:   L(UVi:i,l.,  A  I  LAIiST.vrK.  53;» 

gémiiKitiûii  avec  sûreté  i je  soupçonnai  double,  seuleuienl,  le  Gang-e.  en  I8'J2  ). 
mais  il  me  semble  qu'il  pourrait  bien  naitre  des  modi(i''ations  atmospliériques  ou 
végt'talos  ilc  Mars,  vues  très  imparfaitement  d'ici  et  donnant  l'etTet  de  lignes 
minces  et  parallèles  à  ce  qui  ne  serait  que  des  formations  irrégulières;  mieu.\ 
encoru.  je  crois  que  les  géminaiions  des  canaux  peuvent  avoir  pour  origine  un 
effet  de  constrastc  qui  ferait  voir  les  bords  d'une  bande  larg<!  et  faible  jikis  f.mcés 
que  la  partie  intérieure. 

En  résumé,  on  doit  avouer  que  du  momie  de  Mars  nous  avons  une  connaissance 
si  superficielle  encore  qu'il  est  inipossilde  de  liiTlnlTrer.  avec  i(nel([ne  M'ireté.  les 
conditions  afférentes  à  l'état  propre  de  la  planète.  .Nous  pouvons  seulement 
aborder  le  problème  et  donner  des  solutions  générales  plus  ou  moins  probables. 
Seules,  les  observations  impartiales  et  continues  pourront  peut-être  é'Incider 
Complètement,  et  d'une  manière  précise,  les  points  obscurs  que  nous  avons  sur 
ce  monde  voisin. 

.l'ajouterai  (|ue  ce  que  uous  pourrions  ilésiri-r  de  niieu.\.  ce  siTail  des 
pholof/niphies  enregistrant  ces  fanieux  canaux.  On  y  arrivera  peui-ètre  un 
jour. 

CCLXI.  ^  UBSERV.^TOinii  Lowiii.i.,  a  Flagstaff  (Arizona). 

J'ai  déjà  signale,  avec  la  satisfaction  la  |dus  vive  et  avec  admiration,  les 
magnifiques  iravau.x  de  l'Observaloire  fonde  à  FlagstalT  par  mon  savant  et 
énergique  ami  M.  Percival  Lowell,  et  plusieurs  Chapitres  iCLXIJI-CLXXVI- 
CC[-CCXV-CCXVI-tXXVII-Ci-'.XLMlI;  ont  ete  consacrés  au.\  observations  des 
oppositions  précédentes.  .l'ai  égalemeni  résume  plus  liant  ip.  108  et  297 
les  deux  premiers  ^'olumes.  publiés  en  1898  et  1900.  des  .\unales  de  cet 
observatoire. 

Le  Tome  troisième  de  t'ette  publication  est  paru  eu  190.").  (Test  là 
une  œuvre  considérable.  Uniquement  dédié»;  à  notre  planète  de  prédi- 
lection, elle  ne  contient  pas  moins,  dans  ces  trois  Volumes  in-quarto,  de 
391  pages  pour  le  premier,  .V23  pages  pour  le  deuxième  et  353  pages  [lOur  le 
troisième,  illustres  de  plusieurs  milliers  de  croquis,  dessins,  cartes  et  plans. 
Il  y  a  là  un  véritable  musée  cartogra[)hiiiue  martien  sans  égal. 

Dans  le  troisième  \'olume,  nous  ti-ouvons,  présentées  sous  une  autre 
forme,  les  observations  faites  pendant  les  oppositions  de  1894,  189G,  1898, 
déjà  examinées  ici.  plus  celles  des  oppositions  de  1901  et  de  1903.  Résumons 
celles  de  1901. 

M.  Lowell  a  commencé  ses  observations  le  31  mars.  L'équatorial  de 
■24  pouces  (0'°,60  a  été  généralement  utilise  avec  toute  son  ouverture,  mais 
quelquefois  réduit  à  12  et  même  à  moins,  non  jias  que  les  qualités  opliiiues 
de  l'objectif  fussent  meilleures  au  centre  que  sur  les  côtés,  mais  pour 


540  LA   l'LANP/rF   MARS.  190i 

ri^'iJniri;  Ii's  ofTi'ls  inallicureux  îles  values  de  l'air.  Le«  meilleures  heures 
(ri)bservation  oui  été  celles  ijui  suiveni  le  coucher  du  soleil  (ce  que  j'ai 
ilepuis  longtemps  signalé),  et  •<  la  crème  de  la  crème  »,  thc  cnam  of  ihe 
rrcaii).  c'est  une  demi-lieure  aiuvs  le  coueiier  du  soleil.  11  s'agit  ici  de 
l'oliservation  faite  api-ès  ropi>ositii)n.  Avant  rop[)osition,  ce  serait  une 
ilemi-heui-e  avant  le  lever  du  soli'il  ipii  nlTrirait  les  meilleures  iniaties. 

Le  Phisdu  et  rKupIirale  sr  sdiit  Idujuurs  montres  donliles.  I>enr  lar.i^eur 
n'a  [las  varié  avec  la  rédnclion  de  I  ciiivertnre  de  l'olyectif.  pas  pins  que 
celles  de  l'Hiddelvêl,  du  (Tidnin  cl  dn  Diiliiniii,  è.ualement  mesurés.  On  jienl 
voir  cette  duplication  même  lorsqne  rolijectif  est  n-dnit  à  0  pouces.  L'ohser- 
vateur  donne  le  Tableau  suivant  de  ses  mesures  : 

Largoiir  iiKijciinp.  I,;irm'iir  iii";eiine.  l.arseur  nioïentir 

Sur  En  En  Sur  En  En  Sur  En  tri 

les         secimilcs     dr^ri-s  les  serondes     ile^rcs  les  socomles       de^rê* 

ile-siiis.         (laïc.      surMar.-.       (Ie;.sins,  il  arc.      sur  Mars.       dessins.  darc.       sur  Mars 

l'hison !■ ,-27  iï'.Tl  3",U  1""",37      lV'/.;3       3'.'j 

Euphrate..  ..  l-'-'.ô?  ir,:i5  4",,)                                                    l'»".'.!()      (I",î7      3«,.i 

Hiddekel....     1 'C  if .r.<  'r,\  1 .50      O'.'Ji;       'r',3         1 ,.5i)      0",M      'r.S 

(ichuii 1""",G0  ii",'Js  i".i;                                                     !°"",00      (l'.'ÎJS      .'r.G 

Djilioiiii l'»'M()  II".  11)  :!",1  i ,■!()      0",\I1       3", 5 

Sur  la  Carie  de  Lowell  l'Klj.  qui  l'st  malhenreiisement  d'un  ton  trop  pâle 
poLir  pouvoir  èire  repioduili'  pai-  la  photogravure  (une  autre  Carie,  en 
hislre,  n'a  pas  donne  de  moilleiirs  iTs;uUats).  il  n'y  a  de  doubles  que  les 
caiiaii\  qui  \ienuent  d'èlri.'  elles,  jiliis  r.Vmrntliès.  Tous  les  autres  sont 
simiilrs. 

Ile  brillaïucs  lâches  blanclirs  oui  iHe  observi-es  dans  les  régions  équa- 
toiiali's.  La  plus  iniportantr  s'esl  mniili-i'i'  au  biird  sud-est  de  IKlysi-e;  une 
aulri'  .■siir  Acria,  rivage  ib'  la  lurr  du  Sabliiu-.  Klles  ont  dure  plusieurs  umis. 
C'était  piuiiiant  a  l'epoqui'  du  sulslirc  d'rlr. 

IMusieuis  |irojri-tions  ont  l'ii-  vurs  pendant  celte  op[iosilion  de  l'.ltlO-l!)01 . 
Les  Asiruiiitviisclir  .Xachiirhitii  publièrent  dans  leiu-  i\"  3676,  du  \'2  dé- 
ceuibri'  l'.tlIO.  la  diqH'clir  siiixaiile  : 

Il  l)iuiijl:i.-i.  I.iiwfll  (Jh.-irro.ilorij,  lrleiir:iph  ^  :  L;i'<l  niijlit.  [iroji'flion 
iiorth  tulije  Ic'iriuui  Man\  /^i.s/ci/  scrciih/  riniinti>--<.  •>    I'ii;ki;ium;. 
Kiel,  i)  (irr.  r.iun. 
Il   L.n  iiiiil  ili'riiièie.  prniL'Ctiuii  sur  le  rivaye  iiunl  il'li'ariiiiu  Mai'i',  dura  70  iiiiiiutes.  » 

Sur  la  Carte  de  M.  Lowrll,  Ir  ikiio  dr  Mrr  Irarium  a  clé  donné  à  la  bande 
gi'ise  ailjacenlc  à  la  droite  dr  la  .\Ii-r  du  Sablier,  de  .'i",'!.!"  à  .'ii.V'  de  lonyitude 
ri  dr  IU"a  1()"  de  lalituilr  australe,  c'est-à-dire  à  la  moitié  du  Sinus  Sabauis. 
11  y  a  la.  coiiimr  ou  b.'  vml  sur  mon   glolir  de  Mars  de  1898  (p.   'lii.'i).  une 


OltSKKVATOmt:    L(l\\  KM-  A  1  1.  A(.STA  FF.  S'il 

bordure  blanche  [iresiiue  ijermaneiite.  iiuli(]uant  [irobabU-iiient  rexistenco 
de  nuages.  J'ai  souvent  leniarqué  celle  liordure  ehiire.  11  me  paraît  donc 
très  probable  que  ces  <  projections  »  soni  dues  à  des  nuages  élevés  restant 
éclairés  après  le  coucher  du  soleil,  ou  illumines  avant  sou  lever,  car  elles 
se  produisent  toujours  prés  du  lerniinatfur. 

Cette  dépèche,  interprétée  parles  journaux  avec  force  commentaires,  n'a 
pas  tardé  à  répandre  dans  le  public  l'idée  de  siynditx  faits  par  les  habitants 
de  Mars  à  la  Terre,  du  me  [iria  d'en  parler  à  la  séance  mensuelle  de  la 
Société  astrononiique  de  France,  du  9  janvier  lilOI,  et  ce  soir-là  la  grande 
salle  des  Sociétés  savantes  fut  beaucoup  trop  petite  poui- contenir  le  nombre 
des  auditeurs.  Ils  ont  é-té  un  peu  déçus  lorsque  j'eus  exjtliqué  ([u'il  s'agis- 
sait là  non  pas  de  signaux  des  habitants  de  Mars,  mais  de  cimes  de  mon- 
tagnes neigeuses  ou  de  nuages  l'clairés  par  le  soleil  levant  ou  le  soleil  cou- 
chant, suivant  les  dates  et  les  positions  sur  le  terininateur. 


Ki^'.  ;!i:>.  —  l'rojectioii  niarÛLMiiie  'lu  8  ilècembi-i-  lUOU. 


Après  avoir  n'sumé  nos  connaissances  actuelles  sur  la  planète  et  sur  sou 
habitabilité,  j'ai  rappelé  les  projections  et  points  lumineux  déjà  observés 
en  1896  (voir  p.  34'J.  ;ii7.  311,  301):  en  !8Î)4  (voir  p.  -231),  ainsi  que  celle 
que  j'ai  observée  nuii-méme  le  23  aoiit  de  cette  dernière  année  (roirp.  194. 
fi(/.  155). 

La  projection  du  S  décembre  1000,  signalée  par  M.  Douglas,  s'est  présentée 
sous  la  forme  indiquée  à  la  figure  ci-dessus,  que  j'ai  projetée  moi-même  sur 


Ô42  '-\   IM.ANF.TE  MARS.  1901 

l'ùeran  à  la  conférence  dont  je  viens  de  parler,  et  ce  dessin  s'est  trouvé,  en 
effet,  si  l'xarl.  ([u'on  penl  l'identiller  sur  quinze  croquis  imprimés  irois 
mois  plus  tard  pai-  M.  Lowell  dans  la  Revue  américaine  Popular  Astronomy 
du  luid^d'avril  11)01 .  croquis  ni(inli-anl  les  aspects  successifs  de  la  projection 
dans  les  nuils  du  7  et  du  S  déceiuljre  1900.  Elle  était  probableiuent  due  aux 
nuai^es  dont  nous  avons  parlé  tout  à  l'heure  ('). 

A  propos  des  moyens  de  commiinicatiou  imaginés  entre  les  planètes  par 
quelques  savants  terrestres  in.ni'uieux,  j'ai  rappelé  à  cette  conférence,  outre 
ceu.x  doni  j'ai  parlé  aulrel'nis  dans  [.a  Pluralité  des  mondes  liahitéf:,  le  projet  de 
Ch.  Gros,  sur  lequel  je  l'avais  prié  moi-même  de  faire  une  conférence 
en  18t)9. 

L'auteur  proposait  de  ilii'iger  sur  Mais  un  puissant  jet  de  iumiei-e  élec- 
trique à  l'aide  il'un  réflecteur  paralioliiiue  (ou  d'une  série  d'instruments 
semblables).  Pour  ne  pas  confondre  ce  signal,  s'il  restait  inuiioliile,  avec 
un  phénomène  naturel,  il  indlipie  de  lui  faire  subir  des  modifications 
montrant  son  origine  roiiliii-.  (.les  modilications,  d'après  Gh.  Gros,  seraient 
des  interiniltences  rythmées  donnanl.  par  exemple,  la  notion  d'une  )ni7né- 
ralioii.  Il  faudrait  se  sei'vii'  d'un  très  petit  nombre  de  signes  élémentaires 
et  en  utiliser  tous  les  arrangements  possibles  (-). 

Vu  autre  moyeu  de  signaler  notre  existence  à  Mars  a  été  indi(iué  en  I89I 
pai'  notre  collègue  M.  SchmoU.  Il  proposait  de  ])lacer  de  puissants 
foyers  lumineux  en  des  points  dessinant  une  constellation  remar(juable 
(E.v.  :  Bordeaux,  .Marseille.  Strasbourg,  Paris,  .\msterdam,  Gopenhague, 
Stockholm  dessineraient  la  Grande  Ourse),  tîommenl  ne  pas  reconnaître 
un  signal  voulu  dans  une  telle  représentation  lumineuse'? 

l'rujets  iniaL:inaii'es  !  L'humanité  terrestre  est  absorbée  par  des  besoins 
mati'riels  ti-up  inqiérieux  pour  pouvoir  «  s'anuiser  »  à  de  pareilles  tentatives. 
Klle  n'a  pas  de  lemiis  à  "  [lerdre  «.  Le  ventre  est  trop  exigeant. 

GCL.Xll.    —    W.-II.    l'IlKEUINl^    —    L.\    r.K.MINATUJN'    DES    C.VNAIX    DE    M.^llS. 

A  [iropiis  des  mesures  pn'Ci'dentes.  M.  \\'.-ll.  Pickering  éci-ii  : 

Il  y  a  quelques  aiUK'es.  la  i;éuunalioii  des  eauanx  de  Mars  était  admise  par  les 
astronomes  eouuiie  un  l'ail  exact.  Depuis  quelque  teuqis.  des  dnutes  se  sont  élevés 

(')  M.  Lowell  ;i  calculé  que  ce  image  a  dû  se  former  le  (i  décembre  sur  Icarium 
Marc,  vers  -21 000'"  de  hauteur,  et  se  iransporler  vers  le  nord-est,  au  taux  de  •'i3'""  â 
riicure,  pour  aller  se  dissiper  sur  le  désert  d'Aeria,  après  une  durée  de  .•!  à  1  jours. 
{Pi-oceedinijx  of  Iha  Aoiew  Philosoph.  Societi/,  ti  décembre  1901). 

(■)  J'ai  publié  eu  détail  ce  projet  oiàginal  dans  mon  petit  livre  Excursions  dans  lo 
Ciel. 


W.-ll.    l'irKKKIMi.   —  (ikMIXMKlN  DKS  CANAl  \   l)K  MAKS.  ô1:j 

à  ce  sujel.  J'ai  nidiiti-i:-.  dans  les  Aiiiuih:.<  ch'  Ilnrvnrd  M.  XXXII,  j).  Il'.t).  qu'en 
acceptant  les  résnitats  adoptés,  les  canaux  doubles  avaient  la  curieuse  propriété 
suivante  :  leur  éoariement  était  inversement  iiroportionnel  au  diamètre  de  l'ob- 
jectif et  directement  proportionnel  à  la  distance  de  la  planète. 

Je  suiTgérai  alors  l'idée  qu'un  (diservateur  capable  de  déiluubler  les  canaux 
(je  n'ai  jamais  |iu  arriver  à  ce  r.-sultati  fil  des  mesures  de  leur  écartement,  pen- 
dant la  même  nuit,  en  niodidanl  l'ouverture  de  son  instrument.  Cela  vient  d'être 
fait  par  M.  Lowell  i  '  i.  et  un  examen  de  son  travail  m'a  montré  quelques  résultats 
très  instructifs. 

D'abord,  récartenient  des  canaux,  s'ils  sont  réels,  est  évidemment  indépendant 
de  l'ouverture  du  télescope  employé.  D'antre  part,  M.  l.owell  a  trouvé  que  le 
dédoublement  des  canaux  pouvait  être  observé  avec  <les  ouvertures  extraordi- 
nairement  petites.  .Vinsi  avec  il"',  l.j,  il  dédoulde  Kuphrate,  Heddekel  et  Gehou 
dont  les  écartements  sont  H'.;'?.  0". -^r;  etO",-,'S  respectivement. 

Dawes  a  trouvé  ([u'un  objectif  de  (l"'.il-J."i  de  diamètre  pouvait  S('parer  deux 
étoiles  écrales  espacées  de  i".."iij.  l'n  objectif  de  iV".  lô  séiiarera  dom-  deux  étoiles 
six  fois  plus  rapprochées,  c'est-à-dire  situées  à  0",  Tii.  Des  expériences  faites  à 
Cambridge  avec  une  ouverture  de  0'".  :!S  établissent  que,  pour  distinguer  deux 
lignes  faites  à  l'encre  sur  du  jiapier  blanc,  il  faut  <iu'elles  soient  séparées  i)ar 
0'.4-2;  avec  un  objectif  de  0'",  l.j,  l'écartement  serait  de  !'.()."). 

Une  expérience  analogue  peut  être  aisément  répétée  sans  instrument.  Tracez 
deux  lignes  à  l'encre  sur  papier  lilane  et  distantes  de  l""°.  Placées  k'.]  mètres,  elles 
seront  juste  séparées  à  l'ieil  nu.  pour  une  vue  parfaite:  leur  distance  angulaire 
sera  de  70".  Le  diamètre  de  la  pupille  de  ImmI,  dans  un  endroit  brillammeut 
éclairé,  est  d'environ  ■."""'.."):  si  nous  multiplions  par  fil),  cela  nous  donne  CT",  !."> 
et  correspond  à  une  distance  angulaire  de  I".  I.'). 

Eu  résumé,  si  nous  ramenons  les  résultats  ci-dessus  A  l'ouverture  de  0'",  l.'j, 
nous  trouvons,  d'après  les  expériences  de  Dawes.  universellement  confirmées 
par  les  astronomes,  que  deux  étoiles  ne  peuvent  être  séparées  que  si  leur  écar- 
tement dépasse  0",7ii.  Plus  le  contraste  est  faible,  plus  la  séparation  est  difficile: 
c'est  pourquoi,  dans  le  cas  de  lignes  noires  sur  papier  blanc,  il  nous  faut  un  plus 
grand  écartement  que  dans  le  cas  des  étoiles.  Nos  expériences  télescopiques  sur 
des  lignes  noires  indiquent  que  l'angle  doit  mesurer  r.ii.'i.  Nos  expériences  à 
l'œil  nu  indiquent  un  angle  de  1".  I.'i.  Dans  le  cas  de  Mars,  M.  Lowell  affirme  voir 
la  gémination  quand  l'écartement  n'est  que  de  U",  Hi.  Cela  équivaudrait  à  observer 
deux  lignas  écartées  de  1"""  et  situées  à  P,"".  Le  lecteur  peut  se  rendre  compte 
que  c'est  tout  à  fait  impossible. 

J'hésite  ta  croire  que  M.  Lowell  puisse  séparer  deux  lignes  si  rapprochées,  et 
je  pense  que  ce  qu'il  voit  doit  résulter  de  quelque  illusion  optique. 

Nous  aurons  lieu  de  revetiir  sur  ces  discussions. 
(')  Voir  plus  haut.  p.  540. 


5.'i4  I.A    IM.AXETt:    MAItS.  1901 

CCLXIII.  —  (  iusei'.va  l'Hii;*  iiE  LA  Société  asthonomioue  de  France. 

Xoiis  signalerdiis  (l\ili(inl  les  observalions  lailes  à  l'Observatoire  de  la 
Societi'  par  MM.  Georges  et  \'aleiitiii  Fouriiier  à  l'équalorial  de  108""". 

L'élal  de  l'atmospliere  a  été  assez  favorable,  en  géiit^ral,  [loiir  permelire 
d'employer  ooiiramineiit  le  grossissement  de  180  fois. 

Hthinni},  i)ar  M.  Georges  Fournier.  —  Nous  avons  pu  souveot  distinguer  très 
nettement  la  forme  elliptii[ue  de  la  calotte  polaire  boréale.  Très  étendue  au 
déliut  de  nos  oliservations,  elle  nous  a  paru  sensil.ilenient  diminuée  dans  les 
derniers  dessins.  Elle  était  complètement  entourée  d'une  large  bande  sombre, 
plus  foncée  dans  certains  endroits,  et  très  noire  dans  son  voisinage  immédiat. 
Cependant,  dans  les  ilessins  du  1  i  février  à  -J'MU'"  et  à  i'':!ii"',  d  est  des  endroits 
où  cette  teinte  devient  très  ]iàle. 

La  Grande  Syrte.  toujours  très  noire  en  son  centre,  était  en  général  assez  bien 
définie  dans  sa  forme.  Pourtant  elle  est  méconnaissable  dans  les  dessins  du 
I  1  février,  ■,'!''.  et  du  F!  février,  •,'!''  i."]'".  faits  dans  de  mauvaises  conditions  atmo- 
spliériques,  et  avec  le  grossissement  de  l-^(i  fois  seulement.  Dans  chacun  d'eux, 
elle  semble  s'élargir  à  sa  partie  inférieure,  coulrairement  à  la  réalité.  Mais,  au 
contraire,  elle  était  admirablement  visible  le  11  fi-vrif>r  à  ■,'■,"' i."i"'  i//;/.  .'(.")()), 
le  l:i  à  -.'i''!.'!'"  et  le  \'i  à  -l''  l.'i'"  (//|/.  :.i;)I);  jamais  je  n'ai  uneux  distingué  qu'à  la 
prendère  de  ces  dates  la  cnuleur  vert  bleuté  des  taches  ae  Mars;  l'image  était 
excellente,  d'une  netteté  et  d'une  limpidité  parfaites. 

J'ai  été  très  étonné,  pendant  quelque  temps,  d'apercevrjir  sous  la  (irande  Syrte 
une  tache  de  première  importance,  très  étendue  et  assez  foncée,  que  je  ne  con- 
naissais pas.  Après  quelques  recherches,  j'ai  conslaté  que  cette  tache  avait  été 
observée  ^  l'opposition  de  IS'.l8-18'.)il  par  MM.  Flammarion  et  Antoniadi.  qui  l'ont 
appeb'e  ■<  le  Nouveau  Lac  sur  IJtopia  ».  Dans  nos  dessins,  cette  tache  se  confond 
avec  la  Boréo.syrtis.  et  peut-être  même  avec  Coloo  Palus.  La  Boréosyrtis  est 
bien  visible,  très  noire  dans  les  dessins  du  l."i  et  du  IS;  elle  forme  la  bonlure  de 
la  tache  d'I'topia.  Souvent  elle  pai'ait  se  ]irolonger  très  loin  sur  le  disque. 

Le  Sinus  Sabfeus  n'a  pas  toujours  été  très  facile  ;\  voir,  sans  doute  à  cause  de 
son  peu  de  largeur -,  le  11  f('vrier,  à  •2-."'l.">"\  il  était  marqué  par  un  pâle  ruban 
ondulé.  Une  demi-heure  après  ifig.  '.ib[\  .  il  était  beaucouji  mieux  visible,  mais 
pas  plus  foncé  ipie  les  Lâches  avoisinantes. 

Quant  à  la  baii;  du  Miu'idien,  elle  était  très  foncée  et  m'a  fait  re<ffet,  le  II, 
d'un  petit  point  fort  noir  sur  le  bord  de  la  planète;  mais  sa  forme  était  très  indé- 
terminée. 

.\  l'est  de  cette  région  du  globe  de  Mar.s.  dans  les  dessins  du  l'r  février  à^'^ll'" 
et  i'':!(t"'.  peu  de  détails  sont  visibles;  le  disque  parait  coupé  à  sa  partie  supé- 
rieure ])ar  une  bande  sombre  d'intensité  inégale.  Fait  surprenant,  c'est  du  côté 
du  Sinus  Saba/us  que  cette;  bande  est  le  plus  pâle. 

(,'ependanL  h'  Il   février.  ;1  l''l."i"',  j'ai  l'ait  une  observation  curieuse  en  ce  qui 


OBSKIiVATKUltS  DK  I.\   SOCIKIÈ  ASTRONO.MIQUK  I)K  IHANCR/  r,/i5 

concerne  le  (lolfe  des  Perles,  l.o  centre  dn  golfe  avait  la  forme  d'nne  tache 
arrondie  et,  an-dc»sons.  j'ai  dislingné  très  nettement  une  (oule  petite  tache  do 
forme  trianynlalre  qui.  je  crois.  n"était  autre  que  la  pointe  du  ijolfe. 

La  Mer  Acidalienno  était,  comme  d'Iiahitude,  l'une  des  taches  les  plus  t'videntes 


Fi::.  :'.oii    —  H  février.  H 


Fii- 


3.M.  ■ 


l."i  févi'ier,  '31''  l'i' 


Frg.  jiZ.  —  -21   iVvricr,  ^.'P'iô'".  Fig.  31>:i.  —  32  fevner,  ZV'  \:>"' . 

ObSERV.\TIONS    faites   .\    LA     .SoCIKTK   .\STRONOM101.'E    OK    FRANCE,   PAR    !\1  .    G.    FoL'RMER. 


de  la  planète,  mais  nou.s  n'avims  pu  distinguer ,sa  véritable  fiirme.  telle  que  la 
représentent  les  dessins  qu'on  en  fait  ordinairement.  Dans  un  dessin  du  M  février 
et  dans  un  autre  du  i:!  ;\  ■,':>''  i."i"',  on  la  voit  apparaître  sur  le  litnbe.  son  bord  occi- 
dental est  très  net,  et  |)Ourtaut,  lorsqu'elle  arrive  au  méridien  central,  comme 
dans  les  dessins  du  11  ft'vrier.  le  bord  oriental  seul  se  distingue  bien. 

F.,  II.  Xi 


iC 


LA    PLAN  ET  !•    MAKS. 


)} 


l.a  Mer  ilcs  Sirènes  étail  fcirt  difficile  à  voir  ou  plutôt  à  ilistiiif^'uer  des  t.T-hes 
ciiviroiiiuintc's;  ou  1  aperçoit  cependant  dans  le  dessin  du  ,';'  février  ijig.  ;i5:i|. 

La  Mer  Cimmérienne  était  très  foncée,  toujours  plus  que  la  Mer  Tyrrhéuienne; 
je  l'ai  trouvée  plus  noire  eu  son   centre  le  -U   février  et  j'avais  fait  la  même 


Fig.  354.  —  11  février,  iii'aO" 


Fig.  355.  —  12  février,  JÎ'O" 


Fil.'.  r,.'.G.  —  15  février,  ■,Mi'."0"'.  Fig.  ilST.  —  M  lévrier.  v'I'-lô™. 

OiisKiiV.^TioNS  F.MTis  .\  L.\  rfiin:n;Ti;  astromimioue  he  Fuanci:,  I'AK   M.  V.   Fui  rnier. 


observation  le  IS  pour  la  Mer  Tyrrliéuieniie.  lOiilin.  le  l.'i,  j'ai  pu  apercevoir  très 
nettement  la  Petite  Syrte,  un  peu  plus  fouei'e  ([uo  le  reste  de  la  Mer  'Pyrrhé- 
nienne. 

J'ai  trouvé  Propontis  assez  facile  à  voir  et  mémo  i\  dessiner  avec  queliiue  pré- 
cision, mais  mon  frère  ne  l'aperçoit  qu'avec  plus  de  difficulté. 


oliSKin  AlKl  U-;  lilv  I.A  SOCIKTK  ASTIiONOMlulK  \)V.  l'HANCI-:.  :à7 

Triviutii  ('liaroiitis  t'iait  tn'S  i>;Ue  <;t  assez  ililticiie  ;\  ilisliiij,'iier ;  c-ependaiii. 
dans  de  courts  mouienls  m'i  l'imatre  était  excellente,  on  puiivait  l'apercevoir  assez 
facilement.  Il  m'a  tonjours  seml)lé  un  peu  allontré  dans  le  sens  de  la  lij.Mie  des 
pôles,  il  ne  m'a  jain;iis  fait  l'etTel  d'uu  jioint  nettement  déterminé,  mais  plutôt  il 
semblait  émettre  des  prolunf;enients  de  mémo  teinte  que  lui-même,  qui.  je  crois, 
ne  sont  autres  que  la  première  partie  des  canaux  (jui  eu  partent  :  le  Cerbère,  le 
Styx,  l'Hadès.  Cette  observuiiou  a  été  particulièrement  nette  le  ".'0  février.  Mon 
frère  a  vu  ces  traînées  sur  toute  leur  longueur. 

Le  lendemain,  l'Hadès  était  relativement  très  facile  à  apercevoir  tout  entier 
sous  la  forme  d'une  traînée  large,  pâle  ut  dilTuse;  le  Cerbère  et  le  Styx  n  étaient 
qu'amorcés. 

Enfin,  le  ■.'•^(/î;;.  .'îô.'ii.  j'ai  distingué  nettement  nue  traînée  rectiligue  partant  du 
Trivium  Charontîs  et  rejoignant  la  Mer  Cimmerienne  d;ins  la  direction  du  Cerbère 
et  du  Cyclops.  Ce  soir-bV  l'Hadès  était  très  évident  :  un  de  mes  amis.  M.  Henri 
Bourdillat.  qui  n'avait  jamais  jusqu'alors  regardi'  dans  une  lunette,  a  pi-is  île  la 
planète  un  dessin  fait  ceriainemout  sais  aucune  idée  préconçue;  en  le  com- 
parant au  mien,  on  reconnaît  qu'ils  se  r.ipportent  très  bien  l'un  à  l'autre:  les 
mêmes  détails  y  sont  visibles  i  .Mer  (.'immi  rienne:  l'ropontis;  grisaille  polaire: 
taches  d'L'topîai.  Sur  l'un  et  l'autre  lîguie  l'Hadès:  c'était  donc  un  détail  presque 
de  prentier  ordre. 

Outre  ces  traînées,  mon  frère  en  a  ^iiservé  plusieurs  autres,  en  particulier 
celle  qui  unit  la  Boréosyrtis  à  la  mer  Tyrrhénienne  i/i;/.  Xi'i\.  J'ajouterai  <[ue  très 
souvent  il  m'a  semblé  aussi  que  ces  deux,  régiims  étaient  reliées  entre  elles;  je 
devinais  en  quelque  sorte  le  canal,  mais  je  n'ai  jamais  pu  l'apercevoir  assez  sûre- 
ment pour  le  dessiner. 

Enfla  nous  avons  noté  ([uelques  régions  très  blanches  sur  le  globe  de  la  planète, 
en  particulier  au  centre  d'Elysium  et  sur  le  bord  inférieur  de  la  Mer  Cimme- 
rienne. 

Observations  de   .M.  Mahils  HoNNOitAr.  a  .Vix-EN-PuovExc.ii 

.l'ai  pu  constater,  avec  ma  lunette  Mailhat  de  7."i"""  (oculaire  I.Mii,  que  les 
taches  les  plus  sombres,  telles  que  la  Grande  Syrte  et  la  Mer  Aeidalienno. 
sont  très  visibles,  même  avec  de  mauvaises  images.  Sinus  Sabœus,  Margaritifer 
Sinus  et;  Syrtis  Parva  sont  également  évidents  et  se  montrent  souvent  jusqu'au 
bord  du  disque,  lorsque  l'atmosphère  est  calme.  Le  Sinus  Sabœus  est  si  foncé, 
qu'il  m'a  paru  plus  proéminent  que  Margaritifer  Sinus.  Les  cstompages  qui  se 
montrent  au  nord  île  la  Grande  Syrte,  depuis  Colœ  Palus  jusqu'à  Phlegra,  ont  dii 
beauciHip  s'assombrir,  de  même  que  la  Boréosyrtis.  Le  l:i  février,  ils  paraissaient 
presque  aussi  foncés  que  la  liraude  Syrte,  qui  est  la  tache  la  plus  intense  de  la 
planète. 

.J'ai  observé  d'autres  grisailles  beaucoup  plus  faibles;  mais  je  n'ai  dessiné  que 
celles  dont  j'étais  absolument  certain  et  dont  j'ai  constaté  le  déplacement  avec 
les  taches  les  plus  évidentes. 


548 


LA    PLANETE  MA  US. 


1901 


Je  résume  ici  les  observations  faites  peiuiant  le  mois  île  février  : 

5  février.  22''  15'".  Diamètre  =  13",  'i.  Latitude  centre  =  -i-  il", 7.  Longitude  centre  =  4°. 
—  Image  superbe.  La  mer  Acidaliénne  est  visible  au  premier  coup  d'œil,  mais  le  pont 
d'Achille  est  difficile  à  distinguer.  Le  Sinus  Saba;us  est  très  foncé  et  semble  plus 
proéminent  que  Margaritifer  Sinus  (//(/.  3.iS]. 

G  février.  '21'' 7".  Diamètre  =  \T,h.  Longitude  centre  =  338°.  —  Très  bonne  définition. 
L'aspect  du  Sinus  Sabaeus  et  de  Margaritifer  Sinus  est  le  même  que  le  .5.  La  Grande 
Syrte  est  confuse  au  bord  occidental.  De  faillies  estoiripages  partent  du  Sinus  Sabajus 
et  de  Margaritifer  Sinus. 


Fiir.  ojS.  —  5  fe\riei\  ^^l.'i' 


Fig. 


'J  février,  JI'-O'" 


Fip-  3iio.  —  1.-.  février,  -.'li-U'".  Kiu'.  :it)t.  —  v'I  février.  iU"U'". 

OnSKUVATIONS     F.^ITES    .4    .\l.X -EN-ProVENCIÎ    PAIl     M.    M.^RIUS    IlONNORAT. 


9  février,  'iPO'".  Diamètre  =  13", 7.  Longitude  centre  =  307".  —  Image  superbe.  I;a 
Grande  Syrie  est  d'un  gris  foncé  et  Sinus  Sab;eus  est  très  net,  quoique  au  bord  du 
disque.  Un  vaste  estompage  recouvre  les  régions  d'Utopia  et  de  Neith  depuis  Golœ 
Palus  jusqu'à  ^teria.  Une  vague  trainOe  part  du  Sinus  Sabœus  vers  le  Nord.  Deuca- 
lion  est  très  blanc,  de  même  que  Libia  (fi'j.  359). 

11  février,  Î1''0'".  Diamètre  =  13",8.  Latitude  centre  =  -t- 21%4.  Longitude  centre  =292°. 
—  Image  onduleuse,  bonne  par  moments.  L'aspect  est  à  peu  près  le  même  que 
le  9,  sauf  la  faible  différence  de  longitude.  La  Petite  Syrte  apparaît  faiblement  à  gauche 
de  la  Grande  Syrte.  ^'Etéria  est  bien  visible,  ainsi  que  la  Irainée  qui  joint  le  Sinus 
Sabœus  au  Golie  Palus.  La  Libye  est  très  brillante. 

13  février,  20''45'".  Diamètre  =  13", 9.  Longitude  centre  =272».  —  Bonne  image.  Les 
estompages  au  nord  de  la  Grande  Syrte  paraissent  par  moments  presque   aussi  foncés 


OBSEUVATiaiiS  !)!•:   LA  SOCIÉIK  ASTUO.NOMK)!  K  llK  l'KANCK.  Oi!! 

i]ue  celle  lieniiiM-e,  La  l'iliie  Syrie  esl  trè>  .-viilenle  el  la  Boréusyrtis  est  assez  facile 
à  voir.  (;olœ  Palus  est  très  l'oncé  et  seiiiMe  prolongé  au  Sml  par  une  faillie  doiiii-temte. 
La  Libye  est  très  brillanie.  ainsi  que  le  boni  austral  de  la  planète. 

15  février, 2l>-0'".Diainètro  -  14", 0.  Latitude  centre  =  -^  ■,'!•. 2.  Longitude  centre  =  IbS'. 
—  Image  onduleuse.  mais  bonne  définition.  Les  estonipages  au  lujrd  de  la  Grande 
Syrie  sont  très  sombres,  la  Petite  Syrie  et  lioréosyrtis  sont  assez  nets.  Llysiuni,  très 
blanc,  apparaît  à  gaiiclie  de  la  Libye,  presque  aussi  brillant  .|iie  la  calotte  polaire.  11 
semble  faire  saillie  sur  la  (irainle  Syrie,  sans  doute  par  contraste,  mais  |icnt-étre  aussi 
par  la  présence  de  la  baie  du  lac  .Mœris  (//;;.  .1(10). 

19  février.  20''4..».  Diamètre  —  14',  I.  L.int;iUide  centre  =  219".  —  Image  onduleuse. 
On  n'aperçoit  ipie  des  denii-leinies  Ires  vagues.  Amazonis  brille  autant  que  la  calotte 
polaire  el  fait  saillie  au  bord  du  disque. 

21  février,  2Û''0".  Diamètre  -  11",!.  Longitude  centre  -  191".  —  Image  suiierbe.  La 
Proponlis  est  évidente  el  le  centre  du  dis  pie  est  assombri  par  le  Trivium  Oljiu-ontis  et 
le  Cerl.ière.  Elysinni  et  .Amazonis  sont  irè-^  blancs  (Jhj.  361. 

Il  sera  intéressant  de  comparer  ces  aspects,  vus  avec  un  faible  instrument, 
avec  ceux  observés  à  .Iiivisy  avec  un  instiuinent  Iteaucoiip  plus  puissant.  Les 
dessins  que  j'adresse  ;'t  la  Société  sont  la  re|iioiiuction  exacte  de  ce  (lue  j'ai  pu 
observer,  le  plus  souvent  jiar  un  air  calme,  notre  ciel  provençal  étant  l)ien  favo- 
risé à  ce  point  île  vue. 

OK5EliV.A.Ti()NS  ut;  M.   !..  lîrii.^r.x,  A   l)oN\n,;,E  i>L\n(;he  . 

Les  régions  polaires  NorJ  tournées  vers  nous  sont  très  aisément  observables 
(lunette  de  llKS""™!.  Cepemiant,  en  ce  qui  concerne  le  reste  du  disque,  il  m'a 
semblé  d'une  observation  plus  aisée  que  lors  de  l'opposition  précédeute,  et  j'ai 
pu  compléter  ou  confirmer  bnii  nombre  de  remarquc-s  que  j'avais  faites  en  18i.l4 
et  189ii-lS97. 

Parmi  les  grandes  cinfiguraiions  bien  évidentes  se  (ilace  Mare  .\cidalniin,  qui 
le  ly  avril  nie  parut  marbrée  de  taches  sombres,  [..es  golfes  équatoriaux.  Sinus 
Sabœus,  etc..  voisins  du  limbe  austral,  assez  sombres  également,  L^acus  Niliacus 
faible  parfois. 

J'aiencore  revu  bon  nombre  de  grands  estompages  qui  sont  plus  mi  moins  définis 
et  correspondent  à  des  canaux  déterminés.  ,I'ai  nettement  confirmé  cette  année 
une  impression  de  mes  précédentes  observations  :  c'est  qu'ils  sont  la  limite  de 
régions  de  tonalités  différentes,  t'es  régions  sont,  du  reste,  nombreuses,  très  nom- 
breuses, sur  le  disque  de  Mars,  et  pour  mm,  qui  ai  l'ceil  extrêmement  sensible 
aux  couleurs,  j'y  vois  une  notable  quantité  de  nuances  différentes,  généralement 
de  mêmes  valeurs  relatives,  qui  ainsi  peuvent  l'cbapper  à  bien  des  yeux.  .Aussi, 
en  d'excellentes  circonstances,  le  disque  de  Mars  m'est-il  souvent  apparu  entiè- 
rement marbré  d'une  infinité  de  vagues  détails,  impossibles  à  saisir  sûrement 
d'ailleurs.  Il  en  est  cependant  qui,  parmi  eux.  se  sont  montrés  assez  nettement 
pour  pouvoir  être  dessinés  :  ce  sont  de  grandes  et  v.igues  Irainées  blanches, 
un  voile  imperceptible  s'étemlant  sur  des  régions  entières,  notamment  le  l'J  jan- 
vier et  le  4  février. 

Le  i  février,  on  voyait  une  de  ces  traiiK^es  partant  d  une  [letite  tache  blanche 


5r,0  LA    l'LAXKTE   MARS.  lOOI 

qui.  piar  irraiiiation  sans  doute,  semblait  déborder  du  terminatcur.  Mon  impres- 
sion a  été  que  ce  devaient  être  des  nuages. 

I-e  !'■'  janvier,  la  Terre  Deucalion,  très  blauohe.  me  parut  aussi  déborder  du 
termiuateur  par  son  extrémité  occidentale. 


CCI. .\  IV.   —   OBSERV.-iTErRS    DE    LA   BfUTISH   .\STRONOMIC.\L  ASSOni.^TIOX. 

Comme  pour  les  précédente?  oppositions,  le  rapporteur,  M.  Aatoniadi,  a 
resumi'  les  observations  laites  parles  nieniliresde  IWssociatiou  {■).  Le  capi- 
taine Molesworth,  à  lleylan,  s'est  montré  un  des  observateurs  les  plus  habiles 
(télescope  de  12,5  pouces  =0'",31).  Il  remarque  d'abord  que  l'aspect  de. la 
[)lanète  par  une  bonne  atmosphère  et  à  l'aide  d'un  puissant  instrument  est 
toute  une  révélation.  Les  continents  comme  les  «  mers  »  se  montrent  diver- 
silii's  par  une  varii'te  inliiiie  de  cnnligui'alions  inextricables,  (^ette  impres- 
sion rappelle  celle  du  1'.  Seccbi  à  Rome  dont  nous  avons  parlé  au  Tome  1. 
.Mais  résumons  rensemhlc  des  oliservations. 

Tous  les  yi'ux  n(>  voient  jias  les  couleurs  de  la  même  façon.  Pcfur  M.  Mo- 
lesworth. les  niei's  martiennes  sont  hUiies  nu  vertes  »e[on  les  cas,  surtout 
la  mer  du  Sablier  el  le  uolfe  de  r.lurore.  l'our  .M.  Kibliler  elles  sont  grises, 
sans  nuance  de  coloration.  Pour  M.  Killip,  elb.'s  se  sont  montrées  bien 
■vertes  en  février  et  mars  1901. 

M.  Mideswortb  conclut  d''  ses  meilleures  oliservations  que  les  canau.\  ne 
sont  pas  des  lignes  continiuîs.  mais  des  lâches  séparées,  que  l'œil  croit 
réunir.  C'est  l'opinion  exprimée  plus  liaul  par  .M.  Cerulli  et  par  M.  Millocliau. 
Chaînes  de  cliapelet. 

La  géuiination  de  ces  «  canaux  »  n'en  serait  pas  moins  réelle.  «  Elle  est 
due,  écrit  l'aslronome  de  l^eylan.  à  l'existence  et  à  la  visibilité  variables  de 
deux  canaux  distincts,  presi]ue  parallèles;  (|uelquefois  ou  n'en  vint  qu'un, 
et  parfois  on  les  distingue  tous  les  deux,  (/est  ce  qui  expliquerait  l'anomalie 
apparente  qiir  dilVérents  observateurs  voient,, en  même  temps,  les  uns  deux 
canaux,  les  anli-es  un  seul.  Lor.-qu'ou  voit  les  deux,  l'espace  qui  les  Sépare 
est  généi'alenu'nl  Inuci-,  comme  s'il  n'y  avait  qu'un  seul  canal  large  et 
diffus.  >i 

l'iuidaut  celle  op[iiisition,  111  cauair\  ont  iMi'  observés  et  dessines; 
il  si'uleini.'Ut  se  sont  monlres  douldes.  L'hypolbese  énoncée  par  Green, 
en  1S71I,  qm.'  les  canaux  sont  les  bords  de  rubans  l'oncé's  prend  de  plus  en 
plus  consistance. 

1()  taches  blanches  ont  été  remarquées  siu-  le  disque. 

(')   l'idilislieil  july  i;)03. 


Fig.  302.  —  ô  janvier  19ul,  à  .l'O".  Long.  =  ;' 


Kig.  :îG3,  —  7  mars,  â  ITi'î™.  Long.  = '28». 


Fis.  304.  —  17  février,  a  17i>7"'.  Lûng.=  1S9". 


Fiu'.  Mb.  —  5  avril,  à  ■2;>':;0">.  Long.  =  209" 


Kig    :iG:"..  -  30  mars,  à  III'' J(i".  Long.  = '2,'0'.  Ki-'   3'. 7.  —  14  mars,  a  tOi'6".  Long.  =  3i;r 

Dessins  iie  M.xns  en  IQiil,  i-\«  UV.  Phillips,  Molf.sworth,  Khibler  lt  Attkins. 


552  I.A    l'I-ANKI'E   MARS.  1001 

I  Pariiii  les  dessins  des  obsei-vateurs,  nous  en  ciioisirons  six  [lourètrc  con- 
ï^ei'vés  if'i.  Ils  sont  placi'S  dans  l'ordre  des  longitudes.  Le  premier  est  de 
M.  I'iiilli|is  (télescope  de  0'",-23):  le  deuxième  et  le  troisième  sont  de 
M.  .Molcsworth  :  le  ijuatrième  est  de  M.  Kibbler  (télescope  de  QU'ISS)  et  le 
f,in(iuième  de  M.  Attkins(  télescope  de  0'",  16).  Ces  deux  dessins  sont  remar- 
quables par  leur  ressemblance  et  par  le  dédoublement  du  Cerbère,  distinct 
sur  l'un,  confus  sur  l'autre,  indiijuant  la  réalité'  foncière  des  configurations 
martiennes.  Mais  quelle  exagération  d'étendue  pour  l'Elysium  !  Le  sixième 
est  de  M.  Molesworth  :  les  trois  points  noirs  de  Syrtis  Major  sont  assez 
curieux:  romarcjuons  aussi  les  régions  claires  de  Xisutbri  et  Deucalion, 
l'Hiddekel.  l'dronte,  l'Eupiii-atc,  le  l'hison,  l'Astu-^ape,  le  Xilo-yrtis  et  le 
Nasamiui. 


CCLXV.  —  .losnPH  Gledhii.l.  Obsehvatioxs  f.utks  a  Haluax  (')• 

M.  (iledhill  a  poursuivi  ses  observations  faites  à  l'Observatoire  Crossley,  à 
l'aide  de  l'equatorial  (A)oke  de  9  pouces  (0"',23)  muni  de  grossissements 
de  240  et  330. 

Les  observations  sont  des  11,  13,  17  février,  12,  Iti.  21,  25,  26,28,  31  mars, 
1,  10.  11,  13.  23.  25,  26  et  30  avril.  Voici  les  principales.  Dans  ses  descrip- 
tions, l'auteur  continue  d'employer  la  nomenclature  de  la  Carte  de  Green. 

1 1  février.  —  La  mer  Kaiser  est  centrale  et  forme  une  image  remarquable.  Sou 

extrémité  nord,  qui  joint  l'ouest  de  Nasmyth  Inlet  n'a  pas  été  vue.  Nasmyth  Iiilet 

et  la  mer  Lassell  bien  marquées.  I^a  mer  Knobcl,  foncée,  est  au  bord  oriental.  Le 

cap  polaire  boréal  saute  aux  yeux.  Le  continent  Béer  présente  une  belle  couleur 

;  rouge.  Pas  de  canaux,  ni  détails. 

17  février.  —  Mêmes  aspects  que  le  1 1,  avec  la  différence  que  le  continent  Béer 
ne  présente  pas  sa  belle  couleur  chaude. 

11  mars.  —  Mer  Knobel  sombre  ei  marquée.  La  bande  courbe  des  mers  autoiu' 
'  du  pôle  sud  parait  verdàtre. 

'       H'i  niars.  —  La  baie  fourchue  de  Dawes  et  la  baie  Burlon  sont  foncées,  couune 

,  d'habitude.  Le  bord  occidental  est  beaucoup  plus  brillant  que  l'ciriental.  La  nier 

•  Kiiobel,  à  l'est  du  méridien  central,  s'étend  presque  du  pule  n^rd  ù  l'équatenr. 

Llle  a  été,  pendant  toute  cette  opposition,  l'une   des  configurations   les  plus 

marquées  du  dis(|uc. 

-.'1  mars.  —  Le  bord  occidental  est  très  brillant,  presque  autant  que  le  cap 
polaire  nord;  cette  blancheur  s'étend  jnsipi'à  un  cinquième  du  rayon.  Le  bord 
oriental  l'est  bei(«t;oup  moins.  Le  bord  nord  du  détroit  d'IIerschel  II  est  foncé. 

(')  Monthlij  .\utices  o(  Ihe.  Hoyal  ustroiiuiiiical  Socieli/,  juin  11*01. 


GI.HDIIII.I..    -     OBï^ERVArKtNS  PAlïlîS  A  HALIFAX.  y:>3 

La  fine  ligne  joignant  l'extri'inito  boriéale  de  la  mer  Kaiser  à  lexlrémilé  ouest  de 
Nasmyth  Inlct  a  été  aperçue  par  moments.  IjC  continent  Ueer  est  d'une  couleur 
rouge  uniforme.  Pas  de  détail  sur  ce  continent. 

?6  mars.  —  La  ditToreiice  d'éclat  entre  le  limbe  précéilent  et  le  limbe  suivant 
est  moins  marquée  que  le  ;'!. 

08  mars.  —  Le  bras  de  la  mer  Delambre  se  voit  Iden  au  iionl  de  la  mer  Kaiser. 
Le  limbe  précédent  est  brillant,  le  suivant  moins. 

:U  mars.  —  Même  différence  ciure  les  deu.\  bords.  La  terre  de  l-"ontana,  la  mer 
C'udemans,  la  mer  Delambre  bien  visibles. 

I"  avril.  —  La  blancbeur  du  l>ord  précédent  s'étend  jusqu'au  cinquième  du 
rayon.  Terre  de  Fontana  au  centre,  ronde  et  blanche. 

"..'o  avril.  —  La  mer  KiKdjel,  sombre,  s'étend  depuis  le  cap  iiolairo  boréal 
jusqu'au  centre  du  disque.  La  baie  fourchue  est  bien  mai'quée. 

2ti  avril.  —  La  bande  verdàtre  des  mers  et  des  terres  au  nord  du  pôle  sud  frappe 
l'attention.  La  baie  fourcliuc  est  foncée. 

:-iO  avril.  —  La  mer  Ivaisor  est  au  méridien  central.  La  mer  Delambre  et  la 
terre  Lockyer  se  voient  bien.  La  mer  Flanunarion  est  très  foU'^ée  et  on  la  dis- 
tingue jusqu'au  b  jrd  précédent.  L'océan  Lawes  s'étend  presque  jusqu'au  bord 
suivant. 

NdU.s  voyons  que,  d;ms  ces  observations,  l'une  des  remarques  faites  le 
plus  souvent  a  ete  la  ililî'erence  de  ton  entre  le  bord  pi-écédent  et  le  bord 
suivaut,  le  premier  s'etant  pi-esijue  toujours  montré  beaucoup  plus  blanc, 
plus  luniineu.x.  Or.  le  bord  précédent,  dans  tout  dis([ue  planétaire,  celui 
qui  passe  le  premiei-  dans  le  champ  de  la  lunette  astronomique,  est  le  bord 
occidental,  le  mouvement  apparent  du  ciel  s'elTectuant  île  l'F-sl  vers  l'Ouest. 
C'est  le  bord  droit  si  Tiniaye  n'est  pas  renversi'c,  !■{.  le  iioril  .uaudie  si  l'image 
est  renversée,  coumie  dans  tous  les  réfracteurs.  D'autre  part,  le  mouve- 
ment de  rotation  de  la  planète  s'effectue  de  la  droite  vers  la  gauche  pour  les 
mêmes  instruments.  Le  boni  précédent  est  donc  le  méridien  qui  arrive  au 
soir,  qui  a  reçu  le  soleil  toute  la  journée.  C'est  ce  liord-1'i  qui  est  le  plus 
brillant.  Si  c'était  le  contraire,  nous  pourrions  penser  que.  scu-tant  du  froid 
de  la  nuit,  cette  région  est  couverte  de  ,gelée  Idanche.  Mais  teUe  n'est  pas 
l'explication.  Le  21  mars  et  le  1'"'  avril,  la  blancheiu-  a  été  observée  jusciu'à 
tuie  distance  du  bord  ég.ile  au  tiers  du  rayon  ilu  disipie.  Dans  le  premier 
cas,  la  mer  du  Salilier  est  au  méridien  central,  et,  dans  le  second  cas,  c  est 
l'Elysium.  Ce  sont  donc  des  régions  toutes  ditr.'rentes  qui  ari-ivaient  au  soir 
dans  les  deux  circonstances. 

On  pourrait  penser  à  la  poussière  du  jour  et  au\  vapeurs  élevées  par  la 
chaleur  solaire. 

Ce  fait  d'une  plus  grande  luminosité  des  contrées  occidentales  est  en 


LA   PLANETE   MARS. 


1901 


désaccord  avec  la  throrie  de  la  basse  température  exposée  plus  haut  par 
Matthieu  Williams  (p.  lGO-169). 

Reuiarquons  que  ces  contrées  occidentales,  vues  de  la  Terre,  sont  orien- 
tales pour  la  planète.  Un  planisphère  martien  qui  a  le  sud  en  haut  a 
l'est  à  gauche  et  l'ouest  à  droite.  Un  point  est  à  l'orient  d'un  autre,  quand 
il  {)asse  au  méridien  avant  lui  :  Vienne  est  à  l'orient  de  Paris  et  passe  au 
méridien  avant  lui.  Quand  il  est  midi  à  Paris  il  est  l""  à  Vienne.  2''  à  l'isthme 
de  Suez,  'i^  à  Téhéran,  4*"  à  Boukhara,  S""  à  Madras,  G""  à  Calcutta.  C'est  sur 
ces  derniers  méridiens  que  la  blancheur  est  plus  forte  à  la  surface  de  Mars. 
Ils  ont  reçu  toute  la  chaleur  du  jour. 

Dans  la  théorie  générale  de  la  gelée  blanche  développée  plus  haut,  c'est 
sur  les  régions  qui  sortent  les  premières  de  la  nuit  que  la  blancheur  devait 
être  la  plus  marquée;  c'est-à-dire,  par  exemple,  sur  la  France  relativement 
à  l'Asie.  Quand  il  est  6''  du  matin  à  Paris,  il  est  midi  à  Calcutta.  Or,  c'est  le 
contraire  qu'on  observe.  Ce  n'est  pas  sur  les  méridiens  éijuivalents  à 
ceux  de  la  France  que  la  blancheur  est  plus  intense,  mais  sur  ceux  de 
l'extrême  Orient. 

Toutefois,  nous  avons  remar(jué  au  Tome  I  (p.  ô\d)  que  le  limbe  oriental 
du  disque  a  été  observé  plus  clair  que  l'occidental. 


CCL.WI. 


l;Éo  BnENXEU.  Observations  faites  a  Lussinpiccolo  iIstriei 


M.  Léo  Breiiner  a  publié  dans  Astroiwmischc  Runilschau.  n"  36  (juin  1902) 
ses  observations  de  Mars  faites  à  Manora-.'^tei-nwarte.  dans  l'île  de  Lussin- 


Fig.  .368-309.  —  Obsci-vations  de  .M.  Léo  Bren-Ner,  en  iai)0-1901,  à  Lussinpiccolo. 


COLOM-L  Dlil.AUNEV. 


LN1-:  KXi'i.icArioN  i)i:s  canaix. 


piccolo,  peiulant  l'oppoiriition  de  1000-1901.  l^es  observations  s'iMcndeut  du 
■26  décembre  au  "21  avril  et  continuent  celles  du  uirnie  observateur  publiées 
plus  baut.  Huit  dessins  acconipatrnent  cette  relation.  Nous  eu  reproduisons 


Kig   o;i)-:j7l.—  Observations  de  M.  Léo  Brknner,  en  t900-19u1,à  Liussinpicrolo. 

quatre  ici,  ceux  des  -26  décembre  (long.  =  lO.î"),  14  février  (long.  =  295°), 
22  février  (long.  196")  et  12  mars  (long.  =  30").  Ce  qui  frappe  dans  ces 
crotiuis,  c'est  la  largeur  des  canau.x.  Il  y  a  dans  tous  ces  dessins  une  e.xage- 
raliou  singulière-.  'N'raiment,  chacun  a  ses  yeu.\,  chacun  a  son  cerveau,  et 
chacun  a  sa  main. 


CCLXVII 


Colonel  Ijelalney.   Une  explication  des  canaux  ('). 


(Jn  a  émis  diverses'suppositions  à  l'égard  des  canaux  de  la  planète  Mars.  Soiit-ce 
des  cours  d'eau,  de  la  végétation  ou  de  simples  illusions  d'optique?  Ces 
diverses  hypothèses  expliquent  bien  difficilement  les  curieuses  particularités 
que  les  canaux  olïrent  à  'observation. 

Ces  canaux  peuvent  paraître  siin|iles  pendant  plusieurs  mois,  ensuite  doubles, 
et  de  nouveau  simples;  un  canal  peut  paraître  simple  sur  une  partie  de  sou  par- 
cours et  dédouldé  sur  l'autre:  nue  ligne  se  dédouble,  tandis  que  sa  voisine  reste 
simple. 

Comment  pouvons-nous  ex[iliquer  les  changements  de  position  des  canaux, 
changements  qui  ont  lieu  dans  des  limites  assez  étroites,  mais  qui  cependant 
sont  encore  sensibles  à  nos  moyens  d'observation  '  Va  les  géminations  qiù  sont 

(')  Société  ustronomiqxe  de  France,  1901,  [>.  4iô. 


556 


LA    PLANÈTK   MAKS. 


191)1 


'/>:,■;'/' 


^'/'V^v-^;  ri  V  ;>:/;-:  V 


Fig.  37':!. 
Sfotiim  cl'uj]  canal  et  Je  sa  brume. 


courtes  et  larges  (ians  les  espaces  appelés  lacs  et  qui  peuvent   prendre  des    di- 
reetions  très  dillërentes? 

L'iiypothèse  que  nous  allons  formuler  n'a  pas  la  prétention  de  donner  la  raison 
de  tous  les  phénomènes  qu'on  observe  sur  Mars;  néanmoins,  elle  aura  l'avantage 

de  fournir  peut-être  une  explication  simple 
des  plus  importants  d'entre  eux  et,  on  parti- 
culier, de  la  gémination,  qui  est  de  beaucoup 
le  plus  énigmatique. 

Elle  consiste  à  dire  que  ce  que  nous  voyons 
sur  Mars  ne  se  passe  pas  à  sa  surface  solide, 
mais  bien  dans  son  atmosphère. 

Les  mers  et  les  canaux  liquides  de  la 
planète  seraient  recouverts  de  brumes 
persistantes  et  variables  d'intensité, 
dont  les  déformations,  variables  elles- 
mêmes,  donneraient  lieu  aux  phénomènes  extraordinaires  qui  sont  offerts  à 
notre  observation. 

Nous  ne  verrions  ni  les  mers,  ni  les  canaux  réels,  mais  seulement  les  humides 
écrans  qui  les  recouvrent  en  exagérant  leurs  dimensio'ns  et  en  diversifiant  leurs 
formes.  Et  l'on  ne  saurait  méconnaitre  que  les  transformations  qui  nous  appa- 
raissent ont  bien  le  caractère  instable  et  changeant  de  niasses  brumeuses, 
sensibles  aux  influences  extérieures. 

La  brume,  du  reste,  ne  semble  pas  chose  étrangère  à  la  planète;  dans  la  se- 
conde moitié  de  novembre  IS!»;,  notamment,  le  pide 
nord  se  montra,  sur  un  rayon  de  30",  entoure  d'une 
vaste  étendue  de  brouillards. 

L'hypothèse  de  brumes  persistantes  au-dessus  des 
mers  et  des  canaux  peut  se  justifier  par  diverses  cir- 
constances :  la  légèreté  de  l'atmosphère  ayant  ]iour 
effet  de  favoriser  l'évaporation  ;  ou  bien  encoi-e  la 
température  (devée  de  la  surface  solide  de  la  pla- 
nète, température  produisant  l'ébullition  du  liquide; 
enfin,  il  se  peut  que  le  liquide  régnant  sur 
Mars  ne  soit  pas  de  l'eau  et  soit  lieaucoup 
plus  volatil. 

Nous  nous  bornerons  4  appliquer  lujtre 
hypothèse  A,  l'explication  des  phénomènes 
suivants  : 

1°  On  s'est  étonné  de  la  grande  largeur  des  canaux  de  Mars,  largeur  attei- 
gnant plusieurs  centaines  de  kilomètres.  De  pareils  canaux  sont  totalement  in- 
connus sur-  notre  globe. 

Cet  étonneinent  dis[iarait  avec  notre  hypothèse. 

C'est  la  brume  seule  qui  a  de  grandes  dimensions  et  qui  correspond  à  des  ca- 


Kig.  373.  —  Brume  d'un  can:il 
vue  Dormalemonl  (  .\  Bl 
ut  à  trente  degrés  (A  C). 


COl.OM-l.  DKI.MNKV. 


UNK  KXl'I.h.MlON   l>KS  CANAUX. 


naiix  do  lai-!,'eur  iiioninparablemeiit  plus  faible.  Ainsi  les  choses  peuvent  se 
passer  cumme  le  inmitre  la  ligure  '^'r2,  qui  représente  une  section  du  canal  et  île 
la  brume  correspondante:  c  est  le  canal  et  I!  est  la  l>rume.  Le  (leuve  de  la  ville 
de  Londres,  la  Tamise,  donne  un  exemple  de  cette  disproportion  lorsqu'elle  se 
met  à  dégager  des  brouillards  qui  s'étendent  bien  au  delîi  de  ses  rives.  Il  en  est 
de  même  quelquefois  de  la  Manche,  dont  les  bi'umes  envahissent  le 
littoral  A  de  grandes  distances. 

vî"  Ou  a  cru  observer  que  les  mers  et  les  canaux  martiens 
étaient  d'autant  plus  accusés  ((ue  l'action  solaire  se  faisait        /--     '       n, 
sentir  davantage  dans  rhémisidière  auquel  ils  apparlien-        o 
nent.  Ce  phénomène  s'expliquerait  naturellement  avec 
notre  hj-puthèse,  puisque  le  surcroit  de  chaleur  solaire 
a    pour  effet  de   fournir  à   riiéinisphère    une 
plus  grande  quantité  <le  liquide  provenant  de 
la  fusion  des  neiges  polaires  et.  de  plus,  de 
favoriser  l'évaporatiim  des  canaux  et  des  mers. 
Les  brumes  qui  en  résultent  doivent  être  plus 
denses  et  plus  volumineuses. 

3°  On  a  observé  que  des  canaux,  tels  que  le  Titan,  par  exemple,  se  montrent 
moins  larges  en  passant  par  le  méridien  tourné  vers  notre  o>ilqu';\  trente  degrés 
en  deçà  ou  au  delà.  Et  ce  fait  a  semblé  au  plus  haut  point  extraordinaire. 

Mais,  avec  l'hypothèse  de  la  brume,  l'explication  est  des  plus  sinq)les.  La  brume 
que  nous  voyons  peut  fort  luen  avoir  plus  de  hauteur  que  de  largeur.  En  ce 
cas,  lorsqu'elle  vient  à  passer  par  le  méridien  tcjurné  vers  nous,  elle  ne  nous 
présente  que  sa  largeur,  tandis  .     qu'à  'M)"   en  deçà  ou   au   delà,  nous  la 

voyons   surtout   sur  /ii-Si-^    sa  hauteur.  Dans  le  premier  cas,   elle 

paraît  avoir  la  largeur  Ah  {fuj.  lui)  et  dans  le 

"-n^  second    la    lari;eur  AC,  qui   est  plus  considérable. 

4°  Nous  expliquons  la  géinination  par  un  accroissement 

se    produisant    tlans    la    masse   brumeuse.   Ou    a.  en    etl'et, 

^,  )  observé  que  peu  avant  qu'un  canal  se 


Aie/a  'te  Is  rvUUon  de  U  loUnrfe . 

Fig.  374. 
rrilloxion  (le  la  liruinp  d'un  canal. 


'^■•■i-iy^j^ 


Fig.  37:,. 
Sectionnement  de  la  brume  ou  gOmination, 


dédouble  il  prend  une  teinte  plus  fon- 
cée. Or,  si  la  brume  d'un  canal  vient  à 
s'accroitre  pour  une  cause  quelcoui|ue, 
qu'advieudra-f-il'  ("est  (jue  cette  masse 
tendra  à  se  développer  et  horizontalement  et  verticalement.  Mais  il  esta  remar- 
quer que.  si  la  masse  vient  à  s'élever.  les  particules  qui  la  conqiosent  ne  |)our- 
ront  se  mouvoir  suivant  la  verticale,  puisqu'elles  n'auront  que  la  vitesse  de  rota- 
tion de  la  surface  solide  de  la  planète,  surface  d'où  elles  proviennent.  Faute  d'un 
surcroît  de  vitesse,  toutes  ces  particules  devront  donc  s'infléchir  au  fur  et  à 
mesure  de  leur  ascension,  et  la  masse  brumeuse  sera  déformée  et  inclinée  dans 
le  sens  opposé  au  mouvement  de  rotation  de  la  planète.  Un  canal,  dont  la  direc- 
tion générale  ferait  un  certain  angle  avec  celle  de  l'équateur  et  des  parallèles. 


558  LA   PLANÈTE   MAIiS.  •  |'J(l| 

devra  (idiic  founiir  une  hrniue  dont  la  section  affectera  la  foi'ine  lionnée  par  la 
ligure  ;!7'i. 

(tv.  le  retard  des  parliculi'S  de  l'extrémité  sup'-rieure  de  la  brume  sur  celles 
inf(''rieures  ne  pourra  qu'augmenter  avec  le  temps:  il  en  résultera  un  étirement 
de  la  brume  et,  en  définitive,  un  sectiounenient  inévitable.  Et  alors,  au  lieu  d'une 
seule  ligne  brumeuse,  il  y  en  aura  deux  qui  se  montreront  sensiblement  paral- 
lèles. La  figure  375  représente  une  brume  ainsi  géminée;  l'une  des  parties.  A, 
demeure  en  contact  avec  le  canal  ;  l'autre,  B,  en  est  complètement  détachée.  Cette 
seconde  bi'iime  B,  livrée  h  elle-même  et  ne  pouvant  se  renouveler  à  l'aide  du 
liquide  du  canal,  est  évidemment  appelée  à  se  dissoudre  dans  l'atmosplière  am- 
biante. Lorsi[ue  ce  moment  sera  venu,  A  sulisistera  seule  et  la  gémination  aura 
disparu.  Mais  il  est  clair  que  A  pourra  se  sectionner  de  nouveau  et  c'est  ainsi 
que  peut  être  expliquée  la  succession  des  canaux  tantôt  simples,  tantôt  doubles. 

h"  M.  Schiaparelli  a  signalé  que  le  grand  canal  l'jUplirate-Arnon-Kison  lui  avait 
paru  se  géminer  en  deux  parties  qui  n'étaient  pas  [larallèles.  Ce  canal,  qui 
s'étend  sensiblement  le  long  il'un  méridien,  avait  ses  deux  brandies  plus  dis- 
tantes l'une  de  l'autre  à  l'équateur  que  dans  le  voisinage  du  pôle. 

Cette  observation  est  une  vérificutioa  éclatante  de  notre  théi>rie.  Il  est  évident, 
en  effet,  que,  par  suite  de  la  diminution  delà  vitesse  de  rotation  à  la  surface  de  la 
planète,  quand  ou  va  de  l'équ.iteur  vers  le  jiôle,  l'exlrémité  supérieure  de  la 
brunie  d'un  canal,  dirigé  suivant  un  méridien,  devra  rester  do  moins  en  nndns 
en  arrière  à  mesure  que  la  latitmie  sera  plus  considérable.  C'est  à  l'équateur  que 
le  retard  sera  le  plus  grand  et  il  serait  nul  au  p<jle  même.  Si  la  brume  vient  à 
se  sectionner,  la  partie  détachée  devra  donc  faire  forcément  un  angle  avec  celle 
restée  eu  place.  Kt  cet  angle  sera  ouvert  vers  l'écpiaieui'. 

b'  M.  Schiaparelli  signale  que  l'intervalle  entre  deux  canaux  géminés  lui  avait 
paru  avoii-  la  couleur  jaune  rougeàtre  du  reste  de  la  planète.  Quelquefois  cepen- 
dant il  a  cru  .apercevoir  une  sorte  de  voile  blanc  entre  les  deux  canaux.  .Si  l'on 
se  reporte  à  la  figure  37."i,  on  veut,  en  ell'et,  qu'un  ray(jii  visuel  engagé  entre  les 
masses  brumeuses  A  et  H  ne  peut  rencontrer  que  la  surface  ordinaire  de  la  pla- 
nète, et  l'observation  de  M.  Schiaparelli  devient  toute  naturelle. 

Quant  au  voile  blanc  quelquefois  observé,  il  iloit  éviileminenl  se  produire  au 
moment  où  la  gémination  prend  naissance,  lorsipie  l'étirage  tend  à  sectionner 
l'extrémité  supérieure  de  la  brume. 

Eii  iii'adressnnt  celli.'  explication,  M.  le  colonel  Delauuey  me  priait  de  la 
discuter.  Cr.  il  semble  bien  (jue,  si  les  lignes  (jne  muis  observons  sur  Mars 
étaient  aliii(ispherii|U(,'s,  elles  iraiiraienl  pas  la  régularile  loute  géonié- 
lrii|ne  i[ii'elles  nous  présentent  :  les  courants  aériens  inévitables  devitiieiit 
les  disloquer,  les  curnbanuer,  les  niodilier  irrégulièronient.  Le  probléini; 
ne  paraît  pas  encore  résolu  par  cette  ingénieuse  iiypothése. 


kann.  -  MARS,  M(iM)i-;  (>i;KANi(,)i:i-:  A  i.Ki'ogn-;  iioni.i.Kiu:. 


(JCL.WIII.   —   I,.    KaW.   M.MiS,   MOxnE   OCKANIQUE    a    l'époque    HOL'II-I.ÈnE  (  i  ). 

I/auteur  comiucnco  par  poser  eu  principe  que  Mars  est  uu  luoiuie  jjIus  jeiiue 
que  la  Terre  et  qu'il  est  recouvert  d'un  nci-nnsur  toute  sa  surface.  Il  eu  résulte 
qu'il  rè!,nieuu  climat  océanique  et  une  teuipératnre  modérée  sur  toute  la  planète, 
ni  trop  froide  en  hiver,  ni  tro[i  chaude  en  été,  sans  chaleur  excessive  aux  tro- 
piques, ni  froid  rigoureux  aux  ri'gions  polaires,  dont  la  calotte  de  neige  fond 
presque  entièrement  en  été,  Quant  à  l'atuiosphère,  il  paraît  très  prohable  qu'elle 
est  formée  des  mêmes  gaz  que  celle  de  notre  terre,  mélangés  dans  la  même  jiro- 
porlion,  mais  raréfi<>s  à  peu  près  comme  sur  nos  montagnes  élevées,  avec  plus 
de  vapeur  d'eau.  Cette  moindre  densité  de  l'air  doit  avoir  pour  Mars  le  même 
effet  que  celui  que  nous  constatons  sur  nos  montagnes  :  c'est  d'absorber  très  peu 
les  rayons  solaires.  Comme  conséquence,  la  planète  doit  posséder  une  plus 
grande  quantité  de  chaleur  que  no  le  ferait  supposer  son  élcogncment  du   Soleil. 

La  ténuité  et  l'inler.sité  plus  grande  des  i-a\  ons  solaires  auront  encore  un  autre 
effet,  c'est  d'empocher  la  formation  de  nuages  pendant  le  .jour,  mais,  après  le 
coucher  du  soleil,  la  température  baissera,  des  brouillards  a()paraitr'int  et  des 
nuages  se  formeront,  qui  se  trahiront  pour  l'observateur  terrestre  par  des  projec- 
tions lumineuses  près  du  terminateur.  Bien  souvent  l'Océan  martien  sera  arrosé 
par  ces  nuages  d'une  pluie  abondante,  laquelle  se  chan.gera  en  neige  dans  la  nuit 
hivernale  qui  enveloppe  les  régions  polaires. 

L'atmosphère  de  Mars,  n'étant  ni  <'chaulfée  ni  refroidie  par  le  rayonnement 
d'aucun  continent,  reste  tini|ours  calme;  les  tempêtes  et  même  les  vents  so.it 
inconnus  sur  la  planète.  Naturellement,  l'i  icéan  martien,  bien  loin  d'être  agité 
comme  ceux  de  la  Terre,  s'étendra  lisse  comme  un  miroir,  et  il  se  formera  une 
végétation  d'algues  (algues  unicellaires  gcdatineusesi,  qui,  on  se  développant' 
recouvrira  toute  sa  surface  comme  un  tapis.  Les  régions  de  l'Océan  martien  (pii 
sont  ainsi  recouvertes  par  une  végétation  unie  et  épaisse,  montreront,  vues  de 
la  Terre,  une  couleur  rouge  jaunâtre  :  ce  sont  les  prétendus  continents. 

La  température  des  différentes  régions  de  l'Océan  martien  sera  réglée  par  des 
Courants  maritimes,  qui,  n'étant  détournés  par  aucun  obstacle,  se  dirigeront  tout 
droit  à  leur  but  et,  en  enlevant  les  algues  dans  leur  parcours,  dessineront  des 
canav.x  e/a/is  /a  couverture  véijètale.  A  l'endroit  où  des  courants,  eu  arrivant  à 
leur  but,  s'élargissent  et  à  celui  oi'i  des  courants  a  leur  origine  ne  sou:  pas  encore 
rétrécis,  la  surface  de  l'Océan  sera  agitée  sur  une  grande  étendue,  et  la  couver- 
ture végétale  sera  désagrégée  ou  éloignée  plus  ou  moins,  en  jiroportion  de  l'in- 
tensité du  mouvement;  les  taches  sombres,  qui  eu  ré^ulteront,  seront  les  ])réteu- 
dues  mers.  Les  régions  non  agitées  dans  rintérieurde  ces  coui-ants  élargis  garde- 
ront leur  couverture  végétale  :  ce  sont  les  ile.<.  Tout  autour  des  |ioints  où  deux 

(')  .Vciie  Tlieorie  iiber  die  Entstetiung  der  .'<teinlioltten  uml  Lo.'iuitij  <te.<  .Mars:  — 
A'.i(.<eis,  von  Ludwig  Kann.  Heidelberg,  1901. 


ÔGO  I>A    PLANÈTE   MAKS.  1901 

courants  se  cruiseiit,  la  iT)uvei-ture  vég'étalo  est  plus  uu  moins  enlevée  et  les 
taches  ohscuri's  qui  en  résultent  sont  les  prétendus  lacs,  l-es  lacs  étant  naturel- 
jenicut  le  siç<.'i'  d'un  nouveau  mélange  d'eau,  deviennent  pai'  cela  même  des  points 
radiants  de  nouveaux  canaux  et  de  compensation  pour  l'eau  de  différente  densité. 

Lors  de  la  fonte  des  neiges  aux  régions  polaires,  on  voit  a|)paraitre,  à  côté  des 
C(Uirants,  des  contre-courants,  et  l'on  a  nommé  ce  phénomène  la  géminalion 
i/çs  ca?iau.v.  La  l)ande  claire  entre  les  canaux  géminés  est  constituée  par  de  l'eau 
non  mouvementée  qui  a  conservé  sa  couverture  végétale.  Les  géminations  des 
lacs  et  des  mers  s'expliquent  de  manière  semblable.  Les  mers  n'étant  autre  chose 
que  des  courants  élargis  et  diffus,  on  conçoit  que  dans  le  cas  d'un  contre-courant 
de  même  nature  la  région  non  mouvementée  entre  les  deux  courants  conserve 
sa  couverture  végétale  et  apparaisse  par  sa  couleur  comme  de  la  terre  ferme. 

Enfin,  les  changements  si  continuels  et  si  variés  que  montre,  au  grand  éton- 
nement  des  observateurs,  la  planète  Mars,  et  qui  défiaient  jusqu'à  présent  toute 
tbé(irii\  s'expliquent  tout  naturellement  de  la  même  manière  par  la  plus  ou 
moins  grande  densité  de  la  couverture  végétale  de  l'Océan  martien.  Ainsi,  ou 
conçoit  que  les  canaux  ne  se  voient  jamais  tous  en  même  temps  et  apparaissent 
et  disparaissent  selon  la  saison,  car  les  courant'*  marins  se  chargent  de  l'échange 
de  l'eau  froide  et  de  l'eau  chaude,  de  l'eau  salée  et  de  l'eau  douce,  et  ne  se 
manifestent  que  dans  les  régions  oij  se  produisent  des  différences  de  densité.  Ces 
différences  dans  la  constitution  de  l'eau  ne  se  montreront  jamais  partout  en 
même  temps;  c'est  tout  ]iarticulièrement  l'iiillueuce  de  la  neige  polaire  fondantes 
qui  se  fera  sentir,  en  refroidissant  et  adoucissant  l'eau  de  ces  régions.  C'est 
alors  qu'il  y  aura  entre  les  régions  tropicales  et  les  régions  polaires,  qui  sont 
entrées  dans  leur  ju-intemps.  l'échange  d'eau  le  pUis  énergique,  et  les  courants 
qui  se  chargent  de  cette  besogne,  en  écartant  dans  leur  chemin  le  tapis  végétal, 
seront  visibles  de  la  Terre  s'ils  ont  une  largeur  suffisante.  Dès  que  le  courant 
cesse,  le  tapis  végétal  se  rejoint  et  le  canal  devient  invisil)le. 

Ijes  mêmes  phénomènes  niétéorologiques  se  renouvelant  chaque  année,  on 
conçoit  qu'en  général  les  mêmes  canaux  reparaissent  toujours  de  nouveau;  mais, 
comme  sur  notre  terre,  il  y  aiu'a  sur  Mars  des  variations  climatologiques  entre 
les  ditTérentes  années;  il  y  aura,  en  outre,  des  périodesd'années  où  les  courants 
marins,  qui  en  subissent  l'inliuence,  changeront  leur  directiim,  ou  ue  reparaî- 
tront pas,  tandis  (|ue  de  nouveaux  courants  surgiront,  et  voili\  l'explication  des 
changements  miraculeux  dans  la  direction  des  canaux. 

Les  régions  |)olaires  de  Mars  se  couvrent  de  neige  en  hiver,  sur  une  grande 
étendue,  et,  par  le  fait  que  les  taches  foncées  se  colorent  également  en  blanc,  il 
est  démontré  que  l'Océan  martien  gèle  en  hiver  dans  ces  [jarages.  L'eau  pro- 
venant de  l;i  roiit(^  des  neiges  polaires,  avant  de  s'être  réunie  en  courants,  agite 
l'Océan  martien  tout  autour  des  pèles,  et  la  couverture  végétale  peu  dense  des 
prétendues  mers  est  encore  plus  ramollie  et  même  écartée  plus  ou  moins,  ce  qui 
donne  naissance  à,  l'obscurcissement  des  mers;  mais  la  végétation  plus  dense 
qui   représente  h's  iles  et  la  terre  ferme  environnante  est   également  souvent 


L.  KANN.    -   MAHS.   MONDI'   OCÉANIQUE  A  LÉPOQrK  KOlUI.Ll'Ki:.        :;()l 

ramollie  ou  écartfie:  alors  la  terre  paraît  se  chauger  en  mer.  Après  la  concen- 
tration et  le  départ  des  courants,  l'océan  se  calme  peu  à  peu,  se  couvre  de  nou- 
veau de  végétation,  et  connue  par  enchantement  les  terres  disparues  repa- 
raissent de  nouveau,  les  mors  prennent  un  ton  plus  clair  et  paraissiuU  même 
se  changer  partiellement  en  terres. 

Ainsi,  tous  les  changements  si  variés  observés  sur  la  planète  Mai's.  ipii  ont 
frappé  les  astronomes  et  ont  paru  tout  à  l'ait  inexplicables,  proviennent  sans 
exception  de  la  densité  pins  ou  moins  grande  de  la  couverture  végétale  de 
l'Océan  martien.  Les  régions  de  l'océan  recouvrant  la  planète  Mars,  qui  par 
l'influence  de  courants  intenses  sont  libres  de  toute  végétation,  apparaissent 
comme  les  plus  foncées  et  en  l'onséipuMirr  il  se  conçoit  i[ne  la  noiri-cnr  ne  soit 
pas  une  qualité  constante  d'une  mer.  mais  (|uc.  tout  au  contraire,  une  mer  très 
obscure  peut  devenir  plus  claire  et  une  autre  s'assombrir,  suivant  que  l'océan 
est  plus  on  moins  agité  en  tel  ou  ti'l  point.  Entre  un  mouvement  très  vif  et  une 
tranquillité  absolue  il  y  a  une  longue  série  de  gradations;  c'est  la  cause  de  la 
grande  variété  de  ton  et  de  couleur  des  mers  et  du  phénomène  de  la  métamor- 
phose des  terres  en  mers,  dont  l'exemple  le  plus  saillant  a  été  offert  par  la  mer 
du  Sablier  envahissant  \a  Libye.  Les  di-rouvertes  surprenantes  de  l't^ibserv.itoire 
Lowell  en  Amérique  de  canaux  traversant  les  mers,  qui  ont  conduit  Lowell  à 
nier  l'existence  de  mers  sur  Mars  et  à  regarder  les  taches  obscures  comme  des 
plaines  culti\ées,  s'expliquent  également  sans  difticultés  d'après  cette  théorie. 
Les  prétendues  mers  étant  des  régions  pins  ou  moins  agitées  de  l'Ûcéan  martien 
et  plus  ou  moins  recouvertes  d'une  végétation  rare,  il  est  clair  que  les  courants 
concentrés  (les  canaux)  peuvent  s'y  dessiner  en  écartant  toute  végétation,  de 
même  que  dans  la  couverture  plus  dense  des  prétendus  continents,  seulement 
beaucoup  moins  distinctement,  et  le  fait  que  l'Océan  martien  est  rarement  dénué 
de  toute  végétation  explique  également  l'observation  de  Lowell  que  la  lumière 
réfléchie  des  mers  de  Mars  n'est  pas  polarisée.  On^nt  aux  ponts  dans  les  mers, 
ce  sont  les  intervalles  d'eau  calme  entre  deux  contre-courants  concentrés. 

■Voilà  donc  les  conditions  qui  régnent  actuellement  sur  la  planète  Mars,  et  voilà 
les  événements  qui  s'y  déroulent,  et,  comme  cette  «  Nouvolle  théorie  sur  le 
mode  de  formation  de  la  houille  »  nous  enseigne  qu'à  répoi[ue  carbonifère  la 
Terre  se  trouvait  dans  les  mêmes  conditions,  nous  pouvons  en  déduire  que  Mars 
est  à  présent  dans  la  même  période  d'évolution  que  la  Terre  à  l'épiique  carbo- 
nifère; ou  en  d'autres  mots,  que  Mars  se  trouve  maintenant  dans  son  éi)oque 
carbonifère.  L'observateur  qui  étudie  au  télescope  voit  donc  la  Terre  comme  elle 
était  il  y  a  des  millions  d'années,  non  en  image  morte,  mais  avec  toute  la  vie  qui 
y  régnait  et  avec  les  événements  qui  s'y  dérotdaient  alors.  D'autre  part,  les 
couches  de  l'époque  carbonifère  de  la  Terre  pourront  nous  a]iprendre  maintes 
choses  sur  Mars  que  l'instrument  le  plus  perfectionné  de  l'avenir  ne  nous 
fera  probablement  jamais  voir.  D'abord  il  parait  très  probable  que,  quoique  les 
continents  manquent  sur  Mars,  il  y  existe,  comme  à  l'époque  carbonifère  ter- 
restre, des  iles  et  des  groupes  d'îles  de  grandeurs  diverses,  mais  qui  par  leur 
F.,  IL  i» 


:,(,-!  LA    r-l.ANKTE    MAKS.  1901 

]ietitesse.  ou  parce  qu'ils  se  coiifomlciit  avec  la  couverture  végétale  de  l'océan^ 
se  laisseront  ilistiiiguer  liiflicilemeut  ou  pas  du  tout.  Cepeiidaut,  on  peut  les 
soupçonucr  là  où  la  ueige  reste  plus  longti^uips.  ou  apparaît  plus  tôt,  ou  isolé- 
ment ilans  les  régions  tropicales  {Xi.\  Atlanticu  et  Xi.x  (Jhimpica\.  et  où  les 
canaux,  au  lieu  do  se  diriger  en  ligne  droite,  contournent  une  région  en  courbe, 
ce  qui  paraît  dénoter  un  obstacle  s'opposant  au  courant  direct  (p.  ex.  Eli/Aium). 
D'après  cotte  «  nouvelle  théorie  sur  le  mode  de  formation  de  la  houille  «,  la  Terre 
a  été  couverte  à  l'époque  carbonifère,  comme  la  planète  ^lars  de  nos  jours,  par 
un  océan  peuidé  d'algues.  Dans  les  endroits  à  l'abi-i  des  courants  marias,  surtout 
dans  les  golfes,  fjords,  détroits  et  lacs  des  iles,  cette  couverture  végétale  se 
développa  en  tourbière  tlottautc,  qui  se  couvrit  de  forêts  en  s'élevant  de  plus  en 
plus  au-dessus  du  niveau  de  la  mer.  Peu  à  peu.  la  surface  de  cette  tourbière 
sécha  et  les  arbres  tombant,  au  lieu  de  se  transfiuTuer  en  tourbe,  se  décompo- 
sèrent à  l'air,  et  leurs  résidus  minéraux  formèrent  au-dessus  de  la  tourbe  une 
couche  d'argile,  qui  en  grandissant  de  plus  en  plus,  enfonça  à  la  tin  la  terre 
llottante  sous  l'eau  et  la  fit  couler  au  fond  de  l'océau.  Pendant  i|u'une  nouvelle 
tourbière  se  formait  à  la  surface,  la  vie  microscopique  de  l'océan  couvrit  de  ses 
déi)Ouilles  siliceuses  l'ancienne  au  fond  de  la  mer.  et  c'est  ainsi  que  dans  le  cours 
de  milliers  de  siècles  se  déposèrent  des  tourbières  les  unes  au-dessus  des 
autres,  séparées  par  des  couches  de  sédiments,  et  c'est  de  ces  tourbières  flottantes, 
superposées  au  fond  de  l'eau,  que  les  couches  de  houille  se  sont  développées. 

Il  nous  est  permis  de  supposer  avec  beaucoup  de  vraisemblance  que,  de  notre 
temps",  la  même  chose  se  passe  sur  Mars,  et  qu'une  grande  partie  des  prétendus 
continents  est  fi.irmée  par  des  tourbières  floltanttin  nées  du  développement  do 
la  couverture  végétale. 

Au  iiremier  abord ,  il  peut  paraître  témé-rnire  de  vouloir  se  faire  une  idée 
des  (irganismes  vivant  sur  un  astre;  mais,  puisi(u'il  y  a  sur  Mars  de  l'eau  et  une 
atmosphère  comme  sur  la  Terre,  il  parait  tout  à  fait  liors  de  doute  qu'il  y  existe 
aussi  des  plantes  et  des  animaux;  en  outre,  les  conditions  sur  ^lars  paraissant 
être  à  peu  pi'ès  les  mêmes  que  sur  la  Terre  à  répo(iue  carbonifère,  on  jieut  sup- 
poser que  les  organismes  aussi  ressemblent  plus  ou  moins  à  ceux  qui  vivaient 
sur  la  Terre  à  cette  époque.  C'est  donc  en  étudiant  les  organismes  si  admirable- 
ment conservés  dans  les  dépôts  de  ces  temps  reculés  que  nous  pourrons  nous 
faire  une  idée  de  la  llori;  et  de  la  faune  vivant  actuellement  sur  Mars,  la  vidr  de 
nos  yeux  et  la  toucher  de  nos  doigts.  Nous  verrons  dans  l'Océan  martien  presque 
tous  les  principaux  types  des  mers  terrestres  d'aujourd'hui,  les  reptiles  et  les 
:mauunirrr(!s  exceptés;  nous  verrons  les  terres  flottantes  couvertes  de  forêts 
épaisses,  composées  principalement  de  calamités  élancées,  de  fougères  arbores- 
centes magailiques  et  d'une  grande  variété  de  formes,  de  fcpidodendrons,  de 
sigillaires  gigantesques,  dont  les  racines  puissantes  et  raniihées  contribueront  à 
consolidci-  la  tourbière.  Au  bord  des  lacs  d'eau  ilouce,  qui  au  udli<'u  des  forêts 
s'êientleni  sur  la  terre  llottante  au-dessus  de  l'Océan,  nous  verrons  s'étaler  la 
vie  animale  ;  des  blattes,  des  scorpions,  dos  myriapodes  et  des  araignées  de 


!..   KANN.  -    MAltS,   MONDK  l)C.(-AMOi:K  A  I.Él'OUlK  Iloni.l.KHlî.         r)03 

forme  ëtrauge  courent  sur  le  sol,  îles  éphémères  et  des  liliellules  superbes  de 
couleur,  et  d'une  irraiidoLir  énorme,  traversent  les  airs.  I.e  Inud  du  lue  est  tout 
("ouvert  de  petites  moules  (  anthracosia  i.  et  dos  poissons  cuirassés  ifraiioïdes)  y 
fout  la  chasse  au.K  larves  d'iuseiHes  et  aux  crustacés  d'iîspèces  diverses.  Tout  ce 
moude  est  noyé  dans  l'éclat  d'une  luniiôrc  éblouissante,  qui  rayonne  d'un  ciel 
sans  nuai;es.  l'as  le  uKundre  souffle,  un  silence  absolu  rè.irno  partout,  l'homme 
a'a  pas  encore  paru:  aucun  maminifère.  ni  aucun  oiseau  n'est  encore  créé  sur  la 
planète  Mars.  Seuls  des  batraciens  cuirassés  l'i  formes  bizarres  (stéirocé|)liales  i 
représentent  les  (piadrupèdcs  sur  la  terre  llottante  et  forment  ici  la  couronne  de 
la  création.  Mais  tiM  ou  tard  une  catastrii|)he  arrivera,  et  celte  terre  heureuse 
{ivec  tout  son  monde  vivant  se  noiera  et  trouvera  son  tombeau  au  fond  de  r()céan, 
puis,  dans  un  avenir  lointain,  l'Homme  apjiaraitra  sur  Mars  et  fera  ressusciter 
la  tourbière  noyée  et  devenue  houille,  [lour  en  cliaulTer  ses  maisons,  s(>s  fa- 
briques et  ses  uiachines. 

Telle  est  la  nouvelle  théorie  de  Mars  [irési'utée  [);ir  le  savant  irileiilidlierg. 
Elle  est  d'une  grande  témérité  el  fort  imprévue,  et  se  heurte  à  plus  d'une 
objection.  On  s'expliquerait  diflicilenient.  entre  autres,  que  si  le  globe  de 
Mars  est  recouvert  d'tin  océan  sur  toute  sou  étendue,  les  courants  niaritimes 
qui  devraient  nécossaireinent  résulter  île  la  ditTéreuce  des  li-uipi-ratures  de 
l'équaleiir  :iu.\  pôles  eussent  pu  jiermetlre  la  formatioii  stable  des  configu- 
rations ([ui,  telles  que  la  mer  du  Salilier,  la  nier  Cimmérienne.  ia  mer  des 
Sirènes,  etc  .  sont  observées  depuis  deu.\  siècles.  Comment  une  couche  su- 
perficielle d'algues  pourrait-elle  rester  aussi  stable  que  le  sont,  dans  leur 
ensemble,  les  continents  ou  réi;ions  claires''  On  peut,  il  est  vi-ai,  donm-r  en 
exemple,  la  mer  îles  Sargasses  de  notre  Océan  .Atlantique;  mais  cette  for- 
mation [laraît  être  et  avoir  toujours  été  une  e.xcepliiiu,  et  il  semhle  que 
d'une  saison  à  l'autre  les  courants  maritimes  devraient  varier  de  direction 
sur  un  i^lobe  jirive  de  continents.  D'autre  part,  comment  les  canaux, 
formés  par  une  roule  de  balayage  des  algues  due  aii.x  cotu-anls  océaniques, 
seraient-ils  reciilîijncs  et  entrecroisés  en  réseau  géométrique 'r"  Tout  cela 
est  bien  régulier  potn-  être  llollant.  Sans  doute,  les  variations  si  considé- 
rables, si  fréquentes,  oliservées  sur  la  planète,  trouvent  là  une  sorte 
d'e.Kplication  qui  n'est  pas  sans  grandeur.  Mais  c'est  peut-èdre  chercher 
bien  loin.  Il  semble  que  la  cause  soit  lioi-s  de  proportion  avec  l'etlèi.  Et  si 
le  climat  de  la  planète  est  celui  de  la  houille  et  des  fougères  arliorescentes 
retrouvées  jusqu'en  Sibérie,  comment  expliquer  les  nei.ses  polaires"?  X 
cette  époque,  la  Terre  ne  les  connaissait  pas.  L'originalité  de  celte  théorie 
et  son  aspect  pittoresque  n'en  intéresseront  pas  moins  nos  lecteurs.  Les 
astronomes  la  discuteront  :  Tradidit  inunduttt  Marlis  disputalioiiibiis  corum. 


■)U4  LA    PLANÈTE    .MAHS.  •     1901 


CCL.MX.  —  Otto  Dnoss.   ^L\RS.  un   monde  en  lutte  pouh   l'existence  ('). 

L'auteur  considère  d'abord  le  problème  de  la  pluralité  des  mondes  habités, 
et  ne  doute  pas  un  instant  qu'il  y  a  d'autres  mondes  d'habitables  que  le 
nôtre.  Puis,  après  avoir  examiné  la  surface  de  Mars  et  sa  nature  physique, 
il  discute  longuement  la  question  des  canaux  et  croit  voir  des  preuves  évi- 
dentes que  le  réseau  canalifoi-me  est  d'origine  artificielle.  Par  d'incessants 
progrès  en  science  et  en  industrie,  les  Martiens  sont  ai-rivés  à  une  civilisa- 
tion très  avancée;  mais  ils  ne  sont  pas  des  dieux  ou  des  géants. 

La  planète  a  peu  d'eau,  et  il  a  fallu  transporter  le  précieux  liquide  loin 
dans  les  steppes.  Voilà  l'idée  première  des  canaux.  Mais  l'imagination  re- 
cule devant  les  dimensions  des  canaux  ;  lÛOO  kilomèti-es  de  i(:ingueur  et 
10  kilomètres  de  largeur!  Cependant  ce  qui  paraît  romanesque  aujourd'hui 
peut  très  bien  être  dans  les  limites  de  la  possibilité  demain.  Les  lacs  inté- 
rieurs sont  autant  de  réservoirs,  naturels  ou  artificiels,  pour  garder  l'eau. 
Les  inondatii.ms  artificielles  doivent  être  fréquentes  sur  cette  planète,  et 
l'auteur  croit  que  les  observations  de  Schiaparelli  en  1883-1884  et  1886,  au 
sud  du  golfe  des  Perles  et  de  l'Aurore,  constituent  un  exemple  frappant  des 
prodigieux  travaux  hydi'auliques  de  nos  voisins  dans  l'espace.  Une  zone  de 
végétation  semble  longer  les  canaux  des  deux  côtés. 

Enfin,  si  les  Martiens  nous  voyaient  construire  nos  petits  canaux,  avec 
les  énormes  difficultés  que  nous  avons  toutes  les  peines  du  monde  à  sur- 
monter, ils  éclateraient  de  rire. 

CC1j.\.\.    —    J.    l'L.\SSM.\NN.    M.VHS    est-il  UN    MONDE    H.\BrrÉ    (-|? 

L'auteur  attire  l'attention  sur  l'analogie  existant  enti'e  les  canau.x  de  Mars 
et  les  rayons  blancs  émergeant  de  Tycho,  Copernic,  Kepler,  Petavius  et 
autres  cirques  à  la  surface  de  notre  satellite.  En  eft'et,  et  les  canaux  de  Mars 
et  ces  rayons  brillants  sont  dirigés  en  arcs  de  grands  cercles  de  la  sphère, 
et  il  est  évident  iiue  les  rayons  lunaires  ne  sont  pas  d'origine  artificielle. 
Nasmyth  et  Carprutrr  les  ont  déjà  depuis  longtemps  explitpu-s  par  une 
dilatation  du  noyau  lunaii'e  qui  aurait  feuilu  l'écorce  en  arcs  de  grands 
cei'cles.  «  M.  Plassmann  pense  avec  raison  que  nous  ne  sommes  [las  encore 
en  m('sure  d'affirmer  quoi  que  ce  soit  sur  les  [ihénomènes  martiens,  et  ijue 

{')  Jl/,-n-.s,  fine  W  ett  un  Kniiiiif  inns  Daseni,  I  vol.  de  t71  pages.  Wien,  Pesl, 
Leipzit;,  t'.iOl. 

(')  Isl  Mars  ein  tiewohriter  l'Ianct,  1  lu-,  rie  :Vi  pages.  Francfort,  lUOl. 


E.   IlOLDEX.   —  LA  VIE  SUR  MAUS  EST-IME  POSSIBLE'  565 

nous  devons  attemlre  avec  patience  l'acniiiinlation,  toujours  croissante, 
des  observations,  ijui,  seules,  pourront  nous  conduire  à  des  déductions 
sures.  »  L'auteur  est  agnosVi(iue  et  «  conclut  iju'ou  ne.  peut  rien  conclure  ». 


CCLXXL  —  Edward  IIoldex.  Senkca  Jones. 
L.\  VIE  SUR  Mars  est-elle  possuile? 

Dans  le  numéro  de  nuirs  1901  d(;  Aie  C/iin-'s  .)I(i;^iizine.  M.  l'Mward  S. 
Holden  a  publie  un  article  sur  ^  VjC  que  nous  savons  de  la  planète  Mars  », 
article  qui  a  dû  être  certainement  très  lu,  et  considéré,  en  général,  comme 
une  exposition  des  vues  des  astronomes  émineuts,  concernant  cette  planète, 
«t,  par  conséijuent,  comme  un  échec  arrivant  à  temps  sur  la  niasse  très 
sensationneUe  de  littérature  i'autaisisle  (jui  a  coulé  en  aiioudance  de  sources 
moins  responsables. 

Pour  le  public,  la  question  suprême  en  ce  qui  concerne  Mars  est  de  savoir 
si  cette  planète  est  propre  ou  iinjiropre  à  soutenir  la  vie  humaine.  C'est  à 
■ce  point  de  vue  que  M.  Holden  traite  son  sujet.  11  arrive  à  la  conclusion  que 
laplanète  est  inhabitée  et  inhabitable  [lour  deux  raisons  excellentes,  sinon 
pour  d'autres  :  premièrement,  parce  que  la  température  de  Mars  est  si 
basse,  (ju'un  homme  tei'restre,  transporté  là  par  miracle,  ■<  se  congèlerait  en 
■solide  dans  un  temps  très  court  »  ;  ensuite,  [lour  la  raison,  tout  aussi  bonne, 
■que  «  dans  tous  les  cas,  il  n'y  a  pas  assez  d'air  (sur  la  planète)  poiu'  sou- 
tenir la  vie  humaine  ». 

Nous  sommes  d'avis,  au  contraire,  que  la  plupart  des  astronomes  sont  loin 
de  risquer  sur  ce  point  des  hypothèses  aussi  tranchées  que  celles  émises 
par  l'auteur  de  l'article.  M.  Seneca  .bines  a  discuté  dans  les  termes  suivants 
les  affirmations  de  M.  Holden  (')  : 

Après  avoir  énumèré  l'origine  de  plusieurs  erreurs  populaires  couceriiant 
Mars,  M.  Holden  arrive  à  la  question  des  calottes  polaires,  et  explique  comnieut 
Sir  William  Herscliel  s'est  confirmé  dans  l'opinion  que  ces  calottes  représentent 
■des  dépots  de  neige.  Herscliel  observa  qu'elles  varient  en  étendue  avec  les 
changements  des  saisons  martiennes,  étant  les  plus  vastes  en  hiver  et  disparais- 
isant,  ou  à  peu  près,  en  été.  H  supposait  qu'elles  fondaieut  en  devenant  de  l'eau. 

«  Cette  explication  était  correcte,  dit  M.  Holden,  pour  les  connaissances  de 
cette  époque.  Nous  connaissons  maintenant  deux  faits  qui  la  rendent  impossible. 
En  premier  lieu,  d'après  tout  ce  que  nous  savons,  la  température  de  Mars  est 
toujours  au-dessous  de  zéro.  L'eau  ne  peut  jamais  se  dégeler  sur  Mars.  Ensuite. 
il  V  a  très  peu  d'eau,  ou  pas  du  tout.  L^es  observations  faites  à  l'Observatoire 

(')  PopuldV  Aslvùiioiay,  mai  1901. 


.".i;iî  LA   l'LANÈTK  MAUS.  1901 

Lick  luit  (iijniiintré  ce  fait  d'une  manière  coucluunte,  et  le  résultat  eu  est  géné- 
ralement accepté. 

»  Cependant,  les  calottes  polaires  existent.  Que  sont-elles?  C'est  ce  que  nous 
ne  savons  pas  encore.  Il  est  très  probable  qu'elles  soient  composées  de  dioxyde 
de  carbone.  Ce  gaz  s'évapore  i  et  devient  invisible)  à  la  température  de  —  T8°,4 
centigrades.  A  une  température  inférieure  à  celle-là,  l'acide  carbonique  se  con- 
dense sous  forme  de  «  neige  »  blanche.  Une  couche  ayant  l'épaisseur  d'un  pouce 
(deux  centimètres  et  demi)  ou  même  moins,  expliquerait  tous  les  phénomènes 
observés.  Cette  interprétation  peut  ne  pas  être  vraie,  mais  .elle  mérite  un  examen 
sérieux.  Qu'elle  soit  exacte  ou  fausse,  il  est  certain  que  les  calottes  polaires  de 
Mars  ne  sont  pas  composées  de  «  neige  i>.  La  neige  est  de  l'eau,  et  il  n'y  a  pas 
d'eau,  à  proprement  parler,  sur  cette  planète.  D'ailleurs,  les  calottes  polaires 
fondent  et  la  température  des  régions  arctii|ues  île  Mars  est  toujours  inférieure  à 
celle  de  la  glaee  fondante.  Eionc  ces  calottes  polaires  ne  sont  pa•^  de  la  neige.  » 

Ces  diverses  assertions  sont  bien  aftirmatives .  remarque  très  justement 
M.  Seneca  .Tones.  Elles  ne  le  seraient  pas  davantage  si  l'auteur  avait  été  réelle- 
ment sur  Mars  et  avait  pu  trancher  la  question  par  une  inspection  pei-sounelle 
des  lieux.  Le  lecteur  sera  naturellement  curieux  de  savoir  sur  quelle  base 
solide  sont  établies  des  conclusions  d'une  telle  importance.  L'hypothèse  que  les 
calottes  polaires  de  Mars  pourraient  être  de  l'acide  carbonii[ue  n'est  pas  miuvolle- 
Elle  est  basée  sur  un  simple  fait  seulement  c'est-à-dire  qu'à  la  distance  de  Mars 
au  .Soleil,  le  rayonnement  solaire  en  lumière  et  chaleur  a  moins  de  la  moitié  — 
environ  les  i[uatre  neuvièmes  —  de  l'intensité  qu'il  a  à  la  distance  de  la  Terre. 
'Vest  là  la  seule  raison  (car  le  spectroscope  est  impuissant  à  décider  la  question; 
qui  a  conduit  certains  astronomes  à  douter  de  la  nature  neigeuse  de  ces  calottes, 
ainsi  qu'on  l'avait  pensé  jusqu'à  ce  jour(')-  Sur  ce  point,  l'auteur  cite  l'astro- 
nome Young,  qui,  faisant  allusion  à  la  diminution  de  la  radiation  due  à  la  dis- 
tance, remarque  que  «  la  température  de  Mars  doit  être  terriblement  basse,  si 
basse  que  l'eau,  si  elle  y  existait,  ne  saurait  y  être  que  sous  forme  de  glace  u. 
M.  Newcomb  est  également  cité  comme  assurant  qu'il  n'est  pas  prouvé  que  les 
calottes  polaires  soient  do  la  glace. 

Il  y  a  dix  ans,  et  moins  peut-être,  cette  objection  était  réellement  très  sérieuse 
contre  l'habitation  de  Mars.  Il  semblait  que  la  température  devait  y  être  exces- 
sivement basse,  et  l'on  ne  voyait  guère  comment  résoudre  la  difllcultc  Mais 
nous  disposons  maintenant  d'au  moins  deux  voies  de  raisonnement,  par  lesquelles 
nous  pouvons  aborder  la  question  de  la  température  martienne;  la  première  est 

(')  Probablement,  M.  Holden  avait  en  vue  les  études  publiées  plus  haut  de  M.  G.  John- 
stone  Stoney  sur  la  théorie  cinétique  des  gaz,  concluant  qu'en  vertu  de  la  faible  pesan- 
teur à  la  surface,  Mars  a  jjerdu  les  éléments  les  plus  légers  de  son  atmosphère,  y  com- 
pris la  vapeur  d'eau,  et  que  les  calottes  polaires  sont  probablement  de  l'acide  carbo- 
nique. La  théorie  dos  atmosphères  plariélaires  de  M.  Stoney  a  reçu  un  coup  violent  par 
la  démonstration  du  fait,  par  M.VL  Liveing  et  Dcwar.  que  l'almospliere  terrestre  con- 
tient de  l'hydrogène  et  de  l'iiéluim  eu  quantités  aiipréciables. 


IlOLOEN,  SF.NKC.A  .lONKS.  -  I.A   Vil'   SCIi  MAIiS.  5(17 

basée  sur  une  dik-iiuverte  récentp  dans  la  chalnir  rayonnante,  en  diininnanl  de 
beaucoup  l'improbabilité  de  l'existi'iice  de  l'eau  sons  la  forme  li([uide  sur  Mars, 
tandis  que  l'autre  se  rapporte  au  retour  régii'  par  les  saisons  do  certains  phéno- 
mènes rcmaniuables  (|u'on  ne  saurait  expliquer  d'inn-  nianièi-(>  satisl'aisanle  (pir 
dans  l'hypothèse  que  les  calottes  ])olaires  sont  de  la  nei.ne  (ou  do  la  yclre  blanelie. 
ce  ijui  est  plus  probable)  avec  toutes  les  conséquences  que  cette  supposition 
entraine  avec  elle. 

La  déduction  que  la  température  de  Mars  doit  être  ..  terriblement  basse  »,  com- 
parée à  celle  de  la  Terre,  est  fondée  sur  l'hypothèse  (|ue  la  puissance  calorifique 
du  Soleil  aux  distances  des  diverses  planètes  est  diuunuf'e  dans  la  mcmc  propor- 
tion ([ue  sa  force  ra>"onnaiite,  c'est-à-dire  en  raison  dn  carré  de  la  distance.  Mais 
nous  avons  des  raisons  de  considé'rer  cette  hypothèse  cominc  inexacte.  La  loi  de 
Stefan,  fiirintdée  il  y  a  une  vintrtaine  d'aïuiées.  a  été  soumise  à  des  contrôles 
expérimentaux  dans  ces  quatre  on  cinq  dcmièi-es  annexes  ]iar  l'ascben  et  d'autres 
savants,  et  elle  a  été  trouvée  valide  au  moins  entre  les  limites  de  lOU  deurés  de 
températin-e  de  l'échelle  absolue  (  —  I  7:i°  centigrades  i  jusqu'à  I  Ton  degrés  absolus. 
Cette  loi  consiste  en  ce  que  la  radiation  elVective  d'nn  «  radiateur  parfait  »,  tel 
que  le  Soleil,  est  proportionnelle,  non  pas  à  la  lein|iérature  du  corps  i-ay(uinant, 
mais  à  la  quatrième  puissance  de  cette  tem)H>rature.  Vu  corps  cbaLilb-  par  la 
radiation  devient  lui-iuême  un  corps  rayonnant,  sa  température  s'élevant  jusqu'à 
ce  que  sa  radiation  ila  chaleur  qu'il  dégage/  égale  exactement  la  quantité  de 
chaleur  reçue.  Ceci  nous  permet  d'établir  une  comparaison,  par  la  loi  i[uo  nous 
veaons  d'énoncer,  entre  la  force  chauffante  ilu  Scdeil  sur  la  Terre  et  sur  >L'us.  de 
la  façon  suivante  :  Supposons,  afin  de  considérer  un  cas  aussi  simple  que  pos- 
sible, deux  petits  corps,  parfaitemeuts  noii's,  de  «  parfaits  radiateurs  ".  situés 
l'un  sur  l'cjrbite  de  la  Terre,  l'autre  sur  celle  de  Mars.  Chacun  de  ces  corps  est 
chaulTé  par  le  Soleil,  jusqu'à  ce  que  sa  radiation  égale  la  radiation  solaire  à  sa 
disianci'  du  Soleil.  Appelons  la  tem|iératurc  du  crps  intérieur  T,  celle  de  l'exté- 
rieur Tj.  D'après  la  loi  de  Stefan,  les  quatrièmes  puissances  de  T  et  de  T,  sont 
proportionnelles  aux  radiations  des  corps  intérieur  et  extérieur  respi-^ctivement. 
Nous  savons  que  la  radiation  du  corps  extérieur  n'est  que  les  i]uatre  neuvièmes 
de  celle  de  l'intérieur,  et  nous  voyons  facilement  que  la  température  du  corps 
extérieur  est  bien  égale  aux  0,8-2  de  celle  de  l'intérieur,  cette  décimale  l'tant  la 
quatrième  puissance  approximative  de  la  fraction  ,'.  r'est-à-dire  que  la  force 
chaulfante  effective  à  la  distance  de  Mars,  au  lii-u  d'é-tre  inférieure  de  moitié, 
ainsi  qu'il  a  été  supposé  jusqu'ici,  est  bien  égale  aux  IJ.HO  de  sa  force  calo- 
rifique à  la  distance  de  la  Terre.  Une  diminution  permanente  de  18  junir  liliidan.s 
la  provision  annuelle  de  la  chaleur  solaire  produirait,  certes,  de  grands  change- 
ments climatériques  sur  la  Terre;  mais  il  est  douteux  qu'elle  entraînât  la  des- 
truction totale  ije  la  vie  terrestre,  et  l;i  cungédation  ])ermanente  de  l'eau  à  la 
surface  de  la  Terre. 

La  deuxième  argumentation,  à  laquelle,  nous  avons  déjà  l'ait  ;illusioii.  peut  être 
le  mieux  présentée  dans  une  analyse  des  observations  martiennes  pendant  ces 


568  LA    PLANÈTE   MARS  1901 

huit  dernières  années.  Le  5  août  189Î  a  eu  lieu  une  des  oppositions  les  plus  favo- 
rables de  Mars,  au  moins  en  ce  qui  concerne  la  distance  à  la  Terre;  mais,  malheu- 
reusement, la  planète  était  trop  <■  basse  »  pour  les  observateurs  de  l'hémisphère 
boréal,  se  trouvant  située  dans  la  partie  du  ciel  que  traverse  le  Soleil  au  milieu 
de  l'hiver.  M.  Ilolden  était  en  ce  moment-là  Directeur  de  l'Observatoire  Lick,  et 
dans  un  article  publié  dans  Aslmnumy  a)ul  sisti-o-Phijsics  pour  octobre  1892, 
intitulé  «  Notes  sur  les  Observations  de  Mars  au  Mont  Ilamiiton  ».  il  dit  : 

«  Bien  que  la  situation  de  Mars  pendant  cette  opposition  fût  très  défavorable, 
il  était  important  d'obtenir  le  plus  d'observations  possible.  L'altitude  do  la  pla- 
nète varie  de  28°  à  32"  au-dessus  de  l'horizon,  ce  qui  est  une  position  trop  basse 
pour  des  images  satisfaisantes  d'un  objet  si  difficile,  même  au  Mont  Hamilton  ». 
Mais,  malgré  les  conditions  défavorables,  les  astronomes  y  ont  fait  des  observa- 
tions excellentes  en  été.  ainsi  qu'en  témoigne  l'accord  qui  existe  entre  les  dessins 
publiés  de  la  planète  d'une  part  entre  eux,  et  d'autre  part  avec  ceux  obtenus  à 
l'Observatoire  de  M.  Percival  Lowell  à  Flagstaff,  Arizona,  deux  ans  plus  tard. 

Parmi  les  phénomènes  notés  par  les  observateurs  du  Mont  Hamilton,  en  cette 
circonstance,  il  convient  de  citer  quelques  changements  surprenants  dans  l'aspect 
général  de  la  planète,  M.  Ilolden  y  fait  allusion  dans  les  ternies  suivants  : 

<i  11  n'est  pas  possible  de  décrire  les  cliangements  remarquables  survenus  à  la  surface 
de  la  planète  sans  donner  les  dessins  qni  les  concernent.  H  y  a  eu  un  grand  no.inijrede 
changements.  De  profondes  modifications  se  sont  prodiiiies  en  certains  endroits  pen- 
dant l'opposition  actuelle  (notamment  dans  la  calotte  polaire,  la  région  au  nord  et  à 
l'est  du  Lac  du  Soleil,  dans  la  Fontaine  de  Jeunesse,  etc.).  Dans  plusieurs  cas,  un 
aspect  particulier  est  resté  sensiblement  constant  pendant  toute  l'opposition,  bien  que 
sa  forme  et  sa  coloration  aient  subi  un  changement  remarquable  depuis  les  années 
précédentes....  Dans  certains  cas,  nous  n'avons  que  des  changements  de  forme  seule- 
ment; dans  d'autres,  des  changements  de  couleur;  parfois,  les  altérations  de  forme  et 
de  Couleur  semlilent  associées. 

M.  Ilolden  ajoute  en  conclusion  : 

«  Je  puis  exposer  brièvement  mes  impressions  personnelles,  déduites  de  mes  propres 
observations  de  Mars  faites  en  1875,  ainsi  qu'à  toutes  les  oppositions  suivantes.  Les 
modifications  surperficielles  de  la  planète,  telles  que  nous  les  connaissons  actuellement, 
ne  soni  probaljlement  pas  capables  d'être  expliquées  par  des  analogies  terrestres.  Que 
devons-nous  penser  du  lac  nommé  Fontaine  de  Jeunesse,  par  exemple,  qui  a  été  vu 
simple  en  1877,  pour  disparaître  en  1879,  et  réapparaître  simple  et  double  cette  année-ci? 
Il  est  possible  que  les  taches  grises  de  Mars  représentent  de  l'eau,  et  les  rouges  de  la 
terre;  mais  comment  expliquer  les  surfaces  à  demi-tous  comme  Hesperia  ou  Deuca- 
lionis  Regio?  Sont-elles  de  vastes  bancs  de  sable  tels  que  le  grand  banc  de  Terre-Neuve? 
Sont-elles  de  la  terre  solide,  ou  bien  de  l'eau?  Est-il  concevable  qu'un  observateur  sur 
Mars,  examinant  la  Terre  dans  n'importe  quelle  partie  de  son  histoire  récente,  puisse  être 
témoin  de  changements  topographiques  aussi  étonnants  que  ceux  auxquels  nous  avons 
assisté  cette  année,  pour  ne  rien  dire  des  modifications  survenues  entre  les  diverses 
oppositions?  » 

Il  est  surprenant  que  dans  le  dernier  article  de  M.  Holden,  écrit  dans  le  but 
d'instruire  le  public  eu  général,  et  prétendant,  par  son  titre,   présenter  l'état 


]li>I.r)i;.\,   l'ICKElUNG,  SENliCA  JONES.   —  I.A  VIK  SUK  MAUS.  Sf.'J 

actuel  de  nus  connaissances  arcographiqiies,  les  «  changements  étonnants  u 
observés  au  Mont  Ilamilton,  et  ailleurs,  comme  ayant  lieu  h  la  surface  lic  la  pla- 
nète en  1892,  et  qui  ont  été  répétés  et  observés  à  cha([ue  opposition  subséquente, 
soient  passés  entièrement  sous  silence.  Il  serait  intéressant  de  savoir  comment 
M.  Hoklen  explique  ces  témoignages  frappants  d'activité,  en  quelque  sorte,  à  la 
surface  d'une  planète  où  il  déclare  que  tout  est  éternellement  gelé. 

De  semblables  changements,  quoique  moins  étendus,  ont  été  observés  aupara- 
vant par  Schiaparelli  et  par  d'autres.  En  admettant  que  tout  ce  qui  sur  Mars 
offre  une  couleur  grisâtre  ou  verdàtre  représente  de  l'eau,  on  pensait  que  les 
modiflcations  étaient  l'œuvre  d'inondations  produites  par  la  lib(Tation  d'un  grand 
volume  d'eau  par  la  fonte  des  neiges  polaires. 

La  vérital)le  solution  de  l'énigme  martienne,  la  plus  importante  des  décou- 
vertes récemment  faites  concernant  Mars  (découverte  que  les  astronomes  du 
Mont  Hamilton  ont  manquée  par  suite  des  mauvaises  conditions  de  189v'),  a  été 
donnée  à  la  même  opposition  par  les  observateurs  plus  favorisés  de  la  branche 
d'Aréquipa  (Pérou)  de  l'Observatoire  d'Harvard  Collège.  Cet  observatoire  d'Aré- 
quipa  est  situé  à  une  hauteur  presque  double  au-dessus  du  niveau  de  la  mer  de 
celle  de  l'tJbservatoire  Lick,  au  sein  d'une  atmosphère  excellente  en  ce  qui  con- 
cerne la  pureté  et  le  calme  des  images.  De  plus,  en  18'.);.',  la  planète  Mars  passait 
au  méridien  d'.Vréquipa  presque  au  zénith.  Il  n'est  pas  étonnant  que  M.  W.-H. 
Pickeriug,  l'astronome  chargé  de  la  Direction  de  l'Observatoire,  et  son  assistant, 
M,  A.-E,  Douglass.  bien  que  ne  se  servant  ijue  d'un  réi'racteur  de  13  pouces 
d'ouverture,  aient  fait  des  observations  de  haute  valeur.  Ce  qu'ils  ont  vu  et  ce 
qu'ils  ont  conjecturé  peut  être  compris  par  les  extraits  suivants  d'un  article 
écrit  par  M.  Pickering  en  date  du  I"  août  I89-^  et  publié  dans  le  même  numéro 
d'Astriinoinij  and  Astro-Phijsics  qui  contient  le  Rapport  du  Mont  Ilamilton 
auquel  nous  avons  déjà  fait  allusion  : 

«  Les  modifications  survenues  (à  la  surface  de  la  planète)  pendant  la  pré- 
sente opposition  ont  été  tellement  frappantes  et  sensationnelles  qu'on  aurait 
facilement  pu  les  apercevoir  avec  des  instruments  de  d  pouces  d'ouverture.  (3n 
a  pu  observer  les  canaux  facilement  tous  les  soirs.  Plusieurs  des  canaux  observés 
correspondent  à  ceux  dessinés  par  Schiaparelli,  tandis  que  d'autres  sont  nou- 
veaux. (Jueli[ues-uns,  très  développés,  traversent  les  océans.  Si  ce  sont  vrai- 
ment là  des  canaux  contenant  de  l'eau,  et  si  les  océans  sont  de  même  nature,  il 
y  a  contradiction.  Lorsque  la  neige  fond,  il  semble  qu'elle  devrait  donner'  nais- 
sance à  des  étendues  d'eau,  à  des  mers.  Nous  avons  étudié  avec  soin  la  tache 
sombre  située  sur  la  pointe  septentrionale  de  la  Grande  Syrte,  Bien  que  i)arfois 
il'un  gris  foncé,  lorsque  l'image  est  satisfaisante  et  la  tache  centrale,  elle  appa- 
raît, dans  la  grande  majorité  des  cas.  d'une  couleur  bleue  nettement  définie.  Une 
autre  tache  présentant  des  aspects  semblables  se  manifeste  dans  le  Sinus  Sabœus 

ou  Détroit  Herschel  II l'ai  l'impression  que  ces  deux  surfaces  représentent 

réellement  de  l'eau,...  Mais  les  autres  «  mers  »  sont  sans  doute  simplement  des 
plaines  humides,  » 


:.T(i 


LA  l'LANKTIÎ  M  A  US.  l'.liil 


Diiiis  ili's  roinmuuiL'atious  antérieuros  au  même  journal,  M.  l'ickcring  a  donné 
un  ciiuipte  rendu  d'une  étude  des  cuulears  présentées  par  la  planète  Mars, 
("tude  qu'il  a  ciimmencée  à  l'Observatoire  d'Harvard  Collège  eu  18911,  et  qu'il  a 
continuée  ;\  Aréquipa,  au  printemps  de  IS'.i-,'.  En  voici  le  résumé  : 

(I  Lorsque  la  Grande  Syrte  est  centrale,  avant  l'équiiioxe  d'automne  de  l'héniisplière 
Nord,  la  région  à  l'Est  parait  distinctement  plus  verdâtre  que  celle  à  l'Ouest.  Au  furet 
à  mesure  que  la  saison  avance,  la  différence  devient  moins  marquée,  et  la  couleur  ver- 
dâtre est  limitée  dans  la  région  la  plus  voisine  du  bord  oriental  de  la  Grande  Syrte.... 
Au  début  de  l'année  18!)0,  toute  la  région  comprise  entre  les  deux  bras  de  la  Grande 
Syrte,  aussi  loin  que  la  calotte  polaire,  était  d'une  couleur  verte  brillante.  Le  27  juin, 
cependant,  onze  jours  avant  l'équinoxe  de  piintemp.s  de  l'hémisplière  austral,  on  a  vu 
une  tache  jaune  au  point  septentrional  extrême  de  l'aire  triangulaire.  Avec  l'avance  de 
la  saison,  cette  tache  jaune  a  augmenté  d'étendue,  jusqu'à  ce  qu'elle  eût  recouvert  toute 
la  région  au  Sud,  aussi  loin  qu'il  était  possible  de  voir.  Cette  année,  lorsque  la  tache 
en  question  :l  été  observée  pour  la  première  fois,  elle  était  tout  à  fait  verte,  mais  le 
9  mai,  ou  17  jours  avant  l'équinoxe  de  printemps,  la  tache  jaune  ou  peut-être  rou- 
ge;Ure  est  apparue  au  même  endroit,  et  il  serait  mléressant  de  déterminer  si.  avec  le 
progrès  des  saisons,  celte  coloration  s'avance  vers  le  pôle.  ■>  Deux  autres  grandes 
surfaces  verdâtres  sont  encore  mentionnées  comme  ayant  subi  de  semldables  modifica 
fions  de  couleur. 

Dejuiis,  remarque  M.  Seueca  Jones,  les  observations  se  sont  ac<Miuiiilées, 
notamineut  la  s|deiidide  Sidde  obtenue  par  M.  I'eri-i\al  Lowell  et  ses  assistants, 
à  FlagstalT.  en  18'.i4  et  plus  tard,  et  l'énoncé  en  question  tient  toujours  bon,  car 
on  n'a  pas  observé  de  laits  contraires  à  l'idée  ([iie  les  niodiflcations  de  couleur  sur 
Mars  qu'où  a  vues  se  répéter  à  des  saisons  correspondantes  de  l'année  mar- 
tienne sont  dues,  en  grande  partie  ilu  moins,  au  développement  et  au  déclin  de 
la  végétation.  11  est  certain  maintenant  qu'il  n'existe  pas  de  grandes  surfaces 
d'eau  sur  Mars,  fne  évidence  convaincante  en  est  fournie  par  le  fait  observé  que 
beauC(Uip  de  «  canaux  «  traversent  les  surfaces  grises,  autrefois  prises  pour  des 
mers.  Quelques-unes  des  plus  petites  et  pkis  foncées  des  surfaces  sombres  qui 
apparaissent  siniuUauément  avec  la  fonte  des  calottes  polaires  peuvent  bien  être 
dues  à  une  augmentation  dans  la  dimension  des  lacs  trop  petits  pour  être  ordi- 
nairement \isil)les.ou  à  la  formation  de  lacs  temporaires  par  l'eau  libérée;  mais, 
juiur  la  plus  grande  partie  des  (diangements  de  couleur  observés,  la  théorie  de 
l'incnidaiion  ne  fournit  jias  d'explication  satisfaisante  de  tous  les  faits,  tandis  que 
la  théorie  de  la  végétation  en  rend  compte  admirablement.  Les  cbangenieiits 
sont.  ;\  vrai  dire,  exactement  semblables  a  ceux  qu'un  astronome  hypothétique 
lunaire  pourrait  constatei'  sur  les  régions  tempérées  de  la  Terre,  s'il  observait 
notre  planète  continuellement  iieiidant  une  annexe  ('). 

(')  Ceci  est  vrai  en  ce  qui  concerne  l(3S  moiblîcitions  de  couleur.  Mais  les  variations 
de  contour  des  mers,  la  fornialiou  de  nouveaux  lacs,  la  disparition  de  grandes  surfaces 
grises  (Aoiiius  Sinus)  ou  jaunes  (Aurea  Clicrso),  les  changements  de  position  des 
canaux,  la  scission  ou  la  (InpIicaïUiU  du  lac  du  .Soleil,  sont  autant  de  phénomènes 
martiens  dont  l'observateur  lunaire  ne  verrait  pas  la  moindre  image  sur  notre  globe, 
même  en  supposant  que  notre  dense  et  lumineuse  atmosphère  Un  permette  de  distin- 
guer vraiment  les  configurations  géographuines.  C.  F. 


SI-NKCA  J()Ni;>.  —   1  \    VII    >l  li   MARS  liST-KI.IK  l'OSSIHI.i:  ?  .",71 

Les  surfaces  toujours  fonores  dt^  Mars  (les»  mers»  d'autrefois  i,  et  celles  (|ui 
varient  de  couleur,  doivent  être  eonsidéri'es.  d'après  les  dernières  observations, 
comme  étant  probablement  les  terrains  bas  de  la  planète,  où  lori  doit  rencontrer 
ses  forêts  et  ses  prairies  (si  forêts  et  prairies  il  y  a),  tandis  qne  les  surfaces 
jaune  orangé,  ses  «  continents  «.  sont  probablement  des  régions  d'une  éléva- 
tion plus  grande,  qui  semblent  être,  en  vertu  du  manque  de  pluie  sur  la  planète, 
des  déserts  arides. 

Si  nous  acceptons  cette  liypotbèse  de  Ja  végétation  martienne,  nous  a\  ons  des 
raisons  pour  formuler  une  conjecture  sur  le  caractère  do  la  végétation?  Ici,  écrit 
l'auteur,  on  peut  dire  que  l'amplitude  de  la  spéculation  concernant  la  vie  sur  les 
autres  mondes  a  été  bien  rétrécie  ])ar  le  progrès  des  Sciences  naturelles  dans  ces 
dernières  années,  et  encore  davantage  par  les  découvertes  spectroscopiques  de 
notre  temps.  On  sait  aujourd  hui,  gràoe  au  spectroscope.  que  la  matière  composant 
les  divers  mondes  lie  l'univers  est  partout  la  même.  On  peut  admettre  a\ec  con- 
fiance qne  les  propriétés  de  la  matièr<^  sont  aussi  les  m<''mes  iiarlnut.  .Xuus  de\  ons 
donc  conclure  que  la  chimie  (inorganique  du  moins)  est  partout  la  nn"'me,  île  même 
que  nous  croyons  que  la  loi  de  la  gravitation  est  d'une  application  universelle. 
La  chimie  organique  admet,  sans  doute,  plus  de  latitude  spéculative,  en  vertu  de 
la  plus  grande  variété  de  formes  auxijuelles  elle  peut  donner  lieu;  mais  nous 
pouvons  croire  que  ses  principes  sont  partout  essentiellement  les  mêmes,  et 
nous  pouvons  également  conjecturer  qu'elle  produit  ])artont  essentiellement  les 
mêmes  résultats  et  que  nos  types  vitaux  terrestres  sont  des  types  universels  (' )■ 
Le  temps  est  passé  où  l'on  pouvait  conjecturer  raisounalilement  qu'il  existe  des 
mondes  où  le  silicium  peut  prendre  la  place  de  la  chaux  dans  la  formation  des  os, 
ou  des  mondes  où  une  légère  modification  de  composition  rend  la  chloropliylle 
rouge  au  lieu  de  verte,  ou  bien  que  la  vie  végétale  iju  animale  soit  possible 
à  la  température  de  l'eau  bouillante.  Tout  en  n'étant  pas  autorisés  à  conclure 
de  ces  prémisses  que  la  tlore  et  la  faune  martiennes  olïrent  la  même  série  d'es- 
pèces et  de  genres  que  sur  la  Terre  ou  substantiellement  les  mêmes,  une  telle 
supposition  n'est  cependant  pas  improbable.  Xous  savons,  dans  tous  les  cas.  que 
la  végétation  martienne  est  verte,  comme  celle  de  la  Terre,  et  non  rouge,  ainsi 
qu'on  l'a  supposé  possible,  et  c'est  là  un  point  de  gagné. 

Mais,  quelles  que  soient  les  vues  maintenues  sur  les  points  soulevés,  aucun 
naturaliste  ne  risquerait  sérieusement  l'hypothèse  que  la  vie  soit  possible  dans 
des  conditions  qui  la  rendraient  impossible  sur  la  Terre,  qu'une  sorte  quelconque 
de  vie,  par  exemple,  jiourrait  exister  sur  .Mars  si  la  température  y  était  constam- 
ment au-dessous  de  zéro.  Ceci  devrait  décider  la  question  de  la  nature  des 
calottes  polaires.  L'eau  sous  forme  de  neige  ou  de  gelée  est  la  seule  sul)Stauce  à 
laquelle  on  pourrait  les  assimiler  jusqu'à  ce  que  nous  arrivions  à  une  température 

(')  Ce  mode  de  raisonnement  me  parait  beaucoup  trop  étroit.  C'est  supposer  que  la 

vie  terrestre  est  nécessairement  le  type  de  l'univers.  Raisoiniement  de  poissons  s'iiua- 

ginant  na'ivement  que  la  vie  est  impossible  hors  de  l'eau. 

C.   F. 


r)7î  LA  PI-ANRTE   MAHS.  1901 

de  — 78°.  i  centigrades;  et  un  degré  de  froid  aussi  intense  que  celui-ln,  même 
local  et  temporaire,  sur  une  planète  capable  de  maintenir  la  vie  à  sa  surface,  est 
à  peine  admissible. 

Ayant  décide  que  les  calottes  polaires  de  Mars  sont,  suivant  toute  probabilité, 
réellement  des  calottes  de  neige,  nous  sommes  ensuite  amenés  à  une  conclusion 
qui  est  presque  une  surprise,  considérant  notre  point  de  départ,  c'est-à-dire  que 
la  température  moyenne  sur  Mars,  au  lieu  d'être  plus  basse,  est  réellement  plus 
élevée  que  celle  de  la  Terre.  Ceci  est  indiqué  par  le  fait  que  les  calottes  polaires 
n'atteignent  jamais  une  latitude  aussi  faible  que  les  neiges  hivernales  de  la  Terre, 
6.5"  environ  de  latitude  aréiigTaplii((ue  étant  la  ligne  la  plus  basse  à  laquelle  ou 
a  vu  descendre  la  calotte  polaire  australe,  et  qu'en  été,  elles  fondent  parfois 
presque  entièrement.  Inutile  de  dire  que  cela  n'arrive  jamais  aux  calottes  polaires 
de  la  Terre  ;  et  cependant,  du  moment  que  l'axe  de  Mars  et  celui  de  la  Terre  ont 
à  peu  près  la  même  inclinaison  à  l'écliptique,  l'obliquité  des  rayons  solaires  en 
différentes  latitudes  à  des  saisons  différentes  est  pratiquement  la  même  pour 
chacune  des  planètes.  L'explication  complète  de  la  température  plus  élevée  de 
Mars  est  ainsi  clairement  indiquée  par  ces  thermomètres  naturels  I')-  Certes, 
comme  tous  les  autres  phénomènes  météorologiques,  elle  est  complexe.  Un  des 
facteurs  qui  rentrent  pour  beaucoup,  sans  doute,  dans  la  solution  du  problème 
réside  dans  le  fait  qu'il  n'existe  pas  d'océans  étendus  sur  Mars,  comme  on  en  voit 
sur  la  Terre,  océans  capables  d'absorber  u'.e  grande  partie  de  la  radiation  solaire 
sans  en  être  fortement  échauffés,  et  que  toute  la  force  calorifique  des  rayons 
solaires  est  employée  à  surchauffer  une  surface  continentale,  une  surface  dont 
la  plus  grande  partie  n'est  pas  protégée  par  de  la  végétation,  surface  qui  est 
une  sorte  de  Sahara.  Comment  cette  seule  circonstance  atTecte  la  température 
moyenne  annuelle  de  toute  la  planète,  c'est  ce  qui  est  difficile  de  décider.  Son 
effet  pendant  la  saison  estivale  de  chaque  hémisphère  peut  facilement  constituer 
une  température  bien  supérieure  à  la  iempérature  moyenne  estivale  de  la 
Terre,  quoique  la  force  calorifique  du  Soleil  y  soit  moindre  que  chez  nous. 

Quehjues  mots,  comme  conclusion,  sur  l'atmosphère  de  Mars.  Cette  atmosphère 
est  bien  moins  dense  que  celle  de  la  Terre.  Très  probablement,  elle  est,  ainsi  que 
nous  l'assure  M.  Holdeu,  «  moindre  en  quantité  que  celle  qui  entoure  les  som- 
mets des  pics  les  plus  élevés  de  l'Himalaya  ».  Ln  ce  qui  concerne  la  composition 
de  cet  air,  la  présomption  (d'après  ce  que  nous  savons  des  matériaux  composant 
les  mondes)   est  qu'elle  est  essentiellement  la  même  que  l'atmosphère  de  la 

(')  S'il  y  a  peu  d'eau  sur  Mars,  les  calottes  iiolaires  ne  sauraient  avoir  une  grande 
épaisseur.  Dans  tous  les  cas,  cette  efiaisseur  doit  être  bien  inférieure  à  celle  des 
calottes  glaciales  de  la  Terrr.  .Mais  alors  il  faut  moins  de  chaleur  solaire  pour  fondre 
une  mince  couidic  de  neige  ipTum'  éiiaisse  ouuclie  de  glace,  de  sorte  que  l'arrrumenta- 
lion  de  l'auteur  ne  parait  pas  tout  à  fait  jusiillée  sur  ce  point.  —  D'autre  part,  les 
ni'iges  hivernales  descendent  souvent  assez  bas  eu  latitude  sur  la  Terre,  et  la  France 
pres'iue  entière  eu  est  couverte,  comme  la  Suisse,  le  Tyrol,  la  Roumanie,  etc. 

C.  F. 


SENECA  JONES.  —  I.A  VIE  Sl'H  MARS  EST-EI.I.E  l'OSSIlil.E  '  573 

Terre.  Nous  savons,  dans  tous  les  cas,  qu'elle  contient  de  l'acide  carbonique; 
autrement,  il  ne  saurait  exister  de  végétation  sur  Mars,  et  nous  savons  de  inènie 
qu'elle  contient  également  de  l'oxygène  et  qu'elle  doit  contenir  de  la  vapeur 
d'eau,  car,  sans  cela,  il  ne  saurait  exister  de  neiges  ou  de  gelées  sur  la  planète. 
Si  elle  renferme  aussi  de  l'azote,  et  dans  quelles  proportions  ses  divers  consti- 
tuants sont  mélangés,  il  est  impossiljle  de  le  deviner.  Eu  égard  cependant  ti  ce  que 
nous  savons  de  la  question,  l'incertitude  sur  ces  points  est  à  peine  assez  grande 
pour  justifier  la  déclaration  que  «  il  est  plus  que  probable  que  l'air  qui  existe  sur 
Mars  est  incompatible  avec  la  vie  humaine  ».  Au  contraire,  nous  jetterions  la  pro- 
babilité dans  l'autre  plateau  de  la  balance.  De  même,  la  ténuité  excessive  de 
l'atmosphère  martienne  n'est  pas  aussi  capitale  au  point  de  vue  viial  ([ue 
M.  Holden  voudrait  nous  le  faire  croire.  Toujours  est-il  que  sur  la  Terre  les 
limites  de  densité  atmosphérique  entre  les((uelles  les  êtres  humains  peuvent 
exister  sont  assez  larges.  Des  ouvriers  employés  aux  constructions  sous-marines 
peuvent  être  enfermés  pendant  des  heures  à  la  fois  dans  des  caissons  où  l'air  est 
comprimé  à  une  densité  plus  de  deux  fois  supérieure  à  celle  où  ils  respirent  d'habi- 
tude. D'autre  part,  les  ascensionnistes  ne  sont  pas  très  opprimés  pour  la  respi- 
ration à  la  hauteur  du  sommet  du  Mont  Blanc,  où  l'atmosphère  a  à  peine  plus  de 
moitié  de  la  densité  qu'elle  a  au  niveau  de  la  mer.  pas  plus  que  les  aéronautes 
ue  sont  sérieusement  affectés  par  la  rareté  de  l'atmosphère  jusqu'à  800O  mètres 
d'altituile,  c'est-à-dire  à  la  hauteur  des  pics  les  plus  élevés  de  l'Himalaya. 

Devant  de  tels  faits,  il  parait  probable  que,  si  l'atmosphère  de  la  Terre  décrois, 
sait  lentement  de  densité  à  travers  les  siècles  successifs,  les  animaux  terrestres 
existants,  qui  respirent  avec  des  poumons,  y  compris  l'homme,  se  seraient 
adaptés  aux  conditions,  et  que  l'atmosphère  peut  atteindre  un  état  de  raréfaction 
bien  plus  grand  que  celle  de  Mars  même,  avant  de  devenir  insuffisante  en  quan- 
tité pour  maintenir  la  vie  humaine,  même  si  nous  restions  toujours  constitues 
comme  nous  le  sommes  actuellement. 

L'évidence  que  la  planète  possède  une  végétation,  qui  croit  et  décroît,  comme 
celle  de  la  Terre,  avec  des  changements  dus  aux  saisons,  est  presque  aussi  con- 
cluante qu'elle  peut  l'être.  Si  la  planète  a  de  la  végétation,  nous  pouvons  à 
peine  douter  qu'elle  possède  aussi  une  vie  animale. 

Ces  arguments  de  M.  Seneca  Jones  nous  paraissent  de  valeur  incontes- 
table. Il  est  cerlain  que  la  planète  Mars  se  présente  à  nos  observations  avec 
tous  les  caractères  d'une  active  vitalité.  Des  variations  perpétuelles 
s'opèrent  à  sa  surface.  Il  y  a  là  un  élément  liquide  et  une  atmosphère.  Ce 
sont  là  des  faits.  Ils  sont  plus  importants  que  nos  pauvres  explications. 
Ne  soyons  pas  trop  terrestres  dans  nos  hyi)Olhèses,  et  n'ayons  pas  la 
prétention  d'enfermer  en  un  cadre  étroit  l'immensité  des  puissances  de  la 
nature. 


LA  l'LANETE  M  A  US.  11101 


CCI.XXII.    —    I'.    L(J\\EI-L.    EXSEILINEMENT    DE    MaIIS   SUU    EES    ÉPOoUES 

GLACIAIRES    (  ')• 

M.  Lowell  a  étudié  ce  sujet  dans  un  ti'avail  s[)écial  iju'il  est  de  notre  de- 
voir d'e.xaniiner  ici. 

L'auteur  commence  par  établir  que  la  théorie  de  Croll  (que  l'excentricité  orbi- 
tale, combinée  avec  l'inclinaison  de  l'axe,  a  protluit  nos  é])oques  glaciaires)  n'est 
pas  applicable  à  Mars,  puisqu'il  n'existe  pas  i.lc  pré|)on(1érance  de  neiges  dans 
Thriuisplière  que  la  glace  devrait  recouvrir.  Ainsi,  l'excentricité  de  l'orbite  est 
incapable  d'all'ecter  l'étendue  des  glaces  polaires  (-1. 

M.  Lowell  ('onstate  ensuite  que  la  théorie  de  l'acide  carbonique  solide  n'es 
pas  applicable  aux  pules  de  la  [ilauète.  parce  (|ue  l'état  li(|uide  de  ce  corps  n'est 
jamais  permanent  :  l'acide  carlionique  i)asse,  dans  les  conditions  ordinaires, 
presque  instantanément  de  l'état  solide  à  l'état  ga/.eux,  de  sorte  qu'il  ne  saurait 
Jamais  constituer  un  liquide  permanent,  à  n'im])iiric  quelle  températui'e.  Or.  un 
des  traits  caractéristiques  des  calottes  polaires  de  Mars,  c'est  précisément  la 
mauilestation  d'un  liquide  semblable.  Dès  qu'une  calotte  couuueiice  à  décroître, 
elle  est  entourée  d'une  bande  bleue  sombre,  et.  plus  la  diminution  est  rapide, 
plus  la  bande  s'assombrit  et  se  développe,  tout  en  suivant  le  retrait  des  neiges, 
de  façon  ix  eu  encadrer  toujours  le  bord.  11  est  dilticile  de  concevoir  comment 
une  substance  pourrait  se  proclamer  avec  plus  d'évidence  le  produit  liquide  de 
la  fonte  de  la  calotte.  U<'  ruban  bleu  semble  bien  ('tre  la  substance  1P(J. 

L'astronome  américain  examine  ensuite  les  objections  à  cette  dernière  hypo- 
tlièse  et  trou\  e  :  1"  que  la  grande  pureté  du  ciel  martien,  permettant  à  la  radiation 
solaire  d'atteindre  le  s(j1  sans  perte,  compense  la  distance  au  Soleil,  car  notre 
.■ituiospliéi-e  nuageuse  intercepte  M  poui-  llld  de  la  radi;ition;  et  -J"  ([lU',  quant  à 
la  raréfaction  de  l'air  sur  Mars,  il  ne  faut  pas  oublier  que  c'est  la  vapeur  d'eau, 
et  non  l'air,  qui  nous  protège  contre  le  rayonnenuml  dans  l'espace. 

Quelle  (pie  soit  rbunndit('  île  l'air  sui-  Mars  (et  il  iloit  y  exister  d(^  l'eau,  étant 
donné'  qu'aucun  des  changements  sulioi'doiun's  aux  s.aisons  ne  saurait  s'y  accom- 
)ilir  sans  cet  agent,  changements  certains  d'api'ès  l'observation  1,  elle  devrait  y 
é'tre  plus  efficace  que  sur  la  Terre,  à  cause  de  deux  ]iarticularités  du  (diiuai  lu.-ir- 
ticii,  la  condition  du  ciel  le  jmir  et  sa  cuudilioii  pendant  la  nuit.  Lu  plein  jour, 
le  ciel  sur  Mars  est  presque  perpétuellement  cdair,  de  sorte  que,  s'il  y  a  de  la 
vapeur  d'eau,  la  chaleur  y  serait  einniagasiuée  peadaut  la  journée.  D'autre  part, 

(')  Mar.H  (in  i//.ic(.ii  cyioc/i.s.  l'roceuilitKjx  nf  tin:  \iiii-i-ican  l'hilonophical  Socicti/. 
noveinlji-e  PiOO. 

(-J   Voir  la  discussion  que  j'en  .u  donnée  au  loiiie  I.  p.  ,S2?-.J4li. 


p.   l.OWF.I.r..  —  MARS  1:T  I.KS  KP()(jrF>  (■lAlUMRFS.  ",7:. 

le  ciel  martien  ctani  couvert  peiuiant  la  nuit,  suivant  l'auleur.  il  y  aurait  une 
protection  additionnelle  contre  le  rayonnement  vers  l'espace. 

Ainsi,  les  calottes  polaires  nous  nionlront  ipie  le  uialciriel  nécessaire  ;\  une 
période  glaciaire  est  là.  tandis  que  Torliite  nous  assure  (|ue  les  conditions 
cosmiques  nécessaires  sont  éiialeineut  remplies. 

Eu  ce  moment,  l'excentricité  de  l'orhite  de  Mars  est  cini(  fois  ut  demie  plus 
considérable  i(ue  la  notre.  L'inclinaison  de  son  axe  est  aussi  d'accurd  avec  les 
conditions  d'un  critérium,  car  elle  est  presque  semldahle  à  celle  de  la  Terre, 
■,'.5"  au  lieu  de  -23"  .1.  Ce  petit  écart  ne  ferait  qu'accroître  d'autant  l'effet  théorique 
de  l'excentricité. 

Comparant  ensuite  les  calottes  neigeuses  de  Mars  avec  celles  de  la  Terre, 
M.  Lowell  trouve  que  ces  dernières  sont  plus  irrandes,  s'élendant.  en  hiver, 
jusqu'à  l.")"  de  latitude  et  ayant,  par  suite,  un  diamètre  de  !)0°.  .\u  moinent  du 
minimum,  la  calotte  polaire  terrestre  sous-tend  encore  un  angle  de  40".  t)r,  ces 
dimensions  sont  plus  restreintes  sur  Mars.  Le  diamètre  de  la  calotte  n'y  dépasse 
jamais  70\  et  il  se  réduit  à  :'«°  seulement  au  moment  du  minimum. 

Béer  et  Mœdler  ont  remarqué  que  la  variation  de  la  calotte  australe  de  Mars 
est  plus  accentuée  que  celle  de  la  boréale.  La  caUitte  australe  est  plus  grande 
que  l'autre  eu  hiver  et  plus  petite  en  été,  M.  Lowell  considère  que  la  variation 
des  dimensions  des  calottes  suit  à  peu  près  le  cours  suivant  : 

C.alollc 

Jours  *r»^ _ 

avant  le  solstice 
dvii-. 

9-2  à  80 

SO  à  70 

70  à  (10 

60  à  50 

ôO  à  40  

40  a  30  

La  chaleur  totale  reçue  du  Soleil  varie  inversement  avec  le  petit  axe  de  l'or- 
bite, et  est.  par  conséquent,  une  fonction  de  l'excentricité.  Mais  la  (luantite  rela- 
tive de  chaleur  reçue  en  passant  d'un  équinoxe  fl  l'autre  ne  varie  pas.  .\insi.  la 
chaleur  reçue  à  n'importe  quel  angle  est  indépendante  de  1  excentricité.  Mais 
elle  n'est  pas  indépendante  de  l'inclinaison  de  l'axe.  La  quantité  de  chaleur  ;/i) 
reçue  à  un  point  donné,  par  suite  de  l'inclinaison  de  l'axe,  dépend  de  la  |)osition 
de  ce  point.  .\n  pôle  terrestre,  elle  varie  de  zéro  pour  les  six  mois  autour  du 
solstice  d'hiver  à 


>u.i 

iKirJ 

ti)0)t;niu>- 

luo%4^ti[ie. 

.ÎO" 

30- 

30- 

32° 

34- 

20» 

28" 

26° 

■2,V 

25° 

27* 

18° 

/lsinocn=/ 


sin')  sin  £  d'> 


II 


pour  les  autres  six  mois  du  solstice  d'été  i /•  étant  le  rayon  de  la  planète,  o  la 
déclinaison  du  Soleil,  et  e  l'inclinaison  de  l'axe  sur  l'orbitcj. 


576  LA  PLANÈTE   MARS.  1901 

Pour  un  hémisphère  pris  dans  son  ensemble,  l'insoLation  estivale  totale 
dépasse  de  beaucoup  l'insolation  en  hiver. 

Soit  '2  H  la  quantité  de  chaleur  tombant  sur  une  section  égale  à  la  Terre  à  la 
distance  I  et  pendant  l'unité  admise  de  temps;  puis  soit  o  la  déclinaison  du 
Soleil.  La  quantité  reçue  par  un  hémisphère  à  la  distance  r  et  au  temps  dl  sera 

—  (1  -+-  sino)  dl 

et  par  l'autre 

—  (1  —  sine)  Jf. 

De  même,  comme  sinô  =  sinBsins,  où  £  =  obliquité  de  l'écliptique,  ces  valeurs 
deviennent,  d'équinoxe  à  équinoxe, 

/     y  (  1  +  sins  sinO  }  dli  —  y  (-  +  2  sine) 


et  pour  l'autre  hémisphère 


-^  (-  — '2sinE). 


Avec  £  =  24°52',  nous  avons  la  proportion  63  à  37. 

ALiis,  bien  que  l'insolation  estivale  et  hibernale  diffèrent  ainsi,  elles  sont  les 
mêmes  pour  chaque  hémisphère.  Par  conséquent,  ce  que  nous  venons  de  déve- 
lopper ne  saurait  être  la  cause  des  différences  en  question  entre  les  masima  et 
minima  relatifs  des  calottes  polaires. 

Il  paraît  donc  que  ce  n'est  pas  la  quantité  de  chaleur,  mais  la  manière  dont 
elle  est  reçue,  qui  est  responsable  de  la  différence  que  nous  observons.  Des  varia- 
tions opposées  présentées  par  les  deux  calottes  polaires,  la  plus  difficile  à 
découvrir  est  la  plus  facile  à  expliqner.  La  différence  des  maxima  parait  due  à  la 
grande  longueur  de  la  nuit  antarctique.  La  nuit  polaire  arctique  compte  306  de 
nos  jours;  mais  la  nuit  antarctique  eu  compte  3SL  Ainsi,  pendant  75  jours  de 
plus,  le  pôle  austral  ne  voit  jamais  le  Soleil.  Il  s'ensuit  que  sur  Mars  le  pôle  nord 
a  moins  de  neige  que  le  pôle  sud. 

L'action  des  minima  est  différente.  La  force  présidant  à  la  fonte  des  neiges  est 
plus  grande  sur  l'hémisphère  dont  l'été  est  plus  intense. 

11  semblerait  aussi  que,  sur  Mars,  l'excentricité  n'a  non  seulement  aucune  ten- 
dance à  favoriser  la  conservation  d'une  grande  calotte  de  glace  au  pôle  qui  a  son 
solstice  d'été  près  du  périhélie,  mais  que  l'accumulation  permanente  y  est 
moindre  ((u'au  piJle  opposé. 

Une  augmentation  uniforme  de  précipitation  sur  toute  la  surface  de  la  planète 
augmenterait  les  dimensions  de  la  calotte  australe  plus  que  celles  de  la  calotte 
boréale. 

Sur  la  Terre,  cet  accroissement  de  précipitation  est  rendu  possible  par  la  plus 


P    lOWELL.   -  MARS  ET  LES  ftl'dQUES  Gl.vr.I.MRl'S.  577 

grande  (iiiantitt'  d'eau  à  lasm-faco.  Ainsi,  une  [uTiode  i;laciairc  pourrait  parfaite- 
ment avoir  lieu  clioz.  nous  dans  des  conditions  i[ui  l'eniiiochiTaient  sur  Mars.  l'jlie 
arriverait  surtnut  par  suite  de  l'exeentricitc'  orlulalo,  mais  non  pas  pri'iùsénient 
en  vertu  de  cette  exeentricité.  Cndl  insiste  sur  ce. que  c'est  l'efTet  indirect,  non 
direct  de  l'excentricité,  qui  ani<''iie  une  période  glaciaire.  Cet  cITet  indireci,  il  le 
trouve  dans  un  accroissement  de  précipitation,  un  changement  des  vents  et  une 
modification  analogue  des  courants  océaniques.  Ce  que  l'examen  aclnel  du  pro- 
blème parait  démontrer,  c'est  qu'un  simido  accroissement  de  pri'cipitation,  pro- 
venant d'une  cause  quelconque,  est  bien  capable  de  produire  une  période  glaciaire. 

Nous  avons  ainsi  un  renversement  remarquable  des  conditions  .arctiques,  de 
glaciaires  à  quelque  chose  d'opposc" .  du  directement,  non  à  la  dilTércncc 
d'excentricité,  mais  à  une  plus  ou  moins  ijrande  ;ibondance  d'eau.  Ei  l'eau  joue 
un  rôle  dans  cet  acte,  soit  à  l'état  gazeux,  li((uide  ou  s<ilid<>.  Sur  M.ars,  elle  est 
en  faible  quantité'. 

Nous  sommes  déjà  arrivées  ,à  la  conclusion  rpie  ce  que  l'on  considtT.-iit  jusqu'ici 
comme  des  océans,  les  taches  d'un  gris  bleu  vcrdàtre,  ne  sont  pas  des  mers,  mais 
de  vastes  étendues  de  champs  ou  rie  forêts.  Diverses  observations  sont  venues 
confirmer  cette  manière  de  voir  :  canaux  traversant  ces  régions,  changements  de 
tons  suivant  la  saison,  la  couleur  \erte  du  |irintem|is  dexenant  jaune  doré  eu 
automne,  etc.  Ces  uiodilications  impliquent  l'existence  de  l'air  et  de  l'eau. 

La  calotte  polaire  blanche  de  l'hémisphère  nord  de  Mars  est  bien  centrée  sur 
le  pôle.  Mais  on  sait  que  la  calotte  sud  est  excentrique  à  son  pôle  d'environ  7°, 
dans  le  sens  de  .>i"  de  longitude.  (  )n  a  attribné  cette  excentricité  à  une  montagne 
qui  retiendrait  les  neiges.  Jlais  M.  Lowell  n'adopte  pas  cette  manière  de  voir 
pour  les  raisons  suivantes  :  le  froid  augmente  avec  la  hauteur  parce  que  l'enve- 
loppe de  vapeur  d'eau  s'amincit  de  plus  en  plus.  Hui'  la  Terre,  une  élévation 
de  3000""  vers  4.j°  de  latitude  amène  l'observateur  dans  la  région  des  neiges  éter- 
nelles. Mais,  sur  Mars,  il  n'en  peut  être  ainsi.  C'est  la  masse  d'une  planète  qui 
régit  la  densité  de  son  enveloppe  atnios|di<''riiiue.  L'air  diminue  de  densité  par 
une  loi  qui  dépend  directement  de  la  masse  de  la  planète.  Cette  loi.  la  voici  : 

La  densité  de  l'air  variant  d'abord  avec  la  jiression,  nous  avons 

dp       c  clD 

d.v         dx  ' 

où  D  est  la  densité,  /)  la  pression  et  g  la  pesanteur.  I!  s'ensuit  que 

dD 

-^  =  a(i  dx. 

Le  signe  moins  dénote  que  .v  diminue  avec  l'augmentation  de  D. 

Si  a  =  I,  nous  avons 

dD 

—  =-gdx. 
F.,  IL  37 


578  LA  PLANETE  MARS.  1901 

d'où 


/  -jy  =IogD  =  -g.v, 


D  =  e-"'^. 
Pour  une  autre  plauète,  uoiis  avons  également 

D  =  e-f^. 

Ainsi  la  hauteur  néi'essaire  iiour  amener  la  même  (iensiti'  relative  sur  ileux 
atmosphères  planétaires  varie  inversement  à  la  pesanteur  superficielle.  Il  s'ensuit 
i|ue,  pour  arriver  à  un  résultat  pour  lequel  une  ascension  moyenne  suffirait  sur 
la  Terre,  il  laudi'ait  une  grande  ascension  sur  Mars.  Comme  la  pesanteur  n'y  est 
que  de  0,:i7(j,  et  que  ;/  =  :'."'. i'>'j  à  l'équateur,  il  faudrait  une  hauteur  presque 
trijde  sur  Mars.  Un  Gaurisankar  n'y  serait  qu'un  Etna.  S'il  y  avait  des  pics  de 
cette  hauteur,  ils  ne  sauraient  échapper  à  l'observation  télescopique.  Les  pro- 
jections du  terminateur  paraissent  n'être  que  des  nuages,  tellement  leur  aspect 
est  variable.  Mars  se  présente  donc  à  nous  comme  un  monde  essentiellement 
plat. 

D'autre  part,  l'hémisphère  sud  seul  est  recouvert  de  grandes  taches  grises,  et 
ces  estompages  sont  les  plus  étendus  entre  300"  et  'J0°  de  longitude.  C'est  au 
milieu  de  ces  régions  que  se  trouve  la  caljtte  polaire  australe.  Four  qu'elle  ait 
cette  situation  excentrique,  il  est  évident  qu'il  y  a  une  cause  déterminante. 

Il  n'y  a  pa^  de  doute,  pour  M.  Lowell,  que  les  surfaces  bleu  vcrdàtre  sont 
des  bas-fonds  recouverts  de  végétation.  Bien  que  la  cavité  soit  certainement 
faible,  elle  doit  l'ire  cependant  suffisante  pour  recevoir  l'écoulement  de  l'humi- 
dité venant  du  voisinage.  Or,  comme  la  calotte  australe  est  située  dans  une 
région  grise,  il  s'ensuit  que  sa  survie  est  produite  surtout  par  des  bas-fouds  et 
non  pas  par  des  élévations.  C'est  le  contraire  de  ce  qui  se  passe  pour  les  neiges 
terrestres. 

L'auteur  examine  ensuite  comment  ce  i-èsultat  pourrait  être  atteint.  De  même 
que  ce  n'est  pas  la  hauteur,  mais  la  profondeur,  qui  détermine  le  dépôt,  c'est 
encore  la  iM'id'ondeur  qui  produit  le  ph<Miomène  en  question.  Mais  c'est  par  son 
effet  indirect  plutôt  que  par  son  efficacité  immédiate  que  la  profondeur  agit  ici. 
L'hunudité  de  l'air  s'écoule,  il  est  \rai,  dans  ces  «  bas-fonds  atmosphériques  », 
remplis  de  \apeur  d'eau;  car  ce  gaz,  quoiqui^  plus  léger  que  l'air,  se  rencontre 
avec  le  plus  d'abondance  près  de  la  surface,  parce  qu'il  se  raréfie  avec  la  hauteur 
beaucoup  plus  vite  que  l'air.  Il  s'ensuit  que  la  dépression  n'est  pas  un  facteur 
aussi  négligeable  que  l'élévation.  Mais,  même  dansée  cas,  la  différence  de  niveau 
n'elT(;ctue  qu'une  partie  du  travail.  Indirectement,  les  dépressions  font  quelque 
chose  de  plus  :  elles  donnent  nais.sauce  à  do  la  végétation.  La  végétation  elle- 
même  commence  alors  ;\  agir,  produit  do  l'humidité  et  en  renforce  l'action.  Elle 
pompe  l'oau,  .aliii  d'absorber  les  substances  tenues  en  solution  dans  ce  liquide; 
puis,  en  libérant  lu  résidu,  elle  lui  permet  do  s'évaporer.  Ainsi,  l'hiunidité  attirée 


p.  LOU  K1.L.   —  MMiS  1:T  LIS  Kl'OQUl-S  (ILACIAIllKS.  .",7(1 

par  les  terrains  l)ois(^s  retouriio  ;\  rat,rnos[)hère  l'À  est  [irtHo  à  -ic  déposer  de  nou- 
veau. 

Ces  dépôts  d'hiimidito-  un  s'elTertiicnl  sans  d<iute  pas  l;\  comme  iri.  I.a  rar<''- 
faetioii  de  l'air  sur  Mars  est  si  L;raiide,  qu'une  précipitation  sous  forme  de,  pluie 
ou  neige  ne  senilil<>  pas  aussi  [)rohable  ipie  celle  du  ernitact.  e,'est-;\-diro  de  la 
rosée  ou  de  la  LTi'h'O  lilanelie.  Dans  ro  eas,  le  dt'pùl  doit  se  produire  mm  loin  des 
points  d'oritïine.  Htant  dans  une  vallée.  \c:  vent  aura  moins  d  action  el  r.iccrois- 
semeut  des  plantes  einpècluM'a  son  cours  encore  davanl:iye;  puis,  telle  liuiuidité 
prise  ici  n'aura  |dus  lieauconp  de  chances  d'être  pn'cipitee  ailleurs.  lOlle  retour- 
nera pour  recommencer  son  travail  sur  les  plantes.  Mous  arrivons  ainsi  à  la 
conclusion  que  la  plus  gramle  accumulation  de  gelée  blanche  aura  lieu  qucdque 
part,  non  I<.iin  des  ré-servoirs  géni'ranx  d'humidité,  autrement  dit  des  taches 
sombres.  Et  c'est  là  pr('cisément  que  nous  dlisoi'vons  le  centre  de  la  calotte 
neigeuse. 

Le  fait  que  le  petit  reste  de  la  calotte  polaire  sud,  à  la  fui  de  VvU'\  se  trouve  h 
quelque  distance  <lu  pôle  prouve  que  sa  survie  n'i^st  pas  iluo  au  has.inl  de  sa  posi- 
tion, mais  à  sa  propre  épaisseur,  qui  est  assez  grande  pouj-  le  |iri'server  contre  la 
radiation  solaire.  D'autre  part,  ce  qui  reste  des  neiges  lioréalos  d'anni'e  on  année 
ne  doit  sa  conservation  qu'à  sa  latitude,  .Ainsi,  la  survie  de  la  petite  neige  qui 
est  laissée  au  pôle  sud,  au  lieu  di'  deinonti'cr  l'action  de  l'excentricit''.  ne  fait 
qu'accentuer  son  impuissance,  dans  la  présence  des  bas-fonds  et  sans  l'accrois- 
sement d'humidité  dont  nous  venons  de  parler,  il  n'y  aurait  pas  de  neiges 
éternelles  autour  du  pôle  austral. 

Ainsi,  cette  seconde  caractéristique  des  taches  [lolaires,  le  centrage  do  l'une 
et  l'excentricité  de  l'autre,  confirme  et  renforce  le  témoignage  Tourni  par  les 
maxima  et  les  minima,  car  elle  montre  que  les  ndniina  sont  réellement  plus 
accentués  qu'ils  ne  paraissent  létre.  I.e  jietit  mininuun  au  piMe  sud  disparaîtrait 
complètement  tous  les  ans,  sans  l'action  de  causes  locales. 

Cette  recherche  sur  les  calottes  polaires,  conclut  M.  I.owell.  nous  conduit  à 
certaines  curieuses  conclusions.  Elle  débute  par  ime  contradii'tion  app:ii'(!nte  de 
la  théorie  de  Croll.  pour  se  terminer  dans  une  confirmation  lin.-ilc.  l-^lle  montre, 
de  plus,  que  l'excentricité  orbitale,  non  seulement  ne  produit  pas  de  période 
glaciaire  universelle  par  elle-même,  mais  donne  lieu  parfois,  au  contraire,  à  un 
résultat  opposé,  l'effet  du  voisinage  estival  faisant  plus  que  eontre-balaiicer  celui 
de  la  distance  hivernale.  L'excentricité  demande  de  l'eau,  et  une  grande  pro- 
vision d'eau,  pour  déterminer  une  périoile  glaciairi\  .-^i  notre  Terre  pnuvait  se 
débarrasser  de  ses  océans,  nous  aussi,  nous  pourrions  avoir  des  rt'gions  temi)é- 
rées  s'étendaut  jusqu'aux  pôles. 

En  résume,  sur  M:irs,  la  nuit  polaire  arclique  occupe  306  île  nos  jours  cl 
la  nuit  antarctique  381.  Elle  est  donc  de  75  jours  j/Iiis  longue  pour  le  Sud 
que  pour  le  Nord,  el  c'est  ce  qui  explique  ([ue  le  [lole  sud  de  celte  pl;uiéte 
a  plus  de  neige  que  le  pùle  nord.  Mars  est  un  niunde  sans  montagnes;  les 


580  LA  PLANÈTE   MARS.  '  1901 

grandes  taches  soniLros  ne  sont  pas  des  mers,  à  proprement  parler,  mais 
des  terrains  bas  couverts  de  plantes  et  recevant  l'écoulement  des  eaux.  La 
neige  polaire  australe,  (jui  subsiste  après  le  solstice  d'été,  n'est  pas  due  à 
l'rxcentricite  de  l'orbite,  mais  à  un  dépôt  de  gelée  blanche  restant  dans  ces 
régions  humides. 

La  théorie  des  époques  glaciaires  est  traitée  sous  une  forme  plus  géné- 
rale dans  le  Mémoire  suivant. 


OCIjX.XIU.  —  Ohaiu.ier.  —  La  théorie  astronomique  des  époques  claciaires 
SUR  LA  Terre  et  sur  Mars. 

r 

L'Observatoire  de  Lund,  en  Suède,  a  publié  en  1901  un  remari[uable 
travail  de  M.  Charlier  sur  la  théorie  astronomique  des  époques  glaciaii-es, 
appli(jnée  à  la  Terre  et  à  Mars.  Ce  travail  peut  se  résumer  comme  il  suit  : 

Dans  ua  intéressant  petit  Livre  publié  en  IS'.U,  Sir  Robert  Bail  a  exposé  la 
théorie  tie  Croll  sous  une  forme  très  claire,  dont  voici  le  sommaire: 

1"  De  la  quantité  totale  de  chaleur  reçue  du  yoleil  sur  un  hémisphère  de  la 
Terre  dans  le  cours  d'une  année,  63  pour  100  sont  reçus  pendant  l'été  et  37 
pour  100  peiuiant  l'hiver; 

2°  Le  seul  agent  qui  altère  les  conditions  cHmr'i,ériques  des  saisons,  au  point 
de  vue  astronomique,  est  la  différence  entre  la  longueur  de  la  demi-année  d'été 
et  de  la  denn-année  d'hiver. 

Ces  propositions  contiennent  toute  la  théorie  sous  une  forme  condensée.  Il  y  a 
toutefois  certains  détails  importants  qu'il  paraît  nécessaire  d'examiner  plus 
roinplétruieiit  qu'on  ne  l'a  fait  jus(pi'ici. 

Mon  intention  n'est  pas  d'exposer  et  de  soutenir  ici  la  célèbre  théorie  de 
Croll,  et  je  ne  puis  mieux  faire  que  de  renvoyer  au  Livre  de  M.  Bail.  Mais  je 
dois  d'abord  relever  une  objection  faite  à  cette  théorie  par  1\L  Flammarion  dans 
son  grand  (juvrai;e  sur  la  planète  Mars,  ojjjectiou  h  laquelle  s'est  rallié  M.  Ek- 
holm  dans  un  savant  Mémoire  sur  les  variations  du  climat  de  la  Terre  (Quarterhj 
Journal  of  tho  Rmial  Mctror.  Society,  1901  ).  Il  me  semble  qu'une  analyse  plus 
serrée  des  faits  montrera  (pie  plusieurs  circonstances  relatives  à  cette  planète 
fourniss(3nt  un  fort  argument  en  faveui-  d'une  explication  astronouiicpie  de  l'âge 
glaciaire. 

Le  seul  éh''mcnt  astronomique  agissant  dans  cette  théorie  est  la  variation  de 
IciHgueiir  des  ditTérentes  saisons.  C'est  ce  fait  que  je  vais  discuter.  Toutefois  il  y 
a  quelques  remarques  à  faire  sur  l'aspect  physique  du  sujet,  c'est-à-dire  sur  la 
([uantité  de  chaleur  reçue  du  Soleil  aux  dilït'rentes  latitudes  de  la  Terre,  suivant 
les  saisons. 

Cette  question  a  été  complètement  traitée  par  Meech  et  par  Wiener.  En  inté- 


CIIARLIEIi.   -  ÉI'OQUES  (n.ACIAIRF?  SUR  LA  TERRE  ET  SUR  MARS.       r.Sl 

grant  les  formules  assez  compliquées  qu'ils  ont  calculées,  on  arrive  comme 
conclusion  aux  valeurs  suivantes  pour  la  quantité  de  chaleur  reçue  de  l'équinoxc 
do  printemps  à  l'équinoxe  d'automne  (saison  d'étél  et  de  l'équinoxc  d'automne  -h 
celui  ilu  printemps  isaison  d'hiver). 

Il  s'agit  de  la  quantité  de  chaleur  reçue  du  Soleil  par  la  Terre  pendant  le 
temps  mesuré  par  la  variation  de  la  longitude  du  Soleil,  sur  une  unité  de  siu'faco 
de  la  Terre  située  ;\  la  latitude  -f. 

QLANriTÉ  m:  chai.euh. 


(ttu.lo. 

Elé. 

HiTcr. 

Sumoie 

ItilTérem-c 

0 

0 

175,4 

175.5 

3 '.0,8 

0,0 

10 

1S5,6 

IG0.2 

31), 8 

'  25,1 

20 

190.6 

l'iO.s 

331,4 

49,8 

30 

190.3 

117,7 

3U8,0 

72,6 

40 

185, î 

91.7 

27i;,9 

93.5 

50 

175,6 

fii,l 

239,7 

111.5 

60 

162,7 

36,7 

199,  i 

!26,0 

70 

151,5 

H, 7 

166.2 

136,8 

80 

Uf5,9 

3,5 

150.  i 

113,4 

90 

U5,4 

0,0 

115.4 

14.=i.l 

Il  est  remarquable  que  la  différence  entre  la  chaleur  de  l'été  et  celle  de  l'hiver' 
peut  être  exprimée  par  une  formule  tiès  simplt;.  Rigoureusement  parlant,  cette 
différence  de  chaleur  entre  !'('té  et  l'hiver  est  égale  à 

2  -  /;  .        . 


V  .'  \  1 


■  c- 1 


formule  dans  laquelle  s  représente  l'obliquité  de  l'écliptique  et  o  la  latitude, 

c'est-à-dire  que  la  chaleur  de  l'été  moins  la  chaleur  de  l'hiver  égale  14.5,4  sin=. 

Pour  obtenir  la  quantité  totale  de  chaleur  sur  une  étendue  déterminée  de  la 

surface  du  globe  il  faut  une  autre  intégration.  M.  Bail  a  trouvé  ]]iiur  l'hémisphère 

nord  : 

.    1          .     ....        _,  r  ^-  2  ^iu  £ 
Chaleur  de  1  ete  =  L ^^ , 

-  -2  sin: 
Chaleur  de  l'hiver  =  E ; > 


formules  dans  lesquelles  2E  représente  la  chaleur  totale  reçue  en  une  année  du 
Soleil  par  la  Terre  entière.  Le  résultat  numérique  est  ù.Cr.'T  E  |)our  l'été  et  0,373  E 
pour  l'hiver. 

De  ces  expressions  il  suit  que,  lorsque  l'ubliquité  de  l'éelijitique  augmente,  la 
chaleur  reçue  pendant  l'été  s'accroît,  taudis  que  celle  reçue  pendant  l'hiver 
diminue.  Or,  d'après  Stockwell,  l'obliquité  de  l'écliptique  u'oscille  que  de  l",3l,  de 
part  et  d'autre  de  .sa  valeur  moj^enne  23",  29.  La  variation  qui  en  résulte  ue  s'élève 
qu'à  0,ti7  pour  100,  quantité  insignifiante  si  ou  la  com]iare  à  l'effet  causé  par  la 
variation  de  longueur  des  saisons. 


58Î  LA  PLANETE   MARS.  I9U1 

Nous  arrivons  inniiitenant  au  calcul  de  la  longueur  des  saisons  terrestres  : 
saison  dété,  de  l'équinoxe  do  printemps  à  l'i'quiuoxe  d'automne;  saison  d'hiver 
pour  l'autre  section  de  l'orlMte. 

On  a 

Longueur  de  l'été  =  T  M  h sin  X  ) , 

Longueur  de  l'hiver  =  T  (  1  —  —  sinX  j, 

(A)  bifféreuce  été  —  hiver  =  -—  e  sin  X, 

Le  temps  T  =  ^%^  =  ISifi'i. 

La  (lilTérenco  été  moins  hiver  est  donc  de  105,2  x  e  sinX. 

Si  l'on  cxpi-ime  par  y  la  longitude  tiu  point  où  la  Terre  passe  à  l'équinoxe  de 
priutenqis  et  jiar  -  la  longitude  du  périiiélie  de  la  Terre,  on  a 

X  =  Y  -  '=• 

En  comptant  les  longitudes  de  la  position  du  point  é((uinoxial  en  LS'iO,  ou  a 

X  =  18II"— 50",23G(i  —  lsr,0|. 

lit  la  formule  définitive  est 

Kté  —  hiver  =  405,2  x  r  sin  (  ISU»—  5fr,  23tj  t  —  r.), 

le  temps  étant  compté  de  1X50. 

l'ar  cette  formule,  la  diflférence  en  jours  entre  la  longueur  de  la  saison  d'hiver 
et  colle  do  la  saison  d'été  peut  être  obtenue  pour  quelque  époque  que  ce  soit. 

l'oui'  ol}teuir  la  dilTérence  entre  la  longueur  des  saisons  chaude  et  froide 
il  inqiortc  de  connaitre  les  variations  séculaires  de  l'excentricité  de  l'orbite 
terrestre  et  de  la  longitude  du  périhélie.  Les  voici,  [lour  'lUUUOl)  ans,  d'après  Le 
Verrier  et  8tockwell  : 


\llll.-f». 

K\CLMilririlé. 

Porilirlip. 

■3(111000 

ii,o;i7:i 

-133" 

•'J'.IOOOII 

o,0:i:i7 

-  i02 

■isnouu 

o,o2i;;' 

—373 

■270000 

(i,oii;:i 

-35.') 

■20(1  III 10 

0,00',):! 

-    377 

'2:>llllOll 

0,0101 

— '|I13 

■2  H)  m  II) 

0,0271 

— 3.SS 

■2:!00lll) 

0,li:!70 

-  -300 

•2200011 

(),o.'i:i7 

-3-10 

210000 

0,0471 

315 

•^uoooo 

0,0170 

-2'Jl 

r.ioooii 

0.llii2 

200 

■180  000 

0,0306 

--21i 

Années. 

Excentricilcv 

Périhélie 

—  00000 

0,0302 

—  124' 

—    SOOOO 

0,0343 

—  99 

—  70000 

0,0269 

—  70 

—  00000 

0,0181 

—  50 

-   50000 

0.0110 

-  Cl 

—   iOOllO 

0,0110 

—  83 

—  30000 

0,0157 

-  79 

—  20  000 

0,0102 

-  59 

—    10000 

0,0195 

-  31 

0 

O.OUiS 

0 

-1-    10  0110 

(1,1111.) 

H-  36 

H-  20000 

0,0055 

■+■  92 

-f^   30000 

0,0049 

+200 

ClIARLII-R. 

—  f-.pog 

UES  GLA( 

Aiiticc?. 

EviMMilricitr 

PcriiH'lie 

-170000 

0.(Kî:ii 

—  UiOOOO 

(),Oîs:! 

^  _  •)■}'! 

— ir)O0iio 

o.o-2:.i 

-  MS 

-liOOOO 

o,o-,'r,ti 

-■•Il 

—  130  000 

o,o;i07 

-•W(i 

—  l'.'OOOO 

o.o:'..")(; 

-1110 

—  110000 

o.o:!',f. 

—  170 

—100000 

0,0-'i0S 

—US 

P.POUUES  GLACIAIRES  SUR  LA  TLRRK  ET  SUR  MARS.       f.S:! 


Aiiiiri'S. 

Exu-ntrîrtlê. 

IVrîlulio 

.    40000 

0,0077 

-   t2.S 

ÔOOOO 

0.01:!i 

-r-2!)7 

"  GO  000 

O.llllJ 

+3-2.i 

t-  70000 

0.01:11 

-i-:i'i.5 

r    SOOOH 

(1,011.! 

-4-:i,5'. 

h  «JOOOO 

O.iIllO 

+310 

•  100000 

0,01 'i3 

-r-3i8 

Ces  valeurs  sont  i.Tapliiqucincnt  représentées  sur  les  ileiix  figures  ci-dessens. 




0.050 

^ 

O.OM) 

N 

/ 

\ 

/ 

/ 

\ 

s, 

0.030 

1 — ^ 

\ 

/ 

\ 

y 

\ 

a020 

\, 

/ 

V. 

y 

-N 

\, 

^ 

k^ 

0,010 

\ 

-^ 

0.000 

n  _9 

0  -7 

R    -7 

/.    -■? 

-7    -? 

n  -1 

«  -1 

R    -1 

V  -1 

7  -1 

1  - 

1  - 

î  -' 

' 

1    t 

'  +. 

K     +1 

î      + 

=,     +■ 

1 

Fig.  370.  —  Variations  de  rexcoDtricité  de  l'orbiie  terrsitie.  depuis  MOCiWl  ans  avant  ncdre  t-poque 

jusque  dans  liionoi)  ans. 

La  longitude  du  périhélie  est  conip;ée  de  la  position  en  1S.M).  Elle  était  alors  de 
100°  îl'. 


400 
300 
200 

100 
0 

100 
200 
300 
M)0 
500 


Kig.  377.  —  Longitude  du  périliélie  de  Inrldte  tm-reslre.  depuis  o'.iO'HHi  ans  avant  iiutre  époque 

jusque  dans  100000  aus. 


1 

— , 

1 

^ 

^ 

/^ 

y 

/ 

i 

^ 

3 

0    2 

B    2 

6    2 

V    2 

Z    2 

D     1 

9     \ 

B     1 

W     1 

2     1 

\      ^ 

;     ' 

1-     t 

^ 

1     2 

^ 

e 

.     ( 

!       1 

0 

^ 

^ 

-^ 

^ 

S  . 

^ 

y' 

^ 

, 

D'après  les  nombres  qui  précèdent,  on  peut  cahuiler  les  périodes  de  uiaxima 
et  de  minima  et  les  valeurs  correspondantes  de  !a  illiyéreuce  entre  la  longueur 
de  la  saison  d'été  et  celle  de  la  saison  d'hiver.  Voici  le  résultat  : 


584 


LA   PLANÈTE   MARS. 


lyoi 


DIFFÉRENCES   ENTRE    r.A   LONGUEUR   DES   SAISONS    D'eTÉ    ET   D  HIVER    Sun    LA   TERRE, 

DEPUIS  300000  ANS  et  jusque  dans  600000  ans. 


thttirenec 

Différcnre 

Différence 

Annéps. 

en  jours. 

Années, 

en  jours. 

Années. 

en  jours. 

-2iiiono 

— 15,8 

—  103000 

+  14,0 

—47  000 

+5,1 

■279000 

+  11.0 

-15-2000 

-1*2,1 

—36000 

-0,0 

'2(),S0(IO 

-  7,0 

—  liOOOO 

+  12,0 

— îiOOO 

+8,1 

'•25f.0()0 

+  5,0 

—  r2'.)00l) 

-1-1,4 

-13000 

-8,8 

'.'■'iSOOO 

—  10, -2 

-117000 

+  17, '2 

—  1000 

+7,9 

■233000 

+  15,8 

—105000 

-18,0 

+  11000 

-5,1 

^■210l)0 

-?0,0 

—  04000 

+  18,0 

+■2-2000 

+•2,3 

21000(1 

-i--21,'.l 

—  «000 

-1G,3 

+31000 

-2,8 

1  OS  000 

-'21,1 

—  710(10 

^-I3,0 

+45000 

+5,1 

187  000 

+■20,0 

—  5'.IOO0 

—  ■',',1 

+57  000 

-6.5 

175000 

—10,7 

Ces  valeurs  sout  traduitos  en  (iiagrainmes  sur  la  figure  3.  (")n  y  constate  que 


Fi^^.  37s.  —  Diai^raimiii'  ?s(.-iH'nKitiquc  montrant  les  difforences  de  lonsueiirs  en  jours 
enliT  les  .saisons  d'i-tO  et  d'Iiiver,  depuis  3U0  0U0  aus  jusejue  dans  OOUOO  ans. 

depuis  ,300000  aus  il  y  a  eu  13  niaxiiua  et  autant  de  luiuiiaa  tle  ladilîéreuce  entre 
la  longueur  des  saisons  delc'  et  d'iiiver.  Des  époques  glaciaires  sont  arrivées  sur 
la  Teri-i!  alteriiativenient  dans  les  hémisphères  sud  (niaxiiua)  et  nord  (iniiiinia), 
si  d'autres  circonslauces  ne  smit  i)as  intervenues. 

Ij'inlluence  dos  variations  dans  la  longueur  des  saisons  a  été  la  plus  prononcée 
outre  les  années  — 240000  et  -70  000,  La  plus  grande  différence  entre  les 
longueurs  des  saisons  ciiaude  cl  l'roide  est  arrivée  en  —  20U00O  et  — -210000: 
elle  s'est  élevée  à  près  de  ii  jours. 

Le  calcul  précédent  n'est  qu'approché.  On  y  a  supposé  que  le  périhélie  de 
l'orbite  terrestre  se  déjjlace  d'un  inouveinent  unirorine.  Mais  on  peut  porter  ce 
calcul  à  une  plus  grande  [U'écision  eu  tenant  eunipte  do  la  variation  de  ce  déplace- 


CHAHLIEK.  —   ÉPOQUES  r.I.ACIAlRES  SUR  LA  TERRI-   ET  SUR  MARS.       ÛSô 

ment.  On  trouvo  alors  que  la  plu.'!  i,'ranclo  diffc'rence  entre  la  .sai.son  cliamle  et  la 
froide  peut  s'élever  A  :!!  jours  et  demi. 

Voici   le  calcul    pour  le   temps  compris   depuis    lOOOOi)    ;uis    et  Jus([ue  dans 
10000  ans  de  la  différence  précise  de  ,-)000  en  5000  ans  et  de  1000  en  1000  ans  : 


lHIT.'TOncc 

DilTériMict. 

llilTt'rcni-p 

Années. 

en  jiiur^. 

Ariiièp^ 

en  jour<. 

Aiinéos. 

0(1  jours. 

100(100 

—  0,5 

—30  0110 

4,7 

— 

2000 

-i-7.2 

95000 

-18,1 

- -25000 

+  5,4 

— 

1  000 

+7.9 

90000 

+   5,'l 

—•30000 

+  7.4 

onoo 

+7,7 

■  85000 

-15.1 

-15000 

--  4,0 

+ 

1000 

+0,7 

■  80000 

—  s. S 

-12000 

—  9.1 

-H 

2000 

+5,2 

■  75080 

-^-10,5 

—  11000 

-  9.1 

-H 

3000 

+3.3 

■  70000 

-^  O.i 

—  luiiOO 

—  S.  4 

-, 

1000 

-i  1,2 

65000 

—  l.fi 

-  y  000 

-  M 

-i- 

5000 

-O.S 

00050 

—  7,8 

—  sono 

—  5.2 

4- 

0000 

-2.8 

55000 

-t-  0,7 

—  7  000 

-  3.0 

+ 

7000 

-4.2 

50000 

^  4,0 

—  0000 

nji 

+ 

8000 

-5.1 

iôOOO 

+   1.0 

—   5000 

+  2.2 

9000 

—5.5 

10000 

-  0.4 

—  4  000 

-    4.5 

IOOOO 

-5,1 

35  000 

—  5,7 

—  3  000 

-    6,2 

Actuellement,  la  saison  froide  est  do  7',  666  plus  courte  que  la  saison  chaude 
pour  l'hémisphère  nord.  La  différence  va  en  décroissant  et  atteindra  0  dans 
4500  ans.  Dans  9000  ans  nous  aurons  une  période  froide  pour  notre  hémisphère  bo- 
réal, car  alors  la  saison  d'été  y  sera  de  6  Jours  plus  courte  que  la  saison  d'hiver.  En 
ce  moment  nous  avons  passé  le  maximinn  de  la  longueur  de  la  saison  d'été,  qui 
est  arrivé  il  y  a  environ  900  ans,  alurs  qu'elle  était  de  8  jours  plus  longue  que 
l'hiver.  D'après  la  théorie  astronomique  des  époques  glaciaires,  l'hémisphère 
austral  devrait  avoir  une  période  froide  depuis  plusieurs  siècles.  Mais  cette 
conséquence  parait  tempérée  par  la  présence  des  océans. 

La  dernière  époque  des  longs  hivers  pour  l'hémisphère  nord  a  eu  lieu  il  y  a 
11500  ans,  lorsque  la  longueur  de  la  saison  froide  était  de  9  jours  plus  gramle 
que  celle  de  la  saison  chaude. 

Une  autre  époque  de  longs  hivers  est  arrivée  il  y  a  33000  ans  iditïéreace  de 
6  jours),  une  autre  vers  l'an  —62000  (différence  de  9  jours)  et  une  beaucoup  plus 
marquée  vers  l'au  —  .S4000,  où  la  saison  d'été  était  de  17  jours  plus  courte  que  la 
saison  d'hiver. 

Ces  données  sont  graphiquement  représentées  sur  la  figure  379. 

Essayons  maintenant  de  faire  les  mêmes  recherches  pour  la  planète  Mars. 

L'obliquité  de  l'axe  de  rotation  de  Mars  sur  l'écliptique  est  a'-tuellenient  de 
24", 87;  elle  varie,  comme  celle  de  la  Terre,  entre  des  limites  très  étroites.  La 
distribution  de  la  chaleur  sur  les  différentes  latitudes  de  Mars  iloit  juar  consé- 
quent être  à  peu  près  égale  à  ce  qu'elle  est  sur  la  Terre.  M.  Flammarion 
l'a  calculée  à  0,634  E  pour  la  saison  d'été  et  à  0,360E  pour  la  saison  d'hiver,  2  E 
représentant  la  quantité  totale  de  chaleur  reçue  sur  les  deux  hémisphères  de 


586 


LA    PLANKTE   MA  US. 


1901 


Mars  pendant  une  année  martienne.  On  voit  que  la  proportion  est  ù  peu  près  la 
même  que  pour  la  Terre. 


Fig.  37'J.  —  Dilïérence  entre  les  longueurs  de  la  .«saison  dCté  et  de  la  s.-iisori  d'hiver, 
depuis  lOUOOO  ans  jusque  daus  lOOUO  ans. 


11  reste  à  calculer  la  longueur  des  saisons  sur  Mars  et  leurs  variations. 

Les  variations  séculaires  de  l'oxcentrieité  ot  do.  la  longitude  du  périhélie  de 
Mars  sont  données  par  les  fnrnudes  de  Stockwell,  et  nous  |)oiivons  écrire,  comme 
nous  l'avons  fait  plus  haut  pour  la  Terre  [formule  C  A|, 


I )ill'érence  été  —  hiver  = 


8T 


c  sinX. 


Mais  il  faut  calculer  la  précession  de  rax(^  ih;  Mars  {'(). 

Cette  préeession  est  causée  par  l'attraction  du  Soleil  et  des  satellites  sur  lo 
reullement  éipiatorial  de  la  planète.  ContrairenK'ut  ;\  ce  qui  arrive  pour  la  Terre, 
l'intluence  des  satellites  peut  être  négligé'o  :  leur  masse  est  insignifiante,  et  ils 
n'ont  exercé  aucune  action  sur  la  durée  de  rotation  de  la  planète.  La  circons- 
tance remarquable  que  cette  durée  est  plus  longue  que  celle  de  la  révolution  du 
premier  satellite  doit  être  attribuée,  conimo  l'a  ('lahli  M.  hai-w  iii,  :i  l'iiiiluence 
de  marée  du  Soleil  sur  la  planète.  Si  l'inlUience  de  niar<'('  des  satellites,  qui  est 
proportionnelle  à  leur  iiilluence  sur  la  précession  de  l'axe  do  rotatitui,  était  de 
]iii''me  grandeur  ou  plus  grande  (pic  ci.'lle  du  .'^(dçil,  aucun  ralentissement  du 
temps  de  rotation  de  la  planète  n'aurait  pu  se  |iroduire.  D'autre  part,  les  satel- 
lites gravitent  ù  peu  jjrès  dans  le  plan  de  l'éipiatcur  de  Mars  et  par  conséquent 
ne  peuvent  exercer  aucune  action  importante  sur  le  mouvement  de  l'axe  de 
rotation.  Ils  ne  pourraient  pi-oduir.-  (|u'un  i-clanl  sur  la  ]ir(''ccssii)n  des  éi|niaoxes 
causée  par  le  Soleil. 


CHARLIER.  —  KI'OOUES  GLACIAIRF.S  SUR  l.\  TKKRE  ET  SUR  MARS.       587 
La  précession  causée  par  le  Soleil  peut  être  exprimée  par  la  fi)i-iiuile 


Precession  = — ;  — eose — : —  t, 
'    n  A 


dans  laquelle 


n'  =  le  moyen  mouvement  de  Mars, 
n  =  son  moyen  mouvement  de  rotation, 
E  =  l'obliquité  de  l'axe, 

— -r-^  =  l'elliptifité  de  la  planète. 

De  ces  quantités,  l'ellipticité  est  imparfaitement  connue.  Sa  valeur  ne  doit  pas 
beaucoup  différer  de  ^^.  Pour  les  autres  olémi^nts,  j'adopterai,  d'après  E'iamnia- 
rion,  les  valeurs  suivantes  : 

(i'=       r,8".i00O", 
n  =  4i;'ilJI)0U0U", 

L'unité  de  temps  est  l'année  trojiique. 
Par  ces  valeurs  on  obtient 

Précession  des  équinoxes  de  Mars  =  —  fi",  321 1. 

La  longitude  du  point  de  l'orbite  de  Mars  à  l'équiuoxe  de  printemps  martien 
est,  d'après  Flammarion,  86°,  8.  Nous  avons  donc 

■/  =  86",8  — fi",3-2U. 

Ces  valeurs  de  Y,  e  et  -  doivent  être    sulistituées  dans    la    formule  (A)  pour 

la  différence  entre  la  longueur  de  l'été  et  de  l'hiver  de  l'hémisphère  nord  de 

Mars  : 

ST 
Différence  =  '—  e  sin  (  y  —  -  ). 

La  révolution  de  Mars  a  pour  valeur 

2  T  =  686,93  jours  solaires  moyens; 

d'Où 

Différence  =  875,0  siniY  —  -i. 

<Jn  trouve,  eu  effectuant  le  calcul,  que  la  différence  de  durée  entre  la  saison 
chaude  et  la  saison  froide  de  Mars  peut  s'élever  à  l•^2  jour.s. 

Ou  voit  par  là  qu'il  y  a  environ  10000  ans  l'hiver  et  l'été  sur  Mars  étaient 
d'égale  loui,'ueur.  Depuis  cette  époque,  l'été  de  l'hémisphère  nord  s'est  accru 
aux  dépens  de  l'hiver.  Actuellement  la  différence  s'élève  à  75  jours  et  elle  va 


588  LA  PLANETE  MARS.  1901 

coiitiniior  à  s'accroître  jusqu'à  Sfi  jours,  ce  qui  arrivera  dans  4000  ans.  Après 
17000  ans  la  longueur  des  deux  saisons  sera  égale  de  nouveau  ('). 

Il  est  claii-  d'après  cela,  selon  la  thècirio  astronomique  des  époques  glaciaires, 
que  les  habitants  supposés  de  Mars  se  trouvent  au  milieu  d'une  époque  glaciaire 
dans  l'hémisphère  austral,  l'hiver  y  étant  de  75  jours  plus  long  que  l'été. 

Que  nous  apprennent  les  observations  astronomiques  faites  sur  les  deux  hémi- 
sphèi'es  de  cette  planète  au  point  do  vue  climatologique?  Herschel,  Schrœter,  Béer 
et  Mi'idler,  Lassell,  Lockycr,  richiaparelli  et  Flammarion  concluent  de  leurs 
observations  attentives  ([ue  les  dimensions  des  neiges  polaires  présentent  la 
même  étendue  sur  les  deux  hémisphères,  ainsi  que  do^s  variations  analogues. 
Flammarion,  qui  a  discuté  le  sujet  avec  un  grand  soin,  assure  que  «  les  varia- 
tions des  deux  pôles  sont  comparables  entre  elles  »  et  ajoute  que  «  la  théorie  de 
la  variation  séculaire  des  climats  terrestres  fondée  sur  l'excentricité  de  l'orbite, 
proposée  par  Adhémar  et  reprise  par  James  (.'rull  sur  d'autres  bases,  n'est  pas 
confirmée  par  l'examen  de  Mars  ». 

Je  ne  partage  pas  sur  ce  point  l'opinion  ilu  célèbre  astronome  français.  D'après 
la  théorie  de  CroU,  le  climat  d'un  hémisphère  sur  une  planète  dépend  de  la 
longueur  des  saisons.  Il  en  résulte  que  le  climat  de  l'hémisphère  austral  de  Mars, 
sur  lequel  l'hiver  est  de  75  jours  plus  long  que  l'été,  doit  être  plus  rude  que 
celui  de  l'hémisphère  boréal,  soumis  ti  un  régime  contraire,  en  admettant  que 
les  conditions  physii|ues  et  g('ologii[nes  des  deux  hi'uiisphères  soient  les  mômes. 
Tel  n'est  pas  le  cas  de  Mars.  L'hémisphère  nord  est  presque  entièrement  conti- 
nental, tandis  qu'une  surface  égale  k  00  pour  100  en  moins  de  l'hémisphère  sud 
est  couverte  d'eau.  Mue  tulle  distribution  do  terres  et  do  mers  doit  nécessairement 
contre-balancer  l'etTet  dos  longs  hivers  sur  rhéniis|dière  austral  Si  la  longueur 
des  saisons  était  sans  influence  sur  les  climats  (la  ipiautité  de  chaleur  pendant 
chaque  saison  étant  inaltérée),  la  distribution  des  terres  et  des  mers  sur  Mars 
aurait  nécessairement  pour  résultat  ([ue  la  glace  sur  l'hémisphère  nord,  princi- 
palement continental,  ne  pourrait  pas  en  une  année  fondre  autant  que  sur  l'hé- 
misphère sud.  Cependant  c'est  ce  qui  arrive  en  réalité.  De  là  il  me  semble 
logique    de  conclure  que  la  théorie  astronomique  des  ('poques   glaciaires   est 

(')  Étant  duiiiic  que  l.i  |il:iiiète  Mars,  conlr.uroiueiit  à  la  Terre,  possède  un  inuyen 
mouveiiieiit  de  son  périhélie,  la  formule  iiréeédente  est  applicable  à  un  temps  plus  long 
pour  Mars  que  pour  la  Terre.  La  valeur  aiuuielle  de  ce  mouvement,  moyen  est 

-^-  i;'.7Si, 
■it,=  33:i°,8, 
Y-T  =  I13",0-'21",  m,i 
et 

Différence  =  ST.'i.Oe  siii(ll:!",0      Vi\m,t). 

Il  résulte  (le  celte  formule  que  les  périodes  de  maxima  se  suivent  à  des  intervalles 
de  53800  ans.  La  différence  entre  les  saisons  devicni  zéro  aux  époques  au.xqiielles 

in».o     ':\"\o:,  i  =  u  uso-, 

n  étant  une  quantité  arbitraire,  positive  on  négative. 


n!iAUi,ii;i{.      i;ponn;s  ci.AriAiRF.s  suit  i.\  ti-urk  ht  suh  mars.     580 

valablo  et  oxiilii]uo  d'iino  inanièro  satisfaisante  les  coiulitious  oliinatéri(iuos  de 
notre  planète  voisine. 

Le  géologue  suédois  llolst  a  récemment  montré  que  les  variations  du  niveau 
de  la  mer  dans  les  derniers  temps  géologiques  peuvent  s'expliquer  par  la  pres- 
sion exercée  par  le  poids  de  la  glace.  Cette  thé^orie  complète  la  précédente  et 
permet  d'expli(]uer  pourquoi  les  environs  du  pôle  sud  de  Mars  ont  reçu  leur  ca- 
ractère actncl. 

11  y  a  dix  mille  ans,  les  saisons  sur  .Mars  (•talent  d'égale  longueur,  l'été  et 
l'hiver  ayant  chacun  343', ô.  Depuis  cette  époi[ue,  l'hiver 'de  l'hémisphère  sud  a 
augmenté  en  longueur  et  le  diiuat  de  celte  moiti(!  de  la  planète  est  devenu  plus 
rude.  La  distribution  des  terres  et  des  mers  ayant  peut-être  été  alors  plus 
uniforme  sur  reu.semble  de  la  planète  que  de  nos  jours,  une  masse  do  glace 
grandissante  a  dû  s'accumuler  pendant  plusieurs  siècles  autour  du  pôle  sud. 
Avec  le  temps,  le  poids  île  cette  calutte  de  glace  a  été  si  considérable,  que  le 
continent  sous-jacent  s'enfonce  lentement,  l'eau  des  autres  régions  de  la  planète 
transporte  au  pôle  la  chaleur  des  régions  équatoriales,  la  glace  fond  peu  à  peu 
et  l'état  actuel  d'équilibre  est  atteint. 

Quelle  que  soit  l'origine  de  la  distribution  actuelle  des  terres  et  des  eaux  sur 
Mars,  c'est  assez  pour  la  théorie  astronomi([ue  de  rendre  compte  de  l'état  pré- 
sent des  conditions  climatologiques  de  la  planète. 

O.-V.-L.  Charlier, 

Observaloire  de  Lund 

En  réponse  à  ce  savant  Mémoire,  publié  par  l'Observatoire  de  Lund,  je  ne 
puis  que  répéter  ce  que  j'ai  écrit  au  premier  A'olume  de  cet  Ouvrage  :  c'est 
que  les  neiges  polaires  sud  fonilent  autant  que  les  neiges  polaires  nord, 
que  ce  climat  ne  parait  pas  rigoureu.x.  connue  il  devrait  l'être  d'après  la 
théorie  astronomique  des  époques  glaciaires,  et  que,  par  conséquent,  les 
observalions  de  la  planète  Mars  n'appuient  pas  cette  théorie. 

M.  Charlier  invoijue  l'inégale  distribution  des  terres  et  des  mers,  dans 
les  deux  hémisphères  de  Mars,  pour  expliquer  l'analogie  climatérique  de 
ces  deux  hémisphères  :  la  moitié  sud,  maritime,  étant  tempérée  relativement 
à  la  moitié  nord,  continentale.  Il  peut  se  faire  que  cette  répartition  ait  luie 
influence  sur  les  températures,  mais  nous  ne  sommes  pas  en  droit  de  l'affir- 
mer, car  nous  ne  sommes  pas  méiue  siu-s  que  les  taches  grises  do  Mars 
représentent  des  eau.-^.  11  devient  même  de  plus  en  plus  probable  (]ue  ce 
sont  des  plaines  végétales.  Dans  tous  les  cas,  l'eau  n'est  pas  en  grande 
quantité.  Les  surfaces  liquides  ou  humides  peuvent  être  vastes,  mais  le 
volume  total  de  l'eau  doit  être  faible,  relativement  à  celui  des  mers  ter- 
restres. 

Par  une  circonstance  plutôt  fâcheuse,  le  cap  polaire  sud  fond  même  plus 


590  LA  PLANETE  MARS.  1901 

complèteiiienl  que  le  cap  polaire  nord.  Nous  l'avons  bien  vu  en  1894,  on  il 
a  pres(jne  disparu.  Il  est  plus  réduit  que  le  nord  à  son  minimum  et,  d'autre 
part,  il  est  plus  étendu  à  son  maximum,  ou  il  atteint  50°  et  davantage,  de 
diamètre,  tandis  que  le  nord  ne  dépasse  guère  40°. 

Ainsi  le  froid  ne  persiste  pas  sui'  riiémisplière  austral  de  Mars,  les  neiges 
polaires  même  y  fondent;  il  n'y  a  pas  là  d'i''poiiLio  glaciaire,  et'Ies  mers 
martiennes  ne  suffisent  pas  pour  corriger  racti(jn  de  l'excentricité  de  l'orbite  : 
la  longueur  des  liivers  ne  sert  qu';i  dunnei'  un  peu  plus  d'extension  au 
maximum. 


cûXCLUsioN  DI-;  GK  i)i:;uxiÈMi-;  volume. 


Les  oljsci-valioiis  fiiiles  sur  la  iilaiiéto  Mars  oui  pris  un  Ici  (lével(>[)i)ciiH'iiL 
depuis  la  pulilication  de  uolrc  ]ir(Mi)ier  Wtluine,  que  la  synthèse  que  nous 
avons  eulreprisc  est  doveuur  uni'  vérilaldi;  enciiclopédie  martienne.  Voici  ce 
deuxième  Volume  an-i\é  aux  limites  i-aisoniialiles  d'une  ilimensioii  normale, 
aux  600  pages  du  premier  Volume,  et  dans  noire  désir  de  rester  aussi 
complet  que  possible,  de  ne  rien  omelire  de  tout  ce  (jui  peut  avancer  notre 
connaissance  de  ce  monde  voisin,  nous  n'avons  jias  dépassé  rojiposition 
de  1900-1901.  l'n  troisième  Volume  est  donc  exigi'  par  les  observations 
récentes,  non  moins  importantes  i|ui.'  les  précédentes,  et  de  plus  en  plus 
avancées. 

Nous  ne  pouvons  mieux  faire,  pour  cor]i|)léli'i-  ce  Voluine-ci.  (.|ue  de 
l'illustrer  par  une  Carte  générale  représentant  l'ensemble  de  tontes  les 
observations  au  point  où  nous  sommes  arrivés,  luette  Carte,  que  nou.s  avons 
construite  à  la  lin  de  l'année  1901  et  publiée  au  ButUtin  de  mars  \'Mi  de  la 
Société  astronomiiiue  de  France,  est  aussi  complète  que  possible;  nous  eu 
avons  iireparé.  étudié  et  discuté  tous  les  détails  avec  le  plus  grand  soin,  i-t 
elle  a  été  dessinée  par  M.  .\ntoniadi  avec  une  habileté  dont  seront  agréable- 
ment l'rappés  tous  ceux  qui  se  donneront  le  plaisir  d'examiner  ce  beau 
travail. 

Les  Cartes  de  M.  Schiaparelli  se  compléient  les  unes  les  autres:  mais 
l'astronome  de  Milan  n'a  pas  réuni  toutes  ses  observations  et  toute  sa  no- 
menclature aréographiiiue,  si  gracieuse  el  si  charmante,  sur  une  seule 
Carte.  Aussi,  le  besoin  de  rassembler  tous  les  travaux  les  plus  dignes  de 
foi  en  une  seule  étude  topographique  de  la  planète  s'imposait-il  en  quelque 
sorte.  La  présente  Carie  comble  celle  Licum-.  Klle  contient  toutes  les  obser- 
vations faites  par  M.  Schiaparelli,  celles  que  nous  avons  faites  à  l'Obser- 
vatoire de  Juvisy,  M.  .Vntoniadi  et  moi,  plus  une  partie  des  détails  vus  par 
MM.  Lowell,  Cerulli  et  Moleswortb.  el  conlirmés  par  les  membres  de  la 
Commission  aréographique  de  la  iîritisb  astrouomical  .Association. 

Tous  les  détails  indiqués  sur  celte  Carh;  nous  paraissent  suflisanimeut 
observés  depuis  1877  jiour  être  cousidéri's  comme  certains. 

Les  observations  ont  établi  que  la  surface  de  Mars  est  soumise  à  de  pro- 
fondes et  rapides  transformations,  l.hi  ne  saurait  donc  prétendre  construire 
une  Carte  permanente  de  la  planète.  Dans  ces  conditions,  cette  Carte  est.  en 
quelque  soi-le,  un  étal  moyen  des  sensations  aréoscopiques. 


592  LA   PLANÈTE    MARS. 

Les  canaux  (]ui  ont  été  vus  le  plus  souvent  doubles  y  sont  représentés 
douilles  ((^.erbèrr,  Casius,  Gyndes,  Heliconius,  l'rotonilus,  Pinson,  .laniuna, 
Ilydraotes,  Xilokeras,  Gange,  Nilus,  etc/  ;  les  autres  sont  simples.  La  tona- 
lité des  mers  est  entièrement  basée  sur  les  oiiservations  que  nous  avons 
faites  à  Juvisy,  de  1894  à  19(11.  Les  contours  des  mers  sont,  de  préférence, 
ceux  de  M.  Scluaparelli.  Les  noms  entre  guillemets  se  rapportent  à  des  noms 
ibmués  iiar  MM.  Loweli  et  Cerulli,  aussi  bien  que  i>ar  nous-mêmes  (M. 

Les  réglons  continentales  sont  invarialilement  désignées  par  des  lettres 
droites  ou  romaines. 

Tout  ce  qui  rappelle  l'eau,  à  l'rtat  solide  ou  li(juide,  est  écrit  en  italiques. 
Les  d(Haiis  topographiques  douteux  soiU  accompagnés  d'un  point  d'interro- 
gation. 

La  (lartc  principale  est  dressée  sur  la  projection  de  .Mercator.  et  va  jus- 
(]ii'à70"d('  latitude  de  part  et  d'auti-e  de  l'éijuateur.  On  remarquera  que 
les  canaux  paraissent  s'élargir  aux  latitudes  lointaines,  résultat  inévitable 
de  la  jirojeclion. 

Les  deux  calottes  polaires  complètent  cette  représentation  de  la  surface 
de  Mars,  de  70°  de  latitude  boréale  ou  australe  jusqu'aux  pôles.  On  y  a 
représenlé  les  neiges  aux  époques  de  leur  minimum  :  la  neige  australe 
en  ](S79:  la  neige  boréale  en  1888.  On  voit  jtar  là  que  la  fonte  des 
neiges  s'est  montrée  ici  plus  accentui'c  dans  l'iiémisplière  austral  que  dans 
rhémisi)hère  boréal. 

Ainsi,  la  Carte  ci-contre  représente  ce  que  nous  [lourrions  appeler  l'étal 
moyen  des  aspects  de  la  planète,  si  variables  en  eux-mêmes.  Des  chaïuje- 
)iH'nl.s  certains  s'opèrent  presque  constaniiiient  sur  ce  monde  voisin. 

Ces  cliangemeuts,  que  j'ai  signalés  coinun'  certains  depuis  l'année  187G 
{voir  I.  L  p.  241),  malgré  les  objections  [u-cseuli'es  par  les  sceptiques,  indi- 
i]uanl  li's  divergences  d'appréciations,  di'  vues  et  de  dessins  des  divers 
observateurs,  les  dilférences  d'insti-inurnls,  les  variations  possibles  de 
Irauspareiice  de  l'atmosphère  mai'tienne,  les  nuages  et  In-umes  de  cette 

(')  Deucaliimis  Hcgio  est  séparée  de  Noacliis  p;ii-  un  clienal  dont  l'intensité  est, 
parfois,  très  grande,  qui  est  soumis  à  de  fortes  vurialions,  et  qui,  resté  anonyme,  ne 
pouvait  être  indiqué  que  par  des  périphrases.  Nous  lui  avons  donné  le  nom  de  «  Pan- 
dora;  Fretum  »  ou  Détroit  de  l^andore,  par  égard  à  la  nomenclature  de  la  région 
avoisinante.  (On  n'a  pas  oublié  que  Pandore,  l'Kve  des  Grecs,  avait  été  envoyée  pour 
femme  à  Prométliéo  par  .lupiter.  )  —  Ce  cliena!  a  été  observé  el  dessiné  dès  le 
xvin°  siècle  par  William  lierschel  et  par  Si'lini'ter.  Nous  avons  donné  le  nom  de 
.\'asamon  au  i-anal  qui  descend  dr  la  pointe  de  Syrtis  major  au  Casius  et  que  nous 
avons  observé  m  180(j,  18'JS  el  UKll  ;  le  nom  de  l'fVtiiessus  à  celui  qui  traverse  de 
l'Est  à  l'Ouest  une  partie  de  rCclironia,  de  220"  à  21)5°  de  longitude,  et  le  nom  de 
Hhytidacus  à  celui  cpii  descend  de  Propontis  au  Clioaspes  (lat, -i-50°  à-)- 72"),  tous 
deux  observés  à  .Juvisy  en  1901  [voir  plus  haut,  p.  2ij(j,  379,  509  et  527). 


r^/? 


^o_29o^3oo  3io  320  20  i3o  140  i5o   160  170  180 

.;  '"        ^  'Voviisini-' — i-— 1 1 1 r  —  70 

I  Thyle  ' 


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ik-    ».'  nammonis     "^v')/*' 


Me 


mnbnia.  •'''^ 


-60 

-5o 

-40 
-3o 


—20 


Arséjiius   ',       ,c^ 


280  290  3oo  3io  320  3^,0  i5o  .40  100   ,60  170  iSo"^' 


yjf^.l>J^nca9, 


:  GÉNÉRALE   DE   LA   PL 


CONCLUSION.  -SÇ):^ 

atmosphère,  etc.,  sont  encore  le  fait  qui  ressort  avec  le  plus  de  cerlitude 
(le  la  comparaison  des  observations  réunies  ici.  comme  il  ressortait  (l''jà  de 
celle  des  observations  réimii's  au  premier  Tome.  .Ii>  m;  veux  j)as  revenir  sui- 
le  Chapitre  de  ce  Volume  (p.  5i7-578'  consacré  h  l'examen  <tes  principaux 
changements  constates,  tels  que  ceux  du  bord  oriental  de  la  mer  du  Sablier 
ou  Grande  Syrie,  du  lac  Mœris.  de  la  Libye,  de  la  baie  du  Méridien,  du 
Sinus  Sabaîus,  du  lac  du  Soleil,  du  Xil.  du  Pliisun,  ainsi  que  de  la  direction 
apparente  des  canaux,  comme  de  leurs  tons,  de  leur-  lar,L,'eui-  et  île  leur 
gémination:  mais  nous  pouvons  conclure  aujourd'hui  connue  alors  que  ces 
variations  sont  incontestables  et  peuvent  l'ire  appliquées  à  presque  toutes 
les  configurations  martiecmes.  Kn  reiiroduirc  des  témoignages  serait 
répéter  tout  ce  Volume-ci.  de  la  première  à  la  dernière  page. 

Il  résulte  de  ce  nouvel  ensemble  d'observations  que  les  lignes  sombres 
désignées  sous  le  nom  de  can'iux  existent  avec  certitude,  sans  qu'il  nous 
soit  encore  possible  de  savoir  au  Juste  en  quoi  elles  consistent  exactement, 
eaux,  infiltrations  d'eau,  végétation,  ou  antre  chose  inconnue  à  la  Terre. 
Le  liquide  provenant  de  la  fusion  des  nei.ijes  polaires  y  est  toutefois  associé, 
suivant  le  cours  des  saisons. 

La  gémination  de  ces  lignes  existe  aussi:  ce  n'est  pas  une  illusion 
d'optique,  ne  doit  pas  être  altrilniée  aux  yeux  des  observateurs,  à  un 
défaut  de  mise  au  point  :  elle  est  i-éelle;  mais  son  explication  esl  encore 
plus  difficile  à  trouvei-  que  la  première.  Il  ne  serait  pas  impossilde  qu'une 
double  réfraction  atmosphérique,  rappelant  celle  du  spath  d'Islande,  et 
analogue,  sous  une  autre  forme,  à  celle  qui,  dans  notre  [iropre  atmosphère, 
produit  les  parhélies,  soit  en  jeu  dans  ces  dédoublements. 

Quant  à  conclure  sur  l'état  actuel  de  l'habitation  martienne,  les  manifes- 
tations de  la  vie  intense  fournies  par  toutes  les  oliservations  ne  suftisent 
pas  pour  autoriser  aucune  hypothèse  sur  ce  genre  de  vie.  Légèreté  de  poids 
et  de  densité,  raréfaction  de  l'atmosphère,  climat  un  peu  plus  fmiil  que 
celui  de  notre  planète,  neiges  et  eaux  probablement  de  même  natui-i'  chi- 
mique que  sur  notre  globe,  jours  et  nuits  un  peu  plus  longs,  années  et 
saisons  près  de  deux  fois  plus  longues  :  tels  sont  les  éléments  essentiels  qui 
ont  agi  dans  l'évolution  des  êtres  vivants. 

Nous  aimons  toujours  chercher  rex[ilication  des  choses,  (l'est  (lent-être 
un  peu  naïf,  un  peu  anthropomorphi(iue.  Nous  voulons  absolument  que 
tous  les  autres  mondes  nous  ressemblent.  C'est  enfantin.  Il  est  probable, 
toutefois,  que  .Mars  et  Vénus  ressemblent  plus  à  la  Terre  que  les  planètes 
des  systèmes  de  Sirius,  d'Antarés  ou  d'.Vldebaran.  Le  voisinage  n'est  pas 
une  circonstance  négligeable.  Or,  si  nous  essayons  d'appliquer  à  Mars  nos 
connaissances  terrestres,  nous  ne  voyons  guère  que  la  végétalion  et  l'eau 
F.,  II.  as 


504  I^A   PLANÈTE   MARS. 

poiiri'xplii]iu.'r  des  v,-iri;iliniis  rapides  dans  les  aspecls  d'une  planète  observée 
à  dislaiirr^.  L'examen  alteutil"  de  toutes  les  variatimis  martiennes  donne 
hii'U  l'impression  de  changements  dus  à  la  circulation  de  l'eau,  s'inliltrant 
dans  les  terres  e-t  accroissant  les  iMendnes  vertes.  L'eau  est  un  élémenl 
niidiile,  extrêmement  mobile,  cln'rch.int  constamment  son  niveau.  Le 
siolie  de  Mars  [jaraît  assez  uni.  Les  choses  se  passent  comme  si  c'était 
là  un  monde  plat  à  la  surface  duquel  les  eaux  s'étendraient  le  long  d'une 
multitude  de  canaux,  li'ahord  tracés  [lar  leur  cours  normal,  et  peut-être 
reclilies  pour  en  faciliter  la  dislriljutidu,  débordant  néanmoins  assez 
sonveni  sur  des  iMendues  assez  vastes  pour  être  visibles  d'ici  ou  verdissant 
plu>  ou  moins  les  jirairies  en  l)ordure.  La  nuiltitude  des  canaux  fait 
qu'ils  nous  si'mblent  [larfois  changer  de  place,  les  uns  étant  tantôt  à 
sec  et  invisibles,  tandis  ijne  les  autres  sont  remplis  et  débordent  même. 
Us  [leuvent  varier  de  coloration,  comme  nos  fleuves  et  nos  lacs.  Les  inoûda- 
tiiins  iiaraisseni  faciles  et  fréquentes.  11  n'y  aurait  d'absolument  sec  sur  la 
planète  que  Ic's  contrées  toid.  à  fait  jaunes.  Des  [irairies  bordant  les  canaux 
peuvent  varier  de  Ions  avec  l'iuimidili'.  Les  lignes  que  mius  observons  sont, 
sans  doute,  ces  prairies,  .l'ai  rappeb'  depuis  longtem[)s  (|u'un  jour,  passant 
en  ballon  au-dessus  de  l'.ologne,  à  •2500'"  de  hauteur,  le  Rhin  ne  paraissait 
qu'un  mince  lilet.  tandis  (jue  la  vallée  du  Rhin  semblait  dessiner  le  tleuve 
lui-même.  Les  intiltrations  de  l'eau  peuvent  faire  varier  là  une  végétation 
quelciMique.  L'humiijili'  de  l'air  à  la  surface  du  sol  [leut  également  exercer 
une  action  considérable  sur  la,  végétation.  Ajoutons  que  l'évaporation  doit 
y  èlre  facile  et  ra[iide.  le  point  d'ébuUition  doit  être  voisin  de  50",  au  lieu 
de  100",  et  la  pression,  au  niveau  de  la  mer.  voisine  de  140™'". 

Ces  variations  sont,  d'ailleurs,  en  rapport  avec  la  fusion  des  neiges 
polaires  et  avec  les  saisons.  Tout  en  étant  des  plaines  végétales,  les  «  mers  » 
peuvent  être  traversées  île  canaux  et  de  cours  d'eau  plus  ou  moins  longs  et 
très  variables,  et  même  être  formées  en  bien  des  points  d'étendues  d'eau 
peu  iqjaisse  et  assez  transpanuite  piuir  nous  [leriniHln.' d'en  apercevoir  le 

f I.  L'i'an  prcivieut  surtout  de  la   fusicJii  îles  neiges  polaires,  occupe  les 

mers,  ijui  m;  sont  guère  que  des  plaines  marécageuses,  en  déborde  et  s'in- 
lillre  dans  les  canaux,  fille  laisse  facilement  certaines  régions  à  sec,  telles 
que  les  [liages  di'  Deucalion,  la  zone  centrale  du  Sinus  Salia'us,  le  Pont  du 
Soleil,  etc.  A  la  fusion  plus  ou  moins  uuiliirme  des  neiges  polaires  peuvent 
s'ajiiulei'  des  marées,  i|mii(]ue  très  l'.iibles,  prnduites  par  les  deux  satellites 
et  le  Suleil,  miiilibaul  légéieinent  le  volume  de  l'eau  sur  un  |ioint  et  sur  un 
autre,  el  la  fon-ant  à  envahir  les  plages,  pmir  se  retirer  ensuile.  Mars  serait 
comme  une  plage  iunuense  tour  à  tour  imvahie  et  abandonnée,  un  peu 
coumie  les  grevi's  du  mont  Sainl-Mii  bel,  mais  avec  une  iqiaisseur  incoin- 


•s 


I.ONC.I.CSION.  ôOô 

paralilciuciU  inniiidre  el  avi'C  uik;  eau  plus  lé^ùi-o;  il  y  aui'ait  là  surlout 
di^s  manicages  couverts  de  piaules,  doiil  Ir  tua  varierait  avei-  l'innuidité. 
Il  me  semble  que  cette  hypothèse  expliquerait  tout. 

Elle  a  eoulre  elle  une  objection.  Si  la  surface  d'eau  est  si  considérable, 
occupant,  plus  ou  moins,  tout  cet  immense  réseau  d'innombrables  canaux, 
de  prairies  à  demi  niarilimi>s,  ne  devrait-elle  |)as  donner  lieu  à  une  forte 
et  constante  évaporatiou?  Oi-,  les  nuages  sont  rares,  très  rares,  ainsi  ([ue 
les  brumes  et  brouillards.  Nous  répondrons  que  la  vapeur  d'eau  peut 
restera  l'état  invisible,  connue  il  .irrivo  d'ailleurs,  généralement,  dans  l'air 
que  nous  respirons.  II  faut  des  <'onditions  spi'ciales  poui'  que  la  va[)enr 
d'eau  soit  visible.  Ces  conditions  peuvent  n'ètr(!  pas  réunies  sur  Mars,  jiour 
le  plus  grand  plaisir  de  ses  habitants. 

La  vapeur  d'eau  atmospliériiim'  joue  sur  la  Terre  un  rôle  beaucoup  jjIus 
important  ipi'on  ne  le  <riiil  en  giinéral.  Toute  la  verdeur  des  [lelouses,  des 
prairies,  n'est  entreleaue  ((ue  par  elle  pendant  les  mois  secs  de  l'été.  II 
suffit  de  passer  la  main  sur  le  gazon,  au  lever  du  Soleil,  pour  trouver  cette 
vapeur  à  l'iMal  d'eau,  (l'ai  mesuré  jusqu'à  .'32""'  d'eau  [)ar  mètre  carré.'  Sur 
Mars,  elle  i)eut  se  condenser  en  gelée  blanche  pendant  la  nuit  et  reilevenir 
liquide,  puis  gazeuse,  après  b.'  lever  du  Soleil.  C'est  un  monde  où  de  vastes 
et  minces  nappes  d'eau  jjeuvent  se  produire  sans  pluies.  Les  gelées  blan- 
ches sont  très  fréquenti'S  sur  Mai-s.  notamment  dans  les  régions  de 
ri'Uysinm  et  d'Hellas. 

Mais  il  me  semble  que.  dans  tomes  ces  interprétations,  je  suis  moi-même 
un  peu  terrestre.  Il  y  a  sans  doute  là  d'autres  élômmits,  non  teri-estres, 
nniis  inartifiis.oii.  tout  au  moins,  des  conditions  toutes  différentes  de  celles 
de  notre  liabitation. 

Oue  cette  planète  voisine  soit  actuellement  le  siège  de  la  vie.  c'est  ce  dont 
témoignent  toutes  les  observations.  Mais  il  nous  est  encore  inq)Ossible  de 
nous  former  aucune  idée  judicieuse  sur  les  formes  (|ue  cette  vie  a  pu  re- 
vêtir, formes  assurément  dilTérentes  des  nôtres.  Un  mystère  impénétrable 
enveloppe  encore  aujourd'hui  ce  passionnant  problème,  qui  est.  en  défi- 
nitivi',  quoi  qu'on  en  pense,  le  but,  peut-être  inaccessible,  de  toutes  les  re- 
cherches de  l'astronomie  planétaire. 

Mais  ne  désespérons  jamais  !  Qui  sait  ce  qui  sommeille  dans  l'inconnu  de 
l'avenir  '/ 


FIN  i>r  DKUxn:!HE  volume. 


ERRATA   AU    TOME    I. 


Page  72,  ligne  12,  nu  lieu  dr  24  luars.  niellre  24  mai,  et  an  lieu  de  30  jours  avant 
l'opposition,  inellre  30  jours  après. 

Page  95.  à  la  note,  après  1781,  les  figures  14  et  suivantes  il'Herschel  ap]iartiennent  à 
l'année  1783. 

I^age  97,  à  la  note,  1783,  au  lieu  de  à  eux  de  l'intlinaison,  mettre  à  cause  de  l'incli- 
naison. 

Page  128,  ligne  2,  ajouter  :  Par  une  observation  de  Mûdler  du  14  septembre  1830  et 
une  de  lui  du  30  août  1845,  Mitchel  trouva  pour  la  rotation  24'' 37" 20% 6. 

Page  220,  ligne  9,  an  lieu  de  p.  184,  inellre  p.  1C4. 

Page  287,  ligne  0,  inellre  à  l'aide  de  l'iiéliomètre  de  Breslau. 

Page  308,  ligne  24,  au  lieu  de  décimèlies,  mettre  dix-millionièmes  de  millimètre. 

Page  329,  au  titre,  au  lieu  de  1877.  mettre  1879. 

Page  376,  ligne  14,  ajouter  :  Premier  globe  de  la  planète  Mars,  publié  par  M.  Flam- 
marion, ayant  pour  canevas  fondamental  sa  Carte  de  187G.  mais  avec  cer- 
taines différences  indiquées  par  les  observations  plus  récentes  [voir  VAstro- 
nomie,  1884,  p.  352). 

Page  413,  à  la  note,  au  lieu  de  p.  1034,  mettre  p.  1304. 

Page  441,  la  6*  ligne  doit  être  lue  ainsi  ;  qui  arrive  jusqu'à  la  mer  Sirenum.  Cette 
région  présenta...  etc. 

Page  472,  les  notes  4  et  5  doivent  être  transposées. 

Page  .509,  ligne  25,  ati  lieu  dr  1,20  à  1,  mettre  1,03  à  1. 

Page  517.  ligne  21,  au  lieu  de  graduation,  mettre  gradation. 

Page  520,  ligne  29,  au  lieu  de  au-dessus,  mettre  au-dessous. 

Page  537,  ligne  ti.  au  lieu  de  maximum,  mettre  mininiuin. 

Page  539,  Cartes  polaires  :  au  lieu  d'élre  //i.s-i"?'i/.s  90°  à  50°,  les  cercles  de  latitude 
doivent  l'être  80"  à  40°. 

Page  544,  ligne  18,  au  lieu  de  324  kilomètres  vers  28".  mettre  340  kilomètres  vers  30'. 

Page  GOl,  ligne  29,  au  lieu  de  Huygens,  mettre  Huggins. 


ERRATA   AU    TOME    II. 


Page  109,  ligm-  7,  supprimer  sur  le  mont  Arequipa,  et  mettre  k  Flagstalï. 

l'agc  111,  Carte  du    lac   du    Soleil,   .'ai    lieu    de   d'après    M.   Lowi-ll.     mettre   d'après 

M.  Duiiglass. 
Page  loti,  ligne  .'il,  au  lieu  de  Terre,  mettre  terre. 


AITEUHS  ET  MIMS  CITÉS. 


Abeïti,  p.  ïtO. 
Adhémar,  p.  588. 
AxDRiECrEN  (  Lloyd  ),  p.  il 7. 
Antoniadi.  p.  8,  9(1,  'Jl.  97.  l'.lv'  à  200, 

20-?  à  -209,  -VM.  -2U,  27:i  à  -289.  3U!, 

410  à  418.  43;!,  441  à  400,   180,  ÔOI  à 

5-28,  .532.  .514.  5.50. 
AraGO.  p.  li;8.  380.  521. 
Arrhenius.  p.  380. 
Atkins.  p.  482,  483.  551,  552. 
Haikie,  p.  2:^2. 
Hall,  p.  lui,  .580.  581. 
Barnahu.  p.  4(1,  48,  50,  52,  78.  118.  ISI, 

191.  192,  214.  236,  2.58,  284. 
B.A.TES,  p.  I7('i,  265. 
Béer.  p.  (iS,  88,  208,  210,  238,  :!I4,  575, 

.588. 

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BeS-SEL.  p.  68,  8S.  183,  2i9. 

BlANCHINI.   p.  2I('>. 

BiGOURDAN.   p.  211  à  213. 

Blajko,  p.  434. 

BoÈ  I  DE  I.  p.  97.  4(17.  4(18.  418.  1 1:!.  4IS. 

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Bhenner,  p.  216  à  221.  tr,,  230, 
308.  327  ;\  332,  378,  121  à  427, 
430,  131,  132,  4()0,  482,  -551,  .5.55. 

Brewster.  p.  147.  17((. 

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Brvan,  p.  M'.IU. 

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Cammell,  |).  209.  232.  232,  3-55. 

Campbell,  p.  4(;v,  47,  48,  50.  81,  82.  81, 
87.  140,  142.  144  à  1-58.  169,  170.  171. 
175.  176.  177.  178.  17'.),  I80.à  181,186. 
2:iil.  2(i5.  267,  2(i8,  350,  351,   l'.i5. 

Celiiria,  p.  26. 


258. 
428. 


".-17 


349, 
.535. 


Ceraski.  p.  131. 

Cerulli,  p.  2n9,  236,   313  à 

445.  4(50  à  469.  482,  514,  517. 

.5.50. 
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Chrétien,  p.  271. 
Clark  i  Alvaii  i,  p.  1 12. 
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à  475.  .530  à  53'.i. 
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COOK  (S.  R.),  p.  398,  399. 
COTTAM,   p.  232. 
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CROMjrEi.iN.  p.  27(1,   15(1,  504,  524, 

.531. 
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De  la  Rie  (Warrenl  p.  411. 
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Dierck.x,  p.  410. 

DdLMAGE,    p.  423. 

D.MGL.\,ss.  p.  64.  168.  m.  114 
136,  140.  141.  l'.IO.  2(1'.».  231. 


,33. 


i58. 


304.  308.  31(1  à  :il:!.  : 
435.  136.  438.  175  à 
.5611. 

Dreyer.  p.  2((S. 

Dross  (  Ottoi.  p.  561. 

Eddie,  p.  KO. 

Kkholm,  p.  58(1. 

Ki.LERv,  p.  2:i(i,  231. 

Ei.i.is,  p.  90.  m.  2:i2. 

EvERi;  TT  I  .M""  I.  p.  m 


311» 
480 


128 

536 


.  135. 
21(7  à 
.  129. 
,  .541, 


598 


LA   PLANÈTE   MARS. 


Fabiiv,   ]).  ."ilU. 

Fai  ïH,  p.  :i:!-?.  48,S,  /i8i). 

Favi;.  ]).  :!">",,  356.  357,  358,  37i. 

Flammauiiin.  p.  35,  55,   71,   i'J2  à  2011. 

l'O-J  à  21(1.  21i,  215,  223.  238.  2'il.  2'(i. 

245  à  251,    269  à  2S'.I.   3(1 1.    :!62.    368. 

373.  378  h  386.   'ill.  132.  13i.  '(35.  i 'i  1 

à  i60.  467.  501   à  528.   532.  5'iî.   580, 

587.  .588. 
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181,  182.  183,  208,   270.  :;78.  411.   437. 

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Gru.T,  p.  35.  37.  3X.  3,0.   40.  05,  200. 
GUZMAN  (ISL'),  p.  500,  501. 
Hall  (.\.).  p.  68.  88,   183.  351. 
IIai.i,  I  W.-I  I.  p,  :!'i:;.  'ix-.'. 
^All■^^L\^^.  p.   i02.  103,. 
Hahtwic. .  p-  111.  102. 
Haweis,  p.  102. 
LlENDEUSdN,   p.  232,  231. 
IIENIIV  (  ïvi'frn  I.    p.   •,'(IS, 

Hehsi;iu:l  (  .lohii  ),  p.  151,  161,  16,5. 
Hehscheli  Williann,  il  16.  (iX.  88.  1111, 

210,  260,  411,  521.  565.  5S8. 
IliidlidM.   [),  :i8|, 
IIoLliEN,   p.  46,  48,    10,   50.   53,   54,   55, 


81,   83,    81, 


181,     1X5.    187,   217, 


237,  351,  3SII,  565  à  573.. 
lloLST.   p.  5X0. 
lidLT,   p,  -,'30  ;\  211. 
lluNNoiiA  I .   |).  547  à  549. 
lIoiiKi:,   [)    111. 
IIi  (wiiNS.   p.    141,    151,    171   à  173,    175, 

170,  210. 
llrssEY.   p     16,  47,   4X,   XI,  81,  106,  1X2. 

310, 


2IIk    306, 


1.    83, 


485. 


IliYCENS,   p,   210, 
IWANOW,    p.    23,6, 

Jaxssen.  p,   144.    151,    169   h    171.   179, 

210,  289,  295. 
Jarso.x,  p.  230.  235,  236, 
Javelle,  p,  20',l 
.Iewell.  p.  177,  170,  .350. 
JoLV.  p.  352  à  355. 
Jones  (Seiiecai,  p.  565  à  57:!. 
Kaiser,  p.   68,  88.    168,  208, 

238,  314,  322.  111. 
Kaxn,  p.  559  ;\  564. 
Kant,  p.  355,  373. 
Kayseii,  p.  208. 
Keei.er  (  J.i.  p,  53.  51,  70,  ' 

01.  I3,X.   1X1,  237,  350. 
Kemith(ih\k.  p.  232,  313,  315.  :',78 
KiBiti.iou,  p.  550.  551,  552. 
KiLLil',  p.  550. 
Knobel,  p.   1X6.  526i. 
KOSTINSKV.    ]),   3.51 , 

Landereh,  p.  loo. 
L,.vngley.  p.  1113,  3X0. 
Laplace,  p.  .356. 
Lapparent  (  ni;  i 
Lassell,  p.  5XX. 

IjEDGEIi.    p.    ,'15, 

Le  Veiuiie]',.  p 

LlBEUT,    p.    1X7. 

[..IGOXDKS  (  iH   I,  p,  355  à  371, 
403  à  106,   130  à  132,  536. 

LlXSSEU,    [1,  XX, 

LiVElXG,   p,  566, 

LocKYER,  p.  101.  102,  166,  16 
322,  411.  122.  435.  440,  478 

LoEU'Y,   |].  360, 

LiiilsE  (  I),),    p,    16.    -,'5,    319,    102, 
510,  526. 

l.dWEi.L,  p,  24,  108  à  130,  MO,  141. 
IXll,  10(1.  -,'00,  236,  276,  277,  270. 
283.  281,  280,  297  à  311,  315,  322, 
330,  332,  345,  349,  3.52.  36.2,  366, 
37X.  412.  113,,  424.  426.  127,  428. 
435,  136,  437,  438,  430,  440,  446, 
151.  45i;,  .')58.  463.  470,  480,  482, 
497,  506,  .509,  525,  536,  537,  539  à 
543,  561,  .568,  570.  574  à  580. 

NLaiuui-,,  p.  31. 

Maiji.eu,    p.  r.X,  X8,  208,  210 
3 14,  '■'•'''.  111.  575,  588. 

MAXdiiA  (M'i,  p,  216.  221, 


1' 


il. 


6  .'l  378, 


208.  238, 
88. 


103, 

184, 
280, 
328, 
367, 
434, 
450, 
483. 


M 6.  23X, 


AUTl  l'KS    11'    NOMS    Cl  II;  S. 


599 


Mansdn.  p.  \!64. 

Mauai.di.  p.  210. 

Marth,  p.  135,  ?T0. 

Mattoon,  p.  49-5,  498. 

Mainder,  p.  90,  92,  102,  104,  144.  151. 

17'.,  179,  232,  233,  235,  237  à  239. 
Maw.  p.  343,  347,  349. 
M A.xwiiLL,  p.  400. 

MiiAUES,  p.  232,  343,  344,  345,  347,  378. 
Mi-:i:.  p.  232,  343,  344,  481. 
Mkkch.  p.  580. 
Mkiski..  p.   418  à  421. 
Mr.iNiF.R  (Stanislas),  p.  95,  97,98,422. 
MlM.KR,   p.   179. 
MiLLocHAV,  p.  528  à  530,  550. 
Mnc.HELL,  p.  114,  119,  181,  437. 
M'iLEswoRTH,  p   90,  343,  3'i4,  345,  346, 

347,  348,  349,  378,  448.  481,  482,  483, 

484,  485,  .5.50,  551,  5.52. 
MoREi-x,  p.  200  à  202,  278,  279,  344.  361. 

365.  376  à  378,  413,  418,  430.à  432. 
MoYE,  p.  94. 
Miller,  p.  493. 

NlESTEX,   p.  89. 

Noble  (Cap.),  p.  90,  232. 

NuRr.i;ET.  p.  94. 

Oeford,  p.  344,  347. 

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Palisa,  p.  218. 

Patterson,  p.  232. 

Pat.\ût.  p.  336  à  338. 

Pereira  I  Moraes  I,  p.  94. 

Perrotin.  p.  9,   11,  17,  20.  25,  79,  81, 

85,  209,  289  à  295,  296,  340,  413,  417, 

477,  501. 
Pevba,  p.  339  à  341. 
Phillips,  p.  164,  167,  168. 169,  244.  344, 

345,  347,  349,  378,  442,  456,  481.  482. 

483,  484,  525,  .551,  552. 
Pu.KERiMi  fW.  H.),  p.  60,  62,  64,  103, 

108,  112.  118,  123,  125,  127,  130,  135, 

139  à  142,  209,  232,  239,  240,  245,  304, 

305,  424,  427.  435,  479,  490,  491,  495, 

528,  542,  .543,  569. 
Plassmann,  p.  564. 
Povillet,  p.  380. 
Proctor,  p.  370.  422.  448. 
PiiSEUS.  p.  369. 
Qlenisset,  p.  26.  37,  40,  96,  230,  235, 

236,  342,  343,  487. 
Rendell,  p.  416. 


5S. 
96 . 

18:!, 

242, 
280, 
3-yi 


Kenz.  p.  351. 

Hheden.  p.  314. 

UciREUTS,  p.  232,  344. 

Roche,  p.  373. 

Rosse  (lord),  p.  306.  308. 

Kl  DACX.  p.  94,  236.  333,  487,  549-550. 

RCSSELL  {M"<-),  p.  90. 

RCSSELL,    p.    MO. 

liCTHERECRI),    |i.    144,    179. 

t^AIL,    p.    232. 

ScHAEREitLE.  p.  48.  49.  50.  53,  55,  58, 
.59.  6(1.  SI,  83.  84.  115.  181.    186,  187, 
188,    19(1,  422,   438,   479. 
SciiEiNEit,  p.   175,   121,  422. 
.ScHi  \ivum:lli  .    p.  2,  '.I,    17.  26,  52,  55, 
60.  6S,  71.   77.  80.  83,  8(i,  88,  91, 
9S,    im.    l-.'.-,.    |-,'7.   138,   140.   181, 
181.  20,s,  209,  -.'M  à  216,  220,  221, 
223.  224,  225,  233,  234,  237,  238, 
244,  249,  251  h  262,  269,  275,  279, 
285,  286,  288,  294,  304.  315,  323, 
326,  327,  316,  347,  366.  378,  380, 
406,  411,  112.  113.  414,  415,  416,  417, 
420,  426,  432,  134,  435,  440,  446,  448, 
451.  4.58.  460,  463,  470,  471,  472,  477, 
483,  484,  199,  500.  504,  506,  507,  510, 
512,  51(;.  524.  525,  526,  527,  534,  535, 
537,  5.5S.  561,  .58S. 
SCHLEISNEIC    p.    410. 
SCHMOLL.   |>.  :'i0.   51-,'. 
SCHHOETER,   p.  lîo,    168,  210,   269,  411. 
5S8. 

Sc.HCll.    p.    3511,    lui. 

SEr.cHI,    p.  68.   8S.    144.    151.    179.    111, 
.55(1, 

S.MART.    p.    '.Ml.    -Syl 

Stefan,  p.  567. 

Stew.vrt,  p.  232. 

Stockwell.  p.  581. 

Stoney.  p.   104.   177,  382  ri  403,  566. 

Stisi  VE  I,  ll.i,   p.  270,  v'71. 

SrCYV.iERT.   p.   89, 

Swift  (  L.t.  p.  67,  7(C 
Taylor,  p.  232.  244. 
Terby,  p.  25,  82,  S3,  1 


30.^. 
47' 


410. 


Thollon.  p.    115.   147,  417. 
TiSSEH.VND,   p.    137. 

Tow.NSHEND.  p.  344,  346. 
Troi  velot,  p.  233.  308. 
Trowmuidce.  ]).  373. 
Tyndall.  p.   158.   1.59,   177,  38ll. 


600 


LA  PLANÈTE  MAHS. 


Vor.KL.  p.  lii.  loi.  17:;  à  17:..  17'.i.  ;'in. 
W.vi'GH  (Rév.i,   p.  '.Ml,  -.'ilv'.  v.':!!. 
Wiener,  p.  ."i8(i. 
WiLLi.\Ms  (Matthieu  1.  p,  liio  à  Hi'.i.  :'.7n, 

'(."i7,  ."i.M. 
W'iLLi.uis  (Stanley  ),  p.  '.)ll,  '.M.  '.l;'.  V;'! 

à  Ov:>.  -y.M),  -iw-i,  v:i:i.  v':!î,  ■:.'::<.  vxo. 

■,'81.  -.'s:;.  iS':!,  3'i'i.  :i7s,  417,  'i.",5.  l.-^il. 

-■ix:i.  :,{)',. 


\V'ii.siNG,  p.    17."). 

Wri.sox  (  H. -(,'.),  p.  li.S,  7i. 

WisLicE.Ni.s,  ]).  i:is,  1  :;'.). 

\V(.MiD,  p.  \.'3v.  v'm. 

Wyke!?.  p.  110. 

Xemi'thorne.  p.  481. 

YoiNG  (C.-A.),  p.  6.j,  7'.i.  181.  ILM,  ;î.-,1, 


tahlj:  i)i:s  matikkks 

DT"   To^ri'    II. 


Chapitres.  Pages. 

CXLIV.   —  Observations  de  M.  S<:hiapai!ei,li  en  18R3-1884 3 

Extrail  d'une  lettre  du  19  février  1S97  à  M.  Fl.v.mmaiuon 8 

CXLV.  —  01)servations  de  M.  SrnuPAREi.Li  en  1886 9 

C.XLVl .  —  Oliservations  <le  M.  Schiaparelli  en  1888 17 

OPPOSITION  DE  189-^ 
CXI, VII.  —  observations  faites  à  l'Observatoire  de  .luvisy.   ilM.  Flamma- 

BION.   QuÉNlSSET,    ScHMOLL  et    GriOT ÎC 

CXLYIII.  —  Observations  faites  à  l'Observatoire  Lick.  MM.  Holden.   Bar- 

NARD,   CaMPBEI.L.    Ht;SSEY  et   SCH.EIIEPILE 4ti 

CXLIX.  —  Points    lumineux    snr    le    tcrminateur,    par   MM.   Hoi.nEN    et 

Keeler .1.3 

CL.  —  Mers  et  terres  sur  Mars.  |iar  M.  Scu.EBERr.E .i.5 

(^LI.  —  Couleurs  de  la  planète  Mars,  par  M.  W.-H.  Pirkerino 60 

CLII.  —  W.-H.  PrcKERiNG  et  Douglass.  Observations  à  Arenuipa(Pérou).  ai 

Cl. III.  —  Observatoire  de  Princeton.  M    G. -A.  Young O.j 

CLIV.  —  Observations  de  M.  Lewis  Swift H7 

CLV.  —  Observatoire  Washburii.  M.  CoMSTOCK 67 

CLVI.  —  Observatoire  Goodsell  (Northfield).  M.  Wii.sox 68 

CLVII.  —  Observations  aux  Allegheny,  par  M.  Keei.er   70 

CLVIII.  —  Observatoire  Flammarion  de  Bogota.  M.  Gonzalez 74 

CLI-X.   —  Lettre  de  M.  SctiiAPARELLi.  Variations 77 

CLX.  —  Observations  de  M.  Perroti.n.  à  Nice.  Projections 79 

CLXI.  —  Projections  sur  le  terniinateur,  par  M.  Campbell .  82 

CLXII.  —  Mesures  du  diamètre,  par  M.\I.  (Campbell  et  Comstock 87 

CLXIII.  —  Observatoire  de  Washington.  Neiges  polaires,   par  M.  .\saph 

Hall 88 

CL.XIV.  —  Observatoire  de  Bruxelles.  MM.  Niesten  et  Stuvvaert 89 

CLXV.  —  Observations  à  Padoue,  par  M.  Aretti 90 

CLXVI.  —  Rapport  de  l'Association  britanni(|ue  pour  1S9'2 90 

CLXVII.  —  Observations  diverses 93 

CLXVIII.   —  Dédoublement  des  canaux,  par  .M.  Stanislas  Meu.mer 9'> 

CLXIX.  —  Même  sujet 99 

CLX.X.  —  La  vie  sur  Mars,  par  MM.  Lockyer  et  Maun'uer 101 

CLXXI.  —  Mars,  par  Sir  Robert  Ball 104 

CLXXII.  —  Les  satellites  de  Mars,  vus  de  la  planète,  par  M.  Hlssey lOG 


r,i||  l..\  l'LAXETK    MARS. 

i:iKipitrrs.  Pages. 

OI'I'DSITKJX   1)1-:   l.SO-i 107 

CI.XXIII.    -  Ohsei'Vïitûire  Luwell,  à  Flagstaff.  Observations  de  .MM.  Lowei.i.. 

W.-H.  PlCKEnl^o  et  DorGL.\ss 108 

(ILXXIV.   —  Arc  crépiisculaii'p l.'ÎS 

GL.WV-    —   l-es  longitudes  martiennes lliS 

CLXXVl.   -  W.-H.  PiCKERlNG.   Les  mers  de  Mars 139 

CLX.XVIL  —  Observatoire  Licl<.   MM.  IIoi.ni-.N  et  C.nmpdeli \'il 

(;IjX.\V1[I.   —  C..\MPKELi,.   l.f  «pectre  de   Mars 144 

CLXXIX.  —          "            Ij'.iliiiosphère  de  Marb 14'J 

GL,X.XX.   —  Mattbieu  Wii.i.uMs.  Météorologie  martienne 160 

CLXXXI.   —  .Ianssen.  Sur  le  spectre  de  Mars 170 

ULXXXIl.   —  îlroGiNs.   Siir  le  siieclre  de  Mar.^ 171 

CLXXXllI.  —  VocEL.   L'.itinosphère  de  Mar.s 17:! 

CLXXXI V.   —  lleiiry  Bates-  L'atmosphère  de  Mars 17G 

CLX.XXV.   —  Jewell.   L'atmosphère  de  Mars 177 

CLXXXVL  —  (Iamprell.  L'atmosphère  de  Mars 17'.) 

CLXXXVII.   —  Lewis  .Ieweli..   L'ataïusphère  de  Mars ; 179 

CLXXXA'in.   —  Oampbi-i.l.  Neige  polaire  australe IMO 

GLXXXIX.   -  Observatoire  Lick.  M.  Hoi.de.n 184 

CXC  —  lIoi.iiEN.   l'rojcclions  hrillantcs bSJ 

GXCI.    -  Dessins  divers  du  lac  du  Soleil 187 

GXCII.   —  Bar-nabd.  Neige  polaire  australe 191 

LXCin.   —  Observatoire  de  Juvisy.  MM.  Fla.mmakiox  et  Ankimaui 19i 

CXCIV.   —  Oliservatoire  de  Paris.   M.  Bighuruan 311 

GXCV.   —   Flammarion.  Neige  polaire  australe ','1? 

CXC\'r.   —  ScmApAREi.i.i.    Changements  observés Î13 

CXCVIl.     '  Observatoire  de  Lussinpiccolo.  M.  Bren.ver '2\b 

(LXCVIII.    -  Stanley  Williams-  Observations  eu  Angleterre '2'21 

C.XCIX.  —  .1.  Comas.   Observations  à  Barcelone -'2-5 

ce.   —  Observatoire  de  Melbourne.  M.  Eli.euv 230 

CCL     '  .\.-E.  DouGLASs.  Nuages  sur  Mars '231 

CCll.   —  liaiiport  de  l'Association  britannique  |n:uir  1894  '23'i 

CClll.    —  Observations  diverses T.ib 

CCn'.  —  AL\uNDER.  Les  canaux '137 

CC\'.   —  HuLr.    Les  canaux 239 

CCVl.   —    Tavlor.  Absence  de  mers  sur  .\Lirs 244 

CCVn.  ~  Flammarion.  Circulation  de  l'eau  dans  l'almosphère  de  Mars..  2'i.') 

C(.lVin.   —   ScniuPAREi.i.i.  La  vie  sur  Mars 2.'il 

GCIX.   —  .1.  Oiîh.  Les  canaux  ne  peuvent  pas  être  artiliciels ....  2(J3 

CCX.  —  NLuisiiEN  Maxson.  Les  climats  de  Mars 204 

CCXL   —  Cami'HELL.    La  l'usion  dr-s  calottes  polaires 207 

OPPOSITION  I)F  l8:io. 

CCXII.   —  Flammahio.n  .  iJatcs  des  saisons  sur  .Mars 207 

CC.'vIlI.  —  Observat(jire  de  Juvisy.  MM.  Fi..\mmauion  cl  Axïoniadi 273 

CCXIV.  —  Ohserv.-itoire  de  Meudon.  MM.  .Ianssen  et  PERRoriN 289 

CC.XV.         Obscrvatoiri'  Lowell,  à  F'IagstalV.  MM.  Lowell  et  Douglass...  297 

CC.XVl.   —   Lowell.   La  mer  du  Sablier 304 

CCXVll.     -  Douglass.   Projections  sur  le  ternunateur 311 


TABLE   ItKS   MATIKKKS.  60:^ 

Ch.ipitres.  Paiics. 

(;CWI[r.  —  Observatoire  de  Teramo    M.  Cerui.li 313 

(CXIX.  —  Observatoire  de  Lussiiipiccolo.  M.  Brenner 327 

CGXX.  —  Comas  Soi.a.  Observations  laites  à  Barcelone 333 

CCXXI.  —  Patxot  JUBEUT.  Observations  faites  à  Geroiia 336 

CCXXII.  —  Peyra.  Observations  faites  en  Italie 339 

(U;XXIII.  —  QuKNissET.  Observations  faites  à  la  Société  astron.  de  France.  Mi 

CCXXIV.  —  Rapport  do  l'Association  britannique  pour  1896-1897 3'i3 

CDXW.  —  Gledhill.  Observations  faites  à  Bermerside  (  Halifax) 3'iS 

(XjXXVI.  —  HussEY.  Projections  sur  le  terniinateur 3W 

CCXX VII.  —  LoHSE.  La  tache  polaire  australe 349 

CCXX Vni.  —  Keeler.  Observations  spectroscopiques 3J0 

CCX.XIX    —  Mesures  du  diamètre 350 

CCXXX.  —  KosTissKY.  Pbotogra|diies  de  Deimos 3Jl 

ce XX XI.  —  YoL'XG.  Mars  est-il  habité  ? 351 

ce XXX  II.  —  .1.  JoLY.  Origine  des  canaux. 352 

CCXXMII.  —  Du  LiGONDEs.  L'âge  de  Mars 355 

CCXXXIV.  —  MoREUX.  Les  canaux 376 

CCXX-\.V.  —  Flammarion.  Variations  certaines  sur  Mars 378 

CCXXXVI.  —  Arrhénii'S.  L'acide  carbonique  sur  Mars 380 

C{;XXXV II .  —  Johnstone  Stoney.  L'atmosphère  de  Mars 38'.' 

C(-1XXX\I11.   —  La  théorie  cinétique  des  gaz  et  l'atmosphère  des  planètes 383 

CCXXXIX.  —  Du  LiGONDÈs.  Les  atmosphères  des  planètes 403 

CCXL.  —  Le  dédoublement  des  canaux.  Discussion  générale 406 

CCXLI.  —  Léo  Brekner.  Explication  des  canaux 424 

CCXLII.  —  MoREUx  et  DU  Ligoxhès.  Explication  des  canaux 430 

Cl'XLIlI.  —  Plam.marion.  Nouveau  globe  de  Mars 435 

Ouvrage  de  M.  Lowell  sur  Mars 435 

OPPUSITIOX   DE  I89S-1S99. 

CCXLIV.   —  Observatoire  de  Juvisy.  .\1M.  Fi.ammario.n  ei  Axtuxiadi 441 

CCXLV.  —  Observatoire  de  Teramo.  M.  Ceruli.i 460 

CC.\.LVI.  —  Observatoire  de  Barcelone.  M.  Comas  Sola 470 

CCXLVII .  —  Observatoire  Lowell.  ^I.  Doi.ulass 175 

CCXLVIII.  —  Rapport  de  l'Association  biitaniiiquo  pour  1898-1899 479 

CCXLIX.  —  Gledhill.  Observations  faites  à  Bermerside  (Halifax^ 486 

CCL.  —  Société  astron.  de  France.  M.M.  Quénisset,  Rudaux  et  Lidekt.  486 

CCLI.  —  Fauth.  Observations  à  Lauiistuh! 488 

CCLII.  —  W.-II.  Pickering.  Météorologie  luartienne 490 

CCLIII.  —  Diamètreet  aplatissement.  Mesures,  parMM.  ScnuR et  Hartwm.  491 

CCLI  V.  —  Hartmann.  Éclat  relatif  de  Mars  et  de  Jupiter 492 

CCL V.  —  Mattuon.  Vitesse  de  rotation  de  Mars 494 

CCLVI.   —  ScHiAPABELLi.  Considérations  sur  la  planète 499 

CCLVII.  —  Communications  avec  Mars.  Le  prix  Guzmaii 500 

OPPOSIÏIOX  DE  1900-1901. 

CCLVIII.   —  Observatoire  de  Juvisy.  MM    Flammarion  et  Axtoniadi 501 

CCLIX.  ~  Observatoire  de  Meudon.  M.  Millochau .528 

CCLX.  —  Observatoire  de  Barcelone.  M.  Comas  .Sola 530 

CCLXl.  —  Observatoire  Lowell,  à  Flagstaff.  MM.  Lowell  et  Douglass...  539 


604  LA  PI,ANÈTE  MARS. 

Chapitres.  Pages. 

CCLXII.   —  W.-H.  PifiKERiN'C).  La  géiiiiiiatioii  des  canaux 542 

CGLXIIl.  —  Société  astroiioniique  lie  France.  MM.  G.  et  V.  Fournibr 544 

—  —           M.  MariiLs  Honnorat,  à  Aix.  647 

—  -           M.  RuDAUX,  à  Donville 549 

CCLXIV.   —  Bapport  de  l'Association  britannique  pour  l'JOO-1901 5.50 

CCLXV.   —  M.  Gledhill,  a  Hermerside  (  Halifax) 553 

CCLXVI.  —  M.  Léo  Brekneb,  à  Lussiiipiccolo 554 

CGLXVn.  —  Colonel  Delauney.  Une  explication  des  canaux 595 

CCLXVIIL  —  L.  Kann.  Mars,  monde  oci^anique  à  l'époque  houillère 559 

C(jLXIX.  —  Otto  Dross.  Mars,  monde  eu  lutte  pour  l'existence 5ti4 

CCLXX.  —  Plassmann.  Mars  est-il  un  monde  habite'/ .504 

GCLXXL  —  HoLDEN  et  Seneca  Jones.  La  vie  sur  Mars ô(i5 

CCLXXIL  —  Lowell.  Enseignement  de  Mars  sur  les  époques  glaciaires....  -''74 

CCLXXIH.  —  Charlier.  Les  époques  glaciaires  sur  la  Terre  et  sur  Mars. . . .  580 

Conclusion  de  ce  deuxième  volu.me ï>91 

Carte  générale 59'2 

Auteurs  et  noms  cités Wî 


KIN 


ii.';s.     Paris,  liup.  ii:uilluiT-Villar<,  :■.■,  quai  «les  (iraiuls-.\ii'j  uslins. 


QB 


6^+1 
F55 

t. 2 


i^'lammarion,    Camille 

La  planète  Mars   et 
ses   conditions  d'habita- 
bilité 


P&ASci 


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